Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les entourages des chefs de l'Etat de Mac-Mahon à Valéry Giscard d'Estaing

Coordination : Gilles Le Béguec et Christine Manigand

Les entourages du chef de l'Etat sous la IIIe et la IVe Républiques

Gilles Le Béguec
Résumé :

Durant toute la période allant de 1873 à 1958, l’entourage civil (la « maison civile » selon l’expression consacrée) du chef de l’Etat est demeuré une structure légère, faiblement impliquée (...)

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La difficile émergence du secrétariat général civil de la présidence de la République : d’Emmanuel d’Harcourt à Abel Combarieu

Le secrétariat général civil de la présidence de la République est apparu avec la IIIe République elle-même, même si la formule devait être provisoirement abandonnée au cours de l’hiver 1878-1879. Cette phase que l’on peut qualifier de protohistoire d’une institution s’est déroulée en deux épisodes, de nature d’ailleurs passablement différents.

Le premier épisode est celui de la présidence d’Adolphe Thiers (1871-1873) et de la présence à ses côtés de Jules Barthélémy Saint-Hilaire (1805-1895), présenté tantôt comme secrétaire général, tantôt comme « chef du Secrétariat de la Présidence », tantôt comme secrétaire tout court. Professeur au Collège de France, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, représentant républicain conservateur du département de la Seine-et-Oise à l’Assemblée nationale, Barthélémy Saint-Hilaire était entré dans le cercle des familiers du chef de l’Etat depuis le début des années soixante et avait naguère exercé – détail qui a sa petite importance – les fonctions de secrétaire général du Gouvernement provisoire en 1848 [1] . En dépit de ses éminentes qualités intellectuelles, le plus proche des collaborateurs de Thiers ne semble pas avoir joui d’un grand crédit politique et Rémusat, toujours un peu malveillant, pointera dans ses mémoires ses « sottises », en ajoutant qu’il était « d’une fidélité et d’un dévouement admirables, mais sans aucun esprit [2]  ». Pour faire vite, on dira qu’on reste ici dans le domaine des relations purement personnelles, de l’improvisation et d’une forme évidente de bricolage institutionnel.

Le second épisode fondateur est celui du passage du vicomte Emmanuel d’Harcourt à la tête de ce que les contemporains ont très vite pris l’habitude d’appeler le secrétariat de la Présidence durant le gros des années du mandat confié au maréchal de Mac-Mahon en 1873 [3] . En fait, tout relève de l’exception dans cet aspect des années décisives 1873-1878 : l’âge de l’intéressé (Emmanuel d’Harcourt a une petite trentaine d’années au moment de sa prise de fonctions) et la minceur de ses titres, son absence quasi totale d’expérience des affaires de l’Etat, le caractère plus officieux que vraiment officiel des missions qui lui ont été assignées [4] , la révélation, quasi immédiate, de ses qualités politiques et l’incontestable autorité qu’il n’a pas tardé à acquérir, le complet effacement enfin de la scène politique à compter de l’hiver 1878-1879, les longues années qui lui restaient après son départ de l’Elysée ayant été consacrées à des activités mondaines (au sein notamment du Jockey-Club) et charitables. Tous ces traits atypiques interdisent de parler de précédent, au sens ordinaire de ce terme en tout cas. Mais ce bref essai de fonctionnement d’un secrétariat général indépendant, de facto, de la maison militaire n’en a pas moins fait date dans l’histoire tâtonnante de l’émergence de l’institution.

Tout ce qui vient d’être dit invite à s’attarder beaucoup plus longuement sur l’étonnante personnalité du vicomte Emmanuel d’Harcourt et sur la place qu’il a occupée au sein de l’entourage de Mac-Mahon.

Louis-Emmanuel d’Harcourt (1844-1928) était le fils cadet du marquis Georges d’Harcourt (1808-1883), chef de la branche dit d’Olonde de la famille d’Harcourt, membre de la Chambre des Pairs durant les dernières années de la Monarchie censitaire, ambassadeur successivement en poste à Vienne (1873-1875) et à Londres (1875-1879). Son frère aîné,  Bernard d’Harcourt, marié à une Gontaut-Biron, avait été élu représentant du Loiret lors des élections partielles de 1871 et siégeait au centre droit. Sa sœur Pauline était l’épouse du vicomte Othenin d’Haussonville, représentant du département de Seine-et-Marne à l’Assemblée nationale, un temps secrétaire de la « réunion » du centre droit, et surtout neveu très affectionné du duc Albert de Broglie. Emmanuel d’Harcourt appartenait donc au monde de l’ancienne noblesse, une noblesse d’inclination plutôt libérale (par sa mère, née Sainte-Aulaire, il était d’ailleurs proche parent du duc Decazes, ministre des Affaires étrangères durant la majeure partie du mandat de Mac-Mahon). Ses affinités politiques étaient donc situées du côté « orléaniste », avec toutes les réserves d’usage qu’il convient d’adjoindre à cet épithète un peu trop connoté sur le plan dynastique [5] . En fait, les relations privilégiées entretenues alors par le secrétaire général de la présidence et ses préférences intimes semblent bien avoir été plus proches du milieu gravitant autour du duc Albert de Broglie que des cercles liés aux princes d’Orléans. Le vieux Rémusat, fin connaisseur de ces réseaux, devait d’ailleurs noter dans ses mémoires que le marquis Georges d’Harcourt était de la « coterie Broglie ».

Emmanuel d’Harcourt avait fait ses premiers apprentissages dans la diplomatie à la fin du Second Empire en occupant des postes de médiocre importance à Rome puis dans le grand duché de Bade. La guerre de 1870-1871 l’avait par la suite conduit à servir au sein de l’état-major du maréchal de Mac-Mahon, auquel il devait toujours rester fidèle. Quand Mac-Mahon est élu à la présidence de la République, le jeune vicomte le suit à l’Elysée, à l’instar d’autres officiers de l’entourage, beaucoup plus élevés en grade que lui-même. Même si certains de ces officiers – le colonel de Vaulgrenant et le colonel Robert, chef du cabinet militaire, notamment – ont pu s’acquitter le cas échéant de tâches de caractère politique, Emmanuel d’Harcourt a très vite été installé dans le rôle de principal conseiller en ces matières ; dans un livre de souvenirs publié en 1912, c’est-à-dire du vivant même de l’intéressé, le journaliste Arthur Meyer, directeur du Gaulois écrira à son sujet qu’il était « le secrétaire, le confident et peut-être l’inspirateur du maréchal », en ajoutant : « Depuis la chute du maréchal, il s’est condamné au silence et à une retraite prématurée. C’est une des grandes forces perdues de notre époque. » Toujours en 1912, mais dans un autre livre portant le titre Ce que je peux dire, le même Arthur Meyer parlera du secrétaire général de l’Elysée en ces termes : « placé dans un poste de confiance », il « y déploya une distinction et une tenue d’esprit que son âge ne pouvait faire prévoir ». Les récits laissés par la plupart des autres témoins concordent pour faire l’éloge de ses qualités de jugement et de sa capacité à nouer des contacts, y compris du côté des adversaires [6] . Légitimiste modéré proche du duc de Broglie, ministre à deux reprises au cours du septennat, le vicomte Camille de Meaux fait allusion à ses « informations éclairées » et à ses « avis sûrs et sagaces [7]  ». Cette opinion est partagée par un homme qui au moment des faits, notamment lors de la crise politique et constitutionnelle de l’année 1877, était situé de l’autre côté de la barricade : le républicain conservateur Edouard de Marcère, l’un des chefs du centre gauche, ministre de l’Intérieur dans les cabinets Dufaure de 1876 et de 1877-1879. Brossant un tableau de l’Elysée et de l’entourage de Mac-Mahon, entourage, dit-il, qui « était, à l’égard de la république, comme une sorte de camp ennemi », Edouard  de Marcère consacre quelques lignes élogieuses à Emmanuel d’Harcourt. Le secrétaire général est qualifié à cette occasion de « parfait gentilhomme, d’un esprit fin et délié, qui servait très utilement de lien entre l’Elysée et les républicains [8]  ». On sera sensible à l’amabilité du propos sous la plume d’un opposant résolu à la politique du Seize mai, un opposant, il est vrai, très respectueux des formes et revenu de bien des illusions au moment où ces lignes ont été écrites.

Emmanuel d’Harcourt, qui avait plaidé, a-t-on dit, pour une démission rapide de Mac-Mahon après la défaite subie lors des élections législatives de l’automne 1877, dut quitter ses fonctions à la fin de l’année 1878 sous la pression des groupes républicains. De façon un peu paradoxale, le départ de cet officier gentilhomme devait ouvrir une parenthèse longue d’une vingtaine d’années dans l’histoire du secrétariat général civil et jouer en faveur des officiers de la maison militaire.

Pour les raisons d’ordre historiographique mentionnées un peu plus haut, on n’entrera pas ici dans les détails du processus complexe qui a conduit à ce que les spécialistes de la question ont appelé « l’affirmation et la prééminence du secrétariat général/chef de la maison militaire ». En prenant appui sur ce travail et sur le travail, plus récent, consacré à Sadi Carnot, on se contentera donc de développer quelques remarques portant sur deux points essentiels [9] .

- L’histoire de ce processus est marquée par la succession d’étapes. On peut en distinguer trois principales, qui couvrent respectivement les années 1879-1882, les années 1882-1894 et les années 1894-1900. Lors de son arrivée à l’Elysée, Jules Grévy confie à un militaire, le général Pittié, les fonctions de secrétaire général de la Présidence ; toutefois, l’influence du secrétaire général se heurte à celle du chef du cabinet civil, un certain Duhamel, ancien secrétaire du nouveau chef de l’Etat lors du passage de celui-ci à la présidence de la Chambre des députés. Une seconde période, débutant en 1882 avec la disgrâce du même Duhamel, est marquée par le poids grandissant du secrétaire général chef de la maison militaire, une sorte d’apogée étant atteinte avec l’occupation de ce poste stratégique par la forte personnalité du général Brugère, collaborateur successivement de Jules Ferry et de Sadi Carnot, ancien condisciple de ce dernier à l’Ecole polytechnique, que l’on a pu comparer à un véritable « maire du Palais [10]  ». Les années 1894-1900 sont celles d’un net déclin de cette influence, au point que l’on a parlé parfois de « marginalisation progressive ».

L’entourage civil est composé d’une petite équipe de fidèles, au sein de laquelle il n’est pas toujours aisé de distinguer un chef de cabinet et un secrétaire particulier. Après le départ forcé de Duhamel, Jules Grévy prend appui sur un membre de sa parenté proche, un certain Hyacinthe Fourniret, mais on sait que le vieux Président procède le plus souvent, pour les choses politiques réellement importantes, par le biais de conversations avec des « familiers » qui n’appartiennent pas à l’entourage officiel. Sadi Carnot a appelé auprès de lui un fonctionnaire du ministère des Finances, Tranchant, et un auditeur au Conseil d’Etat, Arrivière, qui avait été son sous-chef de cabinet rue de Rivoli. Avec Félix Faure – et en dépit de l’abandon de la brève expérience de cohabitation entre un secrétaire général militaire et un secrétaire général civil, un certain Laffargue, sous l’éphémère présidence de Casimir-Périer – l’organisation devient beaucoup plus claire : le nouveau chef de l’Etat est désormais secondé par un « directeur de cabinet », l’inspecteur général des services administratifs de la Marine Louis Le Gall, et un secrétaire particulier, Henri Blondel, dont les attributions apparaissent bien distinctes [11] . Détail important : les deux hommes avaient déjà travaillé avec Félix Faure au sein des équipes de collaborateurs personnels constituées autour de lui dans plusieurs départements ministériels qu’il avait antérieurement dirigés.

Le bref épisode de la présidence Casimir-Périer montre bien que le projet visant à mettre en place un secrétariat général civil faisant contrepoids au secrétariat général militaire était à l’ordre du jour. Au lendemain de son élection, Félix Faure écarta d’abord cette solution, en raison du fait, semble-t-il, que le monde parlementaire tenait le principal conseiller de Casimir-Périer pour partiellement responsable des dysfonctionnements survenus au sommet de l’Etat et de la brusque décision prise par le président de la République de jeter l’éponge. Il faut noter toutefois que le même Félix Faure y pensa à nouveau au moment où le général Hagron quitta, pour des motivations de carrière, la direction de la maison militaire et qu’il envisagea de confier le poste à son fidèle directeur de cabinet, Louis Le Gall. En 1899, son successeur Emile Loubet, renonça à franchir le pas, pour ne pas froisser le général Bailloud, le nouveau responsable de la maison militaire, et surtout pour ne pas compliquer encore les relations devenues difficiles entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire. En vertu de quoi, le schéma retenu reproduisit celui de la présidence Félix Faure : une maison militaire placée sous l’autorité du secrétaire général de la présidence (le général Bailloud) et une maison civile, placée sous l’autorité d’un directeur de cabinet, en l’occurrence le jeune préfet Abel Combarieu, choisi finalement de préférence à un membre du Conseil d’Etat, Olivier Sainsère, ancien collaborateur de Louis Barthou [12] . Les choses changèrent du tout au tout l’année suivante : le général Bailloud s’était rendu insupportable en affichant des opinions de plus en plus marquées par le « nationalisme » et « l’antisémitisme » (dixit Abel Combarieu, qui, de toute évidence, entretenait d’exécrables relations avec lui), il prit la décision de quitter l’Elysée au cours de l’été et, d’une façon générale, l’heure n’était plus à ménager les susceptibilités d’officiers généraux soupçonnés de vouloir sortir de leur rôle. C’est Abel Combarieu qui prit l’initiative de convaincre un président de la République encore un peu hésitant de trancher dans le vif. Telle est du moins la version que l’intéressé devait ultérieurement présenter dans ses souvenirs. Il convient d’ajouter que l’entreprenant directeur de cabinet fut le grand bénéficiaire de l’opération, puisqu’il fut nommé secrétaire général de la Présidence dans la foulée et qu’il occupa le poste, avec d’ailleurs une distinction reconnue de tous, jusqu’au terme du septennat.

L’aboutissement du processus qui a conduit à la création d’un secrétariat général civil destiné à prendre aussitôt le pas sur le secrétariat général militaire tient à des causes multiples. Les travaux disponibles ont mis généralement l’accent sur le malaise né des péripéties de l’affaire Dreyfus et sur la nécessité de plus en plus pressante de procéder à une clarification des rapports entre les influences militaires et les influences de nature civile à l’échelon élyséen. Mais on doit veiller à ne pas confondre causes circonstancielles et causes profondes, les difficultés, bien réelles, liées à l’ « Affaire » ayant joué finalement surtout comme l’accélérateur d’une évolution inscrite dans les faits. En premier lieu, la place centrale occupée par la maison militaire et son chef durant la décennie quatre-vingt était contraire à l’esprit des institutions parlementaires et à l’essence même de la culture républicaine ; de nombreuses polémiques avaient d’ailleurs vu le jour sur ce sujet sensible  dès l’époque Grévy, en provenance notamment du camp radical. Dans un autre ordre d’idées, les années allant de l’élection de ce même Jules Grévy à la décision historique prise en 1900 ont été des années de consolidation des cabinets ministériels et de constitution d’équipes, plus ou moins stables, entourant les personnalités consulaires du nouveau régime, membres des gouvernements et/ou présidents des assemblées. Au fil des années, ceux des collaborateurs attitrés d’un « patron » parvenu à la plus haute charge de l’Etat qui avaient choisi de le suivre à l’Elysée pouvaient donc s’estimer légitimement en droit de marquer leur territoire de façon plus nette et de rejeter toute espèce de subordination à l’égard du secrétaire général militaire. La petite ironie de cette histoire et que le principal artisan de cette nouvelle répartition des compétences, le préfet Combarieu, n’avait pas appartenu au cercle des collaborateurs du président Loubet dans les diverses fonctions ministérielles que ce dernier avait occupées ou à la présidence du Sénat. Mais on peut émettre l’hypothèse selon laquelle Loubet avait fait appel, en 1899, à ce préfet étranger aux coteries politiques du moment pour faire pièce à l’influence de l’encombrant général Bailloud.

La vitesse de croisière des années 1900-1940

Si l’on s’en tient à l’observation des caractéristiques de nature très générale, on peut considérer comme un tout la période allant de la présidence Loubet à la présidence Lebrun, autrement dit le segment chronologique 1899-1940, ou pour être tout à fait exact le segment 1900-1940 puisque l’apparition, en 1900, d’un secrétariat général de la maison civile constitue à l’évidence une innovation majeure. A certains égards, les années 1913-1924 font toutefois un peu exception. En effet, les différentes tentatives, la tentative de Raymond Poincaré et la tentative d’Alexandre Millerand essentiellement, visant à renforcer le rôle du chef de l’Etat au sein de la machinerie institutionnelle ont été accompagnées, à certains moments tout au moins, d’un effort de consolidation de l’équipe présidentielle, effort dont il est difficile d’apprécier les conséquences pratiques mais qui s’est traduit certainement par l’acquisition d’une plus grande visibilité politique [13] . Rosemonde Sanson traite dans une étude particulière de l’entourage de Raymond Poincaré durant les années 1913-1920 et des diverses évolutions survenues dans son organisation et dans son recrutement. L’équipe installée à l’Elysée durant le passage d’Alexandre Millerand à la présidence de la République (1920-1924) est une équipe caractérisée par un fort contraste entre une maison militaire, à la fois nombreuse (huit membres en 1923) et composée avec beaucoup de soin, et une maison civile resserrée et très hiérarchisée. En 1923, cette dernière équipe comprend quatre collaborateurs que l’on peut considérer comme des proches du chef de l’Etat : un secrétaire général, Eugène Petit, avocat devenu (en 1921) maître des requêtes au Conseil d’Etat, qui travaille pour le compte d’Alexandre Millerand depuis le tournant du siècle ; un secrétaire général-adjoint faisant fonction de conseiller diplomatique, Alexandre Vignon, qui avait été le collaborateur de Millerand au Quai d’Orsay durant les premiers mois de l’année 1920 ; un directeur de cabinet, Jacques Bompard, un chef du secrétariat particulier, qui n’est autre que l’un des fils du président de la République, Jean Millerand.

Cette petite réserve mise à part, on peut donc dégager les principales caractéristiques structurelles de cette quarantaine d’années d’histoire de l’entourage présidentiel. Comme il a été annoncé un peu plus haut, on parlera ici exclusivement de la maison civile.

On regroupera les différentes observations autour de deux axes principaux.

Structure et organisation

La maison civile du chef de l’Etat demeure une structure peu étoffée, les effectifs tournant autour de six ou sept collaborateurs attitrés. A la fin de la période, le cabinet civil de Paul Doumer compte six membres, tandis que son successeur, Albert Lebrun se contente de cinq collaborateurs. Mais on a quelques raisons de penser que ces « officiels » ont parfois été épaulés par des « officieux », durant le septennat de Gaston Doumergue en particulier, ce vieux routier de la politique ayant été plus attentif que d’autres à maintenir le contact avec le milieu parlementaire.

L’organisation de ce cabinet civil est à peu près fixée, à quelques détails près, depuis le septennat d’Emile Loubet et la création du secrétariat général de la présidence en 1900. La maison civile du président comprend donc un secrétaire général (Jules Michel pendant la présidence Doumergue, Georges Huisman durant la présidence de Paul Doumer, André Magre durant la présidence d’Albert Lebrun), un directeur ou, le vocabulaire usuel demeurant toujours un peu flou, un chef de cabinet (Georges Michel auprès de Gaston Doumergue, Alfred Grou auprès de Paul Doumer, René Ferry auprès d’Albert Lebrun) épaulé parfois par un chef adjoint (le gouverneur des Colonies Oswald Durand dans l’équipe Lebrun), un chef du secrétariat particulier et un petit nombre d’attachés (parés du titre plus flatteur de « sous-directeurs » du temps d’Albert Lebrun). Apparue lors de l’épisode Millerand, la fonction de secrétaire général-adjoint n’a pas survécu à la démission forcée du chef de l’Etat  au lendemain de la victoire du Cartel des gauches. Il faudra attendre, comme on sait, l’élection de Georges Pompidou et l’attribution à Edouard Balladur d’un poste de secrétaire général-adjoint pour qu’une très longue parenthèse soit refermée.

Composition socioprofessionnelle et filières de recrutement

En règle générale, et tout spécialement pour ce qui concerne les fonctions les plus importantes, la composition de ces entourages est marquée par un haut degré de stabilité, durant la durée d’une présidence donnée, il va de soi. L’une des raisons de cette stabilité tient au fait que les chefs de l’Etat des années 1900-1940 préfèrent s’entourer de fidèles, c’est-à-dire d’hommes qu’ils connaissent bien et qui ont déjà travaillé auprès d’eux à d’autres occasions, au sein notamment des cabinets qui les ont secondés dans tel ou tel ministère, ou dans l’équipe de leurs collaborateurs à la présidence d’une assemblée parlementaire. La manière dont s’est entouré Paul Doumer en 1932 est tout à fait caractéristique à cet égard : le secrétaire général de l’Elysée, Georges Huisman, avait dirigé le cabinet de Paul Doumer – depuis une petite année seulement d’ailleurs – à la présidence de la Chambre haute ; le directeur de cabinet, Alfred Grau, avait été recruté par Paul Doumer, en qualité de chef adjoint, lors du passage, dès 1905, du futur chef de l’Etat au « perchoir » du Palais-Bourbon et il avait continué à l’épauler dans des postes très divers, en particulier à la présidence du Sénat (toujours en qualité de chef-adjoint) ; les attachés Gustave Hannou, Jean Perreau-Pradier et René Serre étaient également issus de ce même vivier de l’équipe installée au Palais du Luxembourg. Dans le même esprit, on peut souligner que l’homme fort de l’entourage présidentiel de Gaston Doumergue – le secrétaire général Jules Michel, qui avait commencé par occuper les fonctions relativement modestes de percepteur –, avait travaillé avec son illustre compatriote nîmois au plus tard en 1906, c’est-à-dire quand ce dernier était en charge du portefeuille du Commerce et de l’Industrie dans le premier gouvernement Clemenceau et que Doumergue avait continué de faire régulièrement appel à lui, notamment lors de l’épisode de la présidence du Conseil et du ministère des Affaires étrangères (gouvernement Doumergue de décembre 1913-juin 1914, Jules Michel étant alors l’un des deux chefs-adjoints du cabinet). Reste à préciser que ces relations généralement ultra-privilégiées n’ont pas toujours été exclusives d’autres collaborations. Jules Michel, par exemple, a accepté de figurer, en qualité de chef du secrétariat particulier, dans l’équipe constituée par René Viviani en juin 1914, la chose s’étant faite, selon toute vraisemblance, en plein accord avec Gaston Doumergue [14] .

Cette prime à la familiarité et à la fidélité – fidélité considérée comme acquise ou fidélité exemplaire – va de pair avec des modes de recrutement que l’on retrouve dans la façon dont les ministres composent alors leur propre entourage. La littérature de l’époque – en particulier pour la période antérieure à la guerre de 1914-1918 – a volontiers abordé ce type de problème sous un angle polémique. Armand Fallières a été ainsi la cible d’attaques répétées visant sa propension à choisir ses collaborateurs parmi ses compatriotes lot-et-garonnais (on fait allusion ici au succès de la formule ironique : « Soyez d’Agen ! ») et à sa tendance eu népotisme [15] . La personnalité qui a plus spécialement excité la verve des détracteurs d’ « Adipeux-Roi » en ce domaine était celle de Jean Lanes, ancien chef de cabinet de Fallières à la présidence du Sénat, secrétaire général de l’Elysée durant les premières années du septennat. De fait, Jean Lanes était né à Agen en 1859, il devait toute sa carrière à l’amitié du chef de l’Etat et il finit, de manière assez tardive d’ailleurs, par épouser sa fille ; encore faut-il souligner qu’il quitta ses fonctions élyséennes au moment de son mariage et que, si l’on y réfléchit posément, le choix effectué par Fallières en 1909 s’explique essentiellement par l’existence d’une ancienne et confiante collaboration. En considérant les choses sur une plus longue durée, on peut également observer la présence dans les équipes présidentielles de quelques proches parents de l’hôte de l’Elysée (tels Paul Loubet et Jean Millerand, dont il a été question un peu plus haut) ou de parents d’hommes publics vis-à-vis desquels le chef de l’Etat estimait avoir une dette de reconnaissance, un bon exemple étant ici celui du jeune Pierre Perreau-Pradier, fils d’un influent député de l’Yonne, c’est-à-dire d’un des départements représentés au Palais-Bourbon par Paul Doumer. Mais il faut quand même préciser que, à la semi-exception de Paul Loubet, ces débutants ont dû généralement se contenter d’occuper des postes d’un niveau plutôt subalterne [16] . En revanche, les solidarités et les complicités liées à la communauté d’origine géographique ont constitué d’authentiques billets d’entrée dans les équipes de la présidence de la République. Jules Michel était originaire du département du Gard comme son patron Gaston Doumergue. Principaux collaborateurs de l’ancien élu de la Meurthe-et-Moselle Albert Lebrun, René Ferry et André Magre, préfet successivement des Vosges et de cette même Meurthe-et-Moselle, avaient de solides attaches lorraines. Cette courte liste est loin d’être exhaustive [17] .

Autant qu’on puisse en juger en prenant appui sur des données fragmentaires – c’est-à-dire, pour l’essentiel, sur l’examen du parcours des secrétaires généraux de la présidence –, la composition socioprofessionnelle de l’entourage du chef de l’Etat est à peu près semblable à celle des cabinets ministériels, telle qu’elle est assez bien connue en tout cas pour la période 1899-1914.

Comme dans le cas des entourages des ministres, la haute fonction publique se taille en effet la part du lion. Du préfet Abel Combarieu au préfet André Magre, treize secrétaires généraux ont été placés successivement à la tête de la maison civile, la liste comprend seulement deux avocats, Félix Décori, collaborateur de l’avocat Raymond Poincaré, et Eugène Petit, collaborateur de l’avocat Alexandre Millerand. Le premier est un avocat au sens plein du terme, inscrit au Barreau de Paris en 1883, secrétaire de la Conférence du stage en 1886-1887 – la même année que Louis Barthou –, un temps membre du Conseil de l’Ordre. Régulièrement inscrit au même Barreau de Paris de 1893 à 1920, date à laquelle il donne sa démission  pour entrer au Conseil d’Etat, Eugène Petit appartient en revanche au monde, très représenté dans les cercles politiques de l’époque, des avocats dépourvus de liens effectifs avec la profession : après avoir consacré l’essentiel de ses activités à la préparation d’une thèse de doctorat en droit, thèse soutenue en 1897, le futur secrétaire général de la présidence de la République a donné la priorité à ses travaux personnels et à une collaboration multiforme avec Alexandre Millerand. Les autres personnalités placées à la tête de la maison civile sont des fonctionnaires de rang élevé, au moment en tout cas, il est absolument nécessaire de bien le préciser, de leur installation au cœur du sérail élyséen. L’administration préfectorale et/ou les grands corps de l’Etat – à savoir le Conseil d’Etat et la Cour des Comptes, l’inspection des Finances n’étant pas concernée – ont constitué les deux filières privilégiées, ce qui n’a rien de très surprenant quand on connaît la façon dont sont alors recrutés les principaux collaborateurs des titulaires des ministères les plus importants. On peut faire état toutefois de deux exceptions. Secrétaire général durant les quelques mois de la présidence de Paul Deschanel, Jean Hermitte était un diplomate, ministre plénipotentiaire de deuxième classe, l’explication du choix effectué devant être cherchée selon toute vraisemblance dans le désir du nouveau chef de l’Etat de consacrer le meilleur de son énergie aux questions de politique extérieure. Bien qu’il ait terminé une carrière bien remplie au Conseil d’Etat, Georges Huisman, secrétaire général en 1931-1932, présente un profil beaucoup plus atypique. Ancien élève de l’Ecole des Chartes, agrégé d’histoire, Georges Huisman a occupé en effet les fonctions d’inspecteur d’Académie avant d’être intégré, en 1927, dans l’équipe de Paul Doumer et il sera nommé, en 1934, directeur général  des Beaux-Arts [18] .

Cette prépondérance de l’administration préfectorale et des grands corps de l’Etat ne doit pas toutefois induire en erreur. Les parcours professionnels des hommes dont il est ici question sont fort loin d’être identiques. Schématiquement, on pourrait ainsi distinguer un modèle Abel Combarieu et un modèle Adolphe Pichon. Après un bref passage au barreau, comme cela était alors très fréquent, Abel Combarieu est entré jeune dans l’administration préfectorale et a fait une honorable carrière de préfet (dans le département de l’Ain, alors qu’il n’avait pas encore atteint l’âge de quarante ans, puis dans le département de la Meuse) avant d’être choisi, en 1899, par Emile Loubet pour diriger son cabinet à l’Elysée puis pour occuper le nouveau poste de secrétaire général l’année suivante. Adolphe Pichon exerçait pour sa part le métier, relativement modeste, de rédacteur au ministère du Commerce et de l’Industrie quand il a été recruté, en janvier 1908, par Jean Cruppi, titulaire du portefeuille du Commerce, en qualité de chef-adjoint du cabinet ; c’est grâce à l’expérience acquise au sein des entourages, celui de Cruppi de 1908 à 1912 puis celui de Raymond Poincaré, et à la protection active du même Poincaré, alors président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, qu’il a été nommé au Conseil d’Etat quelques mois avant d’être appelé à remplir les fonctions de secrétaire général de l’Elysée (de 1913 à 1914). Les sondages auxquels il a été procédé pour les parcours d’autres membres des cabinets présidentiels, les directeurs de cabinet tout spécialement, font apparaître le même contraste et suggèrent que le modèle Combarieu a une tendance à l’emporter progressivement sur le modèle Pichon. Mais le point reste à vérifier.

Face à cette montée en puissance des filières de recrutement plus ou moins liées au monde de la haute fonction publique, il convient de prendre acte du faible niveau de contribution des filières plus spécifiquement politiques. La saine compréhension de cette remarque d’un ordre un peu trop général exige certes que chacun s’entende d’abord sur la signification exacte accordée ici à l’adjectif  politique : on peut en effet à bon droit qualifier de « politique » une longue collaboration avec un homme d’Etat dont la carrière a été couronnée par une élection à la présidence de la République, cette dimension pouvant être très forte comme ce fut le cas, par exemple, dans le fonctionnement du tandem Alexandre Millerand, Eugène Petit. En revanche, l’implication des futurs membres des équipes élyséennes dans la politique ordinaire – celle des partis ou des groupements parallèles – semble bien avoir revêtu un caractère exceptionnel. La principale de ces exceptions est sans doute celle de l’entourage de Gaston Doumergue, plus précisément de l’entourage des premières années du septennat, celles de l’épisode du Cartel des gauches. Aux côtés du secrétaire général Jules Michel – fidèle entre les fidèles du chef de l’Etat – travaillent à cette date Jules Crabol, directeur de cabinet, considéré à juste titre comme l’un des mentors de la puissante Fédération des jeunesses laïques et républicaines, et André Sauger, un journaliste proche de Bertrand de Jouvenel appartenant à la mouvance d’un jeune radicalisme en quête d’idées et de formules nouvelles.

Reste à dire un mot de la question à la fois capitale et extraordinairement difficile de l’influence politique effectivement exercée dans le cadre des fonctions attribuées et du rôle joué dans les processus de prise de décision. L’honnêteté de l’historien oblige à dire qu’aucun des travaux plus spécialement consacrés à tel ou tel des présidents de la République de la période n’apporte, sauf sur des points très ponctuels, d’éléments d’information de nature à poser les jalons d’une réponse.

Pour des raisons touchant à la fois à son parcours de carrière antérieur à sa nomination au secrétariat général de la maison civile, à ses convictions personnelles et sans doute aux circonstances, le préfet Abel Combarieu peut être considéré comme un acteur, prudent mais parfois déterminé, du jeu politique, en matière de politique extérieure (en campant sur des positions très voisines de celles du ministre des Affaires étrangères Théophile Delcassé) et, dans une moindre mesure, en matière de politique intérieure (en ne dissimulant pas toujours son aversion à l’égard d’un certain nombre de pratiques du gouvernement dirigé par Emile Combes). Mais il faut tenir compte du fait tout simple que le journal qu’il a publié et les archives personnelles qui ont été par la suite déposées permettent de se faire une idée plus précise de ses préoccupations et de la façon dont il a essayé de faire prévaloir ses choix auprès d’Emile Loubet, un président de la République bien décidé par ailleurs à respecter des règles de neutralité posées par la « Constitution Grévy ».

Ce point étant précisé, et dans l’état actuel des travaux, on est en droit d’estimer qu’il n’y a pas eu de « précédent Combarieu », de même que, pour des raisons très différentes, il n’y avait pas eu de précédent Emmanuel d’Harcourt. Un signe ne trompe pas : les collaborateurs du chef de l’Etat, ceux de la maison civile bien davantage d’ailleurs que ceux de la maison militaire, sont les grands absents des livres de témoignages écrits par les acteurs et les observateurs contemporains. L’exemple de l’équipe, pourtant composée d’hommes de qualité, réunie autour d’Albert Lebrun est tout à fait éloquent à cet égard : aussi surprenant que la chose puisse paraître, il n’est en effet quasiment jamais question d’André Magre ou de René Ferry dans l’immense flot de littérature consacrée aux événements de 1939-1940.

De de Gaulle à de Gaulle : la IVe République comme période de transition ?

La parenthèse des années 1940-1947 (juillet 1940-janvier 1947)

Il a été dit un peu plus haut que les années 1940-1946 constituaient une manière de parenthèse dans l’histoire des entourages du chef de l’Etat et que la parenthèse n’a pas été entièrement refermée en 1946-1947. A ce stade du présent exposé de synthèse, il apparaît donc nécessaire de s’expliquer sur le sens donné à ces propositions jumelles, étant entendu que les deux mises au point rédigées par Jérôme Cotillon et Bernard Lachaise nous dispensent de procéder à la description de la façon dont le maréchal Pétain, chef de l’Etat français de 1940 à 1944, et le général de Gaulle, président du gouvernement provisoire de la République française de 1944 à 1946, ont recruté et organisé leurs entourages respectifs. Mieux vaut attirer ici l’attention sur l’essentiel, à savoir deux choses : 1/ pour des raisons tenant à la fois à la conjoncture politique générale, au caractère provisoire des formules institutionnelles successives et au cumul des fonctions de chef de l’Etat et de chef du gouvernement au bénéfice de la même personne – de 1940 à 1942, c’est-à-dire jusqu’au rappel de Pierre Laval, et de 1944 à 1947 –, les entourages en question ont acquis une visibilité et revêtu, quantitativement, qualitativement et politiquement une importance sans commune mesure avec celles des équipes de collaborateurs des présidents de la République défunte ; 2/ le retour à la normale qui s’est produit avec le franchissement des deux étapes de la démission du général de Gaulle au tout début de l’année 1946 et de l’installation définitive, un an plus tard, des pouvoirs établis par la constitution du 27 octobre 1946 ne peut pas être considéré, du point de vue précis qui nous concerne ici, comme un simple retour à la case départ.

Les trois personnalités – successivement Félix Gouin, Georges Bidault et Léon Blum – placées à la tête du gouvernement provisoire après la démission du général de Gaulle ont également été assistées de nombreux collaborateurs, même si la tendance a été à une légère diminution des effectifs. On se bornera à prendre l’exemple ici du cabinet entourant Georges Bidault, cabinet dont la composition exacte en juin-juillet 1946 est très bien connue et dont tous les membres un tant soit peu importants ont pu être identifiés [19] . Le président du gouvernement, demeuré en charge du portefeuille des Affaires étrangères, travaille avec l’aide de trois équipes de collaborateurs [20]  : l’équipe de la présidence, installée rue Saint-Dominique, qui compte douze membres, le cabinet militaire (deux membres), l’équipe du Quai d’Orsay (sept membres). Rue Saint-Dominique, le cabinet comprend un directeur (Pierre-Louis Falaize, qui avait été chef de cabinet puis, à compter de l’été 1945, directeur de cabinet aux Affaires étrangères), un directeur-adjoint (le préfet Jean Morin, ancien directeur, en 1944, du personnel au ministère de l’Intérieur), deux chefs-adjoints (le diplomate René Chalon et le jeune auditeur au Conseil d’Etat Georges Galichon, ancien collaborateur de René Mayer au Commissariat général aux Affaires allemandes et autrichiennes), deux responsables du secrétariat particulier (dont une femme, Odette Cornu, chef du secrétariat) et quatre chargés de mission. Au Quai d’Orsay, le chef de cabinet, placé sous l’autorité de Pierre-Louis Falaize, est le fidèle Geoffroy de La Tour du Pin (déjà présent dans l’équipe Bidault avant l’arrivée de celui-ci à la tête du gouvernement) ; il est épaulé par un chef-adjoint (le diplomate Paul Fouchet) et cinq attachés (dont le futur député et secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Bernard Destremau et le normalien Jean d’Ormesson, encore élève de Georges Bidault). Un peu comme dans le cas du cabinet du général de Gaulle en 1944-1946, cette équipe, de coloration très « résistante », tire force et cohésion dans les liens, politiques et personnels, noués entre Georges Bidault et quelques-uns de ses principaux collaborateurs. L’exemple des deux têtes du cabinet de la rue Saint-Dominique est tout à fait caractéristique de ce point de vue. Bénéficiant de « toute la confiance du président » - à défaut de celle de Suzy Borel, devenue madame Georges Bidault – Pierre-Louis Falaize a connu son futur patron à la rédaction du quotidien démocrate-chrétien L’Aube, dans lequel il avait la responsabilité de la chronique parlementaire. Durant les années noires, il a ensuite secondé Georges Bidault au Bulletin d’information et de presse fonctionnant dans l’orbite du Conseil national de la Résistance. Quant à Jean Morin, il a été une « manière de chef de cabinet » - l’expression est empruntée à l’excellente biographie publiée en 1993 par Jacques Dalloz – de Georges Bidault quand celui-ci a succédé à Jean Moulin à la présidence de ce même CNR [21] .

L’entourage présidentiel sous la IVe République « établie » (1947-1958)

En apparence, en ce domaine comme dans beaucoup d’autres, la IVe République établie est marquée par une forme de retour aux us et coutumes de la République défunte. On retrouve notamment la distinction majeure entre les fonctions de secrétaire général et celles de directeur de cabinet, même si la répartition des tâches entre les titulaires semble avoir obéi à des critères un peu plus rigoureux, notamment à l’époque de René Coty. Surtout, l’équipe rapprochée du chef de l’Etat redevient une équipe très légère, étant entendu que l’entourage d’un Vincent Auriol apparaît toutefois plus étoffé que celui d’un Albert Lebrun. Noëlline Castagnez consacre dans ce dossier une étude particulière au groupe des collaborateurs du premier des Présidents de la IVRépublique et on se contentera donc de renvoyer ici à cette mise au point. La maison civile de son successeur, René Coty, est une équipe que l’on peut qualifier de resserrée, de solidement expérimentée et probablement de mieux structurée [22] . Elle comprend en effet un secrétaire général, Charles Merveilleux du Vignaux, avocat général près de la Cour des comptes, qui avait travaillé auprès du nouveau chef de l’Etat en 1947-1948 lors du passage de celui-ci à la tête du ministère de la Reconstruction ; un directeur de cabinet, le magistrat Henri Friol, qui avait exercé les fonctions de directeur de cabinet du radical Edouard Herriot à la présidence de l’Assemblée nationale : un directeur du secrétariat général, Francis de Baecque, maître des requêtes au Conseil d’Etat, conseiller juridique du gouvernement tunisien au cours des années 1949-1954, ancien collaborateur, comme Charles Merveilleux du Vignaux, de René Coty au ministère de la Reconstruction ; trois chargés de mission, dont Charles Roumagnac, ancien membre de l’équipe de Vincent Auriol. On s’attardera un peu plus loin sur le cas du général de corps d’armée Jean Ganeval, secrétaire général d’une maison militaire comptant trois autres officiers [23] . Il est nécessaire de noter cependant dès maintenant que le général Ganeval avait été chef d’état-major particulier du ministre de la Défense nationale durant la période au cours de laquelle Georges Bidault avait la responsabilité du ministère ; Charles Merveilleux du Vignaux ayant lui-même occupé les fonctions de directeur-adjoint du cabinet de Georges Bidault à la présidence du Conseil en 1949, l’« écurie » Bidault a donc fourni deux de ses principaux collaborateurs au dernier des présidents de la IVRépublique. Le détail, comme on le verra, n’est pas sans importance.

Reste que les conceptions, les comportements et les formules institutionnelles caractéristiques des années d’exception de la période 1940-1947 n’ont pas été sans conséquence sur la suite immédiate de cette histoire. Le soin extrême avec lequel, dans des styles il est vrai très différents, Vincent Auriol et René Coty ont veillé au recrutement de leurs collaborateurs et au bon fonctionnement de leur « maison » constitue déjà un indice hautement révélateur. Mais il est possible d’aller plus loin, même si les informations disponibles demeurent beaucoup trop fragmentaires. En premier lieu, il faut être attentif au fait que les noms de quelques-uns des collaborateurs attitrés du chef de l’Etat – le cas de Jacques Koscziusko-Morizet, directeur de cabinet de Vincent Auriol, correspond ici à un véritable cas limite – apparaissent désormais souvent dans les journaux, mémoires et écrits de circonstance de nature diverse, alors que la chose était, comme on l’a constaté, rarissime durant la période de l’entre-deux-guerres. En second lieu, quelques-uns des plus éminents collaborateurs des deux hôtes successifs de l’Elysée ont été parfois loin de se comporter en simples spectateur passif des péripéties de la vie parlementaire. On ne reviendra pas sur le cas du véritable « animal politique » qu’a été de toute évidence Jacques Koscziusko-Morizet. Mais il n’est pas inutile de rappeler que le secrétaire général de la présidence de la République durant le même mandat de Vincent Auriol, Jean Forgeot, a également suivi les choses avec la plus grande attention : dans son journal publié en 1955 sous le titre Quai d’Orsay, 1945-1951, le directeur du Protocole, Jacques Dumaine, devait ainsi noter que Jean Forgeot donnait ce qu’il appelait des « dîners politiques ». Epousant le style de leur patron, les membres de l’entourage de René Coty ont généralement procédé avec davantage de discrétion. Reste que plusieurs témoignages – au premier rang desquels celui de l’ancien ministre MRP Robert Buron – conduisent à penser que le tandem des fidèles de Georges Bidault, Charles Merveilleux du Vignaux et le général Jean Ganeval, a plaidé, notamment à l’automne 1957, en faveur du recours au président-fondateur du MRP, devenu l’un des « mousquetaires » de l’Algérie française [24] . Le général Ganeval, le plus « politique » sans doute des collaborateurs du chef de l’Etat, a, dans le même esprit, usé de toute son influence pour faciliter le retour au pouvoir du général de Gaulle. L’ancien secrétaire général de la maison militaire de l’Elysée devait d’ailleurs être élu sénateur de la Seine, au début de l’année 1959, sous la bannière de l’Union pour la Nouvelle République avant de rompre avec le mouvement gaulliste pour cause d’attachement à l’Algérie française.

 

Pour citer cet article : Gilles Le Béguec, « Les entourages des chefs de l’Etat sous les IIIe et IVe Républiques », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°8, mai-août 2009.

Notes :

[1] On peut se reporter à la notice que lui a consacrée Jean El Gammal dans l’ouvrage collectif publié en 1995, aux Publications de la Sorbonne, sous la direction de Jean-Marie Mayeur et Alain Corbin, Les Immortels du Sénat, 1875-1918, les cent-seize inamovibles de la Troisième République. Voir les p. 217-219, nombreuses références bibliographiques.

[2] Cf. Charles de Rémusat, Mémoires de ma vie, tome 5, Paris, Plon, 1967, p. 470.

[3] Sur l’entourage de Mac-Mahon, le travail de référence demeure la communication présentée par François Roth lors du colloque consacré en 1996 aux « Militaires en République ». Cf. François Roth, « Mac-Mahon, le maréchal-président, 24 mai 1873-30 janvier 1879 », dans Eric Duhamel, Olivier Forcade, Philippe Vial (dir.), Militaires en République, 1870-1962, les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 111-122. 

[4] On notera que le vicomte Emmanuel d’Harcourt ne figure pas dans la liste des officiers de la maison militaire.

[5] Il faut préciser cependant que sa mère, la marquise Georges d’Harcourt, avait publié une biographie très remarquée de la duchesse d’Orléans, mère du comte de Paris. Mais on sait que le milieu gravitant autour du duc de Broglie était soucieux de garder une certaine réserve à l’égard des princes d’Orléans, contrairement à d’autres éminentes personnalités du centre droit, le duc d’Audiffret-Pasquier ou le duc Decazes, par exemple. Après 1879, Emmanuel d’Harcourt semble avoir gardé des sympathies monarchistes, sans participer toutefois aux activités politiques du « parti » soutenant la cause du Prétendant. Il y a là une nette différence avec l’attitude de son beau-frère, Othenin d’Haussonville.

[6] Cf.  Arthur Meyer,  Ce que mes yeux ont vu, Paris, Plon, 1912, en particulier la page 50 et Ce que je peux dire, Paris, Plon, 1912, en particulier la page 128.

[7] Cf. Vicomte de Meaux, Souvenirs politiques, Paris, Plon, 1905, en particulier les pages 399 et suivantes.  Camille de Meaux, ministre du gouvernement constitué par le duc de Broglie à la suite de la crise du 16 mai, note que le secrétaire général était plutôt favorable à une démission rapide de Mac-Mahon après la défaite électorale consécutive à la dissolution. Curieusement, les mémoires du duc de Broglie ne fournissent pratiquement aucun renseignement.

[8] Cf. Edouard de Marcère, Le Seize Mai et la fin du Septennat, Paris, Plon, 1900, notamment les pages 24 et 216. S’appuyant sur le témoignage du général Broye, ancien membre de la maison militaire, Marcère précise que la fameuse lettre adressée par Mac-Mahon à Jules Simon lors de la crise du 16 mai avait été écrite avant l’arrivée d’Emmanuel d’Harcourt à l’Elysée. Le témoignage est en concordance avec ce que l’on sait par ailleurs de la prudence politique du secrétaire général.

[9] On se reportera aux pages excellentes consacrées à cette question dans la biographie de Sadi Carnot rédigée par les soins de Patrick Harismendy à partir de sa thèse de doctorat. Cf. Patrick Harismendy, Sadi Carnot. L’ingénieur de la République, Paris, Perrin, 1995, plus spécialement les pages 321-325.

[10] Sur l’entourage de Jules Grévy, quelques brèves indications dans la biographie que lui a consacrée Pierre Jeambrun sous le titre Jules Grévy ou la République debout, Paris, Tallandier, 1991. On trouvera des renseignements plus précis, en particulier sur la disgrâce de Duhamel, dans le mémoire de Christian Paul et Marc Velloy.

[11] Beaucoup de renseignements, à exploiter avec une certaine précaution, dans Félix Faure à l’Elysée. Souvenirs de Louis Le Gall, directeur de cabinet du président de la République, ouvrage publié par les soins de Charles Braibant aux éditions Hachette en 1983.

Voir également la biographie consacrée par Thierry Billard à Félix Faure, Paris, Julliard, 1995, en particulier les p. 434-435.

[12] On se reportera à son livre de souvenirs d’un très grand intérêt : Sept ans à l’Elysée avec le Président Emile Loubet, Paris, Hachette, 1931.

[13] Voir aussi Nicolas Roussellier, Du gouvernement de guerre au gouvernement de la Défaire. Les transformations du pouvoir exécutif en France (1913-1940), Institut d’études politiques, mémoire inédit d’habilitation à diriger des recherches, dossier présenté sous la direction de Jean-Noël Jeanneney, juin 2006, en particulier la première partie intitulée « La voie présidentielle, espoirs, essais, butoirs ».

[14] On se reportera au mémoire de maîtrise en histoire de François Lafarge, Les cabinets ministériels en France de 1899 à 1914, travail réalisé sous la direction de Gilles Le Béguec, Université de Limoges, juin 1992.

[15] Les attaques les plus virulentes sont venues de L’œuvre, alors hebdomadaire, de Gustave Téry, grand pourfendeur de toutes les formes de népotisme et de favoritisme. On en retrouvera la trace dans La République des camarades publiée en 1914 par Robert de Jouvenel, collaborateur de L’œuvre.

[16] Paul Loubet (1874-1948), fils aîné du Président, était plus spécialement chargé à l’Elysée de suivre les affaires de la Drôme. Docteur en droit, il sera nommé ultérieurement conseiller référendaire à la Cour des Comptes et siégera au conseil général de la Drôme. Selon Abel Combarieu, le secrétaire particulier du président, Henry Poulet, était un ami du « fils Loubet ».

[17] Rappelons qu’Olivier Sainsère, le troisième des secrétaires généraux du septennat de Raymond Poincaré, avait des attaches meusiennes et possédait une propriété à Bar-le-Duc.

[18] Né en 1899, Georges Huisman a terminé sa carrière au Conseil d’Etat. Sur les entourages de Paul Doumer avant son entrée à l’Elysée, on prend ici appui sur l’exposé présenté par Amaury Lorin, spécialiste de Paul Doumer, dans le séminaire du Centre d’histoire de Sciences Po consacré aux entourages politiques au cours de l’année 2005-2006.

[19] D’un certain point de vue, il serait plus judicieux de prendre l’exemple du cabinet de Léon Blum lors du passage du vieux leader socialiste à la tête du gouvernement provisoire au tournant de l’année 1946-1947, la composition et l’organisation de cet entourage étaient encore plus proches du modèle gaullien de 1944-1946. Mais l’épisode a été très bref et les circonstances doublement exceptionnelles, le processus d’installation des pouvoirs établis par le texte constitutionnel de 1946 était déjà enclenché.

[20] On prend appui ici sur la liste fournie par la brochure mensuelle datée de juin-juillet 1946 publiée par les Editions Parisiennes, sous le titre Les Cabinets ministériels.

[21] Cf. Jacques Dalloz, Georges Bidault. Biographie politique, Paris, L’Harmattan, 1993.

[22] Pour connaître la composition exacte des entourages officiels de Vincent Auriol et de René Coty, le mieux est de se reporter au volume intitulé Archives de la présidence de la République, Vincent Auriol, René Coty, Paris, Centre d’histoire des Archives nationales, listes présentées en annexe à la suite d’une intéressante mise au point sur l’« organisation de la présidence de la République et attributions respectives de ses membres sous la IVRépublique », p. 375 et suivantes.

Sur l’entourage de René Coty, on se reportera à l’ensemble des ouvrages et communications de Francis de Baecque. Voir en particulier, René Coty, tel qu’en lui-même, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1991. On notera l’intéressante remarque de la page 240 : « Le terme de maison souligne très heureusement le climat familial qui régnait à cette époque à l’Elysée. »

[23] Fils d’un général, Jean Ganeval (1894-1981) a exercé les fonctions de commandant en chef à Berlin (1946-1956), avant d’être nommé, en 1951, chef d’état-major particulier du ministre de la Défense nationale. Elu sénateur UNR de la Seine en 1959, il a siégé au Palais du Luxembourg jusqu’au terme de son mandat, survenu en 1968, en prenant son inscription au groupe des républicains indépendants après sa rupture avec le mouvement gaulliste.

[24] Cf. Robert Buron, Les dernières années de la IVe République. Carnets politiques, Paris, Plon, 1968, en particulier les p. 222-223 et 237.

Gilles Le Béguec

L’auteur Gilles Le Béguec est agrégé d’histoire et docteur ès lettres, avec une thèse, soutenue en 1989 et dirigée par René Rémond, consacrée à L’entrée au Palais-Bourbon : les filières privilégiées d’accès à la fonction parlementaire (1919-1939). Il est actuellement professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris X-Nanterre et chercheur rattaché au Centre d’Histoire de Sciences Po. Spécialiste des organisations politiques et des apprentissages politiques, il a publié de nombreux articles et ouvrages traitant de ces questions, en particulier une étude de synthèse sur La République des avocats (Armand Colin, 2003). Gilles Le Béguec a dirigé, au Centre d’histoire de Sciences Po, un groupe de travail consacré aux « entourages politiques » au cours des trois années universitaires 2005-2006, 2006-2007 et 2007-2008. Il a dirigé la publication, en 2006, de concert avec Bernard Lachaise et Frédéric Turpin, des actes d’un colloque organisé par l’Association Georges Pompidou sur Georges Pompidou, directeur de cabinet du général de Gaulle, juin 1958-janvier 1959 (Editions PIE-Peter Lang).


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