Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Privé et public dans les pays communistes d'Europe centrale

Coordination : Sandrine Kott et Michel Christian

Introduction. Sphère publique et sphère privée dans les sociétés socialistes. La mise à l'épreuve d'une dichotomie

Michel Christian, Sandrine Kott
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Il peut sembler paradoxal de tenter d’appliquer les notions de public et de privé aux sociétés qui se sont développées en Europe centrale sous l’impulsion et le contrôle des partis communistes au pouvoir entre 1945 et 1989 [1] . Les catégories de public et de privé semblent en effet s’inscrire avant tout dans une tradition libérale, dont l’apparition historique au sein de la bourgeoisie urbaine des grandes villes européennes des XVIe et XVIIe siècles a été décrite par Habermas au moyen de l’idéal-type de la « sphère publique bourgeoise [2]  ». Les régimes libéraux issus de la chute ou de la transformation des régimes absolutistes se sont fondés par la suite sur la limitation des pouvoirs de l’Etat et sur la protection de la sphère privée dans toutes ses dimensions, politiques, économiques et intime. A cet égard on a pu parler du XIXsiècle bourgeois comme un « âge d’or du privé  [3]  ».

C’est cette tradition historique libérale qui a défini les divers sens du clivage entre public et privé dont nous sommes encore les héritiers. Dans le sens le plus simple, ce qui est public (tel espace, telles ressources, telles informations) désigne tout simplement ce qui est ouvert à tous, disponible pour tous, visible ou su de tous, par opposition à la fermeture, à la limitation ou au secret qui sont d’ordre privé. Mais dans une autre tradition, issue de la Révolution française, le public sert à désigner l’Etat, les pouvoirs publics et leurs représentants au service du bien commun, par opposition aux acteurs privés agissant indépendamment de lui, voire contre lui. Enfin, les catégories de public et de privé renvoient également à la notion de « vie privée », lieu de l’intimité, de ce qui est personnel, par opposition à la vie publique, qui renvoie aussi bien à la vie « en public » que « professionnelle » [4] .

Le programme révolutionnaire des Bolcheviks s’est explicitement défini contre ces distinctions et entendait remettre en cause la distinction traditionnelle entre public et privé, vue comme un fondement de la société civile bourgeoise. Dans la réalité politique, l’étatisation progressive d’une grande partie de l’activité économique comme l’affaiblissement du rôle du droit dans la codification des relations sociales semblent d’ailleurs ôter à la sphère privée ses garanties d’existence traditionnelles. L’encadrement politique de la population a pu par ailleurs assurer le contrôle de l’espace, voire même concurrencer les espaces privés dont l’existence a été juridiquement délimitée dans les sociétés libérales. A ces transformations profondes de l’ordre juridique et social, il faut enfin ajouter les projets alternatifs, tels que l’habitat communautaire, qui se fixent explicitement le but de dépasser le clivage entre vie privée et vie publique [5] .

Ce volume [6] entend toutefois interroger cette dissolution de la distinction privé/public en tentant de prendre en compte les réalités des sociétés socialistes et leurs évolutions, par-delà les affirmations programmatiques des partis au pouvoir. Il s’inscrit ce faisant dans un large courant historiographique attentif aux pratiques sociales, économiques et politiques, aux relations qui se nouent entre les acteurs tant au sommet de l’appareil d’Etat que dans les espaces les plus éloignés de celui-ci. Cette approche « par les sociétés » interroge le fonctionnement réel des systèmes de type soviétique dans leur dimension répressive mais également dans leurs limites et dysfonctionnements [7] . En ce qui nous concerne, elle permet d’identifier dans quelle mesure ces régimes ont été – ou non – à l’origine de l’émergence d’une nouvelle organisation des relations sociales [8] , d’une subjectivité spécifique [9] , d’un nouveau partage entre public et privé.

Repenser le clivage entre privé et public

Le premier mérite des contributions réunies ici est de souligner la persistance du clivage privé/public, mais sur un autre mode. Si l’étatisation de l’activité économique a bien eu pour conséquence la disparition, souvent incomplète d’ailleurs, de la propriété privée des moyens de productions, les régimes socialistes n’ont jamais supprimé toute propriété privée individuelle, et notamment pas celle des biens de consommation, se fondant d’ailleurs en cela sur la lettre des textes de Marx et Engels. Ces régimes ont non seulement toléré la propriété privée, mais ils l’ont même encouragée, dans l’idée de produire à moyen terme une société de consommation socialiste alternative à la société de consommation capitaliste (Paul Betts) [10] .

Par ailleurs, les Etats socialistes « totalitaires » n’ont jamais eu l’intention univoque et encore moins la capacité réelle d’investir complètement la sphère de l’intime [11] . Lorsqu’un projet de ce type a été explicitement promu, comme le montre l’exemple de la loi sur la famille au début des années 1960 en Tchécoslovaquie, il a rencontré l’opposition sourde mais massive non seulement de certaines minorités telles que les protestants qui voyaient là une attaque contre le dernier espace possible de pratique religieuse, mais aussi de la majorité de la population (Ondřej Matejka). En RDA également, la famille apparaît dans les biographies individuelles comme un lieu protégé, qui reste notamment épargnée par les conflits intergénérationnels qu’on voit apparaître dans les domaines public et professionnel, de sorte qu’on pourrait dire que l’institution familiale a été paradoxalement plutôt renforcée que remise en question en RDA [12] . A la différence de ce que laissait entrevoir George Orwell dans son anti-utopie écrite en 1948, les régimes socialistes n’ont pas enfanté de sociétés privées de tout espace privé : la multitude des stratégies individuelles a été la plus forte et le « totalitarisme au concret [13]  » « a généré plus de secret qu’il n’en a traqué  [14]  ».

Rétablir l’existence d’une distinction public/privé dans les sociétés socialistes ne conduit pas toutefois à nier la réalité des pratiques autoritaires du parti et de l’Etat et les effets qu’ils ont sur les individus. Il est certain que l’utilisation par l’Etat de la police politique contre ses propres citoyens, sous des formes allant de l’espionnage à l’emprisonnement arbitraire en passant par la persécution systématique anonyme [15] , interdit de parler d’un respect et d’une protection de la vie privée équivalente à celle que les démocraties libérales affirment garantir. Les relations familiales ou amicales, justement parce qu’elles étaient vécues comme plus authentiques, faisaient même l’objet d’un investissement intensif de la part des polices politiques [16] . Mais cela n’empêche pas la vie privée d’avoir persisté et d’abord comme catégorie de l’expérience quotidienne comme le montre l’exemple de la Tribu, communauté alternative qui s’était formée à Budapest autour de la figure du poète Mérei, et cela bien qu’elle comptât parmi ses membres au moins deux informateurs de la police politique (Zsolt K. Horváth).

Parmi les différentes dimensions du clivage entre public et privé, c’est la notion d’espace public qui semble avoir subi la plus grande dégradation dans les sociétés socialistes. Dans l’idéal-type dont Habermas trace les contours, l’espace public est un espace de libre délibération, d’argumentation rationnelle politiquement critique vis-à-vis du pouvoir d’Etat. Rien d’équivalent dans les sociétés socialistes : l’espace privé s’y oppose non seulement à l’Etat, mais aussi à un espace public largement investi par ce dernier. Les droits civiques traditionnels (liberté d’expression, de réunion, élections libres) sont inexistants ou instrumentalisés. De manière significative, le droit civil, celui qui régit par excellence les rapports entre personnes privées, est resté étonnamment simple et peu développé dans les sociétés socialistes [17] . C’est surtout la forme administrative qui domine, pour l’attribution des ressources ou des biens d’usage privé, ce qui a favorisé la pratique du passe-droit, ainsi que les formes judiciaires locales peu formalisées telles qu’on les trouve en RDA sous la forme de tribunaux locaux dans les quartiers (Schiedskommissionen) (Paul Betts) ou dans les entreprises (Konfliktkommissionnen) [18] . Sous les effets à la fois du recul des droits individuels et de l’organisation par l’Etat de l’espace public, ce dernier a perdu toute fonction critique authentique et a pu être qualifié d’« acclamatif  [19]  ».

Les caractéristiques de l’espace public socialiste ne sauraient toutefois se déduire mécaniquement de l’action exercée par les différentes composantes de l’appareil d’Etat socialiste sur un corps amorphe de « citoyens » ; elles sont plutôt la résultante de cette action et d’une multitude de réactions au sein de la société témoignant d’une plus ou moins grande réception, voire de possibles réappropriations : les « concours de pétitions » des années 1930 en URSS étaient par exemple à la fois un moyen d’organiser et de manipuler l’espace public et un vecteur de diffusion de normes linguistiques qui pouvaient trouver des usages imprévus dans d’autres contextes (lettres de plainte, recours gracieux) [20] . L’espace public « mis en scène » à des fins de légitimation (Öffentlichkeit als Inszenierung) était le lieu d’une communication en principe à sens unique ; dans les faits cependant, s’établissait une communication informelle, faite d’éléments disparates et non coordonnés, mais tout à fait perçus par les représentants du régime : participation aux manifestations, graffitis, courriers individuels. L’espace public socialiste, s’il n’a pas été un espace de communication, n’en n’a pas moins été un espace d’interactions [21] . Ainsi les cortèges, moments privilégiés de « mises en scène » ritualisées, ont pu donner lieu à des pratiques de réappropriation [22] . Les dirigeants politiques ont d’ailleurs pu avoir intérêt à encourager les discussions au sein d’organes semi-publics comme les cellules du parti ou les organisations syndicale ou de jeunesse, qui constituaient autant d’« espaces publics fragmentaires » semi-contrôlés [23] . Enfin, avec la stabilisation des régimes socialistes, les dirigeants au pouvoir ont laissé subsister, sous le contrôle de la police politique, un certain nombre d’espaces de contestation marginaux, qui se sont eux-mêmes pensés comme des « contre-espaces publics  [24]  ». Les frontières entre ces espaces n’étaient pas définies une fois pour toutes, mais instables et poreuses. Ainsi les milieux artistiques pouvaient être critiques tout en étant proches du pouvoir [25] .

Cette approche empirique de l’espace public dans les sociétés socialistes conduit à questionner notre propre vision du clivage entre public et privé dans les sociétés capitalistes libérales. Considérer la persistance d’un espace public dans ces sociétés du simple fait de sa disparition dans les sociétés socialistes relèverait en effet d’une logique binaire. Habermas montre précisément que les structures sociales au fondement de l’espace public ont connu depuis le XVIIIe siècle un lent et profond déclin, observable dans toutes les sociétés industrialisées, indépendamment de la nature de leur régime. Cet espace public s’est indéfiniment élargi et a dans le même temps partout perdu sa fonction politique critique. Son fonctionnement a peu à peu échappé à l’individu acteur, pour obéir à des logiques organisationnelles impersonnelles qui font de l’individu un simple consommateur. D’un espace critique, il est devenu d’abord un instrument de légitimation. Habermas n’assimile pas toutefois sociétés socialistes et sociétés capitalistes : dans la perspective normative qui est la sienne – celle de repérer les germes d’une démocratie radicale déjà existante –, ce sont bien les régimes de démocratie libérale qui donnent à l’espace public ses plus grandes chances d’existence réelle. En revanche, dans la mise en œuvre empirique de son projet philosophique, il est conduit à envisager le déclin de l’espace public en parallèle à des évolutions sociales profondes indépendantes de la nature des régimes politiques [26] . Depuis la fin du XIXe siècle, l’intervention récurrente de l’Etat a retiré à l’activité économique son caractère strictement privé. Et l’autonomie économique elle-même, comme condition de la participation à l’espace public, relève désormais partiellement de l’Etat social, ce qui ne garantit pas pour autant la participation politique critique des citoyens. De même, la sphère privée a partiellement perdu un certain nombre de fonctions : l’éducation, avec le développement de l’école, mais aussi le travail avec le développement du salariat. Une partie de plus en plus importante de la vie individuelle relève d’une sphère qui n’est ni privée ni publique, qualifiée par Habermas de « sphère sociale ». Son apparition est due à l’essor des grandes organisations rationalisées et centralisées, telles que le système administratif étatique ou le système économique, qui encadrent la vie individuelle et lui ôtent son autonomie tout en se rendant nécessaires à sa survie [27] .

Les réflexions d’Habermas ont le mérite de montrer que les catégories de public et de privé ne peuvent se déduire mécaniquement de la nature du régime en place. Elles s’enracinent dans des évolutions économiques et sociales, des pratiques culturelles et des sociabilités qui évoluent dans le temps long. Les sociétés libérales et socialistes relèvent à cet égard d’une même modernité occidentale [28] , ce qui interdit de les opposer systématiquement de manière dichotomique.

Toutefois, parler similarités structurelles ne doit pas dissimuler les profondes différences qui ont existé entre sociétés capitalistes et socialistes. Dans aucune société industrialisée, le déclin de la sphère publique bourgeoise n’a fait disparaître les formes de vie publique ou privée en tant que telles. Dans les sociétés socialistes, il a d’abord signifié une modification de leur articulation et une redéfinition de leurs délimitations. C’est dans la question des modalités que ressurgissent nécessairement les éléments de différenciation entre sociétés capitalistes et sociétés socialistes. Au-delà des tendances communes, il faut rester attentif à la variété des formes de vie publique et privée. Ordonner cette variété en en cherchant les facteurs explicatifs, quand on s’intéresse aux sociétés socialistes, revient notamment à se demander si l’on peut parler de sphères publique ou privée spécifiquement socialistes.

La distinction privé-public comme projet politique socialiste

Les catégories de privé et de public ont certes dès les débuts du régime bolchevique été considérées comme des catégories « bourgeoises ». Pourtant les projets alternatifs de dépassement de ce clivage ont bien vite rencontré leurs limites [29] et les régimes socialistes n’ont jamais cessé de gérer des réalités privées ou publiques, quand bien même ils n’en reconnaissaient pas les catégories elles-mêmes. Sur le plan juridique, on assiste ainsi à une reformulation des catégories de privé en personnel et de public en commun. Le commun relève du domaine de la production, décrété affaire de tous et reposant sur les moyens de production étatisés devenus « propriété du peuple » ou « de la nation ». Le personnel au contraire, relève du domaine de la consommation, qui est l’affaire de chacun, et qui passe entre autres par la propriété individuelle de biens. Sur le plan juridique, il s’agit bien de catégories différentes : alors que l’espace privé et l’espace public renvoient à la figure du citoyen, le commun et le personnel renvoient à celle du travailleur. Sphère privée et sphère publique sont pensées sur le mode de la distinction, commun et personnel sur le mode de la complémentarité [30] .

Mais il ne faut pas oublier l’usage politique et social de ces catégories dans leur contexte historique : créées après l’étatisation des moyens de production, les catégories de personnel et de commun sont avant tout des outils juridiques qui prennent acte de la persistance de la propriété privée, la légitiment et la régulent. S’appliquant aux objets, mais aussi au logement ou au jardin, elles impliquent bien au-delà de la simple « consommation » une reconnaissance de la sphère privée au quotidien. Ces catégories ont donc pour fonction de légitimer et de réguler un nouvel ordre social dans lequel l’Etat est le principal producteur. Elles ont aussi l’avantage de la souplesse : certains éléments, comme le jardin, au centre de tous les soins dans les familles paysannes, pouvaient passer d’une catégorie à l’autre, en fonction du contexte politique [31] .

Plutôt que de supprimer le clivage entre public et privé, les régimes socialistes l’ont le plus souvent implicitement reconnu, y compris dans leurs projets les plus volontaristes. Ces projets visaient moins à dépasser le clivage entre privé et public qu’à encadrer, organiser et diriger la sphère privée ou la sphère publique en tant que telles. L’urbanisme « socialiste », tel qu’il se formule en Bulgarie<[32] , en donne une bonne illustration (Momchil Hristov) : outre que les projets de grands ensembles devaient garantir un plus grand confort matériel, leur configuration elle-même n’était pas neutre. Les logements étaient en effet conçus pour des familles nucléaires organisées autour du couple parental, en rupture avec l’habitat intergénérationnel alors en pratique dans les campagnes bulgares. Le but des planificateurs était ainsi à la fois d’accélérer l’exode rural et de soustraire les jeunes générations à l’influence des plus âgées soupçonnées d’être socialement et politiquement arriérées. Ce faisant, le régime a contribué à diffuser un modèle de sphère privée centrée sur la famille nucléaire, qui plus bourgeois que socialiste, n’en a pas moins profondément transformé la société bulgare. Qu’il s’agisse du modèle familial ou de la spécialisation des espaces, qui sépare lieux de travail et de résidence, les projets urbanistiques socialistes s’inscrivent pleinement dans la continuité des projets urbanistiques du XIXe siècle qui visaient à stabiliser et à diffuser le mode de vie de la bourgeoisie [33] .

En ce qui concerne les projets qu’ils mettent en œuvre, les régimes socialistes savaient très bien différencier des domaines publics et des domaines privés. Quand il s’agit par exemple de diffuser des productions artistiques et culturelles, la politique est-allemande est très différente selon qu’elle est mise en œuvre dans l’espace public, où sont privilégiées les œuvres murales commandées et contrôlées de bout en bout, ou dans l’espace privé, beaucoup plus difficile d’accès, où les œuvres jugées de valeur subissent la concurrence de la peinture dite « de chambre et salle à manger » au goût petit-bourgeois alors dénigré. Si l’art conquiert vraiment  l’espace public dans la RDA des années 1950-1960, sa pénétration dans l’espace privé est bien plus limitée. Face à cet échec, le régime entreprend dans les années 1950 de lancer le mouvement des peintres amateurs, pour développer la pratique artistique dans l’espace privé, mais le  succès en est mitigé (Jérôme Bazin).

Les partis au pouvoir ont donc reformulé les catégories de public et de privé à partir de la réalité sociale produite par leurs politiques. Ils ont également utilisé les sphères publiques et privées comme objets ou comme points d’appui pour ces politiques. Mais ni cette reformulation, ni ces politiques n’ont jamais été définies une fois pour toutes : elles ont évolué en fonction du contexte politique et social. Au sein du parti communiste est-allemand, la vie privée des membres ne joue par exemple qu’un rôle marginal au début de la période : les identités valorisées sont alors avant tout politiques (avec l’enjeu de l’orthodoxie) et sociales (avec la figure de l’ouvrier). La vie privée des membres n’apparaît que sous une forme subordonnée au contexte politique par le biais des affaires d’espionnage ou d’activités politiques souterraines présumées. Le parti communiste s’institutionnalisant et l’ensemble de la vie sociale se fondant sur une base plus routinière, la vie privée est de plus en plus présente dans la relation des membres avec leur parti. Dans cette vision plus nuancée, le parti n’abandonne pas ses prérogatives de contrôle, mais celui-ci s’accompagne d’une forme de gestion des ressources humaines qui dispense aussi de manière assumée soutien, conseil ou réconfort (Michel Christian).

Un autre exemple de ces évolutions peut s’observer dans la question du genre : si les textes fondateurs du marxisme dénoncent l’assujettissement de la femme à son mari dans la sphère privée, les partis communistes au pouvoir n’ont relayé ce projet de manière ni continue ni cohérente. Le cas de la Tchécoslovaquie socialiste montre bien que le régime est passé d’une rhétorique d’émancipation par le travail dans les années 1950 à une rhétorique de l’idéal maternel qui ressurgit dans le sillage des courants réformateurs des années 1960 [34] . Plus intéressant encore, la propagande des années 1950, attentivement analysée, montre que la sphère domestique officiellement dénoncée comme un lieu d’arriération pour la femme ne disparaît pas des représentations : les modèles féminins sont souvent mis en scène au travail et en famille. Le travailleur n’a pas de famille, contrairement à la travailleuse. Ce qui évolue, ce sont moins les représentations de la femme, que le cadre dans lequel elles sont formulées, qui passe de l’économique au démographique. L’idée d’une fonction maternelle de la femme enracinée dans la sphère privée apparaît de ce point de vue comme une reconnaissance implicite, au début des années 1960, de l’échec d’une éducation totalement socialisée dans des crèches et des écoles que le régime n’a jamais construites. On y voit là la cause d’une baisse de la natalité et cela justifie un retour à une représentation des rôles sexués que les années 1950 n’avaient finalement que peu remis en question (Marie Černá).

Non seulement les régimes socialistes n’ont pas eu de discours et de pratiques fixés une fois pour toutes sur la question des sphères publiques et sociales, mais ces discours et ces pratiques ont été souvent discutées et réévaluées à l’aune de leur caractère plus ou moins  socialiste. Un courant de la sociologie est-allemande a ainsi tenté de livrer une analyse endogène des phénomènes de sociabilité des jeunes dans l’espace public de la rue. La thèse officielle faisait de ces jeunes traînant dans la rue et écoutant de la musique « beat » la simple expression d’une influence de l’Ouest capitaliste, dans le cadre d’une lutte des classes au niveau culturel international. Ces sociologues alternatifs y voyaient au contraire, au sein d’une société socialiste stabilisée, une forme de « socialisation socialiste » spontanée entre jeunes, tous nés et éduqués en RDA. L’enjeu de cette discussion était loin d’être seulement académique, puisque ces recherches pouvaient servir de justification à une ouverture culturelle du régime dans un sens plus libéral, ouverture qui ne s’est finalement jamais imposée (Emmanuel Droit). Un exemple du même type peut s’observer avec le statut des entreprises privées en RDA que le parti a d’abord laissé subsister – quoique à l’état marginal –, on observe une revalorisation de ce secteur au cours des années 1960, dans le cadre des réformes économiques lancées par Walter Ulbricht. En revanche, au début des années 1970, le statut des entreprises privées devient un élément du conflit feutré entre Erich Honecker et Walter Ulbricht, qui aboutit au retrait de ce dernier en 1971. L’année suivante, le statut d’entreprise privée disparaît définitivement, au moment même ou dans d’autres pays du Bloc, l’initiative privée se trouve timidement revalorisée (Agnès Arp).

L’équilibre public-privé en pratique dans les sociétés socialistes

Dotée d’une cohérence, évoluant au gré des contextes, les conceptions des partis communistes sur les sphères publique et privée ne se sont en outre pas imposées à la société de manière mécanique. La notion de sphères publique et privée ne renvoie pas seulement à des visions juridiques ou sociologique et à des décisions et mesures politiques, mais à une multitude de pratiques et de relations individuelles et collectives. Toute mise en œuvre d’une politique ou application d’une décision fait en même temps fonctionner des relations sociales existantes et en produit de nouvelles. L’exemple des tribunaux locaux mis en place par le régime est-allemand (Schiedskommissionen) montre bien comment la population s’est appropriée une institution officielle, mais répondant à un besoin réel de régulation dans le domaine de la propriété privée (conflits de propriété, menus délits). C’était aussi pour le régime une mine inépuisable de renseignements sur la vie dans les espaces résidentiels, bien moins quadrillés que l’espace de l’entreprise (Paul Betts). De même, l’intégration de la dimension privée dans les relations entre le parti communiste et ses membres en RDA est un processus interactif : d’un côté les représentants du parti se mettent en position d’écoute  pour laisser s’exprimer les membres de la base ; de l’autre, ces derniers choisissent ou non d’utiliser ces canaux pour faire passer leurs questions ou plus souvent leurs problèmes quotidiens. Les limites de la sphère privée, tout comme les interventions qu’on y consentait, étaient dans ce cas le produit d’un processus associant les membres de la base et les représentants du parti (Michel Christian).

Se pose ainsi la question de la réappropriation par les individus à leur propre profit de la marge d’action qui leur est accordée. Parmi les représentants locaux du parti communiste est-allemand, par exemple, des voix s’élèvent pour souligner le fait que la fonction première du dialogue entre le parti et ses membres, la diffusion de la politique du parti, est perdue de vue au profit des préoccupations personnelles des membres, telles que le logement ou la famille. Dans certains cas, ce sont même les responsables locaux qui doivent empêcher certains membres de leur confier des décisions concernant leur vie conjugale (Michel Christian). Dans un tout autre domaine et de manière plus subtile, la représentation du privé et du public dans le domaine artistique fait l’objet d’une réappropriation discrètement critique par les peintres est-allemands, y compris ceux qui sont reconnus par le régime. A partir des années 1960, le thème de la sphère privée redevient un motif légitime de représentation picturale, commandée par l’idée de faire une peinture plus proche des préoccupations quotidiennes. Il va ainsi non seulement devenir le thème principal de la peinture est-allemande jusqu’en 1989, mais également le support d’une réflexion sur l’intériorité de l’individu, ce qui n’était pas le but initial du régime lorsqu’il avait réévalué la valeur de ce motif. Inversement, la représentation de l’espace public, dominante au début de la période, devient moins importante à partir des années 1970, tout en se chargeant elle aussi d’une dimension critique formulée en termes spécifiquement esthétiques par le biais de détails dissonants, d’une composition délibérément déstructurée ou d’une utilisation du vide entraînant un effet de distanciation (Jérôme Bazin).

Ces phénomènes d’appropriation, d’arrangement voire de réappropriation, ont donc contribué à la délimitation des sphères publique et privée, à leurs rapports réciproques, ainsi qu’aux manières de les vivre, de s’y impliquer ou non. A côté de ces formes de réappropriation, il est également possible de dégager des espaces, souvent qualifiés de « niches », apparemment indifférents voire même opposés aux injonctions du parti et de l’Etat. L’expression a d’abord été utilisée pour désigner l’espace privé domestique censé être « à l’abri » des interventions du régime. Mais on a pu l’appliquer aussi à d’autres lieux situés entre le public et le privé régulièrement surveillés par la police politique, d’autre part son autorisation elle-même entrait dans un jeu subtil qui consistait à laisser partiellement s’organiser les éléments non conformes au régime dans l’idée que cela agisse comme une « soupape de sécurité ». On retrouve les mêmes préoccupations avec les entreprises privées en RDA. Leur tolérance s’explique en partie par la peur des autorités politiques de voir fuir en RFA une partie de la population jugée utile – patrons mais aussi ouvriers qui leur étaient souvent attachés (Agnès Arp). On retrouve ce phénomène, à une autre échelle, chez les protestants des Pays tchèques, au cours des années 1950 de manière épisodique, puis définitive à partir des années 1970 : le milieu protestant est alors toléré, tout en étant surveillé, avec l’idée qu’une autorisation partielle vaut mieux qu’une « religion des catacombes » (Ondřej Matejka).

On ne peut donc pas qualifier a priori ces « niches » de privées ou de publiques. Elles recouvraient une réalité domestique et familiale dans le cas des protestants tchèques ou correspondaient à un statut juridique privé par opposition au secteur d’Etat tout en étant tantôt un espace public ouvert, tantôt un espace privé et même quasi domestique, étant donné la nature familiale des entreprises privées est-allemandes. Mais contrairement à ce que laisse entendre le terme, ces « niches » n’étaient pas des espaces « libres » : autorisées par le régime, elles pouvaient aussi être supprimées, comme dans le cas des entreprises privées est-allemandes, et étaient toujours susceptibles d’être surveillées. C’est d’ailleurs en ménageant de tels espaces de liberté contrôlée que les régimes ont pu durer. De par leur existence même, ils ont donc contribué  à l’équilibre général du système [35] .

En agissant de la sorte, les régimes ont profondément influencé les notions mêmes de public et de privé. L’autorisation des entreprises privées a ainsi contribué à conserver le type même de la petite entreprise familiale d’esprit paternaliste qui était au même moment en train de disparaître en RFA. Et même en RDA, elle ne saurait simplement se conserver à l’identique dans le contexte d’une société socialiste : certains caractères disparaissent, comme la dimension répressive du paternalisme, qui s’efface au profit d’un néo-paternalisme fondé sur un sentiment d’appartenance commune entre les ouvriers et leur patron unis contre les influences extérieures ; d’autres s’accentuent, comme la dimension de plus en plus familiale et même domestique de l’entreprise, en l’absence de perspective d’agrandissement ou de croissance. Plus qu’une conservation, on peut dire que la petite entreprise privée se réinvente sous le socialisme, avec de nouvelles sources de légitimité mais une marge de croissance inexistante (Agnès Arp).

De la même manière, toutes les « niches » publiques et/ou privées se sont trouvées investies dans le vécu des acteurs de l’époque d’une valeur qu’elles n’auraient jamais eue si elles n’avaient pas existé au sein d’un espace public organisé et contrôlé par le régime. A l’espace public acclamatif, lieu de l’hypocrisie et de la distanciation, s’opposaient ainsi des espaces vécus comme authentiques. La question n’est pas de réfuter cette authenticité, mais de comprendre les causes de ce sentiment. Ainsi les protestants tchèques remobilisent à l’identique une partie de leur tradition de minorité religieuse opprimée : dans ce nouvel âge sombre, le régime socialiste joue le rôle de l’Autriche-Hongrie catholique. On peut penser que cette position au sein de la société tchèque a même conduit à la valorisation et la persistance de la pratique religieuse protestante dans un pays par ailleurs très déchristianisé, bien que certains observateurs protestants identifient non sans lucidité les week-ends dans les datchas comme une menace pour leurs ouailles plus grave que celle du régime socialiste (Ondřej Matejka).

La sphère privée, celle des quatre murs de son appartement, a pu aussi être le lieu d’expérimentations sociales relativement autonomes. C’est ce que montre l’exemple de la Tribu autour Ferenc Mérei. Ce groupe issu de la mouvance surréaliste des années 1930 se situait dans le droit fil du projet communiste de dépassement du clivage bourgeois entre sphère privée et sphère publique : le groupe visait à abolir les frontières entre la vie et la littérature, on y écrivait, on s’y rencontrait, on y pratiquait aussi l’amour « libre ». Bien sûr, cette « communauté » n’existait au sein de la société socialiste que sous la forme d’une « niche » tolérée par le régime informé de son existence par des mouchards. On peut encore une fois se demander si ce qui a fait la force de cette expérience et sa longévité – le groupe existe de 1956 au milieu des années 1970 – ne tient pas précisément à l’absence générale d’alternative et au caractère semi-clandestin auquel le groupe était contraint (Zsolt K. Horváth).

 

On peut donc formuler l’hypothèse que cette stratégie politique, délibérée ou contrainte, a contribué à produire des formes spécifiques de sphère publique et de sphère privée. Elle a favorisé le surinvestissement d’espaces privés ou publics vécus comme plus authentiques par opposition avec la sphère publique officielle. Non seulement les notions de public et de privé recouvrent bien des phénomènes empiriquement observables dans les sociétés socialistes, mais ces catégories n’ont jamais été vraiment abandonnées par les régimes socialistes, ni dans leurs discours, ni dans leurs pratiques. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles aient perduré à l’identique : les interactions entre régimes et sociétés socialistes ont en fait largement transformé les frontières, les usages et les valeurs des sphères publiques et privées. On peut donc bien parler d’espaces publics et d’espaces privés spécifiquement socialistes. Mais leur existence et les formes qu’ils adoptent nous conduisent plus largement à nous interroger sur notre propre modernité.

Pour citer l'article :

Michel Christian et Sandrine Kott, "Introduction. Sphère publique et sphère privée dans les sociétés socialistes. La mise à l’épreuve d’une dichotomie",  Histoire@Politique. Politique, culutre, société, N°7, janvier-avril 2009.

Notes :

[1] Sans oublier que l’URSS était un modèle officiel pour les régimes socialistes d’Europe centrale, on la laissera cependant de côté dans la mesure où les Bolcheviks y sont au pouvoir dès les années 1920 et que sa  trajectoire diffère grandement de celle des pays d’Europe centrale.

[2] Jürgen Habermas, L’espace public, Paris, Payot, 1992 (1ère édition, 1962), notamment le chapitre I, « Définition propédeutique d’un modèle de la sphère publique bourgeoise », p. 13-37.

[3] Michelle Perrot, Histoire de la vie privée, Tome IV, De la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Seuil, 1987, p. 10.

[4] Sur le caractère polysémique de cette distinction voir Ibid., passim.

[5] Katarina Gerasimova, « Public Spaces in the Communal Apartment », dans Gabor T. Rittersporn, Rolf Malte, Jan C. Behrends (Hg.), Sphären von Öffentlichkeit in Gesellschaften von sowjetischen Typs, Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 2003, p. 165-193.

[6] Il est le résultat d’une table ronde organisée au Centre Marc Bloch à Berlin en novembre 2007 avec le soutien financier du ministère des Affaires étrangères et du Zentrum für Zeithistorische Forschung (Potsdam). Nous tenons à remercier chaleureusement l’équipe du Centre Marc Bloch et tout particulièrement Pascale Laborier et Béatrice von Hirschhausen pour leur aide inestimable lors de ces journées ainsi que Sonia Colpart à la MSH - Paris qui a accompagné la préparation matérielle de cette réunion et l’a rendue possible.

[7] Voir à cet égard Sandrine Kott (dir.), « Pour une histoire sociale du pouvoir en Europe communiste », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 49-2, avril-juin 2002. Voir aussi les travaux développés par les tenants de l’Alltagsgeschichte allemande et qui analysent la domination comme « pratique sociale » en particulier pour le cas de la RDA : Thomas Lindenberger (Hg.), Herrschaft und Eigen-sinn in der Diktatur, Köln, Weimar, Böhlau, 1999.

[8] Il est impossible de rendre compte de l’ensemble de cette historiographie, notons toutefois qu’à cet égard la RDA a sans conteste constitué un terrain privilégié et une sorte de « modèle ». Pour un état des lieux partiel, voir Sandrine Kott, « Every-day  communism. New Social History of the German Democratic Republic », Review of European Contemporary History, II, 2004, p. 233-247, et Michel Christian, Emmanuel Droit, « Ecrire l’histoire du communisme : l’histoire sociale de la RDA et de la Pologne communiste en Allemagne, en Pologne et en France », Genèses, 61, décembre 2005, p. 118-133. Voir un état des lieux récent des travaux de la nouvelle historiographie anglo-saxonne dans Katherine Pence, Paul Betts (ed.), Socialist Modern. East German Everyday Culture and Politics, Michigan University Press, 2008, en particulier la riche introduction aux pages 1 à 54.

[9] Voir par exemple pour l’Union soviétique, Jochen Hellbeck, Revolution on my Mind : Writing a Diary under Stalin, Cambridge, Harvard University Press, 2006.

[10] Il existe ainsi une littérature très abondante sur la « société de consommation » socialiste de RDA. Voir par exemple et pour la littérature citée Mark Landsman, Dictatorship and Demand. The Politics of Consumerism in East Germany, Cambridge, Harvard University Press, 2005.

[11] La suppression de la frontière entre privé et public, qui va de pair avec la disparition de l’espace de l’intimité psychologique, constitue une caractéristique du « projet totalitaire » selon les tenants de cette approche. Pour une présentation de cette approche, voir Enzo Traverso, (textes choisis et présentés par), Le totalitarisme. Le XXe siècle en débat, Paris, Seuil, 2001.

[12] Dorothee Wierling, Geboren im Jahr eins. Der Jahrgang 1949 in der DDR. Versuch einer Kollektivbiographie, Berlin, Ch. Links, 2002, p.308-309. Sur le maintien de modèles familiaux traditionnels, voir aussi Donna Harsch, Revenge of the Domestic. Women, the Familiy and Communism in the German Democratic Republic, Princeton, Princeton University Press, 2007, en particulier p. 198-235.

[13] Pour reprendre une expression de Jay Rowell, Le totalitarisme au concret. Les politiques du logement en RDA, Paris, Economica, 2006.

[14] Gérard Vincent, « Une histoire du secret », dans Philippe Ariès, Georges Duby (dir.), Histoire de la vie privée. De la Première Guerre mondiale à nos jours, Paris, Seuil, 1987, p. 155-391, p.161.

[15] La gamme de ces actions possibles est bien présentée dans Sonia Combe, Une société sous surveillance. Les intellectuels et la Stasi, Paris, Albin Michel, 1999, p. 52-76.

[16] C’était notamment le cas des dissidents. Voir par exemple le cas du philosophe Ernst Bloch dans Ibid., p. 123-141

[17] Markowitz Inga, « Der Handel mit der sozialistischen Gerechtigkeit. Zum Verhältnis zwischen Bürger und Gericht in der DDR », dans T. Lindenberger (Hg.), op. cit., p. 315-347.

[18] Sandrine Kott, Le communisme au quotidien. Les entreprises d’Etat dans la société est-allemande, Paris, Belin, 2001, p. 134-137.

[19] Voir à cet égard les travaux sur la ritualisation du politique, à titre d’exemple Dieter Vorsteher (Hg.), Parteiauftrag : ein neues Deutschland. Bilder Rituale und Symbole der frühen DDR. Buch zur Ausstellung des Deutschen Historischen Museums vom 13. Dezember 1996 bis 11 März 1997, Berlin, DHM, 1996.

[20] Gabor Rittersporn, Rolf Malte, Jan Behrends, « Von Schichten, Räumen und Sphären : Gibt es eine sowjetische Ordnung von Öffentlichkeiten ? Einige Überlegungen in komparativer Perspektive », dans Gabor T. Rittersporn, Rolf Malte, Jan C. Behrends (Hg.), Sphären von Öffentlichkeit..., op. cit., p. 439. Pour l’utilisation par le régime soviétique des pratiques dénonciatoires, François-Xavier Nérard, 5 % de vérité. La dénonciation dans l’URSS stalinienne (1928-1941), Paris, Tallandier, 2004 et pour une analyse critique de ces sources Peter Becker, Alf Lüdtke (Hg.), Akten, Eingaben, Schaufenster. Die DDR und ihre Texte. Erkundungen zu Herrschaft und Alltag, Berlin, Akademie Verlag, 1997.

[21] Gabor Ritterspon, Rolf Malte, Jan Behrends, op. cit., p. 440.

[22] A titre d’exemple Jérôme Bazin, « Le premier mai à Berlin-Est dans les années 1950 »,dans Vingtième siècle. Revue d’histoire, N°98, avril-juin 2008, p. 141-148.

[23] Gabor Ritterspon, Rolf Malte, Jan Behrends, op. cit., p. 440-442.

[24] Ibid., p. 443-445.

[25] Dieter Segert, « Kunst als Ersatzöffentlichkeit ? Thesen zum Vergleich der antitotalitären Wirkungen von Kunst in der DDR und der ČSSR », dans Gabor Ritterspon, Rolf Malte, Jan Behrends, op. cit., p. 195-216.

[26] Jürgen Habermas, L’espace public, Paris, Payot, 1992 (1ère édition, 1962), notamment le chapitre V « Transformation des structures sociales de la sphère publique » ; voir également pour la France (et en partie généralisable aux autres sociétés européennes), Antoine Prost, « Frontières et espaces du privés », dans Philippe Ariès, Georges Duby (dir.), Histoire de la vie privée. De la Première Guerre mondiale à nos jours, Paris, Seuil, 1987, p. 13-155.

[27] Voir aussi à cet égard les réflexions d’Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Paris, Pocket, p. 59-123.

[28] Sur la « modernité » socialiste, voir Katherine Pence, Paul Betts, Socialist Modern…, op. cit.

[29] On le voit par exemple à la manière dont les catégories de public et de privé reprennent forme dans les appartements communautaires. Voir Katarina Gerasimova, « Public Spaces… », op. cit., p.181.

[30] Voir en particulier les travaux d’Alexandra Ionescu pour la Roumanie.

[31] Voir à cet égard pour la Roumanie, Antoine Roger, « Relations agraires et relations de pouvoir dans la Roumanie communiste : les coopératives agricoles de production comme terrain d’affrontement politique », RHMC, op. cit, p. 24-54.

[32] A titre de comparaison, voir différentes contributions parues dans David Crowley, Susan E. Reid (ed.), Socialist Spaces. Sites of Everyday Life in the Eastern Bloc, New York, Berg, 2002.

[33] Antoine Prost, op. cit., p. 38-39.

[34] Sur la question du genre, la bibliographie est immense. A titre de comparaison pour la Roumanie, voir Ioana Cîstocea, « Inventer un acteur politique : le régime communiste roumain et la question des femmes », Revue des études sud-est européennes, 2002, 40/1-2, p. 233-256.

[35] Sandrine Kott, « Pour une histoire sociale du pouvoir en Europe communiste », dans RHMC, op. cit., p. 5-24.

Michel Christian

Assistant à l’université de Genève, Michel Christian travaille à une thèse d’histoire contemporaine sur les partis communistes au pouvoir en tant qu’organisations sociales en RDA et en Tchécoslovaquie socialiste. Il a publié récemment « Ausschließen und disziplinieren. Kontrollpraxis in den Kommunistischen Parteien der DDR und der Tschechoslowakei », dans Emmanuel Droit et Sandrine Kott, Die ostdeutsche Gesellschaft. Eine transnationale Perspektive, Berlin, Ch. Links, 2006, p. 53-70.

Sandrine Kott

Sandrine Kott est professeure d'histoire de l'Europe contemporaine à l'université de Genève, spécialiste d'histoire de l'Allemagne aux XIXe et XXe siècles et des politiques sociales dans une dimension transnationale.


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  • ISSN 1954-3670