Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Nouveaux regards sur l'histoire de la France dans la Seconde Guerre mondiale

Coordination : Claire Andrieu et Michel Margairaz

La femme invisible : la collaboratrice politique

Anne Simonin
Résumé :

Deux types de collaboratrices ont plus particulièrement retenu l’attention des historiens spécialistes de la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale : la « femme tondue » et la dénonciatrice. Il en (...)

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La collaboration politique est-elle, en France, un genre masculin ? On constate qu’il est possible d’écrire l’histoire de cette forme particulière de collaboration, sans mentionner, ou quasiment, les femmes. Entendue ici comme l’adhésion à un groupement favorable à la politique de l’occupant entre 1940 ou 1944, la collaboration politique est une affaire d’hommes : les femmes n’y joueraient aucun rôle, ou à la marge seulement [1] .

Apolitique, la collaboration des femmes se décline sur le mode de la continuité des rôles sociaux et de la répartition sexuée des tâches. Elle mobilise un savoir-faire, et c’est la collaboratrice mondaine qu’incarne Corinne Luchaire, l’« icône de la collaboration positive [2]  ». Résultat de la manière d’être d’un sexe dit faible qui manie la menace et se complaît dans la délation, la collaboratrice prend les traits de la dénonciatrice allant « le dire à la Kommandatur [3]  ». Or la dénonciation n’est pas un crime de femmes, mais bien davantage comme l’a établi Julie Chassin à partir des archives de la cour de justice du Calvados, un crime lié aux circonstances de la guerre. À un moment où les hommes sont mobilisés, requis par la Relève puis le Service du travail obligatoire, si les femmes dénoncent plus que les hommes, c’est d’abord… parce que les femmes sont plus nombreuses que les hommes [4] .

Paradoxalement, depuis Sartre et son célèbre « Qu’est-ce qu’un collaborateur ? » publié dès 1945, la collaboration a un sexe : c’est « une activité féminine, subissant l’attrait puissant et masculin de l’occupant dominateur [5]  ». Ne s’incarne-t-elle d’ailleurs pas, lors de la Libération, dans des figures outrageusement sexuées, telles la milicienne Maud Champetier de Ribes, « authentique ménade de l’assassinat [6]  », ou la lesbienne gestapiste Violette Morris [7]  ? Symétriquement, la représentation de la Résistance se construit sur la « désexualisation » comme l’analyse finement François Rouquet à travers la promotion, en 1944, de deux images emblématiques de femmes résistantes, la mère du général de Gaulle et la jeune vierge héroïque [8] .

Cette vision sexuée de la collaboration qui a fini par s’imposer présente un effet pervers : en faisant exclusivement des collaboratrices lors de la Libération des bouc-émissaires, des victimes de ce « carnaval moche » qui consista à « tondre » celles ayant entretenu des rapports sexuels avec l’occupant [9] , elle permet aussi de faire l’économie des femmes en tant que sujets politiques.

20 000 femmes eurent à subir les « tontes », dont plus de la moitié d’entre elles pour avoir entretenu des relations sexuelles avec l’occupant [10] . Il ne s’agit donc pas ici de nier l’existence, et l’importance, des liens entre sexe et politique dans le cadre de la collaboration. Et ce d’autant moins que les rapports sexuels avec l’ennemi en temps de guerre contribuent à une redéfinition des frontières du politique, à un remodelage de la sphère du privé et du domaine du public. Il s’agit, en revanche de tenir compte et de tirer conséquence du fait que 20 000 femmes environ aussi furent déférées devant des juridictions d’exception, dans l’écrasante majorité des cas pour des raisons autres que sentimentales ou sexuelles [11] . « La notion de collaboration sentimentale repose plus sur la représentation de la femme que sur celle de la collaboration » note justement Luc Capdevila, le premier à avoir souligné que les relations sexuelles avec l’occupant n’étaient pas un crime sanctionné par les juristes de la Résistance, mais un crime judiciaire, inventé par la jurisprudence de l’épuration [12] . Tout en permettant de déconstruire le moralisme national de la Libération, l’attention exclusive aux rapports sexuels des femmes avec l’ennemi a ainsi contribué à occulter la transformation du rôle politique des femmes pendant l’Occupation [13] .

La collaboration au féminin, un engagement politique

Si sur un total de 1 976 femmes poursuivies dans le cadre de la répression des faits de collaboration dans le département de la Seine, 206 (10,4%) d’entre elles furent inculpées d’indignité nationale et déférées devant une chambre civique pour avoir entretenu des « rapports sexuels avec les Allemands », quand 1 601 (81%), plus des deux tiers d’entre elles, le furent pour adhésion à une organisation politique. Exploitant pour la première fois les archives des juridictions d’exception pour écrire l’histoire des femmes à la Libération, Françoise Leclerc et Michèle Wendling notaient le caractère ultra-minoritaire de l’inculpation des femmes pour « collaboration de sexe [14]  ». C’est pourtant « la collaboratrice horizontale » qui, dans la mémoire collective, a supplanté la collaboratrice politique, et ce alors même que les femmes étaient très visibles dans les mouvements de collaboration dont elles représentaient 23,7% des effectifs dans le département de la Seine [15] .

 Légende : Réunion du parti franciste de Marcel Bucard, salle Pleyel, 1944. Source : AN, série F7 / 14 961.

Malgré ces chiffres, et les aveux faits par certaines femmes devant les juges admettant « avoir agi par passion politique », on n’est toujours pas très sûr que la collaboratrice politique a existé, on connaît mal ce qu’elle a fait sous l’Occupation, et encore moins ce qu’elle a pensé… Or, cette figure singulière de la collaboration au féminin, l’adhérente d’un groupement politique dit anti-national à la Libération, encombre les archives des chambres civiques. Ces juridictions d’exception sont chargées d’appliquer l’indignité nationale, ou lèse-République, un crime nouveau qui a, en particulier, pour but de réprimer la « participation à un organisme de collaboration [16]  ». À leur niveau, peut être appréhendée la collaboration politique ordinaire, qui n’est pas le seul registre de participation des femmes à la collaboration [17] , mais est aujourd’hui encore trop minorée. Les sources utilisées ici, - des sources judiciaires essentiellement -, produites dans un contexte de rupture politique majeure - l'épuration accompagnant le rétablissement de la légalité républicaine - présentent l'engagement des femmes sous son jour le plus favorable : ne s'agit-il pas de convaincre les juges que leur collaboration politique a été limitée, résiduelle, sans grande influence sur le cours des événements ? Ce biais inévitable n'anéantit toutefois pas l'exceptionnelle richesse d'archives où les collaboratrices politiques inculpées parlent, mettent en récit une page méconnue de l’histoire immédiate des femmes. En cheveux, prenant la parole à la tribune lors de meetings politiques, la figure de la collaboratrice politique ordinaire est complémentaire parfois, indépendante dans l’écrasante majorité des cas, de celle emblématique de la femme tondue.

Légende : Réunion de parti franciste de Marcel Bucard, salle Pleyel, 1944. Source : AN, série F7 / 14 961.

 

Tableau n°1 : Les adhérentes des mouvements de collaboration politique déférées devant l’une des chambres civiques de la Seine [18]

 

Nombre de

femmes

% de

femmes

par

groupe

politique

Collaboratrices de circonstance

-

du Marais

-

de conviction

-

d’adhésion

-

dites

« horizontales »

RNP

581 [100%]

26,4%

221 [38%]

206 [35,5%]

114 [19,6%]

36 [6,2%]

16 [2,8%]

PPF

382

[100%]

23,7%

84 [22%]

174 [45,5%]

61 [16%]

59 [15,4%]

7 [1,8%]

Franciste

220

[100%]

26,5%

39 [17,7%]

88 [40%]

50 [22,7%]

43 [19,5%]

6 [2,7%]

Groupe Coll.

154

[100%]

25,9%

71 [46,1%]

38 [24,7%]

39 [25,3%]

6 [3,9%]

4 [2,6%]

Milice

65

[100%]

15,5%

10 [15,4%]

21 [32,3%]

21 [32,3%]

14 [21,5%]

3 [4,6%]

Amis LVF

51

[100%]

42,5%

13 [25,5%]

15 [29,4%]

18 [35,3%]

5 [9,8%]

2 [3,9%]

MSR

47

[100%]

13,5%

10 [21,3%]

14 [29,8%]

16 [34%]

5 [10,6%]

1 [2,1%]

Divers*

99

_

16 [16,2%]

18 [18,2%]

19 [19,2%]

9 [9%]

7 [7%]

Total

1601***

[100%]

 

464

[29%]

575

[35,9%]

338

[21,1%]

176

[11%]

46 **

[2,9%]

* dont COSI (Comité ouvrier de secours immédiat), Jeunes Europe Nouvelle, Rose des Vents, etc.

Les bases de calcul des pourcentage sont les 2 204 adhérents du RNP, les 1 610 du PPF, les 755 du parti franciste, les 595 du Groupe Collaboration, les 418 de la Milice, les 348 du MSR, les 120 des Amis de la LVF établis à partir d’une enquête statistique menée dans la série Z5 des Archives nationales (Juridictions d’exception. Chambres civiques de la Seine). Voir note 13.

Le total des femmes dans les différents groupements se monte, dans le tableau, à 1 601, alors que la population totale des femmes politiques est, en réalité, de 1 502  : l’écart entre les deux chiffres s’explique par le jeu des adhésions multiples, une femme pouvant être adhérente à la fois au RNP et au COSI, au MSR et au RNP… Certaines femmes se trouvent donc comptabilisées deux fois. Les chiffres présentés ici doivent donc être considérés comme des ordres de grandeur relativement précis, inconvénient qui me paraît moindre qu’un tri trop exclusif, éliminant par exemple les adhérentes multiples.

Les « collaboratrices horizontales » sont en italique, dans la mesure où cette qualification est ici transversale, et concerne des femmes qui ont été soit collaboratrices de circonstance, du Marais, de conviction ou d’adhésion.

** Ce chiffre comptabilise les collaboratrices politiques qui ont entretenu des relations sexuelles avec les Allemands, quand le chiffre 206 donné ibid., p. 3 comptabilise l’ensemble des femmes déférées devant les chambres civiques de la Seine qui ont entretenu des relations sexuelles avec les Allemands.

*** Ce chiffre comptabilise les femmes dans les mouvements politiques cités. 375 femmes ont été inculpées pour d’autres motifs que l’appartenance à une organisation politique (travail pour les Allemands, travail en Allemagne, dénonciation, relations sexuelles avec les Allemands) ; on retrouve ainsi le chiffre de 1 976 femmes déférées devant les chambres civiques de la Seine (ibid., p. 3).

Afin d’appréhender le contenu de la collaboration politique des femmes, l’engagement dans la Milice, organisation symbole de la fascisation du régime de Vichy à partir de 1943, retiendra plus particulièrement mon attention.

Légende : Siège de la Milice à Lyon, coupure de presse sans date. Source : AN, série F7 / 15 301.

Calculé à partir des motifs d’inculpation des chambres civiques de la Seine, l’engagement des femmes dans la Milice est résiduel : 65 femmes furent inculpées d’indignité nationale pour s’être engagées dans les rangs de la Milice, soit 4,3% des femmes politiques identifiées.
Population réprouvée à la Libération, les miliciennes ont fait l’objet non d’une simple enquête de police comme souvent en chambre civique, mais d’une instruction en bonne et due forme. Initialement déférées en cour de justice devant la gravité supposée des faits par elles accomplis durant l’Occupation, les miliciennes risquent la peine de mort. Renvoyées devant une chambre civique à la suite d’un exposé des motifs rédigé par le commissaire du gouvernement, elles ne peuvent plus subir qu’une peine criminelle infamante, privative de certains droits, mais sans atteinte ni à leur vie ni à leur liberté.

D’environ deux pages, l’exposé des motifs résume le contenu du dossier. Il retrace les épisodes significatifs de la vie de l’inculpée sous l’Occupation, et les faits retenus à charge contre elle. Ce texte fixe le regard du juge sur l’inculpée, exposant les raisons qui motivent l’application de la qualification « indignité nationale ». Dans le cas des miliciennes détournées de la cour de justice pour être renvoyées devant une chambre civique, cette qualification est majoritairement politique.

Si 4,6% des miliciennes ont entretenu des relations sexuelles avec l’occupant, proportion plus élevée que la moyenne parmi les femmes collaboratrices (2,9%), on remarque toutefois que c’est dans la Milice que se trouve le plus fort taux de femmes politisées (52,3% [19] ) : 32,3% des adhérentes sont des « collaboratrices de conviction », autrement dit des femmes qui s’engagent pour défendre certaines idées quand 21,5% d’entre elles sont des « collaboratrices d’adhésion », catégorie qui se distingue de la précédente non par la fermeté de ses positions idéologiques, mais par son activisme (assistance aux réunions, port de l’uniforme, publication d’articles dans la presse…) [20] . Seul le parti franciste a un taux comparable de collaboratrices d’adhésion [21] . Souvent justifié comme un acte d’obéissance (cf. infra), l’engagement dans les rangs de la Milice pour une femme à des causes bien plus diverses que les raisons familiales ou sentimentales invoquées devant le juge. Miliciennes, les femmes l’ont parfois été à leur esprit défendant, pour assurer leur autonomie d’un point de vue économique, mais souvent aussi par connivence idéologique.

Histoires d’un non-sujet : les femmes dans la collaboration politique

« Si la documentation est rare en ce qui concerne la contribution des femmes à la Résistance, elle l’est encore plus en ce qui touche leur participation à la collaboration », écrivait au début des années quatre-vingt-dix l’historienne américaine Margaret C. Weitz dans l’une des premières esquisses de la collaboration politique des femmes [22] . Ce n’est pas tant un problème de sources, selon moi, qu’une raison idéologique formulée par Joan W. Scott qui expliquerait l’absence d’intérêt pour les collaboratrices politiques : « Les femmes qui ont positivement répondu à l’appel de l’État ne sont pas considérées comme des sujets historiques, mais comme des objets d’une politique officielle et par conséquent, marginaux par rapport aux principales préoccupations historiques [23] . » Autrement dit, sujets consentants à la politique de l’heure, pions volontaires dans la mise en œuvre de la collaboration, ayant de fait abandonné « le rôle de porteur de contradictions […] le rôle de l’autre sexe [24]  », les collaboratrices politiques, identifiées au pouvoir, devenaient un non-sujet d’histoire. Ce déni d’histoire, les collaboratrices politiques l’ont en quelque sorte accepté, validé par leur silence. Honteuses ou méprisantes, offensées et humiliées par des procédures judiciaires scrutant à un degré jamais expérimenté par l’autre sexe leur vie privée [25] , les collaboratrices se sont tues.

Concernant l’histoire des résistantes, Paula Schwartz relève, à partir des années quatre-vingt, « la parution d’un corpus impressionnant de mémoires [où] un certain nombre de [résistantes] commencent à décrire avec leurs propres mots et selon leur propre logique, leur parcours […] d’une occultation quasi opaque à une place de plus en plus assurée dans l’historiographie, dans le discours politique […] dans les cultures et cultes de la Résistance, les femmes sont dorénavant sur scène [26] . » C’est en prenant la parole que les femmes ont commencé à exister dans la Résistance : sur l’ensemble des livres les concernant, les Mémoires n’en représentent-elles pas les deux tiers [27]  ? Rien de comparable chez les collaboratrices, où les Mémoires, telles celles des actrices Corinne Luchaire [28] , de Mary Marquet, ou de la jeune milicienne du sud de la France Fabienne Frayssinet, font figure d’exception [29] .

Ces trois textes, publiés entre 1949 et 1953, partagent un même esprit : ils émanent de femmes qui ont eu maille à partir avec la justice de l’épuration. Si Mary Marquet obtiendra un non-lieu, Corinne Luchaire ainsi que la fille d’un ancien député-maire, licenciée en histoire, étudiante aux langues orientales, Fabienne Frayssinet sont des femmes indignes [30] . Leurs livres racontent moins leur vie, qu’ils n’instruisent à nouveau leur cas. Leur notoriété, au moins pour les deux premières, les autorise à  s’adresser au tribunal de l’opinion publique, et ce afin d’en obtenir l’indulgence. Ces véritables « mémoires en défense », publiés en pleine répression des faits de collaboration, contestent la dureté des traitements subis dans les prisons de la République (Mary Marquet), l’inanité des charges (Corinne Luchaire) et remettent en question la légitimité de la justice politique de la résistance.

La milicienne Fabienne Frayssinet se place d’emblée sur le terrain juridico-politique privilégié par la droite extrême afin de remettre en cause non pas tant la légitimité, que la légalité de la répression des faits de collaboration. Elle dénonce dans l’indignité nationale  un « crime contraventionnel », autrement dit un crime automatique, prouvé à partir du moment où l’adhésion à un groupement pro-collaborateur est constatée : « Ils ont banni du prétoire cette notion péniblement dégagée au cours des siècles, par les efforts des juristes et des moralistes, que le mobile qui a fait agir est un élément essentiel de l’acte […]. À l’imitation de Hitler ils ont ressuscité la mort civile [31] […] ». Tout cela est inexact : l’indignité nationale est un crime intentionnel, qui ne ressuscite pas la sanction la plus terrible de l’ancien droit, la mort civile, mais invente une mort civique qui prive le ou la condamné de ses droits civiques, de son statut social en lui interdisant telle ou telle profession, et le sanctionne d’un exil intérieur en l’interdisant de résidence dans tel ou tel département.  D’une dureté extrême, cette sanction ne produit toutefois pas des effets aussi radicaux que son illustre ancêtre : la mort civique n’est pas une cause péremptoire de divorce alors que la mort civile l’était [32] .

L’eût-il voulu, qu’un juge aurait eu du mal à mettre en doute l’intentionnalité de l’engagement de Fabienne Frayssinet : « Les filles inscrites à la Milice avaient, pour la plupart, donné leur signature par obéissance à leur père ou à leur mari, ou par esprit de solidarité, tandis que mon adhésion a été volontaire et réfléchie [33]  », écrit-elle validant le stéréotype de la milicienne dominée, soumise, en politique comme dans la vie, aux volontés de l’homme. Elle est d’une autre espèce : elle plaide coupable, refuse d’exprimer ses regrets à l’audience à la demande du Président, et développe une « défense de rupture [34]  » en se revendiquant ennemie déclarée d’un régime républicain qu’elle combat depuis 1936 dans les rangs du Parti social français. En 1944, elle a rejoint la section féminine de la Milice par « devoir de chrétienne » d’abord, et par anti-communisme : « Je suis anti-communiste […] parce que le communisme est athée et que je suis chrétienne [35]  ». Rarement le facteur religieux, cette variable essentielle de l’engagement politique, est-il si assumé et mis en avant…

Penser la collaboration politique au féminin

« Nous les voulons toutes… les chics, les moins chics, celles qui ont fait une bêtise, celles qui se sont compromises, […], les envieuses, les aigries, les égoïstes [36] […] », les femmes dignes et les femmes indignes, les résistantes et les collaboratrices. Mais pour faire d’un slogan un programme de travail encore eût-il fallu que la place des femmes dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale eût été fermement marquée. Or, l’absence des collaboratrices passait d’autant plus inaperçue que les gender studies ne parvenaient pas à s’implanter dans l’université française [37] pour des raisons multiples, dont l’une a partie liée avec les fondements philosophiques du modèle républicain, et « l’universalisme à la française » dont il est porteur [38] .

Isolant le cas des femmes communistes ayant rejoint la lutte armée, Paula Schwartz ne sous-estimait pas le caractère minoritaire de ce mouvement. L’intérêt des partisanes ne résidait donc pas dans leur représentativité, mais dans la remise en question de la répartition sexuée des rôles sociaux qu’impliquait leur existence même. Ces femmes, telle Anna Pouzache, la « commandante rouge » du maquis limousin de Georges Guingouin, sont importantes dans la mesure où elles brisent les barrières de la différence des sexes, et se voient conférer « un statut extraordinaire », celui « d’homme d’honneur [39]  ».

La Convention a refusé l’emploi du mot « citoyenne » considérant que le terme citoyen était générique, que « dans l’expression citoyen les femmes sont comprises [40]  ». La citoyenneté s’est ainsi trouvée définie comme « neutre », comme échappant à toute détermination sexuée [41] . Dans l’idéal républicain, les hommes et les femmes jouissent tous également d’une qualité, celle de citoyen, qu’ils exercent toutefois différemment (les hommes ayant le droit de vote, les femmes pas). Autant la jouissance des droits est constitutive de la dignité du citoyen, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, autant l’exercice des droits, en particulier les droits politiques, dépend des conditions historiques, et est susceptible d’évoluer au gré des circonstances, et des combats politiques menés par les femmes pour se voir reconnaître des droits [42] . On le voit bien dans le cas des partisanes communistes : ces femmes opèrent « un déplacement du genre [43]  » possible dans la conception républicaine de la citoyenneté : elles agissent de façon telle qu’elles puissent être considérées comme des hommes.

Dans le modèle républicain qu’il ne s’agit pas ici de glorifier au point de passer sous silence la radicalité des exclusions qu’il autorise, et la persistance de la dissymétrie qu’il induit entre les rôles sociaux attribués aux hommes et aux femmes dans la sphère publique, le sexe n’en demeure pas moins une détermination seconde de l’individu. On pourrait ainsi dire qu’une femme conserve toujours une liberté, celle de devenir un homme [44]  : par choix politique et volontaire, n’importe quelle femme peut conquérir le titre d’« homme d’honneur ». Conditionnée par des déterminations sociales et historiques, la liberté pour une femme de devenir un homme n’en est pas moins constitutive de l’universalisme républicain. Sa prise en considération se révèle indispensable pour penser un cas extrême, mais récurrent dans la tradition républicaine : celui des femmes-hommes, « citoyennes militantes » en l’an II [45]  ; partisanes communistes sous l’Occupation. Fondée sur la binarité homme/femme enracinée dans des identités sexuées, une conception « restrictive » du genre [46] est inopérante, « empêchée » écrirait Liliane Kandel [47] quand il s’agit de penser cette notion aux contours flous qu’est la citoyenneté républicaine à l’époque révolutionnaire [48] et en temps d’exception : la femme-sujet s’emparant de cet attribut essentiel de la citoyenneté qu’est le port des armes, pour devenir, à l’égal des hommes, un combattant de l’ombre (neutre de rigueur). Le genre est, en revanche, d’une grande portée heuristique pour penser la situation faite aux femmes par le régime de Vichy.

Trois publications ont, de ce point de vue, représenté une avancée majeure : un article, celui de Michèle Bordeaux, « Femmes hors d’État français 1940-1944 » (1986) ; deux livres, Francine Muel-Dreyfus, Vichy et l’éternel féminin (1996) et Miranda Pollard, Reign of Virtue. Mobilizing Gender (1998).

S’appuyant sur des corpus divers (textes juridiques, discours politiques, journaux de propagande…), « les textes produits par et pour la Révolution nationale [49]  », ces publications mettaient au cœur de l’analyse de Vichy la question du genre [50]  : « Restaurer la masculinité et la féminité françaises, était un objectif central du régime, sous-tendant et générant la Révolution nationale elle-même [51] . » L’histoire de Vichy écrite du point de vue du genre ne souhaitait pas seulement préciser le sort réservé aux femmes pendant l’Occupation, mais recomposer le récit des années noires autour de l’ambition centrale de la Révolution nationale : le « recentrage sexuel du monde social [52]  ».

En détruisant une conception universelle et abstraite de la citoyenneté héritée de la Révolution française, Vichy attribuait un sexe et une nationalité d’origine au citoyen. Qualification courante de l’ennemi public (la République, le Juif, l’Étranger, la Femme émancipée…), le féminin était mobilisé pour légitimer une hiérarchie des rôles sociaux sous l’emprise, et en fonction, des intérêts des hommes. Cette hiérarchie apparaissait d’autant moins contestable qu’elle se fondait sur des inégalités prétendument « naturelles ». En inventant une « citoyenneté de genre », au bénéfice exclusif des Françaises (excluant les femmes naturalisées), Vichy rompait radicalement avec la conception républicaine de la citoyenneté, y compris avec celle illustrée par le Code de la famille de 1939 [53] .

C’est, dans un premier temps, grâce à son « usage descriptif » que la théorie du genre va parvenir à imposer un nouveau sujet, une nouvelle figure de la femme en guerre, et à constituer un nouveau domaine de recherche [54] .

Dans We Will Wait ! Wives of French Prisonners of War 1940-1945, livre paru en 1992, traduit en 1996 chez L’Harmattan sous le titre beaucoup plus plat de Femmes de prisonniers de guerre 1940-1945, Sarah Fishman s’intéressait au sort des 800 000 épouses de prisonniers de guerre (parmi elles 400 000 mères de famille), dont elle révélait l’aspiration conservatrice : « Beaucoup de femmes [adhérentes de la Fédération des associations de femmes de prisonniers créée en 1941] n’ont jamais envisagé de rester le chef de famille. Elles comptaient [à la Libération] reprendre une vie de femme au foyer et abandonner tout le côté autorité, responsabilité et leur travail à l’extérieur [55] […] ». Dans l’enquête orale réalisée par l’auteur auprès des épouses de prisonniers de guerre, dont le questionnaire est fourni en annexe, aucune question ne soulève l’éventuel engagement de ces femmes dans la Résistance [56] . Les rapports concurrentiels entre les mouvements de collaboration et le gouvernement concernant la libération des prisonniers sont rapidement évoqués. Alors que la Fédération fut, jusqu’au bout une association dirigée par des femmes, on apprend incidemment qu’ : « Elle résista à une tentative au moins de prise de pouvoir par une organisation dirigée par des hommes, la Légion française des combattants [57] . » L’étonnant est, en la matière, la faible convoitise dont la Fédération semble avoir été l’objet, vu l’intérêt que revêtent les femmes de prisonniers aux yeux des partis collaborateurs.

Le « retour des prisonniers », thème d’une campagne de propagande lancée par le Rassemblement national populaire en 1941, a incité nombre de femmes à rejoindre les rangs de cette organisation politique. Ce « mensonge éhonté », - adhérez au RNP pour faciliter le retour de votre mari, frère, parent, prisonniers [58] - aurait eu une réelle incidence sur les effectifs féminins du mouvement, si l’on en croit les explications fournies lors de l’enquête de police par les femmes inculpées d’indignité nationale qui mettent très souvent en avant ce motif. Hormis les Amis de la LVF, le RNP possède le plus fort taux d’adhérentes des partis de la collaboration (26,4%. Cf. Tableau n°1). Lorsque les juges accordent foi au sens de la famille de ces adhérentes, elles sont qualifiées de « collaboratrices de circonstance », ou, dans le cas le plus défavorable, de « collaboratrices du Marais ». Ces femmes sont, en règle générale, pour les premières acquittées ; pour les secondes, comme dans le cas de la femme D. cité ci-après, condamnées au minimum de la peine, soit cinq ans de dégradation nationale :

« Je reconnais avoir donné mon adhésion au RNP le 15 mai 1941. Mon mari, qui a adhéré par la suite, n’était pas au courant de mon adhésion qui a été faite dans le but de faire rentrer les prisonniers. Je suis d’ailleurs allée faire cette adhésion rue Desbordes Valmore en même temps que deux femmes de prisonniers, dans le but de faire masse. Je désirais une entente franco-allemande pour activer le retour des prisonniers. Ma cotisation a été régulièrement payée et je n’ai jamais donné ma démission.

J’ai assisté à une seule réunion et n’ai jamais fait de propagande, ni pour ce groupement, ni pour la collaboration.

Je déclare avoir été de bonne foi quand j’ai adhéré au RNP et j’espérais à ce moment que cela pouvait donner un résultat et amener la fin de toutes les guerres [59]

Dans Women and the Second World War 1939-1948. Choices and Constraints (1999), Hannah Diamond allait pour la première fois tenter une synthèse, où coexistaient, à côté de femmes qui avaient vécu, et ce n’était déjà pas si simple [60] , résistantes et collaboratrices. Après Françoise Leclerc et Michèle Wendling, l’auteur attirait l’attention sur  « le phénomène des femmes tondues lors de la Libération en tant que représentation symbolique derrière laquelle ont disparu les autres aspects de la collaboration des femmes [61] . » Elle s’efforçait, en réaction, de déployer une palette de comportements, allant de l’adhérente aux associations de femmes de prisonniers [62] , à la travailleuse volontaire en Allemagne [63] , à la dénonciatrice [64] , sans oublier la collaboratrice sentimentale [65] , dont il ne s’agissait évidemment ni de minorer, encore moins de nier l’existence, et surtout aux femmes qui ont « rejoint un groupe collaborationniste [66]  ». C’était la première fois, à ma connaissance, que des pages, mobilisant des témoignages, et exploitant des archives judiciaires, étaient spécifiquement consacrées aux collaboratrices politiques.

Des miliciennes jeunes et salariées

Juridictions d’exception ne jugeant qu’un seul crime, le vichysme ou crime d’indignité nationale (l’aide directe ou indirecte apportée, de France ou de l’étranger, à l’Allemagne ou à ses alliés, ou l’atteinte à l’égalité, la liberté et l’unité des Français), les chambres civiques n’appliquent qu’une seule peine, une peine criminelle infamante, privative de droits, emportant des déchéances et assortie d’interdictions professionnelles : la dégradation nationale. Ayant à juger « la piétaille des troupes partisanes [67]  », une population de collaborateurs politiques ordinaires, leurs archives sont une source primaire essentielle pour l’élaboration d’une statistique permettant de connaître la silhouette sociale du collaborateur (sexe, âge, catégorie socio-professionnelle)… L’angle mort de cette histoire sociale élaborée à partir des années soixante-dix est, sans grande surprise, les collaboratrices politiques, auxquelles des travaux de jeunes historiennes ont commencé à s’intéresser plus précisément [68] .

Qui sont les 65 femmes déférées devant l’une des chambres civiques de la Seine pour avoir adhéré à la Milice ? Isolant cette population de l’ensemble des femmes déférées devant les chambres civiques de la Seine, j’obtiens les deux tableaux suivants :

Tableau n° 2 : Répartition par âge des collaboratrices politiques déférées devant l’une des chambres civiques de la Seine

 

Femmes dans le recensement de la Seine en 1946

Collaboratrices politiques

Miliciennes

Résistantes en

Ille et Vilaine*

Moins de 30 ans

36%

440

[29,3%]

32

[49,2%]

61

[35,1%]

Entre 30 et 40 ans

17,4%

331

[22,1%]

13

[20%]

49

[28,2%]

Entre 40 et 50 ans

18%

322

[21,5%]

8

[12,3%]

43

[24,7%]

Entre 50 et 60 ans

13,8%

278

[18,5%]

7

[10, 8%]

17

[9,8%]

60 ans et plus

14,9%

129

[8,6%]

5

[7,7%]

4

[2,3%]

Total

100%

1500*

[100%]

65

[100%]

174

[100%]

Source : Jacqueline Sainclivier, La Résistance en Ille-et-Villaine 1940-1944, Rennes, PUR, 1993, p. 91.

* 2 femmes dont l’âge est ignoré.

Les femmes miliciennes ont une propriété manifeste, confirmée par la seule étude qui leur ait été spécifiquement consacrée, celle de Christelle Fageot [69]  : leur relative jeunesse. En effet, la moitié des miliciennes de la Seine ont moins de 30 ans (49,2%) ; les deux tiers environ moins de 40 ans (69,2%) [70] . Cette caractéristique les distingue des femmes résistantes dont 43,5% ont entre 30 et 50 ans, et surtout des résistantes d’Ille-et-Vilaine dont plus de la moitié ont entre 30 et 50 ans (52,9%). Bien que la comparaison miliciennes/résistantes puisse surprendre, et que les données disponibles soient encore parcellaires, le parallèle met sur la piste de la différence profonde qui sépare ces modes d’engagement.

Commentant la phrase « les femmes sont plus communistes que les hommes », Paula Schwartz faisait remarquer : « Cette remarque banale […] n’est pas le rappel de la différence entre hommes et femmes, mais entre femmes et femmes, entre celles qui par leur comportement correspondent aux attentes des rôles qu’elles sont censées assumer, et les militantes politisées, engagées [71] . » Si, comme je le pense, Paula Schwartz a raison, aucune étude sociologique des collaboratrices politiques ne devrait être menée sans rappeler les caractéristiques d’une double population, celles de l’ensemble des collaboratrices politiques et celles des femmes qui leur tendent, a priori, un miroir inversé : les résistantes. Les informations statistiques concernant les résistantes sont particulièrement difficiles à trouver. Aussi imparfaites soient-elles, il me paraît toutefois essentiel de les faire intervenir comme point de comparaison afin de dégager les singularités de l’engagement politique des femmes dans  la résistance et dans la collaboration, l’un ou l’autre de ces engagements étant une des modalités de la présence des femmes au politique dans les « années noires ».

Tableau n°3 : Répartition socio-professionnelles des collaboratrices des principaux mouvements déférées devant l’une des chambres civiques de la Seine

 

Femmes dans la Seine recensement 1946*

Collaboratrices politiques

%

Miliciennes

%

Résistantes de Défense de la France

%

Agricultrices

-

3

0,2%

-

-

1 %

Commerçantes et artisanes

11 %

206

14%

5

8%

6 %

Professions libérales, cadres supérieurs (y compris les artistes)

3 %

50

3%

1

2%

9 %

Cadres moyens

8 %

116

8%

8

12%

12%

Employées (secrétaires… y compris les personnels de service)***

51%

538

36%

31

48%

6%

Ouvrières

28%

141

1%

4

6%

Sous-total des actives 

100%

1 054

70%

49

75%

 

Étudiantes

-

17

1 %

2

3%

9 %

Retraitées

-

8

5%

-

 

-

Ménagères et sans profession

43%

421

28%

14

22%

55%

Sous-total des non-actives 

-

446

30%

16

25%

_

Total

-

1 500**

100%

65

100%

[100%]

* % repris du tableau n° 27 dans Anne Simonin, Le Déshonneur dans la République, op. cit., p. 593.

** La profession de deux femmes est inconnue. Les 99 femmes de la catégorie « Divers » du tableau n°1 ne sont pas ventilées.

*** Dont 321 secrétaires (21,4%), 129 employées de maison (8,6%) pour les collaboratrices politiques ; dont 24 secrétaires (36,9%) et 7 employées de maison (10,8%) pour les miliciennes.

Les informations de la colonne « Défense de la France » proviennent de Claire Andrieu, « Les résistantes, perspectives de recherche », art. cité, p. 83, dont j’ai également repris les catégories socio-professionnelles pour essayer d’avoir des séries compatibles. Le chiffre 100 est entre crochets : le résultat de la colonne étant 98.

Aux origines du mouvement d’inspiration maréchaliste, Défense de la France rompt avec toute forme de pétainisme à partir de novembre 1942 et devient un bastion gaulliste [72]  : le mouvement échappe au clivage canonique droite/gauche qui ne fonctionne pas non plus lorsqu’il s’agit de penser un phénomène comme la collaboration [73] . C’est là le seul point commun entre Défense de la France et les mouvements de collaboration, que l’âge moyen (plus élevé), le taux d’activité (plus faible), la profession enfin de leurs adhérentes séparent.

Si la proportion de femmes provenant du commerce et de l’artisanat est grosso modo identique parmi les résistantes et les collaboratrices politiques (7,7% chez les miliciennes, 6% pour Défense de la France), une différence massive apparaît au niveau des « employées » qui forment 47,7% des troupes miliciennes, quand, associées aux ouvrières, elles ne représentent que 6% à Défense de la France : « [Henri] Michel signale qu’un cinquième de toutes les personnes (vingt mille au total) passant devant les tribunaux dans le département de la Seine étaient des femmes, sans doute des secrétaires, dactylos et interprètes ayant travaillé dans des organismes allemands [74] . » L’intuition de Richard Cobb se révèle juste : la collaboratrice, c’est la secrétaire (37% des miliciennes déférées devant une chambre civique de la Seine exercent cette profession).

Les différences sociales sont très marquées entre les miliciennes et les résistantes. Les premières, secrétaires, exercent une profession qui atteste un niveau d’instruction qui ne dépasse pas le certificat d’études, et surtout révèle leur forte dépendance sociale. Alors que la majorité des femmes de Défense de la France se retrouvent dans des filières qu’Olivier Wieviorka qualifie de « nettement émancipatrices » (40%) ou « autonomisantes » (16%) : il s’agit d’étudiantes, d’institutrices, d’infirmières [75] , les collaboratrices exercent, elles, des professions subalternes qui accroissent leur vulnérabilité à la collaboration en dépolitisant leur « accommodement volontaire » (Philippe Burrin) : « Elle déclare qu’en février 1944 elle cherchait du travail ; que dans une file d’attente quelqu’un lui indiqua une place de standardiste vacante au siège de la Milice ; qu’elle se présenta et fut engagée à l’essai en signant un contrat de travail ordinaire mais aucune espèce d’adhésion au groupement […] ». Claude G. est formelle :

« J’ai été téléphoniste dans ce parti comme je l’aurais été dans n’importe quelle entreprise ou maison de commerce. Je n’ai assisté à aucune réunion, n’ai jamais fait de propagande, ni participé à aucune action quelconque en faveur de ce parti. 

Mon salaire mensuel était de 2 000 frs. Je ne travaillais que cinq heures par jour et à des heures diverses suivant les jours.

Je n’avais pas fait part à mes parents de mon intention d’occuper cet emploi. Ils ont été placés devant le fait accompli, seul mon père a protesté, mais il n’a rien fait pour me faire quitter mon emploi [76] . »

Femme jeune, exerçant un emploi, ayant de grandes chances d’être secrétaire, la milicienne-type, autre facteur de fragilité sociale, est une femme seule : sur un échantillon de 43 femmes, plus de la moitié sont veuves, célibataires, ou divorcées [77] .

La prise en considération de ce facteur « déterminant » qu’est la catégorie socio-professionnelle [78] concernant les miliciennes contribue sinon à dédramatiser, du moins à banaliser leur engagement au sein de la Milice par rapport à d’autres mouvements pro-collaborateurs. On peut aussi entrer à la Milice pour faire du secrétariat, et être mieux payée, nécessité d’autant plus grande que l’on est une femme seule à subvenir à ses besoins en temps de guerre, et de prix exorbitants au marché noir.

La prise en considération de la profession contribue donc à dépolitiser l’engagement dans les rangs de la Milice. C’est en tout cas ce que les femmes concernées essayent de faire valoir auprès des juges, en se définissant comme « simples secrétaires ». Cette construction de l’irresponsabilité néglige le fait que toute participation à la Milice suppose une adhésion matérielle, une fiche à remplir, - de couleur rose pour les dames, bleue pour les messieurs -, qui est aussi une adhésion idéologique aux fondamentaux du pétainisme (antisémitisme et anti-maçonnisme).

Légende : Bulletin d'adhésion d'une milicienne recto /verso. Source : AN, série F7/14 961.

Les juges sont très sévères envers les miliciennes : leur taux d’acquittement est de 32,3% quand les femmes collaboratrices bénéficient d’un taux d’acquittement de 47,6% [79] . Il serait toutefois inexact d’interpréter les condamnations des miliciennes comme un correctif à la décriminalisation de l’antisémitisme opéré par les juridictions de l’épuration [80] . Dans la sévérité des juges, se lit la réprobation qui entoure la Milice, et qui n’épargne pas les femmes sans responsabilité aucune dans ce mouvement.

La prise en considération du sexe joue toutefois en faveur des femmes supposées ne pas avoir mesuré la gravité de leur engagement, alors qu’elle aggrave les sanctions prises contre les hommes ainsi que l’atteste le jugement de divorce du tribunal civil de Saint-Calais intervenu le 14 décembre 1944.

Admettant comme cause de divorce péremptoire le fait que le mari de la plaignante, Mme Tatard, institutrice, se soit engagé comme Franc-Garde dans la Milice, les juges motivent leur arrêt de la façon suivante :

« Attendu […] qu’il y a lieu de considérer comme une injure grave justifiant la rupture du lien conjugal le fait par un conjoint, et spécialement par le mari, de prendre volontairement du service dans une organisation paramilitaire […] dont l’activité était notoirement mise au service d’une puissance avec laquelle la France était en état de guerre ; que ce fait constitue à lui seul une injure grave à l’égard de l’autre conjoint qui risque d’en être marqué de façon indélébile dans ses sentiments patriotiques et dans l’opinion publique ;

Attendu qu’il en est ainsi d’autant plus en l’espèce que Mme Tatard est institutrice publique avec une mission d’éducation nationale […]

Prononce par défaut le divorce au profit de Mme Tatard [81] […] » [Souligné par l'auteur, NDLR]

Le commentateur (anonyme) de La Gazette du Palais remarque qu’il s’agit là d’une « solution d’espèce intéressante et qui paraît devoir être approuvée [82]  ». La doctrine, sous la plume du professeur Lagarde dans la Revue trimestrielle de droit civil, ne cache pas ses réticences : en effet, le mari, pour ses agissements pendant l’occupation, peut être considéré comme infâme mais cette condamnation est exclusivement morale dans la mesure où, en fuite au jour du prononcé du jugement, le mari n’a jamais été condamné pour les faits qui lui sont reprochés. Or seule une condamnation à une peine afflictive et infamante selon le code pénal (art. 231) est une cause péremptoire de divorce. Le jugement du tribunal de Saint-Calais est illégal. Les juges font peser sur l’engagement des hommes dans la Milice une double peine, non prévue par les textes, une condamnation à la dégradation nationale assortie d’une possibilité de divorce du conjoint « avec toutes les conséquences de droit » précise l’arrêt Tatard, alors que les femmes miliciennes, jugées plus durement que les autres femmes certes, n’encourent toutefois pas la même sévérité que les hommes de la part des tribunaux… À juste titre ?  Que pense une femme qui rejoint les rangs de la Milice ?

Des militantes de l’ordre « national et socialiste »

Au sujet des femmes contre-révolutionnaires du XVIIIsiècle, Suzanne Desan écrit qu’elles n’étaient pas des femmes anti-révolution, opposées à l’idéologie et aux techniques politiques de la révolution, mais des femmes contre-révolution « qui tournent les promesses, l’idéologie et les techniques politiques de la Révolution à leur avantage. Elles participent de ce fait activement à la politique révolutionnaire, et surtout, réinterprètent le sens de l’idéologie révolutionnaire en accord avec leurs idées religieuses traditionnelles et leur exigence présente pour la pratique publique du culte [83] . » Les miliciennes ont en commun avec les contre-révolutionnaires de subvertir une tradition révolutionnaire qu’elles récusent mais dont elles retrouvent les accents et les pratiques : n’adhèrent-elles pas à la Milice en jurant de : « consacrer toutes [leurs] forces à faire triompher l’idéal révolutionnaire de la Milice française […] » ?

Contestant l’association trop fréquente faite entre « femmes et contre-révolution », les hommes étant eux associés à la révolution, Dominique Godineau écrit :

« [C’est] aussi l’illustration des impasses où conduit l’appréhension des femmes comme un tout. Car, quand les révolutionnaires utilisent le générique "les femmes", ce ne sont pas les mêmes groupes de femmes qu’ils associent aux contre-révolutionnaires ou aux sans-culottes extrémistes […]. Notre échantillon ne montre pas des femmes contre-révolutionnaires à cause de leur "nature féminine" mais fait apparaître comme racine des positions contre-révolutionnaires de certaines femmes des positions qui sont les mêmes que pour les hommes, soit essentiellement l’appartenance à une catégorie socio-professionnelle donnée [84] . »

L’on a pu vérifier empiriquement la justesse de la remarque ainsi que l’atteste la sur-représentation des secrétaires parmi les collaboratrices politiques. Reste qu’une fois pris en compte, grâce au technique quantitative, la catégorie socio-professionnelle, la dimension « librement consentie » de l’engagement des femmes dans la Milice ne peut être interrogée qu’en ayant recours à une approche qualitative récusant à l’avance toute recherche de représentativité.

Deux types de matériaux permettent de préciser le contenu de l’engagement des femmes : les procès-verbaux d’interrogatoire par les juges, le plus souvent par la police en chambre civique, qui permettent de reconstituer les fondamentaux de l’univers politique, et une source relativement fréquente, jointe au dossier parmi les pièces de l’instruction, l’extrait de journal intime ou de correspondances personnelles.

Les collaboratrices politiques sont des femmes jeunes qui rédigent assez fréquemment autant que l’on puisse en juger par des tirages aléatoires de dossiers d’instruction, un journal intime, pratique repérée et commentée par Philippe Lejeune chez les demoiselles à partir du début des années 1850 [85] . Écrit à la date, et s’exprimant à son sujet sans contrainte, le récit de l’engagement dans le journal intime révèle une aspiration : la révolution dans l’ordre, en vue d’instaurer « un ordre français nouveau, national et socialiste » écrit Geneviève D., vingt-deux ans, chef de secteur puis chef de dizaine à l’Avant-Garde, la formation de jeunesse de la Milice. Elle aurait même eu « le titre d’adjointe à l’organisation des sports ».

Le 22 février 1944, cette milicienne, qui au tableau n°1 apparaît parmi les militantes « d’adhésion », écrit dans son journal intime :

« Je m’inscris à la Milice ! Ai-je agi sur un coup de tête ? Probablement mais j’ai l’impression que je peux et que je vais faire quelque chose pour mon pays ! La Milice sera l’organe national, le parti unique de la France future. L’insigne de la Milice est le gamma, 3e lettre de l’alphabet grec représentant zodiacal du bélier, signe de force et aussi symbole du renouveau car le monde entre au printemps sous le signe du Bélier. La Milice combat pour l’établissement d’un ordre français nouveau, national et socialiste. "La Milice française combat pour rendre à la France son rang de grande puissance indépendante dans l’unité de la Métropole et de l’Empire. " Le nationalisme intransigeant conduit à l’idée d’une Europe unie. La Milice participe du combat européen : SOL, LVF, Waffen SS. Sur le front intérieur, contre le bolchevisme destructeur, la Milice mène le combat. Elle est le garant de l’ordre français, seul espoir d’un avenir plus clair. La primauté du travail et le respect de la personne humaine. La suppression de la condition prolétarienne. La fin de l’exploitation de l’homme par l’homme. Ainsi se réalisera un socialisme national qui au travers de l’amour de la patrie touchera à l’échelon européen et fraternellement regardera le monde.

Je m’engage sur l’honneur à servir la France au sacrifice même de ma vie. Je jure de consacrer toutes mes forces à faire triompher l’idéal révolutionnaire de la Milice française, dont j’accepte librement la discipline [86] . » [Souligné par l'auteur, NDLR]

L’aspiration à un ordre public autoritaire est sans ambiguïté : la Milice a pour vocation d’être un « parti unique », un type d’organisation inconnu dans un régime démocratique… L’ordre nouveau est qualifié de « national » et de « socialiste ». Il est à la fois anticommuniste, -« national » est ici l’antonyme de « bolchevisme internationaliste »-, et « socialiste ». L’aspiration à un ordre « national et socialiste » ne signifie pas la volonté d’importer en France un régime national-socialiste, inspiré de l’Allemagne nazie, mais atteste davantage l’illusion d’imposer dans un pays vaincu cette voie française vers le fascisme, synthèse d’un « nationalisme de type nouveau et d’une certaine forme de socialisme » née à la fin du XIXe siècle qui retrouve ainsi une actualité [87] .

S’il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’idéologie chez les femmes qui ont choisi de militer dans les rangs de la collaboration politique, un motif me semble avoir joué un rôle essentiel dans leur engagement : le pacifisme.

Andrée C., quarante et un ans, divorcée, secrétaire, a adhéré à la Milice « en qualité de secouriste pour les bombardements de nuit », explique en ces termes au juge les raisons de son adhésion :

« Au début de 1944, sur les conseils et indications d’une amie, j’ai souscrit un engagement à la Milice (Avant-Garde), 20 rue Drouot, au bureau de cette organisation en qualité de secouriste. D’après les renseignements qui m’ont été donnés de vive voix, mon rôle devait consister  à secourir les blessés pendant les bombardements. Quelque temps après j’ai assisté à une réunion de miliciennes à l’annexe du 18e arrondissement. Ensuite j’ai assisté également à une réunion au bois de Boulogne au cours de laquelle on nous a appris à marcher au pas. Ne me plaisant pas dans cette organisation, j’ai adressé une lettre de démission début mai et il m’en a été accusé réception. Malheureusement je n’ai pas gardé ces papiers [88] . »

De retour dans sa cellule, elle éprouve le besoin d’envoyer au juge la lettre dont j’extrais la précision suivante :

« Fresnes, le 15 décembre 1944

Écrou 42 B, Compte 52 B, Cellule 313, 3e Division

Monsieur le juge,

« […] j’ai omis de vous préciser un point lorsque vous m’avez demandé si j’étais collaboratrice. Ne sachant pas ce que ce terme « de collaboratrice » représente pour vous et les  conséquences qu’il peut entrainer pour moi, je tiens à vous préciser que cela représentait pour moi uniquement la suppression des guerres entre la France et l’Allemagne. Je n’ai, à mon actif, aucun fait de collaboration. Je tiens à vous indiquer que je n’ai jamais nui, en aucune façon, à mon Pays, ni à mon prochain […] ayant de tout temps respecté les idées de mes prochains et n’oubliant pas, quoique voyant d’une manière différente de la mienne, ils étaient Français comme moi [89] […] » [Souligné par l'auteur, NDLR]

La collaboration, ce n’est pas la paix, mais l’assurance de « la suppression des guerres entre la France et l’Allemagne », condition sine qua non de la paix à venir en Europe. Les femmes basculeraient d’autant plus aisément dans les rangs de la collaboration politique que cette dernière s’inscrit dans le continuum d’une prise de position des années trente.

Christine Bard a montré comment « le pacifisme intégral » avait fini par conquérir une audience dépassant largement ses troupes relativement maigres. Des organisations, telle la Ligue des Femmes pour la Paix, recréée en 1938, avaient même opté pour le refus de la mixité,  entendant « ainsi démontrer que les femmes « en tant que femmes » veulent à tout prix la paix ». Si cette Ligue regroupe des militantes de sensibilités diverses, on retrouvera certaines d’entre elles dans les rangs de la collaboration [90] .

L’affiliation à un groupement associatif en faveur de la paix n’étant pas considérée comme un acte politique, est ignorée par les juges qui n’interrogent pas les prévenues à ce sujet. Il est donc très difficile d’établir si les collaboratrices politiques ordinaires ont expérimenté dans les années trente cette forme particulière de socialisation politique, le combat en faveur de la paix à n’importe quel prix au sein d’une association exclusivement féminine. En substituant le thème de l’entente politique entre la France et l’Allemagne nazie à la dénonciation de l’absence de légitimité de la guerre, la collaboration assure un débouché positif à un « pacifisme extrême [91]  » dont l’impact dans la société française a toujours excédé le militantisme au sein d’organisations ad hoc.

Autre facteur de l’engagement difficile à cerner, et pourtant lui aussi essentiel : l’appartenance religieuse. On est encore moins renseigné sur cette dernière que sur le pacifisme des femmes : la religion dans la tradition républicaine relève de la sphère privée, et ne fait donc jamais partie des questions que posent les juges aux inculpées. Une nouvelle fois, c’est en ayant recours aux documents intimes, aux lettres et journaux, que l’on perçoit être en présence de femmes catholiques, et pour certaines d’entre elles, dans une proportion que je ne suis pas en mesure de préciser, de catholiques pratiquantes [92] . C’est très net dans le cas de Fabienne Frayssinet qui lie le devoir chrétien et le « rôle de charité » des femmes dans la Milice, « soignant les malades, organisant les repas populaires, les pouponnières et les gardes d’enfants [93]  ».

Dans les œuvres sociales de la Milice

Légende : Distribution de vivres saisies au marché noir, et redistribuées gratuitement par la Milice en automne 1943, à Lyon, au siège du journal "Le Progrès". Coll. François Le Goarant de Tromelin

« Vouloir s’occuper d’œuvres sociales en adhérant à la Milice est le motif qui revient le plus fréquemment dans la bouche [des miliciennes du Vaucluse] » écrit Christelle Fageot [94] . C’est également la justification la plus souvent invoquée par les miliciennes de la Seine :

« Adoptant les idées développées par la propagande de ce mouvement, elle assista à la mairie du XVarrondissement à différentes réunions de la Milice de Darnand, nouvellement constituée en zone nord, et finalement adhéra en mars 1944 à la Milice. Elle y occupa, fin juin, les fonctions de "responsable" du XVarrondissement. Interrogée, l’inculpé expliqua qu’en cette qualité, elle était uniquement chargée des œuvres sociales (telles que visites aux familles des travailleurs français en Allemagne, aux sinistrés ; service d’entr’aide pour les familles dans le besoin), précisant, au surplus, que ce service, n’ayant jamais été organisé, n’avait pas fonctionné [95] […] »

 « Le 28 février 1944, j’ai adhéré à la Milice uniquement dans l’intention de m’occuper des œuvres sociales. Comme j’étais la seule femme milicienne du 4e, j’ai été nommé responsable pour l’arrondissement. J’ai assisté assez régulièrement aux réunions. Il y avait tous les quinze jours une réunion d’arrondissement et également tous les quinze jours une réunion des responsables au centre de la rue Drouot. Les chefs nous y faisaient des conférences, notamment sur des questions sociales [96] . »

Les femmes rejoindraient d’autant plus aisément les rangs de la Milice que le type d’action, l’assistance sociale, qui leur est exclusivement proposée – la distribution de marchandises saisies par la Milice aux populations, le secours aux sinistrés, la tenue des restaurants communautaires… – s’inscrit dans une continuité, celle de la « citoyenneté sociale » expérimentée par les femmes catholiques au sein de mouvements conservateurs, telle la section féminine des Croix-de-feu puis du Parti social français du colonel de la Rocque ou de la Ligue patriotique des françaises (1902-1933), étudiées respectivement par Kevin Pasmore [97] et par Magali Della Sudda [98] .

Par le biais de ces mouvements résolument ancrés à droite s’impose une sphère d’intervention politique légitime pour des femmes conservatrices, conciliant la paix de Dieu et le nationalisme, et contribuant à naturaliser la mobilisation des femmes en temps de guerre (prise en charge morale et spirituelle des soldats par les marraines de guerre, aide aux blessés lors de la Première Guerre mondiale…). La sphère d’intervention que la collaboration politique ouvre aux femmes procède d’une extension de la sphère domestique, mais ne s’y réduit pas : une collaboratrice politique est une « mère universelle » dont sont désormais reconnues les compétences. Le travail social, contrairement à la charité, exige une formation dispensée par les mouvements dans les sections féminines [99] .

La collaboration politique des femmes débouche ainsi sur la constitution d’une « citoyenneté sociale », une forme de participation aux affaires de la cité difficile à penser dans la mesure où elle ne se traduit pas par la conquête de droits nouveaux [100] . Le régime de Vichy aurait finalement reconnu le droit de vote non pas aux femmes, comme on le voit trop souvent écrit, mais à certaines françaises, tout en leur refusant l’éligibilité [101] . Vichy n’a jamais eu l’intention de reconnaître aux femmes la citoyenneté politique [102]  : le régime a admis octroyer aux françaises d’origine, non naturalisées donc, une fraction des droits politiques exercés par les hommes. Et encore en réservant à la loi les conditions de l’électorat [103] , ce qui lui aurait probablement permis d’accorder le droit de vote exclusivement aux françaises d’origine mère de famille…

En revanche, il est clair que la « citoyenneté sociale », cette citoyenneté sans le vote expérimentée par les femmes catholiques conservatrices des années vingt et trente, a réellement été reconnue d’utilité publique et constituée comme une forme nouvelle de citoyenneté par le régime de Vichy. À la suite des travaux d’Erving Goffman, cette nouvelle citoyenneté pourrait être qualifiée de « citoyenneté parallèle [104]  », les femmes et les hommes se retrouvant ensemble dans la sphère publique, mais remplissant des fonctions séparées au nom de la complémentarité sexuée des rôles sociaux.

Organisme placé sous la responsabilité directe du chef du gouvernement, Pierre Laval, la Milice incarne à la fois l’ordre dans ce qu’il a de plus officiel, et en même temps la perspective d’une révolution : l’engagement des femmes dans la Milice bascule dans la sphère publique des activités jusqu’alors mal émancipées de la sphère privée, reléguées dans le caritatif ou le charitable. L’action sociale pratiquée par les miliciennes peut ainsi leur apparaître non comme la seule activité politique qu’elles soient autorisées à mener (ce qui est effectivement le cas [105] ), mais comme la conquête d’une citoyenneté de plein exercice dont le droit de vote n’est qu’un des aspects, certainement l’exigence féministe la plus visible et la plus commentée mais peut-être pas la plus essentielle pour celles qui s’efforcent de faire reconnaître la « citoyenneté sociale » qu’elles pratiquent depuis les années vingt : il ressort de la première enquête exclusivement consacrée au rôle politique des femmes menée par l’Unesco en 1953 que 54% des femmes interrogées pensent que les femmes en politique devaient agir dans le domaine social, quand 64% estiment que voter est un « devoir » plutôt qu’un droit [106]

Les femmes qui ont rejoint la Milice en vue d’une action sociale dépolitisée, se sont retrouvées dans un organisme facteur de guerre civile. Elles ont été instrumentalisées par les pouvoirs publics et ont en réalité accompli une mission politique, en participant à la construction de ce que Claudia Koontz, à propos des associations nazies de femmes, a appelé « le versant social de la tyrannie [107]  ». Adhérentes d’un mouvement ayant multiplié, sous couvert de maintien de l’ordre, les exactions, les miliciennes ont servi l’honorabilité de la Milice : « L’action de miliciens s’exerçait aussi dans des domaines bien différents : distributions aux familles les plus nécessiteuses de marchandises saisies au marché noir, et surtout aide immédiate portée aux victimes des bombardements en sauvant, au péril de leur vie, les compatriotes ensevelis sous les décombres […]. Était-ce trahir ou servir que d’agir ainsi ? » [108] s’interrogera, faussement naïf, Jean Bassompierre, responsable de la Milice en zone nord, condamné à mort et exécuté le 20 avril 1948. Le journaliste, anarchiste de droite Jean Galtier-Boissière se contentera de trouver « dérisoire » la volonté rétrospective d’équilibrer les crimes de la Milice par ses « bonnes œuvres [109]  » …

« Sur mon honneur de Française, je vous jure que ma sœur n’a jamais rien fait d’infamant. Elle a eu le tort de se laisser entraîner, comme beaucoup d’autres ; elle était milicienne, mais ne voyait dans la Milice que le bien qui s’y faisait : elle était employée au service social. Lorsqu’on lui citait les crimes commis par les miliciens, elle n’y croyait pas, et ne voyait là que des éléments montés de toutes pièces par la propagande adverse. Elle ne pouvait admettre que le maréchal Pétain, en qui elle avait toute confiance, puisse approuver de telles infamies. C’est cette confiance et cette bonne foi qui l’ont perdue [110] . »

Résistante, militante au Front national depuis 1942, internée quatre mois et demi à Fresnes par la Gestapo, la demoiselle X. s’efforce de fléchir le juge concernant sa sœur,  la milicienne Marie-Louise C., vingt-huit ans, étudiante, surveillante de lycée. Cette dernière ne manifeste aucun remords, non plus qu’aucune amertume face à son engagement passé : « Je n’avais pas d’idée pro-allemandes. J’étais seulement une admiratrice du maréchal Pétain. » En sus du catholicisme, et du pacifisme précédemment mentionnés, le maréchalisme, l’attachement à la personne même du chef de l’État, la dévotion pour son grand âge et son passé de vainqueur de Verdun, ont joué un rôle essentiel dans la conversion d’une acceptation passive en action au service du nouvel ordre des choses : l’engagement au service social de la Milice.

« […] J’ai adhéré au RNP en juillet 1941 parce que le programme m’avait intéressée au point de vue social. J’étais simple membre et je n’y ai jamais joué un rôle actif, me contentant d’assister aux réunions.

Au moment de la scission qui s’est produite au RNP, entre les partisans de Déat et les anciens membres du MSR, j’ai suivi ces derniers. Mais très tôt, dès septembre 1941, je me suis désintéressée complètement du parti et, sans toutefois, démissionner, je me suis tenue à l’écart de ses manifestations. […] Le 28 février 1944, j’ai adhéré à la Milice uniquement dans l’intention de m’occuper des œuvres sociales. »

Marie-Louise C. sera le 26 février 1945 condamnée à la dégradation nationale à vie par la 1ère chambre civique de la Seine.

Victime, Marie-Louise C. ? Son maréchalisme et son engagement dans les rangs de la Milice sont pris très au sérieux par les juges : Marie-Louise est considérée comme une ennemie politique ; sa lourde condamnation pour des actes où les hommes n’interviennent pas (Marie-Louise n’a été ni la maîtresse d’un Allemand, ni soumise à la pression d’une famille dont les engagements sont visiblement à rebours des siens) atteste qu’une femme peut aussi être considérée comme un sujet responsable, et non plus comme une éternelle mineure non punissable [111] . Les juges, sensibles à la forme émotive d’un vichysme dont le pétainisme serait le versant intellectuel et idéologique, semblent avoir considéré le maréchalisme avoué de Marie-Louise C. comme la preuve irréfutable de l’existence de ses convictions politiques.

La trajectoire de Marie-Louise C. au sein de la collaboration offre aussi un autre enseignement : c’est la volonté de mener une action non politisée qui la pousse à s’éloigner du RNP, puis du MSR dont l’activité est visiblement à ses yeux trop proche de celle des anciens partis politiques, défenseurs d’intérêts particuliers. Ce « déni du politique » sous-tend l’engagement de femmes au service d’une action sociale présentée comme exclusivement guidée par l’intérêt général. Mais, ainsi que le remarque Kevin Passmore, « si les activistes sociales réaffirment en théorie la séparation du social et du politique, elles contribuent, en pratique, à étendre les frontières du social, et finalement à redéfinir le politique [112] . »

Les collaboratrices politiques ne sont pas les seules femmes à avoir expérimenté la « citoyenneté sociale » pendant la guerre. Les services sociaux des mouvements de résistance, qui début 1944, s’organisent au sein du COSOR, le Comité des Œuvres Sociales des Organisations de Résistance, ont toujours été en fait sinon en droit dirigés par des femmes [113] . Dans l’invention par les femmes de tous bords politiques d’une autre citoyenneté pendant l’occupation, se jouerait ainsi non seulement une redéfinition du politique comme précédemment noté, mais également une façon différente de faire de la politique.

En effet, si l’on évalue comme l’a fait Hilary Footitt, la contribution des trente-trois femmes députées élues dans l’assemblée de 1945, on s’aperçoit que ces femmes majoritairement de gauche, qui ont souvent occupé des places importantes dans la résistance, se sont volontairement définies comme « un groupe spécifique, avec des préoccupations politiques spécifiques » : « Les premières femmes politiques ont ainsi remis en question les fondements hérités du système politique en valorisant le genre », et en constituant comme politiques des sujets, tel le ravitaillement, traditionnellement non considérés tels [114] . On ne comprendra pas ce qu’avait à la fois de révolutionnaire et de conservateur cette façon qu’ont eue les femmes de faire de la politique en 1945 si, à côté de l’expérience des résistantes, on ne tient pas compte du legs caché des collaboratrices politiques à la conception du politique défendue par les femmes à la Libération.

L’histoire des femmes dans la collaboration politique devrait être une histoire en trois dimensions. À l’histoire positive des femmes qui ont volontairement adhéré aux mouvements pro-collaborateurs, s’articulerait l’histoire des pratiques des hommes qui, au même moment, ont fait un choix similaire [115] , ainsi que l’histoire des résistantes. Ayant opté pour un choix politique diamétralement opposé, ces dernières attestent la dimension intentionnelle de la collaboration. On pouvait toujours ne pas… C’est en s’inscrivant dans cette triple perspective que l’histoire des collaboratrices politiques pourra ambitionner être autre chose qu’une contribution, importante ou inédite, à l’histoire des femmes : une réflexion sur les engagements extrêmes et la redéfinition des frontières du politique en temps d’exception.

Pour citer cet article : Anne Simonin, « La femme invisible : la collaboratrice politique », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°9, septembre-décembre 2009.

Notes :

Les grandes dates du régime de Vichy sur KronoBase : http://www.kronobase.org/dates-regime-de-vichy

[1] François Rouquet, « Dans la France du Maréchal », dans Christine Fauré (dir.), Encyclopédie politique et historique des femmes, Paris, PUF, 1997, pp. 678-679 et Philippe Burrin, La France à l’heure allemande 1940-1944, Paris, Seuil, coll. « Points », [1995] 1997, p. 433.

[2] Voir l’analyse des bénéfices politiques que retire Vichy à promouvoir cette image de la femme confinée dans un rôle traditionnel : Martine Gutot-Bender, « Seducing Corinne : the Official Popular Press during the Occupation », dans Melanie Hawthorne and Richard J. Golsan (eds), Gender and Fascism in Modern France, Hanover and London, University Press of England, 1997, p. 69-82, en particulier p. 70-71 : « During the Occupation, as in many other crisis period, women’s political neutrality constituted a major asset for power-hungry political factions. » Preuve qu’elle n’a rien à cacher, et que son comportement pendant la guerre, dissipées les passions de la Libération, n’eût, de son point de vue, rien d’infamant, Corinne Luchaire publiera très tôt ses Mémoires : Ma drôle de vie [1949], Paris, Éditions Déterna, 2000, en particulier p. 145 : « Mes jeunes allemands se montraient fort aimables. Ils ne me demandaient rien d’autre que d’être là, pour une soirée. Ils ne me parlaient jamais politiques, ce qui m’aurait ennuyé, ni de leurs missions. »

[3] Richard Cobb, Vivre avec l’ennemi. La France sous deux occupations 1914-1918 et 1940-1944, Éditions du Sorbier, 1985, p. 127. En ce qui concerne l’Allemagne nazie, voir Nicole Gabriel, « Les bouches de pierre et l’oreille du tyran : des femmes et de la délation », dans Liliane Kandel (dir.), Féminismes et nazisme, Paris, Odile Jacob, [1997], 2004, p. 42-55.

[4] Julie Chassin, « La délation sous l’Occupation dans le Calvados », Annales de Normandie, vol. 54, n°1, janvier 2004, p. 83.

[5] Tony Judt, Un passé imparfait. Les intellectuels en France 1944-1956, Paris, Fayard, 1992, p. 64.

[6] Jean Galtier-Boissière avec la collaboration de Charles Alexandre, Histoire de la Guerre 1939-1945, Paris, Éditions de La Jeune Parque, 1965, p. 272. Voir aussi : Philippe Randa, Dictionnaire commenté de la collaboration française, Paris, Jean Picollec, 1997, p. 102.

[7] Neuf fois championne de France, titulaire de plusieurs records mondiaux d’athlétisme, Violette Morris devint un agent du renseignement du IIIe Reich lors des Jeux olympiques de Berlin en 1940. Cette redoutable auxiliaire de la Gestapo sera exécutée par les résistants le 26 avril 1944. Dans Philippe Randa, Dictionnaire commenté de la collaboration française, op. cit., p. 675-676. Voir aussi Jean-Émile Néaumet, Violette Morris : la gestapiste, Paris, Fleuve noir, 1994 et Raymond Ruffin, Violette Morris : la hyène de la Gestapo, Paris, Le Cherche Midi, 2004. Sur la représentation des femmes « sournoises et cruelles » pendant les guerres, voir Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili, Danièle Voldman, Hommes et femmes dans la France en guerre (1914-1945), Paris, Payot, 2003, p. 232-234.

[8] François Rouquet, « Épuration, Résistance et représentations : quelques éléments pour une analyse sexuée », dans Jacqueline Sainclivier et Christian Bougeard, La Résistance et les Français. Enjeux stratégiques et environnement social, Rennes, PUR, 1995.

[9] Voir Fabrice Virgili, La France virile. Des femmes tondues à la Libération, Paris, Payot, 2000, p. 230, p. 238 et p. 298. Voir aussi Luc Capdevila, « Le mythe du guerrier et la construction sociale d’un « éternel masculin » après la guerre », Revue française de psychanalyse, n°2, 1998, p. 616-617 et Michaël Kelly, « The Reconstruction of Masculinity at the Liberation », dans H.R. Kedward, Nancy Wood (ed.), The Liberation of France. Image and Event, Oxford, Berg Publishers, 1995, p. 119.

[10] Fabrice Virgili, La France virile, op. cit., p. 28.

[11] Sur les 20 000 femmes déférées devant des juridictions d’exception, 3 000 environ auraient été « tondues » : chiffre calculé à partir des données fournies dans Fabrice Virgili, La France virile, op. cit., p. 255.

[12] Luc Capdevila, « La collaboration sentimentale : antipatriotisme ou sexualité hors-normes ? », dans François Rouquet et Danièle Voldman (dir.), « Identités féminines et violences politiques 1936-1946 », Cahiers de l’IHTP, n°31, octobre 1995, p. 79 et p. 67.

[13] Penny Summerfield, « Gender and War in the Twentieth Century », The International History Review, vol. 19, n°1, February 1997, p. 9.

[14] Françoise Leclerc, Michèle Wendling, « La répression des femmes coupables d’avoir collaboré pendant l’Occupation », Clio. Histoire, femmes et société, n°1, « Résistance et Libération France 1940-1945 », 1995. L’article est consultable sur internet : http://clio.revues.org. Sous cette forme, les articles ne sont pas paginés. Une version abrégée de ce même article figure dans Lilialne Kandel (dir.), Féminismes et nazisme, op. cit., p. 74-85. La citation est p. 76.

[15] Les bases de calcul se trouvent au tableau n°17 : « Les adhérents des plus importants groupements de la collaboration politique ordinaire », dans Anne Simonin, Le Déshonneur dans la République. Une histoire de l’indignité 1791-1958, Paris, Grasset, 2008, p. 527. J’ai retiré de la population « femmes politiques » celles inculpées de « collaboration » sans autre précision. Si je les inclus, les femmes représentent 24,7% des adhérents des mouvements de collaboration. À titre de comparaison, les femmes représentent 25% des supporters du leader fasciste anglais Sir Oswald Mostley dans les années trente. Dans Julie V. Gottlieb, Feminine Fascism. Women in Britain’s Fascist Movement 1923-1945, London, I.B. Tauris Publishers, 2000, p. 1. En revanche, les femmes représentent moins de 6% des effectifs du parti national-socialiste nazi au début des années trente, ce chiffre grimpant à 7,8% quand le NSDAP accède au pouvoir. Martin Durham, « Fascisme, Nazism and Women », Women and Fascism, London, Routledge, 1998, p. 20.

[16] Art. 2 de l’ordonnance du 26 décembre 1944 « instituant l’indignité nationale ».

[17] Pour des écrits récents sur les femmes dans la collaboration, consulter : Christine Bard, Les Femmes dans la société française au XXsiècle, Paris, Armand Colin, 2001, p. 129-139 et Michèle Zancarini-Fournel, Histoire des femmes en France XIXe/XXe siècles, Rennes, PUR, 2005, p. 63-70, en particulier p. 64 pour un état des connaissances.

[18] Ces chiffres sont tirés d’une enquête statistique menée sur les 8 811 inculpés d’indignité nationale et déférés devant l’une des sept Chambres civiques de la Seine entre 1944 et 1951. Voir Anne Simonin, Le Déshonneur dans la République, op. cit., p. 17-18.

[19] Ce taux, obtenu à partir du cumul des catégories « collaboratrice de conviction » et « collaboratrices d’adhésion », est de 44,7% au Mouvement social révolutionnaire (MSR), de 42,3% au parti franciste ; 31,4% au PPF ; 29,2% au Groupe Collaboration ; 25,8% au RNP. Il est, en revanche, de 45,1% aux Amis de la Légion des volontaires français (Amis de la LVF), attribuant aux femmes le rôle traditionnel de la « marraine de guerre », rôle qui implique une activité qui fait automatiquement de ces femmes des militantes.

[20] Anne Simonin, Le Déshonneur dans la République, op. cit., p. 554.

[21] « In its simplicity, the Milice resembled the Francistes more than either PPF or RNP and Darnand was temperamentally closer to Bucard than to either Doriot or Déat », dans Bertram M. Gordon, Collaborationism in France during the Second World War, Ithaca, Cornell University Press, 1980, p. 188.

[22] Margaret Collins Weitz, Les Combattantes de l’ombre. Histoire des femmes dans la Résistance 1940-1945, Paris, Albin Michel, 1997, p. 311-355. Le livre est paru en langue anglaise en 1995 sous le titre : Sisters in the Resistance. How Women Fought to Free France 1940-1945.

[23] Joan W. Scott, « The Problem of Invisibility ». S. Jay Kleinberg (ed.), Retrieving Women’s History, Berg Unesco, 1968, p. 25.

[24] Julia Kristeva, Seule une femme, Paris, L’Aube, 2008, p. 117-118.

[25] Hannah Diamond, Women and the Second World War in France 1939-1948. Choices and Constraints, Edinburgh, Pearson Education Ltd, 1999, p. 145.

[26] Paula Schwartz, « Résistance et différence des sexes : bilan et perspectives », Clio, n° 1, 1995, non paginé sur internet.

[27] Claire Andrieu, « Women in the French Resistance », art. cité, p. 15.

[28] Voir note 2.

[29] Mary Marquet, Cellule 209, Paris, Arthème Fayard, 1949 et Fabienne Frayssinet, Quatre Saisons dans les geôles de la IVe République, Regain, Monte-Carlo, 1953. Ce dernier livre repéré par Hannah Diamond, Women and the Second World War in France 1939-1948, op. cit., p. 144, note 48. On pourrait ajouter à ce maigre corpus Frédérique Moret, Journal d’une mauvaise française, mais le texte n’est paru qu’en 1973 à la Table Ronde.

[30] Corinne Luchaire a été condamnée à dix ans de dégradation nationale, le 4 juin 1946, par la 1ère chambre civique de la Seine, peine réduite à cinq ans en 1949 ; Fabienne Frayssinet a été condamnée, à une date non précisée par elle, à la dégradation nationale à vie par une chambre civique siégeant à Toulouse, Quatre Saisons…, op. cit., p. 127.

[31] Fabienne Frayssinet, Quatre Saisons dans les geôles de la IVe République, op. cit., p. 180-181.

[32] Anne Simonin, Le Déshonneur dans la République, op. cit., p. 477-478, p. 318-322, p. 467-477.

[33] Fabienne Frayssinet, Quatre Saisons dans les geôles de la IVe République, op. cit., p. 127.

[34] Jacques Vergès, De la stratégie judiciaire, Paris, Minuit, 1968.

[35] Ibid., p. 30.

[36] Slogan émanant de la Fédération des associations de femmes de prisonniers durant l’Occupation. Aucune date n’est mentionnée. Cité in Sarah Fishman, Femmes de prisonniers de guerre 1940-1945, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 145.

[37] Laura Lee Dows, « French History Without Gender », dans Robert Gildea, Anne Simonin (ed.), Writing Contemporary History, London, Hodder Education, 2008, p. 76-78. Sur le « genre » comme catégorie d’analyse historique : Joan W. Scott, « Genre : une catégorie utile d’analyse historique », Les Cahiers du GRIF, n°37-38, printemps 1988, p. 141. Traduction du fameux article : « Gender a Useful Category of Historical Analysis », The American Historical Review, vol. 91, n° 5, December 1986, pp. 1053-1075. Françoise Thébaud, « Genre et histoire en France. Les usages d’un terme et d’une catégorie d’analyse », Hypothèses, « Genre et Histoire », n° 1, 2004. Consultable sur : www.cairn.info et Écrire l’histoire des femmes et du genre, Paris, ENS Éditions, 2007.

[38] Pierre Rosanvallon, Le Sacre du citoyen, Gallimard, [1992], coll. « Folio », 2001, p. 522-523.

[39] Paula Schwartz, « Partisanes and Gender Politics in Vichy France », French Historical Studies, vol. 16, n°1, printemps 1989, p. 126-151. Voir aussi Laurent Douzou, « La Résistance, une affaire d’hommes ? », dans François Rouquet, Danièle Voldman (dir.), « Identités féminines et violences politiques (1936-1946) », op. cit., p. 19-20. Pour un exemple similaire dans un tout autre contexte : Cristina Schribe Wolf, « Le genre dans la guérilla. Jeux de genre dans la lutte armée au Brésil des années 1960 et 1970 », dans Marc Bergère, Luc Capdevila (dir.), Genre et événement. Du masculin et du féminin en histoire des crises et des conflits, Rennes, PUR, 2006, p. 131-133.

[40] Décret du 4e jour des sans-culottides de l’an II (20 septembre 1794). Source : AN, Feuilleton de la Convention, AD XVIIIe/vol. 216, n°716.

[41] Voir Laure Murat, « L’invention du neutre », Diogène, n°208, 2004-4, p. 72-84 et La Loi du genre. Une histoire culturelle du troisième sexe, Paris, Fayard, 2006, p. 386-397. Voir aussi Geneviève Guilpain, « Le rêve d’un territoire neutre : utopie ou mystification ? », dans Christine Bard (dir.), Le Genre des territoires, féminin, masculin, neutre, Angers, Presses de l’université d’Angers, 2004, p. 341-348.

[42] Anne Simonin, Le Déshonneur dans la République, op. cit., p. 56-66.

[43] Paula Schwartz, « Partisanes and Gender Politics in Vichy France », art. cité, p. 139. Voir aussi Marie-France Brive, « La référence à la Révolution française dans la construction de l’identité des femmes résistantes en France de 1940 à 1944 », dans Les Femmes et la Révolution française, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1989, t. III, p. 300. Pour la genèse de la catégorie femme-homme, consulter le Recueil des actions héroïques et civiques des républicains français publié en l’an II, la narration des exploits de deux femmes enrôlées dans les armées révolutionnaires, Rose-Liberté et Rose Bouillon, ainsi que ceux de Anne Quatre-Sous distinguée pour son « républicanisme » à propos de laquelle Collot d’Herbois dit : « Je ne la range même pas parmi les femmes, mais je déclare que cette fille est un mâle, puisqu’elle a, comme les plus intrépides guerriers, affrontée la mort dans toutes les occasions périlleuses », dans Sylvie Steinberg, La Confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, Paris, Fayard, 2001, p. 253-261.

[44] Sur la question des « femmes-hommes », dénomination qui stigmatise les femmes du peuple militantes au service de la Révolution. Voir Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses, Paris, [1988], Perrin, 2004, p. 268-270.

[45] Darline Gay Lewis, « Women and Militant Citizenship in Revolutionary Paris », dans Marie-France Brive (dir.), Les Femmes et la Révolution française, op. cit., t. I, p. 64-67.

[46] Judith Butler, « Régulations du genre », dans Défaire le genre, Paris, Éditions Amsterdam, 2006, p. 60.

[47] Liliane Kandel, « Une pensée empêchée : des usages du genre et de quelques unes de ses limites », Les Temps Modernes, n°587, mars-avril-mai 1996, p. 220-248 où l’auteur conteste l’utilisation du genre, défini comme « l’oppression et la domination des femmes par les hommes », concernant l’extermination des femmes juives par les Nazis. Elle met en évidence que le genre se défait confronté à certaines situations historiques, telles le nazisme ou la résistance, situations qui doivent être pensées dans une perspective universaliste (l’humanisme pour l’une, le républicanisme pour l’autre).

[48] Jean-Clément Martin, La Révolte brisée. Femmes dans la Révolution française et l’empire, Paris, Armand Colin, 2008, p. 81.

[49] Francine Muel-Dreyfus, Vichy et l’éternel féminin, Paris, Seuil, 1996, p. 19.

[50] Michèle Bordeaux, « Femmes hors d’état français 1940-1944 », dans Rita Thalmann, Femmes et fascismes, op. cit., p. 135. Voir aussi La Victoire de la famille dans la France défaite 1940-1944, Paris, Flammarion, 2002.

[51] Miranda Pollard, Reign of Virtue. Mobilizing Gender in Vichy France, Chicago, The University of Chicago Press, 1998, p. 3. Ma traduction.

[52] Francine Muel-Dreyfus, Vichy et l’éternel féminin, op. cit., p. 10.

[53] « Le Code de la famille contenait un chapitre sur « la protection de la race », une formulation qui fait frémir mais qui en fait ne se référait qu’à la répression du vice et autres maux gangrenant la société, tels que la pornographie et l’alcoolisme », dans Sarah Fishman, Femmes de prisonniers de guerre, op. cit., p. 50. La seule continuité idéologique entre Vichy et la République pourrait se trouver dans « un républicanisme sexiste » analysé par Annie Geffroy à travers le cas de la journaliste, révolutionnaire conservatrice, farouchement opposée à l’octroi des droits politiques aux femmes entre 1789 et 1792, Louise de Kéralio-Robert (1759-1822). Quelle est la représentativité de ce courant dans la tradition républicaine ? Dans Annie Geffroy, « Louise de Kéralio-Robert, pionnière du républicanisme sexiste », Annales historiques de la Révolution française, n°344, avril-juin 2006, p. 112 et p. 117.

[54] Joan W. Scott, « « Genre : une catégorie utile d’analyse historique », art. cité, p. 130.

[55] Sarah Fishman, Femmes de prisonniers de guerre, op. cit., p. 212.

[56] Ibid., p. 221 et p. 103.

[57] Ibid., p. 144.

[58] Ibid., p. 67-68.

[59] Source Archives nationales, dossier Z5/6/539. Cette femme sera condamnée le 22 mai 1947 à cinq ans d’indignité nationale par la 1e chambre civique de la Seine. Deux éléments peuvent expliquer ce verdict relativement sévère : le fait que, condamnée à deux reprises par contumace à la dégradation nationale à vie, la confiscation générale des biens, et à l’interdiction de séjour à vie en Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, la femme D. bénéficie d’une mesure de clémence en étant rejugée une troisième fois (ce qui aux termes de l’ordonnance du 26 décembre 1944 est illégal) ; le fait aussi que la femme D. « paye » pour l’engagement de son mari dans les rangs du RNP, ce dernier étant responsable de la section de Boulogne.

[60] Voir l’emploi du temps de Edmée Renaudin reproduit in Dominique Veillon, « La vie quotidienne des femmes ». In Jean-Pierre Azéma, François Bédarida (dir.), Vichy et les Français, op. cit., p. 631-632.

[61] Hanna Diamond, Women and the Second World War, op. cit., p. 71.

[62] Ibid., p. 72-76.

[63] Ibid., p. 77-81. Voir aussi Fabrice Virgili, « Les travailleuses françaises en Allemagne », dans Christian Chevandier, Jean-Claude Daumas (dir.), Travailler dans les entreprises sous l’Occupation, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007, p. 359-377.

[64] Ibid., p. 86-90.

[65] Ibid., p. 82-86.

[66] Ibid., p. 90-97. Voir aussi Pierre Philippe Lambert, Gérard Le Marec, Partis et mouvements de la collaboration, Jacques Grancher, 1993, p. 24-25.

[67] Philippe Burrin, La France à l’heure allemande, op. cit., p. 434.

[68] Voir le mémoire de maîtrise de Cécile Sommier, La Collaboration politique féminine à travers les sources de l’épuration dans les Côtes d’Armor, université de Rennes II Haute-Bretagne, sous la direction de Luc Capdevila, juin 2000 et celui de Master 1 d’Aude Benzerga-Monjot, La Place des femmes au sein du RNP 1939-1945, université de Paris X Nanterre, sous la direction de Nicole Edelman, juin 2008. Je remercie Fabrice Virgili de m’avoir permis de prendre connaissance de ces deux mémoires.

[69] Christelle Fageot, « Les femmes miliciennes : une minorité caractéristique », dans La Milice en Vaucluse 1943-1945, Études Comtadines, 2008, p. 174-188. Je remercie François Le Goaran de Tromelin de m’avoir signalé et prêté cette publication.

[70] 60% des miliciennes du Vaucluse ont moins de 45 ans. Ibid., p. 176.

[71] Paula Schwartz, « La répression des femmes communistes 1940-1944 », art. cité, p. 37.

[72] Olivier Wieviorka, Une certaine idée de la Résistance. Défense de la France 1940-1949, Paris, Seuil, 1995, p. 96.

[73] Siân Reynolds, France between the Wars. Genders and politics, London and NY, Routledge, 1996, p. 202-203 et p. 225.

[74] Richard Cobb, Vivre avec l’ennemi, op. cit., p. 127.

[75] Olivier Wieviorka, Une certaine idée de la Résistance, op. cit., p. 167.

[76] Extraits de l’exposé du commissaire du Gouvernement du 10 mars 1945 et du procès-verbal d’interrogatoire par le juge d’instruction près le tribunal de première instance de la Seine, 3 janvier 1945. Source : AN, série Z5/155/n° 6441.

[77] Détail des chiffres : 21 sont mariées (soit 48,8%) quand 22 sont veuves (4), célibataires (16), divorcées (2) (soit 51,2%).

[78] Fr. Marcot et J.P. Massonié, « Les collaborateurs dans le Doubs », Revue d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, n°115, juillet 1979, p. 38.

[79] Quinze ans de dégradation nationale le 3 mai 1945 infligés par la 3e chambre civique à Colette D., 25 ans, secrétaire à la France Garde de la Milice à Auteuil du 28 janvier au 16 août 1944 pour un salaire de 2 500 francs par mois. « L’inculpée ne conteste pas avoir travaillé à la Milice en qualité de secrétaire mais elle affirme qu’elle n’a jamais fait partie en tant que membre de cet organisme. […] [Elle] nie formellement avoir porté l’uniforme de la Milice en quelque circonstance que ce soit et soutient qu’elle n’a jamais jeté de sa fenêtre des tracts anglais » précise l’exposé des motifs que signe le commissaire du Gouvernement, le 15 mars 1945 qui retient toutefois à charge contre elle que ses parents, d’opinion vichyste, ont caché un soldat de la LVF… Colette  D. n’est pas mineure, et ne saurait être tenue pour responsable d’actes accomplis par des tiers : la simple appartenance à la Milice dans le milieu qui est le sien la qualifie « indigne national », et ce d’autant plus aisément qu’elle est redescendue, en quelque sorte,  de la cour de justice et renvoyée devant la chambre civique ne risque plus « que » la dégradation nationale. La réputation de la Milice jointe à l’effet de la disqualification expliquerait ainsi la rigueur du verdict. Source : AN, série Z5/12, dossier n°823.

[80] Anne Simonin, « Pourquoi l’antisémitisme devait rester impuni », dans Le Déshonneur dans la République, op. cit., p. 484-493.

[81] Gazette du Palais, 1945, 1er sem., p. 10.

[82] Ibid.

[83] Suzanne Desan, Reclaiming the Sacred. Lay Religion and Popular Politics in Revolutionary France, Ithaca and London, Cornell University Press, 1990, p. 123 et p. 186.

[84] Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Paris, Perrin, 2004, p. 251-252.

[85] Philippe Lejeune, Le Moi des demoiselles. Enquête sur le journal de jeune fille, Paris, Seuil, 1993, p. 16 : deux journaux seulement trouvés avant la Révolution, « celui de Lucile (future Desmoulins) et celui de Germaine (future Staël) […]. Mais après 1789, rien… ». Probablement parce que les journaux intimes, jugés trop dangereux, ont été détruits. Voir Dominique Godineau, Les Femmes dans la société française, XVIe/XVIIIe siècles, Paris, Armand Colin, 2003, p. 208.

[86] Source : AN, dossier Z5/124/5736.

[87] Zeev Sternhell, Ni droite, ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Paris, Seuil, 1983. Pour l’analyse des virulents débats suscités par cet ouvrage, voir Gabriel Maissin, « Zeev Sternhell : aux origines du fascisme », Politique. Revue de débat, http://politique.eu.org/archives/2005.

[88] Procès-verbal d’interrogatoire par le juge du tribunal de 1ère instance de la Seine, 14 décembre 1944. Source : AN, Z5/74/3058.

[89] Ibid.

[90] Christine Bard, Les Filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940, Paris, Fayard, 1995, p. 302-308 et Siân Reynolds, France between the Wars : Genders and Politics, London, Routledge, 1996.

[91] Nicolas Offenstadt, « La pacifisme extrême à la conquête des masses : la Ligue Internationale des Combattants de la Paix (1931-1939) », Matériaux pour l’histoire de notre temps, vol. 30, n°30, 1993, p. 35.

[92] Source : AN, Z5/2/122.

[93] Fabienne Frayssinet, Quatre saisons dans les geôles de la IVe République, op. cit., p.20.

[94] Christelle Fageot, La Milice en Vaucluse 1943-1945, op. cit., p. 178.

[95] Source : AN, Z5/7/597.

[96] Source : AN, Z5/6/548.

[97] Kevin Passmore, « Planting the Tricolor in the Citadels of Communism » : Women’s Social in the Croix de Feu and Parti Social Français », The Journal of Modern History, vol. 71, n° 4, dec. 1999, p. 814-851.

[98] Magali della Sudda, Une activité politique féminine conservatrice avant le droit de suffrage en France et en Italie. Socio-histoire de la politisation des femmes catholiques au sein de la Ligue patriotique des françaises (1902-1933) et de l’Unione fra le donne cattoliche d’Italia (1909-1919), Thèse de l’EHESS, sous la direction des professeurs Laura L. Downs et Lucetta Scaraffia, 2007. Voir aussi Jean-Paul Thomas, « Les droites, les femmes et le mouvement associatif 1902-1946 », dans Claire Andrieu, Gilles Le Béguec, Danièle Tartakowsky, Associations et champ politique, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, p. 523-533.

[99] Kevin Passmore, « Planting the Tricolor in the Citadels of Communism »… » , art. cité, p. 837.

[100] Magali della Sudda, Une activité politique féminine conservatrice avant le droit de suffrage en France et en Italie…, thèse citée, p. 251. Voir aussi William Guéraiche, « Des femmes en politique à la Libération : vers de nouvelles représentations féminines », Les Temps Modernes, n°593, avril-mai 1997, p. 105-106.

[101] « Projet de Constitution du maréchal Pétain », art. 21 : « Sont électeurs aux Assemblées nationales les Français et les Françaises nés de pères français, âgés de vingt et un ans, jouissant de leurs droits civils et politiques.  Sont éligibles aux mêmes assemblées les Français nés de père français […]. La loi fixe les autres conditions de l’électorat et de l’éligibilité […] », dans Jacques Godechot, « Le Gouvernement de Vichy ». Les Constitutions de la France depuis 1789, Paris, Garnier-Flammarion, 1979, p. 347.

[102] Contra William Guéraiche, « Des femmes en politique à la Libération », art. cité, p. 106 et Les Femmes et la République, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 1999, p. 46-47 : « L’idée qu’un régime autoritaire ait octroyé la citoyenneté aux femmes, avant la République, est déplaisante, mais incontestable. »

[103] Michel Verpeaux, « Le juif non citoyen », dans Le Droit antisémite de Vichy, Paris, Seuil, coll. « Le Genre humain », 30-31, 1996, p. 197.

[104] Erving Goffman, L’Arrangement des sexes, Paris, La Dispute, 2002.

[105] Le 31 janvier 1943, Joseph Darnand précisait les fonctions de la Milice en ces termes : « Les jeunes miliciens et les femmes de miliciens collaboreront au bon fonctionnement des restaurants communautaires », dans René Terrisse, La Milice à Bordeaux. Une collaboration en uniforme, Bordeaux, Aubéron, 1997, p. 90.

[106] Maurice Duverger, La Participation des femmes à la vie politique, Paris, Unesco, 1955, p. 166.

[107] Claudia Koontz, Mothers in Fatherland : Women, the Family and Nazi Politics, New York, Saint Martin’s Press, 1987, p. 33. Ouvrage traduit sous le titre : Les Mères-patries du IIIe Reich : les femmes et le nazisme, Paris, Lieu commun, 1989.

[108] Jean Bassompierre, Frères ennemis [1948], Paris, L’Homme libre, 2006, p. 150.

[109] Jean Galtier-Boissière avec la collaboration de Charles Alexandre, Histoire de la Guerre 1939-1945, op. cit., p. 274.

[110] Source : AN, série Z5/6/548.

[111] « La revendication féministe contemporaine de la violence et de la punition, pour surprenante qu’elle soit, se comprend dans cette perspective d’une reconnaissance d’égale responsabilité », dans In Cécile Dauphin, Arlette Farge, Geneviève Fraisse et alii, « Culture et pouvoir des femmes : essai d’historiographie », Annales E.S.C, n°2, mars-avril 1986, p. 283.

[112] Kevin Passmore, « Planting the Tricolor in the Citadels of Communism », art. cité, p. 846.

[113] Marie Granet, Le Rôle des femmes dans la Résistance, p. 43 bis et p. 60-66. Manuscrit inédit. Source : AN, 397 AP/12.

[114] Hilary Footitt, « The First Women Députés : les 33 Glorieuses ? », dans H.R. Kedward, Nancy Wood (ed.), The Libération of France. Image and Event, Oxford, Berg Publishers, 1995, p. 131-133.

[115] Jacques Revel, « Masculin/Féminin : sur l’usage historiographiques des rôles sexuels », dans Michelle Perrot (dir.), Une histoire des femmes est-elle possible ?, Paris, Rivages, 1984, p. 128.

Anne Simonin

Anne Simonin est chercheur au CNRS (IRICE, université de Paris I et université de Paris IV). Elle a notamment publié Les Éditions de Minuit : le devoir d’insoumission (IMEC Éditions, édition augmentée, 2008) et Le Déshonneur dans la République : une histoire de l’indignité 1791-1958, (Grasset, 2008).

Mots clefs : genre ; neutre ; « citoyenneté sociale » ; héritage politique, droit de vote.

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  • ISSN 1954-3670