Histoire@Politique : Politique, culture et société

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A contre histoire. Gaston Clémendot, instituteur pacifiste (1904-1952)

Olivier Loubes
Résumé :

Le parcours de Gaston Clémendot reflète les ambivalences du pacifisme français dans le premier XXe siècle. De 1904 à 1952, cet instituteur socialiste et syndicaliste milite et écrit (...)

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"L'oubli est la première condition du désarmement des haines, la première condition de la paix. Et, l'histoire c'est le contraire de la paix." Gaston Clémendot, 1924.

Le paysan du Danube et la dépêche d'Ems : un maître-étalon du pacifisme enseignant

Dans ses Mémoires, André Delmas évoque "le vieux Clémendot, de l'Yonne, son visage et ses yeux perdus dans un poil hirsute, paysan du Danube de la corporation, qui avait séduit le congrès de 1924 en mettant en doute le supplice de Jeanne d'Arc". Il relate une plaisanterie collective des délégués du Syndicat national des instituteurs (appelé alors couramment le SN) en voyage en Allemagne en 1931, qui, sachant son acharnement "à poursuivre les erreurs historiques dont les manuels scolaires étaient, disait-il, remplis", lui envoient le télégramme suivant, lors de leur remontée du Rhin : "Receveur des postes

de la station thermale d'Ems déclare sous la foi du serment qu'aucune dépêche n'a été déposée par le roi Guillaume Ier au guichet de ce bureau le 13 juillet 1870" [1] .

La saveur de l'anecdote, si elle campe la figure d'un Clémendot en bataille, au physique comme au moral, ne peut évidemment rendre la richesse de la longue vie (1868-1952) de ce maître rural, collaborateur d'Hervé avant 1914, puis correspondant dans les années 1930, de Lapierre, le directeur de L'école libératrice. Pendant plus de cinquante ans, il tend à l'évolution du pacifisme des primaires, telle que la Grande Guerre le change, le miroir de l'enseignement de l'histoire nationale : de son contenu comme de son opportunité. A ce titre, il en est un véritable maître-étalon.

La durée et la diversité de sa carrière d'instituteur (de l'école normale d'Auxerre en 1883 à sa retraite en 1924 de son poste de Mélisey, village de l'Yonne où il exerce trente ans), de militant socialiste (du parti ouvrier socialiste et républicain dans les années 1890 au parti socialiste démocrate dans les années 1950, en passant longuement par la SFIO qu'il quitte en 1933), et de syndicaliste (de président de l'Amicale des instituteurs de l'Yonne dans les années 1900 au bureau du SN dans l'entre-deux-guerres), sans compter son appartenance à la franc-maçonnerie, à la Ligue des droits de l'Homme (LDH), et à divers groupes pacifistes, a nourri l'activité de polygraphe par laquelle nous le connaissons [2] .

Le personnage est en lutte socialiste, syndicale et pédagogique son existence durant, c'est-à-dire durant un fort demi-siècle qui prend en écharpe les deux guerres mondiales. Cela le conduit naturellement à être un journaliste prolixe dans la presse socialiste et syndicale, l'auteur de nombreuses brochures, de même que le rédacteur de manuels d'histoire controversés qui le placent, à partir de 1904 (publication de l'Histoire de la France à l'usage des cours élémentaire et moyen, corédigée avec Hervé), au cœur du débat national sur l'histoire à l'école primaire, où il incarne, à la fois dans son camp et pour ses adversaires comme Le Temps, l'instituteur pacifiste et socialiste [3] . Ainsi, il se trouve être le principal instigateur de l'entreprise de réflexion du Syndicat national sur l'enseignement historique après la guerre par son interpellation de 1923 : "Faut-il enseigner l'histoire ? ".

Car la plaisanterie rapportée par Delmas n'est pas qu'anecdotique : elle met l'accent sur sa passion pour l'histoire. De tous ses combats, celui pour l'interprétation du passé est le principal. Faire l'histoire de Jeanne d'Arc ou de "la nuit du Moyen Age" [4] , c'est, pour Clémendot, armer l'anticléricalisme d'arguments irréfutables. Et il en est de même pour l'histoire du peuple, soutien du socialisme, ou pour l'histoire des causes de la Grande Guerre comme du traité de Versailles afin d'étayer en raison le pacifisme. Gaston Clémendot représente cette figure de l'idéologue historien comme d'autres sont philosophes ou économistes. Pour lui, la vérité est fille de Clio. Il est d'autant plus paradoxal, en apparence, et d'autant plus passionnant de comprendre pourquoi il a pu prendre la tête des opposants à l'enseignement de l'histoire à l'école primaire dans le SN au milieu des années 1920. La production du "paysan du Danube de la corporation" va donc nous servir de mètre étalon, selon deux gammes d'interrogation complémentaires.

La première concerne son évolution personnelle : en quoi ses représentations de l'enseignement de l'histoire de France à l'école se modifient-elles ; c'est-à-dire comment sa conception du passé, mêlant, dès l'origine, la patrie et la paix, s'est-elle infléchie, ou non, à l'expérience de la guerre ?

Le second ensemble de questions est celui de sa représentativité dans le corps des instituteurs, et, en particulier, des syndicalistes : Clémendot est-il en accord ou isolé dans le monde du primaire et parmi ses camarades du SN ; son pacifisme constant mais évolutif de 1900 à 1950 est-il en marge ou en phase avec les sentiments de ses collègues ?

Sous le biais de l'enseignement de l'histoire, deux périodes se dégagent nettement dans le parcours de Clémendot. Jusqu'au début des années 1920, Gaston Clémendot se bat pour que soit modifiée l'histoire scolaire, qu'elle conquière ce qu'il baptise « l'impartialité », tout en démontrant par ses écrits qu'elle est pour le moins délicate à mettre en œuvre dans une pensée où la référence au socialisme ou à la patrie domine. Après le conflit mondial, une fois le travail du deuil effectué, Gaston Clémendot se fait le champion de l'impossibilité de l'enseignement de l'histoire aux élèves de moins de douze ans, tout en militant plus que jamais pour que le rejet de la guerre l'anime. Il va alors lutter contre l'histoire à l'école, jugée "falsificatrice", marquant ainsi une profonde désillusion du passé, un souci d’oubli.

« L’impartialité » ou la conquête du passé, 1904-1922

Gaston Clémendot se trouve, dès sa première publication en 1904, associé à la notoriété de Gustave Hervé. L'enjeu de leur manuel d'histoire de la France est de comprendre la geste nationale dans la guerre sociale que leur socialisme pense comme essentielle [5] . Le pacifisme y a sa part, complémentaire mais nullement secondaire. Pourtant, très vite, les deux militants, l'instituteur rural et le professeur révoqué, s'opposent sur la place que doit occuper la défense du pays au cas où il serait attaqué. Ils différent sur l'attitude à avoir dans la guerre patriotique qu'une agression allemande entraînerait, même s'ils se réconcilient partiellement à la veille du conflit. Dans les deux cas de figure, Clémendot, le congressiste de Lille (1905) comme le père dont le fils aîné meurt à Verdun (en 1917), est à la recherche d'une histoire qu'il veut "impartiale". Mais cette quête de la "vérité" est avant tout une conquête du passé au service du peuple.

L'histoire nationale dans la guerre sociale, 1903-1913

Il est d'usage, lorsqu'on suit les acquis de l'historiographie de l'école, d'identifier autour du début du siècle, vers 1905, un tournant dans le sentiment politique et civique des instituteurs, qui deviennent socialistes et délaissent le patriotisme des débuts de la République. La génération dreyfusiste remplace la génération de la Revanche. Le congrès des Amicales des instituteurs, tenu à Lille en août 1905, nous donne l'occasion d'éprouver la validité de cette césure à propos de l'enseignement de l'histoire. Elle est le point de fixation majeur des débats, autant lors de travaux de la commission d'histoire des 29 et 30 août, qu'en séance plénière, le 31.

A Lille, l’attaque contre Thiers, père fondateur de la République, mais massacreur de la Commune, relevée par Ernest Lavisse [6] , sert d'exemple principal à Clémendot pour démontrer la "partialité" de l'enseignement de l'histoire à l'école républicaine. Champion de la tendance syndicaliste dans le mouvement amicaliste, il refuse que l'enseignement des manuels (unanimement à la gloire de Thiers) puisse aller à l'encontre de l'enseignement des pères (…socialistes, pour lesquels "Thiers est un sinistre bandit"). Afin d'éviter cette contradiction entre l'enseignement de l'Etat et la conscience, jusqu'ici bafouée, de certaines familles, il soutient que "l'histoire doit être impartiale [et] ne doit servir que la vérité". Par impartialité Clémendot entend que l'histoire doit être "scientifique", c'est-à-dire présenter tous les points de vue en présence, soit, en fait, dans son esprit, introduire, à parité avec les autres, les thèses socialistes ignorées des manuels.

Le résultat du vote des motions sanctionne sa victoire d'une courte tête en séance plénière, contre l'avis de la commission d'histoire qui avait rejeté la veille le texte de Dufrenne (soutenu par Clémendot) affirmant le caractère "scientifique" de l'enseignement de l'histoire, au profit de celui de Caron proclamant que "cet enseignement sera démocratique, critique et pratique, libre penseur, à la fois patriote et pacifiste, c'est-à-dire profondément humain selon la conception révolutionnaire de 1792".

Toutefois, au-delà de cette lutte serrée au sujet de la partialité politique (que contiendrait, selon Clémendot, le seul recours à la neutralité confessionnelle et au soutien à la République chauvine bourgeoise), et de la confusion entre l'enseignement historique et l'enseignement civique et moral, les congressistes sont d'accord sur les deux points suivants, qui correspondent aux vœux de la commission d'histoire adoptés sans discussion. A propos des "matières de l'enseignement de l'histoire", ils affirment essentiellement, outre le primat à donner à l'histoire contemporaine, que "l'histoire des collectivités doit prendre dans l'enseignement l'importance attribuée jusqu'ici à l'histoire des individus". En commission, Clémendot avait réussi à faire prévaloir son point de vue condamnant l'histoire biographique car elle "conduit au culte des individualités qui est la source du césarisme".

En ce qui concerne les vœux sur les "méthodes particulières et procédés de l'enseignement de l'histoire", le congrès prône l'usage de l'histoire locale pour concrétiser l'histoire nationale, ainsi que l'emploi du cours concentrique : chronologique et pittoresque au cours élémentaire, puis politique au cours moyen, et enfin moral et social au cours supérieur. Il insiste aussi sur la réduction du nombre des noms et des dates à retenir, et, sur "l'esprit nettement laïque et démocratique" que doivent avoir les manuels mis entre les mains des élèves. On le voit, avec ces dernières motions adoptées (qui n'évacuent ni l'aspect "moral" ni "l'esprit nettement laïque et démocratique" de cet enseignement défini auparavant comme "scientifique" et "impartial"), c'est un bilan nuancé qu'offre cette rencontre des instituteurs des Amicales à propos de l'enseignement de l'histoire. Clémendot a beau le présenter comme un succès il ne triomphe pas plus que la ligne Devinat n'est massivement rejetée.

Mais qu'en est-il de l'impartialité et du caractère scientifique lorsqu'on passe des idées à leur application ? Que contiennent les manuels auxquels participe Clémendot ; comment y est traitée l'histoire de la nation dans ses rapports au patriotisme, au pacifisme et au socialisme ?

Publiés par le même éditeur (Bibliothèque d'éducation) et réutilisant gravures et formules communes, le manuel dû au seul Gustave Hervé (Histoire de la France et de l'Europe. L'enseignement pacifique par l'histoire, 1903), et celui dû à Gaston Clémendot et Gustave Hervé (Histoire de France à l'usage des cours élémentaires et moyens, 1904), appartiennent à la même famille militante. L'impartialité est revendiquée comme la nouveauté méthodologique du manuel en arguant du "souci qu'a eu l'auteur de faire entendre sur chacune des grandes questions controversées de la politique contemporaine, la Réforme, la Révolution, l'Empire, le Socialisme, les "sons de cloche" des deux ou trois partis politiques entre lesquels les jeunes gens auront à opter plus tard, en toute liberté et en pleine connaissance de cause" [7] . Mais le "souci" le plus évident à la lecture est bien celui de propagandistes socialistes qui s'intéressent "aux masses sans nom", et veulent "montrer les efforts des opprimés pour améliorer leur sort, et de l'autre les efforts de leurs oppresseurs pour les maintenir sous le joug" [8] .

Cela se traduit par une insistance pacifiste, anticléricale et socialiste, aisément repérable dans le Clémendot-Hervé de 1904. Rappelée dans toutes les leçons, la flétrissure de la guerre débute avec les "premiers habitants de notre pays", et sert, avec la condamnation des religions (surtout la catholique), de fil directeur à l'ouvrage comme l'illustre le plan et le contenu de la leçon sur "La Gaule et les Gaulois". Structurée en quatre parties d'environ une page chacune, elle décline successivement : l'arrivée des Gaulois dans notre pays puis le commencement de l'agriculture et de l'industrie en Gaule, c'est-à-dire le peuplement et la civilisation matérielle, avant de consacrer les deux derniers thèmes à la religion des Gaulois (avec insistance finale sur les sacrifices humains) et à la guerre chez les Gaulois qui "quand ils ne se battaient pas entre eux, allaient au loin faire la guerre aux peuples étrangers pour leur voler de l'argent, des bestiaux et des vêtements. En somme, nos ancêtres gaulois étaient des sauvages aussi peu avancés que le sont, à l'heure actuelle, beaucoup de nègres d'Afrique" [9] . Et, au lieu d'insister classiquement sur la défaite sublimée de Vercingétorix à Alésia (qui ne sont cités ni l'un ni l'autre), la gravure de tête et la lecture de fin, qui lui répond, renversent le lieu commun pour s'attacher à dépeindre le "malheur aux vaincus !" du chef des Gaulois Senons qui "ne songeait pas, en faisant cette réponse impitoyable, qu'un jour viendrait où les Gaulois seraient, eux aussi, à leur tour, des vaincus" [10] .

Quant à la présentation impartiale des "sons de cloche" politiques en histoire contemporaine, elle peut être éclairée par l'ordre et la part respective attribués dans ce même Clémendot-Hervé de 1904 à la présentation des différents courants. La trente-huitème leçon s'intitule "Les partis politiques actuels", elle accorde une demi-page aux partis conservateurs, royaliste, bonapartiste, républicain modéré, une page et cinq lignes au parti républicain libéral ou catholique, une page et demie au parti radical, et réserve les sept dernières pages et demie au parti socialiste ou collectiviste, ainsi placé, en masse, au terme de l'histoire politique. Son accomplissement, et donc le dernier chapitre, est "l'internationalisme", dont l'instauration seule permettra la paix, car : "tout en désapprouvant l'annexion brutale de l'Alsace-Lorraine, il ne veut pas que cette injustice soit réparée à coups de canon. Il compte régler cette question pacifiquement avec les socialistes allemands, quand ceux-ci auront réussi à se débarrasser de leur empereur" [11] .

Ce dernier chapitre sur l'internationalisme est, en particulier, à l'origine de l'interdiction de l'ouvrage dans les écoles publiques prononcée par l’arrêté du 5 août 1905, au motif qu'il s'agit non d'un "manuel d'histoire, à l'usage des enfants des écoles primaires, mais [d']un livre de propagande politique".

Placé en conclusion de "ce livre de propagande politique", son credo évolutionniste montre bien que l'impartialité à laquelle se rattachent les deux auteurs correspond à une lecture de l'histoire comme un progrès qui doit aboutir au socialisme. En ce sens, on peut dire que pour cette conception, il s'agit, en débattant dans les congrès comme en publiant des ouvrages scolaires, de lutter pour imposer l'interprétation "scientifique" du passé, sa conquête par les "hommes de bonne volonté".

L'histoire de la France dans la guerre patriotique, 1913-1922

Or, les deux auteurs, bien que fraîchement condamnés ensemble, vont se séparer dès cette année 1905 à la suite d'un discours de Gustave Hervé au Tivoli le 25 août, où il se proclame antipatriote. La polémique se développe dans Le travailleur socialiste de l'Yonne, dans lequel Fergan (pseudonyme socialiste de Clémendot) écrit le 28 octobre : "Si mes frères allemands commettent le crime de pénétrer en France pour mitrailler mes frères français, je n'hésiterai pas à leur loger du plomb sous la peau".

Cette prise de position, en rupture avec l'Hervéisme de l'heure [12] , se retrouve dans le nouveau manuel de Clémendot paru en 1913 sous le nom de Duvillage (son pseudonyme pédagogique ; il emploie aussi parfois Dusillon), intitulé Histoire de la France expliquée aux enfants. Histoire de la Nation et histoire de la Civilisation. Il correspond à un retour à la patrie très net, et marque le temps de (re)patriotisation qui précède immédiatement la guerre.

Là où le manuel Clémendot-Hervé plaçait, en 1904, le terme de l'évolution dans le socialisme et la paix procurée par l'internationalisme, le Duvillage de 1913 le situe désormais dans la patrie, respectueuse des autres. La France prend le pas sur le peuple, et la guerre patriotique sur la guerre sociale, comme en témoigne le changement de traitement de l'épisode de Jeanne d'Arc. En 1904, il fait partie de la huitième leçon sur "Les paysans au Moyen Age", et elle y figure en gravure sur le bûcher, légendée "Supplice de Jeanne d'Arc, la meilleure fille de Jacques Bonhomme" [13] . En 1913, dans une leçon qui lui est, désormais, entièrement consacrée, elle est l'héroïne de "la guerre de Jeanne contre les Anglais". La charge anticléricale, présente dès 1904, subsiste et Duvillage insiste sur les "prêtres français" qui la condamnèrent, mais sous la même gravure du bûcher la légende a été réduite à "Supplice de Jeanne d'Arc". Elle n'est donc plus "la meilleure fille de Jacques Bonhomme", en revanche sa vie est clairement héroïque et patriotique : "La lutte de cette héroïque jeune fille contre les Anglais avait à peine duré deux ans ; mais cela avait suffi à donner à beaucoup de Français le courage nécessaire pour achever son œuvre" [14] .

L'entrée en guerre devait renforcer cette disposition d'esprit. En 1914, par exemple, la responsabilité du conflit ne fait aucun doute pour Clémendot, et si "beaucoup d'Allemands n'ont pas voulu la guerre", son déclenchement est le fait de "leur gouvernement et des chauvins pangermanistes". Les "puissances qui nous combattent" ont refusé les solutions d'arbitrage, en 1907 et en 1913, ce qui montre "qu'elles comptaient, un jour ou l'autre, recourir à la guerre pour satisfaire leurs ambitions. Et cela les condamne irrévocablement" [15] .

Deux ans plus tard, à l'occasion d'un autre article d'histoire sur l'avant-guerre et les affaires du Maroc, tout en signalant qu'il existait des "hommes de violence" en France comme en Allemagne, il maintient que "l'empereur d'Allemagne, cédant aux excitations pangermanistes, a déchaîné sur l'Europe la plus effroyable guerre que le monde a jamais vue" [16] . Une fois encore, l'histoire est mise à contribution pour conquérir le passé au service d'une démonstration, ici celle de la responsabilité du déclenchement du conflit. On voit aussi la coloration apportée par l'année 1916 à l'appréhension d'une guerre, devenue durablement "la plus effroyable que le monde a jamais vu". A la différence de la dénonciation des responsabilités allemandes, ce trait ne devait cesser de s'accuser.

Le maintien dans cet état d'esprit patriotique s’observe dans le premier bilan de la guerre que tire la nouvelle édition de son manuel en 1920. Il doit beaucoup aux deuils qui le frappent succesivement. Issu de l'Ecole normale d'instituteurs d'Auxerre, son fils Jean Clémendot meurt au front en janvier 1917. Profondément marqué par cette disparition, Gaston Clémendot devait, trois ans plus tard, en éprouver une seconde, avec laquelle la première était naturellement mise en parallèle dans le discours prononcé aux obsèques : "Madame Clémendot meurt à ce champ d'honneur du sacrifice, comme le fils aîné qu'elle adorait est mort là-bas, sous les murs de Verdun, pour la défense de notre patrimoine commun d'honneur et de liberté, et pour la défense de la vie et de l'avenir des jeunes générations" [17] .

Ici, le sens donné à ce double deuil indissocié est le triomphe sur la mort et sur la stérilité du futur. Le champ d'honneur de l'institutrice, "à la veille de jouir d'un repos bien mérité", y rejoint celui de son fils "sous les murs de Verdun". Les sacrifices qui se croisent sont encore féconds dans la paix. Le parallèle entre la "carrière de l'enseignement" et le combat militaire tient à cette profondeur eschatologique si particulière aux années 1916-1922.

On pourrait imaginer qu'il s'agisse de discours de circonstance, pris dans un pathos convenu (qui n'en est pas moins instructif sur l'esprit de l'époque chez les instituteurs syndiqués) éloigné des sentiments personnels de Clémendot. Peut-être. Il ne nous est pas, ici, possible de trancher. Ce que nous pouvons lire de lui à travers la version 1920 du manuel Duvillage permet toutefois de constater une continuité avec sa position patriotique de 1913, en même temps qu'une insistance finale nouvelle sur le poids de la guerre. Comme pour les autres livres scolaires d'histoire, le texte d'avant la guerre est intégralement conservé. Un chapitre sur "La Grande Guerre" prend place désormais après la table des matières. La responsabilité allemande dans le déclenchement du conflit y est soulignée, ainsi que la "défection russe", à propos de laquelle le traité de Brest-Litovsk est jugé déshonorant. Mais l'ambivalence de l'enseignement de guerre vient compléter le tableau. A la nécessité de défendre la patrie, au déploiement d'une histoire nationale héroïque (à travers par exemple Jeanne d'Arc), s'ajoute le bilan "effroyable" de la guerre qui commande l'avenir.

En lieu et place de l'exigence du "servir ta patrie" qui concluait la version de 1913, et qui n'est pas encore abandonné mais déjà dépassé, au sens propre, dans le livre et dans l'histoire, figure in fine la nécessité d'assurer "pour le genre humain (...) à tout prix le règne de la paix définitive". Le plus notable est moins le changement d'horizon, de la patrie à l'humanité, car, après tout, les deux sont connus et employés dès avant 1914, que le changement de ton et de degré d'engagement : "à tout prix" signe la force et les errements à venir du plus jamais ça qui oblige à une "paix définitive".

La guerre est désormais impensable autrement que comme un passé impossible à revivre.

L’impossibilite ou la désillusion du passe, 1922-1950

"Il n'a pas suffi que la France soit sauvagement pillée par les Boches. Il a fallu que des milliers d'authentiques Français, se transformant en Boches de l'intérieur, se ruent à la curée du budget.

Continuez, bonnes gens, continuez.

Faites commerce de tout.

Gonflez vos portefeuilles du sang de vos fils transformé en billets de banques : l'argent n'a pas d'odeur. [18] "

A travers l'indignation profonde de ce passage, consacré au pécule de 1 000 francs attribué aux ayants droit des combattants tués à l'ennemi, quelque soit leur revenu, apparaît, sous la plume de Clémendot, un retournement de formule qui signale combien la violence de la culture de guerre ("sauvagement pillée par les Boches") peut nourrir celle de la culture de guerre civile ("Boches de l'intérieur"). Au demeurant, le thème de la dénonciation des profits matériels tirés des morts de la Grande Guerre, ne lui est pas réservé. La première pièce du fils d'instituteur Marcel Pagnol, datée de 1925, Les marchands de gloire, s'attache à peindre, elle aussi, le négoce des soldats tués. Elle reflète, à sa manière, l'amertume et l’écœurement des sentiments d'après-guerre saturés d'un patriotisme, devenu au sens propre, bon marché. Le titre de l'article de Clémendot mérite tout autant l'attention, en cela qu'il signale un autre retournement essentiel. Intitulé "Contre le monnayage des ossements de nos enfants", il marque, au-delà de la réorientation interne du combat principal, sa modalité fondamentalement négative. Le temps est désormais propice aux combats contre.

Dans les années 1920, c'est contre l'enseignement historique dans le primaire que s'exerce la lutte passionnée de Clémendot. Bien que minoritaire, il se trouve au centre du débat sur l'histoire à l'école, qui, parce que le passé est désormais lié à la guerre, pose alors problème. Au-delà des préaux, cette question agite la France entière, des cercles académiques où s'exprime Valéry au champs scientifique des Annales naissantes. Puis, confronté, comme tous les Français, au retour des tensions internationales, et aux choix dans la priorité du combat face aux fascismes, il incarne la figure d'un pacifiste intégral des années 1930 et 1940. Paradoxalement, eu égard au positionnement habituellement reconnu au SN, il va se trouver, y compris dans son camp, en marge du combat pour la paix qui pourtant est partagé par les siens.

Au centre du débat sur l'histoire, 1923-1932

A l'instar des années 1910, l’après-guerre nous offre la possibilité de comparer la théorie et la pratique de Clémendot, en mettant en regard les débats d’un congrès et la production de manuels qui lui sont contemporains ou en découlent. Cependant, la question centrale a changé, il ne s'agit plus de l'impartialité politique mais de l'impossibilité pédagogique, scientifique et morale à enseigner l'histoire aux élèves.

Une enquête sur l'enseignement de l'histoire avait été lancée à Paris par le congrès syndical d'août 1923 durant lequel les instituteurs du SN s'étaient accordés sur les méthodes actives. "Le coup de pistolet de Clémendot" [19] éclate dans le Bulletin mensuel du SN de novembre 1923 lorsqu'il interpelle ainsi ses collègues : "Faut-il enseigner l'histoire ?". Il va décliner sa thèse de novembre 1923 à juillet 1924, c'est-à-dire depuis son questionnaire initial de l'automne, jusqu'au XXe chapitre paru à la veille du congrès, l'été suivant. Un feuilleton anti-historique en quelque sorte, où sont convoquées, de Volney à Anatole France, toutes les citations favorables sous le qualificatif d'"opinions", et où sont déployées, successivement, avec la pugnacité qui le caractérise, toutes les raisons pédagogiques, scientifiques et morales de supprimer cet enseignement pour les jeunes élèves.

Pour Clémendot, les raisons pédagogiques (obligation de simplifier "pour ne pas engendrer le chaos dans l'esprit des enfants") et scientifiques (nécessité d'entrer dans le détail "pour ne pas falsifier"), qui occupent la quasi-totalité de la démonstration s’affrontent jusqu’à se contredire, ce qui aboutit à "l'impossibilité d'un enseignement honnête de l'histoire" [20] .

Au-delà de cette contradiction fondamentale entre le scientifique et le pédagogique, la clé de voûte du système de pensée de Clémendot, celle qui le verrouille et explique la date de la prise de conscience d'une telle impossibilité, est morale et figure logiquement dans le dernier point abordé : "L'histoire est un enseignement de haine et de guerre". On y lit tout le poids de la guerre sur la mémoire et l'interprétation du passé. La mort de l'histoire de France enseignée, son impossibilité, découle ici de la mort, évitée de peu, de la France, sa possibilité entrevue de 1914 à 1918 : "Si, réellement, nous voulons la paix, si nous voulons que la guerre ne tue pas l'humanité, notre premier devoir est d'oublier le passé. Il faut cesser de se livrer au misérable jeu qui consiste à rechercher si le Rhin a été franchi plus de fois par les Allemands que par les Français. L'oubli est la première condition du désarmement des haines, la première condition de la paix. Et, l'histoire c'est le contraire de l'oubli" [21] .

Une telle rage à oublier le passé ne joue-t-elle pas le rôle d'exutoire au conflit profond entre sa passion pour l'histoire et sa haine de la guerre, reflet et exaspération du deuil qu'il tente ainsi d'opérer par la négation, le refoulement ? Toujours est-il que s'est installée l'équation histoire = impossibilité, car pour Gaston Clémendot le passé c’est la guerre et la guerre ce doit être le passé. A l'impartialité a succédé l'impasse.

Il devient alors moins surprenant que même l'histoire des horreurs de la guerre et l'histoire de la civilisation, unanimement louées par le reste des enseignants comme solution aux impasses de l'enseignement chauvin, ne trouvent pas grâce à ses yeux. La première, si elle coexiste avec la haine de l'ennemi à qui l'on prête la responsabilité des horreurs, peut nourrir l'envie de guerre ou émousser la sensibilité à force de répétition, d'étalage des atrocités. La seconde, "la pacifique histoire de la civilisation" qui est pourtant la voie préconisée, depuis l'avant-guerre déjà, pour remplacer "l'histoire-bataille" est tout aussi néfaste car, d'une part "ce serait le déluge encyclopédique", et, d'autre part, elle aussi "est liée à l'histoire des guerres, et on ne peut pas enseigner l'une sans enseigner l'autre" [22] .

Cette position longuement argumentée connaît un très fort retentissement et constitue la base du débat majeur du congrès de Lyon d'août 1924, durant lequel Clémendot la reprend à la tribune. Sur la masse des réactions, deux seulement suivent le tout nouveau retraité de Mélisey jusqu'au vœu de supprimer l'enseignement de l'histoire pour les élèves de moins de douze ans : H. Lacoste dans le Bulletin du SN du Cantal et Célestin Freinet, qui n'est pourtant pas membre du SN. Car l'actualité de ce débat sur l'usage scolaire du passé est aussi à l'ordre du jour d'un autre congrès, celui de la Fédération des instituteurs unitaires, issue de la scission du début des années 1920, qui s'exprime par son journal L'école émancipée. Ici aussi, la guerre amène à repenser l'enseignement de l'histoire. Freinet occupe, sur ce point, une position similaire à celle de Clémendot. Très isolé, il vote contre le rapport d'Antoine Richard qui propose de substituer à l'enseignement "bourgeois" de l'école républicaine un enseignement de classe, c'est-à-dire, ici, une histoire de la civilisation d'inspiration matérialiste marxiste développant un esprit international(iste) [23] .

Au total les deux abolitionnistes du passé à l'école primaire se retrouvent seuls ou presque. Conformément à l'idéal briandiste qui domine alors l'école primaire, le congrès choisit massivement de ne retenir des attaques de Clémendot que la condamnation de la valorisation de la guerre dans les manuels, car il reste confiant dans la possibilité d'éduquer à la paix par l'histoire. Il n'y a pas encore de désenchantement de celle-ci, le progrès de l'humanité existe pour les instituteurs.

Très clairement le congrès se reconnaît dans l'horizon pacifiste et dans l'ordre du jour de synthèse qui est ensuite rédigé et adopté à l'unanimité... moins l'Yonne de Clémendot. Il contient, comme l'écrit le surlendemain Ferdinand Buisson, "le maintien d'un enseignement historique modifié par le nouvel idéal, celui de la SDN" [24] .

Le congrés du SN prévoit aussi, comme celui des unitaires, la mise en application de ce nouvel idéal par la rédaction de nouveaux manuels d'histoire. Le sel de l'affaire est que le manuel pour le primaire va être confié, à l'issue du congrès, aux soins de... Clémendot. Voyons donc comment se traduit dans ses livres scolaires son changement de conception de l'enseignement de l'histoire.

Le Duvillage (Histoire de la France expliquée aux enfants) est refondu en 1926, à peu près à la même date que les autres livres d'histoire présents sur le marché de l'édition. L'envoi patriotique final ("Vue générale et conclusion") étant supprimé, c'est l'idéal pacifiste qui s'impose : la responsabilité de la Grande Guerre est désormais partagée entre les belligérants ; le sens de l'épisode d'octobre 1917 est inversé, ce n'est plus le "déshonneur" et la "défection" d'un allié, mais au contraire l'action d'ouvriers et de soldats russes qui "refusèrent de continuer la guerre" ; quant au dernier chapitre il concerne la Société des Nations, et sa dernière phrase offre l'avenir de l'humanité à la Cour internationale de justice de La Haye, grâce à laquelle "la guerre sauvage sera remplacée par l'arbitrage, qui est seul digne des hommes civilisés" [25] . Au total Clémendot communie avec l'esprit de compréhension internationale de l'heure, biffe de son ouvrage les références patriotiques, gomme le ton des années 1910.

On y lit la recomposition, effectuée dans les années 1920, de son système de représentations autour de "l'effroyable tuerie". La recherche de ses causes devient, pour Clémendot, la tension intellectuelle motrice. Il lui faut expliquer le mal par la désignation d' "ennemis mortels". Dans une telle mentalité obsidionale, lorsque les troubles de l'identité nationale s'accentuent (comme au cours des années 1930), le risque devient alors réel que le combat contre (la dialectique des « anti ») prenne le pas sur le combat pour, que la culture de guerre ne s'impose.

Gaston Clémendot est alors parfaitement intégré au camp du SN, réservant ses articles historiques à L'école libératrice, comme il le faisait auparavant avec la Revue de l'enseignement primaire qui la précéda. Il est encore pris, violemment, pour cible par les instituteurs unitaires, dans leur volonté de déboulonner les vieux maîtres laïques, syndiqués au SN. Par le biais de leurs Cahiers de contre-enseignement prolétarien, ils n'hésitent pas à décrire le contenu du manuel Duvillage de 1913 comme participant à l' "atmosphère chauvine" de "la guerre impérialiste", ce qui, tout vocabulaire militant ôté, peut se défendre, et en profitent pour assimiler l'évolution de Clémendot à celle d'Hervé, ce qui, en 1933, relève, pour le moins, de l'amalgame injurieux [26] . Ils s'attirent quarante-cinq pages manuscrites (ont-elles été publiées ?) de "réponses" qui se terminent par une réitération de son credo sous la forme d' "un dernier mot" :

"Un dernier mot.

Vous ne voulez plus de manuels, jeunes révolutionnaires.

Mais vous voulez des contre-manuels.

Moi, je ne veux ni des uns, ni des autres.

Je pense qu'on bourrera toujours le crâne des jeunes enfants tant qu'on s'obstinera à leur enfourner des connaissances qui sont hors de leur domaine.

Je ne veux pas d'enseignement de l'histoire à l'école primaire élémentaire. C'est un enseignement qui ne convient qu'à des adultes.

Je crois que votre pédagogie retarde. Vous vous imaginez que l'école primaire a pour but d'instruire. Moi, je pense qu'elle a pour but, non pas d'instruire, mais d'apprendre aux enfants à s'instruire eux-mêmes. Lorsqu'ils seront devenus des hommes, lorsqu'ils pourront comprendre les manuels et auront appris à les utiliser et à s'en défier.

Lisez Montaigne, lisez Rousseau.

Après, nous pourrons causer. [27] "

En marge du combat pour la paix, 1933-1950

Ce "dernier mot" qui résume sa position mûrie au cours des années 1920 dans l'exaspération du refus de la guerre (on "bourrera le crâne" des enfants comme en 1914-1918), clôt opportunément la période où il se trouve au centre du débat sur l'enseignement historique. Car, dans les années 1930, le débat sur l'histoire achève sa mue en combat pour la paix [28] . Or, il va s'y trouver, peu à peu, à l'écart de son organisation syndicale. Son combat pour la paix est-il devenu trop intégral pour ses camarades ? Sa mise en retrait correspond-elle à un déphasage dû à son glissement extrémiste ?

Même si le Duvillage continue d'être réimprimé (en 1936 encore), un double mouvement permet de parler d'éloignement de Clémendot par rapport à la majorité de ses collègues en activité. D'une part, il ne publie plus ses articles que dans une presse militante à moindre tirage que celle du SN, avec bien moins d'écho dans la presse adversaire habituellement sensible à ses propos. Ainsi, la parution conjointe de L'idole de Domrémy et d'extraits de l'Initiation à l'histoire, en 1930-1931, marquent sa dernière collaboration officielle à L'école libératrice. D'autre part, son activité de conférencier et de publiciste se resserre sur le pacifisme et la situation internationale, aux dépens de l'enseignement de l'histoire et de l'anticléricalisme désormais englobés, submergés dans le nouveau combat prioritaire.

Si le manuel "matérialiste" des unitaires, souhaité en 1924, a bien paru en 1928, celui du SN que devait rédiger Clémendot n'a donc existé qu'en feuilleton incomplet dans L'école libératrice, en 1930-1931, avant d'être repris dans L'école émancipée, en 1938-1939. C'est un nouvel indice des reclassements qui s'opèrent alors. De manière symptomatique, la polémique sur son Initiation à l'histoire ne fut pas rendue publique. L'histoire de sa publication avortée dans le giron de SUDEL (la maison d'édition du syndicat), au cours de la décennie 1930 est le premier jalon de la marginalisation progressive de son auteur par rapport au SN. Clémendot se heurte à un double problème. D'abord pédagogique : que signifie rédiger, non pas un nouveau manuel d'histoire de France (après tout le Duvillage existait depuis 1913, et sa refonte de 1926 était unanimement louée au SN [29] ), mais une initiation à l'étude de l'histoire ? Par ailleurs, qui le publiera ?

C'est au sujet de cette deuxième question que la rupture entre Clémendot et la direction pédagogique du SN va se produire. Mais il s'agit bien d'un problème de contenu.

Au printemps de 1933, Clémendot, accepte de soumettre son manuscrit à un comité de spécialistes, "ceci afin de documenter objectivement la commission pédagogique et la commission de surveillance de SUDEL" [30] . Il est donc question que le SN par l'intermédiaire de sa maison d'édition le publie, mais après avis "objectif" d'universitaires réunis sous la houlette de Glotz (qui est alors président du comité international des sciences historiques). Dans les faits, le texte de Clémendot va être soumis à un spécialiste par période : Halphen pour le Moyen Age, Pagès pour les Temps modernes, et Renouvin pour l'époque contemporaine. Bien que diversement modulé, leur avis est unanimement négatif.

Clémendot se voit retourner l'accusation de partialité contre laquelle il lutte sincèrement depuis trente ans. Derrière les termes, parfois mesurés, on lit sans peine la désapprobation des historiens médiéviste et moderniste au sujet de l'anticléricalisme récurrent, ou de la caricature de la société féodale comme de l'Ancien Régime. Mais c'est Renouvin qui, en cinq feuillets, se montre le plus acerbe. Il a été visiblement heurté par la "conception matérialiste" et, surtout par la présentation des relations internationales avant 1914. Autant que l'avis du spécialiste, on sent les réactions du citoyen et du patriote face à ce qu'il décrit comme un "esprit tendancieux". Pour Renouvin autant que pour Clémendot, l’histoire de la Grande Guerre est vivante, brûlante même. Pour autant peut-on dire qu'elle marque un grand écart au sein du monde enseignant entre les universitaires dont les réflexes patriotiques sont intacts (Renouvin les représente bien en tant que spécialiste reconnu des relations internationales) et les instituteurs devenus pacifistes (puisqu'ils ont chargé Clémendot de rédiger l'Initiation à l'histoire) ?

La suite donnée par le SN à ces critiques nuance le tableau attendu du pacifisme des enseignants du primaire : Clémendot n'est pas suivi. Le 26 février 1935, les notes critiques lui sont envoyées par Boulanger, de SUDEL. Sa réaction est à la mesure de sa colère (les termes même de Renouvin l'attaquent sur ce qu'il considère ses valeurs depuis 1905 : l'impartialité, la vérité historique) et de son tempérament de lutteur (il rédige 58 pages de "notes de critique historique" reprenant point par point toutes les remarques des trois historiens). Mais, le 1er octobre 1935, le bureau du SN, auquel elle a été soumise, lui notifie son refus de publier sa réplique, au motif que l'étude critique avait été faite sous la réserve qu'il n'en serait pas fait état publiquement, et lui propose une issue dilatoire [31] . L'essentiel est bien que, sur le fond, le bureau se range à l'avis des historiens (pour des motifs éditoriaux autant que par adhésion aux points de vue des universitaires ?).

En tout cas, le manuel d'Initiation à l'histoire de Clémendot a vécu. La rupture intellectuelle avec le SN est consommée en deux années charnières : 1933-1935. Cet épisode ponctue par ailleurs le double échec de cette veine de manuels d'histoire faite par des syndicalistes. Alors que les intentions de départ étaient opposées (les unitaires souhaitant un livre militant, les autres un livre impartial), le résultat est convergent : à la confidentialité du premier [32] correspond l'avortement de celui du SN.

Désormais le repli de Clémendot sur la résistance à la guerre s'accroît. Hormis la reprise de L'idole de Domrémy dans La Libre Pensée (de février à octobre 1937) et dans L'école émancipée au printemps de 1938 (sous le titre "La vérité sur Jeanne d'Arc"), et un manuscrit de 1935 sur la "laïcité en danger", on ne rencontre plus dans ses papiers d'articles consacrés en premier lieu à l'anticléricalisme, alors que ceux qui concernent le pacifisme deviennent légions. Encore faut-il remarquer que l'étude sur Jeanne d'Arc, telle qu'elle est revue en 1937-1938, fait, avant tout, de la Pucelle une "vierge guerrière" [33] . "La visionnaire des bords de Meuse" procure ainsi une occasion de dénoncer les traîtres à la cause d'un laïcisme, dorénavant assimilé à la lutte pacifiste. Ce faisant, Clémendot nous offre la possibilité de mesurer le fossé qui se creuse entre son point de vue et l'acception classiquement républicaine d'Herriot ou de Bayet. Il en est de même pour l'enseignement de l'histoire désormais uniquement préoccupé de renforcer le barrage contre "l'esprit guerrier", en s'appuyant sur les bons exemples tel que celui de "Robespierre contre la guerre révolutionnaire" [34] . Il s'agit bien de répandre un "contre-poison" contre "le plus grand fléau qui puisse menacer la liberté". Du coup, les adversaires sont regroupés sous la même espèce : celle des tenants de la "croisade" qu'elle soit antimarxiste ou antifasciste. D'une telle confusion émerge, plus que jamais la figure cardinale de "la grande boucherie mondiale" dans laquelle se concentrent, pour Clémendot, le passé, le présent et le futur. Une culture de guerre civile conditionne un tel amalgame dénonçant des contraires également dangereux. Cette gamme des "anti", agglomérés en un même repoussoir, cristallise les passions du polémiste sur le conflit intérieur, vrai fauteur de guerre à ses yeux. Une nouvelle fois, il se place dans la situation de mener, dans le cadre franco-français, un combat contre. Cet amalgame du refus, déterminé par le nodule central de représentation du mal que constitue la Grande Guerre, est probablement la clé des dérives qui s'accentuent avec la montée de périls extérieurs. Chacun des événements qui renforce la tension internationale ne fait que renforcer l'emprise de ce modèle d'appréhension (aux deux sens du terme) de la réalité.

Dès lors, Clémendot réserve l'essentiel de son activité au "Pacifisme intégral et aux Affaires internationales". C'est l'intitulé qu'il donne au cahier dans lequel il a conservé ses articles et la documentation jointe de 1933 à 1939. Il y classe d'ailleurs des articles d'histoire comme celui sur Robespierre que nous venons d'examiner. En tout, ce sont pas moins de trente-trois articles qui sont ainsi collectés, dans ce press-book de militant, qui nous offre une série représentative. Et, même s'il peut y avoir quelques nuances, la ligne directrice comme l'évolution sont particulièrement nettes. Clémendot se revendique du pacifisme intégral et de la résistance à la guerre, qui se voit accolée systématiquement le qualificatif de "mal" ou de "fléau" absolu. Et, chaque crise internationale accuse un peu plus le caractère intégral de son pacifisme.

C'est avec l'arrivée des nazis au pouvoir que le fossé se creuse. En décembre 1933, Clémendot inaugure son argumentaire qui affirme qu' "Hitler a raison" de réclamer l'égalité des droits en matière d'armement, et, qu'en tout cas il faut que la France désarme immédiatement, comme elle l'a promis à Versailles, car "la guerre n'est pas un moyen de défense nationale : c'est un moyen de destruction nationale et internationale" [35] . Le credo républicain de défense nationale approuvé par les socialistes avant 1914 a bien volé en éclat chez Clémendot : défense est devenue destruction.

Mais, alors que son engagement se renforce, son isolement croît. Il est transformé en rupture avec le SN depuis 1935, et, désormais c'est essentiellement dans le cadre de Ligue des droits de l'Homme (LDH) que Clémendot mène son combat. Dans le contexte de la remilitarisation de la Rhénanie, il rédige, le 29 mars 1936, une motion de la section de Saint-Florentin, intitulée "Pour la paix. Si vis pacem, para justiciam". Elle affirme : "Tout vaut mieux que la guerre qui est le mal suprême".

La guerre d'Espagne entraîne une réaction de même type, si ce n'est que son déphasage vis-à-vis de la direction de la LDH s'accentue. Il refuse en effet que la question même de la possibilité d'une intervention soit posée aux ligueurs. Pour lui, la non-ingérence doit être absolue, car sinon c'est la guerre généralisée. Il n'y a pas à faire le choix entre la "démocratie et la paix" [36] , la solution c'est le désarmement unilatéral et immédiat de la France, et, "la guerre étant le mal suprême, chaque nation doit prendre, chez elle, les mesures nécessaires pour empêcher la guerre civile" [37] . Les mêmes arguments, inlassablement utilisés, rythment ses interventions en 1937.

En 1938, il défend l'esprit munichois et l'action pétitionnaire des instituteurs et des postiers à laquelle il a contribué dans l'Yonne, face aux questions posées par Lécuyer (membre de la LDH) qui demande, dans la Bourgogne républicaine du 14 novembre : "Clémendot est-il toujours décidé à n'opposer aucune résistance à Hitler si celui-ci envahit la France entière pour y assurer l'hégémonie fasciste ?". Occupant deux articles de la Bourgogne républicaine, titrés "La résistance à la guerre" (5 décembre 1938 et 5 janvier 1939), la réplique passe en revue, pour les défaire, toutes les raisons invoquées de s'opposer à Hitler. Parmi celles-ci, l'actualité de la Nuit de Cristal amène Clémendot à évoquer, le 5 décembre 1938, la question juive de manière équivoque dès lors qu'il s'agit d'envisager la possibilité d'une guerre, car "une guerre pour Israël pourrait parfaitement commencer par le massacre de tous les juifs d'Allemagne et peut-être d'ailleurs. Dans l'intérêt même des juifs, il convient d'être prudent".

1939 le trouve secrétaire départemental du comité de l'Yonne d'action contre la guerre, qui s'est créé après Munich afin de contrer le "bellicisme" du mouvement Amsterdam-Pleyel tenu par des "staliniens". Cette tribune permet à Clémendot de s'insurger contre l'accusation "mensongère et calomnieuse" de l'adhésion au mot d'ordre : "Plutôt le fascisme que la guerre ! plutôt la servitude que la guerre !". "Jamais le comité d'action contre la guerre n'a préconisé cette formule imbécile. Entre le fascisme et la guerre, nous ne choisissons pas. Nous repoussons les deux avec une égale énergie. Accepter la guerre c'est accepter immédiatement le fascisme, car, la guerre c'est le régime de l'état de siège, c'est la dictature fasciste de l'Etat-major. Ceux qui admettent que la guerre est nécessaire pour abattre le fascisme sont les pires fascistes. [38] "

Malgré la volonté affichée de dénégation, la priorité demeure bien la résistance à la guerre. Quant au ton employé, il appartient sans conteste à la culture de guerre civile, avec ses retournements de formules et d'invectives autour du fascisme intérieur stigmatisé. Les tensions s'accentuant, Clémendot rédige, dans l'Ecole émancipée, un article, intitulé "Le bourrage de crâne en histoire" (usant de ce vocabulaire dont l'horloge interne reste bloquée en 1914-1918), qui s'en prend au directeur des Cahiers de la LDH, Emile Kahn parce qu'il y flétrit les accords de Munich. La rupture avec la direction de la Ligue est consommée depuis la fin de l'automne 1938, et c'est un Clémendot que l'invasion de la Tchécoslovaquie (qu'il qualifie de "manteau d'harlequin") le 15 mars n'a pas troublé, qui écrit une "Lettre ouverte au citoyen Victor Basch, président de la LDH". Ce "Nous ne voulons pas de guerre dantzicoise" du 22 août 1939, n'offre aucune surprise, hormis l'adaptation des mêmes arguments hostiles à la guerre à la Pologne, "aussi fasciste que l'Allemagne", après avoir permis de dépeindre la Tchécoslovaquie comme "une construction insensée et menaçante" [39] . L'entrée en guerre et la défaite ne changeront rien, ou presque, aux analyses de Clémendot. Durant la Drôle de guerre, il continue de militer pour la paix, c'est-à-dire pour un armistice immédiat ouvrant sur une conférence internationale où "seraient réparées toutes les injustices du passé" [40] . Pendant l'Occupation, même si son activité baisse considérablement, ses obsessions pacifistes, issues de la Grande Guerre, demeurent, comme en témoignent les titres (et le contenu) de la seule étude de cette époque sur "Le métaphysicien Bergson, fauteur de guerre", ainsi que les citations qu'il recueille dans le carnet "Propos de fauteurs de guerre" [41] .

La fin du conflit ne suffira pas à éteindre la flamme dévorante de ce combattant contre l'histoire de son siècle. En 1947, délégué de l'Yonne, il participe à la réunion de la Confédération générale pacifiste. Dans ce cadre, une dernière fois, il laisse s'exprimer, à près de quatre-vingt ans, au sujet de la Résistance, dans un de ses longs écrits de justification, sa fougue pacifiste dévoyée en un combat douteux. Les premiers mots suffisent à restituer le terme de ce parcours de la guerre à la guerre civile : "Les vrais criminels de guerre, ce ne sont pas les Allemands. Ce sont les bandes de la Résistance, FFI, FTP, et autres maquisards, bellicistes enragés, qui, en, rallumant clandestinement, criminellement, une guerre arrêtée par un armistice accepté par toute la France, ont provoqué les représailles allemandes. Je le dis et je le prouve" [42] .

A contre histoire

Par rapport à l’évolution du pacifisme des instituteurs, le parcours de Clémendot vaut preuve. La force du patriotisme des années 1910, qui touche jusqu'à ce militant du socialisme et du pacifisme, prend d'autant plus de relief ainsi que la fracture de la guerre et l'importance matricielle du temps de deuil de l'immédiat après-guerre. L'ambivalence des pacifismes enseignants des années 1920 et 1930, où se mêlent adhésions conditionnelles et refus irrévocables, est soulignée par la marginalisation progressive de Clémendot : devenu pacifiste intégral, il est écarté des publications du SN. Le tout éclaire la chronologie et la diversité de l'adhésion de l'Ecole à la Nation à travers l'enseignement de l'histoire. Comment expliquer la dérive, le progressif enfermement de Duvillage dans sa logique d'opposition à la guerre ? On peut invoquer son histoire familiale (mais il ne fut pas le seul) et son éloignement de l'activité professionnelle dès 1924 ; à moins que ce ne soit par l'impossibilité, non pas d'enseigner l'histoire de la patrie, mais de sortir de l'horizon de la paix. Quoiqu'il en soit, il nous montre combien le pacifisme intégral des années 1930, plus qu'un enchantement pour la paix, fut un rejet viscéral de la guerre, ensorcelée à son tour, diabolisée (elle est le "mal"), après avoir été ensorceleuse sous sa forme patriotique. Le double paradoxe apparent de cette vie, celui de l' "impartialité" revendiquée au cœur d’un militantisme laïque et pacifiste constant, et celui de la recherche, non moins constante, de la vérité historique pourtant jugée impossible à enseigner aux élèves, n'a-t-il pas beaucoup à voir avec la schizophrénie propre à une période mal à l'aise dans un temps qui l'obnubile ? Le combat contre l'histoire de Gaston Clémendot recouvrirait alors une double perspective : contre l'enseignement de l'histoire mais aussi contre l'évolution de son temps : à contre histoire. Et, si dès 1981, Jacques Girault notait que le débat sur l'histoire des années 1920 amorçait celui sur la paix [43] , on peut voir ici qu'histoire et paix sont étroitement conjointes tant elles découlent du désenchantement du passé qui les colore après la guerre. D'offensif, le pacifisme en est devenu défensif, ce qu'illustre, sous le maintien apparent du vocabulaire de dénonciation de l'histoire chauvine, le changement profond de l'argumentaire de Clémendot. D'un combat pour l'histoire, quête d' "impartialité" en vue de sa conquête au service des masses, on est passé au combat contre l'histoire, forcément "falsificatrice", changée par la guerre en bourrage de crâne sans antidote pour les jeunes esprits, donc impossible à enseigner. Ce passage du « combat pour » au « combat contre » ne signe-t-il pas une des définitions les plus justes de l’étrange défaite de la patrie à l'école [44] , celle en tous cas qui rend compte de la violence renouvelée de l'affrontement dans la nation ?

 

Notes :

[1] André Delmas, Mémoires d'un instituteur syndicaliste, Paris, ed. Albatros, 1979, p. 166 et 215.

[2] Voir la notice "Clémendot" du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français 1914-1939 ; pour les sources d'archives, voir au Centre d’histoire sociale (CHS), rue Malher à Paris, les 16 cartons du Fonds Clémendot (CHS/FC).

[3] Sur ce sujet voir les ouvrages d’Olivier Loubes, L’école et la patrie, Paris, Belin, 2001 et de Jacques Girault, Instituteurs, professeurs, une culture syndicale dans la société française, Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, ainsi que les articles de Laurence Bénichou, « Militants historiens, ou l’histoire au service du militantisme », Les actes de lecture, n°84, dec. 2002, p. 74-77, et de Mona Siegel, « History is the opposite of forgetting : The limits of Memory and Lessons of History in Interwar France », The journal of Modern history, volume 74 (2002), p. 770-800.

[4] Titre de sa brochure de 1929.

[5] La Guerre sociale est le titre du journal d'Hervé du 19 décembre 1906 jusqu'au 31 décembre 1915, où il le transforme en La Victoire.

[6] Dans le Radical du 5 septembre 1905.

[7] Gustave Hervé, Histoire de la France et de l'Europe. L'enseignement pacifique par l'histoire, Bibliothèque de l'éducation, 1903, p. V.

[8] Gaston Clémendot et Gustave Hervé, Histoire de France à l'usage des cours élémentaires et moyens, Bibliothèque d'éducation, 1904, p. 4.

[9] Et dans le questionnaire, le parallèle entre les temps est limpide : "Pourquoi les Gaulois faisaient-ils la guerre ? Pourquoi les honnêtes gens d'aujourd'hui ont-ils horreur de la guerre ?", Ibid., p. 10.

[10] Ibid., p. 7 et 10.

[11] Ibid., p. 274-275.

[12] Qui avait conduit Fergan, mis en minorité, à démissionner de son poste de secrétaire général de la fédération des travailleurs socialiste de l'Yonne, le 15 octobre 1905.

[13] Et, en lecture, on apprend que "Jeanne Darc (sic) est morte victime de son dévouement pour ses frères les Jacques.", Clémendot et Hervé, op. cit., p. 39 et 44.

[14] G. Duvillage, Histoire de la France expliquée aux enfants. Histoire de la Nation et Histoire de la Civilisation, Bibliothèque d'éducation, 1913, p. 51-53.

[15] Gaston Clémendot (Duvillage), "Qui a voulu la guerre ?", Revue d'enseignement primaire et primaire supérieur, 27 décembre 1914.

[16] Gaston Clémendot, "Histoire : l'avant-guerre. Les affaires du Maroc", Revue d'enseignement primaire et primaire supérieur, juillet 1916.

[17] Discours de l'instituteur Truchon aux obsèques de Madame Clémendot ("38 ans de services interrompus"), le 6 février 1920 à Mélisey, reproduit dans le Bulletin de l'Union des instituteurs de l'Yonne de février 1920.

[18] Gaston Clémendot, "Contre le monnayage des ossements de nos enfants", Le travailleur de l'Yonne, ca 1922, CHS/FC.

[19] Selon l'expression de M.-T. Laurin, "Réflexions d'un instituteur rural : l'enseignement de l'histoire", Revue de l'enseignement primaire et primaire supérieur, 11 novembre 1923.

[20] Gaston Clémendot, "Faut-il enseigner l'histoire ?" (chapitre XII), Bulletin mensuel du Syndicat national des institutrices et des instituteurs publics, avril 1924, p. 24.

[21] Ibid., juillet 1924, p. 7-9.

[22] Ibid., p. 10.

[23] Antoine Richard, "Rapport sur l'enseignement de l'histoire", L'école émancipée, 22 juin 1924. Le rapport de force est clair : Freinet fait face à l'unanimité des militants unitaires.

[24] Ferdinand Buisson, "Au nom du peuple le congrès de Lyon a poussé un généreux appel à l'avenir", Le quotidien, 10 août 1924.

[25] G. Duvillage, Histoire de la France expliquée aux enfants, Bibliothèque de l'éducation, 1926.

[26] "Les manuels d'histoire et la guerre impérialiste", Cahiers de contre-enseignement prolétarien, n°9, janvier 1933, p. 16.

[27] Gaston Clémendot, 'Réponses", manuscrit sans date (ca janvier/février 1933).

[28] C'est, en 1939, le titre du livre du secrétaire général du SN. André Delmas, Combats pour la paix, SUDEL, 1939.

[29] Pour J. Vidal, dont nous avons vu l'inquiétude pédagogique à propos de L'initiation à l'histoire, il s'agit du "meilleur livre d'histoire à l'usage des enfants", Revue de l'enseignement primaire, art. cité.

[30] Lettre de Dumas à Clémendot du 21 février 1933, CHS/FC. SUDEL est le nom de la toute nouvelle Société universitaire d'éditions et de librairie, contrôlée par le SN.

[31] "Si, par contre, tu veux reprendre quelques-unes de ces questions litigieuses sans leur donner un ton de polémique, L'école libératrice pourrait t'ouvrir ses colonnes. Bien cordialement à toi. PS : par ce même courrier, je te renvoie tes documents", lettre de Lapierre à Clémendot, du 1er octobre 1935, CHS/FC.

[32] Qui ne reste inscrit que dans trois listes départementales : les Bouches du Rhône, le Cantal et la Mayenne.

[33] Gaston Clémendot, "La vérité sur Jeanne d'Arc", L'école émancipée, 1er mai 1938.

[34] Gaston Clémendot, "Robespierre contre la guerre révolutionnaire", Le journal de l'Yonne, octobre 1937.

[35] Gaston Clémendot, "Hitler a raison", article non référence, daté du 23 décembre 1933, CHS/FC : cahier PIAI (Pacifisme intégral et Affaires internationales).

[36] Ce sont les termes du sujet de réflexion d'actualité qui est proposé au congrès fédéral de la LDH tenu à Migennes au printemps 1937 : "Comment défendre ensemble la démocratie et la paix ? Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes en face des interventions fascistes et la sécurité collective. La collaboration économique entre les Etats. Le désarmement matériel et le désarmement moral".

[37] Gaston Clémendot, rapport (manuscrit) de la fédération de l'Yonne au congrès fédéral de la LDH tenu à Migennes, le 30 mai 1937, CHS/FC.

[38] Communiqué manuscrit de Clémendot, sans date, CHS/FC.

[39] Gaston Clémendot, "Nous ne voulons pas de la guerre dantzicoise", lettre ouverte manuscrite du 22 août 1939, CHS/FC.

[40] C'est en tout cas le terme qu'il emploie dans un rapport ("Conditions morales indispensables au rapprochement et à l'entente durable entre les nations") à la loge La Fraternité d'Avallon, le 4 mai 1940. Dans cette même loge, il avait fait adopter, dès le 19 novembre 1939, une motion proposant d' "offrir immédiatement la paix à l'Allemagne (...) considérant enfin qu'envoyer le peuple à l'abattoir, ce n'est pas défendre la nation mais l'assassiner", CHS/FC.

[41] Le carnet n'est pas daté, mais comporte des mentions de 1942 ; l'étude sur Bergson est datée de 1943, avec un ajout en 1947, CHS/FC.

[42] Gaston Clémendot, "Les vrais criminels de guerre", manuscrit de 1947, CHS/FC. Outre ces réflexions sur la guerre et la Résistance, ses derniers écrits concernent des brochures sur Robespierre (1944) et sur les religions (Le christianisme contre la civilisation, 1947, et, avec des collaborateurs, Les mensonges des religions, 1950).

[43] Jacques Girault, "Instituteurs syndiqués et enseignement de l'histoire entre les deux guerres", Cent ans d'enseignement de l'histoire (1880-1981), colloque tenu à Paris les 13 et 14 novembre 1981, n° spécial de la Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1984, p. 139-155.

[44] Olivier Loubes, « L’étrange défaite de la patrie à l’école primaire en France entre 1918 et 1940 », Historiens et géographes, n°390, avril 2005, p. 193-202.

Olivier Loubes

Professeur de Première supérieure au lycée Saint-Sernin de Toulouse, Olivier Loubes est docteur en histoire contemporaine. Spécialiste de l’imaginaire politique et des représentations mentales, il consacre ses recherches à l’histoire de la France et son enseignement dans le premier XXe siècle. Il a publié en 2001 chez Belin une étude sur L’école et la patrie en France. Histoire d’un désenchantement (1914-1940).

Mots clefs : instituteur ; pacifisme ; patriotisme ; enseignement de l'histoire ; syndicalisme ; France, 1904-1952.

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  • ISSN 1954-3670