Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les jeunes, sujets et enjeux politiques (France, XXe siècle)

Coordination : Ludivine Bantigny

Introduction

Les jeunes, sujets et enjeux politiques (France, XXe siècle)

Ludivine Bantigny

Dans l’imaginaire social, l’alliage que forment « jeunesse » et « politique » ne va pas sans contradictions. Alors que « la jeunesse » est souvent associée au dynamisme, au progressisme, voire à la modernité — sans que ce dernier terme soit toujours fermement conceptualisé —, « les jeunes » suscitent de façon récurrente les inquiétudes des observateurs, lesquels vitupèrent leur prétendu manque d’intérêt pour la chose politique. Cette contradiction recoupe en partie la double polarité, désormais classique, qui oppose une jeunesse célébrée pour ses vertus et plus encore pour ses potentialités, et une jeunesse redoutée pour ses déviances et sa non-conformité.


Socialisation et transmission : les organisations politiques et leurs jeunesses

Partis politiques et groupements de jeunesse

Gilles Le Béguec

Des organisations de jeunesse directement politiques aux associations en apparence apolitiques mais intervenant pleinement dans le débat public, cet article dresse un tableau tout à la fois typologique et diachronique des groupements de jeunesse en politique. Éducation et socialisation y sont par là même examinées dans une perspective comparative. Des itinéraires individuels y sont aussi évoqués, permettant de mieux saisir l’importance des renouvellements générationnels et des réseaux. Ces organisations politiques de jeunesse se révèlent ainsi extrêmement diverses quant à leurs formes et leurs modalités de fonctionnement. Mais leur rôle de forces auxiliaires ne s’est pour autant jamais démenti.


Jeunesse et mouvements de droite durant l'entre-deux-guerres

Jean Vavasseur-Desperriers

Durant l’entre-deux-guerres, l’avènement de l’« ère des masses » pousse les organisations de droite à intensifier leurs efforts auprès des « jeunes », avec des résultats souvent temporaires et inégaux, dans une atmosphère complexe de restructuration des droites. Mouvements spécifiques des partis et groupes étudiants des ligues s’engagent dans des formes variées de militantisme, les unes traditionnelles, comme les cercles d’études ou le militantisme activiste, les autres nouvelles, comme l’action sociale qui gagne en importance durant la période. La Seconde Guerre mondiale met brutalement fin à ces expériences, qui ne restèrent pas sans effets par la suite.


Les jeunesses et les étudiants socialistes en France des années 1880 aux années 1960 : groupes politiques et/ou générationnels ?

Christine Bouneau

Fruit d’une réflexion élaborée dans notre dossier d’habilitation à diriger des recherches, cet article porte sur les groupes de Jeunesses et d’Étudiants socialistes en France sur près d’un siècle, situés sur des échelles locale, nationale et internationale et placés dans une dimension comparative. Il cherche à en cerner la texture, la tessiture et la résonance pour en définir la nature et les rapports avec le Parti socialiste SFIO. Ce sont ainsi les questions de l’autonomie et de la socialisation politique des groupes de jeunesse qui sont ici posées en termes de génération et de culture politique.


Pour conquérir les jeunes, faut-il faire moins de politique ? La jeunesse communiste sous le Front populaire

Cécile Sanchez

Affiche de l'"Avant Garde", 11 juin 1938L’histoire des mouvements de jeunesse sous le Front populaire est encore en friche. Pourtant cette période a apporté une véritable modification des stratégies politiques. En ce sens, c’est la jeunesse communiste qui a le plus évolué quant à la transmission de sa culture politique. L’intérêt du Parti communiste français pour ses jeunesses et le revirement de sa politique provoquent un profond changement du rôle de la Jeunesse communiste (JC) à la fois dans la politique et dans la société. Face au danger fasciste, la JC a pour mission de devenir un véritable mouvement de masse. Engagée dans une concurrence avec les autres mouvements, elle opte pour une certaine dépolitisation de son discours pour toucher de nouveaux milieux sociaux.


Transmission révolutionnaire et pédagogie de la jeunesse. L'exemple des trotskismes français

Jean Birnbaum

En France, les groupes trotskistes connaissent une singulière pérennité, que certains observateurs qualifient de curiosité nationale, voire d’« énigme ». Pour en rendre compte, il faut envisager ces groupes non seulement comme des organisations politiques, mais aussi et surtout comme des collectifs pédagogiques obsédés par l’impératif de transmission. La question de la « jeunesse » s’y pose dans toute son intensité » : c’est elle qui recueille l’héritage des aînés, c’est elle qui passe le témoin, c’est elle qui trahit aussi... Puisant dans l’expérience de trois générations militantes (antifasciste, anticolonialiste, altermondialiste), cet article décrit un certain art d’hériter. Celui-ci passe moins par un programme doctrinal que par un ensemble de pratiques vécues, une morale incorporée. Au cœur de cet « habitus » trotskiste, il y a un rapport passionné à la mémoire, une sacralisation de la chose écrite, une fidélité a la parole enseignante des anciens. On aura reconnu trois éléments qui structurent toute culture révolutionnaire depuis 1789.


De l'apolitisme proclamé à l'engagement revendiqué : les mouvements de jeunesse

Les jésuites et la Jeunesse catholique en France dans l'entre-deux-guerres

David Colon

Les archives romaines de la Compagnie de Jésus éclairent le rôle des jésuites dans la mise en œuvre de l’Action catholique et des mouvements de jeunesse spécialisés dans l’entre-deux-guerres. Au travers de l’Association catholique de la jeunesse française, de la Jeunesse étudiante chrétienne, mais également de la Fédération française des étudiants catholiques, les jésuites exercent une influence notable sur l’élite intellectuelle et sociale de la jeunesse française. L’avènement des masses et l’affirmation des jeunes catholiques en tant que groupe social autonome engagé sur le terrain politique accélèrent les mutations des mouvements de jeunesse. La mise en œuvre de l’Action catholique spécialisée se traduit en définitive par une perte progressive d’influence des jésuites dans le milieu estudiantin, dont la guerre est le révélateur.


La jeunesse alsacienne et la question régionale (1918-1939)

Julien Fuchs

Guide-programme, 1921. Source : Archives de l'Avant-garde du Rhin, StrasbourgLe retour de l’Alsace dans la nation française après la Première Guerre mondiale est complexe sur le plan politique. La région est administrée depuis 1900 par un code civil local (qui reconnaît notamment le Concordat de 1801) qui ne peut subsister dans le cadre du centralisme républicain. Les mouvements de jeunesse locaux, dans la lignée de leurs hiérarchies religieuses, s’attachent alors à défendre une logique double : celle d’une pleine intégration dans la nation française, qui garantirait malgré tout le respect de la « personnalité régionale » alsacienne. Dans ce cadre, ils luttent contre les politiques assimilationnistes repérables surtout dans la première moitié des années 1920. A partir de 1926, ils tentent également de se positionner face à une mouvance autonomiste de plus en plus virulente et portée par des groupes de jeunes radicalisés.


Instrumentalisations politiques

Les jeunes et la politique de Vichy. Le cas des Chantiers de la Jeunesse

Christophe Pécout

Revue des Chantiers de la Jeunesse, janvier 1944. Archives nationales, AJ39Si la jeunesse est au centre des intentions politiques de Vichy, il est intéressant de s’intéresser à l’impact de ce discours auprès des jeunes. Ainsi, l’étude des comportements et des opinions des jeunes présents dans l’organisation emblématique des Chantiers de la Jeunesse permet de démontrer, d’une part, leur hostilité à cette nouvelle vie et, d’autre part, leur désaccord complet avec la politique menée par Vichy.


Une jeunesse rédemptrice. Interprétations et usages politiques de la contestation (autour de mai-juin 1968)

Ludivine Bantigny

© Guy Michelat. Sciences Po, Grand hall, mai 1968En mai et juin 1968, « la jeunesse », placée au devant de la scène politique, est apparue révoltée, contestataire voire révolutionnaire, par excellence et comme par essence. Les rapprochements entre étudiants et jeunes ouvriers, devant les usines, dans les universités et les manifestations, contribuèrent à cette visibilité juvénile. On exalta les jeunes comme une force, parfois même comme une nouvelle classe. Cet article se propose d’examiner la construction sociale qui fait ainsi de « la jeunesse » une entité à part entière. Il entend également analyser le problème politique posé par là même au Parti communiste français, sommé de réviser son appréciation de « la jeunesse », tout en restant conforme avec la théorie marxiste. De ce point de vue, les tensions sont particulièrement vives entre le PCF et l’extrême gauche, qui elle aussi s’efforce d’articuler marxisme et jeunesse comme force révolutionnaire.


Des politiques pour les jeunes

Un ministre et les jeunes : François Missoffe, 1966-1968

Laurent Besse

En 1966, le ministre de la Jeunesse et des Sports, François Missoffe, lançait une vaste consultation de la jeunesse. Son objectif était la réalisation d’un Livre blanc qui devait servir à la mise au point d’une politique globale de la jeunesse. Cette consultation attestait de l’intérêt nouveau porté par la majorité gaulliste aux jeunes, et n’était pas dénuée d’arrière-pensées électorales. Elle témoignait également d’une volonté de rompre avec la division du travail qui prévalait depuis l’après-guerre entre État et mouvements de jeunesse dans le rapport avec les jeunes, le ministre s’efforçant de contourner les associations de jeunesse pour s’adresser directement aux jeunes.


Les jeunes des ZUP : nouvelle catégorie sociale de l'action publique durant les Trente Glorieuses ?

Thibault Tellier

Si la place qu’occupent les jeunes dans le traitement médiatique des violences urbaines dans certaines cités HLM n’est plus à démontrer, on connaît en revanche beaucoup moins bien le cheminement historique qui a abouti à cet état de fait. Cet article a donc pour but de montrer, à partir de l’exemple des grands ensembles, comment s’est effectuée au cours des Trente Glorieuses la prise en compte spécifique de cette catégorie sociale que représentent les jeunes. L’accent est mis sur le fait de savoir si les politiques publiques mises en œuvre à cet effet ont d’abord eu pour but de participer à la socialisation de ces jeunes ou plutôt, de mettre en place une politique destinée à prévenir tout risque de déviance de la part de cette catégorie sociale.


Des préoccupations sociales à la santé publique : la prise en charge locale des jeunes. L'exemple rennais

Patricia Loncle

Bien que longtemps dominé par une attention particulière pour les questions sociales, le domaine des politiques locales de jeunesse est aujourd’hui de plus en plus marqué par les enjeux de la santé publique, ce qui induit des bouleversements à la fois dans la perception des jeunes et dans les manières d’aborder leur prise en charge. A partir de l’exemple du traitement des pratiques festives des jeunes rennais, le présent article se propose d’examiner les influences de cette évolution dans un contexte marqué par l’existence d’un réseau ancien d’acteurs travaillant essentiellement à partir de préoccupations sociales et d’une image particulièrement positive de la jeunesse.


Contrepoint : un exemple italien

Des partis et des jeunes. Les droites juvéniles dans l'Italie de Berlusconi

Stéphanie Dechezelles

Tract de Forza Italia Giovani (FIG). "Nous les jeunes. Printemps de liberté"Le délitement et le désaveu des organisations piliers de l’après-guerre (Democrazia Cristiana et Partito Socialista en tête), le lancement des procès pour corruption entre sphères politiques et économiques (grâce aux opérations de Mani pulite) et les stratégies de conquête du marché électoral par des acteurs alternatifs bouleversent le système partisan italien. C’est en particulier le cas à « droite » (Forza Italia, Alleanza Nazionale, Lega Nord). De ce fait, les jeunes militants de ces organisations accèdent ou, du moins, s’approchent de l’exercice de responsabilités. Issues de traditions idéologiques différentes et fondées sur des cultures militantes contrastées, ces organisations juvéniles se distinguent à la fois dans le type de formation politique proposée aux jeunes activistes et dans la manière de gérer l’obtention de mandats électifs. Après avoir présenté brièvement les conditions spécifiques d’une enquête sociologique auprès de cette population militante juvénile, l’article s’attache à montrer comment la culture militante en matière mémorielle, distillée par chaque organisation et appropriée par les jeunes, s’articule à une biographie individuelle et familiale, permettant de donner un sens à l’engagement présent au travers d’une lecture spécifique du rapport intime à l’Histoire.


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  • ISSN 1954-3670