Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les jeunes, sujets et enjeux politiques (France, XXe siècle)

Coordination : Ludivine Bantigny

Les jeunes et la politique de Vichy. Le cas des Chantiers de la Jeunesse

Christophe Pécout
Résumé :

Si la jeunesse est au centre des intentions politiques de Vichy, il est intéressant de s’intéresser à l’impact de ce discours auprès des jeunes. Ainsi, l’étude des comportements (...)

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Revue des Chantiers de la Jeunesse, janvier 1944. Archives nationales, AJ39La période du gouvernement de Vichy se caractérise, du point de vue de son intérêt pour les jeunes [1] , par l’instauration d’une politique activiste visant à former une jeunesse « maréchalisée ». Dénoncée comme décadente, la jeunesse française se retrouve au centre des préoccupations du gouvernement qui voit en elle le pilier de la France nouvelle. La prolifération des organisations de jeunesse à la gloire du Maréchal ainsi que l’intense propagande mise en place témoignent de cette ambition politique : endoctriner et contrôler la jeunesse. L’exemple le plus significatif de cette entreprise d’intervention idéologique est sans aucun doute celui des Chantiers de la Jeunesse.

Les Chantiers de la Jeunesse naissent officiellement le 31 juillet 1940 et deviennent une institution d’État par la loi du 18 janvier 1941 obligeant chaque citoyen masculin français de vingt ans résidant en zone libre à effectuer un stage de huit mois au sein d’un groupement [2] . Ainsi, entre 1940 et 1944, près de 400 000 jeunes effectueront ce stage. Organisation prônant le culte du Maréchal, le stage des Chantiers répond à une triple finalité : modeler une jeunesse virile et sportive [3] , former des chefs et des propagandistes de la doctrine vichyste et participer au relèvement matériel du pays. Véritable entreprise d’encadrement idéologique, les Chantiers de la Jeunesse incarnent cette jeunesse qui chante, cette jeunesse qui travaille, cette jeunesse qui croît.

Comment les jeunes réagissent-ils face à cette obligation ? Comment le discours pétainiste est-il perçu par ces jeunes ? Quelles opinions portent-ils sur la politique de Vichy ? Comment se comportent-ils au sein de cette nouvelle organisation ? Autant de questions fondamentales mais paradoxalement très peu prises en compte dans l’historiographie [4] des Chantiers de la Jeunesse, qui s’attache essentiellement à présenter une vue institutionnelle de l’organisation par l’examen des idéologies et des programmes affichés. Or, l’analyse des comportements et des opinions des jeunes s’avère particulièrement pertinente car elle démontre l’influence réelle de la politique pétainiste sur la jeunesse. Aussi, grâce à l’étude des synthèses mensuelles des interceptions postales, des rapports des commissions de contrôle postal et des comptes rendus mensuels des groupements, notre propos s’attachera-t-il à démontrer comment s’est comportée cette jeunesse au sein des Chantiers. Ainsi verrons-nous, dans un premier temps, sa vive hostilité à l’égard du principe même des Chantiers et de ses conditions de vie puis, dans un second temps, son désaccord profond avec le discours vichyste que l’on tente de lui faire accepter.

Une jeunesse hostile à la vie des Chantiers

Le stage des jeunes dans les Chantiers se révèle pour Vichy beaucoup plus compliqué que prévu. Difficultés matérielles, difficultés dans sa mise en route mais surtout difficultés liées aux comportements des jeunes. Dès le début, la réaction des jeunes est vive car les premiers mobilisés sont… les démobilisés de juin 1940. Traumatisés par le choc de la défaite, épuisés par une longue retraite vers le Sud du pays, ces jeunes soldats, originaires de toute la France, souvent livrés à eux-mêmes ne souhaitent qu’une chose : rentrer chez eux. Or, Vichy en décide autrement et les verse dans les Chantiers. Cette décision gouvernementale provoque alors une incompréhension totale chez ces jeunes hommes — si aucun d’entre eux ne sait ce qui les attend, ils savent seulement qu’ils partent pour six mois —, d’où des protestations, des bagarres, des désertions...

Ces comportements d’insubordination alertent rapidement les autorités politiques qui, au nom du maintien de l’ordre public, ordonnent alors au général de la Porte du Theil, en août 1940, de ne pas présenter les Chantiers sous leur aspect d’éducation morale mais d’insister principalement sur la notion de travail utile au relèvement économique du pays. Par cette manœuvre, le gouvernement souhaite responsabiliser les jeunes en leur présentant le stage comme indispensable à la survie de la France. Ces arguments, repris et diffusés dans les groupements auprès des arrivants, s’accompagnent de brochures de propagande au sein desquelles sont énumérés tous les avantages du stage : travaux d’utilité nationale, connaissance avec la vie d’équipe, discipline, esprit de camaraderie, confiance et affection des chefs, vie saine et joyeuse. Or, malgré ces appels à la responsabilité et au devoir national, le sentiment hostile à l’encontre du stage des Chantiers ne fait que s’accentuer en raison d’un quotidien mal vécu qui en outre se détériore, et d’un stage perçu comme totalement inutile, tant sur le plan personnel que sur son véritable intérêt national.

Un stage vécu comme inutile

De fait, les jeunes se demandent bien ce qu’ils font là et surtout pourquoi le gouvernement les utilise à des travaux dont la portée réelle sur l’économie française leur échappe. Pour eux, le stage des Chantiers équivaut au service militaire, certes sans les armes, mais avec les mêmes obligations et surtout les mêmes contraintes : vie en commun, discipline, travail, corvées, sanctions… Aussi, dès 1940, les commissaires, responsables des groupements, mentionnent-ils dans leurs comptes rendus mensuels ce sentiment de désintérêt envers cette nouvelle obligation. C’est le cas du commissaire Fournols du groupement 23 (Hérault) qui note en novembre 1940 : « Mais si tous commencent à se plier à la discipline des Chantiers, il n’en reste pas moins que la grosse majorité n’a pas compris le but de leur séjour ici. Ils ne songent toujours qu’aux permissions, à leur libération, à leur bien être personnel [5] . » Désintérêt que l’on retrouve dans les rapports des commissions de contrôle postal [6] qui interceptent les courriers des jeunes. Il ressort des lettres une multitude de reproches dont les deux principaux sont l’inutilité du stage et la perte de temps. En témoigne cette lettre d’octobre 1940 d’un jeune du groupement 36 (Lot-et-Garonne) adressée à un ami, lui-même mobilisé : « Tu sais on commence à en avoir drôlement marre de ce bordel de la vie des bois. Mais je crois que l’on va attendre la démobilisation dans ce bled là à nous faire chier [7] . » Même sentiment chez cet autre jeune du groupement 36 : « On se demande souvent si ça va durer longtemps ce travail car il faut venir à 20 ans pour faire des conneries pareilles [8] . » Le temps n’adoucit pas les critiques, bien au contraire puisque le quotidien se détériore de jour en jour, d’où cette remarque faite en février 1942 : « Quant aux libérables, ils émettent des jugements très divers sur la vie aux Chantiers. Un grand nombre semble n’avoir vu dans le stage qu’une obligation dont ils ont hâte d’être débarrassés [9] . » Dans cet état d’esprit, les huit mois du stage apparaissent interminables et insupportables comme le constate le commissaire du groupement 6 (Gard) : « Les jeunes n’ont pas saisi la gravité de la situation de la France. Ils souhaitent d’un commun accord leur retour dans leur foyer le plus rapidement possible, huit mois c’est presque trop [10] . » Il est vrai que le fait de devoir abandonner le foyer et la famille, surtout dans un contexte aussi incertain, démoralise les jeunes. D’où la mauvaise ambiance régnante et ce sentiment de rejet partagé par le plus grand nombre, comme le reconnaît ce rapport postal du groupement 10 (Isère) : « Alors que certains admettent que le stage est indispensable pour la formation morale et physique des jeunes, d’autres et pas les moins nombreux n’ont pas de termes assez sévères pour les désigner [11] . »

Si dans l’ensemble, la perte de temps, l’éloignement et l’inutilité sont régulièrement fustigés, certains jeunes, notamment les communistes [12] , se montrent beaucoup plus virulents, en qualifiant les Chantiers d’entreprise d’embrigadement fasciste. C’est ce que dénonce ce jeune dans une lettre datée de janvier 1942 : « Enfin pour ma part, la seule joie à laquelle j’aspire c’est d’en sortir au plus tôt et leur faire une propagande soignée à toute cette bande de vendus. La libération approche à grands pas et je ressens je ne sais quelle joie à me sentir si près de cette liberté perdue. Je vois le fascisme dans toute sa laideur et sa fourberie [13] . » La comparaison avec les camps de concentration revient même assez fréquemment mais dans l’acceptation française, et non allemande, du terme. Ainsi, un rapport d’août 1940 note-t-il que « l’on prend les camps de jeunesse comme une espèce de camp de concentration où chacun se croit brimé [14] . » L’image témoigne véritablement du ressentiment des jeunes face à ce stage, synonyme de corvée, de fardeau et de brimade. Ceci est encore plus vrai quant aux réactions des jeunes face aux conditions de vie et aux activités quotidiennes.

Un quotidien mal vécu

La vie quotidienne des Chantiers, fondée sur la vie d’équipe, la discipline, les pratiques physiques et le travail, est loin de faire l’unanimité. Principale source de mécontentement : l’ambiance disciplinaire. Comme en témoigne ce rapport du groupement 8, daté de septembre 1940, la discipline et les ordres ne sont pas du goût de tous : « Le régime de fugue continue à sévir malgré les punitions exemplaires. J’ai mis 15 jours de prison à un récidiviste. Quelques mauvais sujets ont été punis de prison pour insolence, refus de travail et propagande séditieuse [15] . » Les lettres interceptées par la commission de contrôle postal attestent aussi ce refus des jeunes de se soumettre à la vie disciplinaire. Continuellement évoquées et critiquées dans les lettres, la discipline et la trop grande sévérité des chefs, qui punissent pour un oui ou pour un non, les exaspèrent. Il est vrai que les interdictions de sortie, l’emprisonnement, le rasage des cheveux ou bien les rondes de nuit sont monnaie courante. Un jeune du groupement 13 (Vaucluse) va jusqu’à évoquer une vie de bagnard : « C’est avec terreur que j’envisage les mois et mêmes les heures qui me restent à passer dans ce bagne d’honnêtes gens. Si par hasard on te dit du bien des Chantiers, n’en crois rien, la vie n’est pas pire dans un stalag. Il ne nous manque que des boulets aux pieds pour que nous soyons tous de véritables bagnards [16] . » Les nombreuses sanctions et jugements concernant les absences illégales, les outrages, les coups ou les propos antinationaux illustrent ce climat d’indiscipline et de désobéissance.

Cette atmosphère de contestation est renforcée par la situation de sous-alimentation régnant dans tous les camps, ce qui provoque la rébellion de certains jeunes. On assiste alors à des scènes et des actes inimaginables comme des menaces de grève du travail ou bien des mutineries. C’est ce qu’a vécu le commissaire Louis dans le groupement 25 : « Une vingtaine de jeunes, prenant prétexte l’insuffisance des rations, ont fait du tapage, insulté leurs chefs et sont mêmes allés jusqu’à piller le magasin à vivres du camp. Le soir même, 8 jeunes, les meneurs prenaient la clef des champs [17] . » Face à ce manque chronique de nourriture, les jeunes se servent directement chez les agriculteurs du coin, ce qui occasionne de nombreuses plaintes de la part des propriétaires et la fureur des chefs. Dans ces conditions, la formation d’une jeunesse obéissante et docile apparaît vaine, d’autant plus que toutes les activités rebutent les jeunes.

L’éducation physique, par exemple, est particulièrement redoutée. Au nom de la revitalisation physique de la jeunesse française, les Chantiers mettent à l’honneur la formation du corps au moyen d’activités éclectiques allant de l’hébertisme à l’ordre serré. Mais encore une fois, l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous. La séance matinale et quotidienne du décrassage physique recueille si peu d’adhésion qu’on la supprime dans certains groupements au grand désespoir du commissaire général. L’hébertisme connaît le même sort [18] . Cette pratique reste le plus souvent la bête noire des jeunes qui la considèrent comme une corvée fastidieuse. Et que dire des marches longues, totalement impopulaires…

S’ajoute à ces activités physiques un travail forestier particulièrement long et épuisant, qui ne fait qu’accentuer la fatigue et l’agacement des jeunes. C’est le cas de ce jeune du groupement 9 (Isère) qui ne cache pas sa colère lorsqu’il écrit, en octobre 1942 : « Ici on ménage plus les mulets que les hommes. On nous fait travailler même sous la pluie. On s’animalise aux Chantiers. La fatigue empêche de penser, l’esprit est tendu vers la nourriture et le repos [19] . » Sentiment largement partagé par les étudiants obligés de travailler dans les bois : « Il n’y a aucune tentative de formation morale et intellectuelle. On passe son temps à abattre des arbres et à creuser des trous [20] », écrit ce jeune. Des parents, inquiétés par ces conditions de vie, n’hésitent pas à écrire leur indignation aux chefs de groupement ou au préfet. C’est ce que fait ce groupe de pères de famille qui, dans une lettre envoyée au préfet des Alpes-Maritimes en août 1943, dénoncent la situation dramatique de leurs enfants : « Actuellement la situation est devenue insupportable. Mal et insuffisamment nourris, pas de boisson, ni eau, ni vin, mal entretenu, mal logé, pas d’hygiène, travaux pénibles semaine et dimanche, jamais de répit, efforts au-dessus de leur force [21] . » Il est vrai que la situation générale des Chantiers ne cesse de se dégrader.

L’attitude des jeunes vis-à-vis des Chantiers est donc continuellement marquée par le rejet d’une vie de promiscuité, rude et terriblement monotone. En outre, l’ambition politique des Chantiers, endoctriner les jeunes aux idéaux vichystes, renforce cette animosité et la transforme en une contestation politique. De fait, l’évolution du contexte, débarquement de novembre 1942, instauration du STO, essor de la Résistance intérieure, fait prendre conscience aux jeunes des réelles finalités de Vichy. En ce sens, à partir de 1943-1944, le comportement des jeunes à l’encontre des Chantiers (désertions, propos antinationaux, absences illégales) s’apparente à un geste de résistance civile [22] à l’encontre de l’occupant allemand et d’une politique de collaboration qu’ils désapprouvent.

Les jeunes des Chantiers et la politique de Vichy

Cérémonie de la remise du drapeau officiel des Chantiers à Vichy en juin 1941. Archives nationales, AJ/72/2443Le commissaire général aux Chantiers, Joseph de la Porte du Theil [23] , et son personnel sont des inconditionnels de Pétain, voyant en lui le chef infaillible envoyé par la Providence. Particulièrement zélés, ils s’évertuent à lui obéir et à le servir le plus fidèlement possible. « Aux Chantiers, nous travaillons de tout notre cœur et de toute notre foi à faire vivre dans l’âme des jeunes gens les principes les plus élevés de la Révolution nationale », déclare ainsi le commissaire général en décembre 1941 [24] . La doctrine des Chantiers de la Jeunesse [25] , véritable nébuleuse idéologique, juxtapose pétainisme, anglophobie, antigaullisme, germanophobie et antisémitisme. En tant qu’entreprise de diffusion idéologique, les Chantiers mettent en place tout un dispositif de propagande visant à vulgariser ce discours auprès des jeunes. Ce rôle de propagande est assuré par les chefs et la presse des Chantiers mais également par une participation régulière aux grandes cérémonies de Vichy (Fête Jeanne d’Arc, Fête du 1er Mai, Quinzaine impériale, anniversaire du Maréchal…) ainsi que par une relation soutenue avec des organismes extérieurs comme la Légion des Combattants. Les jeunes se retrouvent donc immergés dans une ambiance à la gloire du Maréchal. Or, cette ambition de modeler une jeunesse « maréchalisée », intériorisant les grands principes de la Révolution nationale, se heurte de plein fouet au désaccord et à la contestation des jeunes.

Une jeunesse indifférente à la Révolution nationale

Affiche de propagande d'Eric Castel, 1941. BDICLes jeunes mobilisés pour les Chantiers, nés au lendemain de la Première Guerre mondiale, ont grandi dans le culte héroïque du maréchal Pétain. Toutefois, l’attachement à la personne du Maréchal et l’adhésion à ses préceptes sont deux choses bien différentes. S’il est vrai que l’image du Maréchal jouit chez ces jeunes d’une certaine considération, il en va autrement des visées de la Révolution nationale. Ces jeunes mobilisés sont principalement des agriculteurs, des ouvriers et des étudiants. Si les agriculteurs, conservateurs mais peu engagés politiquement, soutiennent logiquement la politique terrienne et rurale du Maréchal, il semble en aller autrement s’agissant des étudiants et des ouvriers, plus prompts à contester l’idéologie diffusée par les Chantiers. D’ailleurs, afin de contrecarrer toute propagande communiste, les Chantiers recensent tous les jeunes dits « politisés » et rédigent des rapports mensuels sur les activités communistes entrepris dans les groupements. Ainsi, on peut lire en octobre 1940 : « Dans l’ensemble, l’état d’esprit est satisfaisant. Il y a bien quelques sujets peu recommandables surtout parmi les métallos mais noyés dans la masse, ils finiront par se laisser entraîner par les bons courants [26] . »

Toutefois, malgré le contrôle des éléments politisés, le discours de la Révolution nationale ne recueille pas l’assentiment tant espéré. Ainsi, en août 1941, on s’inquiète, dans le groupement 28 (Ariège), de l’indifférence générale : « Nos jeunes ne comprennent pas suffisamment que leur pays est toujours en guerre et qu’actuellement leurs uniques armes sont les trois mots du Maréchal “Travail, Famille, Patrie”. On se demande comment ils pourront être alors les propagateurs des idées nouvelles de la Révolution nationale [27] . » Même désarroi dans le groupement 104 (Algérie) où « le sentiment de la Révolution nationale n’existerait pas, où on se cantonnerait dans les habitudes d’indolence de 1936, voire même dans l’idéologie de 1936 [28] . » Enfin, en mars 1942, soit vingt mois après l’instauration du régime, les rapports signalent toujours que dans l’ensemble des Chantiers, « la Patrie, la défaite, la revanche ou la collaboration, les événements intérieurs ne font l’objet que de rares allusions, l’indifférence des jeunes semble être toujours quasi-totale [29] ». Signe de ce désintérêt politique, cette enquête réalisée en juillet 1943 auprès de 263 jeunes du groupement 24 (Hérault) afin de mieux connaître leurs sentiments sur la politique menée par le gouvernement. Les résultats, comme le note le rapport de l’enquête, « sont durs à avaler pour les fidèles de la Révolution nationale». Les conclusions s’alarment du fait que, « de la Charte du Travail et de la Corporation paysanne, la plupart de ces jeunes ne savent quasiment rien ». Mais, ce qui fâche ce sont les réponses à la dernière question : « Quel est à ton avis le régime politique idéal pour un état ? » Sur les 263 jeunes, 150 (soit 60 %) ont répondu « la République » ! La Révolution nationale du Maréchal semble alors bien loin.

Même l’appel au patriotisme ne trouve qu’un faible écho malgré l’intense propagande menée par l’État-major de l’Armée en vue de recruter des jeunes pour l’armée d’armistice : « Un très gros effort de propagande a été fourni par les Divisions militaires. Cependant, les résultats continuent à être hors de proportion avec l’activité déployée […] Même s’ils n’ont pas de situation, les jeunes gens libérables des Chantiers désirent rentrer chez eux avant de prendre une décision [30] . » On aurait pu s’attendre à des résultats beaucoup plus importants au vu de l’environnement et de l’imposante propagande patriotique des Chantiers. D’autant plus que si les jeunes s’engagent, ils le font avant tout pour des motifs purement matériels puisque les deux raisons majeures invoquées sont le rapprochement du domicile et l’appât du gain. Ce comportement des jeunes, qui va complètement à l’encontre des principes moraux des Chantiers, est vivement condamné : « Le niveau moral s’est manifesté à l’occasion des engagements dans l’armée ; les engagés n’ayant pour la plupart obéi qu’à l’attrait des avantages matériels. Dans la province Pyrénées-Gascogne, on estime que 5 % des engagés ont agi par patriotisme [31] . » Cette attitude des jeunes témoigne d’une certaine méfiance envers l’armée comme le confirment les propos du capitaine Baroz venu recruter dans le groupement 45 (Gard) : « Je viens d’entendre un de vos camarades qui ne veut pas profiter des avantages faits dans la Défense aérienne du Territoire pour la seule raison qu’il ne peut pas souffrir l’armée. Je vous demande d’avoir la franchise de m’indiquer à mains levées ceux qui partagent le même point de vue. Plus de 60 % des mains se sont levées [32] . » Autant dire que l’armée d’armistice reste très mal perçue par ces jeunes. Le traumatisme de la défaite de juin 1940 semble avoir laissé beaucoup de traces et révélé l’image d’une armée défaillante (armée de l’armistice, armée de la défaite, entend-on même), bien loin de l’image glorieuse et victorieuse de celle de 1918.

Il semble que ce désintérêt pour tout ce qui touche à la politique intérieure soit le fruit d’une indifférence généralisée. Ce n’est pas la priorité de ces jeunes dont la majorité demeure essentiellement préoccupée par son retour à la vie civile. Il en va autrement lors de l’instauration du STO qui les touche directement.

Une vive haine envers l’occupant

La défaite militaire et l’occupation du pays qui en découle engendrent une forte réaction anti-allemande à laquelle se greffe une germanophobie, héritée des conflits antérieurs. Un rapport du 3 octobre 1941 du secrétariat d’État à l’Éducation nationale, remis à l’amiral Darlan, évoque déjà ouvertement cette question : « À l’extérieur, les événements font peser sur l’ensemble des jeunes une vague d’inquiétude. Les jeunes souhaitent une victoire de l’Angleterre et applaudissent aux pertes subies par les Russes et les Allemands, non pas qu’ils soient gaullistes, anglophiles ou anticommunistes mais parce qu’ils sont germanophobes [33] . » Ces comportements et cette vive hostilité envers les Allemands prédominent et s’intensifient au fil des mois. Aussi, des actes et des gestes, témoignages d’une résistance civile, réaffirment au quotidien cette haine de l’occupant. C’est le cas par exemple lors des campagnes de propagande et d’engagement effectuées par la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF). Les inspecteurs de la LVF se heurtent alors à des jeunes en complet désaccord avec leurs discours si bien qu’au final très peu de jeunes s’engagent. Pis, on assiste même à des incidents comme en juillet 1943 lors d’une projection de films qui s’est déroulée « dans un véritable charivari au milieu des cris divers, “vive Daladier”, “vive Blum” [34] . » Deux jeunes communistes du groupement 24 seront également envoyés en août 1943 au groupement disciplinaire [35] à la suite de leur intervention au cours d’une conférence de la LVF. Ces deux jeunes ont exprimé leur confiance en la victoire russe et ont traité les officiers de « vendus ». Pourtant, comme le note le rapport relatant cet incident, ces jeunes sont sanctionnés « non pas tant pour leur intervention que pour leur sentiment communiste qui les rend indésirables dans un groupement normal [36] ». Véritable attitude de transgression et d’insoumission lorsque l’on connaît l’atmosphère anticommuniste qui règne dans les Chantiers et les propos du commissaire général en faveur de cette organisation [37] . L’opinion des jeunes à l’encontre des Allemands mais aussi envers Vichy ne cesse alors d’évoluer en fonction des événements politiques et militaires, à l’image de l’opinion publique [38] dans son ensemble.

Le débarquement anglo-américain de novembre 1942 en Afrique du Nord et l’invasion de la zone libre qui en découle provoquent chez les jeunes une prise de conscience sur le dénouement de la guerre. La victoire allemande, annoncée comme probable par la propagande vichyste, semble d’un seul coup remise en cause, d’où l’apparition, chez quelques-uns, d’un désir de participer à cette lutte armée. Voici, par exemple, ce qui se dit dans les lettres des jeunes du groupement 8 à propos de ce débarquement : « Les événements actuels sont l’objet de nombreux commentaires. Beaucoup envisagent une reprise des armes contre les Allemands et se déclarent gonflés et prêts à les chasser hors de France [39] . » Entre l’intention et l’action, le fossé reste large et très peu, à ce moment, le franchissent. Autres signes, les acclamations lors des défaites militaires allemandes et italiennes comme dans le groupement 18 (Gard) où, à l’annonce de la capitulation italienne, « nombreux étaient ceux qui ont considéré ce fait comme une victoire française et qui auraient été prêts à sabrer le champagne [40] . »

Ce comportement anti-allemand se renforce avec le durcissement de la pression allemande en zone libre. Face à cette situation nouvelle, le moral des jeunes baisse car leur avenir semble très sombre et très incertain au sein des Chantiers mais également en-dehors. C’est le constat que dresse le commissaire Faye du groupement 38 (Hautes-Pyrénées) dans son rapport de novembre 1942 : « Les événements d’Afrique du Nord ont apporté un certain trouble dans l’esprit des chefs et des jeunes. Les chefs se demandent ce que vont devenir les Chantiers, les jeunes se demandent à quoi ils seront employés. On ne peut nier qu’un certain malaise règne actuellement [41] . » Leurs craintes s’avèrent fondées car, dès janvier 1943, les autorités allemandes évacuent seize groupements implantés le long des côtes méditerranéennes et dans les Pyrénées ainsi que le commissariat régional du Languedoc. Aussi, afin d’éviter des débordements, les chefs reçoivent l’ordre d’agir constamment auprès des jeunes pour maintenir le calme et la sérénité des esprits en s’efforçant de développer chez eux la discipline, l’esprit d’obéissance et l’amour du pays. Efforts vains puisque le renforcement de la collaboration et le STO font imploser les Chantiers et plongent définitivement les jeunes dans la désobéissance, la révolte et la résistance.

La dénonciation de la politique de collaboration

Le durcissement de la politique de collaboration marque incontestablement un tournant dans l’histoire des Chantiers. Cette collaboration économique amplifiée avec l’Allemagne à partir de mai 1942 [42] provoque la colère et la consternation au sein de la jeunesse des Chantiers. Ainsi, dans le groupement 11 (Isère), la synthèse des interceptions postales de septembre 1942 note-t-elle que « la collaboration est sévèrement critiquée. Une causerie anti-collaborationniste, faite par un abbé, aurait soulevé une explosion d’enthousiasme parmi les auditeurs [43] . » Même écho dans l’ensemble des Chantiers pour le mois d’octobre 1942 où « la collaboration fait l’objet d’opinions nombreuses et à cause de la Relève, elle est unanimement désapprouvée [44] . » Sentiments que l’on retrouve dans les lettres des jeunes comme le montre cet exemple. Sur les 1 123 lettres interceptées en octobre 1942 dans le groupement 1 (Allier), une seule parle en bien de la Relève alors que 169 en parlent en mal, ce qui est un record au regard des autres thèmes évoqués. Devant le peu de résultat de la Relève (environ 70 000 volontaires), le gouvernement de Vichy publie, le 4 septembre 1942, une nouvelle loi sur l’utilisation et l’orientation de la main-d’œuvre. Celle-ci stipule que les hommes âgés de 21 à 35 ans peuvent être désormais contraints à effectuer toutes sortes de travaux que le gouvernement juge importants dans l’intérêt supérieur de la nation.

Si cette loi inquiète logiquement les jeunes quant à leur avenir au sortir des Chantiers, celle sur le STO de février 1943 déclenche un véritable séisme car elle concerne directement la classe d’âge de 1942 dont une partie, soit 24 000 personnes [45] , est encore présente dans les différents groupements. Crainte légitime puisque le commissaire général approuve cette loi et soutient les arguments de Laval et Pétain. C’est ce qu’il exprime dans un entretien accordé le 13 février 1943 au journal Le Petit Parisien : « On prétend parfois que cette politique (la collaboration) entraîne l’adhésion à des principes philosophiques que nous ne pourrions légitimement admettre. En aucune façon. C’est tout au contraire dans le but de sauvegarder notre liberté que le gouvernement agit aujourd’hui [46] . » En juin 1943, lors d’un départ de jeunes des Chantiers en Allemagne, il reconduira ses propos en expliquant que le STO est avant tout un devoir patriotique : « Vous ne pouvez choisir vous, votre poste de travail. C’est au gouvernement de le faire, au mieux des intérêts dont il a la charge et dont il porte les responsabilités. La France n’a pas d’autre moyen de prendre en ce moment une place qui doit lui assurer son rang dans le monde lorsque la paix reviendra [47] . » Sa détermination à envoyer les jeunes en Allemagne, au nom de l’intérêt national, lui vaudra une violente réaction de l’ensemble des jeunes. Comme l’écrit le commissaire à propos de son groupement 12 (Isère) en mai 1943 : « Inquiétude puis affolement même à l’idée de partir en Allemagne. Une psychose de panique s’est emparée des jeunes qui ont cherché à fuir par n’importe quel moyen [48] . » La violence et la peur caractérisent le sentiment des jeunes et provoquent alors une gigantesque vague d’absences illégales. La province la plus touchée par ce phénomène est celle d’Alpes-Jura. L’implantation massive des maquis dans ce secteur géographique et leur installation proche des groupements expliquent cette singularité. Situation qui fait dire au commissaire régional Pourchet en juin 1943 : « Les Alpes-Jura ont aujourd’hui autant d’absences illégales, peut-être plus, que les quatre autres provinces réunies [49] . »

Dates

Nombres de présents

Nombres d’absences illégales

4 avril 1944

17 960

2 290 (12,7 %)

18 avril 1944

17 239

2 966 (17 %)

2 mai 1944

16 796

3 251 (19,3 %)

23 mai 1944

16 000

3 740 (23,3 %)

6 juin 1944

15 157

4 189 (27,6 %)

13 juin 1944

14 184

5 119 (36 %)

4 juillet 1944

12 395

6 616 (53,4 %)

Statistiques des effectifs présents et des absences illégales entre avril 1944 et juillet 1944. Source : ministère du Travail, direction générale des Chantiers de Jeunesse, AN 39 AJ 66.

Devant cette explosion des absences, ainsi qu’au nom d’un retour à l’ordre, les commissaires de groupement réclament au commissaire général et au gouvernement plus de fermeté et de sanctions envers les jeunes déserteurs : « La carence de l’autorité devant les absences illégales nous gêne de plus en plus. En effet, les jeunes qui partent sont très rarement arrêtés et paraissent ainsi jouir d’une impunité certaine [50] . » Le commissaire général est, lui, convaincu que cette situation est due à certains chefs qui faciliteraient les désertions. Assurément, quelques chefs, au risque d’être radiés des Chantiers, participent à ces désertions en donnant des permissions de 48 heures facilitant la fuite. Cette participation des Chantiers à l’envoi de jeunes en Allemagne entraîne également la démission de chefs qui refusent de soutenir les départs en expliquant qu’ils ne sont pas engagés dans les Chantiers pour effectuer cette tâche mais bien pour y former la jeunesse française.

En parallèle à ces actes internes aux Chantiers, la population civile, hostile à cette loi, appelle les jeunes à se soustraire et les aide, à l’occasion, à disparaître. Certains parents en arrivent même à retarder les trains de départs, à tenter de faire fuir leurs fils ou à les enlever directement des camps. C’est ce qui se passe dans le groupement 20 (Corrèze) au cours du mois de juillet 1943 : « Plusieurs voitures de parents firent leur apparition et dans la nuit plusieurs enlèvements eurent lieu, cette façon de faire se renouvellera plusieurs fois les jours suivants [51] . » Et que dire des nombreux tracts dispersés clandestinement dans les groupements par quelques jeunes des Chantiers. Ces tracts appellent à refuser le départ en Allemagne et à rejoindre la Résistance : « À bas les Chantiers, centres d’esclaves pour Hitler. Partir aux Chantiers, c’est partir en Bochie. Chefs et jeunes des Chantiers, vous brûlez depuis longtemps du désir de servir la France. Échappez au déshonneur et à la mort, restez en France et devenez des combattants de la libération de notre patrie martyre [52] . » Afin d’échapper aux départs, les jeunes se cachent où ils peuvent et quelquefois dans les maquis dont les implantations proches des groupements facilitent le camouflage. Si les maquis abritent des réfractaires, il est important de remettre en cause l’idée selon laquelle tous les réfractaires ont rejoint le maquis [53] . En effet, vouloir échapper aux Allemands est une chose, les combattre par les armes en est une autre. Ceci dit, de nombreux jeunes et chefs rejoindront la Résistance organisée et pour certains le paieront de leur vie.

Tract des FUJ, 1943. Archives nationales, AJ39La faillite des Chantiers de la Jeunesse dans leur entreprise de formation d’une nouvelle jeunesse témoigne de l’échec plus général de la politique vichyste en matière de jeunesse puisque celle-ci ambitionnait d’endoctriner, d’encadrer et de « maréchaliser » les jeunes Français. En effet, malgré l’atmosphère pétainiste régnant dans les camps, nous sommes loin de l’idée d’une jeunesse française embrigadée intériorisant de manière passive les préceptes vichystes. Ce comportement hostile des jeunes, qui apparaît dès l’origine des Chantiers, est essentiellement motivé par les mauvaises conditions de vie qui y règnent : sous-alimentation, insalubrité, promiscuité, travail harassant... Les mobilisés, qui pour beaucoup apprécient modérément cette vie des bois, désapprouvent alors ce stage, n’y voyant qu’une perte de temps et une contrainte inutile.

Si ces jugements critiques à l’encontre des Chantiers s’intensifient logiquement avec la dégradation au fil des mois des conditions de vie, s’y greffe une contestation politique. Indifférents pour beaucoup à la Révolution nationale, pourtant largement propagée dans les camps, les jeunes des Chantiers, après le débarquement de novembre 1942 en Afrique du Nord et l’invasion de la zone libre, semblent prendre conscience de l’incertitude du conflit. Mais, c’est naturellement le renforcement de la collaboration, et surtout la mise en place du STO, qui provoquent définitivement chez eux le rejet et la condamnation du régime. Cette jeunesse entrevoit ainsi les réelles finalités vichystes et surtout celles des Chantiers puisque le commissaire général y est favorable. On assiste, par conséquent, à des comportements de résistance civile qui se traduisent par des propos ouvertement anti-vichystes, le rejet total de la collaboration, la désertion des camps ou l’entrée dans un maquis... Cependant, cette unanimité a-t-elle véritablement touché tous les jeunes ? Bien sûr, certains, notamment les jeunes ruraux, ont pu trouver dans les Chantiers une vie semblable à celle qu’ils menaient auparavant. D’autres ont prolongé leur séjour et quelques-uns, très rares, ont même intégré la Milice. Toutefois, c’est bien une grande majorité qui a rejeté la vie et le discours pétainiste des Chantiers.

Notes :

[1] Sur l’histoire de la jeunesse sous Vichy, nous renvoyons en priorité à Wilfried Halls, Les jeunes et la politique de Vichy, [trad. fr.] Paris, Syros Alternatives, 1988, et Pierre Giolitto, Histoire de la jeunesse sous Vichy, Paris, Seuil, 1991.

[2] Les Chantiers de la Jeunesse sont une structure pyramidale avec, au sommet, le commissariat général. La zone libre est découpée en cinq provinces (Alpes-Jura, Auvergne, Pyrénées-Gascogne, Languedoc et Provence) avec à leur tête un commissaire régional. En août 1940, une province est créée en Afrique du Nord mais elle disparaîtra lors du débarquement des Alliés de novembre 1942. Chaque province se compose de groupements numérotés, rassemblant environ 2 000 hommes. Chaque groupement, avec à sa tête un commissaire, se décompose en groupes de 150 jeunes.

[3] Voir sur ce point, Christophe Pécout, Les Chantiers de la Jeunesse et la revitalisation physique et morale de la jeunesse française (1940-1944), Paris, L’Harmattan, 2007.

[4] L’historiographie des Chantiers est marquée par deux types de travaux. Les premiers, réalisés essentiellement par les anciens, sont dominés par le souvenir et surtout par l’affirmation selon laquelle l’organisation était une armée secrète destinée à la revanche. Les seconds travaux, œuvres d’historiens, démontrent au contraire que les Chantiers étaient un instrument idéologique au service de Vichy. C’est le cas en particulier de Raymond Josse, « Les Chantiers de la Jeunesse », Revue d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, n° 56, octobre 1964, p. 5-45.

[5] Compte-rendu mensuel du groupement 23, novembre 1940. AN 39 AJ 119.

[6] Ces rapports des commissions de contrôle postal répertorient tous les thèmes évoqués en bien et en mal par les jeunes dans leurs lettres. Ils évoquent l’état d’esprit des jeunes et on y trouve quelques extraits de lettres.

[7] Lettre de B. groupement 36, octobre 1940. AN 39 AJ 123.

[8] Lettre de G. groupement 36, octobre 1940. AN 39 AJ 123.

[9] Synthèse des interceptions postales relatives aux Chantiers, février 1942. AN 39 AJ 77.

[10] Compte-rendu mensuel du groupement 6, juillet 1942. AN 39 AJ 115.

[11] Commission de contrôle postal, groupement 10, 30 septembre 1942. AN 39 AJ 77.

[12] Les communistes sont des farouches opposants aux Chantiers, les associant le plus souvent à une entreprise d’embrigadement. C’est ce que dénonce, entre autres, ce tract d’avril 1942 : « Nous sommes 100 000 gars des Chantiers de Jeunesse qui serrons les poings au spectacle de notre Patrie déchirée en 3 zones, livrée au pillage et aux massacres par les hordes germaniques. Sous prétexte de “Kollaborer”, une cinquième colonne de vendus conduite par un maréchal sans honneur exécute de Vichy les ordres de l’ennemi. Ces valets infâmes ont créé ces Chantiers au lendemain d’une défaite dont ils sont les profiteurs, pensant pouvoir nous mettre au pas, nous asservir, tuer en nous tout amour de liberté. » Tract diffusé en zone non occupée depuis avril 1942. AN 39 AJ 78.

[13] Extrait de lettre, janvier 1942. AN 39 AJ 50.

[14] Rapport sur l’organisation des camps de jeunesse, 28 août 1940. AN 39 AJ 136.

[15] Compte rendu mensuel du groupement 8, septembre 1940. AN 39 AJ 115.

[16] Lettre du jeune G., groupement 13, 26 novembre 1942. AN 39 AJ 77.

[17] Compte rendu du groupement 25, septembre 1940. AN 39 AJ 120.

[18] L’hébertisme, du nom de son créateur Georges Hébert, est une méthode d’éducation physique basée sur des mouvements dits naturels : courir, sauter, grimper, nager, ramper, se confronter…

[19] Lettre d’un jeune du groupement 9, octobre 1942. AN 39 AJ 77.

[20] Lettre d’un étudiant envoyé à l’Union nationale des Etudiants de France, novembre 1940. AN 39 AJ 77.

[21] Lettre d’un groupe de pères de famille au préfet des Alpes-Maritimes, 24 août 1943. AN 39 AJ 72.

[22] Le terme de résistance civile renvoie au refus de la domination du vainqueur dont découle une hostilité à l’occupant. Cette forme de résistance se caractérise par une multiplicité d’actes allant du propos anti-allemand à l’aide apportée aux maquisards.

[23] Joseph de La Porte du Theil (1884-1976). Polytechnicien, il intègre l’artillerie où il gravit les échelons. Commandant du VIIe Corps d’Armée en mai 1940, il participe activement à la campagne de juin 1940. Il reste à la tête des Chantiers de la Jeunesse jusqu’à son arrestation par les Allemands le 4 janvier 1944. Transféré à Paris puis à Munich, il restera prisonnier jusqu’en mai 1945.

[24] Joseph de La Porte du Theil, Un an de commandement, Paris, Séquana, 1941, p. 85.

[25] Cette doctrine est largement présente dans les deux ouvrages de Joseph de La Porte du Theil, Un an de commandement, paru en 1941 et Les Chantiers ont deux ans, publié en 1942.

[26] Synthèse mensuelle des activités communistes, avril 1942. AN 39 AJ 78.

[27] Compte rendu sur l’état moral des jeunes du groupement 28, 31 août 1941. AN 39 AJ 77.

[28] Synthèse des interceptions postales relatives aux Chantiers, septembre 1941. AN 39 AJ 77.

[29] Synthèse des interceptions postales relatives aux Chantiers, mars 1942. AN AJ 39 77.

[30] Note de l’État-major de l’Armée sur la propagande pour l’année 1941. Service historique de l’Armée de Terre (SHAT), 2P56.

[31] Compte rendu d’incorporation, novembre 1942. AN 39 AJ 61.

[32] Compte rendu du capitaine Baroz sur la propagande dans le groupement 45, 21 juillet 1942. SHAT, 2P61.

[33] Contrôle du courrier des jeunes. État d’esprit et moral des jeunes : novembre 1940-octobre 1943. AN 39 AJ 77.

[34] Relations avec les préfectures, les mairies, la Milice, la Légion des volontaires français. AN 39 AJ 50.

[35] En septembre 1940 est créé à Murat, dans le Cantal, le groupement disciplinaire 40. Y sont versés : les jeunes des différentes maisons d’éducation surveillée, les jeunes délinquants provenant des maisons privées, les jeunes sortant des prisons civiles et militaires et les jeunes qui ont été l’objet de sanctions disciplinaires graves dans les différents groupements.

[36] Idem.

[37] « Comprenant dès l’origine tout l’intérêt qui s’attache à ce que cette LVF soit aussi nombreuse que possible, j’ai prescrit que les plus grandes facilités soient données aux personnels des Chantiers, cadres ou jeunes volontaires, pour s’y engager. » Lettre du commissaire général au Chef du gouvernement, 1942. AN 39 AJ 50.

[38] Nous renvoyons sur ce sujet aux travaux de Pierre Laborie dont L’opinion française sous Vichy, Paris, Seuil, 1990.

[39] Synthèse des interceptions postales, groupement 8, 30 novembre 1942. AN 39 AJ 77.

[40] Compte rendu mensuel du groupement 18, octobre 1943. AN 39 AJ 118.

[41] Compte rendu mensuel du groupement 38, novembre 1942. AN 39 AJ 123.

[42] Mai 1942 est marqué par l’action Sauckel qui réclame à la France 250 000 ouvriers. La Relève est annoncée en juin : lorsque trois ouvriers volontaires français sont envoyés en Allemagne, un prisonnier de guerre est libéré.

[43] Synthèse des interceptions postales, groupement 10, septembre 1942. AN 39 AJ 77.

[44] Synthèse des interceptions postales relatives aux Chantiers, octobre 1942. AN 39 AJ 77.

[45] Sur les 24 000 jeunes de la classe 1942 présents dans les Chantiers, 16 372 partiront pour l'Allemagne entre le 28 mai 1943 et le 28 juillet 1943.

[46] Le Petit Parisien, 13 février 1943.

[47] Message aux anciens des Chantiers appelés en Allemagne, juin 1943. AN F60 1447. Suite à cet appel, un tract, daté du 5 juin 1943 intitulé « La trahison de La Porte du Theil », revient sur cet épisode en qualifiant le commissaire général de « grotesque personnage », de « chien-couchant » et termine par ces menaces : « La cause est entendue. De la Porte du Theil rejoint dans le bourbier de la trahison les Pétain et les Laval. Il subira le châtiment des traitres c'est-à-dire la mort. » AN, 39 AJ 80.

[48] Synthèse du service de surveillance des Chantiers, mai 1943. AN 39 AJ 80.

[49] Note du commissaire régional, 1er juin 1943. 3W204.

[50] Compte rendu mensuel du groupement 13, août-septembre 1943. AN 39 AJ 117.

[51] Synthèse du service surveillance Chantiers, juillet 1943. AN 39 AJ 80.

[52] Tract des Forces Unies de la Jeunesse distribué dans le groupement 22, septembre 1943. AN 39 AJ 80.

[53] Thèse notamment défendue dans l’ouvrage de Philippe Labatut, Etre jeune en 1940 : les Chantiers de la Jeunesse, une idée originale de Service National, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1985 et celui publié par le Service historique de l’Armée de Terre, Histoire des Chantiers racontée par des témoins, Actes du colloque de Vincennes, 1992.

Christophe Pécout

Docteur en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), Christophe Pécout est chercheur associé au Centre d'études des transformations des APS (CETAPS, EA 3832) à l' université de Rouen et membre du Centre de recherche en histoire quantitative (CRHQ, UMR/CNRS) à l'université de Caen. Il a notamment publié Les Chantiers de la Jeunesse et la revitalisation physique et morale de la jeunesse française (1940-1944), Paris, L'Harmattan, 2007.

Mots clefs : Gouvernement de Vichy ; Chantiers de la Jeunesse ; Politique; opinions ; comportements.

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  • ISSN 1954-3670