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Comptes rendus
   

Jérôme Bimbenet, Film et histoire,

Paris, Armand Colin, collection U, Paris, 2007, 286 p.

Ouvrages | 01.04.2008 | Laurent Wirth
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Cet ouvrage bien documenté est intéressant et utile. Son titre est quelque peu trompeur cependant car il est à la fois en deçà et au-delà de son contenu :

en deçà car, si son ambition est bien de traiter de « l’interaction entre le cinéma, l’histoire et la propagande » (p. 5), les trois premiers chapitres sont consacrés à l’image, à la représentation du pouvoir et à la naissance de la propagande, couvrant une immense période qui va de la représentation pariétale à la photographie ;

au-delà car, même s’il y a au début de la conclusion quelques ouvertures sur les « sorties de guerre », l’auteur « a choisi d’interrompre son étude au début de la Seconde Guerre mondiale », considérant que « les années trente furent les grandes années du cinéma de propagande » (p. 5).

Comme cela est dit clairement dans la conclusion, l’ouvrage privilégie « une histoire de la représentation du pouvoir » avant de procéder à « une approche contextuelle de l’interaction entre cinéma, histoire et propagande » (p. 265).

L’auteur s’attache a bien distinguer le « cinéma militant, fruit d’une production indépendante » du « cinéma de propagande, vecteur de l’engagement d’un État ou d’un pouvoir constitué, politique, économique, ethnique, syndical ou autre… produit par des voies officielles ou par délégation à une production indépendante. » Cette dernière formulation montre bien cependant que la distinction peut parfois être difficile à faire.

Les exemples étudiés sont ceux des trois pays totalitaires : URSS, Italie et Allemagne et pour les démocraties, ceux de la France et de Etats-Unis.

Les quatre premiers chapitres sont certes riches et intéressants mais ils constituent une entrée en matière un peu longue avant de pénétrer vraiment dans le vif du sujet.

La précocité du cinéma de propagande est ensuite bien mise en évidence avec le rôle essentiel qu’a joué la Première Guerre mondiale sur ce plan : les deux chapitres suivants y sont consacrés, le second (chapitre 6) dépassant la seule question de la propagande pour s’intéresser aux représentations mentales de la guerre et de la violence et intégrant l’étude des films grand public les plus récents consacrés à la « Grande Guerre », ce qui outrepasse les limites chronologiques et thématiques que l’auteur s’est données mais n’est pas sans intérêt.

Puis un chapitre intéressant est consacré au « cinéma, culture de masse et miroir de son temps ». On peut s’étonner d’y voir traiter les films de propagande du Front populaire avant que n’aient été abordés les cinémas de propagande dans les pays totalitaires. C’est à ces cinémas soviétique, fasciste et nazi que sont successivement consacrés les trois chapitres qui suivent. On trouve notamment des analyses assez fines d’un certain nombre de films emblématiques (ceux d’Eisenstein et de Leni  Riefenstahl et le Scipion l’Africain de Carmine Gallone en particulier). La place persistante des films de divertissement dans l’Italie fasciste et dans  l’Allemagne nazie est clairement analysée. L’auteur montre bien notamment que « peu de films de propagande furent tournés en Allemagne pendant la guerre » car « distraire le public devint une priorité ». On voit aussi comment Roberto Rossellini réalisa des films de propagande fasciste (La nave bianca, Un pilota retorna, L’uomo dalla croce) et les démêlés d’Eisenstein avec Staline au sujet d’Ivan le Terrible, dont « la seconde partie fut comprise par le maître de l’URSS comme une attaque contre son pouvoir » et fut interdite. Après ces trois chapitres qui constituent les points les plus forts de l’ouvrage, l’auteur s’intéresse à ce qu’il appelle « l’Amérique face à la propagande », formule qui ne reflète pas tout à fait le contenu qui est en fait plus divers : présentation de l’œuvre de Griffith (dont les contradictions comme celles de Rossellini sont bien analysées), du « cinéma américain reflet de la Grande Dépression », de celui du temps de New Deal et enfin de la place de la propagande anti-nazie. On peut discuter l’affirmation selon laquelle « le cinéma américain pourrait être qualifié de cinéma de propagande puisque depuis ses origines il ne cesse de diffuser la culture et le mode de vie américain au monde entier » (p. 241). De même en ce qui concerne le lien très fort établi en conclusion entre la publicité télévisée actuelle et les films de propagande dans les régimes totalitaires (p. 265-266). Même si l’auteur prend des précautions oratoires, on se situe là sur des plans différents. 

Mais il ne faut pas bouder son plaisir. Si on a, au départ, un peu de mal à entrer dans le sujet, et si l’ensemble peut parfois paraître un peu décousu, on lit cet ouvrage avec un grand intérêt. L’auteur y démontre une connaissance remarquable des œuvres, développe des analyses d’une grande finesse et ouvre des pistes de réflexion très intéressantes.  

 
Notes :

 

Laurent Wirth

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  • ISSN 1954-3670