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« Pierre Bourdieu. Images d’Algérie, une affinité élective »

Jeu de Paume hors les murs, château de Tours, 16 juin au 4 novembre 2012

Expositions | 23.10.2012 | Anne-Laure Anizan
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Pierre Bourdieu. Images d'Algérie, une affinité électiveL’histoire d’une exposition

Le Jeu de Paume hors les murs présente au château de Tours, du 16 juin au 4 novembre 2012, l’exposition « Pierre Bourdieu. Images d’Algérie, une affinité élective ». Initialement proposée en 2003, à l’Institut du monde arabe, à Paris, l’exposition a été reprogrammée dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. Contrairement à d’autres événements culturels proposés en France en 2012, notamment la très belle exposition généraliste « Algérie 1830-1962 » du musée de l’Armée, l’approche est ici très spécifique : il s’agit de montrer combien l’expérience de terrain en Algérie influença radicalement l’orientation de Pierre Bourdieu vers une sociologie axée notamment sur les problématiques de la pauvreté et du déracinement ou encore de la domination.

Les premières recherches sociologiques qu’il effectua en Algérie, essentiellement entre 1958 et 1961, sont évoquées au travers de 150 clichés noir et blanc. L’ensemble est issu d’un fond qui comptait à l’origine 2 000 prises de vue. La moitié fut perdue par Bourdieu au fil de déménagements. Quelques images avaient servi d’illustration à ses publications, mais la plupart des photographies exposées à Tours étaient, jusqu’en 2003, demeurées inédites. En 1999, à l’occasion de la préparation de la publication en langue allemande du livre Algérie 60, Pierre Bourdieu montra au sociologue allemand Franz Schultheis plusieurs centaines de photographies prises lors de ses recherches en Algérie. Cet ancien élève de Bourdieu s’évertua à le convaincre de les rendre accessibles. Le maître se montra d’abord très réticent, par modestie, mais aussi parce qu’il ne voulait pas que ses photographies simples « outils de travail » soient artistiquement survalorisées au détriment de l’entreprise intellectuelle qui avait été le cœur de son travail. Bourdieu accepta finalement le principe d’une exposition et d’un livre qui permettraient de faire dialoguer les images et ses travaux de recherche sociologique. Jusqu’à l’automne 2001, il participa à la sélection des photographies et des extraits de textes proposés en illustration.

Après son décès en janvier 2002, Franz Schultheis et Christine Frisinghelli achevèrent de monter l’exposition dont ils réalisèrent également le catalogue [1] . Dans l’une comme dans l’autre, il s’agit de faire partager le regard de Bourdieu sur la société algérienne traditionnelle confrontée à la colonisation, mais aussi de comprendre combien cette expérience fut fondatrice dans le parcours biographique, intellectuel et scientifique de Pierre Bourdieu.

L’expérience algérienne, « une conversion biographique »

Né en 1930, entré à l’ENS en 1951, agrégé de philosophie en 1955, Pierre Bourdieu effectua entre 1955 et 1958 son service militaire en Algérie. Considéré comme « forte tête intellectuelle » parce qu’il avait exprimé des opinions hostiles à la colonisation, Bourdieu fut désespéré de ce qu’il perçut comme une « punition » [2] . La volonté de transformer sa colère en une expérience positive le conduisit, à l’issue de la période de conscription, à faire porter ses recherches sur la société algérienne avec l’objectif de réhabiliter la culture algérienne. On comprend dès lors que la société coloniale ne soit évoquée qu’au travers de clichés d’Algériens : aucun Européen n’est l’objet de l’une des 150 photographies ; il est très exceptionnel que l’un d’entre eux apparaisse, même au détour d’un cliché consacré à des autochtones.

Assistant à la faculté des Lettres d’Alger entre 1958 et 1960, le sociologue en devenir s’entoura d’étudiants – notamment d’Abdelmalek Sayad son interprète et conseiller – pour réaliser diverses enquêtes. Entre 1958 et 1961, Bourdieu s’intéressa autant aux Algériens vivant à la campagne, dans les villages traditionnels ou dans les centres de regroupement créés par la France, qu’aux urbains, notamment les plus pauvres relégués dans les bidonvilles. Le philosophe d’origine, qui se confronta sur le terrain à la démarche et aux outils de l’ethnologie et de la sociologie, évoqua ultérieurement une véritable « conversion biographique ». Bien qu’il continuât pendant de longs mois d’enseigner la philosophie, l’expérience algérienne constitua un tournant pour celui qui allait ensuite être considéré comme un maître de la sociologie. Il estima, grâce à son expérience algérienne, avoir « vieilli très vite » puis avoir ensuite « vécu sur le capital de problèmes ramassés à cette époque ». Son travail, effectué hors du milieu intellectuel parisien, qui plus est dans les conditions de la triple guerre sur le sol algérien, le fit « différent des autres sociologues » de son temps. Non seulement il travailla hors de l’Hexagone, mais encore dans une région où aux opérations de « maintien de l’ordre » dont les pratiques étaient toujours plus extrêmes, conduisant notamment à la torture des prisonniers, répondait la guérilla faite d’attentats, d’embuscades meurtrières et d’enlèvements. Dans ce contexte, Bourdieu ne bénéficia d’aucune protection particulière et, de ce fait, risqua sa vie à plusieurs reprises. Les photographies alors réalisées par lui ou par ses élèves eurent une double fonction : documentaire « pour pouvoir se souvenir », faire des descriptions ultérieures ; c’était aussi, écrivit Bourdieu, « une façon de regarder, d’intensifier mon regard, je regardais beaucoup mieux ».

Bourdieu n’ayant pas tenu de journal [3] et pas toujours catalogué les clichés présentés à Tours, beaucoup ne sont pas légendés : il n’est alors pas possible de savoir si le maître ou l’un de ses élèves en est l’auteur et, par ailleurs, de connaître précisément le lieu photographié. Dans chaque salle de l’exposition, des extraits des textes consacrés par Bourdieu à l’Algérie apportent l’éclairage du sociologue sur la société qu’il observa [4] . Le matériel amassé, complété par d’autres recherches effectuées à l’occasion de vacances et ce jusqu’en 1964, donna en effet lieu à plus de trente publications consacrées à l’Algérie, articles ou ouvrages, parmi lesquels : Travail, travailleurs en Algérie (1963), Le déracinement. La crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie (1964), Algérie 60. Structures économiques et structures temporelles (1977). Le terrain ethnologique de la Kabylie ne cessa, même après qu’il eut cessé de s’y rendre, de nourrir l’œuvre de Bourdieu et ce y compris lorsque sa réflexion s’élargit. Ses principaux travaux sur la théorie de l’action − Esquisse d’une théorie de la pratique (1972) et Le Sens pratique (1980) − naquirent ainsi de sa réflexion anthropologique sur la société kabyle traditionnelle. De même, pour son travail sur les rapports de genre La domination masculine (1998), Bourdieu s’appuya sur une analyse des mécanismes de reproduction de la domination masculine dans la société traditionnelle kabyle.

L’Algérie coloniale vue par Bourdieu

Les 150 clichés exposés à Tours sont regroupés thématiquement dans des salles successivement consacrées à « Guerre et mutation sociale », « Habitus et habitat », « Hommes et femmes », « Paysans déracinés », « Économie de la misère ».

Le visiteur doit impérativement comprendre le propos de l’exposition pour prendre la mesure des photographies exposées, au risque sinon de ressortir avec une vision très tronquée de la période où Bourdieu travailla. En effet, bien que l’Algérie ait été en guerre, celle-ci n’est jamais directement montrée : aucun soldat, ni français, ni harkis, ni combattant de l’ALN, pratiquement aucune arme (hormis un char à l’arrière-plan d’une photographie et des barbelés sur le côté d’une autre), aucun corps blessé ou mutilé, aucune épave de véhicule ou aucun village bombardé. Cliché 1 : Pierre Bourdieu, Sans titre © Pierre Bourdieu / Fondation Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy Camera Austria, Graz.Le conflit apparaît indirectement, dans des slogans ou des images que l’on suppose furtivement apposés sur des murs (cliché sur lequel figure un « Oui de Gaulle), voire à même la route (cliché comportant un « Vive le GPRA »), parfois officiellement placardés (clichés « Respectez le couvre feu, les tueurs vous guettent » — cliché 1 — ou « Ralliez-vous à la France »). La guerre apparaît aussi indirectement dans les images des centres de regroupement photographiés par Bourdieu (cliché 2). Le plan géométrique de ces nouveaux villages inspirés selon Bourdieu du castrum romain, la mise en valeur des lieux du pouvoir français, notamment de la mairie, la configuration des habitations Cliché 2 : Pierre Bourdieu, Cheraïa. Centre de regroupement en construction © Pierre Bourdieu / Fondation Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy Camera Austria, Graz.désormais quadrangulaires et sans cours, l’absence des femmes à la fontaine, montrent une société traditionnelle bouleversée. De même pour les vues de villages aux maisons sans toiture que les militaires français avaient fait démonter pour s’assurer qu’elles ne seraient plus habitées. Bourdieu condamne la colonisation et la répression dans ses photos, non sans humour parfois : ainsi, ce cliché de deux panneaux indicateurs posés côte à côte par les autorités : sur celui de droite « Commissariat à la reconstruction chantier Bou Arfa », sur celui de gauche « Route sans issue ».

Comme les images comportent, au mieux, la mention du lieu où elles ont été prises, parfois une date, et qu’aucune mise en contexte précise n’est proposée, le visiteur est livré à lui-même pour tenter une analyse. L’exposition n’ayant sans doute pas bénéficié du regard de l’historien spécialiste de la guerre d’Algérie ne propose aucun outil pédagogique permettant de décrypter politiquement les clichés proposés. Seule une très brève chronologie de la guerre d’Algérie figure dans l’une des salles. Certes, les commissaires de l’exposition tenaient à respecter la démarche de Bourdieu qui n’était pas de montrer la guerre, mais les effets de la colonisation et du conflit sur la population algérienne. Pour le visiteur, l’exposition a sur ce point néanmoins un goût d’inachevé. Rien non plus n’est dit sur l’expérience antérieure de Bourdieu comme soldat : il eut été intéressant de préciser pour le quidam qu’affecté en Algérie avant l’envoi massif du contingent, Bourdieu avait d’abord fait partie d’une petite section chargée de garder un dépôt d’essence, puis qu’il avait été, en raison de ses capacités rédactionnelles, affecté dans les services administratifs de la Résidence Générale.

Pendant des mois, Bourdieu s’intéressa donc aux Algériens. Il voulut comprendre le fonctionnement traditionnel de cette société, en grande partie rurale et très marquée par les activités agricoles. Il montra donc dans ses photos l’habitat traditionnel, reconstitua le plan de la maison kabyle type, capta les différents travaux des champs encore pratiqués de manière ancestrale (voir cliché 3, mais aussi des photos de Cliché 3 : Pierre Bourdieu, Cheraïa © Pierre Bourdieu / Fondation Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy Camera Austria, Graz.charrues tirées par des bœufs, scène de moisson à la faucille), et les activités artisanales (fabrication de poterie ou de vannerie). Il s’intéressa aussi aux bouleversements introduits par la colonisation dans d’autres parties de l’Algérie vouées à l’agriculture (cf. le beau cliché du traitement des vignes dans la Mitidja qui avait été publié en couverture de Travail et travailleurs en Algérie). Il porta aussi son regard sur la place des femmes. Si, à la campagne, le statut avait peu évolué (sauf dans les camps de regroupement dont il était question précédemment), le changement était plus net en Cliché 4 : Pierre Bourdieu, Sans titre © Pierre Bourdieu / Fondation Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy Camera Austria, Grazville. Les clichés montrèrent alors des femmes qui avaient revêtu une tenue occidentale, mais qui sortaient du foyer cachées. Bourdieu qui se plaisait à capter les « réalités dissonantes », le fit ici en figeant les signes du changement derrière la tenue traditionnelle cachant le visage et le corps : le pas de celle-ci écartait le voile et révélait la jupe barrant le genou et la chaussure à talon haut ; cette autre drapée traversait la ville en scooter (cliché 4) ; un premier groupe de femmes dont seuls le haut du visage et les mains apparaissaient contemplait une vitrine de chaussures à la mode occidentale tandis qu’un autre groupe vêtu de Cliché 5 : Pierre Bourdieu, Sans titre © Pierre Bourdieu / Fondation Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy Camera Austria, Graz.même buvait au comptoir d’un café. L’urbanisation fruit de la colonisation était montrée dans de nombreux clichés. Tantôt Bourdieu photographia des Algériens avec en arrière-plan des immeubles qui n’étaient pas sans rappeler les logements collectifs construits en masse à l’époque en métropole (cliché 5). Tantôt, il montra la pauvreté la plus radicale : clichés de mendiants (cliché 6) d’enfants dont le Cliché 6 : Pierre Bourdieu, Sans titre © Pierre Bourdieu / Fondation Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy Camera Austria, Graz.dénuement se lisait dans les vêtements, d’enfants travaillant, vendant par exemple des journaux ; clichés de brocante permettant de vendre et de se procurer tout un bric-à-brac d’objets usagés ou encore de marchand ambulant proposant sur la carriole qu’il poussait à la main divers objets en ferblanterie (cliché 7).

Certes cette exposition est à de nombreux égards émouvante. Elle est l’occasion de découvrir Cliché 7 : Pierre Bourdieu, Marchand ambulant, Bab-el-Oued, avril 1959. © Pierre Bourdieu / Fondation Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy Camera Austria, Graz.l’œuvre photographique de Bourdieu. Bien qu’il n’ait absolument pas conçu ses clichés comme telle, la beauté de beaucoup de photographies est indéniable. Les commissaires ont cependant respecté son vœu en évitant tout discours esthétisant : elles ne sont montrées que comme des instruments de travail. L’exposition donne à voir aussi une expérience initiatique et son influence à long terme sur l’œuvre de Bourdieu. Elle permet également une plongée instructive dans les textes du sociologue. Franz Schultheis et Christine Frisinghelli, qui avaient commencé de la concevoir avec lui, avaient estimé qu’il n’y avait pas de plus bel hommage que d’éclairer ses photos uniquement par ses écrits. L’initiative était, en 2003, tout à fait louable.

L’exposition proposée au château de Tours pose cependant un problème de fond. Conçue en 2003 pour parler du travail de Bourdieu, elle est, en 2012, reprise telle quelle dans le cadre des manifestations du cinquantenaire de l’indépendance. Les premières lignes du fascicule distribué gratuitement à tous les visiteurs justifient d’ailleurs cette reprogrammation au motif du contexte des commémorations. Dès lors que l’exposition s’insère dans le contexte d’un travail de mémoire visant à questionner l’expérience collective de la société française face à la colonisation/décolonisation de l’Algérie, le visiteur s’attend à ce que lui soit proposée une grille de lecture historique. Elle n’en comporte cependant pas et donne le sentiment d’un malentendu. La chronologie de la guerre d’Algérie portant sur les événements politiques et militaires « plaquée » en fin du fascicule gratuit apparaît tout à fait en décalage avec le sujet de l’exposition. On regrettera en revanche qu’aucun véritable travail de mise en perspective des clichés par rapport à la situation coloniale et guerrière de l’Algérie n’ait été réalisé. Le visiteur est livré à lui-même pour comprendre la signification de bien des situations photographiées par Bourdieu. Les textes choisis pour illustrer des ensembles de clichés offrent l’analyse rétrospective du sociologue sur tel ou tel phénomène. Ils ne se substituent pas à un commentaire précis des photographies exposées. Les lieux choisis auraient en outre gagnés à être situés par de simples cartes.

Par ailleurs, cette exposition théoriquement grand public, comme l’étaient les précédentes présentées par le Jeu de Paume hors les murs au château de Tours, s’adresse à un visiteur lambda qui n’est pas nécessairement sociologue de formation et encore moins spécialiste de l’œuvre bourdieusienne. On aurait donc aimé que soit mieux contextualisé le travail en Algérie par rapport au parcours biographique de Bourdieu évoqué au travers d’une simple chronologie et par l’intermédiaire d’un extrait d’interview. Le visiteur est appelé à reconstituer seul les morceaux d’un puzzle complexe, dont on ne lui livre qu’une partie des pièces, et encore de manière désordonnée. De même, rien n’est dit d’un point de vue de l’histoire intellectuelle du groupe qui travaillait avec Bourdieu en Algérie, ni, plus généralement, de l’inscription de son analyse sur l’Algérie dans l’histoire de la sociologie.

« Pierre Bourdieu. Images d’Algérie, une affinité élective » se révèle donc une belle exposition, qui laisse néanmoins un goût tout à la fois de hiatus par rapport au cinquantenaire et d’occasion manquée d’en apprendre plus sur la sociologie, sur Bourdieu et sur l’Algérie qui avait été son premier terrain d’étude ô combien fondateur de son parcours scientifique.

Notes :

[1] Franz Schultheis et Christine Frisinghelli, Pierre Bourdieu. Images d’Algérie, une affinité élective, Arles, Actes Sud, Camera Austria, Première édition 2003, réédité en 2010, 222 p, 25,40 €.

[2] Extrait de « La sociologie est un sport de combat », entretien de Pierre Bourdieu avec Maria Andrea Loyola, 1999, 8’17’’. Les citations suivantes sont extraites de ce documentaire.

[3] Pierre Bourdieu le regrette à plusieurs reprises dans l’entretien qu’il avait accordé à Franz Schultheis en juin 2001, entretien publié dans le catalogue de l’exposition p. 19-44.

[4] Le catalogue de l’exposition offre des extraits beaucoup plus conséquents permettant d’appréhender plus précisément les analyses de Pierre Bourdieu sur l’Algérie.

Anne-Laure Anizan

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  • ISSN 1954-3670