Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Sorties de guerre au XXe siècle

Coordination : Bruno Cabanes et Guillaume Piketty

1918-1920, des tranchées aux stades. Quelques éclairages sur la sortie de guerre des sportifs français et des fédérations de football européennes

Paul Dietschy
Résumé :

Depuis le début du mois d’août 1914, les périodiques et les fédérations dédiés au sport, ont contribué à alimenter une culture de guerre animée par l’esprit de croisade. (...)

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A l’été 1914, plus de 1,5 million de Français étaient affiliés par le biais d’une société sportive, de tir ou de gymnastique à une fédération régissant les choses du sport, de l’éducation physique et de la préparation militaire [1]  . Si l’on ne peut considérer que ces adeptes de l’exercice physique aient constitué une catégorie sociale en soi et si les activités athlétiques entraient en part variable dans la construction des identités individuelles et collectives des populations masculines d’un pays encore majoritairement rural, le sport propose malgré tout un point d’observation original de l’évolution politique, culturelle et sociale de la France et de l’Europe en guerre. Les multiples réseaux de sociabilité qu’il avait contribué à tisser ainsi que le secteur émergent de la presse et de l’édition auquel il avait donné naissance résistèrent en effet à la désorganisation provoquée par les premiers mois de la guerre. Et, tout au long du conflit, le monde du sport apporta sa contribution à l’effort de guerre et à la production de représentations donnant un sens à celui-ci. Ainsi, les milieux sportifs ont participé à l’élaboration de la « culture de guerre » d’abord dans l’acception générale de l’expression donnée par Antoine Prost comme « l’ensemble des formes discursives au travers desquelles les contemporains ont compris le monde en guerre dans lequel ils vivaient » [2] . Ils apportèrent aussi leur pierre à la construction d’un ensemble de représentations « indissociable d’une spectaculaire prégnance de la haine à l’égard de l’adversaire » pour reprendre l’interprétation de la culture de guerre proposée par Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker [3] . Ils se firent enfin les promoteurs de pratiques culturelles importées d’outre-Manche situées aux confins de la culture populaire et de la culture de masse. C’était le cas du sport-spectacle et en particulier du football professionnel, passion éminemment prolétaire qui subit le feu d’une campagne patriotique et moralisatrice dès le début du conflit en Angleterre, parce qu’elle paraissait détourner les ouvriers de leur devoir patriotique [4] .

En tout cas, après avoir cessé de paraître, les périodiques sportifs tels que le quotidien L’Auto, les revues Sporting et La Vie au grand air, sans oublier toute une floraison de publications provinciales, reprirent vie et déclinèrent parfois ad nauseam une certaine lecture de la guerre, celle du « grand match » qu’il fallait remporter, en soignant le style et la beauté du geste, contre un ennemi dont la caractéristique majeure était de toujours outrepasser les règles du jeu et l’esprit du fair-play, poncif également développé au Royaume-Uni puis en Italie [5] . Ces publications rendaient aussi compte d’une guerre particulière, celle des sportifs. C’était la guerre des champions surreprésentés, à l’image d’un Jean Bouin et à l’instar des élites intellectuelles, dans l’hécatombe de l’été et de l’automne 1914, mais aussi dans la guerre aérienne à partir de 1916. C’était aussi la guerre des sportifs néophytes, ruraux et urbains, qui découvrirent les « joies » du football-association au dépôt puis au front, ou des jeunes générations bourgeoises pour qui la pratique du sport aux heures de repos ou en permission, offrait une échappatoire à la violence de guerre par le retour temporaire aux loisirs des temps de paix, quand elle ne devenait pas le prolongement de l’agressivité extrême propre au conflit. Enfin, la guerre des sportifs consista aussi en un front intérieur sur lequel les fédérations antagonistes se disputaient l’agrément et les subsides de l’Etat et l’hégémonie à venir sur le champ du sport.

Poser la question de la sortie de guerre des sportifs français, c’est donc interroger cette histoire singulière et les représentations formalisées et diffusées par la presse et les organisations sportives, représentations qui, dès l’avant-guerre, avaient inventé des champions « nationaux » comme Georges Carpentier et proposé une lecture et une idéalisation originale du territoire français avec le Tour de France [6] . De plus, l’esprit du sport de la Belle Epoque mêlait le national au cosmopolite dans une culture sportive reposant sur un équilibre instable entre internationalisme et choc des nations. Le glissement de l’affrontement pacifique des « armées sportives » à la guerre réelle rencontra peu d’obstacles, même s’il serait abusif, comme le fait remarquer Marcel Spivak, de considérer que les contre-performances françaises aux derniers Jeux olympiques d’avant-guerre, ceux de Stockholm en 1912, aient provoqué « une véritable consternation dans le pays » [7] ou suscité un véritable sursaut sportif patriotique. Celui-ci fut circonscrit à quelques cercles agissants du sport et du nationalisme français [8] .

Quoi qu’il en soit, lire cette histoire parallèle du conflit qu’est celle du sport en temps de guerre, et, pour ce qui nous concerne ici, revenir sur la sortie de guerre des milieux sportifs, c’est interroger l’état d’esprit des représentants des centaines de milliers de Français adeptes du sport comme pratique physique et culturelle. Et ce, dans une période courant de l’été 1918 à la fin de l’année 1920 marquée, pour reprendre les propos de Bruno Cabanes, « d’abord, par sa violence » [9] , ensuite par une démobilisation douloureuse. En d’autres termes, il s’agit en premier lieu de déterminer si les milieux sportifs ont été animés par le fort ressentiment animant les combattants de la Grande Guerre à l’égard de l’ennemi. Plus encore, ont-ils eux-mêmes contribué à renforcer ce sentiment, voire même à le prolonger dans le domaine des relations sportives internationales en 1919-1920 ? Le retour à la paix fut aussi un moment de reclassement auquel les milieux sportifs n’échappèrent pas : on peut se demander si la démobilisation du « sport de guerre » ne dévoile pas avant tout les bouleversements culturels et sociaux qui accompagnèrent le premier conflit mondial.

Les réponses que nous tenterons d’apporter ne se veulent pas exhaustives : elles prétendent seulement proposer quelques éclairages rendant compte dans quel état d’esprit et avec quels objectifs les milieux sportifs français sont sortis de la guerre. De plus, elles concerneront essentiellement la grande presse sportive avec L’Auto, la direction des organisations sportives et le sport-roi de la guerre : le football-association.

L’Auto, Henri Desgrange et le ressentiment à l’égard du « Boche »

Après une interruption de deux mois, le quotidien dirigé par le créateur du Tour de France, Henri Desgrange, reprit son activité le 1er novembre 1914. Le terme « activité » doit être entendu dans son sens plein puisque, tout au long du conflit, L’Auto publia non seulement les nouvelles de la guerre et du sport pratiqué au front, dans les camps de prisonniers et à l’arrière, mais mit également sur pied, dès l’automne 1914, un « Comité d’éducation physique » censé préparer les jeunes classes à l’instruction, auquel s’inscrivit notamment le jeune Henry de Montherlant. Le quotidien lança aussi une souscription, « L’Œuvre du ballon », dont le but était d’offrir des chambres à air et des enveloppes de cuir aux soldats français afin qu’ils puissent jouer au football. Surtout, Henri Desgrange se porta volontaire et, la cinquantaine passée, partit au front d’où il continua à rédiger, à partir d’avril 1917, des éditoriaux signés du pseudonyme transparent de Desgrenier. Même si, dans l’avant-guerre, Desgrange s’était fait le héraut d’un nationalisme défensif d’inspiration nettement barrèsienne qui fut exacerbé par l’invasion allemande, ces textes proposent le point de vue d’une personnalité placée aux confins des mondes sportif, politique, littéraire et industriel (L’Auto étant aussi le quotidien de l’industrie de l’automobile et du cycle) engagée dans le conflit.

A l’annonce de la violation de la neutralité belge, le directeur de L’Auto avait déjà décrété le 3 août 1914 que « les Prussiens [étaient] des salauds » pour inviter ses lecteurs à disputer « le grand match » de la guerre. Presque quatre ans plus tard, il ne s’agissait plus de s’indigner de manière restrictive ; désormais les réflexions de Desgrange étaient empreintes d’un ressentiment total à l’égard de l’ennemi, dirigeants et peuples confondus, désigné comme « allemand » et bien sûr « boche », alors qu’avec la reprise de la guerre de mouvement, le sort de la guerre se jouait. Le ressentiment s’exprima surtout dans la prose de Desgrange par la réification ou l’animalisation de l’ennemi, procédé qu’employaient aussi les caricatures parues à partir de l’automne 1914 et qui représentaient les soldats allemands et leurs supérieurs en ballons que se renvoyaient à coups de pied les soldats-footballeurs alliés [10] . Il n’y avait là rien d’extraordinaire, puisque ce parti pris puisait dans l’esprit de croisade développé pendant la Première guerre mondiale. Au printemps 1918, la description des opérations et les invectives lancées aux « Boches » dénotaient chez Desgrange un désir d’en finir définitivement avec « eux », souvent empreint d’« une véritable pulsion "exterminatrice" » [11] . Le 10 juin 1918, Desgrange décrivait en ces termes une attaque allemande arrêtée par les Poilus sur une colline du Bassin parisien: « Nos hommes - écrivait-il - les abattent comme des bêtes malfaisantes. "Tiens ! dit l’un d’entre eux en déchargeant son fusil sur le Boche, Tiens ! attrape ! voilà pour toi" Et un autre coup de fusil ! : "Ah ! tu as tué mon frère, voilà pour toi ! " Et encore : " Tiens attrape pour avoir tout pillé, tout brûlé chez moi ! " » [12] .

Entre phantasme et réalité, le discours de Desgrange faisait donc appel à la violence, à la vengeance, aux représailles. Il applaudissait par ailleurs au bombardement anglais de Cologne du 18 mai 1918 [13] , établissait des parallèles entre les villes françaises martyres et les cités allemandes toujours intactes et qui pourraient ne pas le rester très longtemps [14] . Puis, alors que l’ennemi reculait définitivement, il invitait à employer « le seul langage qu’il comprenne ‘le langage de la force’ car il [était] incapable d’en comprendre d’autre [15]  » avant, dès le lendemain de l’armistice, de vouloir tourner la page de la guerre. Il s’agissait toutefois de ne pas la tourner totalement. Il fallait au contraire conserver au creux de sa mémoire les souffrances et les deuils, prix de la victoire, tout en « jouissant de la punition qui [allait] être infligée aux Boches ». « Et ne nous souvenons plus que de deux choses – ajoutait-il – : 1°) Qu’il ne faut jamais pardonner à ces dégoûtants-là ; 2°) Et que notre rôle désormais, après avoir donné trop de notre temps à la " guerre détestée par les mères ", est de le donner tout entier à la tâche qui consiste à faire de la beauté sociale » [16] .

 C’est que l’heure de la reconversion économique avait sonné, notamment pour un journal qui avait subi, comme l’ensemble de la presse quotidienne, la réduction de sa publication à deux pages tout en passant sous les fourches caudines de la censure. Surtout, au contraire des quotidiens à grands tirages tels que Le Petit Parisien, Le Matin ou Le Journal, ou encore L’Echo de Paris dont le discours cocardier, les accointances avec le gouvernement ou la diffusion, permirent d’augmenter encore leurs ventes pendant le conflit [17] , L’Auto avait vu les siennes s’effondrer. Alors que la sortie moyenne était de 320 000 exemplaires au mois de juillet 1914 [18] , en plein Tour de France, les tirages étaient tombés à 18 000/25 000 exemplaires journaliers pendant le conflit, avec une « proportion des invendus [oscillant] de 62% (1915) à 42% (1918)  » [19] , nombres qui relativisent d’ailleurs la portée et la diffusion des prophéties de Desgrange. Certes, le thème de l’exclusion des « Centraux » resterait présent dans les colonnes du journal pendant l’année 1919, mais il s’agissait désormais de reconstruire la France sportive et de relancer en particulier la « Grande Boucle », la « poule aux œufs d’or » du journal. D’ailleurs, avoir « prononcé sur le Tour de France la cruauté de la guerre et les menaces de leur présence » [20] n’était pas pour Desgrange l’un des moindres « crimes » allemands : la paix signifiait donc la renaissance du Tour « avec cela va de soi une étape à Strasbourg » [21] .

« Les neutres ? Oui. Les ennemis ? Non » : les fédérations de football européennes et l’exclusion des puissances centrales du sport international

A l’automne 1918 et au premier semestre 1919, L’Auto interrogea les dirigeants des grandes fédérations hexagonales pour connaître leur position sur la reprise des relations sportives internationales. Les réponses publiées sous la forme de textes parfois programmatiques, de même que la consultation des archives des deux organisations encore centrales du sport français, à savoir le Conseil national des sports (CNS) et l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), sont claires : il convenait de bannir immédiatement les responsables du désastre et des exactions de la guerre. Ainsi, dès le 22 novembre 1918, les membres du CNS, cette « union des fédérations sportives de France », chargée tout autant d’organiser le sport français que de le représenter et le défendre auprès des pouvoirs publics et des organismes sportifs étrangers ou internationaux [22] , avaient décidé du sort à réserver aux sportifs « centraux ». Les représentants des fédérations françaises votèrent ainsi deux résolutions portant, pour la première, sur l’interdiction de participer à des manifestations sportives accueillant des « concurrents de nationalité allemande, autrichienne, hongroise, bulgare ou turque » [23] et, pour la seconde, visant à exclure ces derniers des organisations et compétitions internationales. Ces décisions avaient effet immédiat et n’incluaient aucune borne temporelle à leur application.

Huit jours plus tard, c’était au tour du président de l’USFSA, Daniel Mamelle, de tirer les leçons de la guerre. L’USFSA était, et pour quelques mois encore, la plus ancienne et la plus puissante fédération omnisports de France patronnant notamment le football-rugby et l’athlétisme. Elle avait été la principale bénéficiaire des subventions versées par l’Etat aux organismes sportifs avant guerre, en organisant notamment depuis 1906 les championnats sportifs militaires après avoir joué un rôle important dans l’essor du sport scolaire au cours de la décennie 1890-1900. Devant les membres du « Conseil de l’Union » réunis pour la première fois en séance plénière depuis le début du conflit, Mamelle pouvait s’exclamer : « La Victoire a couronné les sublimes efforts des plus héroïques soldats de l’Histoire. Dans son colossal orgueil, la cupide Allemagne avait rêvé d’asservir l’Europe entière à son œuvre de domination mondiale. Avec l’aide puissante et généreuse des nobles armées alliées, les armées françaises ont assuré le triomphe du droit, de la justice et de la liberté. L’angoisse qui étreignait les peuples libres a fait place à la joie la plus pure, et un immense cri de reconnaissance s’élève dans le monde entier » [24] .

L’effectivité de ces résolutions pouvait s’exercer dans de nombreuses disciplines sportives, mais l’on prendra comme terrain d’observation le football-association. Depuis 1904, l’activité internationale du ballon rond était réglée par la Fédération internationale de football association (FIFA). Dans la première décennie de son existence, l’organisation avait déjà eu à statuer sur des questions politiques regardant la représentation internationale de nationalités aspirant à une souveraineté au moins sportive [25] . Ainsi, la fédération de Bohême avait été admise à titre provisoire en 1906 au sein de la FIFA, mais son admission, devenue définitive l’année suivante, avait été annulée par le « Congrès » de Vienne en 1908 à la demande expresse des fédérations allemande et autrichienne. Même si cette radiation signifiait que désormais, à l’exception des fédérations britanniques, seules les fédérations des Etats souverains pouvaient prétendre à l’affiliation à la FIFA, la décision d’exclure la Football association de Bohême était éminemment politique.

Toutefois, à la veille du déclenchement du conflit, l’internationalisme de la FIFA restait teinté de pacifisme. Ainsi le 28 juin 1914, le jour de l’attentat de Sarajevo, les représentants des dix-sept fédérations-membres présents au XIe congrès de Christiania votèrent à l’unanimité la résolution présentée par le délégué suisse Paul Buser, qui appelait à soutenir « toute action qui tend à rapprocher les nations les unes des autres et à substituer l’arbitrage à la violence dans le règlement de tous les conflits qui pourraient les opposer » [26] . Quant au lieu du congrès 1916, il était fixé, également à l’unanimité des votants, à Berlin où devaient se tenir les prochains Jeux olympiques.

Quatre ans et demi plus tard, le bel esprit de concorde avait volé en éclat et il s’agissait désormais de reconstruire le football international en tenant compte de la nouvelle géopolitique européenne. Le secrétaire général de la FIFA, le Hollandais Carl W. Hirschman était un neutre ; son président, l’Anglais Daniel Woolfall, était mort en octobre 1918 et n’avait pas été remplacé mais, le 1er septembre 1919, au moment où le football national et international civil reprenait véritablement son activité, les dirigeants de la Football Association, la fédération anglaise de football, avaient fixé comme ligne de conduite ce que Frantz Reichel, vice-président de la Fédération française de football association (FFFA), appelait la « formule anglaise : boycottage intégral des empires centraux et des neutres qui entretiendraient des relations sportives avec lesdits empires centraux » [27] .

Il est vrai que dans le domaine du football un tel ostracisme permettait de se réserver le monopole des relations sportives avec la terre natale du football, l’Angleterre, monopole que les rencontres interalliées avaient renforcé pendant le conflit. De plus, le football d’outre-Rhin comptait encore peu sur le continent européen. A Stockholm, en 1912, les footballeurs allemands avaient été boutés hors du tournoi olympique par l’équipe d’Autriche sur le score de 5 buts à 1. En cette occasion, les « attaquants [autrichiens] s’étaient montrés très supérieurs par leurs combinaisons » [28] confirmant le niveau encore moyen d’une équipe qui s’inclinait régulièrement devant les footballeurs scandinaves et d’Europe centrale [29] . Pourtant, bénéficiant de la sollicitude du Kronprinz, les dirigeants du Deutscher Fussball-Bund (DFB) n’avaient pas ménagé leurs efforts pour faire du ballon rond un sport authentiquement allemand et du footballeur l’archétype du bon soldat. Il s’agissait de combattre les préventions des partisans du Turnen, le mouvement de gymnastique nationaliste né dans la première moitié du XIXe siècle [30] , qui voyait dans le football une importation anglaise étrangère à l’esprit germanique. En tout cas, avec 161 183 licenciés répartis dans 1 936 clubs, le football allemand était en 1914 la première force du football continental sur le plan numérique [31] .

Du début de l’année 1919 jusqu’en 1922, la question de l’isolement des footballeurs allemands, autrichiens et hongrois constitua le principal motif de préoccupation des dirigeants belges et français en matière de relations internationales. Si l’on était d’accord pour expulser définitivement les puissances centrales de la FIFA encore fallait-il que les neutres, la Suisse en premier lieu, suivent cette politique. Or, dirigeants romands et alémaniques se déchiraient au sein de l’Association suisse de football et dans les organes de la presse sportive helvétique sur l’attitude à observer à l’égard de la fédération allemande. Sortant d’une neutralité obligée, Le Sport suisse, hebdomadaire publié à Genève, et qui avait consacré pendant toute la guerre une rubrique aux sportifs (principalement alliés ou d’origine romande) en guerre, avait choisi d’embrasser les griefs français et interpellait ses concurrents alémaniques, tels que Schweizer Sport, favorables aux échanges inter-germaniques, en ces termes : « Qui a voulu la guerre ? Qui a violé la Belgique ? […] Qui a révolté les consciences jusque dans leurs tréfonds par de criminels manquements à la parole donnée ? ». Pour la direction du périodique suisse, le « peuple » allemand était coupable de ne pas avoir eu « horreur des fautes commises contre le droit des gens » et de ne pas s’en repentir. Il s’agissait donc de se ranger « du côté de ceux qui [avaient] lutté pour le maintien de la civilisation […] » [32] .

Ce fut cet esprit qui présida à la motion adressée par le baron de Laveleye, vice-président belge de la FIFA, aux organismes affiliés et qui proposait de soustraire les trois pays « coupables » de la liste des fédérations membres « en suite du bouleversement international issu de la guerre mondiale provoquée par les Puissances de l’Europe centrale » [33] . Si une telle résolution, sanctionnant dans le champ sportif les manquements au droit international d’un Etat, n’obtint pas la majorité des huit fédérations qui y avaient répondu, elle n’en contribua pas moins à agrandir le fossé entre neutres (fédérations danoise, espagnole, finlandaise, néerlandaise, norvégienne, suédoise, suisse) partisans du retour au statu quo d’avant-guerre et alliés (fédérations belge, britanniques et française). Ces derniers s’étaient réunis en « congrès » en décembre 1919 et avaient proposé deux voies : d’un côté, les Britanniques se montraient prêts à saborder la FIFA pour rompre définitivement avec les fédérations ennemies ; de l’autre, les Français et les Belges se proposaient plutôt de laisser leur liberté aux neutres, tout en se réservant le droit de ne pas rencontrer leurs équipes s’ils se risquaient à jouer avec les anciennes puissances centrales. Dès mai 1920, la Football Association quittait la FIFA, une organisation qui comptait finalement peu pour elle ; en revanche, les fédérations françaises et belges cherchèrent à sauver l’organisme international, tout en se refusant à envisager le retour des vaincus.

Les Jeux d’Anvers, auxquels ne se rendirent pas les footballeurs suisses « coupables » d’avoir joué un match le 27 juin 1920 contre l’équipe d’Allemagne [34] , accueillirent le 27 août un congrès qui vit aussi la participation des dirigeants anglais. « Succès de la politique belge » selon La Vie Sportive l’organe de la fédération belge, la réunion montrait aussi un certain infléchissement des positions françaises. Fédération jeune, émanation d’un football-association ayant souffert de la concurrence du football-rugby, la « 3FA » était dirigée par le très anglophile secrétaire général Henri Delaunay et un président sensible aux rapports de force « diplomatico-sportifs », Jules Rimet : ce dernier, selon ses partenaires belges, avait « manifesté son intention d’adopter purement et simplement le point de vue de l’Angleterre »  [35] . Quoi qu’il en fût, si les Anglais restaient, au terme des discussions, en dehors de la FIFA, leurs équipes continuaient à participer aux matchs internationaux. Et comme le résumait l’hebdomadaire sportif belge : « Bien entendu, les boches et leurs acolytes rest[aient] boycottés, de même que ceux qui joueraient avec eux » [36] .

Une fois l’avenir de la FIFA assuré, Jules Rimet était élu à sa présidence « à l’unanimité des votants sauf une voix (l’Allemagne) » [37] à la fin du mois de décembre 1920 ; c’était, vu de l’Hexagone, « un hommage rendu à la France, au distingué sportsman président la Fédération française », valeureux ancien combattant inventeur du « télémire », appareil d’évaluation de la distance utile aux mitrailleurs [38] , et « la consécration de [sa] politique sportive » [39] . Toutefois, au-delà de la révérence faite à l’influence française, le choix de Rimet portait en lui-même l’abandon progressif d’une politique radicale à l’égard des vaincus. Jules Rimet était suffisamment réaliste pour comprendre que la FIFA avait besoin des anciens ennemis. En effet, le football international ne pouvait se priver de l’Autriche et de la Hongrie deux représentants d’un football d’Europe centrale qui, avec la Tchécoslovaquie, comptait, à l’inverse de l’équipe de France, parmi les meilleures formations du vieux continent. Absents en 1920 du tournoi olympique de football, véritable Coupe du monde avant l’heure, les équipes autrichienne et hongroise furent en revanche invitées quatre ans plus tard à Paris. Il est vrai qu’en 1923, les deux pays avaient été admis au sein de la Société des nations. L’ostracisme sportif dura en revanche plus longtemps à l’encontre du Deutscher Fussball-Bund, la fédération allemande de football, puisque ses représentants, comme l’ensemble des athlètes allemands, ne furent pas conviés aux Jeux olympiques de Paris en 1924 et que le premier match opposant les équipes nationales française et allemande de football n’eut lieu qu’en mars 1931. L’équipe de Belgique, quant à elle, ne rencontra l’Allemagne qu’en octobre 1933. Désormais, la FIFA était devenue selon les mots de son secrétaire général une « petite société des nations sportives » [40] déclinaison footballistique de « l’esprit de Genève ». On remarquera toutefois, qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale, le ballon rond redevint un enjeu de la politique de sanction à l’égard de l’Allemagne quand le sport et le football constitueraient l’un des aspects paradoxaux de la politique française visant à détacher la Sarre de l’Allemagne [41] .

Patriotisme, standardisation et démocratisation : le front intérieur du sport français à la fin de la Grande Guerre

En 1918-1919, la victoire sur l’Allemagne signifiait aussi le retour de l’Alsace-Lorraine sportive dans le giron français. Il s’agissait plutôt d’une entrée puisque, au moment du traité de Francfort, le sport n’en était qu’à ses balbutiements, même si le Tour de France avait fait par la suite étape à Metz entre 1907 et 1910 [42] . Depuis le début de la guerre, en tout cas, Desgrange n’avait cessé d’imaginer le retour de la « Grande Boucle » en Alsace et Moselle, à tel point que l’on pourrait se demander si le but de guerre fondamental de la République française ne consistait pas pour lui dans la réappropriation des routes alsaciennes et lorraines par les coureurs cyclistes français et belges !

De même, Paul Rousseau, président de la Fédération française de boxe avait invité à l’automne 1919 les organismes sportifs français à multiplier la tenue de manifestations et congrès sportifs dans les départements reconquis [43] . Il s’agissait donc d’honorer les compatriotes revenus à la patrie en leur offrant le meilleur du sport français, c’est-à-dire les frères Pélissier, coureurs cyclistes, ou le boxeur Georges Carpentier, comme l’université française envoyait ses historiens les plus brillants prendre poste à Strasbourg… Il s’agissait là, en tout cas, d’une autre forme de mise en scène du retour de l’Alsace à la France, celle de la réintégration dans la patrie sportive à laquelle « manquait l’entrée triomphale à Strasbourg » [44] , et il n’est pas sûr, au-delà des commentaires cocardiers de L’Auto, qu’elle ait été la moins authentique.

L’essor du sport-spectacle qui concernait dans l’immédiat après-guerre aussi bien le football féminin et la boxe que le cyclisme [45] , pose également en d’autres termes la question de la démobilisation culturelle. Certes, les sportifs prirent aussi soin d’honorer leurs morts comme les membres du Racing Club de France qui firent construire un monument aux Racingmen tombés pour la patrie, ou encore la direction de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF) qui avait décidé dès décembre 1916, de créer une compétition de football en l’honneur de son secrétaire général Charles Simon tué près d’Arras en juin 1915 [46] . Toutefois, le succès [47] de la Coupe Charles Simon devenue Coupe de France fut vite jugé à l’aune de son modèle : la FA Cup ou Coupe d’Angleterre. Or depuis le début du siècle, cette compétition qui réunissait pour sa finale plus de 100 000 spectateurs et avait été honorée en 1914 de la présence du roi d’Angleterre constituait la référence en matière de sport-spectacle pour les apôtres français du football-association. La réussite de la compétition ne signifiait pas tant la communion dans le souvenir des sportifs morts pour la patrie mais plutôt l’entrée dans la modernité des foules sportives. C’était en 1927 le propos d’un Henri Delaunay, secrétaire général de la Fédération française de football association, lorsque, avant la première finale à laquelle assista un président de la République française, en l’occurrence Gaston Doumergue, il rappelait ses souvenirs émus d’adolescent découvrant en 1905 les charmes d’Albion : « Quand à l’âge de 17 ans je vis, pour la première fois, en la capitale du Pays du football une finale de Coupe et que, noyé dans le flot humain qui avait envahi les gradins de Crystal Palace, je contemplais de loin la « Challenge Cup » et la tribune royale, je pensais avec mélancolie à notre football d’alors ! » [48] . Or, presque quinze ans après cette époque héroïque, la réussite de la Coupe de France s’expliquait par la diffusion de la pratique du football-association au sein de l’armée que ce fût dans les dépôts où les recrues accomplissaient leur instruction [49] , dans les cantonnements ou les camps de prisonniers [50] ou encore au contact des troupes britanniques dont la « bonne tenue » pendant la guerre, c’est-à-dire l’absence de mutinerie ou d’effondrement du front où elles combattaient, aurait été en partie obtenue par le souci du commandement britannique de proposer aux soldats au repos leurs distractions favorites comme le football [51] .

Même si la reprise de la guerre de mouvement bouleversa les habitudes sportives contractées pendant trois ans de guerre de tranchée, la sortie du conflit fut marquée, sur le front du sport, par une standardisation des pratiques corporelles dont le football-association était l’un des vecteurs. De même, l’image sportive avait été intégrée au corpus des représentations diffusées par la culture de masse pendant la guerre et affirmait toujours plus sa place dans la presse à grand tirage entre les pages consacrés aux faits divers et aux spectacles. A ce titre, il n’est pas fortuit qu’après avoir consacré dès novembre 1914 sa « une » au boxeur Georges Carpentier, alors sous les armes, et à son chien le « Kronprinz » [52] , l’hebdomadaire Le Miroir ait été transformé en 1920 par son propriétaire, le groupe Dupuis, en Miroir des sports, périodique sportif illustré à succès tirant pendant tout l’entre-deux-guerres à plus de 200 000 exemplaires, loin certes du million hebdomadaire du Miroir de la période 1914-1918 [53] .

Il serait toutefois réducteur de ne voir dans le sport qu’une des manifestations de la massification de la société française au terme du conflit. Etait en effet en jeu la démocratisation des organismes et des pratiques sportives. De fait, si les grandes fédérations sportives et leurs membres régissant notamment le football-association ne s’étaient pas dérobés au devoir patriotique, ils n’avaient pas non plus désarmé sur le front intérieur de la lutte pour l’hégémonie sur le champ sportif. Les dirigeants de l’USFSA, en particulier, avaient multiplié pendant la guerre les attaques contre leurs adversaires, qu’ils fussent Pierre de Coubertin, Henri Delaunay alors secrétaire du Comité français interfédéral (CFI), organisme créé en 1907 pour unifier les forces du football-association hexagonal qu’elles fussent catholiques ou laïques puis de les représenter au sein de la FIFA [54] , ou Henri Desgrange [55] . Il s’agissait de disqualifier ces adversaires aux yeux du monde sportif et surtout des pouvoirs publics pourvoyeurs de subventions. Il fallait notamment lutter contre les visées jugées « corruptrices » d’adversaires qui, comme le CFI, promouvaient, sotto voce, une conception ouverte du sport, incluant un professionnalisme qui permettrait aux athlètes issus des classes populaires de mener une carrière au niveau national et international.

Les comptes sportifs furent donc soldés à l’issue du conflit. L’intransigeance de l’USFSA sur la question de l’amateurisme qui imposait de fait une véritable ségrégation sociale à la pratique du sport de haut niveau, puisque seul l’amateur fortuné pouvait se permettre de ne pas travailler pour s’entraîner et se déplacer vers les lieux des compétitions, avait vécu et était aussi condamnée par L’Auto. La création de la Fédération française de football association (FFFA) en avril 1919, le succès de sa compétition phare née pendant la guerre, la Coupe de France de football, et la diffusion du sport dans toutes les classes sociales ainsi que chez les femmes, sonnaient donc dans l’immédiat après-guerre l’heure de la démocratisation et du professionnalisme et la fin de la conservatrice et longtemps « gouvernementale » USFSA qui était démantelée en 1920.

Conclusion : le sport comme miroir de la sortie de guerre des Français

Le tableau qui vient d’être dressé est bien évidemment extrêmement partiel. Manque en particulier le regard d’en bas des sportifs-soldats ou des soldats-sportifs. Ces derniers que l’on pourrait définir comme de jeunes adultes amateurs de sport sans être des pratiquants de bon niveau, consignèrent dans des carnets de guerre parfois reconstitués dans les premiers mois de paix les activités sportives et les matchs organisés dans les cantonnements auxquels ils assistèrent ou participèrent [56] . Dans le cas de l’étudiant en médecine et aspirant Laby, dont les carnets ont été édités par Stéphane Audoin-Rouzeau, la pratique de divers sports de « plein air » et surtout d’évasion comme l’aviation, l’équitation ou le ski, coïncida à partir de décembre 1917 et dans les derniers mois de l’année 1918 passés dans la région de Belfort, avec une érosion de l’esprit guerrier qui animait ce jeune bourgeois au début du conflit [57] . En tout cas, selon l’origine sociale du soldat, le sport constituait en quelque sorte un acquis bénéfique de la guerre ou un divertissement puissant permettant d’en oublier les horreurs.

S’il faut se garder de céder à toute généralisation hâtive, les sentiments exprimés par Henri Desgrange dans L’Auto reflétaient en grande partie l’état d’esprit des soldats et des organes de presse français de l’automne 1918 tel que les travaux de Bruno Cabanes l’ont dépeint. De même, la résolution des dirigeants du sport français d’exclure les représentants des puissances centrales du sport international ainsi que la réprobation exprimée à l’égard des sportifs suisses allemands, jugés complices des agresseurs et des bourreaux, témoignaient d’un ressentiment profond et d’un désir de vengeance qui se heurtèrent pourtant rapidement au fondement du sport de compétition : l’internationalisme. Enfin, la sortie de guerre fut surtout marquée par les ruptures du front interne du sport. Après les avoir partiellement gelées, la fin du conflit fit exploser les tensions entre amateurisme et professionnalisme, autrement dit entre la conception d’un sport « pur » et de fait réservé aux classes bourgeoises et celle d’un sport moins regardant sur le respect des préceptes coubertiniens et donc beaucoup plus démocratique. La consécration dans l’immédiat après-guerre du football-association et du sport spectacle signifiaient la victoire de ce dernier. Toutefois, la passion sportive qui renaissait dès 1919 exprimait sans doute aussi le désir d’oublier les amertumes de la « victoire endeuillée ».

Sigles :

CFI : Comité français interfédéral

CNS: Conseil national des sports

FA : Football Association (fédération anglaise de football)

FIFA: Fédération internationale de football association

FFFA : Fédération française de football association

FGSPF : Fédération gymnastique et sportive des patronages de France

USFSA: Union des sociétés françaises de sports athlétiques

Notes :

[1] L’association de ces trois activités était notamment motivée par leur caractère « patriotique ». Nombre de sociétés de gymnastique dispensaient des cours de préparation militaire afin d’obtenir l’agrément et les subsides du ministère de la Guerre. De même, l’une des justifications des zélateurs du sport était de préparer la jeunesse au devoir patriotique. Enfin, les associations étaient encore souvent « pluri-fonctionnelles » et pouvaient associer les trois types d’activité cités. Cf. Pierre Arnaud, « La sociabilité sportive. Jalons pour une histoire du mouvement sportif associatif », dans Pierre Arnaud (dir.), Les Athlètes de la République. Gymnastique, sport et idéologie républicaine 1870-1914, Toulouse, Privat, 1987, p. 368-369.

[2] Antoine Prost et Jay Winter, Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie, Paris, Editions du Seuil, coll. « Points Histoire », 2004, p. 217.

[3] Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18 retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000, p. 122.

[4] Cf. Bruno Cabanes, « Culture de guerre, loisirs ouvriers : contacts et oppositions en Angleterre pendant la Première guerre mondiale », dans Jean-Jacques Becker, Jay M. Winter, Gerd Krumeich, Annette Becker, Stéphane Audoin-Rouzeau, Guerres et cultures 1914-1918, Paris, Armand Colin, 1994, p. 165-172.

[5] Voir, par exemple, l’écho de la « geste » du capitaine Nevill lors de l’offensive de la Somme. Sur cette illustration par l’absurde de l’esprit sportif, cf. Paul Fussell, The Great War and Modern Memory, Oxford, Oxford University Press, 1975, p. 26-29 et Colin Veitch, « "Play up ! and Win the War!" Football, the Nation and the First World War 1914-15», Journal of Contemporary History, vol. 20, n°3, juillet 1985, p. 363-378. Sur son écho en France et en Italie, cf. Paul Dietschy, « La guerre, ou le ‘grand match’ : le sport, entre représentation de la violence et expérience combattante », dans Rémy Cazals, Emmanuelle Picard et Denis Rolland (dir.), La Grande Guerre. Pratiques et expériences, Toulouse, Editions Privat, 2005, p. 45-54.

[6] Voir par exemple Georges Vigarello, « Le Tour de France », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire. Les France. 2. Traditions, Paris, Gallimard, 1992, p. 885-925, et Paul Boury, La France du Tour. Un espace sportif à géographie variable, Paris, L’Harmattan, 1997.

[7] Marcel Spivak, Education physique, sport et nationalisme en France du Second Empire au Front populaire : un aspect original de la Défense nationale, thèse pour le doctorat d’Etat, Paris, université Paris 1, 1983, p. 752.

[8] Cf. Paul Dietschy et Patrick Clastres, Sport, société et culture en France du XIXe siècle à nos jours, Paris, Hachette, coll. « Carré Histoire », 2006, p. 65-67.

[9] Bruno Cabanes, La victoire endeuillée. La sortie de guerre des soldats français (1918-1920), Paris, Editions du Seuil, 2004, p. 496.

[10] Voir par exemple la caricature du dessinateur polonais Mucha reproduite dans l’édition du 3 décembre 1914 de L’Auto.

[11] Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, op. cit., p. 122.

[12] L’Auto, 10 juin 1918.

[13] L’Auto, 28 mai 1918.

[14] L’Auto, 13 septembre 1918.

[15] L’Auto, 7 octobre 1918.

[16] L’Auto, 12 novembre 1918.

[17] Christophe Charle, Le Siècle de la presse (1830-1939), Paris, Editions du Seuil, 2004, p. 229-230.

[18] Edouard Seidler, Le Sport et la presse, Paris, Armand Colin, collection « Kiosque », 1964, p. 56.

[19] Ibid., p. 62.

[20] L’Auto, 23 juin 1918.

[21] Ibid., 18 novembre 1918.

[22] En vertu des statuts du CNS modifiés en 1913, cet organisme, avait « pour but d’assurer en France, dans les colonies françaises et les pays de protectorat, le développement des sports et de l’éducation physique, de resserrer les liens amicaux qui unissent les différentes Fédérations françaises ; de donner à celles-ci, par leur groupement même, plus de poids pour la défense des intérêts sportifs auprès des pouvoirs publics, des administrations et des Fédérations étrangères, de patronner les championnats du monde organisés dans tous les sports par les Fédérations compétentes », Comité National des Sports, Annuaire 1914, p. 52.

[23] Archives du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), Comité national des sports, procès-verbal de la séance du 22 novembre 1918.

[24] Discours reproduit dans Tous les Sports, vendredi 6 décembre 1918.

[25] Cf. sur ces premières années : Alfred Wahl, « La Fédération internationale de football association (1903-1930) », dans Pierre Arnaud et Alfred Wahl, Sports et relations internationales. Actes du colloque de Metz-Verdun septembre 1993, Metz, 1994, p. 31-45.

[26] Archives FIFA (Zurich), série Congrès, Minutes of the 11th Annual Congress held at Chritiana, 27th & 28th June 1914.

[27] Le Football Association. Organe officiel de la Fédération française de football association (3.F.A.), 14 février 1920.

[28] Erik Bergvall (ed.), The Official Report of the Olympic Games of Stockholm 1912, Stockholm, Wahlström & Widstrand, 1913, p. 486.

[29] D’après la liste des rencontres internationales de la sélection allemande recensées par le Fussball-Jahrbuch 1937, p. 146-149, l’équipe d’Allemagne avait perdu dix-huit rencontres, en avait gagné sept matchs et fait cinq matchs nuls entre le 4 avril 1908, date de sa première sortie officielle à Bâle contre la Suisse, et le 5 avril 1914, quand elle disputa sa dernière partie d’avant-guerre à Amsterdam face aux Pays-Bas.

[30] Cf. Christiane Eisenberg,“English Sports” und deustche Bürger. Eine Gesellschaftsgeschichte 1800-1939, Paderborn, Schöningh, 1999, p. 313-322, et « Deutschland », dans Eisenberg Christiane (dir.), Fussball, soccer, calcio. Ein englischer Sport auf seinem Weg um die Welt, Munich, DTV, 1997, p. 102.

[31] Chiffres officiels du Deutscher Fussball-Bund dans son Jahresbericht 1912-1913, p. 22. Au Royaume-Uni, le nombre de footballeurs revendiqué par la Football Association était de 750 000, soit en réalité, si l’on suit Nicholas Fishwick, 350 000. Cf. Nicholas Fishwick, English Football and Society, 1910-1950, Manchester, Manchester University Press, 1993, p. 1. En France, la Fédération française de football association créée en 1919 ne dénombrait que 35 000 licenciés en 1921 selon Alfred Wahl, dans Les Archives du football, Paris, Gallimard, 1989, p. 179.

[32] Le Sport Suisse, 5 février 1919.

[33] Archives FIFA, Série Congrès, Activity Report May 1919-April 1920, Lettre de Carl A. W. Hirschman aux fédérations membres datée du 7 novembre 1919.

[34] La formation suisse était composée de joueurs alémaniques.

[35] La Vie Sportive. Organe officiel de l’Union royale belge des sociétés de Football-Association, 9 septembre 1920.

[36] Ibid., 21 octobre 1920.

[37] Le Football Association, 15 janvier 1921.

[38] Jean-Yves Guillain, La Coupe du monde de football. L’œuvre de Jules Rimet, Paris, Amphora, 1998, p. 33.

[39] Ibid.

[40] Archives FIFA, Série Correspondance avec les associations nationales, dossier Syrie, lettre de Carl A.W. Hirschman à Georges Mamamiri datée du 9 décembre 1930.

[41] Cf. Pierre Lanfranchi, « Le football sarrois de 1947 à 1952. Un contre-pied aux actions diplomatiques », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 26, avril-juin 1990, p. 59-65.

[42] Jean-Luc Boeuf et Yves Léonard, La République du Tour de France 1903-2003, Paris, Editions du Seuil, 2003, p. 79.

[43] L’Auto, 21 décembre 1918.

[44] L’Auto, 28 juin 1919.

[45] Cf. Paul Dietschy et Patrick Clastres, op. cit., p. 82-85.

[46] Fabien Groeninger, Sport, religion et nation. La Fédération des patronages de France d’une guerre mondiale à l’autre, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 104-105.

[47] Selon Le Football Association, 14 août 1920, la première édition (1917-1918) avait réuni 48 clubs, la deuxième (1918-1919) 64, la troisième (1919-1920) 114 et à l’aube de la quatrième 202 clubs étaient inscrits.

[48] France Football FFFA, 6 mai 1927, n°180. On notera que le roi Edouard VII n’assista à aucune finale de la FA Cup présidée alors par le Lord-Mayor de Londres. Sur l’acculturation de la FA Cup sous la forme de la Coupe de France, cf. Paul Dietschy, « La Coupe de France "fête nationale du football français" dans l’entre-deux-guerres », dans André Gounot, Denis Jallat et Benoît Caritey (dir.), Les politiques au stade. Etude comparée des manifestations sportives du XIXe au XXIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007, p. 95-109.

[49] Voir par exemple le témoignage du peintre Jean Veber dans J’y étais. Un peintre dans la Grande Guerre, Triel-sur-Seine, Editions Italiques, 2005, p. 133, 138, 139, 147, 202 et 237.

[50] Paul Dietschy, « Le sport et la Première guerre mondiale », dans Philippe Tétart (dir.), Histoire du sport en France. Le temps de la conquête : du Second Empire au régime de Vichy, Paris, Vuibert, 2007, p. 57-77.

[51] C’est la thèse de John G. Fuller, Troop Morale and Popular Culture in the British and Dominions Armies 1914-1918, Oxford, Clarendon Press, 1990, p. 85-94 pour ce qui concerne le sport et le football. Sur la diffusion du football par les soldats britanniques, cf. Arnaud Waquet et Thierry Terret, « Ballons ronds, Tommies et tranchées : l’impact de la présence britannique dans la diffusion du football-association au sein des villes de garnison de la Somme et du Pas-de-Calais (1915-1918), Modern and Contemporary France, vol. 14, n°4, novembre 2006, p. 449-464.

[52] Le Miroir, 8 novembre 1914.

[53] Sur ce sujet, cf. Joëlle Beurier, Images et violence 1914-1918. Quand le Miroir racontait la Grande Guerre, Paris, Editions du Nouveau Monde, 2007.

[54] En 1908, l’USFSA, membre fondateur de la FIFA quitta l’organisme par solidarité avec l’Amateur Football Association, fédération dissidente de la Football Association désireuse de défendre les intérêts et l’éthique des footballeurs amateurs.

[55] Voir par exemple les interventions de Frantz Reichel au Bureau de l’USFSA en janvier 1915 contre les adversaires de l’Union. Cf. Archives du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), USFSA, Procès-verbaux, Bureau, Conseil et Congrès, 1914-1915 (I), séances du mois de janvier 1915.

[56] C’est le cas du Carnet de route inédit de Valéry Capot, fils d’un agriculteur petit-propriétaire du Lot-et-Garonne, titulaire seulement du certificat d’étude primaire, sergent, puis adjudant dans le 9ème régiment d’infanterie d’Agen, que nous a aimablement communiqué Alexandre Lafon, doctorant à l’université de Toulouse 2-Le Mirail.

[57] Lucien Laby, Les carnets de l’aspirant Laby. Médecin dans les tranchées 28 juillet 1914–14 juillet 1919, Paris, Hachette, 2003, réédition.

Paul Dietschy

Paul Dietschy est maître de conférences à l’université de Franche-Comté où il enseigne l’histoire contemporaine et l’histoire du sport. Il est aussi chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po où il co-anime avec Patrick Clastres le groupe de travail « Sport, cultures et sociétés contemporaines ».

Mots clefs : Première guerre mondiale ; sport ; presse; culture de guerre ; football.

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