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Comptes rendus
   

« Les Français et l’argent »

Colloques | 29.05.2007 | Ludivine Bantigny
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Co-organisé par Alya Aglan, Olivier Feiertag et Yannick Marec, les 29, 30 et 31 mars 2007, le colloque « Les Français et l’argent du XIXe siècle à nos jours » était le fruit d’un partenariat entre les universités de Rouen (où il se déroulait) et Paris X. Il partait d’une double volonté de la part de ses maîtres d’œuvre : ne pas laisser l’économie aux seuls économistes, ni l’argent aux seuls historiens de l’économie. Ce colloque n’était donc pas une rencontre d’histoire économique pure, bien loin de là. Celle-ci ne fut présente qu’en lien étroit avec l’histoire sociale et culturelle de la France contemporaine, au travers des placements (Michel Lescure et Laure Quennouëlle) et de la spéculation (Alessandro Stanziani), de la consommation (Sabine Effosse) et du rapport qualité-prix (Florent Le Bot), des banques (Hubert Bonin et Olivier Feiertag), de l’épargne (Carole Christen-Lecuyer) et de l’impôt (Frédéric Tristram). Mais c’était chaque fois pour mieux appréhender le rôle social de l’argent, qui fonde en partie la hiérarchie d’une société, mais n’en est jamais l’unique critère de distinction, comme l’ont rappelé Jean-Pierre Chaline et Alain Plessis.

Les usages de l’argent ont ainsi été mesurés, comparés et confrontés, au prisme des groupes sociaux (la boutique et l’atelier pour Francis Demier, les classes moyennes pour Jean Ruhlmann, la famille Bonaparte pour François Lalliart), des institutions (l’Église catholique pour Jean-Pierre Moisset, la prison pour Jean-Claude Vimont), des idéologies politiques (les fascistes pour Didier Musiedlack, la gauche française pour Michel Margairaz), des engagements (la Résistance pour Alya Aglan, les profits de guerre pour Philippe Verheyde), jusqu’au contrôle (la Chambre régionale des comptes pour Antoine Rensonnet) et à la fraude (les faux monnayeurs pour Christophe Lastécouères). L’argent besoin et nécessité (celui des Monts-de-Piété qu’a abordé Yannick Marec), l’argent moteur de conflit social (celui du salaire et des conventions collectives, vu par Monique Rolland-Simion), l’argent source de divertissement aussi (les budgets de la distraction à Rouen analysés par Bénédicte Percheron) ont tour à tour et tout à la fois suscité l’attention des chercheurs.

Il a été beaucoup question du pouvoir de l’argent durant ce colloque, pouvoir sur les choses mais aussi sur les êtres, lorsqu’il va jusqu’à posséder celui qui le possède. On a pu le ressentir par l’image, celle que le cinéma français a donnée de l’argent au cours du siècle écoulé (Ludivine Bantigny), et par les textes : Alexandre Péraud a scruté l’imaginaire social du crédit chez Balzac et son besoin impérieux d’être « en dette » pour écrire. Toute une physiologie s’est dessinée là, rendant l’argent palpable dans sa circulation matérielle mais également dans les désirs individuels et collectifs qu’il fait naître, au point que parfois a pu affleurer aussi une véritable psychosociologie de l’argent.

Les approches historiographiques ont donc été diverses ; c’est ce qui a fait la richesse du colloque. Ce principe a présidé aux variations d’échelles (micro et macro-économiques) et à la diversification des sources (minutes notariales, archives fiscales, syndicales, ecclésiastiques et carcérales, archives des politiques publiques, sources littéraires et cinématographiques…). De la fragilité au luxe, l’étude des représentations et des fantasmes qui leur sont inhérents (argent vertueux et argent trouble, argent « qui travaille » et agent « qui dort ») a permis de travailler à l’analyse d’articulations en chaîne : entre avoir et savoir, entre dette et héritage, entre sphères publique et privée, entre acceptation et contestation. Dès lors, l’argent a pu être considéré comme révélateur, « facteur de violence et acteur de confiance », selon les termes d’Olivier Feiertag, marqueur et même constructeur d’identité sociale.

Ludivine Bantigny

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  • ISSN 1954-3670