Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Jeune Europe, jeunes d'Europe

Coordination : Ludivine Bantigny et Arnaud Baubérot

Jeune Europe, jeunes d'Europe. Engagements militants et organisations de jeunesse face à la construction européenne

Arnaud Baubérot

Jeune Europe : on peut penser que l’accolement de ces deux termes fleure bon l’oxymore. Le vieux continent pourrait-il retrouver sa jeunesse ? C’est en tout cas ce dont ont voulu se persuader bon nombre de militants de l’unité européenne. Dès les années vingt, en effet, au sentiment que l’Europe, épuisée par la guerre, est entrée dans sa phase de déclin, s’oppose la certitude qu’elle pourra trouver, dans le rapprochement des nations, les voies de sa régénération. Cette idée, à dire vrai, n’allait pas de soi. À la veille du conflit, l’enquête d’Agathon sur Les Jeunes Gens d’aujourd’hui révélait un nationalisme débordant de dynamisme juvénile. Quatre années de conflit n’ont pas éteint cette flamme. L’âge du nationalisme n’est pas révolu et le bouillonnement européiste reste encore minoritaire. Il faudra attendre qu’un deuxième cataclysme, d’ampleur véritablement mondiale cette fois, change le continent en un champ de ruines et qu’un rideau de fer le divise en deux parties antagonistes pour que la construction de l’unité européenne passe véritablement de l’ordre des idées à l’ordre des faits. Il reste, néanmoins, que l’association de cette unité à un rajeunissement de l’Europe a été posée dès les années vingt et qu’elle va durablement constituer l’une des justifications.


Genèses de l'Europe, jeunesses d'Europe. Entre enchantement et détachement

Ludivine Bantigny

L’adresse à la jeunesse n’est souvent qu’une posture rhétorique. L’interpeller, lui prêter maintes qualités, l’associer à la cause qu’on entend plaider : autant de moyens agissants pour se donner à soi-même une nouvelle jeunesse. Mais ces artifices discursifs ne permettent, la plupart du temps, qu’un simple ravalement : c’est une cure de jouvence faite à bon compte. Bertrand de Jouvenel le remarquait en 1930 : « Faire les États-Unis d’Europe », ce peut n’être qu’« une de ces formules vides par lesquelles les politiciens vieillis rajeuniront leur vocabulaire sans changer leurs actes ». Plus frappantes sont les périodes où des jeunes deviennent eux-mêmes des militants et se distinguent ainsi par leurs engagements.


Le militantisme européen, une approche générationnelle (des années 1920 au début des années 1950)

Jean-Michel Guieu

L’idée européenne marquée par « des années vingt flamboyantes, des années trente résistantes, des années quarante renaissantes, des années cinquante entreprenantes» a été promue durant toute cette période par un actif militantisme, porté essentiellement par certaines élites européennes. Par militantisme européen, nous entendons l’action collective menée par un certain nombre d’individus par le biais de structures de propagande spécifiques, afin de faire triompher l’idée d’unité européenne auprès de l’opinion publique et des sphères décisionnelles. Cet activisme pro-européen connaît durant le premier XXe siècle ses heures les plus fastes, mais aussi les plus sombres, que l’on songe au dévoiement de l’idéal européen à l’époque de la Seconde Guerre mondiale.


« La Paix par la jeunesse ». Marc Sangnier et la réconciliation franco-allemande, 1921-1939

Olivier Prat

L’un des traits marquants de l’entre-deux-guerres est le foisonnement des organisations de jeunesse. À l’essor de l’action catholique spécialisée – la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) est fondée en 1925 – répond l’expansion des Auberges de Jeunesse – la première s’ouvre en France en 1929 –, tandis que le scoutisme offre aux partis de tous bords une matrice où former leurs jeunes militants. Les adultes ne sont pas les seuls auteurs de ces initiatives ; les jeunes eux-mêmes s’organisent, que ce soient les usagers des Auberges ou les cadets de mouvements politiques tels les « Jeunes Turcs » du parti radical. Au lendemain d’une guerre qui devait être la « der des ders », le combat pour la paix participe de ce bouillonnement. De la gauche à la droite nationaliste, on mobilise les étudiants pour défendre la paix : ici, ce sont les Camelots du roi, les Jeunesses patriotes ou les Fils et filles de Croix de Feu ; là, c’est la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste (LAURS) ou Notre Temps de Jean Luchaire. L’Internationale démocratique fondée par Marc Sangnier (1873-1950) ne fait pas exception quand elle prône et cherche à organiser « la Paix par la jeunesse ».


Les jeunes de la Conférence Olivaint et l'Europe, de 1919 à 1992

David Colon

La Conférence Olivaint occupe une place singulière dans le paysage des conférences d’étudiants en France en raison de sa longévité, de ses origines jésuites et, surtout, de la vocation qu’elle affiche depuis sa fondation jusqu’à nos jours : former une élite à la vie publique. Créée à l’automne 1874 par la Compagnie de Jésus dans le cadre de sa congrégation mariale, la Conférence a pris, deux ans plus tard, le nom d’un jésuite exécuté par les Communards, Pierre Olivaint. La Conférence Olivaint a pour ambition de regrouper et d’encadrer les jeunes étudiants catholiques de Paris, pour la plupart, issus des collèges jésuites, et de les former à la vie publique dans un esprit de défense religieuse : « La Conférence Olivaint a pour but de préparer (les jeunes gens qui en font partie), par le travail et l’exercice de la parole, à devenir les défenseurs des intérêts de l’Église et du Pays », peut-on lire dans le règlement intérieur de 1879. Le cœur de la formation réside dans la séance hebdomadaire du mercredi soir, au cours de laquelle un sujet littéraire est débattu en présence de l’aumônier-directeur jésuite.


Les jeunes des Nouvelles Équipes Internationales, entre jeune Europe et nouvelle chrétienté

Laurent Ducerf

Les Nouvelles Équipes Internationales (NEI) sont un objet historique mal défini et souvent réduit à la formule « Internationale démocrate chrétienne », ce qu’elles ne sont pas au sens propre et, surtout, ce que leurs fondateurs ne voulaient pas qu’elles fussent à leur naissance, en 1947. Elles s’inscrivent dans la riche histoire européenne de la démocratie chrétienne qu’incarnent ces trois hommes de la frontière que sont le Lorrain Robert Schuman, le Trentin Alcide De Gasperi et le Rhénan Konrad Adenauer. L’alchimie de l’après-guerre permet de synthétiser divers éléments qui travaillaient les milieux démocrates-chrétiens et catholiques-sociaux à partir des années 1920 : l’idéal communautaire, le fédéralisme chrétien d’un Alexandre Marc et la nouvelle chrétienté de Jacques Maritain.


« L'Europe à bâtir » : la question européenne dans les mouvements de jeunesse socio-éducatifs (1945-1963). Le cas alsacien

Julien Fuchs

Entre le 27 et le 29 mai 1960, 26 000 jeunes issus du monde rural, venus de toute l’Europe, convergent vers Lourdes pour la première rencontre internationale de la jeunesse rurale. Partageant, selon les organisateurs, une « condition semblable » à un « tournant décisif dans l’histoire du monde paysan », ils discutent de l’avenir des campagnes en dénonçant les méfaits d’un exode rural toujours plus massif et d’une machinisation déshumanisante. Du 17 au 22 juillet 1962, la quarante-neuvième session des Semaines sociales de France, qui a lieu à Strasbourg, prend pour thème « l’Europe des personnes et des peuples ». Diverses figures du monde catholique s’y rassemblent, parmi lesquelles nombre de dirigeants des mouvements de jeunes, afin d’évoquer la possibilité d’une construction européenne basée sur l’idée d’un bien commun et, ainsi, de favoriser la prise de conscience que l’Europe est un « instrument d’équilibre et de prospérité » impliquant une « solidarité des nations ».


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  • ISSN 1954-3670