Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Sorties de guerre au XXe siècle

Coordination : Bruno Cabanes et Guillaume Piketty

«Au nom de la Patrie ! A mort les traîtres». La répression des inciviques belges de 1914 à 1918

Laurence Van Ypersele
Résumé :

Dès 1918, la Belgique fut confrontée à des problèmes que la plupart des pays européens ne découvriront qu'au lendemain de la Deuxième guerre mondiale. Comment sort-on d'une guerre (...)

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On ne sort pas de quatre années de guerre comme d’un simple cauchemar, au son du dernier coup de canon, le 11 novembre 1918 à 11 heures du matin. Au sortir de la Grande Guerre, la Belgique est ruinée. Les soldats et le roi qui rentrent du front sont acclamés. Les héros et les martyrs sont glorifiés. Et la population qui a quotidiennement souffert pendant quatre années d’occupation réclame des têtes. En effet, l’immédiat après-guerre sera mar­qué d’un côté par une vague d’hommage aux « Morts pour la Patrie » et de l’autre par une explosion de haine réclamant le châtiment des « mauvais Belges ». Pour réclamer justice, la presse et les citoyens en appellent à la mémoire de « nos grands morts », aux souffrances subies par les « vrais Belges », à la « Civilisation » pour laquelle on s’est battus. C’est toute l’image de la Belgique héroïque et martyre que l’on brandit pour justifier la répression : au nom des héros et des martyrs, à mort les traîtres ! Car, tous ces « mauvais Belges » sont présentés et perçus comme des traîtres à la Patrie. Encore faut-il s’interroger sur cette notion : que reproche-t-on à ces inciviques [1]  ? qu’est-ce que trahir la Patrie ? quelles sont les valeurs qui sous-tendent ces discours qui réclament vengeance ? Mais avant d’entamer l’analyse de la figure du traître, nous commencerons par retracer rapidement les violences populaires qui se sont déchaînées au lendemain de l’armistice, parce qu’elles témoignent de l’importance des rancœurs accumulées pendant la guerre.

Les violences populaires [2]

Au moment où les troupes allemandes quittent la Belgique, en novembre 1918, les violences populaires se déchaînent contre les traîtres belges. Deux jours après sa reparution, Le Peuple, journal socialiste, annonce qu’à Nivelles les représailles contre ceux qui ont trafiqué avec l’occupant ont commencé : des centaines de maisons, essen­tiellement des cafés « fréquentés par les Allemands ont eu leur vitrine défoncée et leur mobilier saccagé par la foule » [3] . Le même jour, Le Matin d’Anvers, journal libéral, parle de cas de « justice populaire avec des soi-disant jugements et condamnations » [4] . Les journaux citent des listes entières et très précises de charcuteries, boulangeries, cafés et autres commerces pris d’assaut par la population. Ainsi, par exemple, la très catholique Libre Belgique note : « À Tirlemont, à Tongres, dans d’autres localités encore, à peine le dernier Allemand disparu, que la foule s’est ruée à l’assaut des maisons des activistes et des traîtres. En dépit des efforts de la police, elle a tout saccagé. À Liège, la colère de la population a été terrible. Les premières nouvelles arrivées de cette ville après le rétablissement des communications nous apprennent que durant toute la nuit de lundi à mardi, la démolition des magasins allemands ou suspectés de bochisme a continué. La maison Tietz, rue de l’Université a été vidée de fond en comble. (…) Il en a été de même rue Léon Mignon (…). Aux destructeurs qu’anime une haine exaspérée se sont mêlés des individus qui pillent sans vergogne et qui opèrent généralement quand les premiers sont partis. La police en a arrêtés plusieurs. À Seraing et à Jemappes ont eu lieu les mêmes scènes qu’à Liège. Tous les magasins convaincus de trafic avec les Allemands ont reçu la visite de démolisseurs experts et prompts. Mobilier, linge, poêle, tout a été jeté dans la rue et brisé (…) » [5] . Dans le même journal, on apprend qu’à Liège, cinq femmes « dont les relations avec les Allemands faisaient scandale (…) eurent la tête complètement rasée » [6] . Dès le 22 novembre 1918, Le Peuple s’étend plus longuement sur ces débordements « populaires » contre les femmes. Ainsi : « [à Bruges et à Gand] des femmes notoirement connues pour s’être livrées aux Allemands, ont été tondues, déshabillées et exposées en place publique. [… Tandis qu’aux environs de Bruxelles] les soldats ras­semblèrent une quinzaine de ces créatures connues pour leur inconduite avec les Boches. Après leur avoir coupé à ras les cheveux, ils les pro­menèrent en car­rioles à travers le village ne leur ayant laissé que la che­mise. Elles ne furent libérées qu’à proximité de Schaerbeek et durent regagner le village, coiffées de casques à pointe » [7] . Cette répression est donc le fait, non seule­ment de la population locale, mais également des soldats revenus de l’Yser. En outre, on assiste à tout un rituel, enraciné dans les charivaris d’Ancien Régime, qui assimile la femme tondue à la prostituée porteuse de maladies vénériennes [8]  : la coupe des cheveux, le déshabillage plus ou moins complet et plus ou moins violent, le port de symboles allemands comme le casque à pointe, l’exposition publique sur une place ou la promenade en carriole. Partout, la foule est nombreuse. Partout, les gens applaudissent. La police semble débordée et impuissante. La population, après avoir subi quatre ans d’occupation, peut enfin participer à ces tontes qui offrent « la possibilité à chacun de passer de l’événement subi à l’événement vécu » [9] . S’il n’est pas possible de dresser un tableau tout à fait précis des violences populaires, il est indéniable que, contrairement au Nord de la France, partout en Belgique, les populations se sont livrées à la vengeance. Cela témoigne-t-il de la faiblesse de l’État belge [10]  ? Sans doute. Mais cela n’explique pas tout. Un autre élément d’explication me paraît se situer au plan des représentations. Les départements du Nord de la France ont été soupçonnés de façon plus ou moins diffuse mais réelle de s’être un peu trop facilement accommodés de la présence ennemie, c’est-à-dire de n’avoir pas tout à fait partagé les souffrances nationales. Le maintien de l’ordre par les héroïques et soupçonneux soldats se fera d’autant plus facilement. En revanche, la Belgique occupée est restée tout au long du conflit le symbole même du martyre national : c’est bien au nom de la Belgique martyre que les soldats s’étaient battus [11] . Pas de soupçon, donc. Au contraire, l’image qui domine est celle d’une population unanime souffrant héroïquement. Ceux qui ont trahi cette souffrance commune ne sont pas de vrais Belges, ils ne méritaient pas que l’on se sacrifie pour eux. La colère populaire et celle des soldats peuvent dès lors se rejoindre dans une violence partagée et temporaire. Car, il faut noter que ces débordements de violence ne durent guère plus de deux semai­nes. À partir du moment où l’appareil judiciaire prend les affaires en main, la colère des foules se dissipe. Dès la mi-décembre 1918, le retour à l’ordre semble réel.

Les trois visages du traître

Si les violences ont pratiquement disparu dès le début de l’année 1919, les popula­tions continuent de réclamer le châtiment des traîtres et demandent une justice à la fois rapide et sévère. En réalité, l’essentiel de la justice fut rendu de 1919 à 1922. On ne peut donc pas dire qu’elle fut lente. Quant à la sévérité, elle ne semble avoir été ni excessive ni laxiste, puisque nombre de peines de mort ont été prononcées mais sans jamais être appliquées [12] . Il n’en reste pas moins que les opinions publiques ont perçu la réalité différemment. Parmi les traîtres contre lesquels les opinions se mobilisent, on peut dégager trois figures différentes de la trahison.

L’activiste

Une première figure est celle l’activiste, ce « Boche de l’intérieur » qui a trahi le pays en collaborant à la Flamenpolitik allemande [13] , en acceptant des mains de l’occupant ce que l’État belge avait jusqu’alors refusé et en cherchant à miner les structures de l’État. La réprobation dont il est l’objet est marquée par l’évidence. Les activistes, d’ailleurs, sont les seuls à être publiquement stigmatisés par le roi Albert en personne, dans son discours du Trône du 22 novembre 1918. De même, nul besoin, pour les journaux, de prouver leur culpabilité ni de s’étendre outre mesure sur leurs agisse­ments : l’activiste mérite évidemment d’être sévèrement châtié [14] . Cette évidence est au départ partagée par la majorité de la population belge, y compris le mouvement flamand. Car les activistes, dont Auguste Borms [15] est la figure de proue, ne représentent pas la Flandre et, en outre, ont sali la cause flamande tout entière. L’activiste, c’est donc l’engeance infâme et sacrilège à l’intérieur de la Patrie, une menace pour l’existence même du pays, un complot contre l’État. Pourtant, dès le début des années 1920, la répression des activistes sera au centre de la radicalisation du mouvement flamand et prendra une place tout à fait démesurée dans les mémoires collectives, comme dans l’historiographie. Il est vrai que la presse francophone ne cessera de jeter le discrédit sur toutes les revendications flamandes en les amalgamant aux actions des activistes menées sous le haut patronage de l’Allemagne détestée. En effet, dès le printemps 1919, des articles de la presse francophone commencent à asso­cier activisme et mouvement flamand ; ce qui finira par créer l’image d’une Flandre « embochée ». Cela dit, dix ans après la fin de la guerre, tous les activistes condamnés par les instances judiciaires ont quitté la prison [16] .

L’infâme espion

Parmi les différentes catégories de traîtres, il en est une qui suscite la haine viscérale tant de la presse que de la population : ceux qui vendirent à l’ennemi leurs héroïques compatriotes, passeurs d’hommes et agents de ren­seignements au services des Alliés. Ces ignobles « espions à la solde des Boches », véritables Judas, ne méritent aucune clémence. Notons que ces dénonciateurs de « héros » sont clairement distingués des innombrables petits dénonciateurs médiocres. S’ils sont peu nombreux, la place accordée par la presse à leur procès est énorme et les réactions des populations, particulièrement viru­lentes. Ce qui est d’autant plus compréhensible que l’on se trouve à l’époque même où ces héros sont glorifiés au travers de funérailles nationales posthumes [17] et de monuments à leur mémoire [18] .

Le plus célèbre de ces traîtres est incontestablement Joseph Douhard. Ce Belge, ouvrier zingueur, né à Herstal en 1874, était un agent de la police allemande chargé de dénoncer les organisations de passage à la frontière hollandaise et les espions patriotes. À la suite de ses dénonciations, vingt-trois personnes ont été fusillées, huit sont condamnées à mort, et de nombreuses autres emprisonnées. Le 11 juin 1921, Douhard est condamné à mort par le jury de la cour d’assises de Liège qui réclame l’exécution de la peine ; chose extra­ordinaire puisque la peine de mort n’est pas appliquée en Belgique. Immédiatement, des comités se forment pour appuyer la demande du jury. Ce sera en vain. Le roi Albert qui n’était pas défavorable à la peine de mort dans ce cas-ci signera néanmoins la grâce du traître pour ne pas entrer en conflit avec son ministre de la Justice, le socialiste Emile Vandervelde [19] . Toutefois, contrairement aux activistes, il restera en prison jusqu’à sa mort en 1935. Joseph Douhard est certes un cas extrême, mais pas unique. D’autres agents à la solde de l’occupant, comme Maurice Thielens [20] ou Pétronille Haurward [21] , passent également en Assises. Or, à ces procès, le public est toujours nombreux pour entendre l’acte d’accusation et le prononcé du jugement, les témoins sont applaudis et l’émotion particulièrement forte. Il est vrai que la présence de victimes héroïques porte l’ambiance tragique à son comble.

L’agent à la solde des « Boches » qui n’hésite pas à dénoncer ses héroïques compatriotes [22] est incontestablement la figure la plus odieuse, la plus veule et la plus ignoble ; car c’est l’âme même de la Belgique héroïque qu’il a livrée à la mort.

Le profiteur de guerre

Une autre catégorie de traîtres est celle du profiteur de guerre. L’enrichissement des « mercantis », « accapareurs » et autres « affameurs » est une trahison envers la souffrance commune du peuple belge, c’est-à-dire la Belgique martyre. Car ce sont les sacrifices consentis par « tous » les « vrais » Belges pendant l’occupation qui ont fait l’héroïsme de ce peuple martyr. L’acceptation des souffrances est toujours présentée comme un devoir patriotique, c’est-à-dire une façon de combattre pour l’indépendance du pays et le triomphe de la Civilisation. Cette catégorie est quantitativement la plus importante. Elle est constituée de petits commerçants, bouchers, cafetiers, etc., mais aussi de chef d’entreprises et d’industriels plus ou moins importants. Or, c’est bien contre ces enrichis de guerre que les journaux et les citoyens francophones s’acharnent le plus, parce qu’on craint qu’ils n’échappent à la justice. Le retentissement de l’affaire Coppée auprès de l’opinion publique en témoigne. Évence Coppée [23] , grand patron de charbon­nages, avait laissé tourner ses usines avec l’accord du gouvernement belge, afin que la population ne meure pas de froid. Mais cela signifiait de facto que l’occupant prélèverait une partie de la production. En 1924, après cinq ans de batailles judiciaires, Coppée est finalement blanchi. Épuisé, il meurt un an plus tard. Pourtant, aux yeux de l’opinion publique il restera non seulement coupable, mais deviendra le symbole de l’iniquité d’une justice plus sévère envers les petits qu’envers les grands.

On peut ajouter la figure, assez marginale, du déserteur dont la lâcheté fait honte au pays. Il s’est désolidarisé des sacrifices consentis par les soldats pour l’indépendance nationale. Pire même, il a trahi la défense du droit international qui est l’honneur national.

Ces différentes catégories de traîtres, pour distinctes qu’elles soient, s’enchevêtrent largement : l’activiste est un profiteur, le profiteur un traître à la Patrie, le dénonciateur aussi… En fait, quel que soit le motif d’inculpation (économique ou politique) et quel que soit le type d’inculpé (dénonciateur, activiste ou accapareur), les journaux mettent en scène la figure de l’incivique à partir d’un imaginaire où la Patrie règne en maître.

La trahison de la Patrie

Aux yeux des journaux francophones, les « aKtivistes » sont bien sûr les inciviques par excellence : ils ont trahi l’Unité de la Patrie par intérêt personnel et par goût du pouvoir, jamais par idéal. À la fois traîtres et profiteurs, ils ont agi non seulement contre l’État, mais aussi contre toute la population qui s’est privée pendant quatre ans. Toutefois, il faut remarquer que les accapareurs, affameurs et autres profiteurs économiques, sont eux aussi présentés comme des traîtres, bien plus que comme de simples enrichis. Ce qu’ils ont trahi, c’est l’image de la belle solidarité des « vrais » Belges, inébranlable­ment dressés contre l’ennemi malgré la souffrance, la faim et le deuil. Dès lors, c’est bien la Patrie qui a été trahie par les inciviques, puisqu’ils ont préféré leur intérêt personnel au bien commun, leur propre confort à la solidarité dans la souffrance et à la participation au martyr héroïque : « Il faut obliger les mauvais citoyens à restituer tout l’argent qu’ils ont pu gagner avec l’ennemi. L’impunité dont ils jouissent est un exemple détestable pour la population qui a fait son devoir et a souffert la misère en accomplissant ce devoir » [24] .

Il est bien vrai que le patriotisme, qui avait été une école de stoïcisme pendant la guerre, est devenu dans l’immédiat après-guerre une école de vengeance, selon la belle formule d’Henri Haag [25] . Ce désir de vengeance est d’abord dirigé contre les traîtres économiques. Plus de la moitié des informations publiées dans les journaux francophones, en tout cas, les concerne directement [26] . Les socialistes ont beau demander au Parlement une justice plus clémente pour les « petits » [27] , l’opinion publique ne cesse de réclamer une répression sévère pour « tous ». Dès février 1919, d’ailleurs, le socialiste Émile Vandervelde avait dû faire machine arrière et envoyer aux parquets une circulaire demandant de poursuivre les suspects avec « la plus inflexible rigueur » [28] .

Le suicide des « traîtres » ou l’intériorisation d’un imaginaire social

Cette ambiance de haine généralisée est telle qu’elle poussera plusieurs inculpés au suicide. Dès février 1919, L’Étoile belge annonce le suicide d’un important fermier des environs de Halle, convaincu de fourniture à l’ennemi, au moment de son arrestation : « [Il] recevait jeudi matin des soldats chargés de l’arrêter et de le conduire en prison pour y être mis à la disposition de l’auditeur militaire. M… fit remarquer aux hommes que, décemment, il ne pouvait s’en aller comme il était vêtu et demanda à pouvoir faire un brin de toilette, ce qui lui fut accordé. M… se retira dans sa chambre. Il s’y trouvait à peine qu’une détonation retentit. On accourut et l’on trouva le fermier étendu dans une flaque de sang. Il s’était fait sauter la cervelle » [29] . La même année, Le Soir rapporte le suicide d’un bourgmestre révoqué. Profondément affecté par cette mesure, le bourgmestre de Manage finit par se tirer une balle dans la tête. Le commentaire du journal est nuancé : « L’épilogue tragique de cette pénible affaire a produit une profonde sensation à Manage où le défunt comptait de nombreux amis, qui défendent sa mémoire en citant à son actif, en regard des actes de faiblesse qu’on lui reprochait, de nombreux services qu’il rendit à certains de ses compatriotes qu’il put sauver en raison des relations par lesquelles il s’est compromis lui-même » [30] . En 1920, Auguste Hutt, co-directeur du journal censuré La Belgique, se suicide quelques mois après avoir été condamné [31] . Tandis qu’à Liège, l’administrateur délégué des papeteries Godin, Mohren, se suicide le 27 juin 1919 au cours de l’instruction, soit sans attendre le procès [32] . Ces suicides restent des indices difficiles à manier : volonté d’échapper au châtiment, honte de soi, intériorisation des valeurs sociétales peuvent s’entremêler ou s’opposer. Si l’on ne sait donc presque rien du vécu des inculpés, en revanche on peut analyser le discours auquel les inculpés ont dû faire face, à travers la figure de l’incivique telle qu’elle est véhiculée par la presse.

L’amitié avec l’occupant, signe de traîtrise

Cette figure fonctionne comme un véritable stéréotype, reflet assez éloquent des mentalités de l’époque. Pour parler des inciviques, les journaux recourent essentiellement aux dépositions des témoins à charge ainsi qu’à l’acte d’accusation et aux commentaires de l’avocat général lors du procès. Or, les témoignages repris par la presse vont quasi-tous dans le même sens : le prévenu était un « grand ami » des Allemands. Assurément, les « bochophiles » manifestaient leur amitié en allant « acclamer les envahisseurs » ou simplement en étant « tenancier d’un café qui arborait les couleurs allemandes » [33] . Il est vrai que l’amitié ou la familiarité avec l’occupant est déjà un crime dans un univers où le Bien et le Mal sont clairement opposés, où toute nuance apparaît comme un danger.

La haine des Allemands, d’ailleurs, est partagée non seulement par la presse et les témoins, mais aussi par certains magistrats. L’affaire Rhénania, cette entreprise allemande dont le tiers des actionnaires est belge, en offre un exemple extrême. Lors du procès, en avril 1921, lorsque l’avocat de la défense demande que l’on conserve tous les témoignages, y compris ceux à décharge, l’avocat général lui répond : « Je ne tiens aucun compte des témoignages allemands. Dans une affaire comme celle-ci, tout témoignage allemand, d’où qu’il vienne, m’est suspect » [34] .

Les liens familiaux ou la trahison par le sang

Dès lors, si un inculpé a des liens familiaux avec les Allemands, cet élément est immédiatement relevé comme une preuve de sa culpa­bilité (culpabilité a priori, voire ontologique) : c’est par nature et par le sang qu’il appartient à la race infâme [35] . On assiste à un rétrécissement et à une fermeture de l’identité belge. Les « mauvais Belges » ne sont pas de vrais Belges mais des Boches, comme en témoigne cette lettre adressée au procureur du Roi accusant un fermier de Fexhe : « Enfin, monsieur le procureur, voici ma requête simple à laquelle vous voudrez bien porter attention et faire justice car nous avont [sic] du trop souffrir de la faim par sest [sic] accapareurs qui étaient aussi allemants[sic] que ces Germania, je demande qu’il soit jugé sévèrement » [36] .

Les uns ont une mère [37] ou un père allemands [38] , les autres ont épousé une Allemande ; ce qui ne plaide jamais en leur faveur. Ainsi, la Gazette de Liège s’interroge à propos de Douhard dont la mère est allemande : « Peut-on croire que Douhard avait une goutte de sang belge dans les veines ? » [39] . Quant à Thielens, un autre agent à la solde de l’occupant, c’est un « Belge par faveur légale. (…) Hollandais, son cœur n’a jamais battu pour les Belges » [40] . Au procès du journal La Belgique, les frères Hutt sont décrits comme « des gens tarés, descendants d’Allemands, qui ne trouvèrent pas un témoin à décharge » [41] . Enfin, lors du procès de plusieurs activistes à Bruxelles, L’Étoile belge cite, en 1920, la réflexion de l’avocat général, au moment de clôturer la lecture de l’acte d’accusation : « Avant d’étudier les faits qui leur sont reprochés, il n’est pas sans intérêt de constater que deux accusés, Tack [42] et Dumon [43] , ont épousé des femmes allemandes » [44] . Autrement dit, quel que soit le motif d’inculpation, les liens familiaux que les inculpés peuvent avoir avec l’Allemagne les rendent coupables avant même d’avoir agi. Ces individus sont donc tarés au départ, frustes parfois [45] et ignobles toujours. Si leur immoralité est originelle, cela ne les excuse en rien. Car, en même temps, les journaux insistent sur la conscience qu’ils ont de leurs actes, sur leur méchanceté froide et calculée, leur esprit de lucre, etc. Ces individus sont donc mauvais par nature, c’est-à-dire définitivement et irrémédiablement. Ils doivent dès lors être éliminés. Dès 1919, Le Soir résumait parfaitement cette idée lorsqu’il écrivait : « Ce qui naît Boche reste Boche… et un Boche camouflé est plus dangereux que tout autre ! » [46] . Cette idée est tellement répandue que même certains patriotes belges se sentent salis par leurs origines allemandes. Lors du procès, à Paris, du dénonciateur présumé d’Édith Cavell, Gaston Quien, l’avocat de la défense, Me Darmon, tente de discréditer par ce biais un témoin à charge, Mme Jacob, née de père allemand mais appartenant au réseau Cavell. Est-elle « vraiment belge » ? Voilà les héros sommés de se justifier ! Le procédé est immédiatement qualifié de « pernicieux » par Le xxe siècle [47] . Pourtant la réponse de Mme Jacob montre combien ses origines sont, à ses propres yeux, effectivement une faute fami­liale qu’il faudra toujours racheter. Certes son père est allemand, mais « mon frère a servi dans l’armée belge et moi, j’ai servi autant que je l’ai pu nos compatriotes qui voulaient passer la frontière. Je recommencerai, demain s’il le fallait, pour racheter le peu de sang allemand que j’ai dans les veines » [48] . La salle applaudit. Mais on peut se demander si ces applaudissements ne viennent pas confirmer l’idée que Mme Jacob, par son héroïsme, a racheté ce qui demeure une faute : être née de père allemand.

D’ailleurs, le projet de loi sur la déchéance de la qualité de Belge de certaines catégories d’inciviques, déposé par Vandervelde le 2 juillet 1919, est voté à l’unanimité et sans discussion le 20 juillet 1921. Il stipule que « sur la poursuite du ministère public, est déclaré déchu de la qualité de Belge, le Belge par option ou par naturalisation qui a manqué grièvement à ses devoirs envers la Belgique ou ses Alliés pendant la guerre » [49] . Ce rétrécissement de l’identité belge, lié à l’expérience de guerre, se manifestera également dans les res­trictions apportées à la naturalisation en Belgique durant l’entre-deux-guerres [50] .

Le festin ou la trahison de la souffrance commune

Les mauvais Belges apparaissent comme l’inversion même de la grandeur patriotique : au bien commun, c’est-à-dire la Patrie, ils préfèrent leur intérêt personnel, c’est-à-dire l’argent comme fin en soi. Ils concentrent sur eux toutes les rancœurs et les phantasmes vécus sous l’occupation. Car ce qui frappe le plus une population qui a connu la faim et vécu dans la pénurie pendant quatre ans, ce sont les avantages, surtout en nourritures. Les « amis des Boches » non seulement échappent aux souffrances communes, mais en plus vivent dans un luxe tapageur, mangent plus que nécessaire et font la fête avec l’occupant ! « Il vécut dans la familiarité des Allemands, fit avec eux des fêtes, jouit de faveurs diverses » [51] , lit-on dans L’Étoile belge à propos d’un commer­çant [52] . Le Peuple, dans son acharnement contre les Coppée, titre dès 1919, en première page : « Pendant que le peuple gémissait sous l’oppression, M. Évence Coppée faisait bombance avec les Allemands » [53] . On a affaire à un véritable mythe du festin tant dans la presse que dans les dépositions de témoins ou même les réquisitoires. Ainsi, par exemple, dans une affaire de brasseurs, qui sera jugée par la cour d’assises du Brabant, un témoin déclare : « Durant l’hiver 1918, M. et Mme S. ont reçu à leur table des Allemands [54] . Ils ne sont partis que vers 11h – 11h30, tous étaient ivres, (…) le fumoir et le salon étaient dans un état indescriptible après leur départ (…) Des bouts de cigares traînaient, des chaises renversées, des bouteilles et des verres sur tous les meubles (…). Je n’ai jamais révélé ce que j’ai vu » [55] . Tandis qu’à Liège, dans une affaire de trafic de chevaux, un témoin décrit la vie démesurée menée par l’un des inculpés : « C’était continuellement bombance chez lui, sa femme portait des toilettes tapageuses. (… ) David était continuellement à Bruxelles, il fréquentait le café Roi Albert et la Bodega où il consommait des liqueurs et des vins de hauts prix. Enfin, il a mené la vie de ces gens connus pendant l’occupation pour avoir exploité la situation » [56] . On le voit, en temps de guerre, la frontière entre sphères publique et privée disparaît sous la pression morale de la collectivité. Dans un monde où le bien et le mal, la civilisation et la barbarie, s’opposent radicalement, vivre dans la proximité de l’ennemi est déjà une trahison et avoir une maîtresse ou un amant allemands devient un véritable crime. Dans un univers de pénurie et de deuil, boire du vin ou porter de belles toilettes deviennent une injure à la misère commune, donc un comportement antipatriotique. En outre, les profiteurs sont accusés de cumuler les vices : trahison, démesure et même perversité. Un tel bat sa mère et la laisse mourir de faim, alors qu’il s’enrichit honteusement [57] . Or, un mauvais fils ne peut qu’être un mauvais citoyen, la Patrie étant ici une version élargie de la Famille. Un autre prostitue sa fille mineure. Cette rumeur sera démentie par un procès-verbal du garde-champêtre : « [L’accusation] d’avoir livré sa fille âgée de vingt ans et non de seize ans aux Allemands et d’avoir tous les soirs fait avec ces derniers de grandes orgies est fausse et non fondée » [58] . Bref, phantasmes, calomnies et médisances se côtoient pour faire de ces inculpés des êtres immoraux, c’est-à-dire « nécessairement » des traîtres à la Patrie, et bien souvent aussi pour assouvir un désir de vengeance personnel [59] .

Les actes d’accusation aussi, mais de façon moins délirante, utilisent ces registres mentaux. En effet, ils stipulent régulièrement que l’accusé fréquentait les bars et les cafés peuplés d’officiers allemands : « Cet homme faisait fortune et allait dépenser tout son argent dans les cabarets avec les Allemands » [60] . À cette preuve d’amitié pour l’occupant et à l’insinuation d’une vie de luxe, on ajoute souvent que l’accusé avait une maîtresse connue pour ses bonnes relations avec l’occupant. Lors des procès pour fournitures à l’ennemi, les avocats n’hésitent pas non plus à opposer longuement la population affamée mais stoïque au profiteur de guerre vénal jusqu’au cynisme : « Les accusés ne sont pas poursuivis pour avoir fait du commerce avec l’ennemi, mais bien de lui avoir fourni des secours en vivre. (…) L’esprit de lucre les a rendus sourds et aveugles à toutes les tristesses, drames de la guerre et plaintes des chômeurs et à leur souffrance. Avez-vous été forcé par la misère ? Avez-vous été forcé par les Allemands ? Non, vous l’avez fait librement par lucre. Et bien le jury sera impitoyable. Il ne faut pas que pour la grande majorité du peuple belge resté honnête et fidèle, que ces gens sortent d’ici la tête haute et puissent narguer ceux qui ont souffert » [61] . La presse, d’ailleurs, alimente avec beaucoup de complaisance cet imaginaire de l’abondance inique dans un univers de pénurie généralisé : « Enfin, ils vont rendre compte à la justice, ces marchands de bestiaux, maquignons et autres, qui ont, pendant l’occupation, failli à tout honneur patriotique et trahi leur pays pour gonfler leurs coffres-forts. D’après l’accusation, ils n’auraient pas hésité à faire pacte avec les Boches, et sans vergogne, recruter tout le bétail pour ravitailler les armées ennemies. Sans se soucier des souffrances et privations de leurs malheureux concitoyens, ils auraient poussé à l’excès leur odieux et criminel trafic en affamant la population, en faisant hausser le prix de la viande qui par là était devenue inabordable pour les petites bourses. Et pendant que ces messieurs s’amusaient, se vautraient dans les orgies, menaient une vie de luxe et d’extravagance qui indignait et révoltait les honnêtes gens, des malheureux dépéris­saient et succombaient aux affres de la faim » [62] .

Les accapareurs ne sont pas les seuls à faire de plantureux bénéfices, de véritables fortunes et des repas gar­gantuesques. Les activistes aussi sont accusés de n’être que des « flamendiants » [63] ou des « Zaktivistes ». Entre autres exemples, L’Étoile belge note, en 1920, à propos de l’activiste flamand Pieter Tack : « Certains témoins affirment que pendant la guerre, des camions allemands apportèrent des vivres, par exemple des sacs de farine, chez Tack… » [64] . De même, l’activiste wallon Désiré De Perron [65] est accusé de vivre « sur un large pied (deux fois de la viande par jour, tout est payé au comptant). Il doit être payé largement par la bochie » [66] .

Véritable image inversée du malheur quotidien vécu par la population, le festin apparaît bien comme l’ultime signe d’infamie. Toutes les fêtes, publiques ou privées, sont symboli­ques et poli­tiques dans la mesure où elles manifestent pour la société où elles adviennent l’existence et l’importance d’une famille ou d’un groupe [67] . Au plan anthropologique, les fêtes sont des moments où peuvent se manifester toutes les représentations fantasmées de la société concernant la subsistance et la fécondité, à travers l’inversion des normes, la surabondance et la sur-affirmation de son existence [68] . Dans nos récits et témoignages, le repas avec l’occupant, symbole de convivialité et d’amitié, représente l’évidence de l’intimité avec l’ennemi, témoigne d’une fraternité et manifeste une communauté de nature ou de cœur. Le festin, symbole d’abondance et de joie, est souvent accompagné de scènes d’ivresse et de débauche. Il est alors l’injustice par excellence, l’image même de la trahison du malheur commun, l’inversion du deuil et de la faim.

Dès 1919, la presse même modérée, comme celle de Liège, s’impatiente de voir ces enrichis profiter de leur ignoble fortune sans être inquiétés par la justice : « Des belgo-Boches millionnaires se prélassent en Hollande au milieu de leur opulence odieu­sement acquise » dénonce La Meuse [69] . Et son homologue catholique, la Gazette de Liège, s’offusque de les voir circuler impunément : « Ils ont l’air arrogants et, cousus d’or, ils narguent dédaigneu­sement les braves gens qu’ils rencontrent. [… Ils sont] habillés comme des richards, les mains chargées de bagues en or, avec une bedaine de repu, tenant un cigare… » [70] . Or, avec les années, la rancœur publique ne semble guère s’apaiser [71] . En tout cas, en 1922 encore, une lettre de dénonciation signée « un groupe d’écœurés du quartier nord » est envoyée au procureur du Roi de Liège. Elle concerne des enrichis de guerre dont le crime le plus insupportable serait de se vanter d’être à l’abri de la justice, grâce à leur argent honteusement accumulé : « ils vivent en nouveaux riches, roulent en automobile avec les centaines de milles francs ramassés avec leur honteux commerce et ils narguent leurs amis et connaissances en disant à qui veut l’entendre que la justice n’a pas de prise sur eux parce qu’ils ont graissé les pattes à qui de droit et que maintenant ils les em… tous autant qu’ils sont » [72] .

C’est bien dans cet imaginaire vécu que s’étaient enracinées les violences populaires de novembre et décembre 1918, puis les revendications de l’opinion publique et l’acharnement de la presse francophone à l’encontre des « profiteurs », « mercantis » et autres « Zeep ». Il est indéniable que, du côté francophone au moins, leur impunité est beaucoup plus mal ressentie que celle des activistes (par ailleurs, également accusés de n’être que de viles profiteurs dépourvus de tout idéal).

Le culte de la Patrie qui avait permis de tenir pendant la guerre s’est donc prolongé, dans l’immédiat après-guerre, dans un culte à la mémoire de guerre : « au nom de la Patrie », on s’était battu, on avait souffert et l’on était mort ; « au nom de la Patrie » aussi, on réclamait le châtiment des traîtres inciviques.

Les différents types de traîtres, tels qu’ils sont perçus à l’époque, nous plonge dans un univers de haine. Or, l’analyse montre que cet imaginaire de la haine est le miroir inversé du culte de la Patrie. Car ce qui est invariablement trahi c’est la Patrie, le pays, le bien commun. L’activiste trahit l’unité de l’État à travers ses structures institutionnelles. Le profiteur de guerre trahit la solidarité du peuple belge dans l’expérience acceptée de la souffrance en régime d’occupation (souffrance matérielle surtout et humiliation nationale subsidiairement) : il représente le refus de la communion dans la souffrance. L’espion à la solde de l’Allemagne trahit l’âme héroïque du pays en livrant au poteau les plus beaux des héros nationaux : il apparaît comme le véritable Judas livrant de multiples « Christ » patriotiques. Le déserteur, enfin, trahit l’héroïsme belge qui est fidélité au droit international et défense de l’indépendance nationale.

Malgré l’importance des sentiments et des imaginaires véhiculés lors de la répression, ces représentations n’auront guère de place dans la mémoire officielle et les médias belges par la suite. En fait, durant tout l’entre-deux-guerres, seuls les activistes garderont, aux yeux des francophones, les stigmates de la trahison. Tandis que, aux yeux de l’aile radicale flamande, en une inversion quasi complète de la mémoire, ces mêmes activistes deviendront les martyrs de la cause flamande [73] . Pourtant, l’importance de ces souvenirs dans la presse clandestine de 1940-1945 – tant flamande que francophone, d’ailleurs [74]  – et la violence de la répression après la Seconde guerre mondiale [75] montrent que l’amnésie officielle n’a pas provoqué l’oubli dans le cœur des populations.

Notes :

[1] Le terme "incivique" n'est pas à proprement parler un terme juridique, même si la presse juridique l'utilise dès les années vingt et s'il s'impose par la suite dans le vocabulaire courant. Rappelons toutefois que l'article 118bis du code pénal belge parle de "citoyen", et que la notion de "civisme" renvoie au dévouement du citoyen pour sa patrie. Soulignons enfin que le terme "collabo" n'est jamais utilisé en Belgique au sortir de la Première Guerre mondiale : il appartient exclusivement au vocabulaire lié au second conflit mondial.

[2] Cf. Laurence van Ypersele, « Sortir de la guerre, sortir de l’occupation : les violences populaires en Belgique au lendemain immédiat de la Première guerre mondiale », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n°83, juillet-septembre 2004, p. 65-74.

[3] Le Peuple, 21 novembre 1918, p.  2.

[4] Le Matin, 21 novembre 1918, p. 1.

[5] La Libre Belgique, 30 novembre 1918, p. 2.

[6] La Libre Belgique, 30 novembre 1918, p. 2. Mais La Meuse, 29 novembre 1918, p. 2 ne parle que de deux femmes ; et, une semaine plus tôt, Le Peuple, 21 novembre 1918, p. 1, signalait qu’une « femme a eut les cheveux coupés ».

[7] Le Peuple, 22 novembre 1918, p. 1.

[8] Jean-Yves Le Naour, Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les mœurs sexuelles des Français, 1914-1918, Paris, Aubier, 2002, p. 157.

[9] Fabrice Virgili, « Les tontes de la Libération en France », dans François Rouquet et Danièle Voldman (dir.), Identités féminines et violences politiques, Paris, CNRS, 1995 (Cahiers de l’IHTP, n°31), p. 53-65.

[10] Jean-Yves Le Naour, Misères et tourments… op.cit., p. 294-295.

[11] Comme en témoigne une série de lettres de soldats rédigées au front et conservées au Musée royal de l’armée et d’histoire militaire de Bruxelles.

[12] Pour les deux premières années d’après-guerre, les annuaires statistiques de la Belgique donnent une répartition des crimes et délits par catégorie. On compte 776 « crimes et délits contre la sûreté de l’État » jugés en 1919 et 1 517 pour l’année 1920. Quant aux activistes, selon la plus récente étude, 245 activistes ont été condamnés, parmi lesquels 36 condamnations à mort (non exécutées) dont 33 par contumace. Cf. Michel Dekkers, Van verraders tot martelaars, de strafrechterlijke repressie van atcivisme (1918-1921), Leuven (mémoire de licence KULeuven), 1998 ; Xavier Rousseaux et Laurence van Ypersele, « La répression de l’incivisme en Belgique (1918-1922) au travers des dossiers de la cour d’assises de Brabant et de la presse francophone bruxelloise », dans L. van Ypersele (éd.), Imaginaires de guerre : l’histoire entre mythe et réalité, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain-Academia (coll. Transversalités, III), 2003, p. 253-302.

[13] La Flamenpolitik, menée par l’occupant allemand pour diviser le pays, entraînera quelque 15 000 flamingants, soit une minorité, sur la voie de la collaboration « activiste ». Ils acceptèrent en 1916 une université flamande à Gand et la séparation administrative du pays en 1917. Quant à savoir si ce sont les activistes qui ont été manipulés par l’occupant (thèse de Lode Wils) ou l’inverse (thèses de Willemsen et Elias), la question reste un sujet polémique dans l’historiographie belge. Toutefois, la thèse de Lode Wils s’impose de plus en plus : si à Gand (Daniel Vanacker) on trouve des activistes avant que les Allemands ne lancent leur Flamenpolitik, à Anvers (Antoon Vrints) ce sont bien les Allemands qui prirent contact avec les Flamands. Voir à ce sujet : Lode Wils, Flamenpolitik en Activisme. Vlaanderen tegenover België in de Eerste Wereldoorlog, Leuven, Davidsfonds, 1974 ; Mark Van Haegendoren, Het Activisme op de kentenring des tijden, Antwerpen, De Nederlanden, 1984 ; Daniel Vanacker, Het aktivistisch avontuur, Gand, 1991 ; Antoon Vrints, Bezette Stad. Vlaams-nationalistische collaboratie in Antwerpen tijdens de Eerste Wereldoorlog, Bruxelles, AGR, 2002.

[14] Il y eut également un activisme wallon, mais de façon encore plus marginale que du côté flamand. Or, les activistes wallons sont traités avec la même virulence que leurs homologues flamands et pour les mêmes raisons. Mais, une fois condamnés, ils disparaissent des mémoires ; alors que l’activisme flamand est de plus en plus utilisé contre les revendications flamandes.

[15] Auguste Borms (1878-1946), homme politique nationaliste flamand. Professeur d’Athénée lié au mouvement flamand dès le début du siècle, partisan de l’Union sacrée contre l’envahisseur en août 1914, il fut vite gagné à l’activisme. Il collabora à la flamandisation de l’université de Gand et au Conseil de Flandre. Condamné à mort en 1919, il voit sa peine commuée en détention à vie. En prison, il est élu représentant d’Anvers en 1928 ; mais son élection est invalidée. Il est libéré peu après. Durant la Seconde guerre mondiale, il collabore à nouveau avec l’occupant. En 1946, il est à nouveau condamné à mort et, cette fois, exécuté.

[16] Le dernier activiste a être incarcéré n’est autre qu’Auguste Borms. Il sort de prison en janvier 1929.

[17] Voir à ce sujet : Laurence van Ypersele et Emmanuel Debruyne, De la guerre de l’ombre aux ombres de la guerre. L’espionnage en Belgique durant la Guerre 1914-1918. Histoire et mémoire, Bruxelles, Labor, 2004, p. 120-134.

[18] Voir à ce sujet : Axel Tixhon et Laurence van Ypersele, « Du sang et des pierres. Les monuments de la guerre 1914-1918 en Wallonie », dans Cahiers d’histoire du temps présent, Bruxelles, 2000, n°7, p. 83-126.

[19] Cf. Jean Stengers, L’Action du Roi en Belgique depuis 1831. Pouvoir et influence, Paris/Louvain-la-Neuve, Duculot, 1992, p. 109.

[20] Maurice Thielens, né en 1873, d’origine hollandaise et naturalisé belge depuis 1912, est arrêté à la gare de Visé le 7 janvier 1920 par la gendarmerie et condamné à mort par la cour d’assises de Liège, le 18 février 1921. Il est, notamment, accusé d’avoir livré les héros stavelotains que sont Elise Grandprez et sa famille.

[21] Pétronille Haurward, belge, née en 1883, ouvrière relieuse, était au service de la police allemande à la chambre 149 du palais de Liège. En se faisant passer pour un courrier, elle provoqua l’arrestation et le démantèlement du service de renseignement français Paulussen en 1917. Jugée en cour d’assises à Liège, le 24 mars 1920, elle écope de vingt ans de détention. Cf. Archives de l’Etat à Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Haurward, boite 8.

[22] Remarquons que ces héros sont eux aussi des agents de renseignements… mais à la solde des alliés ou du gouvernement belge.

[23] Grand patron de charbonnage dans le Hainaut et le Limbourg, le baron Évence Coppée a pour­suivi l’extraction et le traitement de charbon durant la guerre. Les inimitiés accumulées avant et pendant le conflit, liées au climat de délation et de vengeance, vont transformer l’industriel en symbole des puissants qui se sont enrichis grâce à la collaboration économi­que. Cette affaire doit son importance à la notoriété de l’inculpé ainsi qu’à l’important débat qu’elle a suscité dans la presse et dans l’opinion publique sur la politique menée par le gouvernement du Havre. Les débats en commission, en effet, révèlent que le gouvernement a autorisé des industriels belges à continuer de produire et de vendre à l’ennemi afin d’éviter la ruine du pays et que des contacts ont eu lieu entre les gouvernements belge et allemand en 1917 en vue de mettre fin à la guerre. Finalement la commission conclut à un non-lieu. Mais l’affaire contre les Coppée, père et fils, rebondit : les livraisons de benzol effectuées à l’ennemi auraient été utilisées par les sous-marins allemands. Le non-lieu prononcé, le 10 mars 1921, à l’égard de la famille Coppée ne satisfera pas les quotidiens qui s’étaient acharnés contre eux. L’affaire sera d’ailleurs relancée quelques mois plus tard et aboutira à un procès en 1924 dont les Coppée sortent blanchis. Épuisé, Évence Coppée père meurt un an plus tard. Cf. Henri Haag, Le comte Charles de Broqueville, ministre d’État, et les luttes pour le pouvoir (1910-1940), Bruxelles-Louvain-la-Neuve, Nauwelaerts-Université de Louvain, 1990, p. 696-730.

[24] L’Etoile belge, 12 juillet 1919, p. 2, qui cite une interpellation parlementaire du député catholique, Corneille Feuillien, au ministre de la Justice, Emile Vandervelde.

[25] Henri Haag, Le comte Charles de Broqueville…, op. cit., p. 696.

[26] Notons que 50% des informations publiées par les journaux francophones bruxellois traitent des profiteurs de guerre, contre 25% pour les activistes, et que 38% des plaintes pour manque de sévérité judiciaire concernent les profiteurs, contre à peine 6% pour les activistes.

[27] Ainsi, par exemple, Jules Destrée réclame l’indulgence de la justice pour les ouvriers ayant travaillé pour l’occupant, car, dit-il : « Qu’il y en a eu quelques-uns de coupables, mais pour ceux-là que de circonstances atténuantes ! La misère, le besoin extrême expliqueNT bien des faiblesse » (Annales Parlementaires, 11 juin 1919, p. 1075).

[28] Sur la politique judiciaire de Vandervelde, voir Bruno De Ruyver, De strafrechtelijke politiek gevoerd onder de socialistische ministers van justitie E. Vandervelde, P.Vermeylen, A.Vranckx, Anvers-Arnhem, 1988.

[29] L’Etoile belge, 9 février 1919, p. 3.

[30] Le Soir, 26 août 1919, p. 2.

[31] Le Soir, 20 novembre 1920, p. 3 : « Auguste Hutt, co-directeur avec son frère aîné du journal emboché La Belgique, après sa condamnation par la cour d’assises du Brabant avait été autorisé, eu égard à son état de santé, à partager la cellule de son frère à la prison de Saint-Gilles. Cependant, quelques mois plus tard, sur avis du médecin, il était admis en traitement à l’hôpital Brugmann à Jette Saint-Pierre. C’est dans cet établissement qu’hier soir, Auguste Hutt s’est donné la mort en se pendant. Lorsque le personnel de l’hôpital découvrit son corps, la mort remontait déjà à plusieurs heures ».

[32] Gazette de Liège, 5, 7 et 15 mars 1921, p. 2 ; Le Peuple, 20 mars 1921, p. 2. Les papeteries Godin étaient accusées d’avoir fourni à une entreprise allemande non seulement du simple papier, mais aussi du papier à filer, considéré comme munition puisqu’il servait à fabriquer des pansements ou des sacs de tranchées. Le président du conseil d’administration s’en était inquiété et avait envoyé Mohren en Hollande afin de prendre l’avis du gouvernement du Havre. La réponse du gouvernement, peu claire, fut interprétée par maints industriels comme une autorisation. Notons que l’acte de décès qui se trouve dans le dossier judiciaire ne stipule pas les causes de ce décès (Archives de l’Etat à Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire « Rhenania », boite n°22).

[33] Le XXe siècle, 18 mars 1919, p. 2.

[34] « La défense poursuit : « Mais ce n’est pas sérieux. Vous n’allez pas me dire qu’il n’y a pas, parmi les quatre-vingts millions d’Allemands, un seul homme qui puisse faire une déclaration sincère ! »; à quoi répond l’avocat général : « Moi, je les écarte tous », Gazette de Liège, 29 avril 1921 :

[35] Cf. Le Soir, 14 mars 1919. De même, dans une affaire qui se termine par un non-lieu, Guillaume Lebert est accusé d’être un espion allemand parce qu’il est de nationalité allemande et même s’il a été naturalisé belge (Archives de l’Etat à Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Lmprrr-Lbrt, boite 3, PV du 16 mars 1919).

[36] Archives de l’Etat à Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Julien Pttjn, boite 9, Lettre de dénonciation au procureur du Roi, [1918].

[37] Par exemple : Archives de l’Etat à Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Léonie Rgnc, Lettre signée, 7 janvier 1919.

[38] Par exemple : AGR, cour d’assises de Brabant, 1920, Affaire L. Svrns et consorts (crime contre la sûreté de l’État), Dossier n°12, acte d’accusation.

[39] Gazette de Liège, 27 mai 1919, p. 1.

[40] Gazette de Liège, 21 février 1921, p. 2 ; 27 février 1921, p. 3.

[41] Gazette de Liège, 19 juin 1920, p. 1.

[42] Pieter Tack (1870-1943), docteur en philologie germanique de l’université de Gand, professeur de néerlandais et publiciste. Pendant la Grande Guerre, il fut une des principales figures de l’activisme. Avec J. de Decker et le professeur allemand van Dyck, il forma la petite commission qui organisa la réouverture de l’université de Gand en 1916. Président du Raad van Vlaanderen, créé le 4 février 1917, il fit partie de la délégation reçue à Berlin, le 3 mars, par le chancelier allemand. Grand travailleur, il fit tout ce qu’il put pour atteindre les buts que l’activisme s’était fixés. En novembre 1918, il fuit en Allemagne ; peu après, il s’installe en Hollande. En 1922, sa candidature comme professeur de néerlandais est refusée, sans doute à l’intervention du gouvernement belge ; mais, peu après, il est nommé à Middelburg.

[43] Émile Dumon (1862-1948), médecin, activiste. En 1900, il épouse une Allemande. Le 14 octobre 1914, l’armée belge ayant évacué la ville de Bruges, il envoya une délégation aux Allemands. En novembre 1914, il devient membre du Jong-Vlaamsch Beweging, un des groupes d’activistes les plus extrêmes, dont il signa la déclaration en sept points (fin 1915). Il représente Bruges au Raad van Vlaanderen, accompagna Tack à Berlin pour remettre les vœux du Raad au chancelier allemand, le 3 mars 1917, et plaida en faveur d’un Etat flamand indépendant. Il quitte Bruges dès octobre 1918 et fut condamné par contumace à la peine de mort. Il vécut en Allemagne jusqu’à la fin de sa vie.

[44] L’Étoile belge, 29 février 1920, p. 4.

[45] Cf., notamment, Gazette de Liège, 25 juillet 1920, p. 2 : « Ce sont des êtres frustes, élevés par des parents indignes, sans éducation, qui n’ont jamais appris ce qu’était la morale ».

[46] Le Soir, 28 avril 1919.

[47] Le XXe siècle, 31 août 1919, p. 2.

[48] Ibidem.

[49] Annales parlementaires, 20 juillet 1921, p. 2248.

[50] Cf. Franck Caestacker, Alien policy in Belgium, 1840-1940. The Creation of Guest Workers, Refugees and Illegal Aliens, New York-Oxford, Berghahn Books, 2000.

[51] L’Etoile belge, 24 août 1919, p. 3.

[52] Même idée, deux ans plus tard, dans Le Soir, 17 mars 1921.

[53] Le Peuple, 9 mars 1919, p. 1.

[54] Il s’agit des membres allemands de la Centrale des orges, instituée par von Bissing le 20 juillet 1915.

[55] Archives générales du Royaume, cour d’assises de Brabant, 1919, Affaire C. Mrtn – A. Stvn – J. Clmnt (fourniture à l’ennemi), Dossiers 5b, pièce 227, Déposition de témoin à charge. Il s’agit du témoignage de la gouvernante des enfants des époux Strvn impliqués dans l’affaire des Brasseurs.

[56] Archives de l’Etat (AE) à Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Emile Dvd, Boîte 26, Déposition de Jules Glls, 9 janvier 1919, doc.10. Même idée dans : Archives de l’Etat à Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Gustave Glln, Boîte 6, Déposition de Julien Trhll, 8 avril 1919.

[57] AE Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Julien Pttjn, Boîte 9.

[58] AE Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire M. et Th. Hbrt, Boîte 10, PV du garde-champêtre au procureur du Roi, 11 janvier 1919.

[59] Notons que l’appareil judiciaire n’est pas dupe de ces vengeances personnelles qui se terminent le plus souvent par un non-lieu.

[60] AGR, cour d’assises de Brabant, 1921, Affaire I. Vn Audhvn maître de sucreries à Haeren (fournitures et secours à l’ennemi), Dossier n°29.

[61] Gazette de Liège, 8 mars 1920, p. 2.

[62] Gazette de Liège, 19 décembre 1919, p. 2.

[63] Bulletin liégeois, 17 novembre 1918, p. 2.

[64] L’Etoile belge, 29 février 1920, p. 1.

[65] Désiré De Perron, né à Ougrée en 1881, ingénieur de formation, divorcé et père d’un enfant. Membre de la Ligue wallonne du Brabant depuis 1907 dont il sera vice-président, puis secrétaire général. Alors que la Ligue cesse ses activités pendant la guerre, De Perron continue et devient directeur de la feuille activiste liégeoise « Le Peuple Wallon ». En novembre 1918, il fuit la Belgique vers l’Angleterre, puis en Hollande.

[66] AE Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire du « Peuple Wallon », rapport d’un service d’espionnage bruxellois, non daté, n°137.

[67] Voir à ce sujet : Mikhail Bakhtine, L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, Paris, Gallimard, 1970.

[68] Alain Corbin, e.a. (dir.), Les usages politiques des fêtes aux xixexxe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994, p. 15 et 425.

[69] La Meuse, 12 avril 1919, p. 1.

[70] Gazette de Liège, 9 janvier 1919, p. 1.

[71] Comme en témoigne, par exemple, une série de caricatures sur les « Zeeps », publiée de 1920 à 1922 dans La Libre Belgique, La Nation belge ou Le Soir.

[72] AE Liège, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire E. Hllndl et G. Blmgrtn, boite 6, Lettre de dénonciation au procureur du Roi, 13 février 1922.

[73] Cf. Sophie de Schaepdrijver, « Les dangers de l’idéalisme. Souvenirs contestés de l’occupation allemande en Belgique », dans Démobilisations culturelles après la Grande Guerre, Paris, Noesis (14-18 Aujourd’hui, 5), p. 115-127.

[74] Cf. Fabrice Maerten, « L’impact du souvenir de la Grande Guerre sur la Résistance en Belgique durant le second conflit mondial », dans Laurence van Ypersele (éd.), Imaginaires de guerres. L’histoire entre mythe et réalité, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant / Presses universitaires de Louvain, 2003, p. 329-331.

[75] La répression qui suit la Seconde Guerre mondiale, en tout cas, a été particulièrement dure en Belgique puisque l’on compte environ 400 000 Belges inquiétés par la justice, contre 200 000 en France. Sans compter que la peine de mort est désormais appliquée. Voir à ce sujet : Steven Dhondt et Luc Huyse, La répression des collaborations (1942-1952). Un passé toujours présent, Bruxelles, CRISP, 1993 ; José Gotovitch et Chantal Kesteloot (dir.), Collaboration et répression, un passé qui résiste, Bruxelles, Labor, 2002.

Laurence Van Ypersele

Laurence van Ypersele, professeur à l'université catholique de Louvain (Belgique). Elle s'intéresse à l'histoire culturelle de la Grande Guerre et à sa mémoire en Belgique. Elle a notamment publié les ouvrages suivants :

- Laurence Van Ypersele, Le Roi Albert, Histoire d'un mythe, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Quorum, 1995 ; 2e éd., Bruxelles, Labor, 2006.

- Laurence Van Ypersele, Emmanuel Debruyne (avec la collaboration de Stéphanie Claisse), De la Guerre de l'ombre aux ombres de la guerre. L'espionnage de 14-18 en Belgique occupée, Histoire et mémoire, Bruxelles, Labor, 2004.

- Laurence Van Ypersele (dir.), Questions d'histoire contemporaine : Conflits, mémoires et identités, Paris, PUF, « Quadrige », 2006.

Mots clefs : Histoire culturelle ; Grande guerre ; sortie de guerre ; répression ; traîtres.

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Champ libre

  • • Vidéo de la table ronde « À l'Est, rien de nouveau ? Pour une histoire visuelle de la nouvelle Europe » aux Rendez-Vous de Blois (13 octobre 2018)
  • Si vous n’avez pas pu assister à la table ronde, « À l'Est, rien (...)
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Comptes rendus

  • • François Dosse, La Saga des intellectuels français,
  • L’histoire des intellectuels est entrée dans l’heure des bilans (...)
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  • • Élise Petit, Musique et politique en Allemagne, du IIIe Reich à l’aube de la guerre froide,
  • Avec Musique et politique en Allemagne, réécriture de sa (...)
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  • • Nicolas Patin, Krüger : un bourreau ordinaire,
  • Friedrich Wilhelm Krüger, chef suprême de la SS et de la (...)
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  • • Nicole Edelman, L’impossible consentement : l’affaire Joséphine Hugues,
  • En 1865, Timothée Castellan, un mendiant de 25 ans, est déclaré (...)
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  • • Pierre Rosanvallon, Notre histoire intellectuelle et politique, 1968-2018,
  • Patiemment, obstinément, rigoureusement, Pierre Rosanvallon trace son sillon intellectuel (...)
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  • • Audrey Kichelewski, Les Survivants. Les Juifs de Pologne depuis la Shoah,
  • Faire l’histoire des juifs en Pologne après la Seconde (...)
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  • • Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc, À quoi servent les politiques de mémoire ?,
  • Auteures de nombreux travaux sur la mémoire et la justice (...)
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  • • Gilles Richard, Histoire des droites en France de 1815 à nos jours,
  • L’ouvrage de Gilles Richard se place délibérément dans une (...)
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  • • « Mémoire des massacres du XXe siècle »
  • Le Mémorial de Caen a accueilli du 22 au 24 novembre 2017 (...)
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  • • Raoul Hausmann (1886-1971) et sa production photographique dans les tourments de l’histoire
  • Après avoir été présentée au Point du Jour de (...)
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  • • Emmanuel Saint-Fuscien, Célestin Freinet, un pédagogue en guerres, 1914-1945,
  • C’est avec une certaine délectation que nous nous sommes (...)
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  • • Raffaella Perin, La radio del papa. Propaganda e diplomazia nella seconda guerra mondiale,
  • L’ouvrage de Raffaella Perin sur Radio Vatican est la (...)
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  • Transit, film réalisé par Christian Petzold (2018)
  • Dans les années 1930, des centaines d’Allemands, juifs ou opposants (...)
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  • • Alexis Vrignon, La naissance de l’écologie politique en France. Une nébuleuse au cœur des années 68,
  • Dans le champ de l’écologie politique, la catégorie du (...)
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  • Après la guerre, film réalisé par Annarita Zambrano (2017)
  • Verres de lunettes opaques ou presque, silhouette épaisse, barbe (...)
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  • ISSN 1954-3670