Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Privé et public dans les pays communistes d'Europe centrale

Coordination : Sandrine Kott et Michel Christian

« La religion est devenue l’affaire privée des citoyens. » La construction du socialisme et les milieux religieux dans les Pays tchèques

Ondřej Matějka
Résumé :

Après une courte phase de cohabitation pacifique avec les Eglises, la dictature communiste tchécoslovaque procède à leur éviction de l’espace public et à la privatisation forcée de la (...)

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En 1959, le Comité central du Parti communiste de Tchécoslovaquie (PCT) proclamait que « la religion est devenue l’affaire privée des citoyens [1]  », exprimant ainsi sa satisfaction de voir disparaître les milieux religieux. Ces derniers n’en demeuraient pas moins une réalité incontestable. Pour comprendre le maintien et les mutations de ces milieux, il est nécessaire de les situer dans deux thématiques socio-historiques : le processus de sécularisation en Europe d’une part et l’histoire des régimes communistes en Europe centrale et orientale d’autre part. Dans ces deux thématiques, la réflexion sur la distinction public/privé joue un rôle fondamental : la privatisation du croire fait partie de la thèse classique de la sécularisation [2] et l’encadrement politique de la population par le parti pour assurer le contrôle de l’espace public, voire la tentation de prendre le contrôle de toute forme d’espace privé, intriguent les historiens qui essaient de comprendre le phénomène communiste à partir des sociétés dans les pays du bloc soviétique.

Il est difficile d’articuler d’une manière équilibrée ces deux problématiques, à cause du manque de sources fiables qui pourraient nous informer sur le développement de la pratique religieuse et sur la transformation du croire dans les pays tchèques avant 1989. Cet article analysera donc surtout l’interaction entre les Eglises et le pouvoir communiste en essayant d’évaluer systématiquement l’impact de la politique ecclésiastique de la dictature sur la pratique religieuse des Tchèques [3] .

A l’aide des archives du pouvoir communiste [4] de la principale Eglise protestante tchèque – l’Eglise évangélique des frères tchèques (EEFT) [5] – et des ouvrages qui décrivent la situation des catholiques [6] , nous suivrons l’évolution chronologique de cette interaction dans les Pays tchèques, de la mise en place du régime en 1948 jusqu’à la « victoire du socialisme », préalable à la « transition vers le communisme » proclamée au début des années 1960. Il s’agit tout d’abord de comprendre dans quelle mesure le régime a privatisé la pratique de la religion, avant de s’intéresser aux mécanismes de contrôle de la socialisation par lesquels les dirigeants entendaient rééduquer la population dans l’esprit de la « conception scientifique du monde ». Enfin, nous observerons comment ce projet rééducateur atteint ses limites au moment où il tente de remettre en cause un domaine qui incarne le privé dans toutes les sociétés européennes contemporaines – la famille [7] .

Privatiser la pratique religieuse par la force

Pour pouvoir comprendre comment la politique du régime communiste vis-à-vis des Eglises a évolué, il faut retracer l’histoire de ses rapports changeants avec les dirigeants de l’Eglise catholique, qui domine le paysage confessionnel tchèque (en 1950 76,4 % des Tchèques se déclarent catholiques, 5,7 % se déclarent protestants) [8] .

De la paix à la guerre

Les relations de l’Eglise catholique avec le régime communiste passent brutalement de la cohabitation plutôt pacifique à une véritable guerre déclenchée par le régime un an après la prise du pouvoir en février 1948. Comment expliquer ce retournement ? Soulignons d’abord que les deux acteurs ne constituent pas des entités homogènes. A l’intérieur du cercle des dirigeants du PCT, il existait plusieurs courants qui divergeaient sur leur vision de la politique ecclésiastique. Certains « vieux camarades », notamment les anciens membres de l’Association des non-croyants très active pendant l’entre-deux-guerres, prônèrent dès la prise du pouvoir une offensive antireligieuse frontale [9] . Néanmoins, ce sont les « réalistes » qui prirent le dessus, en imposant une politique d’ouverture.

Dans un document programmatique d’août 1948 [10] , les responsables communistes formulent les trois points principaux de la tactique à adopter vis-à-vis de l’Eglise catholique : « 1. parer à l’exploitation de la religion par les ennemis du régime ; 2. limiter le plus possible l’éventualité de l’exploitation politiquement réactionnaire de la religion ; 3. utiliser la religion comme alliée du régime. » Ce document mentionne également un quatrième point, mais comme horizon lointain : « l’obligation de contribuer au dépassement progressif de la religion en tant que façon non-scientifique de penser ». L’objectif principal du pouvoir communiste au moment de sa stabilisation consiste donc à neutraliser politiquement l’Eglise catholique alors étroitement liée au Parti populaire, tout en insistant sur les possibilités de coalition entre le régime et l’Eglise, dont les programmes respectifs, notamment dans le domaine social, autorisaient un rapprochement [11] . Revenant souvent dans les discussions sur ce sujet, il existe aussi un projet de créer une Eglise catholique nationale, schismatique et indépendante de l’autorité de Rome. Dans leur course vers le monopole du pouvoir et la colonisation de l’espace public, les communistes avaient parfois employé dès l’été 1948 des moyens très discutables (chantage ou pressions), notamment contre les prêtres locaux. Malgré cela, leur volonté de trouver un compromis durable semble réelle en 1948 et en 1949. Ainsi, lors d’une rencontre avec les évêques en février 1949, le très puissant ministre de l’Information Václav Kopecký demande avec respect : « Si seulement vous pouviez, messieurs, rédiger une lettre exprimant sincèrement votre loyauté vis-à-vis de notre Etat, cela permettrait de résoudre les autres problèmes [12] . »

Le corps épiscopal tchèque est lui aussi divisé quant à la tactique à adopter vis-à-vis du nouveau régime politique. Certains évêques affichent publiquement leur volonté de coexistence pacifique avec les communistes, comme l’évêque Štěpán Trochta. L’archevêque de Prague, Josef Beran, multiplie quant à lui les gestes contradictoires : en février 1948, dans une lettre pastorale lue dans toutes les églises, il refuse explicitement le coup d’Etat communiste, mais quatre mois plus tard, alors que Klement Gottwald vient d’être élu président de la République, il célèbre un Te Deum devant tous les dignitaires du régime réunis dans la cathédrale Saint-Guy au Château de Prague. La position du corps épiscopal tchécoslovaque est singulièrement compliquée par le fait qu’il doit rendre compte au Vatican, lequel a choisi de soutenir clairement le camp anti-communiste dans la guerre froide [13] .

Après de nombreuses discussions, les évêques refusent de collaborer avec les dirigeants communistes et décident de respecter la ligne du Vatican, qui agit dans une logique de combat : dans la situation très tendue de l’été 1949, le pape décrète en juillet l’excommunication de tous les membres du PCT, ce qui ne concerne pas moins d’un million de Tchèques [14] . Les conséquences de ce choix stratégique se révèlent désastreuses pour l’Eglise catholique. Les radicaux du PCT lancent une offensive politique contre la hiérarchie catholique qui dégénère en véritable Terreur. Entre 1949 et 1952, en l’espace de trois ans, les autorités de l’Etat confisquent la plupart des biens des Eglises, imposent unilatéralement des lois ecclésiastiques qui anéantissent leur autonomie [15] , liquident les ordres religieux et organisent plusieurs procès spectaculaires impliquant des dignitaires catholiques [16] . Cette politique aboutit à une Eglise catholique « mutilée et paralysée  [17]  ».

Comment faire disparaître les Eglises de l’espace public

Les protestants ne subissent pas cette répression sanglante. En fait, pendant cette période de mise en place de la dictature, ils sont perçus comme des alliés du régime. Pour quelles raisons ? Tout d’abord, leur anti-catholicisme historique est adroitement instrumentalisé par les communistes : certains protestants participent même aux campagnes lancées par les communistes contre le Vatican. De plus, une partie influente des élites protestantes s’est, dès les années 1930, rapprochée du milieu communiste, notamment par le biais de la question sociale et de l’engagement pour l’Espagne républicaine. Enfin, la collaboration dans la résistance anti-nazie a renforcé ce lien entre les communistes et les protestants, dont certains rejoignent le PCT dès 1945 [18] .

Mais cette alliance n’est pas destinée à durer. En 1952, la radicalisation rapide de la lutte contre la hiérarchie catholique amène les radicaux du PCT, forts de leurs succès dans ce combat, à vouloir faire passer la politique ecclésiastique au « niveau supérieur » : une grande campagne de propagande est lancée qui présente la religion (toutes confessions confondues) comme un « obscurantisme » destiné à une extinction inévitable, ce qui était encore inimaginable en 1948 [19] et même en 1950 [20] . En pratique, les deux objectifs à atteindre consistent d’une part à éliminer de l’espace public les Eglises et la religion en général et d’autre part à enfermer les croyants dans des ghettos confessionnels dominicaux. 

Les bases de cet isolement sont jetées dès 1949 avec l’abolition des écoles confessionnelles. S’ensuit en décembre 1949 la remise à l’administration de l’Etat des registres d’état civil des Eglises [21] . La motivation de ces mesures est explicitement formulée : il s’agit de « séparer l’existence civique de toute intervention ecclésiastique » afin que tout citoyen « n’entre en contact avec l’Eglise que s’il est guidé par un intérêt proprement religieux [22]  ». L’instauration d’un mariage civil obligatoire indépendant de tout rituel religieux va dans le même sens [23] .

La suppression des dernières associations liées aux Eglises en 1952 fait  partie de cette politique d’isolement. Les Eglises sont en outre dépossédées de la plupart de leurs médias. Du paysage foisonnant des périodiques catholiques – 133 titres en 1948 –, il ne reste au début des années 1950 que deux hebdomadaires encore autorisés [24] . La presse protestante subit le même sort. De plus, le gouvernement impose la création d’une maison d’édition unique pour toute la littérature religieuse, qui ne devient accessible que dans quelques librairies spécialisées, et, chaque année, les Eglises doivent se battre pour l’attribution du papier. En ce qui concerne la radio, la dernière retransmission d’un culte date de 1948.

Les dirigeants communistes consacrent de même beaucoup d’énergie à limiter l’usage religieux de l’espace public lors des fêtes et des pèlerinages. Par exemple, sous la pression des autorités communistes, les très populaires processions de la Fête-Dieu, qui étalaient à chaque fin de printemps leurs fastes à travers des villes et des villages richement décorés, se cantonnent  progressivement à l’enceinte de l’église, voire ne quittent plus le bâtiment.

Lors des jours de fêtes, mais aussi le dimanche en général, les transports publics sont largement réduits pour empêcher les habitants des communes éloignées de rejoindre les manifestations religieuses. Une autre stratégie importante consiste à organiser des activités sportives et culturelles de substitution les jours de fêtes religieuses. Il semble que ces mesures sont plutôt efficaces : des cent quarante lieux de pèlerinage principaux dans les Pays tchèques en 1949, il n’en subsiste que neuf en 1962 [25] .

La religion, une affaire strictement privée ?

L’expulsion de la religion hors de la sphère publique est officiellement consacrée en 1954, lorsque le gouvernement tchécoslovaque décide de supprimer la référence à l’« appartenance confessionnelle » de tous les questionnaires administratifs officiels, y compris des bulletins du recensement de la population. Il s’agit sans doute d’une manifestation de force, chargée d’une importante valeur symbolique : à en croire le discours du régime, la religion est devenue une affaire totalement marginale au sein de la société, qui ne mérite plus ni enregistrement administratif ni statistique. En réalité, l’absence de cet indicateur précis permet d’enlever aux Eglises un argument important, dans la mesure où elles ne peuvent plus affirmer qu’elles représentent toujours une entité numériquement puissante.

Mais cette décision de refouler la problématique religieuse manifeste aussi sans doute un certain « apaisement » de la politique ecclésiastique, qui cesse d’être une priorité pour les dirigeants communistes, satisfaits des résultats de la lutte contre l’Eglise catholique. D’autres signes confirment cette hypothèse : le Bureau pour les affaires ecclésiastiques (BAE), organe central de gestion des affaires ecclésiastiques, perd son statut de ministère en 1953. Son nouveau chef J. Havelka, plutôt marginal dans la hiérarchie communiste, proclame en octobre de la même année qu’il faut avant tout « maintenir la paix religieuse [26]  ».

Contrôler la socialisation pour rééduquer le public

Cette phase d’apaisement n’est toutefois ni conséquente ni durable. Bien que l’appartenance confessionnelle ait été supprimée des questionnaires officiels, elle garde sa place dans les dossiers personnels (kádrové materiály). Elle reste donc toujours étroitement surveillée. De plus, après la parenthèse libérale de 1956-1957, le Comité central du PCT annonce en 1959 une nouvelle ligne politique : « dans la relation des citoyens avec leur Etat, la religion est bien sûr une affaire privée ». Cela ne signifie pourtant pas que l’Etat soit obligé de rester indifférent face à « la diffusion de l’obscurantisme religieux [27]  ». Cette position s’intègre dans un projet d’« achèvement de la révolution culturelle », qui doit mener à la création de la « société socialiste » annoncée par le XIe congrès du PCT en 1958. Cette « révolution culturelle » s’accompagne notamment d’une nouvelle campagne de propagande athée violente, avec un processus de stigmatisation publique de toute appartenance religieuse

Les enseignants, hussards noirs de l’ « athéisme scientifique »

L’appartenance religieuse représente en fait toujours un « problème qu’il ne faut perdre de vue à aucun instant [28]  », y compris à l’intérieur du PCT, où la non-appartenance à une Eglise fait pourtant partie des conditions d’accès à la plupart des fonctions depuis 1953. Cette condition est aussi progressivement élargie à tous les postes administratifs importants au sein de l’Etat. Mais les statistiques internes du PCT indiquent qu’en juin 1953, 70 % des communistes restent encore rattachés à une Eglise. En 1956, un rapport du Comité régional du PCT de Moravie méridionale admet que 2 000 fonctionnaires du PCT participent activement à la vie religieuse et envoient leurs enfants au catéchisme [29] .

La politique destinée dès 1957 à remédier radicalement à ce « problème » vise logiquement l’école. Les dirigeants communistes se montrent à cet égard bons connaisseurs de l’histoire car ils sont tout à fait conscients du fait que parmi les dispositifs de gestion de l’espace public impliqués dans divers types d’assimilation (qu’elle soit nationale ou idéologique), le contrôle du système de socialisation civique constitue une ressource déterminante [30] . Dans cette perspective, l’école, instrument privilégié de « nationalisation », est destinée à devenir dans le contexte tchèque de la fin des années 1950 un moyen décisif pour former les générations à venir à la « conception scientifique du monde » (basée sur l’« athéisme scientifique »), qui considère la religion comme un élément « étranger [31]  » à la nouvelle société socialiste.

Stigmatisation des enseignants chrétiens

A côté des programmes, réécrits pour se conformer à la « conception scientifique du monde » (à regarder les manuels de biologie et d’histoire de l’époque, il s’agit d’un mélange de darwinisme primaire et d’anti-cléricalisme virulent), le principal rôle dans cette véritable (re)construction identitaire incombe évidemment aux enseignants. Les enseignants croyants sont immédiatement placés devant un choix clair : ils peuvent soit déclarer par écrit leur adhésion à l’athéisme, quitter leur Eglise et garder leur poste dans l’éducation, soit être mis à la porte. L’appartenance religieuse (affaire officiellement privée) devient ainsi un « stigmate », selon la définition qu’en donne Goffmann : « un attribut qui jette un discrédit sur la personne qui en est affectée [32]  ».

L’argumentaire des autorités de l’Etat illustre bien la traduction de cette conception dans la pratique. Par exemple, l’instituteur protestant Vladimír Novotný se retrouve sans poste le 31 mars 1958, avec la justification suivante signée par l’inspecteur régional : « notre école socialiste a besoin d’enseignants ayant une conception du monde clairement scientifique. Vous ne satisfaites pas à cette condition, parce que vos opinions idéologiques sont en contradiction totale avec l’enseignement de l’école socialiste. Vous n’apportez pas la garantie d’un enseignement scientifique, parce que vous défendez une conception idéaliste du monde. De ce fait, votre travail dans le domaine de l’éducation des enfants est indésirable [33] . »

Les pressions sont telles [34] que le chrétien le plus célèbre de l’époque, le théologien protestant Josef Lukl Hromádka, qui soutient sincèrement le régime depuis 1948, décide de protester contre ce type de pratiques [35] . Le 5 mai 1958, il adresse au Comité central du PCT une lettre dans laquelle il témoigne de cas « où un instituteur où une institutrice annoncent à leur paroisse, les larmes aux yeux, l’obligation de la quitter pour pouvoir garder le métier qu’ils aiment tellement. [...] Je prends connaissance de situations grotesques où certains croyants n’osent plus rendre visite à leur pasteur pendant la journée de peur d’être suivis et de mettre en danger leur carrière [36] . »

En réponse à cette confession enflammée de Hromádka (lauréat du très prestigieux prix Lénine de la paix en 1958), les dirigeants communistes font savoir qu’« ils sont absolument contre les interventions administratives dans les questions de conscience des citoyens » ; mais soulignent que « l’enseignement de notre école socialiste doit être imprégné d’une vision scientifique du monde ». Par conséquent, il faut que les croyants admettent que « le domaine de l’éducation ne peut en aucun cas être la sphère d’activité principale de l’Eglise  [37]  ». Dans d’autres messages, les représentants du pouvoir conseillent aux jeunes chrétiens d’adopter une attitude pragmatique et de ne pas tenter d’entrer dans les facultés de pédagogie afin de « prévenir ce type de problème  [38]  ». Ce conseil se transforme en une norme proclamée peu après l’appel de Hromádka : à partir de 1958, « la tare religieuse » représente officiellement un obstacle infranchissable à l’entrée dans tous les établissements de formation des futurs enseignants [39] .

Remodeler le privé

Les archives du pouvoir ne contiennent pas, outre les quelques lettres de protestation de la part de Hromádka et d’autres croyants pratiquants [40] , d’autres signes d’agitation contre ces mesures de stigmatisation. La majorité de la population semble accepter la politique du régime vis-à-vis des chrétiens : les racines historiques de l’anticléricalisme tchèque, intimement lié au discours nationaliste du XIXe siècle, y sont sans doute pour beaucoup [41] . Les représentants de la dictature interprètent néanmoins cette réalité comme leur propre succès : rien ne l’illustre mieux que les premières phrases de la nouvelle Constitution, proclamée en 1960 : « nous, peuple travailleur de Tchécoslovaquie, proclamons solennellement : [...]le socialisme est victorieux dans notre patrie ! » Et cette victoire apparaît même explicitement dans l’article 24, qui annonce que « toute éducation et tout enseignement sont basés sur une conception scientifique du monde  [42]  ».

Mais les auteurs de ce qui deviendra le socle du système législatif de la Tchécoslovaquie socialiste ne se contentent pas de constater simplement la victoire du socialisme. La préambule de la Constitution se conclut par un appel programmatique, sinon visionnaire : « Nous sommes déterminés à marcher vers de nouveaux buts, toujours plus nobles. Après avoir accompli la construction du socialisme [...], nous rassemblons nos forces pour la transition vers le communisme. »

La famille communiste

Cette vision n’est pas destinée à rester sur le papier : la législation tchécoslovaque connaît au début des années 1960 une activité de restructuration fiévreuse. Pour préparer et accélérer la « transition », les juristes tchèques se lancent dans l’élaboration d’un cadre normatif qui définisse clairement les contours de la société communiste. Une des caractéristiques clés de cette nouvelle société serait une modification profonde des frontières entre le privé et le public. La reconsidération du rôle de la famille représente l’une des étapes essentielles de ce processus.

C’est en 1963 qu’une loi sur la famille est proposée pour définir la nouvelle fonction de la famille dans la société socialiste (voir extrait dans l’encadré ci-dessous).

Proposition de la loi sur la famille [43]

Article I

Le mariage repose dans notre société sur des relations émotionnelles stables entre l’homme et la femme, gouvernées par les principes de la morale communiste. L’homme et la femme sont égaux. L’objectif social central du mariage est de servir de base à la famille et à la bonne éducation des enfants. Une attitude frivole par rapport au mariage est en contradiction avec l’intérêt de la société.

§ 23

L’éducation des enfants, qui doit  systématiquement suivre une orientation conforme à l’esprit de la conception marxiste-léniniste du monde aboutissant à  leur épanouissement intellectuel et physique, fait partie de la construction du communisme.

§ 24, point 2

L’éducation des enfants dans la famille doit être en accord avec l’activité éducatrice de la société, principalement avec l’école, avec l’Association de la jeunesse tchécoslovaque, avec l’organisation des pionniers et avec les autres organisations sociales.

§ 25

L’une des missions fondamentales de l’éducation est de permettre l’épanouissement intellectuel et moral de l’enfant dans l’esprit de la conception socialiste du monde et selon le code moral de l’édificateur de la société communiste. La formation des enfants doit être orientée de telle façon qu’ils reçoivent une instruction de plus en plus large, qu’ils adoptent une attitude communiste vis-à-vis du travail et que leur conscience et leurs comportements soient imprégnés des principes de la morale communiste, tels que le dévouement aux idées communistes, l’amour de la patrie, l’amitié entre les nations, la défense de la propriété commune, la soumission des intérêts personnels aux intérêts de la collectivité, le respect bénévole et conscient des règles de la coexistence socialiste, le respect d’autrui, la modestie individuelle, l’honnêteté et le dévouement.

§ 26

L’objectif de cette éducation est la formation d’individus politiquement avertis, instruits, moralement mûrs et physiquement vigoureux, qui mettent en valeur leurs capacités en accord avec le développement et les besoins de la construction de la société communiste.

La loi postule donc clairement, que pour pouvoir progresser rapidement vers la société communiste, il faut réformer profondément les pratiques éducatives à l’intérieur de la famille [44] . Pour éviter tout malentendu, les objectifs de la loi sont davantage précisés par l’un de ses auteurs, le spécialiste de l’Académie des sciences Josef Eliáš, qui affirme dans son explication que « dans la société socialiste, l’éducation des enfants cesse d’être une affaire privée, l’affaire des parents  [45]  ». Ceux-ci peuvent, à en croire Eliáš, représenter un obstacle dans la construction de la société communiste, surtout  en transmettant à leurs enfants « les idées, les opinions et la morale d’époques révolues, notamment la religion ». Il en tire une conclusion sans équivoque : « il est possible et impérieux d’imposer aux parents, sous la forme d’une obligation légale, un comportement qui facilite le travail éducatif des autres organisations sociales [Eliáš renvoie ici à l’école qui est entièrement basée sur la « conception scientifique du monde » et aux associations de type Pionýr, etc.], et cela même dans les cas où les parents ne partagent pas la conception scientifique du monde ». La perspective de sanctions, voire de l’enlèvement forcé des enfants à leur famille si elles ne respectaient pas la loi dans son interprétation à la lettre, semblait réelle.

La défense de la famille protestante

Dès le printemps 1963, le milieu protestant prend connaissance du contenu de la proposition de loi ainsi que des documents qui l’accompagnent. La nouvelle provoque une véritable « grande peur » parmi les protestants, qui aboutit à une mobilisation sans précédent dans un milieu, qui respectait jusqu’ici, certes avec beaucoup de ressentiment, l’enfermement de la vie religieuse dans le cadre des îlots privés que représentaient les paroisses. Il faut également rappeler que le régime de la Terreur lancée contre la hiérarchie catholique insoumise n’est pas oubliée et que, dans presque chacune de leurs communautés, les protestants ont pu observer les effets des campagnes anti-religieuses virulentes de la fin des années 1950 (départ des enseignants de la paroisse, difficultés des enfants de pratiquants pour entrer à l’université, etc.). L’acte d’apposer sa signature à une lettre demandant la modification d’une loi qui se veut fondamentale dans la construction de la société communiste, exige alors sans aucun doute beaucoup de courage. Les archives du Conseil du synode de Prague (l’organe suprême de l’EEFT) montrent que les protestants sont nombreux à vaincre leur peur à ce moment, presque un tiers des paroisses se joignent à ce mouvement [46] .

Pourquoi une mobilisation de cette ampleur, en particulier chez les protestants ? Le moment et le sujet semblent être les deux facteurs essentiels [47] . Le milieu protestant, après avoir traversé les années 1950 non sans certaines difficultés, se sent pour la première fois explicitement visé par le durcissement de la politique envers les Eglises à partir de 1957. Ce sentiment n’est pas la manifestation d’une paranoïa protestante : en 1958, les responsables des affaires ecclésiastiques du PCT indiquent que dans le contexte du « dépassement de l’obscurantisme religieux », ce sont les protestants qui sont devenus les adversaires les plus dangereux, notamment parce que « dans la plupart des familles évangéliques survit une profonde piété traditionnelle dans laquelle les enfants continuent à être élevés [48]  ». 

De plus, la famille possède traditionnellement une grande importance dans la pensée protestante de la société [49] . Dans le contexte tchèque du début des années 1960, cet aspect est souligné par exemple dans un document de travail pour le Conseil du synode en 1961 : « Le royaume de Dieu se réalise principalement dans la famille [50] . » Les menaces qui pèsent sur cette institution sociale centrale dans la pensée protestante suscitent donc évidemment de grandes inquiétudes dans ce milieu confessionnel.

Cette mobilisation se transformera d’ailleurs bientôt en un « lieu de mémoire » protestant : en 1969, lors du Synode le plus libéral depuis 1948, une motion est votée pour reconnaître « le courage de ceux qui se sont opposés à la loi sur la famille  [51]  ». La rareté de ce type de réaction dans les faits est certainement la première raison de la monumentalisation de l’événement. La deuxième motivation, également importante, est le fait que la proposition de loi a connu des changements importants, allant effectivement dans le sens des interventions protestantes (voir l’encadré ci-dessus dans lequel les parties en italiques ont été supprimées ou reformulées, en omettant systématiquement l’expression « communiste »).

Il est malheureusement impossible d’évaluer avec précision le rôle des différents acteurs dans cet épisode, le fonds du ministère de la Justice de cette époque restant inaccessible pour le moment. Néanmoins, selon certaines indications tirées de la presse, cette loi a provoqué d’intenses discussions, qui sont loin d’avoir impliqué seulement le milieu protestant. De manière significative, c’est dans le quotidien du Parti populaire (lié au milieu catholique) Lidová demokracie de juin 1963 que l’on apprend que « plus de 800 amendements sont arrivés au ministère de la part d’entreprises, d’associations ou d’organisations du Front national à propos de cette loi [52]  ». Ainsi, on constate que cette problématique dépassait le seul horizon protestant.

Les limites du projet communiste

La modification profonde du texte de la loi peut être en fait interprétée comme révélatrice de l’existence de limites que le projet communiste de refonte de la société ne peut, en fait, pas franchir. Contre la famille – l’incarnation du domaine privé, « l’institution clé de la modernité séculière [53]  » – l’utopie communiste ne parvient pas à s’imposer. Au moment même où les dirigeants communistes proclament la « victoire du socialisme » et annoncent la « transition vers le communisme », la génération des 20-30 ans commence en fait à manifester un scepticisme croissant pour « l’expérimentation des formes de vie collective », comme le prouvent  les premières enquêtes sociologiques de qualité réalisées dans les années 1960 en Tchécoslovaquie [54] . L’échec du projet initial de la loi sur la famille semble indiquer que ce « scepticisme » ne se limite pas aux jeunes et que les élites du PCT sont conscientes du manque de consensus social quant à l’objectif d’une « société communiste » qui consisterait en un dépassement des catégories « bourgeoises » de public et de privé.

Les « normalisateurs » des années 1970-1980 apprendront d’ailleurs à composer avec cette évolution ; selon l’interprétation classique, un « contrat » cynique se met alors en place entre le « régime » illégitime et imposé de Moscou, qui accepte la sphère privée, et la « société », qui accepte la colonisation de l’espace public par le PCT [55] . Ce mode de fonctionnement permettra, à en croire le sociologue Ivo Možný, un véritable épanouissement (au moins économique) des réseaux familiaux traditionnels, observé à la veille de la disparition du régime tchécoslovaque en 1989 [56]

Les Eglises [57] , elles aussi, respectent ce « contrat » au moins jusqu’au milieu des années 1980. Le régime de normalisation ne lance aucune nouvelle offensive anti-religieuse et se contente de veiller à sauvegarder le modèle élaboré dans les années 1950, qui se révèle efficace. Ainsi, les Eglises continuent-elles à exister jusqu’en 1989, sans accès à la sphère publique (médias, associations, festivités) et confinées dans des ghettos confessionnels dont les frontières sont en principe définies par les lois ecclésiastiques de 1949.

Il est révélateur que toutes ces mesures aient laissé des empreintes durables, même après 1989. Que ce soit dans l’enseignement, dans la vie politique et associative ou dans les médias, les Eglises n’ont pas retrouvé leur visibilité publique. La pratique religieuse est aujourd’hui une affaire strictement privée, soigneusement maintenue dans les clans familiaux des fidèles.

Il faut bien évidemment contextualiser ce « succès » et le replacer dans une histoire plus longue de l’anti-cléricalisme tchèque ainsi que dans l’histoire européenne de la sécularisation, liée à la progression de la société de consommation (qu’elle soit socialiste ou capitaliste) à partir des années 1960. Mais le fait que le régime a en fin de compte réussi à gérer et contrôler les moyens de socialisation par le biais de l’école ne doit pas être sous-estimé. L’enseignement anti-religieux systématiquement dispensé dans des écoles par ailleurs purgées de tout enseignant croyant a peut-être fini par porter ses fruits : les Pays tchèques constituent aujourd’hui l’un des espaces les plus sécularisés d’Europe [58] .

Mais les conséquences de l’école socialiste sont plus complexes, comme le montrent les enquêtes sur la religion réalisées dans les années 1990. La majorité de la population tchèque, tout en refusant l’existence d’un Dieu personnel (64 % en 1991) [59] et tout en étant très critique par rapport à toute religion institutionnalisée, refuse cependant de se déclarer athée convaincue (seulement 5,5 % en 1991) et affirme croire à l’existence d’une « force de vie ou d’une force spirituelle » supranaturelle (37,9 % en 1991 et 50,2 % en 1999) ! Ainsi, dans leur « chez soi » qui a résisté à l’attaque du projet communiste déprivatisateur avant de devenir la valeur clé de la société « normalisée » (symbolisée par la culture des maisons de campagne – « chalupy » [60] ), les Tchèques ont visiblement appris à bricoler des systèmes de croyance peu homogènes mais certainement très éloignés de la « conception scientifique du monde ».

Pour citer cet article :

Ondrej Matejka, « "La religion est devenue l’affaire privée des citoyens."  La construction du socialisme et les milieux religieux dans les Pays tchèques », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°7, janvier-avril 2009.

Notes :

[1] Archives nationales (Prague), Archives du Comité central du Parti communiste tchécoslovaque (Komunistická strana Československa – KSČ), KSČ-ÚV-05/3, sv. 10/a.j. 55. Décision du CC du PCT sur certaines questions actuelles du développement de la propagande athée (le 27 janvier 1959).

[2] Pour une très bonne mise au point sur les débats autour de la sécularisation, voir Jean-Paul Willaime, « La sécularisation : une exception européenne ? Retour sur un concept et sa discussion en sociologie des religions », Revue française de sociologie, tome 47, nº4, 2006, p. 755-783.

[3] La problématique de la Slovaquie est profondément différente (à cause de développements historiques particuliers propres à la partie hongroise de l’Empire habsbourgeois). Elle sera donc laissée de côté dans cet article. Pour l’explication de la spécificité de l’histoire religieuse des Pays tchèques, voir par exemple Marie-Elizabeth Ducreux, « Entre catholicisme et protestantisme: l’identité tchèque », Le Débat, nº 59, mars-avril 1990, p. 105-125. Voir également Patrick Michel, La société retrouvée - Politique et religion dans l'Europe soviétisée, Paris, Fayard, 1988 (écrit avant l’ouverture des archives à l’Est). Pour avoir une vision plus large (et moins précise) de la situation dans les Pays tchèques aux XIXe et XXe siècles, voir Bernard Michel, La Mémoire de Prague : conscience nationale et intelligentsia dans l'histoire tchèque et slovaque, Paris, Perrin, 1986.

[4] Notamment les matériaux du comité central du PCT et de son département idéologique.

[5] Le privilège accordé aux sources protestantes est lié au fait que je prépare une thèse sur le milieu protestant tchèque entre 1948 et 1989.

[6] Pour une première synthèse sur l’Eglise catholique dans la période 1948-1989, voir Stanislav Balík, Jiří Hanuš, Katolická církev v Československu 1945-1989 [L’Eglise catholique en Tchécoslovaquie 1945-1989], Brno, CDK, 2007.

[7] Cet article fait partie du projet financé par l’Académie des sciences de la République tchèque – AV0Z80630520-I064.

[8] Náboženské vyznání obyvatelstva podle výsledků sčítání lidu v letech 1921-1991 [Les confessions religieuses d’après les recensements de la population entre 1921 et 1991], Praha, ČSU 1995.

[9] Arnošt Kolman, Zaslepená generace. Paměti starého bolševika [Une génération aveuglée. Mémoires d’un vieux bolchevik], Brno, Host 2005, p. 263.

[10] « Projet de solution des questions religieuses » débattu par la commission pour les affaires ecclésiastiques du Comité central du PCT le 30 août 1948, publié dans Karel Kaplan, Stát a církev v Československu 1948-1953 [Etat et Eglise en Tchécoslovaquie 1948-1953], Brno, Nakladatelství Doplněk, 1993, p. 257-263.

[11] Les archives invitent à nuancer (au moins pour le cas tchèque) la thèse présentée par Patrick Michel sur la volonté de la dictature communiste d’« anéantir » la religion et l’Eglise (voir Patrick Michel, La société retrouvée..., op. cit., p. 22.).

[12] Transcription de cette discussion entre les représentants du PCT et ceux de l’épiscopat tchécoslovaque datée 17 février 1949, dans Karel Kaplan, Stát a církev..., op. cit, p. 302.

[13] Dianne Kirby (ed.), Religion and the Cold War, Basingstoke, Palgrave, 2003.

[14] Stanislav Balík, Jiří Hanuš, Katolická církev..., op. cit., p. 25.

[15] En échange de la prise en charge des salaires des clercs et des frais de roulement des Eglises, l’Etat soumet ces dernières à un dispositif d’encadrement très strict, la notion clé dans la législation et dans la pratique étant « l’accord d’Etat ». Cet accord conditionne l’exercice de la profession ecclésiastique (toutes les prédications du pasteur en dehors de sa paroisse, toute publication de littérature religieuse etc.).

[16] En 1950, tous les évêques tchèques (à deux exceptions près) sont soit emprisonnés, soit isolés. Pour la description minutieuse de cette politique, voir Karel Kaplan, Stát a církev..., op. cit.

[17] Expression de Karel Kaplan.

[18] Pour une analyse détaillée de la relation des protestants avec le PCT, voir Ondřej Matějka, « Apprendre à vivre dans une dictature. Le milieu protestant tchèque 1948-1956 », Transitions, tome XLVII, nº 12, 2007, p. 13-31.

[19] Voir le développement sur ce quatrième point dans le « Projet de la solution des question religieuses » de 1948 (voir supra).

[20] Au moment de la préparation des grands procès contre la hiérarchie catholique en octobre 1950, un des organisateurs principaux souligne qu’il faut éviter « toute attaque contre la religion ». Voir K. Kaplan, Stát a církev..., op. cit., p. 196.

[21] Loi n° 268/1949.

[22] Cité dans K. Kaplan, Stát a církev..., op. cit., p. 262.

[23] L’invention des alternatives séculières aux rites religieux (le baptême remplacé par une fête de bienvenue pour les citoyens nouveaux-nés, la confirmation par la remise de la carte d’identité, l’enterrement par des adieux dans le crématoire, etc.) constitue une dimension importante de cette politique du PCT qui ne peut pas être développée dans cet article pour des raisons de place. Mentionnons toutefois la création des « Comités pour les affaires civiques » en 1955, institution destinée à offrir et à améliorer ces rituels de substitution dont le succès et problèmes reviennent régulièrement au programme des discussions du Comité central du PCT. Voir par exemple AN Prague, KSČ-ÚV-05/3, sv. 10/a.j. 55,  Décision du CC PCT sur certaines questions actuelles du développement de la propagande athée (le 27 janvier 1959).

[24] K. Kaplan, Stát a církev..., op. cit., p. 46.

[25] AN Prague, ministère de l’Education et de la Culture – département des cultes (MSK), carton 80. Rapport d’information pour le département 3 du Comité central du PCT (je remercie Roman Krakovsky qui travaille sur cette problématique de m’avoir communiqué ce document).

[26] AN Prague, Bureau pour les affaires ecclésiastiques (SUC), carton 14. Rapport de la 37e réunion du conseil du SUC du 8 octobre 1953.

[27] AN Prague, KSČ-ÚV-05/3, sv. 10/a.j. 55. Décision du CC du PCT sur certaines questions actuelles du développement de la propagande athée (le 27 janvier 1959).

[28] Od X. do XI. sjezdu KSČ : usnesení a dokumenty ÚV KSČ [Du Xe au XIe congrès du PCT : Résolutions et documents du Comité central du PCT], Praha, Státní nakladatelství politické literatury, 1958, p. 107-108, p. 538.

[29] K. Kaplan, Stát a církev..., op. cit., p. 174, également K. Kaplan, Kronika komunistického Československa. Doba tání 1953-1956 [Chronique de la Tchécoslovaquie communiste. Le dégel 1953-1956] , Brno, Barrister & Principal, 2005, p. 629.

[30] Yves Deloye, Sociologie historique du politique, Paris, La Découverte, 2003, p. 73.

[31] Un élément « arriéré », « dépassé », dans le lexique de l’époque.

[32] Erving Goffman, Stigmate, les usages sociaux des handicaps, Paris, Minuit, 1975.

[33] Archives du Conseil du synode de l’EEFT (ACS) Prague, carton XXI/2. Réhabilitation des enseignants limogés pour les raisons religieuses.

[34] L’ardeur vraiment révolutionnaire des communistes locaux est bien illustrée par le département de Blatná où l’on a décidé de limoger d’un seul coup 42 enseignants provoquant ainsi une grave crise due au manque du personnel, crise qui est parvenue jusqu’au sommet du PCT qui émet en décembre 1958 une mise en garde contre « la sur-utilisation des moyens administratifs ». Voir K. Kaplan, Kronika komunistického Československa, art. cit., p. 630.

[35] Pour son rôle comme véritable « article d’exportation » sous la dictature communiste tchécoslovaque, voir O. Matějka : « Jsou to berani, ale můžeme je využít. Čeští evangelíci a komunistický režim 1948–1956 » [Ce sont des béliers mais nous pouvons les utiliser. Les protestants tchèques et le régime communiste 1948-1956], Soudobé dějiny, tome XIV, nº 2-3, 2007, p. 305-340.

[36] AN Prague, 02/2, sv.179/a.j. 243. Réunion nº243 du bureau politique du CC PCT(le 5 juin 1958).

[37] ACS Prague, carton XXI/2. Allocution de K. Hrůza devant le Conseil du synode (1958).

[38] ACS Prague, carton XXI/2. Lettre du ministère de l’éducation au Conseil du synode du 15 mars 1965.

[39] Od X. do XI. sjezdu KSČ , op. cit., p. 108.

[40] AN Prague, KSČ-ÚV-05/3, sv. 38/a.j. 302-3. Rapport sur certains aspects de la situation ecclésiastique actuelle en Tchécoslovaquie. Ce document mentionne que plusieurs paroisses protestantes ont même proposé la convocation d’un synode exceptionnel autour de ce problème.

[41] Marie-Elizabeth Ducreux, « Entre catholicisme et protestantisme: l’identité tchèque », op. cit., p. 105-125. C’est également la différence principale entre les Pays tchèques et la Slovaquie où l’on ne trouve pas cet anti-cléricalisme traditionnel.

[42]  Il est  significatif que cet article précède celui qui garantit la liberté des cultes (art. 32). Le texte de toute la Constitution de 1960 est accessible sur le site suivant : http://www.psp.cz/eknih/1960ns/tisky/t0001_01.htm (consulté le 20 octobre 2008)

[43] ACS Prague, carton XXI/2. Loi sur la famille (1963).

[44] Voir le rapport d’explication pour cette loi, ACS Prague, carton XXI/2. Loi sur la famille (1963).

[45] Josef Eliáš,  « Nové problémy v osnově zákona o rodině » [Nouveaux problèmes dans la proposition de la loi sur la famille], Právník, tome 102, nº 6, 1963, p. 465-466.

[46] Soixante lettres de protestation dans ACS Prague, carton XXI/2. Loi sur la famille (1963), la plupart d’entre elles signées par plusieurs « anciens » de la paroisse.

[47] Il faudrait en mentionner un troisième – la présence des porte-parole de cette cause autour du groupe la « Nouvelle orientation » (Nová směr). Ce groupe est formé par les représentants les plus actifs de la jeune génération pastorale, révoltés contre la fermeture du milieu protestant prêchée par leurs pères,et influencés par la théologie de Hromádka sur l’importance de la place de l’Eglise dans le monde.

[48] AN Prague, KSČ-ÚV-05/3, sv. 38/a.j. 302-3. Rapport sur certains aspects de la situation ecclésiastique actuelle en Tchécoslovaquie.

[49] « La pensée protestante renouvelle le discours sur la famille, en lui donnant un statut original et fort, tant sur le plan économique que moral et spirituel. [...] La famille est appelée à devenir une image de l’Eglise. » Francine Carillo, « Famille », dans Pierre Gisel (dir.), Encyclopédie du protestantisme, Paris, PUF, 2006, p. 489.

[50] AN Prague, MŠK, Církev, 47 IV. ČCE, A. Vztah církve a státu 1956-1966. Analyse de la perte des membres de l’EEFT.

[51] ACS Prague, Synodes, Synode 1969.

[52] « La nouvelle loi sur la famille », Lidová demokracie, tome 19,  1.8.1963, p. 1.

[53] Jean-Paul Willaime, « La sécularisation... », op. cit., p. 769.

[54] C’est l’une des découvertes de la grande enquête sociologique dirigée par Erika Kadlecová en 1963 : Sociologický výzkum religiozity v severomoravském kraji [Enquête sociologique sur la religion en Moravie du Nord], Praha, Academia, 1967.

[55] Voir par exemple les écrits des dissidents comme Milan Šimečka (notamment son ouvrage Le rétablissement de l’ordre : Contribution à la typologie du socialisme réel, Paris, François Maspero, 1979).

[56] « Après une courte période de tâtonnement et de chaos [les années 1950-1960], les réseaux familiaux traditionnels se sont rapidement revitalisés, les échanges non monétarisés de services et de biens ont rapidement augmenté, l’autarcie en ce qui concerne les services et l’auto-approvisionnement ont atteint chez nous un taux sans précédent. » Ivo Možný, Proč tak snadno ? Některé rodinné důvody sametové revoluce : sociologický esej [Pourquoi si facilement ? Quelques raisons familiales de la révolution des velours : un essai sociologique], Praha, Sociologické nakladatelství, 1991, p. 18.

[57] A l’exception d’une petite minorité des dissidents.

[58] Petr Fiala, Laboratoř sekularizace. Náboženství a politika v ne-náboženské společnosti : český příklad [Laboratoire de la sécularisation. Religion et politique dans une société non religieuse : le cas tchèque], Brno, CDK, 2007.

[59] Les résultats des enquêtes menées en République tchèque dans le cadre de « European Values Study », voir http://www.europeanvalues.nl/ [site consulté le 30 janvier 2009]

[60] Il est intéressant de remarquer que ce phénomène lié à l’instauration progressive des week-ends fériés dans la deuxième moitié des années 1960 est immédiatement évoqué par les pasteurs protestants dans leurs discussions lors de synodes. Voir ACS Prague, Synodes, Synode 1969.

Ondřej Matějka

Historien, Ondřej Matějka est doctorant en co-tutelle entre l’université de Genève et l’université de Rouen. Il est chercheur associé à Institut de l’histoire du temps présent de Prague.

Mots clefs : religion ; dictature communiste ; Pays tchèques ; sécularisation ; famille.

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