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Comptes rendus
   

«Nations et systèmes dans les années 1950»

Colloques | 18.10.2007 | Jenny Raflik
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Les 9 et 10 juin 2006, des doctorants des universités Paris I et Paris IV s’étaient retrouvés autour d’un thème chronologique : les années 1950. Cette initiative fut le point de départ d’un programme de recherche sur trois ans, mené au sein de l’école doctorale de l’université Paris IV.

Les travaux de la première année de ce programme de recherche se sont organisés autour de la notion de « système ». Plusieurs séances de travail ont été l’occasion de questionner l’idée de système international. Une conférence du professeur Georges-Henri Soutou (Paris IV), en octobre 2006, a posé les bases de la réflexion en décrivant les piliers de l’ordre européen du XIXe siècle : des structures d’équilibre entre États reposant sur un cadre juridique et une concertation diplomatique régulière ainsi que sur un système de valeurs communes. L’on s’est ensuite intéressé à la décolonisation dans les années 1950, pour se demander si cette définition de « système international » était valide pour comprendre les nouveaux rapports internationaux qui se mettent en place en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient. Deux séances, faisant intervenir François Durpaire (Paris I), André Urban (Paris I) et Frédéric Turpin (Arras), ont permis d’approfondir cette question. Une troisième est revenue sur le Plan Marshall. Le professeur Gérard Bossuat (Cergy) et Émilia Robin Hivert (Paris IV) se sont demandés quel rôle ce plan a joué dans la mise en place du système européen des années 1950, envisageant conjointement le point de vue occidental et le point de vue soviétique.

À la fin de cette année de travaux, une journée d’études conclusive a été organisée, le 8 juin 2007 à la Sorbonne, pour dresser un bilan des recherches doctorales en cours. Les organisateurs avaient choisi de favoriser les échanges entre jeunes chercheurs, dans une optique interdisciplinaire et internationale. Il s’agissait d’approfondir et d’élargir la notion de système, en ne l’envisageant pas uniquement sous l’angle international, mais en étudiant également la manière dont l’idée nationale, le nationalisme, ou encore la défense de l’intérêt national, interagissent avec le système national (partis, société) ou international (organisations, alliances, etc.).

Ce thème a été abordé sous forme de quatre tables rondes.

La première tournait autour des rapports entre nationalisme et débat politique. Émilia Robin Hivert (Paris IV) et Christian Wenkel (Sciences Po) ont présenté les caractéristiques de l’antigermanisme dans le discours français sur l’Europe. Guillaume Payen (Paris IV) a étudié l’itinéraire de Martin Heidegger dans les années 1950, et les notions de Heimat et de Gestell dans ses écrits. Enfin, Zuzana Loubet del Bayle (Paris I) avait transmis un texte sur l’idée fédérale chez Hubert Ripka après 1948. À travers ces exemples, il s’agissait d’étudier le lien entre politique et nationalisme dans les années 1950 et de montrer que les thèmes de la nation, de la fierté nationale, de l’identité nationale, sont souvent créés, utilisés, voire instrumentalisés par le discours politique.

La seconde table ronde a été consacrée aux redéfinitions du concept d’intérêt national. Après la seconde guerre mondiale, de nouvelles organisations sont en effet créées pour structurer les relations entre États, que ce soit au niveau diplomatique, politique ou économique. Il s’agissait donc de se pencher sur les exemples français et italien pour comprendre les relations que les États développent avec ces nouvelles entités, et les moyens utilisés pour y défendre leur intérêt. Dans ce but, trois exposés se sont succédé : Emmanuel Dreyfus (Paris IV) et Laurent Warlouzet (Paris IV) ont parlé de l’adaptation du modèle économique français au nouvel ordre international. Valentina Vardabasso (Strasbourg/Sienne) a présenté la politique européenne de De Gasperi. Et enfin, Sarah Mohamed-Gaillard (INALCO) s’est interrogée sur le rôle que la participation au système international jouait dans l’affirmation nationale de l’Australie.

Troisième étape de cette journée de travail, une table ronde a été consacrée aux moyennes puissances dans le système international. Si le système européen 1950 est marqué avant tout par la guerre froide et la structuration des deux blocs oriental et occidental, de quelle marge de manœuvre les petits États disposent-ils dans cette conception bipolaire dominante ? À travers trois exemples très différents, à savoir la Hongrie, présentée par Gergely Fejérdy (Paris IV), la Grèce, étudiée par Lorenz Plassmann (Paris IV) et la Suisse, exposée par Daniel Möckli (Zürich), on a pu remarquer comment ces pays s’intègrent dans le système international, s’y adaptent, mais aussi comment ils l’influencent.

Enfin, la dernière table ronde s’est intéressée à d’autres groupes régionaux, non européens. En effet, il est apparu que l’ensemble des réflexions menées sur des exemples européens peut aussi s’appliquer à d’autres régions du monde. Il était donc intéressant d’étudier comment le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique du Sud s’insèrent dans la bipolarité de guerre froide, et quels modèles alternatifs ils proposent au cours des années 1950. Mathieu Bouchard (Paris I) et Caroline Piquet (Paris IV) ont étudié l’interaction entre nationalisme et système international au Proche-Orient. Benoît Beucher (Paris IV) a évoqué la préservation des intérêts nationaux et des solidarités régionales en Afrique de l’Ouest avec l’exemple de la Fédération du Mali, en 1958-1959. Armelle Enders (Paris IV) a présenté l’institutionnalisation internationale de l’Amérique latine avec l’exemple de la Cepal et son rayonnement dans les années 1950.

Cette journée d’études ne consacrait que la conclusion de la première année d’existence de ce programme de recherche sur les années 1950. Les travaux se poursuivront en 2007-2008 sur la notion de modèle, avec un calendrier semblable : plusieurs séances de travail dans l’année, et une journée conclusive en fin d’année universitaire.

Jenny Raflik

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  • ISSN 1954-3670