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À la recherche d'une paix de compromis : Kessler, Haguenin et la diplomatie officieuse de l'hiver 1916-1917

Résumé :

La publication récente du Journal du comte Harry Kessler nous permet d’apporter des éclairages d’importance sur les conversations secrètes qu’il mena en Suisse avec Émile Haguenin au cours (...)

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Considérations liminaires

La recherche a déjà produit un certain nombre d’études consacrées à l’histoire des négociations secrètes menées au cours de la Grande Guerre dans l’espoir d’une paix générale ou séparée [1] . Les démarches engagées par l’Allemagne après l’échec de la bataille de la Marne pour tenter d’aboutir à un compromis avec la Russie sont connues [2] . Il en va de même de la mission du prince Sixte de Bourbon-Parme, des contacts Armand-Revetra ainsi que des sondages entre Aristide Briand et le baron Lancken au cours de l’année 1917. Ces grandes initiatives de paix ont fait l’objet de travaux précisément documentés mettant en avant – c’est le cas pour les trois dernières citées – l’attrait du sol neutre de la Suisse dans l’organisation d’échanges officieux [3] . Par contre, jamais l’épisode Kessler-Haguenin (hiver 1916-1917) n’a été valorisé à sa juste mesure faute de sources suffisamment précises [4] . Celui-ci présente pourtant ceci d’intéressant qu’il constitue la dernière tentative de négociations strictement franco-allemande avant les manœuvres multilatérales de 1917. La publication récente du Journal du comte Harry Kessler nous permet d’apporter des éclairages d’importance sur cet aspect encore méconnu de l’histoire de la Grande Guerre [5] . Du côté français, cependant, il n’existe pas de source comparable, les papiers Haguenin – l’autre personnage clef de ces échanges – étant encore introuvables. Cette lacune pose un problème d’interprétation majeur dans le cas d’une figure d’ailleurs connue pour ses tendances à l’affabulation. « Un fait », explique Antoine Prost, « n’est rien d’autre que le résultat d’un raisonnement à partir de traces suivant les règles de la critique. [6]  » Conscient des limites que ce manque documentaire posera à notre réflexion, nous nous efforcerons d’atteindre un détachement suffisant vis-à-vis de notre objet d’étude afin d’éclairer au plus juste un tissu historique complexe et travaillé de multiples passions et intentions.

Les premiers échanges franco-allemands sur le territoire suisse

L’année 1916 marqua un net durcissement de la guerre. L’évolution de la situation militaire sur le front Ouest conduisit l’état-major allemand à abandonner la stratégie de rupture qui avait été la sienne au cours de l’année 1915 et à en adopter une nouvelle : la stratégie de l’usure. Celle-ci avait pour but d’épuiser les réserves de l’adversaire pour que son front s’écroule. Élaborée par Erich von Falkenhayn, cette idée allait donner naissance aux deux plus grandes batailles de la Grande Guerre « et peut-être de tous les temps » : la bataille de Verdun, déclenchée fin février et achevée 302 jours plus tard, et la bataille de la Somme, plus brève puisqu’elle dura de juillet à novembre [7] . Au cours de ces quelque dix mois de combats acharnés, la lassitude et l’amertume s’étaient emparées des troupes et des populations des deux pays : « On était en train de passer de l’idée de la guerre courte (même si elle durait déjà depuis deux ans) à l’idée d’une guerre sans fin [8]  ». Face à cette crise morale d’une ampleur jamais connue, les gouvernements français et allemands souhaitèrent procéder à des échanges de vue afin de confronter leurs exigences respectives en matière de paix, sans pour autant s’engager dans un processus diplomatique contraignant [9] . Ces conversations, bien évidemment tenues secrètes – même en plus hauts lieux [10] –, ne pouvaient être menées qu’à partir d’un territoire institutionnellement neutre, par des personnalités de confiance suffisamment discrètes pour ne pas attirer l’attention. Placée directement au contact des nations belligérantes, la Suisse offrait les conditions politiques et géographiques favorables à l’organisation de tels échanges. Les représentants des nations belligérantes s’y croisaient dans des situations de vie tout à fait courantes comme l’exprime, de manière édifiante, cette note du comte Harry Kessler datée du mois de septembre 1916 :

« Le soir à Bellevue, ai dîné avec de Vaux et Schubert. À Bellevue, la tranchée passe au beau milieu de la salle à manger ; les Alliés à droite, les Quatre à gauche, la table “austro-boche” dans le coin gauche de la salle, celle des diplomates alliés à droite. Tout autour, à de petites tables, des ressortissants des deux coalitions ennemies avec, ici et là, des Américains et des Suisses. [11]  »

En 1915, à un moment où la situation militaire était peu favorable à la France – les tentatives de percée en Champagne et en Artois avaient été particulièrement coûteuses en hommes [12] –, la Suisse avait déjà été le théâtre d’une première rencontre officieuse entre des représentants des deux puissances belligérantes. Au début de l’été de cette même année, le ministre des Affaires étrangères, Théophile Delcassé, y avait dépêché un universitaire spécialiste des questions allemandes connu pour sa solidité, sa prudence et sa discrétion : François-Émile Haguenin (1872-1924) [13] . La venue d’Haguenin en Suisse intrigua les autorités allemandes au plus haut point, en même temps qu’elle leur fournit l’occasion d’entrer en contact avec le gouvernement français [14] .

Émile Haguenin était connu des Allemands pour avoir officié pendant près de treize ans à l’université et au séminaire des langues orientales vivantes de Berlin en qualité de professeur de littérature française. Son enseignement et son investissement dans le développement des échanges culturels avaient fait de lui une personnalité incontournable au service des relations franco-allemandes. Parallèlement à sa collaboration avec l’ambassadeur Jules Cambon en poste à Berlin jusqu’en 1914, il était, en effet, considéré comme « l’interprète officieux des intérêts allemands auprès des autorités françaises compétentes dans le domaine des relations culturelles [15]  ». Cette renommée lui fut très utile dans les discussions officieuses qui furent menées en Suisse, à partir de 1915, et avec une intensité croissante à la fin de l’année 1916. Elle facilita la mise en relation des gouvernements français et allemands qui virent en Haguenin un agent de confiance capable d’endosser le rôle de négociateur officieux et donc de remplir une mission dont aucun diplomate de carrière ne pouvait s’acquitter [16] .

Émile Haguenin s’était rendu une première fois en Suisse à l’automne 1914 pour s’occuper de questions humanitaires et, par ce biais, des problèmes de la paix à l’issue d’une guerre dont « on croyait, à cette date, qu’elle ne durerait plus très longtemps [17]  ». Si l’arrivée de « l’agent du Quai d’Orsay » dans ce petit pays attira l’attention des Allemands, elle ne déboucha pas pour autant sur des échanges directs entre les représentants des deux nations. C’est seulement à l’occasion de sa troisième visite en Suisse – entre février et mars 1915, Haguenin y avait effectué une seconde mission, là aussi, suivie de près par les milieux officiels allemands – que les premiers contacts entre les deux gouvernements furent noués [18] . L’impulsion fut donnée par l’Auswärtiges Amt à la fin du mois de juillet de cette même année, c’est-à-dire à un moment où la situation militaire était plutôt favorable à l’Allemagne. Preuve, s’il en faut, du caractère hautement périlleux de cette initiative, Gottlieb von Jagow eut recours à plusieurs intermédiaires pour formuler sa demande à Conrad Haußmann, député au Reichstag dont le profil laissait à penser qu’il accepterait de jouer le rôle d’intercesseur. Le secrétaire d’État des Affaires étrangères confia au professeur Richard Woltereck (en poste à l’Auswärtiges Amt), le soin de contacter Hermann Hesse alors affecté à l’Assistance aux prisonniers de guerre, via la légation allemande de Berne. Ce dernier reçut la mission de demander à son ami Haußmann s’il était prêt à se rendre dans la capitale suisse pour y rencontrer Haguenin comme l’explique la lettre qu’il lui adressa le 25 juillet :

« À Paris, un intellectuel français qui a déjà été en Suisse et qui s’est entretenu avec cet ami de façon privée, sans être officiellement accrédité par sa légation, travaille pour Delcassé. L’homme […] est cependant en contact avec des personnes de la légation […] et, soutenu par un parti parisien, aspire de manière plus ou moins officielle à une concertation avec des hommes politiques allemands. À Berlin, Jagow accorde une grande importance aux dires de cet homme. Par la légation, il sait tout de lui et est au courant de tout ce qu’il dit aux Allemands résidant ici et avec lesquels il s’entretient de façon in-officielle. Nous avons tout de suite pensé à toi lorsqu’il a fallu proposer un homme politique allemand pour discuter avec ce Parisien. Dans la mesure où la légation ne peut avoir de contacts officiels avec lui et qu’officiellement, elle ne sait rien de cette affaire, on m’a demandé de t’inviter personnellement lorsque le temps sera venu. [19]  »

Pourfendeur du militarisme prussien et membre de plusieurs groupements pacifistes d’importance – le Verband für internationale Verständigung ou bien encore le Comité de conciliation anglo-allemand –, Conrad Haußmann avait joué un rôle de premier plan dans l’organisation des rencontres entre parlementaires français et allemands qui s’étaient tenues à Berne au mois de mai 1913, ainsi qu’à Bâle peu avant le début des hostilités. Ces rencontres, auxquelles les autorités politiques suisses avaient d’ailleurs refusé de collaborer, avaient permis la constitution d’un Comité permanent interparlementaire franco-allemand dont l’un des objectifs était d’« assainir le climat de méfiance réciproque dont souffraient les peuples ». Conrad Haußmann présidait la fraction allemande de ce Comité lorsque la guerre éclata [20] . Cette fonction éminente le prédestinait à endosser un rôle d’intercesseur sans pour autant exposer le gouvernement allemand.

La rencontre entre Haguenin et Haußmann eut probablement lieu entre le 10 et le 15 août de la même année, « avec le consentement et la bénédiction du Gouvernement mais de manière totalement in-officielle » pour reprendre les termes utilisés par Hesse [21] . Malheureusement, il ne nous a pas été donné de déterminer le contenu et le retentissement de ce premier échange. Nombre de questions restent donc, à ce jour, encore en suspens. Quelles étaient les intentions de l’Auswärtiges Amt à ce stade de la guerre ? Qu’attendait-on de Haußmann ? Lui avait-on fait parvenir des instructions quant à l’attitude à adopter face à Haguenin ? Devait-il se contenter de jouer le rôle de simple rapporteur ? Ces quelques interrogations méritent néanmoins d’être relativisées dans la mesure où il est établi que la politique pratiquée par Jagow n’était pas mue par une ligne clairement définie et qu’elle manquait résolument de consistance [22] . Il est par ailleurs avéré qu’Haguenin ne s’était pas rendu en Suisse avec l’ambition d’y ouvrir des discussions susceptibles de déboucher sur des négociations officieuses avec l’Allemagne. Son voyage avait pour but premier d’analyser les idées et sentiments susceptibles de faciliter un rapprochement entre les deux pays quand « la paix serait ressentie comme un besoin par les peuples français et allemands [23]  ». Ce fut le cas dans la deuxième moitié de l’année 1916, lorsque les gouvernements ennemis durent faire face à une grave crise de leur communauté nationale. À ce moment, se mirent en place des « pourparlers » dont nous nous proposons à présent d’apprécier la portée. Émile Haguenin et Harry Kessler en furent les pièces maîtresses.

 « Il commença : “Cette guerre est horrible, il serait bien temps d’en finir.” Je dis : “Mais comment ?” [24]  »

Après avoir combattu sur divers fronts, le comte Harry Kessler avait été envoyé à Berne au début de l’automne 1916 afin d’organiser – c’était là sa mission officielle – la propagande culturelle allemande en Suisse, un pays qui jouait un rôle capital dans le dispositif depropagande que se livraient alors Français et Allemands [25] . Kessler occupait donc une position de premier plan, similaire à celle d’Émile Haguenin placé en janvier 1916 à la tête du bureau de presse français à Berne [26] . Kessler et Haguenin avaient aussi ceci en commun qu’ils disposaient tous deux d’un prestigieux réseau de connaissances remontant aux années d’avant-guerre. Ils connaissaient par ailleurs particulièrement bien les milieux politiques français et allemands et étaient en contacts étroits avec les plus hautes autorités de leur pays : Kessler avait ses entrées à l’Auswärtiges Amt et au Haut Commandement cependant qu’Haguenin avait des liens privilégiés avec le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand [27] . Ils bénéficiaient en outre d’une (quasi)complète autonomie vis-à-vis de leur délégation respective, de sorte qu’ils furent considérés comme des ambassadeurs parallèles à côté de Conrad von Romberg et de Jean B. P. Beau [28] . Ceci permet de comprendre les libertés qu’ils purent prendre – ce fut surtout le cas de Kessler – au cours de l’hiver 1916/1917 par rapport aux dispositions réelles du personnel politique ayant « autorisé » leurs sondages de paix. Kessler et Haguenin avaient, enfin, une haute idée de la mission qu’ils avaient à remplir en Suisse, outre leur engagement respectif dans la propagande. Le premier prétendait : « Aujourd’hui, je considère qu’il est de mon devoir de dissiper la méfiance des Français, de gagner leur confiance afin qu’ils aient quelqu’un avec qui parler ici [29]  ». Le second se présentait comme « le seul capable de comprendre – je ne dis pas d’admettre – mais de comprendre avec une parfaite liberté d’intelligence les points de vue opposés [30]  ». Kessler et Haguenin étaient donc bien placés pour jouer le rôle d’intercesseur dans les sondages de paix qu’ils menèrent en Suisse au cours de l’hiver 1916-1917.

C’est grâce à la médiation d’Annette Kolb – infatigable militante au service de la réconciliation franco-allemande – que les deux hommes furent à nouveau présentés l’un à l’autre le 3 décembre 1916 [31] . Kolb avait très tôt tenté de faire pièce à la propagande haineuse à laquelle se livraient les nations belligérantes par des campagnes de publication parfois violemment critiquées, comme cela fut le cas du discours qu’elle avait donné à Dresde le 25 janvier 1915 [32] . Cette prise de position très remarquée lui avait valu les hostilités des plus hautes autorités du Reich qui, peu après, avaient jugé nécessaire de lui interdire toute activité pacifiste [33] . Après diverses tentatives infructueuses, Kolb réussit à gagner légalement le territoire suisse au cours de l’été 1916. C’est là qu’elle rencontra Émile Haguenin grâce à l’intervention de Romain Rolland qui fit jouer, pour cela, les contacts qu’il avait avec la MAE [34] . Trois semaines plus tard, elle eut un entretien décisif avec Harry Kessler, décisif en ce sens qu’il détermina le comte à intercéder en sa faveur auprès de l’Auswärtiges Amt afin qu’elle puisse s’établir durablement en Suisse. Kessler consigna le contenu de leurs échanges dans une note de son Journal datée du 28 septembre. Lors de cette rencontre, Kolb aurait prétendu travailler à l’organisation d’un entretien secret entre des représentants officieux des gouvernements français et allemands « avec l’accord de notre légation », ce qui pourrait étonner au regard de la réputation dont elle jouissait alors en Allemagne [35] . On sait néanmoins que l’Auswärtiges Amt avait été précisément informé de la conversation entre Kolb et Haguenin grâce à Friedrich Wilhem von Prittwitz, un diplomate qui connaissait bien l’écrivain et qui l’avait rencontrée lors de son retour à Berlin le 23 septembre. Les perspectives qu’ouvrait la note qu’il avait adressée aux autorités compétentes, suite à cet échange, avaient probablement déterminé Berlin à « confier » à Kolb la mission d’établir un contact officieux avec la France avec l’appui de la Légation de Berne. En voici un extrait :

« Pendant son séjour en Suisse, Melle Kolb a eu à plusieurs reprises l’occasion de discuter avec le Prof. Haguenin. Elle dit qu’il est fermement convaincu de la victoire des Alliés et de la défaite militaire, économique et morale de l’Allemagne. […] Cependant, Haguenin souligna sa sympathie pour l’Allemagne et son souhait de contribuer au rapprochement entre la France et l’Allemagne. Plus précisément, à diverses reprises et de façon insistante, il se dit prêt à travailler à l’ouverture de discussions entre nous et Briand au sujet de la paix […]. Si l’Allemagne faisait preuve de bonne volonté, H. pensait savoir que Briand ferait des concessions. “Il irait loin pour épargner 100 000 hommes”. [36]  »

Assistée de son ami René Schickelé – directeur des Weiße Blätter et, comme elle, « enfant de deux patries [37]  » –, Kolb organisa une première rencontre entre Kessler et Haguenin le 3 décembre 1916 dans la chambre de l’hôtel qu’elle occupait à Berne et dont elle dit a posteriori qu’elle fut « la halle des rencontres sans lendemains [38]  ». Contrairement à Kolb d’emblée persuadée de l’inanité de ses efforts, Harry Kessler plaça beaucoup d’espoirs dans cette mise en relation, convaincu qu’elle allait servir à l’installation d’« un canal sécurisé (“cimenté”) entre Berlin et Paris [39]  ». La première rencontre entre les deux hommes fut empreinte de détermination et de prudence : il convenait de ne pas donner l’impression à l’autre que son pays se trouvait dans une situation de faiblesse le contraignant à la négociation [40] . Aussi, lorsque Haguenin évoqua l’éventualité de pourparlers de paix entre la France et l’Allemagne – « Il commença : “Cette guerre est horrible, il serait bien temps d’en finir.” Je dis : “Mais comment ?” [41]  » –, il s’empressa d’aborder la question de la restitution de l’Alsace-Lorraine, le point sur lequel il ne pouvait y avoir le moindre compromis : « Ce ne sont pas seulement les gouvernants qui pensent ainsi, mais le peuple tout entier. [42]  » Pour autant, le Français eut à cœur de signifier à son interlocuteur que Briand, dont la position à la tête du Gouvernement était, à l’époque, très controversée, n’était pas hostile à des négociations avec l’Allemagne ou, du moins, à « la discussion de cette question [43]  ». C’est à nouveau Haguenin qui fit un pas en direction de son interlocuteur lorsqu’à la fin de l’entretien, il fit parvenir à Kessler qui attendait avec Schickelé dans une pièce annexe, un billet qu’il avait demandé à Kolb de rédiger et sur lequel il était écrit « qu’il faudrait envisager diverses propositions de paix et s’engager de n’en point parler jusqu’au moment où elles auraient chance de succès [44]  ».

Nonobstant les suspicions dont ils étaient l’objet aussi bien en France qu’en Allemagne [45] , Annette Kolb et René Schickelé jouèrent un rôle de premier plan dans l’histoire de ces entretiens officieux entre les représentants des deux pays. Ceci apparaît très clairement dans le compte rendu que Kessler fit parvenir à l’Auswärtiges Amt deux jours après sa rencontre avec Haguenin [46] . Kolb et Schickelé leur permirent non seulement de rester en contact permanent l’un avec l’autre mais aussi de discuter de manière interposée, et donc plus ouverte, du problème qui barrait la route à l’ouverture de pourparlers entre les deux nations ennemies, le problème de l’Alsace-Lorraine.

Suite à ce premier échange, Kessler et Haguenin rentrèrent dans leur pays chercher les recommandations de leurs gouvernements respectifs. Il s’agissait aussi pour eux de déterminer jusqu’où Paris et Berlin étaient prêts à aller dans leurs concessions pour résoudre cette question [47] . Favorable à une autonomie de l’Alsace-Lorraine à l’intérieur du Reich – il pensait ce compromis acceptable pour les gouvernements des deux pays [48] –, Kessler déploya une énergie sans commune mesure pour tenter de convaincre ses supérieurs d’emprunter cette voie intermédiaire. Longtemps marginale, cette perspective commençait d’ailleurs à prendre corps au Reichstag et dans certains milieux gouvernementaux [49] . Kessler dut, néanmoins, rapidement se rendre à l’évidence et envisager une nouvelle combinaison pour parvenir à ses fins. Face aux revendications territoriales de sa hiérarchie, il fit donc évoluer sa position et envisagea l’érection d’un Royaume de Souabe comprenant l’Alsace-Lorraine, le Bade et le Wurtemberg, une proposition là aussi accueillie avec beaucoup de réserves par Berlin [50] . La démarche qu’il préconisait pour « imposer » cette idée aux deux pays était la suivante : des négociations bilatérales devaient en précéder la diffusion via une campagne de presse orchestrée par les Weißen Blätter, revue politico-littéraire exilée en Suisse depuis qu’elle avait été muselée par la censure allemande [51] . L’empressement de Kessler est très perceptible dans les comptes rendus des conversations qu’il mena à Berlin à la fin du mois de décembre 1916. Kessler avait accueilli très froidement l’offre de paix du chancelier Bethmann-Hollweg (12 décembre 1916) et la réponse que le président Wilson y avait apportée quelques jours plus tard. Il craignait que celles-ci soient le point de départ d’une négociation générale (et non plus séparée) qui aurait contraint l’Allemagne à accepter des conditions de paix n’allant pas dans le sens de ses intérêts. Kessler envisageait même la possibilité d’un rapprochement des neutres et des Alliés dans le cas où l’Allemagne refuserait les propositions de paix élaborées lors de cette grande négociation. Ses craintes semblaient d’autant plus justifiées que le chancelier, dans son message adressé aux Alliés depuis la tribune du Reichstag, avait omis de définir les buts concrets de guerre allemands et les conditions dans lesquelles les hostilités auraient pu cesser : « Cette idée m’inquiète beaucoup » confiait-il à son Journal, parlant de l’offre formulée par Bethmann-Hollweg [52] .

Si « l’offensive diplomatique » lancée par Bethmann-Hollweg ne déboucha pas sur la tenue d’une conférence internationale comme le redoutait Kessler – les Alliés opposèrent une fin de non-recevoir catégorique à la proposition du chancelier –, elle eut néanmoins des conséquences délétères sur les échanges qu’il eut par la suite avec Haguenin. « Dans chacun des deux camps, après l’échec des ébauches de contacts de 1917, la volonté de ne pas négocier était totale », souligne Jean-Jacques Becker dans un cadre certes beaucoup plus général mais qui peut aussi s’appliquer à notre sujet, comme le démontre cette phrase sans appel prononcée par Haguenin lors de l’entrevue qu’il eut avec son homologue allemand au début de l’année 1917 : « Permettez-moi de vous dire, monsieur, que pour nous vous êtes des monstres. [53]  » Durant ce nouvel entretien, signe du raidissement diplomatique auquel avait conduit l’échange de notes entre les Alliés et les puissances centrales, la question de l’Alsace-Lorraine ne fut que furtivement abordée. Kessler préféra faire valoir la proposition d’organisation de coopération européenne avancée par Bethmann-Hollweg dans son offre de paix pour tenter de réamorcer un dialogue productif avec son interlocuteur français [54] . La réponse des Alliés aux exigences formulées par Wilson dans son intervention du 18 décembre 1916 – le président américain avait enjoint les nations belligérantes de préciser ou, le cas échéant, de dévoiler leurs buts de guerre [55] – mit un terme aux tentatives de négociations officieuses entre les représentants des deux nations. « Elle rend tout négociation impossible », déplorait Kessler dans une note du 13 janvier 1917, avant de conclure, malgré tout soulagé lui qui redoutait la convocation d’une grande conférence de paix : « La guerre est maintenant un combat à mort ; nous avons surmonté le danger qui aurait pu venir d’une réponse habile des Alliés. [56]  » L’annonce de la guerre sous-marine à outrance (31 janvier), la révolution de Février en Russie, la formation du cabinet Ribot (20 mars), l’entrée en guerre des États-Unis (2 avril) et la radicalisation des buts de guerre allemands sous l’impulsion du troisième Haut Commandement (23 avril) furent autant d’événements qui démontrèrent que le conflit était entré dans une nouvelle phase, une phase du jusqu’au-boutisme où les compromis et la négociation bilatérale n’avaient pratiquement plus aucune chance d’aboutir. Pour que la paix fût réalisable, il aurait fallu que l’un des deux camps perde définitivement l’espoir de la victoire. Tel n’était pas le cas en 1917. L’heure n’était plus à la « négociation binaire » mais aux sondages multilatéraux, plus à même de faire plier l’une ou l’autre des deux nations par pressions interposées, plus à même d’éprouver la solidité des coalitions. C’est ce que firent apparaître avec force les grandes tentatives de l’année 1917 (« affaire Sixte », sondages Briand-Lancken, contacts Armand-Revertera) sur lesquelles la recherche a déjà longuement statué [57] .

Des sondages sans intentions concrètes immédiates

Quelles étaient les intentions véritables du gouvernement français – plus précisément de Briand – au moment où il chargea Haguenin d’entrer en contact avec l’Allemagne ? Était-il animé d’une réelle volonté de négociation ou cherchait-il à se ménager une porte de sortie dans le cas où les projets militaires ambitieux mis au point par les Alliés à la conférence de Chantilly venaient à échouer ? S’il est indiscutable que Briand souhaitait qu’« un contact direct et sûr » fût établi entre Paris et Berlin – de tels contacts existaient depuis longtemps entre Londres et Berlin [58] –, il n’est pas certain qu’il voulût réellement voir ces sondages de paix déboucher sur une négociation secrète à deux. Rappelons, à cet égard, que les Alliés avaient passé le 5 septembre 1914 un accord par lequel ils s’engageaient « à ne pas conclure de paix séparée au cours de la présente guerre [59]  ». Mentionnons par ailleurs que Briand, même s’il fut présenté aux Allemands comme l’homme de la négociation, s’attacha durant tout son mandat (octobre 1915-mars 1917) à poursuivre, à préciser et, dans l’ensemble, à faire progresser les exigences françaises en matière de politique rhénane si les Alliés étaient appelés à conclure une paix victorieuse : « Il peut apparaître à bon droit », écrit Georges-Henri Soutou à son sujet, « comme l’un des dirigeants les plus fermes, en tout cas jusqu’à sa chute le 20 mars 1917. [60]  » Comment imaginer, à partir de cela, qu’il fût prêt à infléchir sa position sur la question de l’Alsace-Lorraine ainsi que le déclara Haguenin à Kessler lors de leur entrevue du 3 décembre 1916 [61]  ? Il semblerait simplement que Briand ait voulu faire face à toutes les éventualités à un moment où le moral des troupes et des populations était au plus bas, pris dans ce que Jean-Baptiste Duroselle a appelé une « tornade pacifiste [62]  ». Ces sondages sans intentions concrètes immédiates auraient donc eu pour objectif premier d’entrouvrir une porte lui permettant d’entamer une négociation générale dans les moins mauvaises conditions possibles dans le cas d’une défaite militaire.

De son côté, Kessler avait-il des chances de transformer le « ballon d’essai » en une négociation de large envergure ? La France et l’Allemagne ont-elles réellement envisagé des concessions acceptables sur les deux objets essentiels du conflit à l’Ouest, la Belgique et l’Alsace-Lorraine ? Était-il possible que le sang versé et les dépenses consenties depuis le début de la guerre soient « récompensés » par un simple « compromis », par une « voie moyenne », à mi-chemin entre victoire et défaite ? Rien ne semble moins sûr : « Tout se passe comme si les diverses tentatives pour obtenir une paix séparée n’aient eu comme but que de briser les coalitions adverses et de détacher l’une des puissances de la coalition » fait remarquer Jacques Droz, « mais que les contacts sont interrompus, dès qu’il apparaît que les buts de guerre devraient être abandonnés vis-à-vis de cette puissance et que les négociateurs seraient susceptibles de parvenir à un règlement général. [63]  » Kessler – tout comme Kolb d’ailleurs – pourrait donc avoir été instrumentalisé par l’Auswärtiges Amt à un moment où la situation militaire ouvrait la perspective d’une désagrégation du front allié. La personnalité du secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Arthur Zimmermann, le laisse d’ailleurs penser. Connu pour sa grande détermination, il fut de ceux qui, à partir du moment où il devint évident qu’une victoire sur tous les fronts était impossible à atteindre, prônèrent une entente avec la Russie et un engagement militaire accru à l’Ouest [64] .

Malgré l’échec de ses échanges avec Haguenin, Kessler ne renonça pas pour autant aux espoirs qui avaient motivé ses démarches de l’hiver 1916-1917 et l’avaient amené à agir bien au-delà de ce que l’Auswärtiges Amt pouvait attendre de lui. Il chercha à nouveau le contact avec des personnalités françaises qu’il pensait favorables à la conclusion d’une « paix honorable » – c’est-à-dire, une paix de compromis – lorsque Paul Painlevé fut, le temps d’un court intermède, installé aux commandes du Gouvernement (12 septembre-13 novembre 1917) [65] . Pour ce faire, il utilisa le formidable réseau de connaissances qu’il s’était forgé au cours des années ayant précédé la guerre. C’est ainsi qu’il put échanger avec le président du Conseil dont il pensait – à juste titre [66] – que la détermination n’était qu’une façade masquant des positions favorables à une paix négociée : « Painlevé se présente comme un inflexible défenseur de la guerre. Cependant, ceci n’est de mon point de vue qu’une façade. [67]  » Cette nouvelle initiative se heurta rapidement aux réticences de Richard von Kühlmann, le nouveau secrétaire d’État aux Affaires étrangères qui, le 10 octobre de la même année, avait même déclaré au Reichstag que l’Allemagne n’accepterait jamais le retour de l’Alsace-Lorraine à la France, c’est-à-dire une inflexion de ses buts de guerre. Il fallut néanmoins attendre la chute du cabinet Painlevé et l’arrivée au pouvoir de Clemenceau (novembre 1917) pour que Kessler se résignât et abandonnât définitivement ses efforts de médiation [68] .

Conclusion

Ultime tentative de négociations bilatérale avant les grandes manœuvres de l’année 1917, l’épisode Kessler-Haguenin a démontré à quel point les initiatives de paix séparées étaient liées de façon inextricable aux buts de guerres des belligérants. Dans le contexte militaire et moral de l’hiver 1916-1917, les échanges entre les deux hommes pouvaient certes présenter des perspectives de succès non négligeables aux yeux des pacifistes franco-allemands qui avaient établi le lien. Aux yeux des deux gouvernements, la guerre était néanmoins tellement inexpiable qu’aucune concession autre qu’insuffisante sur les points essentiels de leurs buts de guerre – Belgique et Alsace-Lorraine – n’était envisageable. Devant le fossé qui séparait les prétentions des belligérants, les négociations entre Kessler et Haguenin devaient nécessairement échouer. Leur intensité – elles durèrent un peu plus d’un mois mais furent ponctuées d’un nombre très important d’échanges – semble avoir été conditionnée par trois éléments : la volonté de Briand de se ménager une porte de sortie en cas d’effondrement du front allié, le désir de l’Allemagne d’obtenir une paix séparée et de briser la coalition adverse et, enfin, l’ardeur de Kessler dont les ambitions et propositions dépassèrent pour beaucoup les volontés du gouvernement allemand.

Notes :

[1] Voir, par exemple : Guy Pedroncini, Les Négociations secrètes pendant la Grande Guerre, Paris, Flammarion, 1969 ; Georges-Henri Soutou, « Paul Painlevé et la possibilité d’une paix négociée », dans Claudine Fontanon et Robert Frank (dir.), Paul Painlevé (1863-1933). Un savant en politique, Renne, PUR, 2005, p. 71-82. La revue Guerres mondiales et conflits contemporains a par ailleurs consacré un numéro du mois d’avril 1993 aux tentatives de paix avec l’Autriche-Hongrie au cours de l’année 1917.

[2] G. Pedroncini, Les Négociations secrètes…, op. cit., p. 49-53.

[3] Ibid., p. 57-105.

[4] Les travaux consacrés à Kessler se limitent à de brèves allusions aux conversations officieuses menées en Suisse à la fin de l’année 1916 : Alexandre Kostka, « Sur deux fronts. Harry Kessler et la propagande culturelle allemande en Suisse », dans Jean-Jacques Pollet et Anne-Marie Saint-Gille (dir.), Écritures franco-allemandes de la Grande Guerre, Arras, APU, 1996, p. 83-108, p. 92-93. Voir aussi : Peter Grupp, « Harry Graf Kessler als Diplomat », Vierteljahreshefte für Zeitgeschichte, 1 (1992), p. 61-78, p. 64-65 ; Laird Mc Leod Easton, Der Rote Graf. Harry Graf Kessler und seine Zeit, Stuttgart, Klett-Cotta, 2005, p. 309-327, ici p. 320-324.

[5] Harry Graf Kessler, Das Tagebuch. Sechster Band 1916-1918, Stuttgart, Klett-Cotta, 2006. Une version abrégée du Journal de Kessler reprenant la période 1918-1937 avait paru en 1962 : Tagebücher 1918-1937, Frankfurt am Main, Insel-Taschenbücher, 1962.

[6] Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, 1996, p. 70.

[7] Jean-Jacques Becker et Gerd Krumeich, La Grande Guerre. Une histoire franco-allemande, Paris, Tallandier, 2008, p. 214-220.

[8] Ibid., p. 119.

[9] G. Pedroncini, Les Négociations secrètes…, op. cit., p. 24.

[10] Cette phrase extraite d’un discours donné par Alexandre Ribot devant le Sénat le 6 juin 1917 suffit à le prouver : « Il n’y a pas eu de diplomatie secrète, parce que dans un pays comme le nôtre […], il n’y a pas de diplomatie secrète possible », cité par G. Pedroncini, Les Négociations secrètes…, op. cit., p. 120.

[11] « Abends im Bellevue mit de Vaux und Schubert gegessen. Der Schützengraben läuft im Bellevue quer durch den Eßsaal ; Entente rechts, Vierbund links, die “table austro-boche” in der linken Saalecke, die der Entente-Diplomaten in der rechten. Drum herum gruppiert an kleinen Tischen den Angehörigen der beiden feindlichen Mächtegruppen mit verstreuten Amerikanerinnen und Schweizern » : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 9. Toutes les traductions sont assurées par nos soins.

[12] Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, Nouvelle histoire de la France contemporaine. Victoire et frustrations 1914-1929, Paris, Seuil, 1990, p. 46-47.

[13] Jean-Claude Montant, « La Propagande extérieure de la France pendant la Première Guerre mondiale : l’exemple de quelques neutres européens », thèse de doctorat d’État (université Paris 1 – Panthéon Sorbonne), Lille 1989, p. 1034.

[14] Jean-Claude Montant, « Émile Haguenin, “un homme d’influence” », dans J.-J. Pollet et A.-M. Saint-Gille (dir.), Écritures franco-allemandes de la Grande Guerre, op. cit., p. 119.

[15] Ibid., p. 115-116.

[16] Ibid., p. 115-118.

[17] Gonzague de Reynold, Mes Mémoires, t. III, Les cercles concentriques. Jugements et prévisions, Genève, Éditions générales, 1963, p. 235-236.

[18] J.-C. Montant, Émile Haguenin…, op. cit., p. 117-119.

[19] « In Paris arbeitet unter Delcassé ein französischer Gelehrter, der schon einmal in der Schweiz war und nicht amtlich mit der Gesandtschaft, wohl aber privatim mit jenem Freund von mir eine Besprechung hatte. Der Mann [...], ist aber im Verkehr mit Leuten, die der Gesandtschaft nahe stehen, […] und strebt, von einer Pariser Partei unterstützt, halboffiziell die Möglichkeit einer Verständigung mit deutschen Politikern an. In Berlin bei Jagow legt man den Mitteilungen dieses Mannes viel Wert bei und ist über ihn und alles, was er im inoffiziellen Verkehr mit hiesigen Deutschen sagt, durch die Gesandtschaft unterrichtet. Wir dachten sofort an Dich, als es sich drum handelte, einen deutschen Politiker für eine Unterredung mit diesem Pariser vorzuschlagen. [...] Da die Gesandtschaft offiziellen Verkehr mit ihm nicht haben darf und offiziell von der Sache nicht weiß, schlug man mir vor, Dich persönlich einzuladen, wenn es soweit ist » : Hermann Hesse, Gesammelte Briefe. Erster Band 1895-1921, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1973, p. 274-276 (Lettre de Hermann Hesse à Conrad Haußmann, 25 juillet 1915, Berne).

[20] Verdiana Grossi, Le Pacifisme européen 1889-1914, Bruxelles, Buylant, 1994, p. 364-373 ; Voir aussi : Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands, pionniers de l’entente franco-allemande 1870-1925, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 98-100.

[21] « Alles mit Wissen und Billigung der deutschen Regierung, aber völlig inoffiziell ». Hesse prévint Haußmann de la venue d’Haguenin en Suisse dans une dépêche datée du 8 août : « Le Parisien doit venir ici entre le 10 et 15 août, viens s’il te plaît, Hesse » (« Pariser soll hier zwischen 10. und 15. August eintreffen, bitte komm, Hesse ») : H. Hesse, Gesammelte Briefe…, op. cit., p. 274-276 (Lettre de Hermann Hesse à Conrad Haußmann, 25 juillet 1915, Berne).

[22] Johannes Hürter, « Die Staatssekretäre des Auswärtigen Amtes im Ersten Weltkrieg », dans Wolfgang Michalka (Hrsg.), Der Erste Weltkrieg. Wirkung. Wahrnehmung. Analyse, Weyram, Seehamer Verlag, 1997, p. 216-251, ici p. 234-236.

[23] J.-C. Montant, La Propagande extérieure…, op. cit., p. 1042-1047.

[24] « “Er begann, dieser Krieg sei schrecklich” : “Il serait bien temps d’en finir”. “Ich sagte ?” : “Mais comment ?” » : H.G. Kessler, Das Tagebuch..., op. cit., p. 118 (3 décembre 1916).

[25] Voir A. Kostka, « Sur deux fronts… », op. cit., p. 91.

[26] J.-C. Montant, La Propagande extérieure…, op. cit., p. 1026-1027.

[27] H.G. Kessler, Das Tagebuch..., op. cit., p. 12 et 29 ; J.-C. Montant, La Propagande extérieure…, op. cit., p. 1049 ; A. Kostka, « Sur deux fronts… », op. cit., p. 86-87 et p. 91-92.

[28] Ibid., p. 92-93 ; J.-C. Montant, La Propagande extérieure…, op. cit., p. 92-93.

[29] « Ich betrachte es gegenwärtig nur als meine Aufgabe, das Misstrauen der Franzosen zu zerstreuen, für meine Person ihr Vertrauen zu gewinnen, damit dann Jemand da sei, mit dem sie zu sprechen sich getrauten » : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 127 (17 décembre 1916).

[30] J.-C. Montant, La Propagande extérieure…, op. cit., p. 1046.

[31] L. M. Leod Easton, Der Rote Graf…, op. cit., p. 322. Kessler et Haguenin s’étaient rencontrés une première fois à Berlin avant la guerre.

[32] Anne-Marie Saint-Gille (dir.), La Vraie patrie, c’est la lumière ! Correspondance entre Annette Kolb et Romain Rolland, Berne/Berlin, Peter Lang, 1994, p. 7 ; Armin Strohmeyr, Annette Kolb. Dichterin zwischen den Völkern, München, DTV, 2002, p. 93.

[33] Ibid., p. 97.

[34] La rencontre entre Kolb et Haguenin eut lieu le 1er septembre 1916 : A.-M. Saint-Gille (dir.), La Vraie patrie…, op. cit., p. 85, (Lettre de Romain Rolland à Annette Kolb) ; Voir aussi : René Cheval, Romain Rolland, L’Allemagne et la guerre, Paris, PUF, 1963, p. 662.

[35] « Im Einvernehmen mit unserer Gesandtschaft » : A. Strohmeyr, Annette Kolb…, op. cit., p. 109-111 ; H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 89  (28 Septembre 1916).

[36] « Während ihres Aufenthalts in der Schweiz hat Frl. Kolb mehrmals Gelegenheit eingehend mit Prof. Haguenin zu sprechen. Sie schildert ihn als einen überzeugten Anhänger des Glaubens an den Sieg der Entente und die militärische, wirtschaftliche und moralische Niederlage Deutschlands […] Trotzdem betonte aber Haguenin seine Sympathie für Deutschland und seinen Wunsch eine Wiederannäherung zwischen Deutschland und Frankreich herbeizuführen. Insbesondere bekundete er verschiedentlich und sehr eindringlich seine Bereitwilligkeit an der Anbahnung einer Aussprache zwischen uns und Briand über den Frieden mitzuwirken […]. Bei deutschem Entgegenkommen schien H. auch auf Konzessionen seitens Briands zu rechnen. “Il irait loin pour épargner 100 000 hommes” » : André Scherer et Jacques Grunewald (éd.), L’Allemagne et les problèmes de la paix pendant la Première Guerre mondiale. Documents extraits des archives de l’Office allemand des Affaires étrangères. I. Des origines à la déclaration de la guerre sous-marine à outrance (août 1914-31 janvier 1917), Paris, PUF,1962, p. 468-469. Note de Prittwitz, [Berlin], 23 septembre 1916.

[37] « Kind zweier Vaterländer » : A. Strohmeyr, Annette Kolb…, op. cit., p. 98.

[38] « Die Halle der vergeblichen Zusammenkünfte ». Selon les termes qu’elle employa dans son Zarastro (cité par A. Strohmeyr, Annette Kolb…, op. cit., p. 116).

[39] « Eines gesicherten (“zementierten”) Kanals zwischen Berlin u. Paris » : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 123  (6 décembre 1916).

[40] C’est ce sur quoi Arthur Zimmermann, secrétaire d’État aux Affaires étrangères depuis le 21 novembre, insista lors d’une conversation qu’il eut avec Kessler à Berlin quelques jours plus tard : « Wir dürften nicht den Anschein erwecken, als ob wir den Franzosen nachliefen, was in keiner Weise der militärischen oder wirtschaftlichen Lage entsprechen würde » : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 125  (12 décembre 1916).

[41] Ibid., p. 118 (3 décembre 1916).

[42] Il existait effectivement en France, depuis le début des hostilités, un consensus sur le retour de l’Alsace-Lorraine : J.-J. Becker et G. Krumeich, La Grande Guerre…, op. cit., p. 243-244. Pour la citation : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 118-119 (3 décembre 1916).

[43] « La discussion dieser Frage » : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 120 (3 décembre 1916).

[44] Ibid.

[45] Albert M. Debrunner, « Freunde, es war eine elende Zeit ». René Schickele in der Schweiz, Frauenfeld, Huber, 2004, p. 8, 90 et 132.

[46]  A. Scherer et J. Grunewald (dir.), L'Allemagne et les problèmes..., op. cit., p. 598-599 (Lettre de Kessler à l’Auswärtiges Amt, Berne, 5 décembre 1916).

[47] H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 120-122 (4 décembre 1916).

[48] A. Scherer et J. Grunewald (dir.), L’Allemagne et les problèmes…, op. cit., p. 598-599 (Lettre de Kessler à l’Auswärtiges Amt, Berne, 5 décembre 1916).

[49] J.-J. Becker et G. Krumeich, La Grande Guerre…, op. cit., p. 244.

[50] H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 128 (26 décembre 1916).

[51] Ibid., p. 125-126 (12 décembre 1916), p. 126-127 (17 décembre 1916), p. 127-128 (22 décembre 1916), ainsi que p. 134 (11 janvier 1917).

[52] « Mich beunruhigt dieser Gedanke sehr » : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 129 (3 janvier 1917) et p. 125-126 (12 décembre 1916)). Ainsi que : J.-J. Becker et G. Krumeich, La Grande Guerre…, op. cit., p. 246.

[53] Pour la citation de Becker : J.-J. Becker et S. Berstein, Nouvelle histoire…, op. cit., p. 122. Pour la phrase prononcée par Haguenin : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 132 (9 Janvier 1917).

[54] Ibid., p. 133 (9 Janvier 1917).

[55] David Stevenson, 1914-1918. Der Erste Weltkrieg, Düsseldorf, Artemis und Winkler, 2006, p. 186.

[56] « Sie macht jede Art von Verhandlungen unmöglich […]. Damit ist der Krieg aufs Messer eingeleitet ; die Gefahr aber für uns überstanden, die aus einer geschickten Antwort der Entente erwachsen konnte » : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 134 (13 Janvier 1917).

[57] Voir, par exemple : Guy Pedroncini, « La France et les négociations secrètes de paix en 1917 », Guerres mondiales et conflits contemporains, 170 (avril 1993), p. 131-139.

[58] Georges-Henri Soutou, « La France et les Marches de l’Est 1914-1919 », Revue Historique, 528 (octobre-décembre 1978), p. 341-388, p. 367.

[59] Ibid., p. 343.

[60] Ibid.

[61] H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 118-120 (3 décembre 1916) ; Voir aussi : A. Scherer et J. Grunewald (dir.), L’Allemagne et les problèmes…, op. cit., p. 594 (Lettre de Kessler [le nom du destinataire n’est pas indiqué], Berne, 4 décembre 1916).

[62] Cité par Yaël Dagan dans : La NRF entre guerre et paix, Paris, Tallandier, 2008, p. 89.

[63] Jacques Droz, Les Causes de la Première Guerre mondiale. Essai d’historiographie, Paris, Seuil, 1973, p. 134.

[64] J. Hürter, Die Staatssekretäre…, op. cit., p. 236-238.

[65] Ce dont son Journal parle très peu comparé à la place de choix réservée aux entretiens avec Haguenin ; voir essentiellement : H.G. Kessler, Das Tagebuch…, op. cit., p. 178 (23 Octobre 1917). Nous nous appuyons ici sur les considérations développées par L. M. Leod Easton, Der Rote Graf…, op. cit., p. 320-322).

[66] Ainsi que le prouve l’attitude qu’il adopta face à l’offensive de paix allemande de septembre 1917 et à l’affaire Briand-Lancken (G.-H. Soutou, Paul Painlevé…, op. cit.)

[67] « Painlevé zeigt sich als unnachgiebiger Befürworter eines Krieges. Dies scheint mir allerdings weitgehend Fassade zu sein » : L. M. Leod Easton, Der Rote Graf…, op. cit., p. 320.

[68] Ibid., p. 322 ; G. Pedroncini, Les Négociations secrètes…, op. cit., p. 6.

Mots clefs : Grande Guerre ; Négociations secrètes ; Harry Kessler ; Émile Haguenin ; Suisse

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