Histoire@Politique : Politique, culture et société

Portraits & témoignages Comme l'indique le titre de cette rubrique destinée à mettre en lumière des personnalités politiques ou universitaires, « Portraits et témoignages », aucun cadre formel strict n'a été fixé pour rendre compte des trajectoires individuelles proposées à chaque numéro. Le ou les entretiens pourront être restitués en tant que tels, comme un témoignage brut ayant valeur de source ; ils pourront aussi être croisés avec des publications ou d'autres interventions pour fournir la matière d'un portrait. En revanche, un fil rouge européen donnera sa cohérence aux premières livraisons, rassemblant spécialistes, techniciens, élus et militants de l'Europe.

Entretien avec Jacques-René Rabier

Propos recueillis le 16 décembre 2008

Anne Dulphy, Christine Manigand
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Notice biographique de Jacques-René Rabier

- Chargé de mission, puis directeur du cabinet de Jean Monnet, puis secrétaire général-adjoint du Commissariat général du Plan de modernisation et d’équipement (1946-1952).

- Directeur du cabinet de Jean Monnet, président de la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (1953-1955), puis de ses successeurs immédiats (René Mayer et Paul Finet). Organise et anime le Service de presse et d’information de la Haute Autorité.

- Directeur, puis directeur général du Service d’information des Communautés européennes (1958-1973).

- Conseiller spécial de la Commission européenne chargé des études d’opinion publique. Créateur et animateur de l’Eurobaromètre, enquêtes semestrielles par sondages sur l’opinion publique (1974-1986), puis, de 1987 à 1992, chargé des études et comportements du public dans le cadre du programme « l’Europe contre le cancer ».

- Ancien vice-président du groupe de recherches sur l’intégration européenne de l’Association mondiale de science politique (IPSA)

- Actuellement vice-président de l’Association internationale « D’Europe à l’Europe. Mythe et symboles ».

- Pouvons-nous tout d’abord vous demander de présenter le jeune Jacques-René Rabier au moment où Jean Monnet vous recrute en tant que directeur de cabinet au Commissariat général du Plan de modernisation et d’équipement. Qu’aviez-vous fait comme études, quel était votre parcours préalable ?

C’est parce que j’ai posé ma candidature que Jean Monnet m’a recruté, car je ne le connaissais pas auparavant.

Je suis né en 1919, j’ai suivi le cycle primaire dans une école paroissiale à Montmartre, puis ma scolarité s’est effectuée de la classe de sixième à la terminale au lycée Rollin, devenu aujourd’hui le lycée Jacques-Decour, sans accident de parcours. Ensuite, je suis entré, en 1937, à la faculté de Droit et, la même année, à l’Ecole libre des sciences politiques. L’une des personnes qui m’a le plus profondément marqué au sein de cette faculté de Droit fut mon professeur d’économie, François Perroux, avec lequel je suis resté très lié bien au-delà de la guerre. Nous avions même lancé une petite association, sous l’appellation du Groupe Renaître puis Travail, qui a donné matière à quelques publications que l’on doit encore trouver dans les bibliothèques universitaires. Ce qui m’a le plus profondément influencé, c’est que François Perroux était à la fois économiste et sociologue. Il me semble, encore aujourd’hui, impossible de séparer les deux domaines.

Étant de la classe 39, je fus mobilisé en 1940 et envoyé à Saumur, car j’avais fait une préparation militaire supérieure. Ma guerre dura deux jours pour arrêter les Allemands sur la Loire avec l’école de cavalerie de Saumur. Je suis resté ensuite dans les Chantiers de Jeunesse, étant soumis à l’obligation militaire, et surtout ne voulant pas revenir dans la zone occupée. Je ne suis rentré à Paris qu’en 1943, pour reprendre des études avec François Perroux.

À la Libération, j’ai trouvé un poste de jeune rédacteur dans un service, un petit centre de recherches, qui dépendait de l’Economie nationale. C’est à ce moment-là que j’ai appris dans Le Monde la création du Commissariat général du Plan. J’ai pris alors contact par l’intermédiaire de François Perroux avec Robert Marjolin, l’adjoint de Jean Monnet. Muni d’une lettre de recommandation de sa part, j’ai été reçu par les services administratifs du Plan, et quelques semaines après, fin 1945 ou au début de l’année 1946, je suis devenu chargé de mission au Plan. Nous étions tous chargés de mission à l’exception de Jean Monnet et d’Etienne Hirsch, son adjoint direct.

Le travail au sein de cette petite équipe passionnante et passionnée autour de Jean Monnet se composait des rapports pour les commissions de modernisation et du rapport général du Plan. C’est, dit-on, grâce à une page que j’avais rédigée pour résumer ce rapport, que Jean Monnet me remarqua. Il l’avait trouvée particulièrement bien écrite…

À ce moment-là, c’est-à-dire… à la fin de l’année 1946, avaient lieu en France des élections législatives, et c’est alors que Jean Monnet me fit appeler. J’étais très intimidé car je ne le voyais dans les bureaux que le soir, vers 18 h ou 19 h, lorsqu’il passait, peu formaliste car ses habitudes s’apparentaient davantage aux mœurs américaines que françaises. Monnet me dit alors que son directeur de cabinet – (il s’agissait du jeune inspecteur des Finances, futur président du Conseil, Félix Gaillard) – désirait se présenter aux élections en Charente et qu’il était assuré de son élection. Il me demanda alors de diriger son cabinet. Je ne pus que répondre : « Croyez-vous que je ferai l’affaire ? »

« Si vous ne faites pas l’affaire, je vous le dirai », me répondit Monnet, or, il ne me l’a jamais dit… Je devins donc  son directeur de cabinet à la fin de l’année 1946. J’ai  alors appris à connaître sa façon de travailler : « Rabier, ai-je signé cette lettre ? est-elle partie ? le destinataire l’a-t-il lue ? »

Il était exigeant, mais respectueux des personnes, et s’intéressait aussi bien aux avis des plus anciens (Hirsch, Uri ou Marjolin) qu’au mien. Il savait réellement animer une équipe.

- Dans votre Panthéon personnel, vous placez au premier rang François Perroux, à la fois économiste et sociologue ?

En effet, selon moi ce sont les deux versants d’une même réalité ; il devrait en théorie être impossible  encore aujourd’hui de traiter l’un sans l’autre.

- Puis, à côté, vous placez Emmanuel Mounier, fondateur de la revue Esprit ?

En effet, c’est Perroux qui m’a présenté à Mounier, en 1945, quand Esprit reparut. Il m’a recommandé auprès de lui pour tenir la rubrique économique de cette revue. Je suis entré au comité de rédaction où j’ai côtoyé Paul Ricœur et bien d’autres. Mounier m’a marqué par son personnalisme et par sa personnalité, sa façon d’animer une équipe dans laquelle cohabitaient des personnalités très différentes, il y avait à la fois des marxisants et des gaullistes de tradition comme François Goguel. Mounier savait parfaitement, avec beaucoup de sens du dialogue, concilier ce qui était publiable et ce qui ne l’était pas.

- La troisième figure de votre Panthéon est Jean Stoetzel. Est-ce pour son rôle dans les études d’opinion ?

En 1943, François Perroux avait, en effet, invité Stoetzel pour une conférence sur les techniques de sondage. Ce dernier revenait des Etats-Unis où il avait travaillé avec Gallup. Je fus fasciné par son exposé et par l’usage des sondages en science politique. Je ne l’ai revu que plus tard, lorsque j’ai fait réaliser les premiers sondages européens.

- Pouvez-vous nous parler de cette expérience à Luxembourg, à partir de janvier 1953, auprès de Jean Monnet, président de la Haute Autorité ?

Je n’ai pas fait partie de la première équipe de 1952 (Uri, Delouvrier) et je n’avais pas pris  part directement à la négociation et à la préparation du Plan Schuman. Je dis toujours que sans Monnet, il n’y aurait pas eu de Plan Schuman, mais que sans Schuman, il n’y aurait qu’un document de Monnet dans les archives diplomatiques du Quai d’Orsay…

En 1952, j’étais marié, j’avais déjà quatre enfants et j’étais resté au Plan où j’avais été nommé secrétaire général-adjoint par Hirsch, successeur de Monnet.

Or, je fus envoyé à la Toussaint 1952 en Moselle pour le Plan et, me rendant à Luxembourg, je rencontrai Jean Monnet : « Rabier, j’ai besoin de vous, il faut que vous restiez ici. »

C’est ainsi qu’à partir de janvier 1953, je suis devenu pour vingt ans fonctionnaire européen (jusqu’en 1973). Puis, dans les vingt années suivantes, conseiller non rémunéré auprès de la Commission.

- Qu’avez-vous retenu de cette collaboration avec Jean Monnet, de l’homme, de sa méthode ? Vous faites souvent allusion dans les interviews [1] que vous donnez à sa « stratégie de la confiance ». Pouvez-vous la définir ?

Pour la résumer, on pourrait répondre qu’il s’agit d’attendre de votre interlocuteur un comportement favorable. En accordant votre confiance – non pas de façon aveugle –, vous suscitez celle de l’autre. C’est un peu le contraire de la méthode diplomatique traditionnelle fondée beaucoup plus sur la méfiance des autres, même des partenaires. Jean Monnet jugeait, jaugeait d’abord le collaborateur nouveau, estimait s’il pouvait entrer en résonance avec ce qu’il attendait de chacun. Après avoir écouté, il fallait rédiger une note, et j’avais la réputation de bien écrire. Si la confiance est la première qualité de Monnet, il faut également souligner son rapport à autrui qui découlait peut-être de sa discipline de vie. Tous les matins, il se promenait pour réfléchir ; aussi ne résidait-il jamais au centre des villes. C’était le cas à Luxembourg et à Strasbourg, ainsi qu’à Paris où il demeurait dans sa maison de Monfort l’Amaury, propriété aujourd’hui du Parlement européen. Après cette promenade méditative, il rédigeait souvent des notes (ses cahiers sont conservés aux archives de Lausanne [2] ), il appelait ses collaborateurs vers 10 h 30-11 h et arrivait ainsi avec des idées fraîches. Ensuite, il faut noter chez lui une grande capacité d’autoréflexion et d’autoanalyse que l’on retrouve dans ses notes « roses » publiées par la Fondation Jean Monnet pour l’Europe, de Lausanne, sous le titre À l’écoute de Jean Monnet (2004). On y découvre les sujets les plus variés comme, par exemple, des notes sur Saint Paul : Monnet était plutôt un agnostique éclairé, mais sa mère était très catholique, ainsi que sa sœur très engagée dans des mouvements religieux français et internationaux. Ils avaient beaucoup d’estime l’un pour l’autre, même si l’un avait choisi l’Europe et le Monde comme terrain et l’autre le Monde et le Ciel… Enfin, il faut souligner ce constant souci de Monnet de résoudre des problèmes en montrant à ses différents interlocuteurs leurs intérêts communs. C’est ce qu’il fit au Plan avec les représentants du patronat, de l’administration et des syndicats dont la CGT.

Ainsi, l’idée d’Europe trottait-elle depuis longtemps dans son esprit : j’ai retrouvé un article sous forme de conversation avec John Davenport, paru dans Fortune en 1944, où il parlait déjà du charbon et de l’acier. Sans parler de sa folle idée de juin 1940 ou de ce qu’il avait accompli pendant la Première Guerre mondiale. Si vous ajoutez qu’il était un excellent négociateur, comparant l’avis de l’autre avec le sien et réciproquement, vous avez brossé les grandes lignes de la méthode Monnet que Pierre Uri ou Paul Delouvrier ont également conté dans leurs témoignages (que l’on peut retrouver dans différents livres rouges [3] ).

- Avant de collaborer avec Jean Monnet, aviez-vous été sensible aux premières initiatives européennes ?

Je n’ai jamais tressauté en criant « Europe, Europe »… Pour le Plan Briand, j’étais trop jeune, quant au discours de Victor Hugo, je n’étais pas né !

- Êtes-vous arrivé à l’Europe par le biais de la nécessité de la réconciliation franco-allemande ?

Oui, par le côté Mounier avec Joseph Rovan. Par Monnet également et avec mes amis du Plan, j’avais pris conscience très vite de l’importance de l’affaire.

J’étais le 9 mai 1950, à 18 h, dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay et j’ai pris conscience de l’importance de l’enjeu, même si j’ai attendu 1953 pour rejoindre l’équipe. À Luxembourg, j’ai eu la révélation de la portée du projet que j’ai vécu par des contacts personnels : en tant que directeur de cabinet de Monnet, j’étais en contact avec le directeur de cabinet du vice-président de la Haute Autorité, Franz Etzel. Or, mon homologue était un jeune Allemand qui avait été présent à Stalingrad et avait même été chargé par von Paulus d’avertir Hitler qu’il capitulait. Au sein de ma famille, mon père avait fait la guerre de 1914, mon arrière-grand-mère maternelle avait mangé du chien lors du siège de Paris, et l’Allemand était perçu comme un ennemi héréditaire.

Or, pour Monnet, après la guerre, il était fondamental de ne pas recommencer Versailles. Il aimait à répéter qu’il ne « fallait pas ajouter l’humiliation à la défaite ».

À Luxembourg, notre travail était celui d’un état-major en campagne. Nous avons tout de suite voulu informer sur ce que nous faisions, en rendant compte à la presse. Monnet était un homme du discret et non du secret. Ainsi, j’ai été chargé d’attirer des journalistes à Luxembourg pour un rapport mensuel et des conférences de presse après les réunions de la Haute Autorité, ce qui constitua l’embryon d’un futur service d’information.

- Avez-vous été associé à la création en 1955 du Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe ?

Non, car je suis resté à Luxembourg. Monnet a emmené un ou deux collaborateurs, Max Kohnstamm, Jacques Van Helmont. Je ne le voyais plus que rarement à Paris, à son domicile, avenue Foch. Je me rappelle qu’à l’occasion de ses quatre-vingt ans, il nous a dit une parole marquante : « J’ai essayé de faire les choses sérieusement sans me prendre au sérieux. »

- Et Jean Monnet, homme privé ?

Si l’on suit les écrits et un de ses biographes, Eric Roussel [4] , c’est en 1929 qu’il rencontra, chez Henry de Jouvenel, sa future épouse Sylvia, dont il tomba follement amoureux. Il enleva alors cette belle Italienne et, ne pouvant la faire divorcer, l’épousa à Moscou. Ce n’est qu’en 1973 qu’il l’épousa religieusement sous la bénédiction de l’évêque de Tarbes et Lourdes, Monseigneur Donze, aumônier  de l’association catholique créée par Marie-Louise, sa sœur.

On pourrait aussi évoquer et étudier le Monnet d’avant-guerre, en Pologne ou chez Tchang-Kaï-chek dont il appréciait particulièrement, dit-on, le charme et l’intelligence de son épouse…

- Peut-être pouvons-nous en venir à la politique d’information européenne à laquelle vous avez fait plusieurs allusions. On a parlé du tout premier service d’information à la CECA…

Faire connaître ce que l’on fait. Ayant été formé par Jean Monnet, cette façon de faire connaître m’a amené à travailler en « fonctionnaire militant » – suivant l’expression de Jean Boissonnat –, c’est-à-dire que j’ai toujours essayé de faire mon métier de fonctionnaire très correctement, mais toujours en essayant d’aller au bout de ce que les règlements permettaient de faire. Je n’ai jamais eu d’histoires mais je me suis toujours efforcé, et mes collaborateurs Jacqueline Lastenouse, Paul Collowald, Fausta Deshormes… peuvent en témoigner, de faire preuve d’imagination, de ne pas ronronner dans la fonction publique européenne, m’efforçant d’informer les Européens sur ce que font les institutions européennes, en l’occurrence la Haute Autorité, puis la Commission, et d’informer les institutions sur ce que pensent les Européens : l’instrument a été plus tard, à partir de 1973, l’Eurobaromètre. C’est un aspect : informer les uns sur les autres et réciproquement, mais en même temps il fallait amener les Européens, c’est-à-dire les citoyens de nos pays, à mieux savoir ce qu’ils pensent les uns et les autres des mêmes problèmes. Ce sont toujours les deux axes : d’une part, les institutions vers le public et le public vers les institutions, et, d’autre part, les publics de nos pays les uns vis-à-vis des autres [5] . J’ai relu récemment le compte rendu d’un colloque organisé en Suisse par Jean Meynaud et Dusan Sidjanski sur Science politique et intégration européenne [6] . On y lit que ce serait le politologue Pierre Duclos et moi qui aurions lancé le concept d’eurosphère, qui est devenu d’usage courant pour désigner l’ensemble des citoyens et citoyennes de la « Communauté » - on dit aujourd’hui l’Union européenne. Non seulement nous informions la presse et le public, mais nous avons organisé très tôt des réunions milieu par milieu.

- Avec une attention privilégiée pour les universitaires et les jeunes générations…

Voilà, mais pas seulement ! Nous avons réuni, par exemple, les rédacteurs en chef ou directeurs des journaux de jeunes. Nous avons été voir le directeur de Tintin à Bruxelles en lui disant : « Il y a beaucoup d’éditeurs de journaux (il n’y avait que six pays à l’époque, c’était plus facile), avez-vous des contacts entre vous ? », « Oui, non, on se voit de temps en temps dans des congrès… », « Est-ce que cela vous intéresserait ? L’exécutif européen vous invite à une réunion de travail à Bruxelles : nous vous dirons ce que nous faisons, vous nous direz dans quelle mesure cela peut intéresser vos publics, mais cela est votre affaire. » Europresse- Junior a été créé à leur initiative, je crois que cela n’existe plus depuis longtemps.

Même chose avec Fausta Deshormes qui s’occupait dans mon service des milieux féminins et féministes, elle insistait sur les deux épithètes ! On a invité Femmes d’aujourd’hui et les publications analogues des autres pays de la Communauté européenne de l’époque, en leur disant : « Vous avez des publics féminins qui ont probablement des centres d’intérêt assez semblables, mais vous êtes chacune dans vos frontières. Est-ce que cela vous intéresserait qu’on vous invite une fois par an ? » Une structure spécifique a été créée. Tout cela a été abandonné depuis : à 27, c’est évidemment beaucoup plus compliqué !

- Vous visiez à créer des passerelles européennes, en somme…

Oui, sans esprit de propagande. Les gens étaient maîtres de leur ordre du jour, mais nous aussi du nôtre. On leur disait ce qu’on faisait, ils nous posaient des questions puis réglaient en dehors de nous leurs problèmes intérieurs de rédaction. S’ils voulaient faire une visite d’information à l’Assemblée commune ou, plus tard, au Parlement européen, on la leur facilitait. On ne dictait pas ce qu’ils devaient écrire, on leur facilitait l’accès aux sources d’information.

- Est-ce à dire que durant toute la période de 1960, date à laquelle vous êtes directeur général de ce Service de presse, jusqu’à 1973 où vous créez l’Eurobaromètre, vous avez essayé de développer ce que vous appelez un esprit européen ? Quel bilan en tirer ? Et un esprit européen sans affiliation partisane ?

Sans affiliation partisane. Moi même je n’ai jamais eu la carte d’un parti. Je dis souvent que j’ai fait trop de science politique pour adhérer à un parti ; on ne me fera jamais dire que ceci est blanc, noir ou rose, parce que le parti l’a décidé. J’ai beaucoup de respect pour ceux de mes amis qui ont des engagements partisans, j’ai mes convictions, mais je n’ai jamais été encarté, comme Monnet ne l’a jamais été. Il m’est même arrivé de diriger pendant plusieurs mois le cabinet d’un ministre socialiste. C’est encore une histoire à la Monnet. Revenons un peu en arrière : il y a eu un gouvernement Blum homogène fin 1946 [7] . Monnet me fait appeler en me disant : « J’ai vu Gouin, il est devenu ministre d’Etat chargé du Plan – jusqu’ici directement rattaché à la présidence du Conseil –, je lui ai dit que je vous donne pour diriger son cabinet, et il est d’accord. » « Mais, Monsieur, je n’ai pas la carte de la SFIO ! » Il m’a répondu : « Tout le monde est socialiste, aujourd’hui ! » Mes collaborateurs, je ne leur ai jamais demandé s’ils étaient ceci ou cela. C’est la méthode Monnet : il ne m’a jamais demandé pour qui je votais.

- Comme vous ne le lui avez jamais demandé !

Cela m’amusait de savoir qu’il avait des relations avec des personnalités politiques extrêmement diverses. Il avait une très grande confiance dans le « père Schuman », comme nous disions entre nous, et je crois que c’était réciproque !

- Plus tard dans le président Giscard d’Estaing, non ?

Peut-être… Un moment, il a fait voter pour Jean Lecanuet contre le général de Gaulle. Les rapports Monnet-de Gaulle, il y aurait un livre à écrire ! Beaucoup d’estime, mais une différence complète de perspective : l’un voyait tout à travers la France, l’autre voyait la France à travers le monde. Maurice Couve de Murville a dû jouer un rôle entre les deux qu’il faudrait étudier : je crois qu’ils se sont vus très longtemps. Dans des papiers, un cahier rouge sans doute, Etienne Hirsch raconte que Madame Monnet à Londres, peu après l’arrivée de De Gaulle, donc à la mi-juin 1940, reçoit un grand général venant de France qui lui dit en substance : « Je viens pour sauver la France. » Elle joint par téléphone son mari et lui rapporte ce propos. Monnet lui répond : « Offre lui l’apéritif ! » C’est Hirsch qui parle ! Deux tempéraments : il y aurait une étude à pousser.

- En 1973, vous devenez conseiller spécial, bénévole…

Je suis viré ! En 1973, l’arrivée des Britanniques, des Irlandais et des Danois imposait de dégager des postes pour les pays entrants. Or il n’y avait que deux directeurs généraux français : à l’Agriculture et à l’Information. Je savais très bien que la France se battrait pour l’Agriculture plutôt que pour l’Information : j’avais l’étiquette Monnet. C’était l’époque où les Français ne votaient pas le budget d’information, où il était interdit à la DATAR d’afficher sur les financements européens la provenance des fonds. Tout cela a été raconté par moi dans un long exposé à la Sapienza [8] , et on trouve beaucoup de choses dans le livre d’Edmond Jouve sur le général de Gaulle et l’Europe [9] .

Donc je suis appelé par François-Xavier Ortoli [10] . Il me dit que cette nuit-là – que nous appelons entre nous « la nuit des longs couteaux » –, « il y a une bille qui a sauté ». « J’ai compris, Monsieur le Président, la bille c’est moi. » Je m’y attendais ! Il a ajouté : « Vous êtes encore jeune, si vous voulez rester comme conseiller spécial… » « Cela m’intéresserait, je voudrais créer une mécanique de sondages d’opinion. » « Voyez cela avec mon vice-président, Carlo Scarascia Mugnozza », que je connnaissais ; je l’ai connu au Parlement, et puis une de mes collaboratrices, Fausta Deshormes, est entrée à son cabinet. J’avais fait déjà plusieurs sondages…

- Il y en avait déjà eu au moment de la CECA…

Peu ! En France. Comme je l’ai raconté au récent congrès sur l’Eurobaromètre tenu à Sciences Po [11] , j’avais déjà fait quelques sondages dans les six pays au cours des années précédentes. J’ai dit à Scarascia, puisqu’on m’avait envoyé à lui : « Je voudrais créer un Eurobaromètre », j’ai donné le nom. J’avais déjà exposé cela, sans encore que le nom ait été inventé, à un congrès mondial de science politique. Je voudrais faire une parenthèse pour expliquer comment la recherche en science politique est entrée dans les affaires européennes bien après les juristes, qui s’intéressaient tout naturellement à un traité, et après les économistes, qui avaient comme objet d’étude un marché commun. L’un des premiers à s’intéresser aux aspects historiques et socio-politiques de l’intégration européenne fut Pierre Gerbet [12] . Il y eut ensuite Meynaud, Duclos, Sidjanski, déjà cités, et plus tard Quermonne. Sans me vanter, je puis dire qu’en liaison avec ces universitaires – historiens et/ou politologues – je fus un artisan de l’admission de la Communauté européenne comme objet d’étude de la science politique. Un autre nom doit être ici cité : celui de Daniel Pépy, alors maître des requêtes au Conseil d’Etat, qui a été aussi directeur du cabinet d’Alain Poher pendant les périodes d’interim de la présidence de la République. Avec Pépy, nous avions créé un petit groupe de recherche composé d’universitaires de plusieurs pays, ce qui m’a conduit à participer à des congrès de science politique. Je me souviens notamment de l’un, à Baden-Baden, en 1961, où j’avais exposé l’idée qu’il devrait y avoir des sondages périodiques, je ne prononçais pas le mot d’Eurobaromètre que je n’avais pas encore inventé. Pour revenir aux années 1970, j’ai franchi une étape supplémentaire : il y avait un rapport parlementaire tous les ans ou tous les deux ans sur la politique d’information, confié à un Néerlandais nommé Schuijt ; nous nous étions vus assez souvent de ce fait et, dès les années 1970-1972, je lui ai mis dans la tête – et il a mis dans son rapport – que la Commission devrait avoir une politique systématique d’étude de l’opinion publique. De sorte que, quand j’ai été viré, « volontarisé », en 1973, je me suis dit que c’était le moment : conseiller politique, c’est pour faire quelque chose ! Carlo Scarascia m’a demandé de faire une recherche, de prévoir un budget…

- Vous aviez une structure ?

Une secrétaire…

- C’est une petite structure !

Un secrétariat restreint, dit la décision de la Commission. « M. Rabier est nommé conseiller spécial. Il sera assisté d’un secrétariat léger », c’est-à-dire une secrétaire à plein temps, et deux mois par an de secrétariat puisque l’Eurobaromètre était semestriel : tout de même, on ne voulait pas que la secrétaire en titre meurt à la tâche, on m’en donnait donc une autre à chaque semestre ! Le premier numéro a paru en 1974 [13] , et c’est resté comme cela jusqu’à ce que je quitte l’Eurobaromètre. Comme j’étais conseiller spécial, il n’y avait pas de poste statutaire, mais je souhaitais que la mécanique continue : j’ai obtenu d’être remplacé par un fonctionnaire titulaire permanent et une structure. Là, j’ai retrouvé Jean Stoetzel puisque les premières recherches ont été faites par l’IFOP dont il était l’animateur, le président, et Hélène Riffault la directrice. Cet Eurobaromètre doit beaucoup, outre mon intention initiale, aux conseils scientifiques de Stoetzel et d’un Américain que j’avais connu quand il faisait une thèse et qu’il était venu en France, Ronald Inglehart, devenu un éminent spécialiste de science politique [14] .

Nous retrouvons ici une des premières étapes que nous évoquions tout à l’heure : Denis de Rougemont, Dusan Sidjanski, le département de science politique de l’université de Genève – j’ai connu Barroso quand il était assistant de Sidjanski  ; j’ai ainsi contribué, parallèlement à mes fonctions officielles, à introduire les questions européennes dans les congrès mondiaux de science politique. On a créé un groupe de recherche « Unification de l’Europe » au sein de l’Association mondiale de science politique, dont j’ai refusé la présidence car je pensais qu’elle devait revenir à un universitaire – d’abord un Allemand, puis un Anglais Ionesco : j’en occupais la vice-présidence. Je ne sais pas si cette section existe toujours, si l’unification de l’Europe suscite toujours un intérêt au plan international…

- Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre création, l’Eurobaromètre ?

Cela fonctionne, mais c’est lourd – 27 pays –, c’est coûteux. J’ai déjà dit dans une interview à Euractiv [15] , qui a fait quelque bruit à Bruxelles !, que certains sondages manquent de piquant : il y a des questions que l’on ne pose plus sous prétexte qu’elles sont coûteuses, mais peut-être aussi parce que les réponses peuvent être gênantes. Prenons un exemple : la confiance entre les peuples. C’est une question qui me tient beaucoup à cœur [16] .

- On ne la pose plus, cette question !

Mais non ! Ils l’ont posée un peu après moi, mais plus depuis les années 1990. C’est une question très simple, mais extrêmement instructive du point de vue de la science politique et de la sociologie en général. « Voici une liste de peuples, y compris le vôtre » ; lorsque je posais cette question, figuraient les peuples qui composaient alors la Communauté, plus les Américains, les Chinois, les Russes… La question est simple, les gens la comprennent. Vous êtes Italien, avez-vous confiance dans les Italiens ? Je cite cet exemple parce que ce sont les Italiens qui avaient le moins de confiance en eux, particulièrement les Italiens du Sud. Comme souvent les stéréotypes sont partagés par ceux qui en sont l’objet. Cette question, il serait urgent de la reposer. Je l’ai redit il y a un mois à Sciences Po, lors du 35ème anniversaire de l’Eurobaromètre… et Jean-Pierre Jouyet y a été apparemment sensible.

Bien sûr, ce genre de question, il faut avoir le courage de la poser. Avec Ronald Inglehart, nous avons écrit un papier sur le sujet en 1984 dans la Revue française de science politique [17] . Qu’avions-nous trouvé ? La confiance mutuelle des Allemands et des Français était plus forte que celle de chacun des deux dans les Britanniques : il faudrait savoir si cela a évolué. C’est un indicateur, non seulement de science politique mais de politique tout court ! Je souhaiterais qu’il y ait un lobby, je n’aime pas ce mot mais disons, une entente entre quelques chercheurs de différents pays, peut-être en liaison avec des parlementaires, qui fasse pression sur la Commission pour que certaines questions qui intéressent la recherche soient posées par l’Eurobaromètre. J’ai essayé de faire lever le problème par le Parlement, mais cela n’a pas débouché sur une question écrite au sens propre du mot.

- Plutôt que de multiplier les Eurobaromètres Flash ou thématiques dont la variété est très grande…

Je vous avoue que je ne suis pas tout ce qui se publie ! Les enquêtes spéciales, c’est intéressant parce que ce sont des DG qui les demandent et les financent. De même serait-il très possible qu’un consortium de journaux sérieux, peut-être à ses frais, mais sous sa responsabilité éditoriale, pose de temps en temps de grandes questions par l’Eurobaromètre.

- D’emblée les Eurobaromètres avaient été conçus avec des questions récurrentes et des questions variables ?

Oui, avec beaucoup plus de questions variables que de questions trend. Citons parmi ces dernières : l’inquiétude vis-à-vis du Marché commun, le fait de savoir si la construction européenne est une bonne chose ou une mauvaise chose, les bénéfices tirés, la vitesse d’intégration marquée par un petit bonhomme qui court – j’avais pris cela à l’Institut d’Allensbach… Il y a des questions qu’il faudrait reprendre, peut-être pas tous les six mois, mais tous les ans ou tous les deux ans. La question sur la confiance est très coûteuse maintenant, on pourrait la reprendre tous les cinq ans. Les universitaires peuvent être l’aiguillon, mais il faudrait trouver un accord entre universitaires et parlementaires, ou ex-parlementaires, de plusieurs pays pour faire pression par une question écrite signée par plusieurs eurodéputés. Je crois qu’il serait très salutaire que l’instrument Eurobaromètre ne reste pas seulement au service des commissaires et de la Commission qui veut savoir ce que l’on pense d’elle – c’est certes très important, on l’a créé aussi pour cela, c’est un moyen de gouvernance –, mais qu’il soit aussi un facteur d’intégration.

- Nous voulions vous demander pour finir le bilan que vous tiriez de la présidence française, en affinant un peu la question. Certains commentateurs ont dit que la présidence française s’était un peu affranchie des méthodes diplomatiques traditionnelles…

J’ai lu cela, effectivement.

- Alors, quel est votre sentiment ?

Question difficile ! Comment dire : elle a été ébouriffante, hyperactive. Elle a débuté par un jeu de mots, j’allais dire un abus de langage : la présidence, c’est celle du Conseil européen, mais pas de l’Union, encore moins de l’Europe… Je m’attache beaucoup aux problèmes de langage…

- …et de symboles…

Je crois que l’Europe c’est aussi une langue bien faite et des symboles proclamés. Comme disait Paul Ricœur, le symbole donne à penser – Ricœur, encore quelqu’un que j’ai connu à Esprit.

Donc cette présidence française a un peu effacé le rôle de la Commission, mais peut-être la Commission s’est-elle laissé effacer… Avec des commissaires auxquels je pense – que ce soit Monnet, Hallstein, Mansholt, Rey, Delors –, peut-être se serait-elle moins laissé oublier. Ce qui est très important, c’est que les institutions, Parlement, Conseil, Commission, chacun dans son rôle, marchent main dans la main et se fassent confiance. Je crois que cette présidence, soyons positif, a donné dans certains domaines de bons résultats, dans une situation extrêmement difficile. Les institutions en sortent-elles renforcées ? La question est ouverte. Les relations entre Allemands et Français sont-elles meilleures maintenant qu’au début ? Tout de même, cette alliance, sans en faire un exclusivisme, est l’un des moteurs européens. Je me réjouis de voir qu’avec les Anglais cela va mieux qu’à certaines époques. Avec les Allemands, c’est peut-être surtout une différence de style : si un jour des psycho-sociologues font une étude politique sur Merkel et Sarkozy, sérieuse, sans faire de l’humour, en allant au fond des problèmes, ce pourrait être très intéressant...

Dans une situation rendue très difficile par les guerres à travers le monde et par la crise internationale, on a de plus en plus besoin d’Europe, d’institutions fortes. Et plus nous sommes nombreux – la porte n’est pas fermée ! –, plus on a besoin d’institutions fortes, et au sein de celles-ci d’un moteur : les Etats membres sont égaux en droit, mais en poids ils sont bien évidemment différents. Lorsque je pense aux présidences qui vont suivre immédiatement et que je compare avec celle qui vient de se clore, je constate que nous avons plutôt progressé avec celle-ci, et je souhaite que nous ne reculions pas avec celles qui vont s’ouvrir.

- Pouvons-nous conclure sur ATD-Quart Monde, puisque le colloque qui est consacré à cette association nous vaut le plaisir de votre venue à Paris [18]  ? Nous renouons avec votre Panthéon personnel sur lequel nous ouvrions cet entretien : pourquoi cet intérêt ?

C’est par un de mes tout proches collaborateurs depuis 1958, mon assistant administratif Robert Pendville, que ma femme et moi avons fait connaissance avec ATD-Quart Monde en Belgique. Une fois les enfants élevés, ma femme y est entrée plus activement encore que moi. Soucieux toujours d’intégrer l’Europe et d’intégrer à l’Europe, profitant de mes fonctions à Bruxelles, je me suis demandé si cela intéressait le Père Wresinski de venir à Bruxelles et j’ai demandé à un membre de la Commission, le Belge Albert Coppé, s’il était prêt à recevoir le père Joseph et une délégation de familles du Quart Monde. Ce serait la première fois ! Le Père Joseph Wresinski a dit : on vous fera franchir les marches de l’Elysée, des Nations unies, du Vatican… Eh bien j’ai dit à Coppé : « On peut leur faire franchir les marches du Berleymont ! » Coppé a accepté, le Père Joseph Wresinski est venu – c’était un homme comme Monnet qui n’aimait pas les protocoles –, et cela a noué des liens personnels entre lui et son équipe, ma femme et moi. Il a dit un jour à ma femme : « Anne-Marie, vos enfants sont grands, vous n’avez plus rien à faire, vous devriez expliquer après recherche pourquoi la pauvreté, voire l’exclusion, se transmet de génération en génération. » En terme sociologique, je dirais que la mobilité sociale est très faible en haut et en bas de l’échelle sociale. Ma femme lui a répondu simplement : « Mais Père Joseph, je ne suis pas historienne ! » ; « Oh mais cela n’a aucune importance, vous le deviendrez » : c’était tout à fait Joseph Wrezinski. A fortiori lorsque j’ai eu plus de loisirs, je me suis investi dans la recherche en liaison avec l’Institut de recherche d’ATD-Quart Monde, à la fois sur le plan des études et de l’aide à la Délégation créée assez rapidement auprès des institutions européennes. Wresinski s’est très intéressé à l’Europe, comme il l’était aux Nations unies : dès qu’il sentait que des évolutions changeaient l’histoire du monde, il voulait que son mouvement soit présent. Il avait quelque chose qui ressemblait à l’esprit d’aventure de Jean Monnet dans son domaine, ainsi que cette même façon de faire confiance, de ne pas se prendre au sérieux tout en agissant sérieusement. C’est ainsi que j’ai été amené avec plusieurs de mes anciens collaborateurs à m’engager comme allié, tandis que ma femme faisait des recherches historiques et des entretiens de personnes vivant la grande pauvreté, cherchant ce que faisaient leurs parents, leurs grands-parents… Elle a publié ainsi deux monographies de familles. Et moi j’ai essayé, après avoir introduit le Père Joseph, de contribuer à animer avec d’autres la petite équipe qui travaille avec la délégation : nous avons une déléguée auprès des institutions européennes, un intergroupe Quart Monde au Parlement européen – mon ami Collowald suit cela comme allié avec un volontaire du mouvement, apportant ses conseils en tant qu’ancien directeur du cabinet du président du Parlement européen, puis directeur général de l’Information de cette institution. Nous sommes donc très engagés, et comme pour nous l’engagement ne peut pas rester seulement du « lobbying » je mets ce mot que je n’aime pas entre guillemets –, nous entretenions ma femme et moi, et je continue à entretenir depuis sa mort en 1994, des relations d’amitié avec une famille et une personne qui ont été les sujets des monographies faites par ma femme suivant la suggestion du Père Joseph Wresinski. Comme vous le voyez, on peut avoir été « fonctionnaire militant » et rester militant lorsqu’on n’est plus fonctionnaire…

Notes :

[1] L’interview la plus complète de Jacques-René Rabier est consultable sur le site :  www.ena.lu.

On peut également se reporter à celle sur euronews : http://www.euronews.net/fr/article/18/11/2008/rabier-lauds-vanguard-europe/ [lien consulté le 4 février 2009].

[2] Il s’agit de la fondation Jean Monnet pour l’Europe à Lausanne : www.jean-monnet.ch [lien consulté le 4 février 2009].

[3] Plus de deux cents titres sont aujourd’hui disponibles dans la célèbre collection des « cahiers rouges » qui fait une large place à la publication de sources, en particulier d’archives conservées par la Fondation Jean Monnet à Lausanne.

[4] Eric Roussel, Jean Monnet, Paris, Fayard, 1995.

[5] Voir Jacques-René Rabier, L’information des Européens et l’intégration de l’Europe, Institut d’Etudes européennes de l’université libre de Bruxelles, 1965.

[6] Jean Meynaud, Dusan Sidjanski, Science politique et intégration européenne, Institut d’études européennes, Genève, 1965.

[7] Du 16 décembre au 22 janvier 1947. Précisons que Félix Gouin est resté ministre d’Etat chargé du Plan jusqu’en mai 1947.

[8] « Les origines de la politique d’information européenne (1953-1973), in Fondi e luoghi della documentazione europea. Istruzioni per l’uso, sous la direction de Maria Grazia Melchionni, université de la Sapienza, Rome, 2000, p. 84-98.

[9] Edmond Jouve, Le général de Gaulle et la construction de l’Europe (1940-1966), Paris, LGDJ, 2 vol., 1967.

[10] Président de la Commission des Communautés européennes de janvier 1973 à janvier 1977.

[11] « 35 ans d’Eurobaromètre. Mieux comprendre l’opinion publique européenne », colloque des 21-22 novembre 2008.

[12] Voir notre entretien avec Pierre Gerbet dans cette même rubrique.

[13] http://ec.europa.eu/public_opinion/index_fr.htm [lien consulté le 4 février 2009].

[14] Voir notamment Eurobarometer : the dynamics of European public opinion. Essays in honour of Jacques-René Rabier, Basingstoke, Macmillan, 1991, dirigé par Ronald Inglehart et Karlheinz Reif.

[16] Jacques-René Rabier, La confiance mutuelle entre les peuples : un indicateur de l’intégration européenne ? Document de travail, Bruxelles, Commission des Communautés européennes, 1977.

[17] Ronald Inglehart et Jacques-René Rabier, « La confiance entre les peuples : déterminants et conséquences », RFSP, 1984, vol. 34, n° 1, p. 5-37. Consultable sur

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1984_num_34_1_394108?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false [lien consulté le 4 février 2009].

[18] « La démocratie à l’épreuve de l’exclusion. Quelle est l’actualité de la pensée politique de J. Wresinski ? », colloque organisé les 17-19 décembre 2008 par le Mouvement international ATD-Quart Monde en partenariat avec Sciences Po et l’Association française de science politique.

Anne Dulphy

Ancienne élève de l'ENS Sèvres-Ulm, agrégée et docteur en histoire, Anne Dulphy est maître de conférences à l'Ecole polytechnique et chercheur rattaché au Centre d'histoire de Sciences Po. Ses travaux portent sur les interactions entre questions internationales, politique intérieure et société. Elle s'intéresse plus spécifiquement à la politique extérieure de la France, en particulier ses relations avec l'Espagne et le bassin méditerranéen, et sa position face à l'Europe communautaire. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont La politique de la France à l’égard de l’Espagne de 1945 à 1955 (Paris, ministère des Affaires étrangères, coll. « Diplomatie et histoire », 2002) et, en codirection avec Yves Léonard, De la dictature à la démocratie : voies ibériques (Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2004). Avec Christine Manigand, elle a codirigé Les opinions publiques face à l'Europe communautaire (Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2004) et publié La France au risque de l'Europe (Paris, Armand Colin, 2007). Elle vient de publier un Dictionnaire critique de l'Union européenne chez Armand Colin (en codirection avec Christine Manigand, Yves Bertoncini, Thierry Chopin et Sylvain Kahn).

Christine Manigand

Christine Manigand est professeur en histoire contemporaine à l'université de Poitiers et chercheur rattaché au Centre d'histoire de Sciences Po. Ses recherches portent sur l'interface entre l'histoire politique française, l'aventure européenne et les relations internationales. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont Les Français au service de la Société des Nations (Berne, Peter Lang SA, 2003) et, en codirection avec Elisabeth du Réau, Vers la réunification de l'Europe. Apports et limites du processus d'Helsinki de 1975 à nos jours (Paris, L'Harmattan, 2005). Avec Anne Dulphy, elle a codirigé Les opinions publiques face à l'Europe communautaire (Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2004) et publié La France au risque de l'Europe (Paris, Armand Colin, 2007). Elle vient de publier un Dictionnaire critique de l'Union européenne chez Armand Colin, en codirection avec Anne Dulphy, Yves Bertoncini, Thierry Chopin et Sylvain Kahn.


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