Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Jeune Europe, jeunes d'Europe

Coordination : Ludivine Bantigny et Arnaud Baubérot

« La Paix par la jeunesse ». Marc Sangnier et la réconciliation franco-allemande, 1921-1939

Olivier Prat
Résumé :

De 1919 à 1939, Marc Sangnier, figure clé du catholicisme social français, consacre toutes ses énergies à la réconciliation franco-allemande. Douze congrès démocratiques pour la paix donnent ainsi (...)

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L’un des traits marquants de l’entre-deux-guerres est le foisonnement des organisations de jeunesse [1] . À l’essor de l’action catholique spécialisée – la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) est fondée en 1925 – répond l’expansion des Auberges de Jeunesse – la première s’ouvre en France en 1929 –, tandis que le scoutisme offre aux partis de tous bords une matrice où former leurs jeunes militants. Les adultes ne sont pas les seuls auteurs de ces initiatives ; les jeunes eux-mêmes s’organisent, que ce soient les usagers des Auberges ou les cadets de mouvements politiques tels les « Jeunes Turcs » du parti radical. Au lendemain d’une guerre qui devait être la « der des ders », le combat pour la paix participe de ce bouillonnement. De la gauche à la droite nationaliste, on mobilise les étudiants pour défendre la paix : ici, ce sont les Camelots du roi, les Jeunesses patriotes ou les Fils et filles de Croix de Feu ; là, c’est la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste (LAURS) ou Notre Temps de Jean Luchaire. L’Internationale démocratique fondée par Marc Sangnier (1873-1950) ne fait pas exception quand elle prône et cherche à organiser « la Paix par la jeunesse ».

Née de la conviction que l’établissement d’une paix définitive passe par une politique de conciliation entre la France victorieuse et l’Allemagne vaincue, l’Internationale démocratique insiste sur le rapprochement des peuples par le « désarmement des haines ». La main tendue à « l’autre Allemagne », l’Allemagne pacifique et démocratique, devient une fraternisation enthousiaste avec la jeunesse allemande. Une évolution qui n’est pas sans rappeler celle des jeunes radicaux de Notre Temps. Pourtant, Sangnier et la Jeune-République échappent à la grande dérive qui mène nombre de ces derniers à la collaboration. Aussi, en étudiant l’évolution de cette Internationale démocratique d’une guerre à l’autre, on cherchera à comprendre comment la Jeune-République a tenté et, finalement, réussi à concilier le « désarmement des haines » et l’anti-fascisme résistant.

Naissance de l’Internationale démocratique

De juin 1919 à mars 1924, Marc Sangnier, président de la Jeune-République, petite ligue issue du catholicisme social et républicain, est député. Pendant quatre ans, il suscite les sarcasmes de ses collègues du Bloc national – parmi lesquels il a pourtant été élu – en affirmant qu’il faut se réconcilier avec « l’autre Allemagne », l’Allemagne pacifiste [2] . Son engagement en faveur de ce qu’il appelle le « désarmement des haines » entre les deux pays ne ressortit toutefois d’aucune idéologie humanitaire mais d’un bon sens pragmatique :

« [...] Je me demande sérieusement si quelqu’un a la candeur de se figurer que ces 42 ans [il s’agit de la durée prévue alors pour le paiement des réparations] passeront sans qu’il n’y ait rien de changé dans le système actuel des alliances ; si, pendant 42 ans, un peuple de 60 millions d’habitants, dont on dit que la force demeure presque intacte, qu’il va se ressaisir, accroître sa puissance par le développement même de sa vie économique [...] acceptera de demeurer tributaire des autres nations [3] . »

Selon lui, la France doit profiter d’un rapport de force qui lui est temporairement favorable pour s’entendre avec le vaincu afin d’obtenir de lui le respect pérenne de ses intérêts. C’est la raison du soutien de Sangnier à Briand qui, en octobre 1921, abandonne la politique de la « main au collet » pour une politique d’entente. C’est pour la même raison qu’il s’oppose à la politique de Poincaré lors de l’occupation de la Ruhr [4] .

À ses yeux, cela ne suffit pourtant pas. De même qu’il est convaincu qu’il n’y a pas de démocratie réelle sans un engagement direct des citoyens, Sangnier pense qu’il n’y a pas de paix durable sans une participation directe des peuples. C’est pourquoi il engage la Jeune-République dans l’organisation d’un congrès démocratique international qui se tient à Paris en décembre 1921 :

« [...] Tel est le sens même de notre Internationale démocratique : grouper, dans tous les pays, ceux qui pensent comme nous que nulle tractation diplomatique, nul désarmement matériel, à eux seuls, ne peuvent être efficaces. Je ne dis pas qu’ils soient inutiles, [...] mais je dis qu’à soi tout seul, le désarmement n’a pas de vertu opérante, parce que l’on peut, en quelques semaines, rétablir une armée formidable et se servir des industries-mêmes de la paix pour préparer les engins de mort [...] [5] . »

L’Internationale démocratique est créée, non seulement, pour promouvoir la réconciliation des peuples et le « désarmement des haines » mais, aussi, pour les incarner. Ainsi, ce premier congrès démocratique rassemble les représentants de 21 nations dont 9 Allemands et 3 Autrichiens. Lors de la réunion publique de clôture, Sangnier donne symboliquement la parole à l’abbé badois Metzger : c’est la première fois qu’un Allemand parle ainsi publiquement à Paris depuis 1914 [6] . Par ailleurs, les congressistes étudient les moyens pour « renouveler intérieurement les peuples » : l’école, la presse, les meetings, ainsi que les forces morales ou religieuses doivent être mobilisés. Le deuxième congrès se réunit à Vienne, dans le même but de réconciliation, en septembre 1922.

Ces deux premiers congrès n’ont pas été marqués par les jeunes. À Paris, environ 150 personnes, dont 47 étrangers, se réunissent dans les locaux de la Jeune-République, boulevard Raspail [7] . Largement majoritaire, les Français sont surtout des quadragénaires : jeunes-républicains comme Georges Hoog, bras droit de Sangnier, le juriste Louis Rolland ou Maurice Coquelin mais aussi Jules Prudhommeaux de la Paix par le Droit ou l’éditeur catholique Edmond Bloud. Il faut leur ajouter le radical Ferdinand Buisson qui appartient à la génération précédente. Parmi les 9 Allemands – la délégation étrangère la plus nombreuse –, on trouve essentiellement des prêtres – les abbés Jocham, secrétaire de la Ligue des catholiques allemands pour la paix et Metzger, président de la Ligue internationale catholique installée à Graz –, l’universitaire Dietrich von Hildebrand, président de la Société des universitaires catholiques de Munich ou encore le comte Harry Kessler. Les étudiants ne représentent que 4% des congressistes. C’est à peine mieux à Vienne, l’année suivante, où ils sont environ 8% des 237 participants [8] .

Le troisième congrès démocratique, qui se tient à Fribourg en 1923, marque un saut à la fois quantitatif et qualitatif. « À Fribourg, il y eut la jeunesse », lit-on dans le compte-rendu de Georges Hoog… La jeunesse allemande, peut-on ajouter [9]  ! En effet, les 162 étudiants réunis dans la Forêt Noire représentent 21% des congressistes. Parmi eux, 150 sont de jeunes Allemands appartenant aux Quickborn, Grossdeutchen, Neuwerk ou jeunes socialistes... Âme du congrès, leur rencontre bouleverse l’image que Sangnier avait de l’Allemagne, comme il en témoigne à la Chambre des députés :

« Cet éveil de bonne volonté pacifiste, je savais bien qu’il existait, mais je croyais que l’immense majorité du peuple allemand, malgré la forme républicaine de la constitution actuelle, demeurait encore attachée aux vieilles conceptions pangermanistes et militaristes. J’ai été joyeusement surpris, comme par une suggestive révélation, lorsque, il y a quelques mois, au commencement d’août, à notre congrès international de Fribourg, je vis tout d’un coup surgir, ardente, généreuse, violente dans ses revendications de paix [...] cette jeunesse qui applaudissait non seulement l’idée d’une réconciliation franco-allemande, mais l’affirmation de la nécessité des réparations que l’Allemagne doit à la France. (Applaudissements à l’extrême gauche) [10] . »

Cette « révélation » est d’autant plus « suggestive » qu’elle rejoint le rêve qu’il porte depuis le Sillon, d’une jeunesse « ardente, généreuse, violente dans ses revendications », c’est-à-dire, profondément idéaliste [11] . Ce sont les qualités qu’il avait encouragées chez la Jeune Garde du Sillon et qu’il ne retrouvait pas chez les Volontaires de la Démocratie [12] . Dès lors, la jeunesse devient le fer de lance de l’Internationale démocratique, les mouvements de jeunesse allemands étant le modèle à imiter. Il faut pourtant attendre Luxembourg, deux ans plus tard, pour que germe l’idée d’un congrès qui leur soit plus spécifiquement destiné. Marc Sangnier, le premier, en forme le vœu à la fin du meeting des jeunes, le 12 septembre 1925. Sa proposition est accueillie avec enthousiasme par l’auditoire [13] . De cette idée naît le sixième congrès démocratique international pour la paix tenu en Seine-et-Oise à Bierville (commune de Boissy-la-Rivière), domaine possédé par Marc Sangnier.

Le congrès de Bierville (août 1926)

« Le principal sujet mis à l’étude doit être, en 1926, la situation présente, tant morale qu’économique, de la jeunesse, et la propagande pacifique dans les milieux de jeunes » indique Marc Sangnier dans le numéro de La Jeune-République annonçant le congrès [14] . Principaux invités de ce congrès, les jeunes en sont aussi le sujet central, choix qui répond autant à leur attente qu’à la volonté de Sangnier de les jeter au cœur du combat pour la paix. Ce n’est plus une seule semaine, comme les années précédentes, qu’annonce Sangnier, mais un mois entier de rencontres, de cours, de voyages, de visites, le congrès proprement dit ne s’ouvrant qu’à partir du 16 août. Cet éclatement des cadres étroits du calendrier marque bien la volonté de donner une nouvelle ampleur au combat pour la paix, de faire de ces quatre semaines un événement exceptionnel à la mesure de l’enthousiasme des jeunes tel qu’il s’est révélé à Fribourg. C’est aussi une façon de faire écho au nouveau contexte international qu’introduit l’ère Briand-Stresemann : Bierville doit être le Locarno de la jeunesse du monde.

Le « Mois international » débute par un « pèlerinage de la Paix » du 1er au 8 août 1926. Venus par trains spéciaux depuis Strasbourg, Sarrebruck et Maubeuge, 977 pèlerins, surtout allemands, vont à Reims, Laon, Amiens et Rouen puis convergent à Bierville le dimanche 8 août. Le lendemain, s’ouvre une semaine d’enseignement organisée autour de trois thèmes : les idées démocratiques et la guerre ; les jeunesses nationales et le problème de la paix ; les organisations internationales. Les intervenants sont des spécialistes : universitaires – le juriste Louis Rolland, l’historien allemand Herman Platz, l’économiste britannique Kingsley Martin –, membres de mouvements de jeunesse – Robert Bobin du Groupement universitaire français pour la Société des Nations (SDN), Paul Archambault directeur des Cahiers de la Nouvelle Journée, l’Américain Ellis Chadbourne de la Federation of Youth –, représentants d’organisations internationales – le journaliste Stephen Valot, André Tolédano de l’Institut de coopération intellectuelle, René Cassin de l’Union fédérale des anciens combattants, etc. Un déjeuner au Quai d’Orsay présidé par Barthou clôt la semaine [15] .

Le Congrès débute le 16 août à 21 heures. 33 nations sont représentées par les 5 410 congressistes. 59% sont allemands et 31% français. Les mouvements de jeunesse prédominent : Quickborn, Wandervœgel, Grossdeutchen... pour les Allemands ; scouts, Jeunes républicains, groupes d’étudiants pour les Français [16]  ; British Federation of Youth pour les Britanniques. Ils occupent le « Camp de la Paix » aménagé sur une colline face au château et équipé grâce à un hangar et à des tentes de l’armée. Avec eux, des familles, des femmes et des membres du clergé, sans oublier les personnalités : politiques, comme Pierre Dupong, ministre luxembourgeois, Albert Carnoy, sénateur belge, Bergstraesser, Madame Schreiber, députés et anciens députés au Reichstag, Charles-Henry, chef de cabinet de Painlevé ; épiscopales, comme Gibier de Versailles, Julien d’Arras, Monnier de Troyes ; les journalistes Stephen Valot de L’Œuvre, Jean Guiraud de La Croix, Francisque Gay de La Vie catholique ; ainsi que Ferdinand Buisson, Adéodat Boissard de l’Association internationale pour le progrès social, Gaston Tessier de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et Paul Devinat représentant le Bureau international du Travail.

Le « Mois international de la Paix » fut une réunion familiale dont témoigna Henry Korab du Matin :

« Jamais sans doute congrès international n’a débuté dans pareille atmosphère. Les congressistes ne sont d’ailleurs pas des pacifistes professionnels. Il semble qu’ils sont venus à Bierville pour faire la paix dans l’intimité, une sorte de paix familiale en dehors de la politique. [...] Dans le parc du château, une séance de commission se tient en plein air. Hommes, femmes et même quelques enfants font cercle, pêle-mêle assis ou étendus par terre. Bon public et peu contrariant [...]. Voici une charmante petite rivière où un jeune Anglais a invité une Allemande, également jeune, à faire une partie de canotage [...]. Et pendant qu’un homme de couleur très noire prend en photo cette petite scène idyllique, deux curés, indifférents, longent la rive en lisant leur bréviaire [17]  ».

Cette convivialité bucolique est la principale réussite du congrès. Elle réalise ce « désarmement des haines » dont Marc Sangnier et la Jeune-République font la pierre angulaire de la paix européenne : les congressistes – particulièrement les jeunes – expérimentent la paix qu’ils veulent pour l’Europe. Ils la mettent aussi en scène en participant à plusieurs célébrations au théâtre de Verdure du château. Le meeting d’ouverture donne le ton de cette liturgie. Depuis le « Camp de la Paix », un long ruban lumineux de mille torches se déroule sur plus d’un kilomètre. Il encadre un cortège portant les drapeaux des 33 nations représentées. En tête, marchent Sangnier et les orateurs inscrits. Dans le théâtre, le cortège emplit les trois plates-formes, les orateurs sur la première, les vexillaires sur la seconde, les porteurs de torches les enveloppant sur les deux derniers degrés. Quand tous sont là, une musique militaire annonce les discours. La solennité, la magie de la lumière, de la musique, des drapeaux flottant au vent manifestent la volonté de ne laisser ni aux militaires ni aux nationalistes le sens de la parade et du panache.

Acmé de l’Internationale démocratique, le congrès de Bierville provoque aussi le premier fêle en son sein, à propos de l’objection de conscience. Alors que les jeunes Allemands défendent le projet avec vigueur, au nom de la souveraineté absolue de la conscience, les Français se montrent soucieux de tenir compte des droits de l’État et réclament l’instauration d’un service civil, gage de la sincérité des objecteurs. Ils sont responsables du rejet de la motion allemande présentée par le docteur Ehlen, ce qui laisse des séquelles durables. La réconciliation franco-allemande marque le pas : les pacifistes radicaux allemands ne pardonnent pas aux Français d’avoir écarté la motion Ehlen. Mais en rencontrant ces mêmes pacifistes radicaux, comme Vitus Heller au congrès de Wurtzbourg en 1927 [18] , la Jeune-République éloigne d’elle les catholiques modérés très présents à Fribourg et Bierville. L’indigence de la délégation française à Wurtzbourg – 80 personnes – renforce de surcroît leur amertume. Enfin, la crise de 1929 catalyse un double changement : tandis que l’opinion française bascule dans le pacifisme, cet idéal s’affaiblit au contraire outre-Rhin [19] .

Les Volontaires et le Foyer de la Paix

Paradoxalement, c’est au moment où l’Internationale démocratique s’essouffle que Marc Sangnier fonde le Foyer de la Paix où se multiplient les initiatives pour prolonger l’esprit de Bierville. Une enseignante britannique, Eva Margaret Gilpin, organise, en août 1927, une « École internationale de vacances » afin de « faire revivre, pour ses élèves, les jours heureux de Bierville [20]  ». Cinquante jeunes Anglais, autant d’Allemands et trente et un Français passent quinze jours ensemble à Bierville pour apprendre la langue de l’autre afin d’aboutir à une communion de sentiment. L’expérience est suffisamment réussie pour être renouvelée à Fribourg l’année suivante [21] . C’est dans le même esprit que Marc Sangnier introduit en France les Auberges de Jeunesse : la première, l’Épi d’or, s’ouvre à Bierville en 1929. L’année suivante, il fonde la Ligue française pour les Auberges de Jeunesse (LFAJ) afin de soutenir la création d’Auberges dans toute la France. Comme en témoigne Dominique Magnant, l’un des principaux artisans de ce développement :

« Je pensais que les Auberges [...] pouvaient être un instrument de découverte mutuelle entre les hommes différents, qui ne se rencontrent pas, des hommes de milieux professionnels différents, de niveaux sociaux différents, d’options religieuses différentes et de nationalités différentes. Tout ça s’effaçait lorsque, dans les Auberges, tout le monde faisait cuire la soupe ensemble [22] . »

Modestement mais efficacement, ces deux initiatives permettent à des jeunes d’Europe de se rencontrer, de se mélanger, prolongeant ainsi l’expérience de 1926.

Parallèlement, Sangnier crée un mouvement de jeunes pacifistes sur le modèle allemand : les Volontaires de la Paix. Un premier noyau se constitue dès janvier 1928 mais la première réception solennelle a lieu la nuit du 14 juillet, à Bierville, autour d’un feu de camp [23] . Vingt-quatre jeunes garçons de quinze à vingt-cinq ans sont alignés, revêtus de leur uniforme, béret basque bleu foncé orné de l’insigne « Pax », chemise de flanelle écrue et insigne, foulard bleu outremer attaché par une boucle en lacets de cuir tressés, culotte bleu foncé et ceinture de cuir dont la boucle porte également l’inscription « Pax », bas de sport bleu foncé à revers rouge vif. Le feu de camp et l’uniforme font immédiatement songer au scoutisme. Des scouts entourent d’ailleurs les Volontaires lors de la fête. Cette petite phalange doit devenir le principal vecteur des idées internationalistes et pacifistes par sa vie, son témoignage et la vente des journaux du Foyer de la Paix : le Volontaire puis L’Éveil des peuples [24] .

Ainsi, un camp de Pâques se tient à Bierville du 30 mars au 7 avril 1929. Sept équipes sont réunies, soit une quarantaine de Volontaires. Trois d’entre elles sont chargées d’une tournée de propagande : elles doivent « suivre un parcours tiré au sort, vendre des timbres, coller des affiches, faire de la propagande, et être le jeudi soir à 5 h 30 ferme de l’Entonnoir, à Châlo-Saint-Mars », les jeunes devant se « débrouiller » quant aux questions pratiques [25] . La « promenade », qui sillonne plusieurs villages, soit un parcours de 25 à 30 kilomètres, a des allures de travaux pratiques. Sous des dehors bon enfant, la propagande n’est pas laissée au hasard : une accroche musicale dans les villages traversés, la musique et les chants servant à attirer puis à conserver l’attention des populations. Ils leur donnent une occasion de s’attarder et de lire les affiches préalablement placardées. La troisième phase peut alors commencer, celle de la vente de timbres et du Volontaire.

Lors du neuvième congrès démocratique, la « Croisade de la jeunesse pour la Paix », du 16 août au 1er septembre 1929, donne aux Volontaires l’occasion d’étendre leur action à tout le territoire. Parties des différentes frontières françaises, huit colonnes internationales convergent vers Paris et Bierville, comme en 1926. La route est, le plus souvent, parcourue à pied. Chaque étape est marquée par des chants, des danses, des ventes à la criée des journaux jeunes-républicains et de meetings en plein air. Cette « Croisade » est aussi un nouveau pèlerinage sur les lieux de la Grande Guerre. Le 25 août, la colonne du Nord se rend ainsi à l’ossuaire de Lorette et sur les tombes des soldats, notamment celle d’un ancien sillonniste, Amédée Guiard. Français et Allemands y redisent leur haine de la guerre. C’est cet esprit de pèlerinage que l’on retrouve en 1932 lors des « Journées de l’espérance » dont le point d’orgue est le pèlerinage sur la tombe de Briand aux obsèques duquel les Volontaires ont monté une garde d’honneur quelques mois plus tôt.

Les Rencontres internationales

Malgré l’arrivée de Hitler au pouvoir et la fin des congrès démocratiques, tout contact avec l’Allemagne ne disparaît pas. En janvier 1932, des « Rencontres internationales » hebdomadaires sont instaurées [26] . Organisées par la fille de Sangnier, Madeleine, elles doivent être « un foyer fraternel de vie et de rayonnement » abordant les « sujets les plus divers, touchant aux relations des peuples entre eux, à leur effort vers la paix » [27] . Le mot d’ordre est de « Se connaître pour mieux se comprendre [28]  ». Jusqu’à la saison 1933-1934, les membres du Foyer de la Paix, à commencer par Marc Sangnier, en sont les principaux orateurs. Cependant, dès 1934, les intervenants viennent d’horizons très variés : un jeune nazi, Hans von Tiesenhausen, présente la jeunesse hitlérienne le 19 novembre 1934, tandis que l’écrivain soviétique Ilya Ehrenbourg fait connaître les Komsomols le 1er avril 1935 ; un jeune Juif, Jean-Maurice Muslak, traite d’un séjour d’un mois en Palestine le 18 novembre ; le Coréen Seu Ring-Hai plaide la cause de son pays opprimé par le Japon le 11 mai 1936 et Michel Yremiyev défend l’indépendance du sien, l’Ukraine, le 25.

Toutefois, ces rencontres ne cèdent pas à la complaisance, comme le montre la « querelle de générations » entre Julien et Jean Luchaire. Les 22 et 23 avril 1933, le Comité d’entente de la jeunesse française pour le rapprochement franco-allemand, présidé par Jean Luchaire, directeur du journal Notre Temps, tribune des jeunes radicaux-socialistes, reçoit des représentants de la jeunesse d’outre-Rhin menés par Otto Abetz [29] . Une trentaine de Français, catholiques de l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) ou du Sillon catholique, démocrates chrétiens du Parti démocrate populaire (PDP), militants du Foyer de la Paix – André Bossin – et de la Jeune-République [30] , radicaux de Notre Temps, de la LAURS, des Jeunesses laïques et républicaines, membres des Jeunesses socialistes-nationales, du Groupement universitaire pour la SDN et de celui pour le rapprochement franco-allemand, aréopage allant du centre droit à la gauche non-communiste, rencontrent une dizaine d’hitlériens et autres jeunes nationalistes. Malgré des désaccords, les discussions se font « dans une atmosphère de cordialité et de sincérité réciproque », au point qu’André Bossin propose une nouvelle réunion, boulevard Raspail cette fois [31] . Une quinzaine de jeunes y entourent Sangnier. Interrogés, les Allemands réduisent les violences à des excès condamnés par Hitler et déclarent que le Reich ne veut pas la guerre mais l’égalité de droit. Ils ne font pas moins bon marché de la liberté individuelle [32] .

Cette rencontre soulève une vive émotion qui débouche sur une réunion au Foyer de la Paix entre Jean Luchaire, Bertrand de Jouvenel, leurs amis et Victor Basch, Émile Kahn, Albert Bayet, Bernard Lecache, Régis de Vibraye, Cécile Brunschvicg, Germaine Malaterre-Sellier et Marc Sangnier [33] . Tous sont unanimes pour condamner les violences nazies, pour juger indispensable le secours aux réfugiés, mais aussi pour considérer que la République doit discuter avec l’Allemagne nazie afin de construire la paix. Le débat est de savoir si l’accueil fait aux jeunes hitlériens peut être « cordial [34]  ». Jean Luchaire et ses amis inclinent à n’y voir qu’une « querelle des générations [35]  ». Son père, Julien, lui répond dans L’Éveil du 4 juin. Forcé d’admettre le « fait » hitlérien, il n’en réaffirme pas moins la « valeur » de « scrupules » moraux :

« Avoir des contacts explicatifs avec des gens dont je sais que la position fondamentale est imbécile [...] cela m’ennuie Jean Luchaire. Avoir l’air de temps en temps au moins d’oublier la répulsion que cela m’inspire [...] cela m’inquiète Jean Luchaire. Je me demande de quel ton je pourrais continuer à dire aux réfugiés allemands que je suis de tout cœur avec eux, s’ils savent que je suis en relations cordiales avec leurs persécuteurs [...] cela me gêne Jean Luchaire [36] . »

D’un point de vue « réaliste », « pratique », enfin, Julien Luchaire s’affirme convaincu que la « réprobation morale » peut conduire les hitlériens à « mettre de l’eau dans leur vitriol », quand les « contacts cordiaux » ne font que « les encourager » [37] . L’union des gauches sur cette base morale est, à ses yeux, le meilleur service à rendre au Gouvernement dans ses négociations avec l’Allemagne.

Jean Luchaire répond à son père dans L’Éveil, deux semaines plus tard [38] . Devant le fait des dictatures, le choix, à ses yeux, est entre deux « attitudes possibles » : l’une consiste à juger « qu’à titre permanent, et sans exception temporaire admissible, la démocratie, la liberté et la justice sont des valeurs supérieures à toutes les autres », ce qui implique de « tourner le dos aux deux tiers de l’Europe » ; l’autre fait du « maintien de la paix [...] une tâche d’importance actuellement supérieure » et, dans ce cas, il faut « ne rien dire ne rien écrire qui puisse affaiblir » l’action gouvernementale [39] . Constatant que les contacts diplomatiques sont « absolument stériles » sans « contacts entre représentants qualifiés des grandes organisations d’opinion publique », il renchérit, déclarant que la « France officielle » et la « France officieuse » doivent parler d’une seule voix, sauf à vouloir être accusées de « duplicité » [40] . Et de conclure, reprenant à dessein les propres expressions de son père :

« Négliger une seule de ces chances parce que certains contacts nous ennuient, nous inquiètent, nous gênent c’est – pendant que nous ferons les Don Quichotte de la démocratie internationale – laisser chez nous le champ libre aux adversaires de la démocratie française [41] . »

Jean Luchaire invite donc, sinon à fermer les yeux sur les exactions nazies, du moins, à ne pas troubler une politique d’apaisement avec le Reich. Il est prêt à accepter les justifications que le cordial Otto Abetz assène pour donner du Reich nazi une image plus « correcte ».

Marc Sangnier participe à la « querelle » avec deux articles les 7 et 28 mai 1933 [42] . Par certains côtés, la voie empruntée par Jean Luchaire ressemble à celle qu’il a lui-même ouverte en 1921. De plus, en avril 1933, il avait affirmé sa volonté de « comprendre » l’adversaire [43] . C’est d’ailleurs pourquoi les « Rencontres internationales » donnaient la parole à des représentants des totalitarismes bruns ou rouge. Là, toutefois, s’arrête la similitude. Sans nommer explicitement le groupe de Notre Temps, il met en garde ceux qui, par réalisme, sont « presque tentés d’admettre les réalités les plus odieuses » devant le risque de « bientôt » « s’incliner devant elles » [44] . À trop vouloir comprendre, ils risquent d’« accueillir, d’une oreille complaisante, les justifications les plus douteuses et les apologies les plus scandaleuses [45]  ». Sangnier n’hésite pas à y voir déjà une « contagion [46]  », analyse non seulement pertinente mais prophétique qui le range aux côtés de Julien Luchaire.

Pourtant, Sangnier poursuit son rêve de paix après Munich. Dans une lettre, Bayet dénonce la « mutilation de la Tchécoslovaquie » et appelle à résister par la force [47] . S’il refuse, lui aussi, une « paix de lâcheté », Sangnier s’accroche pourtant à l’idéal locarnien réclamant « le désarmement – la révision pacifique des traités chaque fois que celle-ci [serait] légitimement réclamée – et, enfin, une collaboration économique [...] [48]  ». S’il n’éprouve aucune indulgence envers le nazisme – Bierville accueille des réfugiés catalans, allemands et autrichiens –, Sangnier sous-estime en revanche l’emprise de Hitler sur le peuple allemand, en général, et sur les jeunes, en particulier. Plus encore que l’idéal genevois, c’est l’esprit de Bierville que Sangnier veut maintenir, Bierville où des jeunes, y compris de jeunes Allemands, ont apporté « une telle force de vie, un tel rayonnement d’amour [qu’il ne peut] pas désespérer de l’humanité [49]  ». Toutes les conditions semblent donc réunies pour qu’il glisse demain dans la Collaboration, entraînant derrière lui ses fidèles.

Or, le 10 juillet 1940, les quatre députés jeunes-républicains sont parmi les 80 qui refusent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Pendant l’Occupation, ses amis s’engagent massivement dans la Résistance, notamment au sein du « groupe de la rue de Lille » où l’on trouve son fils Jean. En fait, la nécessité de résister s’est imposée après l’entrée des troupes du Reich à Prague. Sangnier réaffirme alors deux principes : le devoir de « résister » contre le risque de se voir imposer, « par la violence brutale des armes, un régime de dictature totalitaire » et celui d’accepter « tout sacrifice matériel consenti aux exigences de la paix », s’il n’était pas « extorqué par la violence » [50] . Cette ultime concession à l’esprit de conciliation a tout du vœu pieux dans le contexte de la violation brutale des accords de septembre 1938. L’heure est à la défense d’un bien plus précieux encore que la paix, la liberté. C’est exactement l’inverse de ce que prônait Jean Luchaire en 1933 : faire du « maintien de la paix [...] une tâche d’importance actuellement supérieure ». Sans doute l’idéal sacrificiel enraciné dans le Mystère christique cultivé depuis le Sillon explique-t-il un sursaut salvateur qui le sépare de Jean Luchaire.

Dans un ultime article de L’Éveil, Marc Sangnier écrit, en septembre 1939 :

« Ne dites pas que l’œuvre de paix et d’amour qui fut la nôtre est anéantie aujourd’hui. Ce n’est pas vrai. Tôt ou tard, les semences germeront pour les moissons futures, même si les sillons où elles ont été déposées sont inondés de sang [51] . »

Ces lignes testamentaires contiennent tout l’esprit de Bierville : plus encore qu’un projet politique, le « désarmement des haines » est un acte de foi et d’espérance incompatible avec le nazisme mais porteur de fruits au cœur même de la guerre. Ainsi, c’est à Bierville, lors du congrès de 1926, que le jeune Franz Stock, l’aumônier des prisons de Fresnes, de la Santé et du Cherche-Midi pendant l’Occupation, a décidé de mettre son sacerdoce au service de l’amitié franco-allemande. Quant à Dominique Magnant, grande figure de l’ajisme qui a commandé le bataillon des Cévennes libérateur de Nîmes et d’Alès, il a pu déclarer : « Moi j’ai fait la guerre dans une haine farouche contre le nazisme mais sans haine contre les Allemands [52] . » Cet état d’esprit explique que d’ardents résistants au nazisme ont pu devenir, en 1945, de non moins ardents ouvriers de la construction européenne.

En février 1951, la ville d’Aix-la-Chapelle décerne à Marc Sangnier, à titre posthume, le prix Charlemagne honorant ainsi la mémoire « du grand Français et du grand Européen décédé », « ami et guide de la jeunesse et défenseur de l’idée européenne ». C’est reconnaître le caractère prophétique et fécond de son engagement en faveur de « la Paix par la jeunesse [53]  ».

Notes :

[1] Les mots « jeunes » et « mouvements de jeunesse » mériteraient d’être précisés. Nous renvoyons à Antoine Prost, « Jeunesse et société dans la France de l’entre-deux-guerres », Vingtième siècle. Revue d’histoire, janvier-mars 1987, n°13, p. 35-44 et Rémi Fabre, « Les mouvements de jeunesse dans la France de l’entre-deux-guerres », Le Mouvement social, 1994, n°68, p. 9-30. 

[2] Voir Olivier Prat, « Marc Sangnier et la paix à la Chambre bleu horizon, 1919-1924 », in Claude Carlier et Georges-Henri Soutou (dir.), 1918-1925 : Comment faire la paix ?, Paris, Économica, 2001, p. 53-79.

[3] Marc Sangnier, « Dans 42 ans », La Jeune-République, n°35, 6 février 1921, p. 1.

[4] Sur la politique allemande de la France, on lira le fondamental de Jacques Bariéty, Les Relations franco-allemandes après la Première Guerre mondiale : 10 novembre 1918-10 janvier 1925, de l’exécution à la négociation, Paris, Pedone, 1977, p. XIX-797.

[5] « Compte-rendu complet du Ier congrès démocratique international. Paris 4-11 décembre 1921 », La Démocratie, nos 6, 7, 8, 25 janvier 1922, p. 361.

[6] Cette audace provoque l’éloignement des démocrates populaires qui avaient formé avec les jeunes-républicains la Ligue nationale de la démocratie en 1920. Voir Jean-Claude Delbreil, Centrisme et Démocratie-chrétienne en France, le Parti démocrate populaire des origines au MRP, 1919-1944, Paris, Publications de la Sorbonne, 1990, 481 p.

[7] Évaluation d’après les papiers Canet (Archives du ministère des Affaires étrangères. Correspondance politique et commerciale 1914-1940, PA-AP/194 Canet, vol. 34).

[8] « Compte-rendu complet du IIe congrès démocratique international de Vienne, 26 septembre – 1 octobre 1922 », La Démocratie, nos 3, 4, 5, 10 novembre, 10 décembre 1922, p. 204. Outre les mouvements de jeunes allemands et autrichiens, le congrès de Vienne attira 21 étudiants dont 11 Français, 6 Allemands, 2 Autrichiens, 1 Tchèque et 1 Vénézuélien.

[9] Georges Hoog, « IIIcongrès démocratique international pour la paix Fribourg-en-Brisgau (Allemagne), 4-10 août 1923. Compte-rendu complet », La Démocratie, nos  10, 11, 12, 25 août - 25 septembre 1923, p. 433.

[10] Marc Sangnier, Discours 1922-1923, t. VII, La Démocratie, Paris, 1925, p. 361.

[11] Le mot « violent » est à préciser. Il ne s’agit pas de mettre la violence au service de ses idées, comme le font l’Action française ou les mouvements fascistes, mais d’être prêt à tout risquer, à tout perdre pour la cause, sans timidité ni hésitation. Pour Sangnier, c’est le caractère même de la jeunesse qui est, à ses yeux, une valeur morale plus qu’une classe d’âge.

[12] La Jeune Garde était l’élite militante du Sillon (voir Jeanne Caron, Le Sillon et la démocratie chrétienne 1894-1910, Paris, Plon, 1967, p. 158 et sq.). Les « Volontaires de la Démocratie » en sont les successeurs. Camelots et service d’ordre de la Jeune-République, Sangnier regrette qu’ils ne brûlent pas de la même flamme que les jeunes-gardes. Marc Sangnier, Autrefois, Paris, Bloud et Gay, 1936, p. 225-228.

[13] « Le Mois international de Bierville (août 1926). “La Paix par la Jeunesse”. VIe congrès démocratique international pour la paix (17-22 août 1926) », La Démocratie, n°1, décembre 1926, p. 1.

[14] Marc Sangnier, « Pour la Paix par la Jeunesse. Le VIcongrès démocratique international pour la paix aura lieu à Bierville en août 1926 », article de tête, la Jeune-République, n°252, 30 octobre 1925, p. 1.

[15] L’invitation vient de Briand, absent le jour de la réception. Elle marque combien Locarno a changé le regard sur les relations franco-allemandes.

[16] Signalons la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste (LAURS) représentée par Pierre Mendès France.

[17] Henry de Korab, « La paix par l’intimité. Quelques heures dans la verdure et sous le soleil avec les cinq mille pacifistes de Bierville », Le Matin, 18 août 1926.

[18] Créateur du Parti social-chrétien, Vitus Heller était proche des marxistes.

[19] Ilde Gorguet, Les Mouvements pacifistes et la réconciliation franco-allemande dans les années vingt (1919-1931), Berne, Peter Lang, 1999, 331 p., a remarquablement montré cette évolution.

[20] Germaine Malaterre-Sellier, « Les enfants et la paix. Une originale école de vacances à Bierville », la Jeune-République, n°347, 28 janvier 1927, p. 1.

[21] « L’École internationale de Fribourg-en-Brisgau », la Jeune-République, n°425, 27 juillet 1928, p. 1 et n°431, 7 septembre 1928, p. 1.

[22] Témoignage du 13 mars 1997.

[23] Marcel Lagrue, « Les fêtes des 14 et 15 juillet au Foyer international de Bierville. La réception des Volontaires de la Paix au feu de camp », la Jeune-République, n°424, 18 juillet 1928, p. 2.

[24] Créé en 1932, L’Éveil réunit des pacifistes de tous horizons, des libertaires aux milieux genevois et aux catholiques. Parmi les premiers, Robert Jospin de la Ligue internationale des combattants pour la paix et Georges Valois migrant de l’extrême droite vers l’extrême gauche. Les seconds sont, notamment, Bernard Lecache de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA), Jules Prudhommeaux, Théodore Ruyssen, René Cassin, le socialiste André Philip, les radicaux Albert Bayet, Pierre Cot, Louis Joxe, Jacques Kayser, Henri Guernut… Enfin, le dernier groupe comprend Gaston Tessier, Ernest Pezet et Pierre Trémintin du Pari démocrate populaire (PDP) et nombre de jeunes-républicains dont, Georges Hoog, Paul Boulet – maire de Montpellier – ou Francisque Gay de l’Aube. Sangnier, Hoog, Boulet et Bayet sont les principaux éditorialistes du journal.

[25] Marc Sangnier, « En route pour la propagande », le Volontaire, n°7, 14 avril 1929, p. 2.

[26] « Nos rencontres internationales », le Volontaire, n°77, 13 mars 1932, p. 1.

[27] Ibid.

[28] Nous reprenons ici le titre du rapport présenté par Madeleine Sangnier à l’automne 1936.

[29] André Bossin, « De jeunes démocrates et socialistes français rencontrent des hitlériens et des conservateurs allemands »,L’Éveil des peuples, n°26, 30 avril 1933, p. 2.

Cette réunion est bien étudiée par Barbara Lambauer, Otto Abetz et les Français ou l’envers de la collaboration, Paris, Fayard, 2001, p. 49 et sq.

[30] Elle était représentée par Guy Menant, député, André Lecomte et Armand Hoog, fils de Georges Hoog.

[31] A. Bossin, « De jeunes démocrates et socialistes… », op. cit.

[32] Ibid.

[33] Marc Sangnier, « La querelle des générations », L’Éveil des peuples, n°30, 28 mai 1933, p. 1.

[34] Ibid.

[35] Ibid.

[36] « Querelle des générations ? Par Julien Luchaire, Régis de Vibraye et Bernard Lecache », L’Éveil des peuples, n°31, 4 juin 1933, p. 1-2. Cet extrait significatif a été déjà cité par Mathieu Noli, « L’Éveil des peuples, le Volontaire et les Volontaires de la Paix », in Marc Sangnier, la guerre, la paix (1914-1939), Paris, Institut Marc Sangnier, 1999, p. 98.

[37] Ibid.

[38] « La paix “ cas de conscience ” par Jean Luchaire », L’Éveil des peuples, n°33, 18 juin 1933, p. 1.

[39] Ibid.

[40] Ibid.

[41] Ibid.

[42] Marc Sangnier, « Il faut tenir », L’Éveil des peuples, n°27, 7 mai 1933, p. 1. et M. Sangnier, « La querelle des générations », op. cit.

[43] Marc Sangnier, « Les deux dangers », L’Éveil des peuples, n°24, 16 avril 1933, p. 1.

[44] M. Sangnier, « Il faut tenir », op. cit.

[45] Ibid.

[46] Ibid.

[47] « Une lettre d’Albert Bayet », L’Éveil des peuples, n°315, 13 novembre 1938, p. 1.

[48] Marc Sangnier, Pour sauver la paix. Compte-rendu sténotypé du discours prononcé dans la grande salle de la Démocratie le 6 novembre 1938, Paris, Foyer de la Paix, 1938, p. 13.

[49] Marc Sangnier, « Saurons-nous vouloir la paix ?... », L’Éveil des peuples, n°307, 18 septembre 1938, p. 1.

[50] Marc Sangnier, « Précisions », L’Éveil des peuples, n° 335, 2 avril 1939, p. 1.

[51] Marc Sangnier, « À nos Amis », L’Éveil des peuples, n°358, 10 septembre 1939, p. 1.

[52] Interview par Olivier Prat, 13 mars 1997.

[53] Nous renvoyons d’une manière générale à : Olivier Prat, Marc Sangnier et la paix : Bierville et les congrès démocratiques (1921-1932), Université Paris IV Sorbonne, 2003, 2 vol., 663 p. ; « Marc Sangnier, un éveilleur (1873-1950) », Études, mai 2000, p. 647-657 ; « La position du Saint-Siège face aux conflits du XXe siècle », Résurrection, nos 102-103, octobre 2002-janvier  2003, p. 41-72 ; « Mouvements de jeunesse et catholicisme social : le Sillon, une expérience originale ? », L’engagement social des croyants : lignes de forces, expériences européennes, itinéraires alsaciens, Strasbourg, Ercal, 2004, p. 177-188 ; « Marc Sangnier et l’idée européenne », in Hélène Fréchet (dir.), Questions d’histoire. Penser et construire l’Europe 1919-1992, Nantes, Éditions du Temps, 2007, p. 46-62.

Olivier Prat

Professeur agrégé dans le secondaire, Olivier Prat a soutenu en 2003 une thèse sur « Marc Sangnier et la Paix  » sous la direction du Professeur Jean-Marie Mayeur. Auteur de plusieurs articles sur Sangnier, le Sillon, la Jeune-République, l’éducation populaire, le catholicisme social et la paix, il s’intéresse surtout à l’internationalisme et au pacifisme catholique.

Mots clefs : Marc Sangnier ; Bierville ; pacifisme ; internationalisme ; jeunesse

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  • ISSN 1954-3670