Histoire@Politique : Politique, culture et société

MaillageCette rubrique présente un inventaire raisonné et commenté de liens vers des sites Internet de Centres de recherche et de départements d’histoire contemporaine répartis entre les différents continents.

Transvaal University College (TUKS, Pretoria)

Patrick Clastres

Administrative building University of Pretoria © Mike-Prins Source : http://en.wikipedia.org/wiki/File:Die_skip_University_of_pretoria.JPGL’université de Pretoria est à l’origine une branche du Transvaal University College qui lui a laissé son acronyme : TUKS. Ouverte en 1908 pour 32 étudiants, la Tuks en accueille actuellement 50 000 répartis entre neuf facultés. Une longue chronologie commentée est disponible en ligne qui permet de prendre la mesure de cette croissance universitaire. Le curieux pourra aussi accéder à la boutique virtuelle du Centenaire qui est une manière très anglo-saxonne de valoriser le patrimoine artisanal (vin, verrerie, joaillerie…), d’abonder les caisses de l’université et de diffuser la culture « tukkie ».

En finir avec « l’histoire blanche » ?

Les liens proposés sur le site du département d’histoire traduisent bien les héritages intellectuels « tukkies », mais aussi les mutations survenues depuis le « miracle démocratique » d’avril 1994. L’histoire afrikaner fut d’abord l’histoire des familles de pionniers, comme en témoigne l’existence et l’activité de l’Institut généalogique d’Afrique du Sud. Puis, elle s’est transformée en « histoire blanche » : la Van Riebeeck Society, qui publie tous les ans depuis 1918 un volume annuel de sources primaires, visait à rapprocher par l’histoire les colons britanniques et afrikaners. Mutatis mutandis, elle affiche aujourd’hui sa volonté d’éditer des sources produites par des auteurs noirs, des femmes et sur des sujets neufs. Il faut comprendre, ici, des sujets dégagés de la traditionnelle histoire du Grand Trek qui a, par ailleurs, son musée et lieu de mémoire.

Les historiens de la Tuks hésitent entre l’ingénierie identitaire et la production d’une histoire commune à la nation post-apartheid, suivant un processus ailleurs décrit par François-Xavier Fauvelle-Aymard (Histoire de l’Afrique du Sud, Paris, Le Seuil, 2006). Moins portés vers l’histoire sociale et politique, ils ont surtout fait le choix d’une histoire culturelle et patrimoniale.

De l’histoire culturelle aux études patrimoniales et touristiques

L’actuel département des « études historiques et du patrimoine » trouve son origine dans les départements d’histoire et d’histoire culturelle respectivement fondés en 1909 et 1930. Fusionnés en 1988, ces deux départements ont connu en 2001 un changement de dénomination du fait de l’intégration des études patrimoniales, touristiques et muséographiques, ces dernières étant lancées au début des années 1960 (diplôme de muséologie délivré dès 1976).

L’histoire culturelle est ici définie comme l’histoire des manières d’être et de vivre (behaviour) et la culture comme un enchevêtrement de significations (web of meanings) qui rendent solidaires les membres d’une même société. La prise en charge concerne un large éventail de faits culturels, depuis les croyances les plus formelles jusqu’aux gestes et à l’apparence physique en passant par les rituels ou les jeux : religion, superstition, loisir, éducation, hygiène, genre et classe, mode, mémoire et littérature (stories). Des liens sont ainsi tissés avec d’autres disciplines comme le droit, le journalisme, la psychologie, la science politique, les visual studies.

La proximité géographique des Archives nationales d’Afrique du Sud et d’autres dépôts d’archives importants (Églises, entreprises), mais aussi des grands musées, la situation de la Tuks au cœur de la principale aire d’industrie touristique en Afrique du Sud, voilà autant d’arguments avancés par le département pour attirer les étudiantes ou étudiants. La liaison rapide avec l’aéroport international OR Tambo est enfin présentée comme pouvant faciliter les échanges avec d’autres centres d’enseignement et de recherche jumelés, qui en Afrique australe (Zimbabwe, Swaziland, Zambie), qui aux États-Unis (Floride, Delaware), qui en Europe du Nord-Ouest (Sheffield, Warwick, Maastricht, Vrije à Amsterdam, Leipzig, Humboldt à Berlin).

Des luttes entre colons à l’emprisonnement politique

Particulièrement sollicités pour la diffusion du savoir (conférences, radio, télévision), les historiens de la Tuks font porter tout particulièrement leurs recherches sur l’histoire de l’Afrique du Sud (relations inter-communautaires, minorités, patrimoine culturel), l’histoire de l’Afrique et les tendances théoriques et méthodologiques.

Les enseignements de master – la liste des masters soutenus en 2007 est accessible en ligne, de même que celle des doctorats – traduisent assez l’évolution récente de la recherche.

Les sujets traditionnels ne sont pas évacués mais retravaillés :
- Conflits et débats autour de la propriété de la terre ;
- sources missionnaires et confrontations coloniales ;
- la guerre des Boers.

D’autres questionnements sont aussi apparus :
- L’urbanisation ;
- les politiques de niveau infra-parlementaire en Afrique du Sud ;
- les représentations littéraires de la guerre en Afrique ;
- l’emprisonnement politique en Afrique du Sud ;
- les relations entre États-Unis et Afrique du Sud.

Historia : une revue longtemps pédagogique et afrikaner

Au temps de l’apartheid, la Tuks de Pretoria a largement contribué à l’écriture d’une histoire officielle, comme en témoigne la revue Historia qu’elle héberge depuis 1956. Une version CD-ROM et DVD-ROM de la revue est en vente pour la période 1956-2005.

Si des articles d’histoire à caractère pédagogique ont pu être publiés entre 1957 et 1985 (Historia Junior), ils ont fini par disparaître au profit des articles savants. Et si la langue afrikaner domine, des articles sont aussi acceptés en anglais.

Centrée sur l’histoire du sud de l’Afrique, la revue Historia fait également une place aux réflexions historiographiques. Dorénavant, les thématiques genrées et environnementales sont particulièrement explorées. La revue s’enorgueillit également d’un dialogue soutenu avec de nombreuses autres disciplines dès lors qu’elles se tournent vers le passé : géographie, théorie littéraire, science politique, archéologie, anthropologie, philosophie, sociologie, sciences de l’éducation, économie, sciences de l’ingénieur, médecine, sciences naturelles.

Historia est une émanation de la Historical Association of South Africa (HASA) qui regroupe à sa création chercheurs comme enseignants du primaire et du secondaire. Depuis 1988, la HASA organise des conférences biennales qui permettent aux enseignants de repenser l’histoire jusque-là apprise aux enfants : nouveaux points de vue sur le Grand Trek ou réévaluation de la guerre Anglo-Boer, tendances historiographiques, problèmes et défis à l’aube du IIIe millénaire.

Patrick Clastres

 


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  • ISSN 1954-3670