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Comptes rendus
   

Romain Robinet, La révolution mexicaine, une histoire étudiante,

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, 295p.

Ouvrages | 24.09.2019 | Jean-Philippe Legois
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Romain Robinet, maître de conférences à l’université d’Angers, place cette chronique des vingt premières années du mouvement étudiant mexicain (1910-1939) non seulement sous le signe de l’histoire révolutionnaire du mouvement étudiant, mais aussi sous le signe de l’histoire étudiante de la Révolution mexicaine. Comme pour d’autres pays et/ou d’autres périodes, l’auteur veut saisir l’impact du fait étudiant et démontrer qu’un changement de société ne peut être réduit à la référence universitaire qui, elle-même, ne se résume pas à l’autonomie (dont la participation étudiante au gouvernement universitaire) : il plaide pour un « continuum des possibles, la réforme de l’université s’inscrivant dans celle de la Cité ». Cela est d’autant plus important que, depuis 1918 et la mobilisation à l’université nationale de Cordoba (Argentine), la « réforme universitaire » s’impose comme paradigme révolutionnaire du mouvement étudiant, surtout en Amérique latine. Après avoir dégagé deux grandes périodes dans cette histoire mexicaine (1916-1929, 1929-1939), l’auteur la replace dans ses dimensions internationales.

Mais avant tout, en guise de prologue, cette histoire débute avec le premier congrès national étudiant, qui se tient en 1910, à Mexico, quelques mois après l’ouverture d’une « Maison de l’étudiant » – à l’instar de celle inaugurée à Paris la même année –, alors même que le Mexique célèbre le centenaire de sa nation. Ces célébrations sont l’occasion d’inaugurer (sans bâtiment) l’Université nationale du Mexique (devenue Université nationale autonome du Mexique, UNAM, en 1929) qui tient une place importante dans cette histoire.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à la période 1916-1929, qui voit la « génération de 1915 » accompagner la mise en place du pouvoir « constitutionnaliste » de Venustiano Carranza à partir d’octobre 1915.

C’est en 1916, après plusieurs années de « troubles » révolutionnaires et l’avènement de la « Révolution constitutionnaliste », que la « classe étudiante » se dote d’une véritable organisation nationale étudiante à vocation représentative avec, le dimanche 7 mai 1916, la constitution du bureau directeur du Congrès local étudiant du district fédéral (CLEDF). Il s’agit ainsi de préparer le second congrès national étudiant (après celui de 1910), qui ne put cependant se tenir qu’en 1921 – le temps d’organiser la Fédération des étudiants du District fédéral (juillet 1918) et les autres congrès locaux étudiants des États des provinces. L’événement eut lieu à Puebla, en octobre (il fixa à cette occasion le Jour de l’étudiant mexicain au 10 octobre), alors que Mexico accueillait le Congrès international étudiant en septembre.

À partir du congrès de janvier 1926, la Fédération se réunit tous les ans. Très vite, elle se transforme, en janvier 1928, en Confédération nationale des étudiants. Elle précise ses positions pour l’autonomie de l’université et ce qu’on appelle la « Réforme universitaire » depuis la génération de 1915.

La deuxième partie de l’ouvrage traite de la période 1929-1939 et de la seconde génération de ce mouvement étudiant, celle de la « Révolution universitaire de mai 1929 ».

Une grève étudiante commence contre la modification du cursus ou des examens dans une école ou une faculté : le gouvernement fait fermer la faculté de droit le 7 mai et, à l’appel de la CNE, la grève s’étend à tout le pays. Les brutalités policières du 23 mai (une dizaine de blessés, une trentaine d’arrestations) entraînent la création d’un Comité central de grève regroupant vingt-deux écoles et une intensification de la lutte. Par la loi du 9 juillet, l’État accorde l’autonomie, mais seulement aux « étudiants universitaires », c’est-à-dire en excluant les élèves des écoles techniques et normales ; le 11 juillet, la grève est arrêtée au terme de 68 jours de mobilisation.

La CNE s’engage par la suite, à l’été 1932, lors de son 9e congrès, dans le soutien à l’"éducation intégrale socialiste", ce qui va permettre à l’Union nationale des étudiants catholiques (UNEC, créée en 1931) d’en prendre la direction le 13 octobre 1933.

Dans sa troisième partie, consacrée aux dimensions internationales de ce mouvement estudiantin, l’auteur montre la bataille que mènent les deux tendances dominantes, laïque et catholique, pour représenter les étudiants mexicains sur le plan international. C’est une partie d’autant plus intéressante que l’auteur montre comment une « histoire connectée » se joue entre deux « espaces-temps », qui se développent dans l’entre-deux-guerres, l’espace euro-atlantique, avec notamment la création de la Société des nations (SDN), et l’espace ibéro-americain qui se construit contre le "Colosse du Nord" états-unien.

Avant même 1921, des étudiants mexicains « ambassadeurs », avec le soutien du gouvernement, vont à la rencontre d’autres unions nationales étudiantes (Pérou, Chili, Argentine, Uruguay et Brésil). Fin 1921, se tient le congrès international étudiant de Mexico, alors qu’en avril, un représentant mexicain prend la parole au 3e congrès de la Confédération internationale des étudiants (CIE) à Prague.

Le premier président de la CNE, Luis Meixueiro Bonola, vient plaider pour l’admission d’une première Union nationale d’Amérique latine (en 1929, la Bolivie) lors du 10e congrès de la CIE (août 1928). À la Cité universitaire internationale de Paris, le 25 août 1928, un accord est signé pour un 1er congrès à Mexico des « organisations aconfessionnelles et apolitiques » latino-américaines. Au 12e congrès de Bruxelles (août 1930), une nouvelle bataille est menée pour permettre l’émergence de cet autre espace ibéro-américain: c’est bien la nouvelle Union fédérale des étudiants hispaniques (UFEH), créée en avril, qui est admise à la CIE pour représenter l’Espagne, avec notamment le vote du délégué mexicain (Pacheco) qui informe la CIE du 1er congrès ibéro-américain.

Le 17 décembre 1930, Mexico accueille le 1er congrès ibéro-américain des étudiants, toujours « par le haut », c’est-à-dire avec le soutien du gouvernement ; la Confédération ibéro-américaine des étudiants (CIADE) est créée en janvier 1931.

Parallèlement, en décembre 1931, l’UNEC organise à son tour un congrès international qui aboutit à la fondation de la Confédération ibéro-américaine des étudiants catholiques (CIDEC) à Rome, du 10 au 29 décembre 1933. La CIADE organise bien un second congrès en mai 1933 au Costa Rica, mais elle voit son siège (et ses archives) brûler à Mexico en octobre 1933. La solidarité avec la République espagnole ressoude la gauche étudiante cardéniste, laïque et socialiste, voire communiste : une Confédération des étudiants anti-impérialistes d’Amérique (CEADA) est créée à Guadalajara du 20 au 25 août 1936, tandis que du côté du CIDEC, le congrès de Lima, en mai 1939, symbolise le soutien des étudiants catholiques au général Franco et à l’ « hispanité ».

La Seconde Guerre mondiale marque la « fin d’un monde », avec la mise en place par l’État comme par l’Église d’organisations de jeunesse pour remplacer les organisations étudiantes, la Confédération des jeunes Mexicains (CJM) assurant dorénavant la représentation internationale des étudiants mexicains. Les étudiants ont pris toute leur part au processus révolutionnaire pendant plus de vingt ans, mais celui-ci s’estompe. Ainsi, en 1945, c’est la fin du « co-gouvernement » paritaire de l’UNAM, et, avec lui, de la république universitaire, même si c’est un ancien étudiant de cette université, Miguel Aleman, qui devient président et prend la tête d’un « gouvernement des universitaires » (issus de la « génération de 1929 »).

Ainsi, Romain Robinet a-t-il bien montré la place originale, parfois déterminante, du premier mouvement étudiant dans l’histoire de la Révolution mexicaine.

Jean-Philippe Legois

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  • ISSN 1954-3670