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Le dossier

Nouveaux regards sur l'histoire de la France dans la Seconde Guerre mondiale

Coordination : Claire Andrieu et Michel Margairaz

Nouveaux regards sur l'histoire de la France dans la Seconde Guerre mondiale : Désenclaver l'objet

Claire Andrieu, Michel Margairaz

À propos de l’histoire de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, le moment nous a paru opportun de présenter un dossier qui puisse combiner un bilan historiographique incluant des recherches nouvelles ainsi qu’un aperçu des pistes neuves à explorer. Nous disposons déjà de travaux récents qui effectuent un bilan sur des aspects de la question. Ainsi, l’historiographie de Vichy en France a fait l’objet d’un colloque organisé en juin 2005 par l’université de Tel Aviv et par l’Institut d’études politiques de Paris, sous la direction de Jean-Pierre Azéma et d'Elie Barnavi. Un autre colloque s’est tenu à Lyon en 2008 sur l’historiographie de la Résistance, faisant suite en cela à l’ouvrage de Laurent Douzou (La Résistance française, une histoire périlleuse, Paris, Le Seuil, 2005). L’objet de ce dossier consiste à poursuivre la perspective historiographique ainsi amorcée en la combinant avec l’apport de publications récentes émanant de chercheurs confirmés et d’énoncer à leur suite des pistes de recherche pour l’avenir.


Le Militärbefehlshaber in Frankreich: les transformations de la mémoire savante

Gaël Eismann

Au lendemain de la guerre, rares sont les anciens responsables de l’appareil militaire d’occupation à avoir été inquiétés par la justice pour leur participation aux violences allemandes commises en France pendant l’Occupation. Cette sortie de guerre « honorable » pour les hommes du Majestic participe, à l’époque, d’un processus global de construction de la « légende dorée » du Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF, Commandant militaire allemand en France) qui constitua pendant la guerre, aux côtés de l’ambassade allemande à Paris et de la Sipo-SD, l’une des pièces centrales du système d’occupation allemand en France.


Les politiques économiques sous et de Vichy

Michel Margairaz

Dans l’historiographie des trente dernières années, les questions économiques relatives à la France occupée, et plus particulièrement à la politique économique, ne se trouvent pas mêlées, du moins directement, aux débats franco-français sur le régime de Vichy, du fait notamment du rôle pionnier d’historiens anglo-saxons. La question acquiert même dans la dernière décennie une certaine autonomie, qui de fait permet de mieux situer ces années noires au cœur du XXe siècle.


Ecrire l’histoire des spoliations antisémites (France, 1940-1944)

Claire Andrieu

Au regard des critères académiques, une politique de spoliation ressortit à l’histoire politique aussi bien qu’économique. Est-ce la raison pour laquelle l’histoire des spoliations est assez peu étudiée ? L’autre motif est plus fondé : une spoliation n’est qu’un aspect d’une persécution. Or les atteintes au droit et à la vie des gens retiennent plus l’attention que celles visant les biens. En ce qui concerne la spoliation antisémite mise en œuvre en France entre 1940 et 1944, l’ombre du génocide concomitant se projette de manière indélébile sur son analyse.


Droit de Vichy ou droit sous Vichy ? Sur l'historiographie de la production du droit en France pendant la Deuxième Guerre mondiale

Jean-Pierre Le Crom

Longtemps ignorée en tant que telle, la production du droit sous Vichy a d’abord été étudiée, à partir de la fin des années 1980, sous l’angle du droit antisémite, puis du droit social, du droit de la famille et d’une partie du droit pénal. Un colloque organisé sur le droit sous Vichy, près de Berlin, en 2004, a permis d’élargir les investigations à d’autres domaines du droit, comme le droit des sociétés, le droit rural ou le droit de la presse, notamment. Ces travaux soulignent souvent de larges continuités entre l’immédiat avant-guerre, le régime de Vichy et l’après-guerre alors même qu’une nette rupture s’opère à la Libération sur le plan des libertés publiques, de la répression pénale et de l’égalité des citoyens devant la loi.


La femme invisible : la collaboratrice politique

Anne Simonin

Réunion du parti franciste de Marcel Bucard, salle Pleyel, 1944. Source : AN, série F7/14 961.Deux types de collaboratrices ont plus particulièrement retenu l’attention des historiens spécialistes de la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale : la « femme tondue » et la dénonciatrice. Il en sera peu ou pas question dans cet article consacré aux femmes qui ont adhéré aux mouvements politiques en faveur de la collaboration, en particulier la Milice. Le sexe, la vengeance, l’appât du gain… sont ignorés, quand les motivations politiques sont précisément étudiées. Les collaboratrices politiques, et plus particulièrement les miliciennes, ont cru à la Révolution Nationale. Elles y ont activement participé en s’investissant dans des activités sociales. Ce faisant, les collaboratrices politiques ont inventé une « citoyenneté sociale », différente de la citoyenneté politique que l’attribution du droit de vote en 1944 a permis aux femmes d’exercer.


La Résistance, le temps, l’espace : réflexions sur une histoire en mouvement

Alya Aglan

Le mouvement historiographique actuel des études sur la résistance a nourri de nouvelles approches. Dans la France occupée depuis juin 1940 par les Allemands, la résistance française doit, pour se construire une légitimité historique, inscrire son action dans le temps. Les formes d’action choisies par les différents groupes combattants dépendent du diagnostic porté sur l’avenir français, européen et mondial, alors qu’un certain passé revendiqué leur permet d’intégrer l’histoire de la nation. Il s’agit donc d’analyser la naissance et l’évolution des principales formations résistantes par rapport à ces critères temporels, plutôt que de les décrire en fonction des distinctions classiques entre résistance intérieure et extérieure, gaullistes et communistes, réseaux et mouvements, « attentistes » et tenants de la lutte armée, ou encore entre politiques et militaires. Abordée sous cet angle, la résistance s’organise progressivement autour d’une nouvelle synthèse politique, dont le principe peut être défini comme un « humanisme socialiste » (Hauriou).


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  • ISSN 1954-3670