Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Genre et résistances en Europe du Sud

Ouvrages | 05.11.2019 | Guillaume Pollack

Presses universitaires de RennesL’ouvrage La Résistance à l’épreuve du genre dirigé par Laurent Douzou et Mercedes Yusta réunit treize articles issus du colloque international qui s’est déroulé à Paris les 12 et 13 septembre 2016. Il prend pour hypothèse que le genre joue un rôle moteur dans les modalités d’engagement, la construction et les pratiques d’une société clandestine en période de guerre ou d’occupation militaire. L’analyse se concentre sur la « Résistance antifasciste » dans les pays d’Europe du Sud entre 1936 et 1949. L’expression n’est pas spécifiquement expliquée et le genre, lui, est « sommairement défini comme l’assignation de rôles et de fonctions sociales aux individus en fonction de leur sexe biologique et de la hiérarchisation entre les hommes et les femmes qui en découle » (p. 9). La chronologie, enfin, envisage la période comme un seul et même « conflit qui secoue l’Europe entre 1936 et 1949 » (p. 12). Il existerait donc une chronologie linéaire, qui regroupe à la fois des contextes de guerre civile, un conflit mondialisé et des sorties de guerre.


Benoît Agnès, L’appel au pouvoir : les pétitions aux Parlements en France et au Royaume-Uni (1814-1848),

Ouvrages | 29.10.2019 | Olivier Tort

Dans cette version publiée de sa thèse soutenue en 2009 sous la direction de Christophe Charle, Benoît Agnès dresse une étude comparative intéressante du phénomène pétitionnaire, qui joua un rôle notable dans la vie politique française et britannique du premier XIXe siècle. Jean-Pierre Dionnet avait consacré en 2001 une thèse d’histoire du droit aux pétitions françaises de la Restauration ; l’intérêt du présent travail vient non seulement d’une extension du champ d’étude à la monarchie de Juillet, mais plus encore, d’une comparaison très éclairante avec la pratique britannique concomitante.


Walter Badier, Alexandre Ribot et la République modérée. Formation et ascension d’un homme politique libéral (1858-1895),

Ouvrages | 08.10.2019 | Alain Chatriot

Alexandre Ribot (1842-1923) a été cinq fois président du Conseil sous la IIIe République mais son nom est bien oublié en dehors des spécialistes de l’histoire politique de ce régime. Dans un volume issu d’une thèse soutenue en 2015, Walter Badier propose d’en restituer la trajectoire politique durant sa formation et une longue première phase de sa vie politique. Jean Garrigues dans sa préface inscrit cette recherche dans le renouvellement de l’histoire des « modérés » marquée par les travaux de Jean-Marie Mayeur, Gilles Le Béguec, Sylvie Guillaume et François Roth (auxquels on ajoute bien sûr Rosemonde Sanson et Gilles Richard). Le vaste fond déposé aux Archives nationales (AN) sous la côte 563 AP permettait en effet cette entreprise – effleurée jadis par Raphaël Muller – d’autant que l’auteur y associe d’autres fonds privés déposés aux AN, quelques fonds ministériels, les archives diplomatiques et les archives départementales de la circonscription du député Ribot.


Élise Roullaud, Contester l’Europe agricole. La Confédération paysanne à l’épreuve de la PAC,

Ouvrages | 01.10.2019 | Alain Chatriot

Depuis plusieurs décennies, l’étude du syndicalisme agricole et celle de la politique agricole commune (PAC) ont donné lieu à de très nombreux travaux de la sociologie et de la science politique françaises – il suffit de penser aux noms d’Ivan Bruneau, Hélène Delorme, Ève Fouilleux, Bertrand Hervieu, Pierre Muller, François Purseigle ou Yves Tavernier. Le livre d’Élise Roullaud issu de sa thèse soutenue en 2013 à l’Université de Lyon s’inscrit dans cette logique en accordant une place importante à un syndicat particulier, la Confédération paysanne, qui s’est pour une part construit face à l’intégration européenne. L’étude restitue donc à la fois la place de ce syndicat dans l’espace de la représentation agricole française et dans l’analyse du processus d’européanisation des groupes d’intérêt. 


Romain Robinet, La révolution mexicaine, une histoire étudiante,

Ouvrages | 24.09.2019 | Jean-Philippe Legois

Romain Robinet, maître de conférences à l’université d’Angers, place cette chronique des vingt premières années du mouvement étudiant mexicain (1910-1939) non seulement sous le signe de l’histoire révolutionnaire du mouvement étudiant, mais aussi sous le signe de l’histoire étudiante de la Révolution mexicaine. Comme pour d’autres pays et/ou d’autres périodes, l’auteur veut saisir l’impact du fait étudiant et démontrer qu’un changement de société ne peut être réduit à la référence universitaire qui, elle-même, ne se résume pas à l’autonomie (dont la participation étudiante au gouvernement universitaire) : il plaide pour un « continuum des possibles, la réforme de l’université s’inscrivant dans celle de la Cité ». Cela est d’autant plus important que, depuis 1918 et la mobilisation à l’université nationale de Cordoba (Argentine), la « réforme universitaire » s’impose comme paradigme révolutionnaire du mouvement étudiant, surtout en Amérique latine. Après avoir dégagé deux grandes périodes dans cette histoire mexicaine (1916-1929, 1929-1939), l’auteur la replace dans ses dimensions internationales.


Gilles Vergnon, Un enfant est lynché. L’affaire Gignoux, 1937,

Ouvrages | 24.09.2019 | Fabien Conord

En 1922, dans son roman Silbermann, qui reçoit le prix Femina, Jacques de Lacretelle met en scène les agressions verbales mais aussi physiques dont est victime le héros éponyme, jeune adolescent juif, qui manque d’être tué dans l’enceinte de son établissement scolaire sous les coups d’un groupe de condisciples excités par l’antisémitisme de leurs proches parents engagés au sein d’une ligue nationaliste. Le 24 avril 1937 à Lyon, la réalité dépasse la fiction : un enfant de 8 ans, Paul Gignoux, fils d’un militant du Parti social français (PSF), est victime d’insultes et de jets de pierre entraînant sa mort dans les heures qui suivent. Ses agresseurs sont des gamins d’un quartier populaire qui voient en lui un « fasciste » et un « cagot » (catholique). L’incident intervient alors qu’il rentrait chez lui à vélo à la fin d’une tournée où il vendait des billets de tombola pour l’enseignement privé. Ses agresseurs sont élèves à l’école publique. Il y a dans cet épisode un condensé des antagonismes qui divisent la France des années 1930 et c’est bien ainsi que l’étudie Gilles Vergnon. 


États et sociétés durant la Première Guerre mondiale

Ouvrages | 24.09.2019 | Alain Chatriot

Dans la profusion des volumes qui ont accompagné la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, la question des « fronts intérieurs », du rôle des États et de l’évolution des sociétés n’a pas été beaucoup abordé en dehors de quelques approches pionnières. On peut donc se féliciter de la publication en 2018 de plusieurs actes de colloque sur cette thématique ainsi que d’un volume issu d’une habilitation à diriger des recherches qui éclaire un cas particulier, celui du ravitaillement de la France occupée.

  • Sylvain Bertschy, Philippe Salson (dir.), Les mises en guerre de l’État. 1914-1918 en perspective, Lyon, éditions de l’ENS, 2018, 362 p.
  • James Connolly, Emmanuel Debruyne, Élise Julien, Matthias Meirlaen (dir.), En territoire ennemi 1914-1949. Expériences d’occupation, transferts, héritages, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018, 231 p.
  • Laurent Dornel, Stéphane Le Bras (dir.), Les fronts intérieurs européens. L’arrière en guerre (1914-1920), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018, 369 p.
  • Clotilde Druelle-Korn, Food for Democracy ? Le ravitaillement de la France occupée (1914-1919) : Herbert Hoover, le Blocus, les Neutres et les Alliés, Bruxelles, Peter Lang, 2018, 387 p.

Jean-Yves Mollier, L’âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980,

Ouvrages | 17.09.2019 | Bernard Lachaise

L’introduction du livre de Jean-Yves Mollier pose clairement une question dont on comprend vite qu’elle va dominer l’ensemble de l’ouvrage. Alors qu’à la Libération, la Résistance veut contrôler les messageries Hachette pour empêcher le retour aux « affaires » des années 1930 et sanctionner la Librairie Hachette pour ses agissements pendant la guerre, la loi Bichet du 2 avril 1947 met un point final au rêve de moralisation de la presse en accordant sa confiance à Hachette. L’auteur s’interroge sur ce revirement en s’appuyant sur de nombreuses sources, dont les archives ministérielles et celles de la préfecture de police de Paris concernant les messageries, celles du syndicat du Livre CGT, du Conseil national de la Résistance (CNR) et les archives Hachette, ainsi que de nombreux périodiques. Après un rappel de l’histoire des messageries et des relations presse/pouvoir politique de la fin de la IIIRépublique jusqu’en 1944 (deux chapitres), les sept chapitres suivants (la quasi-totalité des chapitres à l’exception du dixième, soit 187 pages, c’est-à-dire plus de la moitié du livre) étudient la période 1944-1947.


Ilvo Diamanti, Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties,

Ouvrages | 17.09.2019 | Alain Chatriot

Tenter d’imposer un néologisme en science politique n’est jamais un exercice simple, c’est pourtant ce que proposent Ilvo Diamanti et Marc Lazar avec la notion de « peuplecratie » (que Diamanti a inventé en italien, « popolocrazia », le livre ayant été publié en italien au début 2018 et révisé pour l’édition française). L’idée est d’interroger le populisme comme un phénomène contemporain majeur et, tout en lui donnant de la profondeur historique, d’en faire un élément de compréhension des métamorphoses plus globales des démocraties. La notion même de « peuplecratie » veut qualifier une « nouvelle ère » (p. 20) qui vient après celle de la démocratie des parlements au XIXe siècle, de la démocratie des partis et des parlements au XXe siècle et de la démocratie du public (l’expression est de Bernard Manin) à la fin du XXe siècle. Cette situation contemporaine est ainsi clairement présentée : « La peuplecratie résulte d’un double processus. D’une part l’ascension des mouvements partis populistes ; de l’autre, par effet de contamination, la modification des fondements de nos démocraties. » (p. 20)


Jaime M. Pensado & Enrique C. Ochoa, México Beyond 1968 : Revolutionaries, Radicals and Repression During the Global Sixties and Subversive Seventies

Ouvrages | 10.09.2019 | Romain Robinet

The University of Arizona PressLe livre dirigé par Jaime M. Pensado et Enrique C. Ochoa est intéressant à plus d’un titre. D’une part, parce qu’il est l’un des rares ouvrages pour le cas mexicain à faire écho à la terminologie française des « années 1968 », en regroupant toute une série d’études portant à la fois sur les années 1960, dites « globales », et les années 1970, ici appelées « subversives ». D’autre part, parce que le livre assume un positionnement hétérodoxe, entre militantisme et histoire, tout en étant clairement un ouvrage académique. Enfin, s’il réunit des contributions relativement différentes, aucune d’entre elles ne porte sur l’épicentre de la chronologie, à savoir le mouvement étudiant mexicain de juillet-décembre 1968.


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  • ISSN 1954-3670