Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Mai 68 dans le monde. Le jeu d'échelles

Coordination : Emmanuelle Loyer et Jean-François Sirinelli

Au-delà du Vietnam : Chicago 1968 et l'autre mouvement étudiant-lycéen

Andrew Diamond, Caroline Rolland-Diamond
Résumé :

Cet article cherche à offrir une nouvelle perspective sur le soulèvement que fut Chicago 68 en examinant, au-delà du mouvement anti-guerre largement analysé, la mobilisation politique méconnue des (...)

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« Bring the boys home ! », « Hey, Hey, LBJ, how many kids did you kill today ? » Scandés de Washington à San Francisco, ces slogans étaient repris, en 1968, par les jeunes en révolte contre l’ordre établi à Paris, Londres, Berlin ou Tokyo, créant le sentiment de l’existence d’un mouvement international d’opposition à la guerre et accroissant d’autant la pression pesant sur le gouvernement américain du fait de son engagement au Vietnam. Plus de trois années après le début des bombardements massifs sur le Vietnam du Nord en février 1965, l’effort de guerre américain n’avait toujours pas abouti malgré la présence sur place d’un contingent approchant le demi-million et la mort de plus d’un millier de soldats américains chaque mois. Pire encore, depuis le camouflet infligé par les Vietnamiens lors de l’offensive du Têt, il était devenu clair pour les Américains, abreuvés chaque soir à l’heure du dîner d’un flot télévisé d’images toujours plus atroces, que la lueur n’était pas au bout du tunnel contrairement aux affirmations de l'Administration Johnson. Dans un tel contexte, on comprend aisément pourquoi la convention nationale démocrate qui se tint du 26 au 29 août 1968 focalisa l’attention du pays entier.

A l’approche des élections présidentielles de novembre, le parti responsable de l’entrée en guerre du pays était largement sur la défensive face à des Républicains dont le nouveau leader, Richard Nixon, se faisait inlassablement le chantre du retour à « la loi et l’ordre » et promettait la fin du conflit : en proie à un profond désarroi depuis que Johnson avait annoncé, le 31 mars, qu’il renonçait à se présenter et que le charismatique Robert Kennedy avait été assassiné en juin, le parti peinait à se rassembler et à mobiliser autour du vice-président Hubert Humphrey. Alors que les débats se poursuivaient dans l’Amphithéâtre international, la dizaine de milliers de manifestants venus à Chicago pour exprimer leur opposition avec la guerre autour de défilés, de grands rassemblements et d’un « festival de la vie » yippie se heurta aux forces de police de la ville, assistées de la garde nationale, déterminées à empêcher tout désordre dans la ville transformée pour l’occasion en camp retranché.

Les images très médiatisées des policiers de Chicago frappant violemment les manifestants pendant la convention et le procès haut en couleur des Chicago 7, intenté un an plus tard à l’encontre des « dirigeants » du Mouvement [1] , ont contribué à réduire dans la mémoire collective les événements de 1968 à Chicago aux protestations contre la guerre du Vietnam et aux excès de la contre-culture. Largement dominante à l’époque des faits, cette image perdure dans la mémoire de 1968, confortée par l’historiographie de la période. Pourtant, à la même période, pendant que de nombreux jeunes s’adonnaient aux plaisirs des drogues douces et protestaient contre la guerre du Vietnam, des étudiants de milieux plus défavorisés, surtout noirs, mais aussi latinos et blancs, lycéens et étudiants dans les community colleges (établissements dispensant une éducation en deux ans à vocation professionnelle), se mobilisèrent autour d’enjeux très concrets, depuis la création de cours d’histoire afro-américaine au recrutement d’enseignants noirs, en passant par l’ouverture des établissements scolaires aux habitants de leurs quartiers. Très pragmatiques et touchant à une question fondamentale pour les communautés de minorités ethnoraciales de la ville, ces préoccupations semblaient dotées de la capacité de fédérer les mécontentements en un vaste mouvement de protestation remettant en cause l’ordre établi sous la direction des autorités municipales. Il n’en fut pourtant rien. Redonnant toute son importance à ce type d’activisme ancré dans la réalité du tissu urbain local, cet article réfléchit aux conditions de son émergence et aux raisons de son échec. Il soutient que malgré leur pragmatisme, ces préoccupations n’ont pas su mobiliser largement parce qu’elles étaient présentées revêtues des atours du Black Power. Ce faisant, il contribue à dépasser la vision classique de la contestation américaine des années soixante comme d’un mouvement d’étudiants blancs de classe moyenne ayant échoué du fait de son incapacité à rallier la classe ouvrière blanche à sa cause, en redonnant sa place aux étudiants et lycéens noirs de classe ouvrière, grands oubliés de l’historiographie de 1968.

Vietnam et divisions raciales : une historiographie en noir ou blanc

Ouvrage clé sur la convention, le Chicago 68 [2] de David Farber retrace la genèse des événements du point de vue des différentes parties en présence : la coalition nationale d’opposants à la guerre réunis sous l’appellation « Mobe » ou « National Mobilization against the War in Vietnam », les yippies et autres hippies, tenants de la contre-culture venus en force à Chicago à l’appel de Jerry Rubin et Abbie Hoffman, les activistes locaux toutes races confondues voyant dans la convention l’occasion d’attirer l’attention sur la responsabilité des pouvoirs publics municipaux, sous la direction du maire Richard Daley, dans la perpétuation des inégalités raciales et socio-économiques dans la ville, ainsi que les autorités locales. Fondamental pour comprendre les affrontements de la convention, ce livre n’en accorde pas moins une importance démesurée aux yippies, qui ont certes captivé l’attention des médias par l’excentricité de leurs actions – comme la mise en liberté du cochon Pigasus, proclamé candidat yippie à la présidence des États-Unis, dans les rues de Chicago pourchassé par des hordes de policiers en uniforme – mais ne constituaient, en dernière analyse, qu’une poignée d’activistes ayant choisi de dénoncer par l’absurde les injustices de la société américaine et de son système politique, sans se préoccuper de monter une véritable opposition politique en lien avec les militants locaux, dont un grand nombre d’Afro-Américains, pourtant très actifs et largement négligés par l’analyse de Farber [3] .

Outre cet ouvrage concentré sur la Convention nationale démocrate, la tendance dominante de la littérature sur 1968 aux États-Unis consiste à s’intéresser surtout aux hauts faits de la « Nouvelle Gauche », entendue de manière restreinte comme une coalition de groupes de militants blancs, très souvent étudiants, de classe moyenne ou supérieure, dont le meilleur représentant serait l’organisation Students for a Democratic Society (SDS), principalement engagée à lutter contre la guerre du Vietnam [4] . Quelques belles monographies, telle celle de Doug Rossinow sur le « Mouvement » au Texas [5] , ont récemment renouvelé l’historiographie, mais elles mettent elles aussi l’accent sur les jeunes blancs contestataires, à l’exclusion de toute autre forme de protestation, et suivent globalement le même schéma d’analyse que les autres ouvrages sur la période : selon cette perspective dominante, le « Mouvement » aurait eu une trajectoire en trois phases, copiées sur celles du SDS – réformiste du début des années soixante à l’automne 1967, puis révolutionnaire à partir de cette date et jusqu’à son déclin brutal à partir de l’été 1969 et l’éclatement de l’organisation. Son échec au début des années soixante-dix serait ainsi fondamentalement dû à son incapacité à œuvrer en acteur réaliste du jeu politique américain et à s’ériger en contre-pouvoir efficace, faute d’avoir su rallier à sa cause la classe ouvrière, aliénée par le penchant des jeunes du Mouvement pour la contre-culture, la politique identitaire et la rhétorique révolutionnaire.

Pendant de cette assimilation de la « Nouvelle Gauche » au SDS, l’historiographie des années soixante a eu longtemps tendance à ne s’intéresser aux étudiants noirs que dans le cadre d’analyses du mouvement pour les droits civiques. Au sein de cette catégorie, le discours dominant des études afro-américaines consistait même à limiter l’histoire du mouvement pour les droits civiques à l’activisme apparu dans le sud des États-Unis vers le milieu des années cinquante autour des grandes organisations, telle la Southern Christian Leadership Conference de Martin Luther King, tandis que l’histoire des jeunes Afro-Américains des grandes villes du nord du pays était présentée dans le cadre des émeutes des ghettos urbains de la deuxième moitié des années soixante. Récemment, un nombre croissant de chercheurs a heureusement commencé à s’intéresser à l’émergence d’un mouvement pour les droits civiques dans le Nord avant le milieu des années soixante [6] , mais l’accent reste mis sur les jeunes non scolarisés, sans prendre en compte les liens essentiels entre les rébellions urbaines et l’activisme étudiant afro-américain sur les campus et dans les lycées.

Quelques études récentes [7] se sont bien penchées sur l’activisme étudiant afro-américain mais ce dernier reste considéré comme un phénomène à part, à l’écart à la fois de l’agitation générale des campus de la période et des nombreux mouvements de protestation apparus depuis le début des années soixante dans les quartiers noirs, notamment autour de la question scolaire. Si ces ouvrages récents ont le mérite d’attirer l’attention vers une forme de militantisme restée longtemps le parent pauvre de l’historiographie de la contestation étudiante, ils restent très peu connus et se concentrent sur les protestations des étudiants à l’université (en oubliant les lycéens) sans mettre suffisamment en relation cet activisme estudiantin avec les enjeux sociopolitiques – en particulier les questions de l’éducation et de l’autogestion – à l’origine de la mobilisation des populations noires défavorisées dans leurs quartiers [8] .

Au cœur du mouvement de protestation des étudiants et lycéens de classe ouvrière de Chicago en 1968, la question de l’éducation, touchant au sujet très sensible de l’avenir des jeunes générations, avait pourtant déjà provoqué la mobilisation de la communauté noire qui avait organisé, au début de la décennie, des boycotts scolaires pour protester contre la qualité inférieure de l’éducation fournie à leurs enfants [9] . Ainsi, à Chicago, à la rentrée scolaire 1963, deux mois à peine après la marche sur Washington où Martin Luther King émut les foules avec son « rêve » d’intégration non violente, une coalition de parents d’élèves, de jeunes et de groupes locaux de défense des droits civiques organisa un boycott scolaire très suivi (plus de 200 000 participants) pour protester contre la ségrégation scolaire de facto pratiquée par le Board of Education (Bureau de l’éducation) de la ville et l’utilisation de bâtiments en préfabriqué comme salles de classe « temporaires » pour désengorger les classes des écoles noires [10] . Malgré son échec dû au refus intransigeant de Benjamin Willis, surintendant des écoles publiques au Board of Education, de modifier la carte scolaire, ce mouvement laissa des traces dans les mémoires de la communauté noire et contribua à expliquer le vent de militantisme qui souffla sur les lycées et universités de la ville en 1968. Cette contestation des étudiants de classe ouvrière, principalement afro-américains, était fortement influencée à la fois par les autres aspects du mouvement étudiant, en particulier les revendications de « pouvoir étudiant » (student power), et par le virage radical pris par le mouvement local pour les droits civiques avec la mobilisation des habitants des quartiers noirs autour de revendications de contrôle local de leurs communautés (empowerment) et de reconnaissance culturelle.

Nouveau défi sur les campus : la mobilisation des étudiants noirs

Mai 1968 fut un mois agité sur les campus des universités de Chicago. Après plus de trois années de protestations presque ininterrompues contre la guerre du Vietnam, ce n’était pas la première fois que les universités de la ville se retrouvaient sur le banc des accusés. Loin s’en fallait. Largement financées par le gouvernement fédéral depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elles avaient déjà essuyé le feu des critiques estudiantines pour leur « collaboration » avec l’effort de guerre américain. Alors que les laboratoires de certains établissements – à Chicago, l’université de Chicago et l’Illinois Institute of Technology en particulier – réalisaient des recherches à des fins militaires pour le compte du Pentagone, quelques universités, dont l’université de Chicago, avaient accepté de transmettre le classement de leurs étudiants garçons au Selective Service System, l’organisme fédéral chargé d’organiser la conscription, après un durcissement de la législation sur les sursis étudiants stipulant que désormais, les étudiants obtenant les moins bons résultats scolaires seraient déclarés « bons pour le service ». Dans ce contexte, alors que l’intervention américaine semblait toujours sans issue, les étudiants s’étaient insurgés contre ce qu’ils considéraient comme une inféodation de l’institution universitaire au « complexe militaro-industriel ». Manifestations, pétitions, occupations de bâtiments, ils avaient multiplié les actions, avec le soutien d’enseignants sympathisants, jusqu’à obtenir gain de cause. Les unes après les autres, les universités de Chicago, à l’instar de leurs homologues dans tout le pays, avaient progressivement mis un terme à leur aide ouverte à l’effort de guerre américain, renonçant au classement de leurs étudiants et réorientant leurs programmes de recherche les plus décriés.

Mais au printemps 1968, la mobilisation qui attendait les universités de Chicago était différente. Depuis plus d’un an, une fièvre d’un nouveau type s’était emparé des différents campus de la ville, et en particulier des community colleges, ces établissements de formation professionnelle attirant une population étudiante de milieu ouvrier, souvent issue de minorités ethnoraciales. Sous l’influence de l’idéologie du Black Power – concept flexible, né des années de lutte frustrée du mouvement pour les droits civiques, mêlant des notions d’autodétermination, d’appartenance à une diaspora noire et de fierté culturelle – les étudiants noirs, puis latinos s’organisèrent pour revendiquer une réforme profonde de l’université. Exigeant d’abord la modification du fonctionnement interne de leur établissement d’enseignement supérieur, marqué, selon les activistes, par la persistance d’un racisme institutionnalisé, ces derniers élargirent rapidement leur mouvement de protestation à la fonction sociale de l’université, remettant en question le statu quo politico-racial en vigueur dans la ville.

Pour les universités de Chicago qui se targuaient depuis longtemps d’être des centres d’opposition au racisme et qui avaient mis en place, à partir des années cinquante, des programmes destinés à favoriser le recrutement d’étudiants afro-américains [11] , la mobilisation de ces étudiants constitua un défi sans précédent. Elles furent d’autant plus prises au dépourvu par les accusations de racisme qui s’abattirent sur elles que les étudiants noirs, bénéficiant d’une éducation supérieure, garantie de mobilité sociale, semblaient avoir toutes les raisons de rester attachés à l’objectif d’intégration individuelle dans la société américaine, comme l’avaient été avant eux les autres générations d’étudiants afro-américains. Pourtant, comme la majorité des jeunes afro-américains de leur âge, eux aussi furent séduits par l’idéologie du Black Power qu’ils essayèrent de mettre en œuvre dans leur université.

Membres de la même génération que les étudiants blancs qui protestaient, de manière de plus en plus véhémente au fil des années, contre la guerre du Vietnam et la complicité des universités avec le complexe militaro-industriel, les étudiants afro-américains partageaient avec ceux-ci la même volonté de remise en cause des valeurs traditionnelles et de l’autorité, ainsi que la quête d’une identité individuelle et collective en accord avec leurs nouvelles valeurs. Les étudiants noirs avaient en outre été les témoins, notamment à l’occasion du mouvement d’opposition au classement des étudiants, de la capacité d’un petit groupe d’étudiants bien organisés et déterminés à faire plier des institutions aussi puissantes que l’université de Chicago. Dans ce contexte, l’augmentation progressive du nombre d’étudiants afro-américains jusqu’à atteindre une masse critique créa les conditions nécessaires à l’émergence d’un activisme chez ce groupe. Tant qu’ils ne représentaient qu’une simple poignée d’étudiants à l’échelle d’un campus de plusieurs centaines ou milliers d’étudiants, il leur était impossible de donner voix à leurs griefs [12] . Le nombre d’étudiants afro-américains sur certains campus de la ville restait certes très limité puisqu’il ne représentait que 5 % à l’université de l’Illinois à Chicago Circle en mai 1966 [13] , 4 % à l’université de Chicago en septembre 1967 [14] et 5 % à l’Illinois Institute of Technology en mai 1968 [15] , mais en chiffres absolus, le contingent noir s’élevait désormais à plusieurs centaines, un nombre suffisant pour pouvoir monter des actions de protestation avec bon espoir de réussite.

Une fois les ressources nécessaires à l’émergence de l’activisme réunies, il ne manquait plus qu’un facteur déclenchant pour que cette dernière se produise. La popularité croissante de l’idéologie du Black Power dans la communauté noire de Chicago à partir de 1966-1967 et l’émeute du quartier défavorisé du West Side en avril 1968 jouèrent ce rôle de catalyseur [16] . Après l’échec du boycott scolaire de 1963, celui de la campagne du Chicago Freedom Movement, orchestrée en 1966 par la Southern Christian Leadership Conference de Martin Luther King, pour forcer les autorités municipales à adopter une législation interdisant la discrimination lors de la vente ou de la location d’un logement, accrut la frustration d’un grand nombre d’Afro-Américains de la ville, convaincus que l’idéal d’intégration avait vécu [17] . Devant la résistance acharnée d’une vaste majorité de la population blanche contre la déségrégation résidentielle [18] , soutenue par le maire et l’appareil du parti démocrate, nombreux furent les habitants des ghettos noirs des West Side et South Side, en particulier chez les jeunes, à renoncer à l’objectif d’intégration dans la société américaine et à revendiquer, à la place, le Black Power, la fierté de leurs origines et de leur différence, le contrôle de leurs communautés, voire le séparatisme.

Jusqu’au printemps 1968, le maire de Chicago, Richard Daley, avait pu se vanter que sa ville n’avait pas connu d’émeutes raciales. Certes, en juillet 1966, les quartiers noirs des Near West Side et de Lawndale, de même que l’enclave portoricaine autour de Division Street dans le Near North, avaient été agités par quelques nuits de violences [19] , mais le calme était vite revenu et les dommages relativement limités. Rien de comparable avec les événements de l’été 1967 à Detroit par exemple. Mais, à l’annonce de l’assassinat de Martin Luther King le 4 avril 1968, le quartier du West Side explosa [20] . Sous les yeux d’une population blanche terrorisée et rivée à son poste de télévision, des milliers de jeunes mirent leur propre quartier, situé à peine à 5 km du Loop (le centre d’affaires de Chicago) à feu et à sang, détruisant tout ce qui était à leur portée, pillant les magasins de la rue principale (dont la quasi-totalité appartenait à des propriétaires blancs), et incendiant poubelles, voitures, boutiques et immeubles. Les violences, qui durèrent deux jours et causèrent la mort de neuf personnes, ne prirent fin qu’avec l’intervention de l’armée et de la Garde nationale, venues suppléer des forces de police locales totalement dépassées par l’ampleur des événements [21] .

Dès le retour du calme, les médias locaux, Chicago Tribune en tête, et les autorités municipales accusèrent les gangs de la ville et les militants du Black Power d’avoir orchestré les violences [22] , malgré les conclusions du rapport d’enquête officielle mettant l’accent sur les facteurs socioéconomiques et la tension raciale préexistante dans le ghetto de l’ouest de Chicago. Quelques jours plus tard, soucieux de rétablir son image face à la grogne de ses électeurs blancs, Richard Daley ordonna à ses forces de police d’user à l’avenir de leurs armes pour « tuer tous les incendiaires et mutiler ou estropier tous les pillards » (shoot to kill any arsonist […] shoot to maim or cripple any looter [23] ). Tandis que courriers de soutien et messages de félicitation pour la détermination de Daley à rétablir l’ordre affluaient à la mairie, la réputation du maire auprès des jeunes, fortement entamée depuis 1966, devint exécrable [24] : sur les campus et dans les lycées, les étudiants et lycéens noirs de Chicago se mirent à voir dans l’action militante radicale le seul moyen possible pour redonner aux habitants de leurs quartiers une voix au chapitre et l’espoir d’un avenir meilleur. À cette fin, ils s’attaquèrent à la première cible à leur portée : leur école ou université.

Le 10 mai, des étudiants de l’Illinois Institute of Technology, université située en plein cœur du quartier historique noir du South Side, envoyèrent au doyen des étudiants un ultimatum. Ils exigeaient la fin du harcèlement par la police des étudiants et des habitants du quartier, la réforme des procédures disciplinaires, l’accès gratuit pour les habitants du quartier aux installations universitaires, le recrutement des futurs étudiants dans les lycées locaux, ainsi que la création d’un département d’études noires [25] . Quelques jours plus tard, les membres du groupe étudiant Black Student Alliance du community college, Wilson Junior College, se mirent à réclamer du président de leur université la création d’un département d’études noires, ainsi que le contrôle par les étudiants du processus de recrutement et de titularisation des enseignants et de la définition du contenu des cours [26] . En l’espace de quelques jours, quasiment tous les établissements de la ville connurent des protestations similaires. Même les établissements privés confessionnels ou d’élite n'étaient pas épargnés. Un groupe d’étudiants afro-américains de l’université catholique DePaul menaça, à la même époque, l’administration de protestation violente si elle refusait de créer un programme d’études noires, de recruter des enseignants afro-américains et de mettre fin à la discrimination raciale pratiquée dans les fraternities de l’établissement. Un mois plus tôt, les étudiants noirs de la prestigieuse université privée Northwestern avaient fait la une des journaux en réclamant la création d’une résidence universitaire séparée qui leur serait réservée, arguant que la présence d’étudiants blancs, même animés de la meilleure volonté, transformait nécessairement l’atmosphère et empêchait les Noirs de s’exprimer librement [27] .

Par la forme qu’ils donnèrent à leurs revendications, les étudiants noirs de Chicago se réclamaient délibérément de la pensée de Malcolm X et des autres théoriciens du Black Power, tels Stokely Carmichael, dirigeant de l’organisation militante Student National Coordinating Committee (SNCC) et Charles Hamilton, professeur à l’université Roosevelt à Chicago, co-auteurs du livre Black Power [28] . Les jeunes reprenaient à leur compte leur justification du refus de la non-violence inconditionnelle au nom du droit de tout homme à l’autodéfense, comme en témoigne la dernière phrase de la déclaration d’intention des étudiants noirs de l’Université de l’Illinois à Chicago : « Nous croyons que nous devons maintenir notre capacité maximale à atteindre nos objectifs et défendre notre peuple par tous les moyens nécessaires » [29] . Derrière ce type de déclarations se cachait, à peine voilée, la menace d’un recours à la violence « si nécessaire », c’est-à-dire en cas de refus de l’administration d’obtempérer. Survenant dans un climat de tensions raciales exacerbées après les émeutes d’avril 1968 et le fameux « shoot to kill » de Daley, ces tentatives d’intimidation étaient prises très au sérieux par les autorités universitaires qui firent tout ce qui était en leur pouvoir pour désamorcer la crise. Ainsi, tandis que les présidences de l’Illinois Institute of Technology, de Wilson et de DePaul répondaient favorablement à la demande de création de cours d’histoire afro-américaine et de recrutement d’enseignants noirs, Northwestern créa un choc dans le milieu universitaire local et national en acceptant la revendication séparatiste de ses étudiants noirs.

Malgré leur forme radicale, les revendications des étudiants n’en exprimaient pas moins des objectifs pragmatiques, attestant d’une vision lucide de leur situation minoritaire sur leurs campus et dans la ville. Contrairement à l’étudiant blanc radical, l’étudiant afro-américain ne cherchait pas à détruire l’institution universitaire, mais plutôt à la réformer pour qu’elle réponde mieux à ses besoins : acquérir les compétences nécessaires à l’amélioration de la situation de sa communauté. Une telle réforme passait à ses yeux par la reconnaissance du racisme institutionnel de l’université, l’augmentation du nombre d’étudiants noirs, le recrutement d’enseignants et d’administrateurs noirs, la création et le contrôle de départements d’études noires, l’ouverture des installations universitaires aux habitants des quartiers voisins, ou encore le droit d’organiser certaines manifestations culturelles spécialement destinées aux étudiants afro-américains. Même le séparatisme revendiqué par les étudiants afro-américains de Northwestern ne doit pas être interprété comme une volonté de se replier sur eux-mêmes. Pour ces jeunes, en effet, l’objectif essentiel n’était pas la réforme du système d’enseignement supérieur en tant que fin en soi, mais la mise de leurs nouvelles compétences et de l’ensemble du système éducatif au service du bien-être de la communauté afro-américaine locale. Pour reprendre les termes du rapport final de la Commission présidentielle sur les protestations étudiantes,

« Le […] problème des Noirs est davantage externe qu’interne. Ils s’intéressent à des problèmes non universitaires qu’ils identifient comme étant la discrimination, l’oppression économique, la perte d’identité, la pauvreté, la faim et le racisme. Ils demandent à être respectés et aspirent à avoir de véritables opportunités économiques. […] L’objectif principal de la majorité des étudiants noirs semble être de se mettre au service de leurs ‘frères et sœurs noirs’. […] La principale préoccupation des étudiants issus de minorités raciales est d’acquérir le type d’éducation qu’ils jugent essentiel pour pouvoir retourner dans leurs communautés et améliorer la situation de leur peuple. Ils attendent de leur éducation qu’elle leur fournisse la formation dont ils ont besoin pour faire face aux problèmes des minorités aux États-Unis et considèrent l’enseignement supérieur comme la voie royale de leur développement personnel [30] . »

Comme un grand nombre de leurs homologues blancs, les étudiants noirs considéraient en effet que l’institution universitaire, du fait de son importance dans la société américaine, avait le pouvoir de changer l’ordre des choses si elle était mise au service du peuple. Dans cette optique, outre l’admission d’étudiants issus des lycées du quartier, les étudiants exigèrent le libre accès aux installations universitaires pour les habitants du quartier où se trouvait l’établissement. Dans certains cas, cette ouverture de l’université ne se limitait pas aux équipements sportifs, médicaux ou culturels, ou encore aux salles de cours, mais incluait la disparition de toute séparation physique entre université et quartier.

Le cas de l’Illinois Institute of Technology (IIT) est, à cet égard, exemplaire : située au cœur des quartiers noirs du sud de la ville, l’université avait tenté de se protéger contre l’expansion permanente du ghetto, pour pouvoir continuer à attirer enseignants de qualité et étudiants blancs de classe moyenne, en rachetant les terrains limitrophes de son campus et avait immédiatement fait construire une enceinte autour du campus pour matérialiser les limites de son espace. Sans grande surprise, les étudiants afro-américains de l’IIT firent, avec le soutien de groupes d’étudiants blancs radicaux, de la suppression de cette barrière l’une de leurs principales revendications. A leurs yeux, son élimination constituerait un geste symbolique de la nouvelle attitude de l’université vis-à-vis de la communauté, gage de leur collaboration future en vue du bien-être commun. Partageant leur analyse du caractère symbolique de la satisfaction de cette revendication, l’université opposa un refus ferme sur ce point mais fit des concessions sur les autres demandes estudiantines pour parvenir, avec succès, à désamorcer la crise. Dans son communiqué officiel publié le 28 mai 1968 en réponse aux revendications des étudiants noirs, John Rettaliata, président de l’Illinois Institute of Technology, déclara que l’université était prête à mettre en place de nouvelles procédures pour permettre l’admission d’une sélection de lycéens afro-américains dans des programmes spécialement conçus à cet effet, ainsi qu’à proposer des cours d’études noires dès la rentrée suivante, mais qu’aucun département séparé ne serait créé, compte tenu de la faiblesse relative du département d’arts libéraux dans cet établissement à vocation avant tout technique. Rappelant que l’IIT possédait déjà des enseignants afro-américains et avait toujours recruté des étudiants noirs [31] , il appela l’association des étudiants noirs à s’associer aux efforts de l’administration en retournant dans leurs lycées respectifs pour inciter d’autres élèves à postuler à l’IIT. Enfin, il conclut en soulignant que les installations sportives de l’IIT avaient déjà été ouvertes aux habitants des quartiers environnants et que cette politique allait se poursuivre, tout en expliquant que l’université devait conserver son mur d’enceinte pour sa protection [32] .

À défaut de pouvoir abolir toute séparation physique entre l’université et le quartier, les étudiants entendaient à tout le moins limiter l’expansion des universités de la ville aux dépens des habitants des quartiers concernés. Ainsi, le 4 mai 1968, environ 300 personnes, des étudiants noirs, blancs et latinos de l’antenne de l’université de l’Illinois à Chicago et des membres de l’association de quartier Concerned People of the Westside, assistèrent à un séminaire sur le campus. La réunion avait pour but d’organiser la mobilisation contre les projets d’expansion de l’université dans le quartier environnant, celle-ci devant aboutir à l’expulsion et au déracinement de nombreux habitants. Très animée, la discussion se concentra vite sur la nécessité pour la minorité noire de détenir un plus grand pouvoir de décision, tant à l’université que dans le quartier [33] , et sur la dénonciation des pouvoirs publics locaux, sans lesquels cette université publique ne pouvait mener à bien ses projets immobiliers. Soutenue par la mairie de Chicago, l’expansion de l’université s’inscrivait dans le programme de « renouveau urbain » de la ville, une politique officiellement destinée à renouveler l’habitat par la démolition des logements insalubres mais utilisée par la municipalité pour contrôler la progression des ghettos noirs. Dans le cas de l’université de l’Illinois à Chicago, Daley entendait se servir de l’université pour maintenir un îlot de valeurs immobilières élevées à proximité du Loop, ralentissant l’arrivée des populations noires et latinos dans cette zone de la ville [34] .

Présentée dans la rhétorique du Black Power, cette nouvelle contestation estudiantine visant le renforcement du pouvoir de la communauté noire à l’université comme dans les quartiers traduisait à la fois une vision radicale de la responsabilité sociale de l’université et une critique virulente de la « machine Daley », accusée d’être responsable de la persistance de la ségrégation et de la forte pauvreté affectant au premier chef la communauté noire, mais aussi la communauté hispanique de la ville. Mobilisant non seulement les étudiants afro-américains, mais aussi des groupes étudiants latinos et blancs radicaux, ainsi que des habitants des quartiers concernés regroupés dans des organisations ad hoc, ce mouvement de protestation pouvait laisser augurer de la formation d’un vaste mouvement interracial remettant en cause l’ordre établi. Pour les pouvoirs publics locaux, cette menace était à prendre d’autant plus au sérieux qu’elle coïncidait avec le développement d’un mouvement lycéen qui, en s’attaquant au Board of education, portait lui aussi les germes d’un bouleversement radical de l’équilibre politico-racial en vigueur dans la ville.

Né au printemps 1968 dans un lycée du South Side de Chicago où plus de 3 000 élèves manifestèrent pour refuser « l’enseignement de l’histoire africaine par des blancs » [35] , le mouvement lycéen s’amplifia à l’automne et gagna le ghetto du West Side. Dans un grand nombre de lycées (Waller, Wells, Harrison, Austin, Fenger, Morgan Park et Lindbloom notamment), de jeunes militants noirs organisèrent boycotts sauvages des cours, sit-in et rassemblements pour exiger le recrutement d’enseignants et d’administrateurs noirs et la prise en compte de la voix des élèves et de leurs parents dans les décisions concernant leur scolarité. Soucieux d’établir une liste de revendications cohérentes à soumettre à James Redmond, le surintendant des écoles publiques au Board of Education, les jeunes, réunis dans le groupe ad hoc « Black Students for Defense » sous la direction de deux lycéens de Harrison, Victor Adams et Sharron Matthews, rédigèrent un manifeste montrant toute l’importance que revêtait désormais la politique de la reconnaissance du Black Power aux yeux de ces jeunes Noirs [36] . Tout en haut de leur liste de revendications figuraient ainsi la création « de cours complets en histoire noire » et « l’inclusion dans tous les cours dispensés des contributions des Noirs américains ». En septième position, les jeunes réclamaient aussi la création de « jours scolaires fériés le jour de l’anniversaire de héros noirs, tels que Marcus Garvey, Malcolm X, W.E.B. DuBois ou Martin Luther King », en complément de la réforme des programmes. Les élèves annoncèrent à la presse qu’ils appelaient à un boycott municipal des écoles chaque lundi jusqu’à ce que le surintendant Redmond accède à leurs demandes [37] . Dès le lendemain, lundi 21 octobre, entre 27 000 et 35 000 élèves refusèrent d’aller à l’école, tandis qu’un grand nombre d’entre eux assistaient aux rassemblements organisés dans la ville. Une semaine plus tard, le boycott mobilisa encore plus de 20 000 élèves et environ 600 enseignants. Toutefois, dès le lundi suivant, le nombre d’élèves restés chez eux était retombé à environ 9 000 élèves, un signe clair de l’essoufflement du mouvement [38] . Pendant le reste de l’année scolaire, protestations et boycotts sauvages refirent périodiquement apparition dans plusieurs lycées noirs, mais l’élan était retombé.

Malgré sa fin relativement brutale, le mouvement lycéen pouvait toutefois mettre à son actif certaines réussites importantes – au moins à court terme. Dès le 17 octobre (puis à nouveau le 23), Redmond répondait favorablement à la plupart des revendications des lycéens. Il s’engagea à étendre à l’année le cours semestriel d’histoire afro-américaine dispensé dans trente-six lycées, à acheter de nouveaux manuels scolaires accordant « davantage d’attention aux contributions des groupes minoritaires », à poursuivre les « efforts menés pour doter l’ensemble du système scolaire d’un personnel mixte sur le plan racial » et à renforcer les relations du Board of Education avec les associations de parents d’élèves et les groupes de lycéens [39] . Au-delà de l’effet d’annonce qui reconnaissait le bien-fondé du mouvement de protestation, les concessions de Redmond s’apparentaient à une victoire à la Pyrrhus. La réponse quasi immédiate et enjouée du surintendant contribua en effet à saper la révolte lycéenne et en explique le reflux rapide. Si l’habileté de Redmond, de même que celle, avant lui, des présidents des universités touchées par les protestations, tel John Rettaliata à l’Illinois Institute of Technology, contribua indéniablement à désamorcer la crise, d’autres facteurs plus profonds ont nui à la transformation de ces mobilisations éclatées en un contre-pouvoir puissant, capable de transformer le paysage politico-universitaire de la ville.

Tensions et dissensions dans le front activiste

Dès le début de la mobilisation lycéenne, des associations de résidents et des groupes de défense des droits civiques, tels la Chicago Urban League, la West Side Federation, ou encore The Woodlawn Organization et la Hyde Park-Kenwood Community Conference, présentes dans les quartiers noirs du South Side où est implantée l’université de Chicago, avaient certes envoyé des messages et des gestes de soutien aux militants lycéens, mais le mouvement ne parvint jamais véritablement à élargir sa base au-delà des écoles et des communautés immédiatement environnantes.

Comme lors des protestations contre l’expansion des universités, les parents et des enseignants noirs se rallièrent derrière les élèves et formèrent des organisations ad hoc telles que les Concerned Parents of Austin ou les Concerned People of Lawndale, mais ces efforts restèrent relativement limités et isolés. Interrogé le jour du premier boycott, le président de The Woodlawn Organization, le révérend Arthur Brazier, sembla exprimer un sentiment de frustration face à cette inaction des Noirs de la ville lorsqu’il déclara : « The Woodlawn Organization estime que la communauté noire adulte doit soutenir les jeunes dans leur lutte pour une éducation de qualité. Nous ne pouvons pas rester inactifs et les laisser mener cette bataille seuls [40] . » Le lendemain, le directeur exécutif de la Chicago Urban League, Edwin C. Berry, proclama tout haut ce qu’un grand nombre de Noirs plus âgés devaient penser tout bas. Après avoir félicité les élèves pour avoir su « mettre l’accent sur l’impuissance de la communauté noire », Berry déclara au quotidien local le Sun-Times qu’il ne soutenait pas les actions de ceux qui essayaient d’entraîner des élèves sincèrement inquiets dans « des directions potentiellement infames [41] ». Berry ne précisa jamais ce qu’il avait voulu dire par « infames », mais les sous-entendus de sa déclaration suggèrent que ce genre de propos trouvait un écho dans une large portion de la communauté noire. Au moment où Berry prononça ces mots, une rumeur courait que des « agitateurs extérieurs » ou des « forces subversives » étaient peut-être derrière les boycotts et la presse rapportait plusieurs incidents violents impliquant des élèves noirs, y compris des jets d’assiettes dans la cafeteria du lycée Harrison et plusieurs bagarres entre blancs et noirs à Austin [42] .

Révélateurs d’une tension croissante entre jeunes noirs et blancs, ces quelques incidents spontanés et relativement mineurs pouvaient toutefois difficilement être interprétés comme les signes d’une tentative concertée pour entraîner un mouvement non violent dans des « directions infames ». De plus, si des représentants de groupes se revendiquant de l’idéologie du Black Power - le Black Panther Party de l’Illinois, l’organisation militante de défense des droits civiques Student National Coordinating Committee (SNCC) et les groupes radicaux ACT ou RAM, par exemple - étaient bel et bien présents dans les mêlées, rien ne prouve qu’ils aient joué le rôle de leaders dans ces affrontements. Mais pour les Noirs de la génération de Berry, peu importait. Par leur tenue comme par leurs propos, de nombreux militants lycéens ressemblaient à s’y méprendre aux membres de ces organisations et c’était ce que retenaient les observateurs adultes modérés. Plus que toute autre chose, le commentaire de Berry révèle donc surtout un fossé générationnel qui, à l’automne 1968, continuait de se creuser, alors que étudiants, lycéens et jeunes non scolarisés, vêtus de robes africaines, de bérêts et d’uniformes de l’armée maoïste, « risquaient leurs vies » (« put their bodies on the line ») pour des questions considérées comme superficielles et symboliques par les Noirs plus âgés ayant connu les premières luttes pour les droits civiques. Bayard Rustin, l’infatigable militant des droits civiques et conseiller de Martin Luther King, exprima la pensée de ces nombreux Afro-Américains plus âgés qui préféraient se tenir à l’écart des campagnes menées au nom du Black Power lorsqu’il qualifia le Pouvoir noir de « solution psychologique à des problèmes qui sont profondément économiques ». Même la lutte contre l’expansion des universités qui aurait pu susciter une large adhésion de la communauté noire s’épuisa vite dans des divisions internes entre modérés, souvent plus âgés, et les jeunes tenants du Black Power, alors que les autorités universitaires et municipales lui opposaient une résistance intransigeante.

Source de tensions entre les générations, l’adoption du Black Power par les étudiants et lycéens empêcha également la formation d’un mouvement interracial de jeunes de classe ouvrière. L’assassinat de Martin Luther King et l’ordre du « shoot to kill » de Daley avaient provoqué sur les campus de Chicago une recrudescence des manifestations de solidarité entre étudiants activistes radicaux blancs et militants noirs. Ainsi, le 20 mai 1968, le Northeastern Illinois State College Peace Council, groupe principalement actif dans l’opposition à la guerre du Vietnam et composé d’activistes par ailleurs également membres du SDS, se déclara solidaire des revendications transmises à l’université par le groupe étudiant afro-américain du campus et se dit prêt à participer à toute action militante organisée par ce dernier pour obtenir satisfaction, y compris à l’occupation d’un bâtiment si nécessaire [43] . Mais concrètement, au-delà de ces grandes déclarations, compte tenu de la popularité croissante des attitudes séparatistes parmi les étudiants afro-américains, il ne restait souvent aux étudiants blancs comme moyen d’exprimer leur solidarité avec leurs « frères » noirs que l’adoption d’un style vestimentaire et de goûts musicaux copiés sur ceux-ci.

S’il était logique que l’adoption par les jeunes noirs de l’idéologie du Black Power soit source de tensions avec leurs pairs blancs, elle aurait pu donner lieu à la formation d’une alliance entre Noirs et Latinos. De fait, le langage, le style et la rhétorique du Black Power séduisaient aussi les jeunes Mexicains et Portoricains de la ville qui commencèrent, à leur tour, à revendiquer haut et fort leurs propres identités raciales et la notion connexe d’autogestion de leur communauté. Ainsi au début de la mobilisation lycéenne, les leaders noirs firent des efforts pour construire l’idée d’une coalition de non-Blancs – regroupant généralement des Noirs, des Portoricains et des Mexicains – en révolte contre la structure de pouvoir blanche. Mais, en pratique, de telles déclarations sonnaient creux [44] . Au-delà des grandes déclarations enflammées de leurs dirigeants, les mouvements lycéens noir et latino se développèrent en parallèle, sans véritablement collaborer. Copiant leurs camarades de classe noirs, environ deux cents lycéens mexicains et portoricains du lycée Harrison participèrent à l’élaboration de leur propre « manifeste » qui, comme son modèle noir, revendiquait des cours de langue et d’histoire mieux adaptés aux besoins pratiques et culturels des élèves latinos, ainsi que le recrutement de professeurs bilingues et d’administrateurs latinos. Des campagnes similaires, quoique de moindre envergure, mobilisèrent aussi des jeunes Latinos dans les lycées Waller et Lakeview au nord de la ville. Si la similarité des revendications et des discours semblaient indiquer la possibilité d’une alliance entre lycéens noirs et latinos, la réalité était bien autre. Concentrant l’attention des médias locaux s’intéressant à leur mouvement, les leaders lycéens noirs étaient souvent interviewés, mais quand ils apparaissaient devant les caméras, c’était rarement aux côtés de leurs camarades latinos. Le même projet nationaliste culturel qui avait rassemblé les élèves noirs n’offraient que peu de passerelles vers les groupes qui se trouvaient à l’extérieur de la nation ou de la communauté qu’ils imaginaient. De son côté, le mouvement lycéen latino parvint encore moins que son homologue noir à obtenir le soutien de la communauté environnante, et même parmi le reste de la population lycéenne, il resta une initiative marginale.

Dans les universités comme dans les lycées, ce fut finalement des mouvements parallèles qui se développèrent parmi les jeunes noirs et latinos de classe ouvrière, tandis que les blancs étaient largement contraints à se replier sur des actions dans leur propre communauté. Au-delà d’une rhétorique empreinte d’idéologie de la libération tiers-mondiste, ces jeunes avaient une conception de la politique essentiellement locale et communautaire et ne parvinrent pas à dépasser les limites de la politique identitaire que le Black Power avait contribué à créer. Faute de pouvoir (ou de vouloir) élargir leur mouvement aux autres groupes étudiants et, au-delà, à l’ensemble de la communauté de classe ouvrière de Chicago, ces groupes étudiants s’essouflèrent les uns après les autres, après avoir obtenu seulement quelques concessions de la part des autorités universitaires et scolaires.

La popularité de l’idéologie du Black Power chez les jeunes afro-américains de Chicago donna naissance à un vaste mouvement de contestation touchant quasiment tous les campus de la ville chez une catégorie d’étudiants restés largement apathiques jusqu’alors. Malgré la forte proportion de jeunes Noirs à être envoyés sous les drapeaux et malgré le ralliement des grands leaders du mouvement pour les droits civiques à la lutte contre la guerre du Vietnam, sur les campus des universités et des lycées, cette dernière était restée essentiellement un mouvement de contestation blanc. Pour les étudiants et lycéens afro-américains de classe ouvrière, l’essentiel était l’avenir socioéconomique de leur communauté et la politique était avant tout une affaire locale. Ce fut donc autour de considérations pragmatiques de réforme du fonctionnement de l’institution universitaire et scolaire et de sa responsabilité sociale qu’ils se mobilisèrent. Ce faisant, ils ouvrirent la voie à la transformation du système éducatif américain pour une meilleure prise en compte de la diversité de la population et incitèrent d’autres groupes minoritaires, en particulier les Latinos, à se mobiliser. Toutefois, par ses accents radicaux et séparatistes, l’adoption de l’idéologie du Black Power par les étudiants et lycéens noirs de Chicago ne permit pas l’élargissement du mouvement au reste de la communauté afro-américaine de la ville ni aux autres communautés de classe ouvrière blanche et latino, sur les campus et dans les quartiers, condition nécessaire à toute véritable remise en cause du statu quo politico-racial en vigueur dans la ville. Paradoxalement, en renforçant l’isolement de ces groupes les uns par rapport aux autres, elle contribua à faciliter la répression d’un mouvement par des pouvoirs publics qui en avaient parfaitement perçu la dangerosité potentielle. À la fin de l’année 1968 à Chicago, le mouvement étudiant et lycéen afro-américain avait largement disparu et la poignée de réformes arrachées ne changea finalement rien aux injustices qui lui avaient donné naissance. Malgré cet échec ultime à modifier en profondeur la situation des communautés de classe ouvrière dans le Chicago de 1968, ce mouvement étudiant-lycéen mérite de retrouver sa place dans l’historiographie des années soixante aux Etats-Unis. Contrairement à la vision dominante de cette période, la contestation étudiante était en effet loin de se limiter aux manifestations d’étudiants blancs de classe moyenne et supérieure contre la guerre du Vietnam menée depuis Washington, mais incluait la mobilisation de jeunes de milieux plus défavorisés autour de préoccupations locales qui, dans le contexte de la multiplication des explosions des ghettos urbains depuis l’émeute de Watts en 1965, constitua un défi bien plus grand pour les pouvoirs publics locaux que les manifestations pacifistes.

Pour citer cet article :

Andrew Diamond, Caroline Rolland-Diamond, « Au-delà du Vietnam : Chicago 1968 et l’autre mouvement étudiant-lycéen », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N° 6, septembre-décembre 2008.

Notes :

Les grandes dates de Mai 68 sur KronoBase : http://www.kronobase.org/dates-mai-1968

[1] L’expression « Mouvement », avec un M majuscule, renvoie à l’ensemble des activistes étudiants et non étudiants, blancs, noirs et hispaniques, mobilisés, individuellement ou dans le cadre d’une organisation, contre la guerre du Vietnam et pour une société plus juste et égalitaire, où racisme et pauvreté seraient abolis. Le terme est souvent utilisé de manière interchangeable avec l’expression « Nouvelle Gauche » pour souligner la fluidité programmatique et idéologique et la souplesse organisationnelle de cette mouvance contestataire.

[2] David Farber, Chicago ’68, Chicago, University of Chicago Press, 1988.

[3] Selon les statistiques publiées dans Rights in Conflict, le rapport de l’enquête indépendante dirigée par Daniel Walker, pour le compte de la Commission nationale de prévention des causes de la violence, sur les 668 personnes arrêtées, seuls 43,5 % venaient d’États autres que l’Illinois, tandis que 52,5 % étaient originaires de Chicago ou ses banlieues, Cf. Rights in Conflict : Chicago’s Seven Brutal Days. The Walker Report, New York, Bantam Books, 1968, annexe 7, p. 232.

[4] Tel est notamment le cas des ouvrages classiques de Todd Gitlin (The Sixties. Years of Hope, Days of Rage, New York, Bantam, 1987) et James Miller (« Democracy Is In the Streets » : From Port Huron to the Siege of Chicago, New York, Simon and Schuster, 1987) et, plus récemment, de ceux de Doug Rossinow (The Politics of Authenticity : Liberalism, Christianity, and the New Left in America, New York, Columbia University Press, 1998) et Rebecca Klatch (A Generation Divided : the New Left, the New Right, and the 1960s, Berkeley, University of California Press, 1999). Certains ouvrages, tels The Movement de Terry H. Anderson (New York, Oxford University Press, 1995) et America Divided de Michael Kazin et Maurice Isserman (New York, Oxford University Press, 2000), incluent dans la « Nouvelle Gauche » le groupe étudiant de défense des droits civiques, Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) jusqu’à son ralliement à l’idéologie du Black Power à l’été 1967, mais la tendance dominante consiste à ne considérer SNCC que dans le cadre de l’histoire du mouvement pour les droits civiques, strictement séparé de la « Nouvelle Gauche », laquelle est essentiellement vue comme un mouvement d’opposition à la guerre du Vietnam.

[5] Doug Rossinow, The Politics of Authenticity, op. cit.

[6] Par exemple Jeanne F. Theoharis et Komozi Woodard (dir.), Freedom North : Black Freedom Struggles Outside the South, New York, Palgrave / Macmillan, 2003.

[7] Wayne Glasker, Black Students in the Ivory Tower : African American Student Activism at the University of Pennsylvania, 1967-1990, Amherst et Boston, University of Massachusetts Press, 2002 ; Joy Ann Williamson, Black Power on Campus : The University of Illinois, 1965–1975, Urbana, University of Illinois Press, 2003 ; Richard P. McCormick, The Black Student Protest Movement at Rutgers, New Brunswick, Rutgers University Press, 1990 et William H. Exum, Paradoxes of Protest : Black Student Activism in a White University, Philadelphie, Temple University Press, 1985.

[8] Une excellente analyse des limites de cette approche est fournie dans l’essai de Daniel J. Myers et Alexander J. Buoye, « Campus Racial Disorders and Community Ties, 1967-1969 », dans Political Opportunities, Social Movements, and Democratization, vol. 23, 2001, p. 297-327.

[9] Un récit de ces boycotts menés dans plusieurs villes américaines, dont Chicago et Boston, se trouve dans August Meier et Elliot Rudwick, CORE : A Study on the Civil Rights Movement, 1942-1968, New York, Oxford University Press, 1973, p. 247-251.

[10] Sur la ségrégation scolaire de facto pratiquée à Chicago, voir John L. Rury, « Race, Space, and the Politics of Chicago’s Public Schools : Benjamin Willis and the Tragedy of Urban Education », History of Education Quarterly, n° 39, été 1999, p. 117-142, ou encore Alan B. Anderson et George W. Pickering, Confronting the Color Line : The Broken Promise of the Civil Rights Movement in Chicago, Athens, University of Georgia Press, 1986, p. 80. Sur le boycott de 1963, voir Dionne Danns, Something Better for Our Children: Black Organizing in Chicago Public Schools, 1963-1971, New York, Routledge, 2003, p. 27-33.

[11] Voir par exemple les efforts de l’université Northwestern, à Evanston, en banlieue limitrophe de Chicago, dans « Develops Program to Recruit Negroes », Daily Northwestern, 4 mars 1966 et plus généralement, Zelda F. Gamson, « Programs for Black Students, 1968-1974 », in Marvin W. Peterson, Robert T. Blackburn, Zelda F. Gamson, Carlos H. Arce, Roselle W. Davenport et James R. Mingle, Black Students on White Campuses : The Impacts of Increased Black Enrollments, Ann Arbor, Institute for Social Research, 1978, p. 163-193.

[12] Cette analyse de l’émergence de l’activisme étudiant afro-américain s’inscrit dans la théorie du processus politique tel que Doug McAdam l’a définie dans son ouvrage, Political Porcess and the development of Black Insurgency, 1930-1970, Chicago, University og Chicago Press, 1982, p. 36-59.

[13] « Negroes make up 2.2. per cent of U.of I. students », Chicago Tribune, 19 mai 1966.

[14] Chicago Maroon, 29 septembre 1967.

[15] « I.I.T. Selects Committee to Hear Negroes », Chicago Tribune, 8 mai 1968.

[16] Cf. William H. Exum, dans son étude du mouvement étudiant afro-américain à University College à New York, Paradoxes of Protest : Black Student Activism in a White University, Philadelphia, Temple University Press, 1985, p. 22-27.

[17] Jon Rice, « The World of the Illinois Panthers », dans Jeanne F. Theoharis et Komozi Woodard, Freedom North : Black Freedom Struggles Outside the South, 1940-1980, New York, Palgrave / Macmillan, 2003, p. 45-49.

[18] James R. Ralph, Northern Protest : Martin Luther King, Jr., Chicago, and the Civil Rights Movement, Cambridge, Harvard University Press, 1993, p. 92-130.

[19] James R. Ralph, Northern Protest, op. cit., p. 109-111.

[20] Pour un récit des événements, voir David Farber, Chicago 68, op. cit., p. 138-144. Voir également le rapport de la commission d’enquête commanditée par la mairie de Chicago, Report of the Chicago Riot Study Committee to the Honorable Richard J. Daley, 1er août 1968, Municipal Archives, Harold Washington Library.

[21] Report of the Chicago Riot Study Committee, p. 27.

[22] Chicago Tribune, 7 avril 1968, p. 28 et Chicago Tribune, 11 avril 1968, p. 2.

[23] Bill Gleason, Daley of Chicago, New York, Simon and Schuster, 1970, p. 75-76, cité dans David Farber, Chicago 68, op. cit., p. 145.

[24] Mike Royko, Boss : Richard J. Daley of Chicago, New York, E.P. Dutton and Co, Inc. 1971, p. 166.

[25] Red Squad Files, Box 209, Folder 1086-IIT, Chicago History Museum.

[26] Red Squad Files, Box 209, Folder 1086-Wilson Jr College, Chicago History Museum

[27] Immanuel Wallerstein et Paul Starr (dir.), The University Crisis Reader. Volume One : The Liberal University Under Attack, New York, Random House, 1971, p. 297-310 et les articles suivants parus dans le Chicago Tribune : « Northwestern Students Call Negro Demands Segregationist » et « A Sad Day for Northwestern », 6 mai 1968, et « Voice of the People », 8 mai 1968.

[28] Stokely Carmichael et Charles V. Hamilton, Black Power : Politics of Liberation in America, New York, Random House, 1967 (traduction française : Le Black Power. Pour une politique de libération aux Etats-Unis, Paris, Payot, 1968).

[29] Red Squad Files, Box 211, Folder 1086 Southeast Campus Chicago City College, 1968-1970, Chicago History Museum.

[30] President’s Commission on Campus Unrest (Scranton Commission), US Government Printing Office, 1970, p. 95 [traduction des auteurs de cet article].

[31] En 1968, l’établissement comptait 500 étudiants afro-américains sur un total de 8 400. (« IIT Selects Committee to Hear Negroes », Chicago Tribune, 8 mai 1968.

[32] « I.I.T. Replies to Demands by Negroes », Chicago Tribune, 28 mai 1968.

[33] Interview Report, Red Squad Files, Box 212, Folder 1086 – UICC, 1967-1971, vol. 2, Chicago History Museum.

[34] Roger Biles, Richard J. Daley : Politics, Race, and the Governing of Chicago, DeKalk, Northern Illinois University Press, 1995, p. 77.

[35] Daily News, 6 mars 1968.

[36] Chicago Daily News, 18 septembre 1968 ; Chicago Tribune, 4 et 6 octobre 1968.

[37] Chicago Sun-Times, 14 octobre 1968.

[38] Chicago Sun-Times, 15, 16, 22 et 29 octobre 1968 ; Chicago Tribune, 15, 17 et 22 octobre 1968 ; Chicago Daily News, 15 et 22 octobre 1968. Pour un compte rendu détaillé des boycotts, voir Dionne Danns, « Black Student Empowerment and Chicago: School Reform Efforts in 1968 », Urban Education, n° 37, novembre 2002, p. 643-651.

[39] Chicago Tribune, 18 octobre 1968.

[40]  Chicago Daily News, 15 octobre 1968.

[41]  Chicago Sun-Times, 17 octobre 1968.

[42]  Chicago Sun-Times, 8 octobre 1968.

[43] Rapport d’interview d’un informateur le 20 mai 1968 sur la réunion du groupe d’étudiants noirs de l’université, Black Caucus. Le soutien apporté au groupe afro-américain par le NISCPC a été souligné par les services de police. Red Squad Files, Box 210, Folder 1086 NISC, 1968-1969.

[44] Chicago Daily Defender, 8 octobre 1968.

 

Andrew Diamond

Andrew Diamond est maître de conférences en histoire et civilisation américaines à l’université de Lille 3. Il est l’auteur de Mean Streets : Chicago Youths and the Everyday Struggle for Empowerment in the Multiracial City, 1908-1969 (à paraître à University of California Press, juin 2009).

Caroline Rolland-Diamond

Caroline Rolland-Diamond est maître de conférences en histoire et civilisation américaines à l’université de Paris-Ouest Nanterre La Défense. Elle est l’auteur de Jeunes en lutte : le défi du mouvement étudiant à Chicago pendant la guerre du Vietnam (à paraître aux Presses de Sciences Po, 2009).

Mots clefs : mouvement étudiant ; droits civiques ; Black Power ; Afro-Américains, Etats-Unis.

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