Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Sorties de guerre au XXe siècle

Coordination : Bruno Cabanes et Guillaume Piketty

Réparer, réconcilier, oublier : enjeux et mythes de la démobilisation scientifique, 1918-1925

Anne Rasmussen
Résumé :

Après une intervention des « sciences » dans la Grande Guerre qui fut opérationnelle autant qu’idéologique, les obstacles à la conversion des scientifiques au temps de paix furent nombreux, notamment (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

Le passage du temps de guerre au temps de paix n’est pas des moindres dans le cas de conflagrations qui, telle la Première guerre mondiale, ont travaillé en profondeur le tissu national et social en Europe, à une échelle sans précédent et selon des mécanismes de « totalisation » de la guerre que les contemporains eux-mêmes ont affirmés. Comment et selon quelles temporalités sont sorties du conflit des sociétés et des cultures qui y avaient été substantiellement et durablement engagées ? L’historiographie récente de la Grande Guerre ne s’accommode plus des analyses éprouvées qui enfermaient l’événement dans une chronologie bornée entre déclenchement des opérations et armistice, et qui soumettaient l’avant-guerre à la grille de lecture des « causes » et l’après-guerre à celle des suites et des « conséquences ». Plutôt que de chercher les seules clés de compréhension dans l’avant ou dans l’après de la guerre, les notions de mobilisation-démobilisation ont fourni des outils heuristiques pour restituer une vision dynamique et processuelle plus propre à rendre compte de la complexité des logiques à l’œuvre dans la conversion des appareils militaires, politiques, économiques ou sociaux à la guerre et à la paix [1] . Pour s’en tenir ici à la sortie de guerre, c’est en particulier dans le domaine culturel que les travaux sur la démobilisation – en particulier, ceux de John Horne, de Bruno Cabanes, de Yael Dagan [2] – ont permis de questionner ce passage d’un état à l’autre, en portant le regard sur la recomposition des représentations collectives de l’ennemi, la mutation des identités combattantes, la transformation des langages belligènes, mais aussi sur les silences, les évitements voire les franches oppositions à mettre un point final au conflit. Les enjeux de ces interrogations sont essentiels, car terminer la guerre, c’est aussi entreprendre de lui donner du sens et d’engager la maturation d’une mémoire.

Parmi les acteurs qui, sous la forme d’entités collectives, jouèrent un rôle social majeur dans la mobilisation de la Grande Guerre, les savants constituent un groupe dont la montée en puissance fut manifeste au cours du conflit. Il faut placer cette identité professionnelle et culturelle dans la perspective ouverte par les « études sociales des sciences », où l’élaboration des savoirs scientifiques et la production de leurs applications ne sont pas la seule interrogation légitime : la science y fonde également des « systèmes d’action » qui permettent d’agir sur le monde matériel et social, des « systèmes de valeur » inspirant des normes et des idéaux, des « systèmes de représentations » fondant les discours, les positions d’autorité et les modes de reconnaissance symbolique [3] .

Les manières d’investir « la science », ainsi entendue, dans la guerre ont été multiples, des plus opérationnelles aux plus idéologiques, et leur rôle a pu être perçu comme important, comme l’ont fait savoir les discours apologétiques tenus dans les pays alliés après l’armistice sur la place essentielle qui revenait aux sciences dans la victoire. L’intervention savante dans le conflit participe de cette chronologie longue qui conjugue des séquences d’ampleur inégale, dont certaines s’enracinent dans les décennies d’avant-guerre et les mutations culturelles de l’après-1870 (en particulier la conviction que les Allemands l’avaient alors emporté du fait de la puissance de leur organisation scientifique), tandis que d’autres obéissent aux circonstances immédiates dictées par les opérations. Les temporalités de la sortie de guerre des savants se sont en conséquence elles aussi déployées à des échelles variées et selon des modalités en lien avec la diversité de ces investissements. Pour comprendre l’impact de la guerre sur les sociétés de la première moitié du XXe siècle, à travers la notion de « démobilisation culturelle », on s’efforcera ici de mettre en valeur combien les façons qu’ont eues les scientifiques de terminer la guerre, et les lectures auxquelles elles ont donné lieu, ont été modelées par des représentations idéaltypiques de « la science ». Celles-ci se sont élaborées dans la seconde moitié du XIXe siècle, alors que la confiance dans les vertus bienfaitrices du progrès était à son climax. Gardons à l’esprit cet horizon des représentations, façonnées par une conception normative du travail et de la communauté scientifiques, si l’on veut saisir les enjeux de la sortie de guerre des savants, en l’occurrence leur durable « incapacité » à faire advenir la démobilisation scientifique. Mais cette interprétation, dans ses termes mêmes, ne préjuge-t-elle pas de la vision irénique d’une science qui, par nature, ne s’accommoderait pas de la guerre, vision qui continue largement d’irriguer nos propres représentations de la science au XXIe siècle ?

Le mythe d’une science internationale : la (non)démobilisation politique

Une première représentation canonique forgée au XIXe siècle identifie la pratique professionnelle savante à « la science internationale » et l’associe à la conception idéalisée du fonctionnement coopératif d’une communauté qui ne connaîtrait pas de frontières [4] . Tel est le topos du discours tenu par la société sur la science : les savants constituent une collectivité fondée sur la division du travail, harmonisée par des normes intellectuelles et des intérêts communs, dictés par l’intérêt supérieur de la science et, au-delà, par le bien de l’humanité. Dans cette perspective-là, tout conflit a pour effet la dissolution du lien social et professionnel et la reconstitution des obstacles à la communication, et donc à la compréhension mutuelle. Pour terminer la guerre, il revient ainsi à une politique internationale de la science de reconstituer l’universalisme perdu. C’est à cette aune que l’on évalue si la démobilisation advient ou pas, et que l’on mesure ses succès et ses échecs.

Sans doute est-il assez illusoire d’envisager « les scientifiques » de façon globale. La multiplicité des cercles auxquels ils appartiennent – national, social, politique, corporatiste, disciplinaire, intellectuel – détermine autant d’échelles où la définition même de leurs identités varie. Il paraît pourtant difficile d’échapper à une lecture qui prend les institutions savantes comme étalons, parce qu’au début du XXe siècle, elles continuent d’exercer une fonction de « contrôle » [5] de l’entreprise scientifique collective et que, dans la guerre, la notion d’organisation est essentielle. Les travaux de Brigitte Schroeder-Gudehus [6] ont montré, à cette échelle, comment ces institutions – académies, sociétés savantes, universités – ont fonctionné dans la première moitié des années 1920 dans la continuité du paradigme de la mobilisation. Elles se sont strictement conformées à un modèle diplomatique (réunion de conférences interalliées, organisation fondée sur la base des nations, adoption de résolutions contraignantes pour les pays membres), affirmant la science des vainqueurs et récusant celle des vaincus. Ce ne sont pas les scientifiques qui ont montré aux politiques la voie de la démobilisation, mais tout au contraire, les politiques qui, au milieu des années 1920, firent pression sur les états-majors des communautés savantes afin d’assouplir la mobilisation ininterrompue depuis la guerre.

Rappelons les principales étapes de ce cheminement, mû par la préoccupation d’adhérer à la vision idéale de la science du temps de paix : « comment recomposer le tissu international de la coopération scientifique et intellectuelle ? ». Deux conférences des académies des sciences interalliées se tinrent à Londres et Paris, dès octobre et novembre 1918, et en invoquant « les crimes sans nom qui vont laisser dans l’histoire des nations coupables une tache que des signatures au bas d’un traité ne sauraient laver » [7] , aboutirent à la mise en quarantaine de la science des puissances centrales. La nouvelle instance issue en juillet 1919 de ce processus, l’International Research Council (IRC), qui succédait à l’Association internationale des Académies née en 1899, réunit des institutions représentatives sur le plan national et les « unions » internationales d’avant-guerre, vouées à la coordination technique des entreprises collectives de recherche et à la standardisation de leurs outils et méthodes. Elle interdit pour douze ans la participation des institutions savantes allemandes, autrichiennes, hongroises et bulgares à la nouvelle organisation internationale. Une révision ne pourrait intervenir qu’en 1931, et réclamerait la majorité des trois quarts des membres. Le Comité exécutif qui présidait l’IRC, doté de pouvoirs étendus, était composé du mathématicien français Émile Picard, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de Paris, de l’astronome belge Georges Lecointe, du secrétaire de la Royal Society Arthur Schuster, du mathématicien Vito Volterra et de l’astronome américain George Ellery Hale. Tous, sauf l’Américain, firent un impératif catégorique de la continuité avec les préceptes qui avaient sous-tendu la mobilisation de guerre. Ce volontarisme en faveur du boycott ne saurait cependant être réduit aux convictions des sphères dirigeantes de l’IRC. Il rendait aussi compte, en France en tout cas, du tissu des associations qui constituaient une forme d’« opinion scientifique » dont les échos remontaient jusqu’au sommet : les réponses à la grande enquête menée à la fin 1918 par l’Académie des sciences de Paris auprès des sociétés savantes de tout le territoire, qui conclurent presque unanimement à l’interdiction de la reprise des relations avec leurs homologues allemands, en témoignent par exemple [8] .

La question de l’entrée des neutres dans la nouvelle organisation fut un point névralgique du débat. Le Comité exécutif souhaitait leur en interdire l’accès, dans la crainte que les académies neutres ne soient le cheval de Troie de l’entrée de l’Allemagne dans le Council, mais il redoutait aussi la constitution d’une organisation distincte réunissant les neutres sous tutelle germanique. Du côté des neutres, les avis étaient partagés. Souhaitant faire partie de la nouvelle donne internationale, leurs institutions scientifiques choisirent finalement d’entrer à l’IRC en 1920. La perpétuation de la guerre dans le domaine des sciences suscitait toutefois nombre d’oppositions. Un appel adressé aux « membres des académies des nations alliées et des États-Unis », patronné par l’astronome hollandais Kapteyn, et signé par près de deux cents savants des pays neutres, fut diffusé à l’automne 1919 dans le Times et dans la presse internationale. Tout en comprenant comment la guerre avait  « hypnotisé l’attention sur les outrages subis », les signataires demandaient aux hommes de science de faire un examen de conscience : « Croyez-vous bien faire en allumant le flambeau de la guerre, à peine éteint dans le champ politique, dans le terrain sacré de la science ? À qui la responsabilité si plus tard les savants des empires centraux se sentant insultés, refusent de renouer les liens que vous déchirez ? » [9] . L’Académie royale de Suède fit, elle aussi, preuve de son hostilité à cette diplomatie scientifique en attribuant, en 1919, au grand dam des sociétés savantes des pays alliés, le prix Nobel de chimie de 1918 à Fritz Haber pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac, alors même que son nom incarnait la collusion entre la chimie et la guerre des gaz, et qu’il était évoqué parmi les criminels de guerre que le traité de Versailles aurait à identifier [10] .

Au début des années 1920, le boycott contre les puissances centrales s’exerça pratiquement sans faille. Les réunions organisées par l’IRC, soit dans plus des trois quarts des congrès internationaux réunis dans le monde, excluaient les Allemands, dont la langue, qui faisait référence dans certaines disciplines avant-guerre, n’était plus acceptée parmi les vecteurs de communication scientifique. Nulle union internationale ne devait plus désormais avoir son siège outre-Rhin. Ainsi que Brigitte Schroeder-Gudehus l’a mis en évidence, l’année 1924 marqua toutefois un tournant, que traduisit le début de la contestation du Comité exécutif à l’intérieur de l’IRC, et la mise en cause de son autorité par une partie de la communauté scientifique. Le boycott s’accompagnait désormais de contre-effets : par exemple la London Mathematical Society refusa de participer, du fait de l’exclusion des Allemands et des Autrichiens, au congrès international des mathématiques tenu à Toronto en août 1924. Les critiques contre le boycott obéissaient largement à des logiques nationales. Les scientifiques des anciens pays neutres et des alliés géographiquement les plus éloignés de l’Europe (Japon, États-Unis) furent les premiers à demander la réintégration des Allemands. Au sein même des Alliés, la France et la Belgique revendiquaient d’être les gardiennes les plus farouches de l’intangibilité du boycott, tandis que l’Angleterre se faisait de plus en plus critique. En 1925, le respect de l’ostracisme à l’égard de l’Allemagne s’effritait dans les congrès. Consacrant cette évolution, le physicien néerlandais Hendrik Antoon Lorentz, personnalité majeure de la science internationale, proposa à la deuxième assemblée générale de l’IRC, en juillet 1925, de mettre un terme à l’exclusion : « Nous estimons que le moment est venu de rendre aux efforts scientifiques le caractère d’universalité qu’ils doivent avoir autant que possible, en vertu de la nature de la science » [11] . Cette aspiration à renouer avec la représentation idéalisée d’avant-guerre n’obtint pas la majorité requise des trois quarts des voix. La quarantaine fut donc maintenue.

Émile Picard incarnait entre tous l’irréductibilité de l’hostilité, majoritairement française et belge, au retour à la normale. Conservateur sur le plan politique, il avait fait ses débuts militants dans l’antidreyfusisme. Gendre du mathématicien Charles Hermite et neveu de Joseph Bertrand, Picard avait vécu le siège de Paris en 1870 au cours duquel était mort son père, puis avait perdu trois de ses cinq enfants durant la Grande Guerre : son fils aîné en 1915 au combat, une fille en 1916 comme infirmière, un autre fils en 1924 des suites d’une maladie contractée au front [12] . Les deuils prolongeaient sa guerre au-delà du 11 novembre. Émile Picard affirmait que son opposition à la démobilisation s’inscrivait dans un registre « moral », celui de la guerre du droit, et son argumentaire restait invariablement centré sur la double question des responsabilités allemandes dans le déclenchement des hostilités et des atrocités commises avec l’assentiment des autorités politiques et des élites de la nation. Dans les années 1920, les discours utilisaient encore comme ressort principal la tache indélébile du manifeste signé en 1914 par les quantre-vingt-treize professeurs allemands, et qui les associaient à la responsabilité criminelle de l’État [13] . Picard soulignait ainsi en 1925 que six années formaient « un temps bien court pour jeter un voile sur tant d’actes odieux et criminels, surtout quand aucun regret n’est exprimé » [14] . « Jeter le voile », la métaphore est récurrente chez Picard [15] , rappelant combien l’oubli serait la condition de la reconstitution de la cité scientifique, mais que cet oubli était impossible.

Certes l’ultra Picard n’est pas représentatif des scientifiques français des années 1920. Du moins son inscription de longue durée dans le registre moral – « quoique savants, nous restons hommes » [16]  – était quant à elle une posture intellectuelle très partagée.

Les enjeux de la remobilisation culturelle des scientifiques

Dans la première moitié des années 1920, les institutions scientifiques repoussèrent ainsi durablement la démobilisation culturelle, au moins sur le plan symbolique qui formait le principal enjeu de la mise au ban de la science des vaincus par les vainqueurs. Les modalités de cette sortie de guerre suscitèrent plusieurs développements.

D’abord un « contre-boycott » fut instauré par les organisations incarnant la science allemande. Celles-ci interdirent ainsi à tout Allemand d’entrer en contact avec l’IRC et avec toute instance en relevant. Loin de se montrer attirées par l’entrée au Council, les académies allemandes formulèrent des conditions à leur adhésion, si celle-ci devenait possible. Il faudrait en particulier que l’IRC reconnaisse l’illégitimité des raisons invoquées pour justifier l’exclusion des savants allemands [17] . Ainsi la logique qui avait présidé, dix ans plus tôt, aux invectives échangées autour de l’Appel des 93 demeurait inchangée et les dénégations de responsabilités, comme l’affirmation des iniquités, perduraient. Il est établi que les savants allemands, dans leur majorité peu enclins au soutien de la jeune République de Weimar, formèrent un pôle de résistance aux tentatives de normalisation prônées par leur gouvernement, convaincus que le prestige de la science demeurait le principal bras armé d’une politique culturelle où il ne convenait pas que les politiciens exercent le premier rôle [18] . Ensuite, l’organisation scientifique s’aligna de façon mimétique sur le règlement diplomatique des relations internationales. Par exemple, la conclusion des accords de Rapallo en 1922 entraîna dans son sillage nombre d’occasions scientifiques de réunir Allemands et Soviétiques, les uns et les autres demeurés hors de l’IRC. La lecture littérale du traité de Versailles sous-tendait par ailleurs la ligne de conduite des institutions savantes. Ainsi chaque laboratoire français établit la liste des dettes allemandes dues dans le cadre des réparations : au-delà des aspects financiers, il s’agissait de matériel, d’instruments, de collections de livres et de périodiques [19] . Enfin, l’intervention du politique, en faveur de la démobilisation à partir du pacte de Locarno, en octobre 1925, désavoua l’intransigeance de l’IRC. À l’été 1926, l’IRC supprimait, sous la pression politique, l’article portant exclusion des institutions savantes d’anciennes puissances ennemies et invitait les académies allemandes à adhérer au Council. L’invitation fut rejetée par les universités d’Allemagne et la question fut à l’ordre du jour des relations culturelles internationales jusqu’en 1931. Au terme des douze ans prévus initialement, l’IRC modifia ses statuts en satisfaisant largement aux demandes des académies allemandes. Les unions, organisées sur la base de disciplines, désormais jouèrent un rôle prépondérant au Council qui se transforma en « Conseil international des unions scientifiques », mais ne parvint pourtant pas davantage à susciter l’entrée des organisations allemandes.

Les clivages idéologiques nationaux qui s’exprimaient autour de la sortie culturelle de guerre n’étaient pas sans lien avec la stratification de la communauté. Les enjeux professionnels constituent sans doute un puissant moteur dans les mobiles qui plaident pour ou contre la démobilisation. On peut le lire par exemple dans l’hostilité anglaise au boycott qui se dessine progressivement dans les années 1920, et qui semble autant faire écho à une opposition aux courants dominants de la Royal Society qu’alimenter une indignation morale à l’égard de la réconciliation. Ces critiques exprimaient le rejet du poids de la tutelle académique sur la vie scientifique. La volonté démobilisatrice s’apparentait ainsi à une professionnalisation de l’activité des chercheurs, qui cherchaient à échapper de plus en plus aux modes de gouvernement traditionnels d’une « science sous contrôle » - par opposition aux nostalgiques des cénacles scientifiques d’un XIXe siècle, encore favorables à un gouvernement des élites et à une régulation politique par les institutions académiques .

Autre manifestation de la stratification symbolique de la science, les études de la population Nobel ont montré la force du leadership exercé par une étroite élite internationale dotée d’une grande notoriété. Deux facteurs pourraient plaider en faveur du rôle démobilisateur de cette élite. D’une part, l’importance des relations interpersonnelles développées au sein de ces étroits collèges qui formaient le cœur des relations d’avant-guerre. En témoigne la reprise dès 1921 des conseils Solvay de physique et de chimie, congrès restreints et fermés d’influence scientifique incontestable. D’autre part, le rôle de véritables emblèmes de la science « au-dessus de la mêlée », dont Marie Curie, et plus encore Albert Einstein dans les années 1920, étaient l’archétype. Pourtant, si les convictions pacifistes d’Einstein, comme son militantisme personnel en faveur de la reprise des relations scientifiques, ne font aucun doute, l’usage de cette « icône » par la communauté est plus qu’ambigu. Les lieux communs répandus sur l’incertitude de son identité nationale, suisse ou allemande, compliquée de sa judéité [20] , alimentèrent nombre de débats publics – en particulier lorsqu’il reçut le prix Nobel de physique en novembre 1922 – qui, conjugués à la dénonciation qu’il avait faite du pangermanisme pendant la guerre (il était l’un des rares savants en Allemagne à ne pas avoir signé l’Appel des 93), provoquèrent son intrumentalisation par tous les camps. Si Einstein put apparaître comme une figure pacifiste et par conséquent un solide vecteur de démobilisation, les partisans français du boycott purent aussi jouer Einstein contre l’Allemagne et se montrer favorables à sa très médiatique tournée de conférences à Paris en 1922, à l’invitation de Paul Langevin et du Collège de France. Parallèlement, les responsables de la politique étrangère allemande faisaient du physicien un agent culturel qu’il convenait de retenir à tout prix dans l’orbite germanique. Le jeu de la Commission internationale de coopération intellectuelle installée en 1922 par la Société des Nations à Genève, sous la présidence de Bergson, confirma ce statut ambivalent. Le philosophe français n’eut de cesse de faire entrer Einstein dans cette institution élitiste, collège consultatif de douze « esprits éminents » dont le physicien devait fournir à la fois la caution de l’excellence et la preuve, à peu de frais, de l’esprit de réconciliation nationale de la SDN. Bergson écrivait ainsi à Einstein en 1925 : « Jamais, depuis que notre Commission existe, il n’a été question de mettre de côté la science allemande. Quand on créa cette Commission, on s’adressa – quoique l’Allemagne ne fît pas partie de la Société des Nations (SDN) – à un grand physicien allemand pour qu’il en fît partie » [21] . Einstein, qui n’avait pas de mandat pour représenter la « science allemande », sceptique sur l’efficacité de telles institutions régulatrices, fut absent lors de la première séance, et démissionna ensuite à deux reprises, mais fut par deux fois réintégré sous la pression de la Commission. Bergson adopta pour principe d’éviter toute question susceptible de diviser l’institution internationale [22] . Le thème de la reprise des relations avec les Allemands fut ainsi soigneusement occulté et la présence d’Einstein demeura une caution qui ne servit nulle finalité.

Les étroits collèges de la science internationale ne constituèrent finalement pas le moteur attendu de la démobilisation. Elisabeth Crawford, au terme de ses études attestant le poids des enjeux universitaires nationaux sur les nominations aux prix Nobel, va plus loin : « Tandis que la plupart des activités des différentes sphères coopératives connaissent un indéniable retour à la normale après 1926, les échanges d’honneurs à travers les nominations aux Nobel continuent à refléter, pendant les années 1930 et sans doute encore au-delà, les codes du temps de guerre » [23] .

Le mythe d’une science pure : de la mobilisation pour la patrie à la mobilisation pour la science

Complémentaire du mythe de la science neutre et coopérative, un autre mode de représentation de l’activité scientifique hérité du XIXe siècle la fait obéir à des mobiles qui lui sont propres et suivre, dans la longue durée, un processus autonome de développement fondé sur la méthode, la raison et l’aspiration à la connaissance. Selon cette perspective, l’activité de recherche pour la guerre relève à l’inverse de finalités et de contraintes qui sont extérieures à la science, elle obéit à une organisation et à des acteurs qui lui sont imposés, elle se soumet au primat accordé à la technique et au diktat des applications, et ses temporalités – en particulier celle de l’urgence – sont étrangères à son fonctionnement propre. Dans cette perspective, les guerres sont interprétées comme des obstacles au déroulement harmonieux de l’activité savante, et comme des parenthèses vouées à être refermées au plus tôt. Une démobilisation accomplie est ainsi censée sonner l’heure du retour à l’autonomie savante, à la liberté individuelle de recherche, au laboratoire indifférent à l’agitation du monde. Une telle conception de la sortie de guerre ne tenait pas compte du fait que, sur le plan organisationnel autant que cognitif, la mobilisation avait induit des transformations structurelles affectant la pratique des sciences.

Dans ce cadre, le premier des enjeux de la démobilisation touchait le lien entre le savant et le militaire, qui devait se dénouer pour le retour à la « science normale ». La Grande Guerre, qui fut un temps de véritables transformations techniques, n’a pas connu d’authentique mutation scientifique : elle n’était qu’une « engineer’s war », selon la formule de Lloyd George. Les sciences appliquées au champ de bataille s’inscrivirent dans la continuité des « sciences pour la guerre » confiées depuis plusieurs siècles aux ingénieurs : elles étaient le fruit des divers génies associés aux « armes savantes », à la chimie, à la physique, à la mécanique, mobilisées pour la défense nationale dans les conflits du dernier demi-siècle [24] . En 1914-1918, les sciences de l’ingénieur fournirent ainsi des savoirs conçus comme un moyen direct pour gagner les batailles, qui exigeait de nouvelles pratiques collaboratives, visibles dans la multiplicité des disciplines qui étaient engagées dans un même domaine militaire. Cet objectif posait la question complexe de l’intégration des scientifiques à l’appareil militaire et du rôle qui leur était confié dans la conception d’innovations conceptuelles et productrices. Les communautés professionnelles se firent l’écho d’un leitmotiv : le mésusage des savoirs et des expertises scientifiques, par des autorités militaires et politiques conservatrices, incapables de faire l’effort intellectuel et stratégique d’assimiler des compétences civiles dans leurs structures organiques et, au-delà, réticentes à introduire la science dans le processus d’innovation industriel et militaire. Si cette critique savante du militaire fut longtemps relayée par les historiens, le regard est plus nuancé aujourd’hui. Ainsi que David Edgerton l’a souligné, les financements militaires de la recherche scientifique furent très importants dès avant la Grande Guerre, et prirent ensuite largement le pas sur les financements civils [25] . En Grande-Bretagne par exemple, la politique des « services departments » fut développée avant 1914 et des investissements émanèrent des « special supply ministries » créés pendant la Grande Guerre, en particulier le Ministry of Munitions. Ces agences finançaient les recherches au sein de leurs propres laboratoires, mais aussi dans des entreprises privées orientées vers la production pour l’armée. Ils furent à l’origine d’une recherche militaire dans laquelle les scientifiques furent largement impliqués. Ils y entraient sur la base de contrats temporaires, et y jouaient le rôle de conseils en matière de développement d’armes nouvelles, ou bien de recherche opérationnelle – quand il ne s’agissait pas, comme aux États-Unis, de grands laboratoires de recherche universitaire financés par les institutions militaires.

Sur la base de ces nouvelles pratiques collaboratives et de cette rencontre organisationnelle entre science et défense, on comprend pourquoi la rupture entre scientifiques et militaires n’a été que partielle après le conflit. Un exemple devenu classique est fourni par Paul Langevin, en qui coexistent l’intellectuel progressiste, aux convictions pacifistes déclarées, et le scientifique entrepreneur. Pionnier de la détection sous-marine et maître d’œuvre d’une étroite collaboration avec l’appareil militaire dans son laboratoire de Toulon pendant le conflit, il poursuivit dans les années 1920 son effort scientifique à vocation militaire au profit de l’innovation dans la Marine, notamment dans la longue bataille des brevets qu’il mena en Angleterre et aux États-Unis [26] . Langevin, dans les années 1920, est emblématique des liaisons qui n’ont pas été dénouées entre intérêts scientifiques, industriels et militaires et dont la trame est, en continuum avec la guerre, la collaboration avec la Marine. Il peut, en même temps et dans un autre registre d’intervention, plaider pour la démobilisation culturelle qu’il nourrit de ses engagements pacifiste, socialiste, internationaliste, dénonçant à la Ligue des droits de l’homme « la préparation de guerres scientifiques nouvelles, la prostitution de la science à la guerre », selon sa célèbre formule de 1925 [27] .

Deuxième enjeu de cette sortie de guerre scientifique : la place nouvellement dévolue à la science dans la société. La contribution de la science au conflit pouvait être un puissant levier pour la reconnaissance de son rôle dans l’après-guerre. Les circonstances étaient dans cette mesure perçues par les scientifiques comme un temps de bouleversement propice à l’application des réformes dont beaucoup avaient été pensées depuis la fin du XIXe siècle. La recomposition des relations entre science et industrie, inspirée par le modèle allemand d’avant-guerre qui avait durablement fasciné les Alliés, figurait au premier rang de ces projets dont l’accomplissement allait être facilité par le conflit. Plus largement, dès 1916, la plupart des revues scientifiques centraient d’ores et déjà leur intérêt sur la réorganisation de la science après la victoire supposée. Elles en appelaient à des efforts significatifs de financement, malgré la réduction drastique des budgets militaires et la reconversion des économies. Ces efforts vinrent de la philanthropie internationale, qui telle la Rockefeller Institution avait, à la faveur de la guerre, profondément pris pied en Europe. Ils vinrent aussi de l’engagement de l’État pour la recherche, car même dans les pays les plus libéraux, l’idéologie de la science nationale avait changé la donne. La guerre avait ainsi rehaussé la légitimité du rôle des scientifiques dans la société et conforté leur statut. Par exemple, en juin 1919, pour la première fois, en rupture avec sa tradition d’indépendance académique et financière, l’université d’Oxford se portait candidate à l’attribution de subsides gouvernementaux, qu’elle obtint en vertu de la contribution qu’elle avait fournie à l’effort de guerre. À la faveur de la sortie de guerre, on passa souvent ainsi en toute continuité du discours de mobilisation pour la patrie au discours de mobilisation pour la science, dont les fruits arriveront à maturité lors du conflit suivant.

Le mythe d’une science morale

La démobilisation savante était enfin comptable d’une troisième représentation de la science : celle de sa moralité, elle aussi porteuse de plusieurs héritages. Dans le sillage de Condorcet avait été affirmé le lien indissoluble entre la connaissance et l’action juste, selon lequel les sciences déterminent chez l’homme le progrès moral. Ce legs s’était enrichi de la dimension de leur utilité au bien de l’humanité, dont avait témoigné par exemple le pastorisme. Les nouvelles formes d’engagement savant dans le dreyfusisme avaient enfin renforcé la morale laïque d’une science au service de la vérité, mot d’ordre transformé sans rupture pendant la guerre, contre le mensonge, pour le savoir et pour la patrie [28] . La sortie de guerre offrit l’occasion d’une réflexion sur l’insertion nouvelle de la science dans cette économie morale, dont les représentations étaient désormais équivoques. La question de la « science homicide », selon la formule de l’historien français Jules Isaac, en fournit le thème.

Le refus d’incriminer la science au nom des développements mortifères qu’elle avait suscités fut sans doute l’attitude la plus courante. Ainsi par exemple le Britannique J.B.S. Haldane – un des fondateurs de la biologie moderne de l’évolution, ancien combattant deux fois blessé dans la Grande Guerre, et qui avait expérimenté nombre d’agents chimiques avec son père, John Scott Haldane, le physiologiste de la respiration – pouvait défendre dans des publications très populaires la légitimité de la guerre chimique. Elle n’était selon lui pas plus condamnable que le déluge de feu de l’artillerie. Dans l’avenir, à ses yeux, les gaz toxiques seraient stratégiquement plus décisifs que les armes classiques, et on pouvait défendre leur emploi « sur la base de raisons humanitaires » : ils invalidaient temporairement et causaient relativement peu de morts [29] . Finalement, la science civilisait la guerre.

De fait, rares furent ceux qui, comme Jules Isaac en 1922, mirent en accusation les responsabilités scientifiques dans le désastre humain causé par la guerre : « Nous venons de faire pour la première fois l’expérience de ce qu’est la guerre scientifique. […] Si la guerre a tourné en catastrophe, c’est à la Science qu’il faut s’en prendre, et à elle seule. Par elle, la capacité homicide et destructive de la guerre s’est trouvée décuplée, centuplée : qui fera le compte des deuils, des infirmités visibles et secrètes – celles-ci étant parfois les pires –, des misères, des ruines accumulées en ces quatre ans ? Par elle, la guerre est devenue le plus nocif des fléaux, dans le même temps que, par elle, la civilisation était devenue le plus fragile des organismes » [30] . Encore ces mises en cause de la science épargnaient-elles toutefois le savant, que l’on supposait doué d’une vraie autonomie intellectuelle, et dont la responsabilité individuelle demeurait subsidiaire, comme l’attesta par exemple le prix Nobel remis finalement à Fritz Haber en 1918 [31] . « La science est profondément indifférente à la manière dont nous pouvons l’utiliser », répondait le doyen de la faculté des sciences de Paris aux attaques sur la science homicide [32] . Dans cette mesure, le conflit favorisa le retour aux discours idéalisés sur la science pure, indépendante de tout intérêt, élaborée dans un espace intellectuel neutre et ne visant qu’à la recherche de la vérité. Bertrand Russell faisait finalement figure de marginal quand il écrivait en 1926 que la science était devenue politiquement conservatrice. Au contraire, en analysant au début des années 1930 le parcours effectué par les savants de la Grande Guerre « de la science à la défense nationale », le physicien Jean Perrin, militant socialiste, pouvait réaffirmer avec quiétude les vertus progressistes de la science au fondement de la civilisation moderne et rappeler qu’il incombait aux seuls politiques d’empêcher que « la puissance humaine démesurément accrue se transforme en cause de ruine, de guerre et de mort » [33] .

On a tenté de montrer ici que l’horizon d’attente de la sortie de guerre des savants était façonné par des représentations de l’activité scientifique – coopérative, pure, morale – développées dans la seconde moitié du XIXe siècle et qui déterminaient la mesure des succès ou des échecs de la démobilisation, au moins sur le plan symbolique. Il faudrait ajouter que les interprétations historiennes du processus par lequel les savants abandonnent, à des rythmes variés, leur engagement exclusif pour la guerre sont sans doute aussi tributaires des visions rétrospectives de la science qui ont été élaborées au mitan du XXe siècle. D’abord, la Seconde guerre mondiale est passée par là : l’aveu de culpabilité du fer de lance du Manhattan Project, Oppenheimer – « les physiciens ont connu le péché » – est devenu emblématique d’une conception du savant, celui qui met la question de sa responsabilité morale au cœur de son intervention [34] . En outre, il est devenu habituel de faire du déchaînement de la guerre chimique des années 1915-1918 le point de départ du désenchantement du regard porté au XXe siècle sur la science ; non seulement celle-ci ne tenait plus toutes ses promesses, comme l’avait souligné Brunetière dès 1895, mais elle pouvait même mener au pire, à l’opposé même des certitudes progressistes qu’elle avait portées pendant des décennies. Or, pour comprendre la démobilisation culturelle de la Grande Guerre, il est nécessaire de se déprendre de ce regard rétrospectif passé au crible du conflit suivant et de la guerre froide. Pour les savants de 1914, l’immoralité n’était pas dans l’usage belliqueux des applications de la science, mais elle résidait dans le dévoiement des scientifiques caporalisés au service de l’État ennemi, caution du déclenchement des hostilités et des atrocités. Ce postulat détermina largement les modalités de la conversion idéologique de la guerre à la paix. Le regard décalé d’Einstein le mettait en valeur en 1922 dans sa correspondance avec Romain Rolland : « Ici [à Berlin] comme à Paris, on est fermement convaincu qu’il y a un rapport de cause à effet entre guerre et ‘‘culpabilité’’ ; il ne sera pas facile d’en sortir » [35] . Au-delà, qu’elles traduisent un basculement brutal ou bien un lent dégagement hors du conflit, les séquences intriquées du passage de la guerre à la paix, comme le feuilletage des attitudes possibles, au sein des groupes sociaux et parfois chez les mêmes individus, mettent en valeur combien l’alternative bellicisme / pacifisme est pauvre pour rendre compte de la façon dont une société entre dans la guerre ou s’en défait.

Notes :

[1] John Horne (ed.), State, Society and mobilization in Europe during the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 1997.

[2] Voir John Horne (dir.), « Démobilisations culturelles après la Grande Guerre », dossier de 14-18 Aujourd’hui. Today. Heute, Paris, Éditions Noesis, 2002 ; Bruno Cabanes, « Sortir de la Première guerre mondiale (1918-début des années 1920) », dans Bruno Cabanes et Édouard Husson (dir.), Les sociétés en guerre 1911-1946, Paris, Armand Colin, 2003, p. 79-97 ; Bruno Cabanes, La victoire endeuillée. La sortie de guerre des soldats français (1918-1920), Paris, Éditions du Seuil, 2004 ; Yaël Dagan, « La Nouvelle Revue française de la guerre à la paix, 1914-1925, mobilisations et démobilisations culturelles », thèse de doctorat d’histoire, Paris, EHESS, 2005.

[3] Voir les propositions de John Krige et Dominique Pestre (eds.), Science in the twentieth century, Amsterdam, Harwood Academic Publishers, 1997, p. 175-198, et Dominique Pestre, Introduction à l’histoire des sciences, Paris, La Découverte, 2006.

[4] Anne Rasmussen, « L’Internationale scientifique 1890-1914 », thèse de doctorat d’histoire, Paris, EHESS, 1995.

[5] Selon le titre du livre de Maurice Crosland consacré à l’Académie des sciences française jusqu’en 1914 : Science under control. The French Academy of Sciences 1795-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1992.

[6] Ces travaux restent fondateurs sur le sujet et n’ont pas été remplacés : Les scientifiques et la paix. La communauté scientifique internationale au cours des années vingt, Montréal, Presses de l’université de Montréal, 1978 et « Pas de Locarno pour la science. La coopération scientifique internationale et la politique étrangère des États pendant l’entre-deux-guerres », Relations internationales, 46, 1986, p. 173-194.

[7] « La conférence interalliée des académies scientifiques à Londres », Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences [CRAS], t. 167, 17, octobre 1918, p. 566 ; « La deuxième conférence interalliée des académies scientifiques, CRAS, t. 167, 24, décembre 1918, p. 933-941.

[8] Archives de l’Académie des sciences, Fonds Émile Picard, carton 1733. Voir Anne Rasmussen, « La "science française" dans la guerre des manifestes », Mots. Les langages du politique, 76, 2004, p. 9-23.

[9] Times, Londres, 14 octobre 1919.

[10] Archives de l’Académie des sciences, Paris, Comité secret du 29 décembre 1919.

[11] Cité par Frank Greenaway, Science International. A History of the International Council of Scientific Unions, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, p. 30.

[12] Louis de Broglie, Savants et découvertes, Paris, Albin Michel, 1951, p. 165-167.

[13] Anne Rasmussen, « La "science française" dans la guerre des manifestes », Mots. Les langages du politique, N°7, novembre 2004.

[14] IRC. Third Assembly, Brussels, 1925. Reports of proceedings, Londres, 1925, p. 18. Cité par Brigitte Schroeder-Gudehus, « Pas de Locarno pour la science » , op. cit., p. 183.

[15] Par exemple : « Vous aurez à voir un jour à quelles conditions et dans quelle mesure il conviendra de jeter un voile sur le passé », IRC. Third Assembly, Brussels, 1925. Reports of proceedings, Londres, 1925, p. 212.

[16] « La conférence interalliée des académies scientifiques à Londres », octobre 1918, p. 570. 

[17] Pour tout ce paragraphe, voir Brigitte Schroeder-Gudehus, « Pas de Locarno pour la science » , op. cit.

[18] Cf Paul Forman, « Scientific Internationalism and the Weimar Physicists », Isis, 64, 1973, p. 151-180.

[19] Dominique Pestre, Physique et physiciens en France 1918-1940, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2e éd. 1992, p. 151.

[20] Einstein, allemand de naissance, avait obtenu la nationalité suisse en 1901. Nommé professeur à Berlin en 1913, il avait alors refusé de reprendre la nationalité allemande, puis l’avait acceptée en 1919 lors de l’avènement de la République de Weimar. Cf Michel Biezunski, Einstein à Paris, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1991, chapitre 1.

[21] Lettre de Henri Bergson à Albert Einstein, 15 juillet 1925, dans Albert Einstein, Œuvres choisies. Vol. 4 : correspondances françaises, présentées par M. Biezunski, Paris, Éditions du Seuil-Éditions du CNRS, 1989, p. 41.

[22] Voir à ce sujet Philippe Soulez et Frédéric Worms, Bergson, Paris, Flammarion, 1997.

[23] Elisabeth Crawford, Nationalism and Internationalism in Science. 1880-1939. Four Studies of the Nobel Population, Cambridge, Cambridge University Press, 1992.

[24] Anne Rasmussen, « Mobiliser, remobiliser, démobiliser : les formes d’investissement scientifique en France dans la Grande Guerre », numéro « Le sabre et l’éprouvette. L’invention d’une science de guerre 1914-1939 », 14-18 Aujourd’hui, today, heute, Paris, Éditions Noesis, 2003, p. 49-59 ; et pour une comparaison avec la Seconde guerre mondiale, Amy Dahan et Dominique Pestre (dir.), Les sciences pour la guerre, 1940-1960, Paris, Éditions de l’EHESS, 2004.

[25] David Edgerton, « British Scientific Intellectuals and the Relations of Science, Technology and War », dans Paul Forman, J.M. Sánchez-Ron (eds.), National Military Establishments and the Advancement of Science and Technology. Studies in the 20th Century History, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 1996, p. 1-35 ; Sébastien Soubiran, «De l’utilisation contingente des scientifiques dans les systèmes d’innovation dans les marines française et britannique entre les deux guerres mondiales», thèse de doctorat d’histoire des sciences, université Paris 7, 2002.

[26] Benoit Lelong, « Paul Langevin et la détection sous-marine, 1914-1929. Un physicien acteur de l’innovation industrielle et militaire », Épistémologiques, 1, 3-4, 2001, p. 205-231.

[27] Bernadette Bensaude-Vincent, Langevin. Science et vigilance, Paris, Belin, 1987, p. 111.

[28] Yves Jeanneret, Écrire la science. Formes et enjeux de la vulgarisation, Paris, PUF, 1994, p. 43-51 ; Vincent Duclert, « L’engagement scientifique et l’intellectuel démocratique. Le sens de l’affaire Dreyfus », Politix, « Les savants et le politique », 48, 1999, p. 71-94.

[29] John Burdon Sanderson Haldane, Callinicus : A Defence of Chemical Warfare, Londres, Kegan Paul & Co, 1925. Voir Stephen J. Gould, « Haldane et la guerre chimique », Alliage, 52, 2002, p. 35-47.

[30] Jules Isaac, Paradoxe sur la science homicide [1922], réédition dans Alliage, 52, 2002, p. 84.

[31] Dietrich Stoltzenberg, Fritz Haber. Chemist, Nobel Laureate, German, Jew, Philadelphia, Chemical Heritage Press, 2004.

[32] Cité dans Jules Isaac, Paradoxe sur la science homicide, op. cit., p. 87.

[33] Jean Perrin, « Présentation », dans Paul Painlevé, De la science à la défense nationale : discours et fragments, Paris, Calmann-Lévy, 1931, p. XIX-XX.

[34] Jean-Jacques Salomon, Les Scientifiques entre pouvoir et savoir, Paris, Albin Michel, 2006, p. 236-248.

[35] Lettre d’Albert Einstein à Romain Rolland, 19 avril 1922, dans Albert Einstein, Œuvres choisies. Vol. 4…, op. cit., p. 266.

Anne Rasmussen

Anne Rasmussen, maître de conférences à l’université Louis Pasteur - Strasbourg 1, consacre ses recherches à l’histoire sociale et culturelle des sciences aux XIXe et XXe siècles, en particulier aux relations entre sciences et guerre et au domaine de la médecine et de la santé publique.

Mots clefs : Démobilisation culturelle ; scientifiques ; Grande Guerre ; académies ; représentation de la science

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Stuart Bergerson, Leonard Schmieding (dir.), Ruptures in the Everyday. Views of Modern Germany from the Ground,
  • L’ouvrage édité par Andrew Bergerson et Leonard Schmieding est (...)
  • lire la suite
  • Camille, film réalisé par Boris Lojkine (2019)
  • Le 12 mai 2014, la photographe de guerre et journaliste Camille (...)
  • lire la suite
  • Le Traître, film réalisé par Marco Bellocchio (2019)
  • Cette fiction dresse un portrait du mafieux Tommaso Buscetta, (...)
  • lire la suite
  • • Fabrice Grenard, Florent Le Bot et Cédric Perrin, Histoire économique de Vichy. L’État, les hommes, les entreprises,
  • Il n’existait pas de vraie synthèse sur l’histoire économique (...)
  • lire la suite
  • • Sylvain Dufraisse, Les Héros du sport. Une histoire des champions soviétiques (années 1930 – années 1980),
  • Les héros du sport, une histoire des champions soviétiques, (...)
  • lire la suite
  • • Steven High, Lachlan MacKinnon, Andrew Perchard (dir.), The Deindustrialized World. Confronting Ruination in Postindustrial Places,
  • Depuis plus d’une quinzaine d’années[1], une cohorte de chercheurs en (...)
  • lire la suite
  • • Pierre Mendès France, Écrits de résistance,
  • Le volume s’ouvre bien sûr par le récit Liberté, liberté chérie, écrit (...)
  • lire la suite
  • • Audrey Célestine, La Fabrique des identités. L’encadrement politique des minorités caribéennes à Paris et New York,
  • Dans cet ouvrage issu de sa thèse de doctorat, la politiste (...)
  • lire la suite
  • • Genre et résistances en Europe du Sud
  • L’ouvrage La Résistance à l’épreuve du genre dirigé par (...)
  • lire la suite
  • • Benoît Agnès, L’appel au pouvoir : les pétitions aux Parlements en France et au Royaume-Uni (1814-1848),
  • Dans cette version publiée de sa thèse soutenue en 2009 (...)
  • lire la suite
  • • Walter Badier, Alexandre Ribot et la République modérée. Formation et ascension d’un homme politique libéral (1858-1895),
  • Alexandre Ribot (1842-1923) a été cinq fois président du (...)
  • lire la suite
  • • Ilvo Diamanti, Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties,
  • Tenter d’imposer un néologisme en science politique n’est jamais (...)
  • lire la suite
  • • Élise Roullaud, Contester l’Europe agricole. La Confédération paysanne à l’épreuve de la PAC,
  • Depuis plusieurs décennies, l’étude du syndicalisme agricole et celle (...)
  • lire la suite
  • • Romain Robinet, La révolution mexicaine, une histoire étudiante,
  • Romain Robinet, maître de conférences à l’université d’Angers, place (...)
  • lire la suite
  • • Gilles Vergnon, Un enfant est lynché. L’affaire Gignoux, 1937,
  • En 1922, dans son roman Silbermann, qui reçoit le prix (...)
  • lire la suite
  • • États et sociétés durant la Première Guerre mondiale
  • Sylvain Bertschy, Philippe Salson (dir.), (...)
  • lire la suite
  • • Jean-Yves Mollier, L’âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980,
  • L’introduction du livre de Jean-Yves Mollier pose clairement une (...)
  • lire la suite
  • • Jaime M. Pensado & Enrique C. Ochoa, México Beyond 1968 : Revolutionaries, Radicals and Repression During the Global Sixties and Subversive Seventies
  • Le livre dirigé par Jaime M. Pensado et Enrique C. Ochoa (...)
  • lire la suite
  • • Expériences adolescentes et enfantines de la Grande Guerre, au front et à l’arrière
  • Manon Pignot, L’appel de la guerre, Des adolescents au combat, 1914-1918, Paris, (...)
  • lire la suite
  • • Michael Foessel, Récidive 1938,
  • « À propos des débats sur le retour des années 1930, (...)
  • lire la suite
  • • Sylvain Brunier, Le bonheur dans la modernité. Conseillers agricoles et agriculteurs (1945-1985),
  • L’ouvrage de Sylvain Brunier procède du remaniement profond de (...)
  • lire la suite
  • • Massimo Asta, Girolamo Li Causi, un rivoluzionario del Novecento. 1896-1977,
  • Girolamo Li Causi (1896-1977) fut un dirigeant du Parti (...)
  • lire la suite
  • • Christine Mussard, L’obsession communale. La Calle, un territoire de colonisation dans l’Est algérien, 1884-1957,
  • Christine Mussard consacre une monographie dense et vivante, issue (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670