Histoire@Politique : Politique, culture et société

Vari@rticles

La mouvance radicale et radicale-socialiste sous la Ve République, marge centriste ou centre marginalisé ?

Frédéric Fogacci
Résumé :

Le déclin politique du radicalisme sous la Ve République s’explique-t-il uniquement par un système électoral et un contexte politique (...)

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Il y a un paradoxe à qualifier les radicaux de marge politique, en effet, rien ne leur est plus étranger que la recherche de la marge en politique, et on les caricature bien plus souvent comme des notables soucieux par toutes les combinaisons, y compris les moins glorieuses, de se maintenir au centre de l’échiquier politique [1] et d’assurer leur survie électorale en attendant la prochaine consultation électorale. Cette caricature n’est pas nécessairement totalement dénuée de fondements, si l’on se réfère aux plaintes régulières des dirigeants du parti, de Maurice Faure à Robert Fabre devant le faible goût du risque de leurs élus et leur propension encore plus limitée à compromettre leur carrière pour défendre l’identité et l’indépendance du parti [2] . Mais c’est peut-être là que se situe la clé du problème. L’histoire du parti sous la Ve République correspond de manière incontestable à un processus de marginalisation, marginalisation électorale, d’abord, avec la baisse rapide du nombre d’élus nationaux puis par un éloignement durable du pouvoir d’abord, des postes de responsabilité ensuite [3] . De fait, après la scission du parti face au Programme commun de la gauche, en 1972, les deux composantes du radicalisme apparaissent comme, sinon des marges, du moins des appendices de formations politiques plus rayonnantes et mieux implantées électoralement, au point que l’espace politique des radicaux s’est considérablement réduit, et que leur discours ne passe plus réellement dans l’opinion publique, les réduisant à une gestion délicate des négociations d’appareils pour préserver certains bastions électoraux [4] .

Il serait pourtant trop simple d’expliquer ce processus par le seul passage de la IVà la Ve République, du scrutin proportionnel traditionnellement protecteur des centristes à un scrutin majoritaire qui oblige à faire le plein de ses voix dès le premier tour. Ainsi, tout au long de la IVe République, l’exigence du retour au scrutin majoritaire est l’une des rares revendications qui fasse l’unanimité au sein du parti radical [5] . Certes, l’héritage de la IVe République n’offre que peu d’atouts aux dirigeants du parti pour mener à bien la reconstruction. Les débuts du Régime sont en effet marqués par un choix opportuniste de favoriser un retour rapide du parti au gouvernement, quitte pour cela à ne pas engager d’aggiornamento doctrinal contraignant et à sacrifier la reconstruction du parti et de son terreau militant. À l’heure du Dr Queuille, les congrès radicaux sont les lieux d’un rappel constant des « réalités » et des « contraintes » gouvernementales, face auxquelles les exigences doctrinales sont froidement qualifiées par Queuille de « vœux platoniques [6]  ». C’est avant tout par la capacité de ses représentants à s’affranchir du programme de leur parti que les radicaux deviennent des piliers de toute coalition gouvernementale, quitte pour cela à provoquer un profond sentiment de frustration chez les militants. En réaction, la fin de la Ive République est marquée par l’échec du projet de rénovation mendésiste qui, en voulant renforcer et refonder le parti, l’a considérablement affaibli. Porté à la tête du parti radical, lors du congrès extraordinaire de Wagram de mai 1955, par une coalition hétéroclite de vieux élus de la IIIe République soucieux de contrecarrer la génération ayant pris en main le parti à la Libération, et d’élus du Sud-Ouest désireux d’utiliser la popularité de Pierre Mendès France pour imposer à la SFIO un rapport de force plus favorable, Pierre Mendès France a eu le tort de surestimer la réalité de sa victoire comme l’ampleur du mandat qui lui était confiée [7] . Soucieux de rénover le parti, Pierre Mendès France tente alors de procéder à un toilettage idéologique et à une refonte de l’organisation du parti. Ce double objectif, autour duquel Pierre Mendès France fédère une jeune génération qui entre à cette occasion au parti, se heurte à une opposition irréductible : d’abord du groupe parlementaire, qui lui est majoritairement hostile (à deux reprises, en décembre 1955 autour d’Edgar Faure, puis en octobre 1956 avec André Morice et Henri Queuille, des parlementaires quittent le parti), puis de ses soutiens initiaux, nullement désireux de payer cette rénovation par une sortie de la majorité gouvernementale, à laquelle les mendésiste aspirent. Affaibli, désavoué, Pierre Mendès France démissionne en mai 1957, laissant un parti profondément affaibli, qui, outre le fait qu’il a très publiquement administré la démonstration qu’il était incapable de se rénover, sort de l’épreuve profondément divisé, incapable de se réunir et de peser dans aucune des crises finales de la IVe République, se divisant notamment en mai 1958, puis à l’occasion de la discussion du projet constitutionnel en septembre 1958.

La situation du parti est donc préoccupante à l’orée de la VRépublique, entre une absence totale de projet fédérateur, un appareil en crise et une hémorragie militante sensible. Cependant, le but de cet article est de démontrer que ce processus de marginalisation, qui voit le parti valoisien, formation clé de la IVe République, présente dans tous les gouvernements de 1947 à 1958, se trouver peu à peu renvoyée à la lisière du champ politique, n’est pas uniquement redevable aux circonstances immédiates, mais qu’on trouve paradoxalement des éléments d’explication de ce processus dans le projet politique radical (et dans ses limites), ainsi que dans le fonctionnement du parti, qui l’accentue et l’accélère. La période allant de la fondation de la Ve République à la scission de 1972 pose les bases de cette impasse politique dont les radicaux ne sortiront jamais vraiment par la suite, faute d’être parvenus (et d’avoir véritablement cherché) à se rénover, à redéfinir un projet et à garantir leur indépendance par rapport à leurs alliés. On voudrait poser ici plusieurs hypothèses, qui seront autant de temps de ce développement.

La première est qu’il existe incontestablement une difficulté pour le parti radical à se poser comme « centriste » dans l’économie politique de la Ve République. Dans un ouvrage récent [8] , Jean-Pierre Rioux évoque l’histoire du centrisme en ne se référant finalement que très peu aux radicaux, comme si la famille démocrate-chrétienne exerçait une forme de « monopole » sur le déjà fragile centre politique sous la Ve République. Les radicaux sont moins définis comme des centristes par vocation que comme des « orphelins de la bipolarisation », ou, plus communément, des « radicaux », une famille politique unie par un passé et un langage commun, ouverte à toutes les alliances mais peu à même de peser au centre de manière autonome. De fait, la famille radicale se situe de fait à la marge du « centrisme », abritant en son sein des hommes de droite comme des hommes profondément marqués à gauche, dont certains, comme André ou Jacques Maroselli, joueront un rôle pionnier dans l’union de la gauche [9] . Dès lors, il est extrêmement difficile pour le parti, sous la Ve République, de mettre en place une stratégie centriste qui renforcerait ses positions, l’action de la direction se heurtant sans cesse à d’autres stratégies contradictoires. En ce sens, les radicaux se situent à la marge du centre politique, n’y étant ramenés que par la synthèse de plus en plus minimaliste propre au parti : pour reprendre une expression célèbre, ils se situent moins au centre de l’échiquier qu’au carrefour du labyrinthe politique français.

Second point, cette marginalisation progressive et ces difficultés à se positionner sur l’échiquier politique résultent d’un refus global, sous la VRépublique, d’envisager sur le plan idéologique les conséquences du jeu bipolaire et du phénomène gaulliste. Comme le souligne Maurice Faure en 1965, le parti a perdu du temps à « essayer désespérément d’échapper aux réalités du jeu politique ». En un sens, dans les premières années de la Ve République, les radicaux sont des centristes par défaut, reproduisant le double discours de rejet du gaullisme et du communisme qui avait fait leur fortune sous la IVe République. Mais la marginalisation vient précisément du refus d’envisager les conséquences idéologiques de la mutation du champ politique, et de préférer essayer d’esquiver cette question en se concentrant sur les aspects tactiques, la recherche de coalitions dans lesquelles le parti valoisien jouerait un rôle de ciment plus que de moteur : le centre apparaît dès lors comme un positionnement politique, avec ce que cela comporte d’aspect statique, plutôt que comme un chemin. Symboliquement, dans la seconde moitié des années 1960, la vitalité intellectuelle du parti, le travail des commissions, la réflexion programmatique frise le néant [10] . Au contraire, le parti fait appel à des personnalités extérieures, comme Jean-Jacques Servan-Schreiber, pour assurer un renouveau du discours radical [11] . Cette attitude porte en elle-même des germes de marginalisation : le parti radical sacrifie dès lors de manière très précoce son autonomie politique, et se condamne à dépendre des autres, faute d’être porteur d’un discours original et d’une identité politique : il est dès lors porté vers la marge, et prend position avant tout par rapport aux grilles programmatiques de ses adversaires et de ses alliés.

Dernier point, il existe dans le fonctionnement même du parti radical, dans l’idéologie radicale également, certains éléments propres à assurer dans des périodes fastes une large coalition autour du parti, mais qui se révèlent, dans un contexte plus difficile, vecteurs de délitement. Alors que l’identité démocrate-chrétienne se renforce autour de certains thèmes unificateurs, comme la construction européenne, et continue à constituer un ciment solide qui assure une continuité à cette famille, le parti radical se marginalise avant tout lui-même par le peu de fidélité des militants, par la faible capacité d’élus majoritairement formés dans le cadre d’une culture de gouvernement sous la IVe République à porter leur parti dans un contexte d’opposition [12] . En somme, il s’agira de montrer à quel point ce déclin est, dans une large mesure, consenti : après 1958, jamais ne viendra l’effort militant, le sursaut de mobilisation apte à redonner aux radicaux une nouvelle audience au parti.

On développera donc ce propos en deux parties : pourquoi le jeu politique de la Ve République crée-t-il les conditions d’une marginalisation du parti radical dans le champ politique français ? Pourquoi les solutions envisagées par le parti pour y remédier accélèrent-elle ce processus au lieu de le ralentir ?

L’impensé de la bipolarisation

Il faut partir d’un constat simple : les radicaux ne parviennent pas à s’imposer comme les « centristes » de la Ve République, ils ne retrouvent nullement ce positionnement de la IIIe République qui en faisait une force de coalition, contrairement aux espoirs des plus gaullistes d’entre eux en 1958 [13] . En effet, leur plasticité, leur capacité à porter en leur sein les contradictions internes au champ politique, si utiles sous la IVe République se trouvent de fait privées d’objet face à une majorité assurée de sa stabilité et nullement désireuse de s’agréger une aile radicale susceptible de la freiner dans ses projets. Dans un premier temps, on voudrait voir dans quelle mesure la Ve République met en place la marginalisation du parti : celui-ci se trouve en effet dans l’impossibilité de jouer aucun des deux rôles que Jean-Pierre Rioux attribue aux centristes, trait d’union ou aiguillon, tandis que leur sens de l’État si souvent loué se perd faute de débouché politique.

La VRépublique, un cadre finalement hostile…

Il est essentiel de comprendre que le cadre politique de la Ve République n’est pas nécessairement initialement conçu par les radicaux comme hostile ou susceptible de provoquer leur déclin. Si l’on se replonge dans le congrès de septembre 1958, lors duquel les radicaux débattent des mérites du futur Régime, les points de vue sont, comme d’habitude, tranchés. Alors que Pierre Mendès France et ses partisans pointent le risque d’un renforcement excessif de l’exécutif [14] , au contraire, une légère majorité se dégage pour défendre le texte. La lecture proposée par les partisans du texte constitutionnel est totalement divergente. Selon Patrice Brocas, « le vrai pouvoir reste aux mains du Premier ministre ». De fait, dans un argumentaire nourri, Patrice Brocas tente de démontrer que les attributions du président de la République sont « beaucoup plus réduites que dans le texte de 1875 », estimant que « rien ne peut être fait contre un Premier ministre qui dispose d’une majorité ». Le mode d’élection du Président par un collège restreint est ardemment défendu : « Jamais de ce corps électoral d’une profonde sagesse ne sortira un Thorez ou un Massu. » La réforme du Parlement est placée dans la lignée de celle vainement entreprise par Félix Gaillard : l’article 49 (motion de censure) « résout le problème des gouvernements tombés par abstention ». Enfin, la réhabilitation des droits du Sénat, désormais impliqué dans le processus de révision constitutionnelle, est saluée. Malgré quelques réserves, notamment sur l’incompatibilité entre fonctions parlementaires et fonctions ministérielles, Patrice Brocas ne voit « aucune raison de faire grise mine à ce texte [15]  ».

Les radicaux ont-il réellement cru à cette interprétation de la Constitution de 1958 comme forme d’un parlementarisme rationalisé, finalement proche de leurs conceptions, ou ont-ils fait semblant d’y croire ? Il faut distinguer les rares partisans d’un « oui de conviction » (Brocas, Monnerville, Cupfer), et ceux, beaucoup plus nombreux, d’un « oui de circonstance », justifié par l’absence d’alternative politique. De fait, Maurice Faure reconnaît lui-même que « l’essentiel du discours de Bayeux se retrouve dans cette Constitution, même si le projet a été amendé », et que « l’Assemblée nationale y a le dernier mot, même si c’est d’une manière moins directe que nous l’aurions souhaitée ». En somme, la Ve République est adoptée autant par opportunité que par conviction. Comme le souligne Maurice Faure, il est inutile de s’opposer à un texte qui sera ratifié par 80 % des Français : le vote négatif, selon lui, « isolerait les radicaux de ceux qui pensent comme eux et bloquerait toute logique de regroupement des centres [16]  ».

Comment expliquer que cet enthousiasme initial se soit aussi vite réduit ?

Il convient tout d’abord de constater que les espoirs des radicaux de s’agréger à la vague gaulliste, malgré d’intenses efforts, sont rapidement déçus. Les savantes considérations de Lucien Degoutte, qui assigne au parti radical la tâche de s’allier au général de Gaulle pour le « sauver » d’une vague gaulliste que celui-ci chercherait à éviter aux élections législatives de 1958 [17] , puis de tenter (vainement) de protéger le général de Gaulle contre son Premier ministre Michel Debré, s’avèrent vite illusoire. Les gaullistes sont bien là, et ils sont bien gênants, car ils empêchent le parti de se réclamer directement du général de Gaulle, et, surtout, d’en tirer des bénéfices électoraux. Par ailleurs, le gaullisme concurrence directement le radicalisme sur un de ses thèmes principaux, le discours de rassemblement républicain. Comme le souligne Marc Gorecki-Leroy, « l’UNR nous interdit de reprendre dans ce pays la place à laquelle nous avons droit [18]  ». Les parlementaires gaullistes, critiqués pour leur « servilité », pour leur refus d’utiliser face au gouvernement les prérogatives que leur réserve la Constitution, sont en effet gênants car leur influence électorale, qui provoque quelques défections au sein du parti radical, contraint celui-ci à positionnement face au pouvoir bien plus tranché que souhaité. Les ambiguïtés sur la politique algérienne du Général, soutenue, puis violemment critiquée quand elle débouche sur l’indépendance, renvoient à ce profil bas, ce gaullisme a minima que l’on espère temporaire, le temps de liquider le problème algérien [19] . Après avoir apporté leur soutien à la politique dite d’autodétermination, le parti se dresse tardivement contre les accords d’Évian : c’est là la conséquence de ses profondes divisions sur la question algérienne [20] , mais aussi la mise en œuvre d’un objectif envisagé de longue date par beaucoup, se débarrasser du général de Gaulle après avoir « utilisé » celui-ci pour finir la guerre d’Algérie [21] .

La réforme constitutionnelle de 1962 permet donc de sortir de cette ambiguïté paralysante où les radicaux ne se situent ni dans la majorité ni dans l’opposition. Peut-on dire que cette réaction est aussi violente car elle annonce aux radicaux la fragilisation de leur position politique et leur scission à terme ? Si certains, comme, Guy Mollet, l’ont pressenti [22] , on en doute : il s’agit avant tout d’un rejet viscéral d’une Réforme qui selon eux remet en cause le parlementarisme rationalisé de la VRépublique. Tactiquement, le « cartel des non » apparaît en outre aux dirigeants radicaux comme une belle opération, qui préfigure le rôle futur du parti dans l’économie politique de la Ve République : favoriser des regroupements, et y jouer un rôle de charnière [23] . C’est en ce sens que la position centriste du parti se met en place de manière ambiguë, selon la conception de la coalition à former. Trois projets politiques sont en effet menés à compter de cette date, mais aucun ne mobilise l’ensemble du parti. Le premier consiste à dilater autant que possible les frontières du radicalisme, pour renforcer son poids parlementaire. C’est dans ce cadre que le congrès d’Évian de 1963 donne naissance au Rassemblement démocratique, qui recueille en son sein quelques orphelins de la bipolarisation, parmi lesquels François Mitterrand et Jacques Duhamel. L’ouverture vers certains démocrates-chrétiens au nom de la convergence centriste trouve toutefois de rapides limites (pour l’anecdote, une messe du congrès du Rassemblement démocratique est annulée d’extrême justesse en 1964, à la demande de Maurice Faure [24] ). Pourtant, second projet, Maurice Faure cherche à élargir cette dynamique pourtant incertaine pour placer son parti au cœur de la Grande coalition de Gaston Deferre, dont il sera l’une des principales chevilles ouvrières. C’est sans doute en cette occasion que le parti se rapproche le plus d’un positionnement centriste, et de son rôle traditionnel de lien entre gauche modérée et centre droit. L’échec complet de la tentative s’explique cependant en partie par les insuffisances et les divisions du parti radical. Car dans le même mouvement, d’autres éléments du parti, parmi lesquels René Billères et Jacques Maroselli, projettent d’en faire l’élément modéré d’une coalition de la gauche progressivement ouverte aux communistes, et dont François Mitterrand sera le fer de lance, qui prendra forme avec la FGDS. On voit que la scission de 1972 vient de loin.

Un logiciel idéologique progressivement obsolète

Cet échec à se positionner clairement au centre de l’échiquier politique s’explique avant tout par l’échec récurrent du parti à entrer dans une logique de réarmement idéologique. Face à la Ve République, le parti radical ne parvient finalement guère à renouveler son logiciel programmatique, à proposer des thèmes fédérateurs, au point que la réflexion théorique du parti tombe progressivement en sommeil. Certaines commissions ne sont plus réunies, et non des moindres, comme la commission des Affaires étrangères, dont Maurice Faure présente les « rapports » de délibérations inexistantes [25] .

Deux projets s’affrontent aux débuts de la Ve République. Le premier, porté par Félix Gaillard, qui dirige le parti de 1958 à 1961, est « mendésien » : il consiste à tenter de remobiliser les forces radicales autour d’un projet fédérateur, et de redynamiser les équipes militantes. Au contraire, la logique de regroupement mise en place à partir de 1962 repose sur une mise entre parenthèses des questions doctrinales et sur une confiance large faite aux leaders, lesquels ont besoin avant tout de liberté d’action, pour assurer par une stratégie d’alliance un noyau d’élus à partir desquels le parti pourra se reconstruire. L’échec assez complet du Manifeste de 1961 proposé par Félix Gaillard, et des autres initiatives l’accompagnant, comme l’éphémère publication du mensuel Le Démocrate (véritable gouffre financier) montrent à l’évidence l’impossibilité de mobiliser le parti radical autour d’un projet comme Jean Lecanuet parvient à le faire avec les Démocrates-chrétiens [26]  : l’adhésion au radicalisme est devenue définitivement une adhésion de tradition, de conformisme plus que de projet, l’effort de mobilisation attendu des militants et des cadres départementaux est largement refusé. Après 1962, le parti n’élabore plus de plate-forme électorale pour ses candidats, et leur laisse le champ libre pour défendre des idées et des stratégies contradictoires, dont le succès électoral est au final le seul critère d’évaluation. Le débat interne au parti qui suit l’échec des élections de juin 1968 en est ainsi une parfaite illustration : des affrontements d’une violence assez étonnante ont lieu entre le clan Gaillard et le clan Billères pour savoir si les radicaux sont des « Républicains de progrès » ou des « libéraux de progrès ». Nul débat sur l’identité du radicalisme, mais un enjeu stratégique, au contraire, celui de repositionner le parti face à de futures alliances, au sein d’un Nouveau Parti socialiste ouvert au dialogue avec le PCF, d’un côté, dans l’aile modérée de la majorité gaulliste de l’autre.

C’est sans doute pour ces raisons que l’on parle moins de « centristes » que de « radicaux », tant la famille radicale apparaît progressivement aussi souple sur le plan tactique que monolithique sur le plan idéologique, attachée à un style politique, à des valeurs figées d’où ne sortent plus nécessairement de solutions en prise sur leur époque : c’est paradoxalement la force d’inertie du parti qui constitue le dernier garant de son identité. Au congrès de Nantes (1969), Maurice Faure agite alors le spectre de la disparition pure et simple du parti radical [27] , tandis qu’Auguste Pinton souligne la « totale indifférence de l’opinion publique » à l’égard du radicalisme [28]  : l’appel à Jean-Jacques Servan-Schreiber apparaît alors comme une dernière chance d’enclencher un processus de rénovation trop longtemps retardé. 

La logique de regroupement comme vecteur de marginalisation

Cependant, c’est avant tout en abandonnant progressivement son autonomie que le parti radical se trouve marginalisé et privé de sa capacité à se situer au centre de l’échiquier politique. Comme le souligne Jean-Pierre Rioux [29] , la confusion de la ligne radicale conduit progressivement la mouvance démocrate-chrétienne à porter seule le flambeau du centrisme. Comment expliquer une telle perte de crédibilité, qui amène le parti radical à être rapidement aspiré par cette bipolarisation qu’il souhaitait combattre ? On peut avancer trois raisons. D’une part, le centre est, dans les années 1960, un combat qui passe par des aventures politiques courageuses, comme une candidature présidentielle. La logique de coalition dans laquelle se réfugie le parti radical s’avère au contraire émolliente, et l’amène à biaiser face à l’essentiel des choix politiques de la période. L’incapacité à peser dans le choix de candidats, les réticences profondes du parti face à la compétition présidentielle contribuent à expliquer ce rôle supplétif auquel il se trouve progressivement condamné. Second point, la bipolarisation qui s’impose progressivement au parti nait d’une pratique des coalitions dans lesquelles le parti pense pouvoir jouer un rôle charnière, mais qui le conduisent à être progressivement aspiré par d’autres formations mieux structurées sur le plan idéologique et mieux armées en militants. Dès lors, dernier, point, la marginalisation du parti radical dans la vie politique française paraît, dans la seconde moitié des années 1960, assez largement consentie, acceptée par des élus [30] et des militants peu à même de fournir un effort de mobilisation suffisant pour s’opposer au déclin.

L’impuissance présidentielle

En 1981, Michel Crépeau est le premier radical à se présenter à une élection présidentielle sous la Ve République avec le soutien, d’ailleurs partagé [31] , de ce qui n’est plus qu’une moitié du parti radical, le Mouvement des radicaux de gauche. Les jeux sont alors faits depuis longtemps, et le score très modeste qu’enregistre Michel Crépeau [32] , ainsi que le faible soutien d’un parti dont les élus penchent bien plus pour François Mitterrand que pour une candidature jugée symbolique montrent bien que, Place de Valois comme ailleurs, on s’est fait à l’idée que l’élection présidentielle ne concernait pas directement le parti, sinon à la marge.

Il n’en fut pourtant pas toujours ainsi. En 1965, deux radicaux sont en course, André Cornu, d’abord, longtemps considéré comme le prétendant naturel à une candidature « sénatoriale », avant qu’un accident de cheval ne le contraigne (du moins selon lui [33] ) à laisser la place à Pierre Marcilhacy, et Maurice Faure, un temps envisagé comme candidat de substitution à Gaston Deferre, mais qui laisse passer sa chance à l’été 1965, ouvrant la voie à François Mitterrand sans avoir très sérieusement essayé de la fermer [34] … Comment expliquer ce rendez-vous manqué ? On peut poser plusieurs hypothèses, qui toutes contribuent à montrer la marginalisation du parti.

La première est que le parti ne possède pas en ses rangs d’hommes de stature présidentielle. Au début des années 1960, il est dominé par des notables peu connus hors de leurs bastions, ou par des hommes liés au passé de la IVe République, comme Félix Gaillard ou Maurice Faure. En 1965, la figure de Pierre Mendès France, qui continue à faire de l’ombre à son parti, ressurgit, au point qu’un petit mouvement en faveur de sa candidature se dessine dans certaines fédérations, mais s’avère impossible à concrétiser, d’une part car les ponts sont coupés entre la Place de Valois et son ancien leader, et d’autre part car, on le sait, il refuse la logique de l’élection présidentielle. C’est donc hors du parti que les radicaux iront chercher leurs candidats, François Mitterrand, Gaston Deferre, Jean Lecanuet ou Alain Poher, avec la perte d’indépendance que cela suscite.

Par ailleurs, comme on le sait, la réforme de 1962 et la pratique gaullienne du pouvoir, jugée personnelle, suscitent une franche opposition au sein du parti. Les radicaux attendent avant tout de leur candidat à la présidentielle qu’il réforme la fonction et la pratique du pouvoir présidentiel dans un sens les rapprochant de la fonction originelle d’arbitre. En ce sens, le soutien apporté à Gaston Deferre lors de sa première tentative s’avère parfois « contre-productif », comme le reconnaît Maurice Faure : alors que certains reprochent à Deferre sa pratique « impériale » de la candidature, Faure doit le défendre en expliquant qu’« il est difficile d’être candidat à une fonction en se proposant de la vider de son contenu [35]  ». En somme, il ne se trouve pas au sein du parti radical d’hommes animés d’une démarche comparable à celle de François Mitterrand, qui décide de prendre son parti des institutions de la Ve République pour viser la conquête du pouvoir.

Enfin, le parti radical apparaît rapidement, dès 1965, comme un frein aux tentatives de regroupement rendues nécessaires par l’élection présidentielle. En effet, toutes les initiatives du parti visent à retarder une bipolarisation trop nette du champ politique, notamment en favorisant l’émergence, sinon d’un candidat centriste, du moins d’un candidat cherchant à regrouper au centre. En 1965, la candidature de Gaston Deferre, social-démocrate revendiqué, et ouvert aux alliances au centre dans le cadre de la Grande Fédération, suscite par exemple l’enthousiasme de la majorité du parti, au point qu’après l’échec définitif de Gaston Deferre, en juin 1965, les radicaux seront parmi les derniers à tenter de le convaincre de poursuivre sa candidature [36] . Si au centre, l’épouvantail démocrate-chrétien est rejeté par l’aile gauche [37] , à droite, l’interdit communiste reste fort, et effraie les centristes. Dès 1965, mais aussi en 1969, le parti se trouve dès lors incapable de s’unir derrière un candidat, et voit son poids et sa capacité d’influence notablement affaiblies.

La logique de coalition

Pourtant, cette logique présidentielle à laquelle il se trouve incapable de s’adapter guide les choix stratégiques du parti radical, qui ne parvient qu’à y perdre une large part de son autonomie. Au congrès de Royan de septembre 1961, alors que Félix Gaillard abandonne la présidence du parti, un choix stratégique de fond est opéré : on ne cherchera pas à reconstruire le parti par sa doctrine, mais à le sauver par ses élus, auxquels on donne toute latitude pour nouer des alliances et sauver des mandats censés permettre au parti de survivre. Pourtant, la logique de coalition recherchée, si elle permet au parti d’enrayer l’effondrement de ses effectifs parlementaires (23 députés en 1962, 26 en 1967) et de sanctuariser quelques bastions électoraux, accélère la marginalisation du parti dans l’opinion pour plusieurs raisons. La première, nous l’avons vue, est que le parti ne suit pas une seule ligne de coalition, mais deux, totalement contradictoires. Le chemin du parti radical est donc incertain et illisible : ainsi, le congrès d’Arcachon de septembre 1964 débouche finalement sur deux orientations absolument contradictoires, d’une part accélérer le processus de fusion des formations du Rassemblement démocratique, dans une perspective de dialogue avec le MRP, d’autre part accorder aux membres de la commission de politique générale du parti, dirigée par André Maroselli, le droit de mener des discussions avec la direction socialiste pour explorer les conditions d’un rapprochement. Il est délicat de déterminer si la FGDS naît plus de l’échec final de la première orientation que du succès de la seconde. Mais dès lors, ni d’un côté ni de l’autre, les radicaux ne parviennent à jouer un rôle moteur ni à imposer de leurs thématiques. À droite, les radicaux sont limités par l’échec de Gaston Deferre à créer une grande fédération et par son renoncement en juin 1965. Dans les dernières semaines de sa première aventure présidentielle, Gaston Deferre négocie directement avec le Centre démocrate [38] , et, lors des deux réunions finales qui scellent son échec, Maurice Faure est réduit à jouer les utilités. Pourtant, il dénonce le projet alternatif de la FGDS : « Il est illusoire de croire que cette fédération pourra un jour recueillir la majorité absolue. Or le problème auquel vous n’échapperez pas, même si vous voulez l’ignorer, c’est bien celui-là [39] . » À gauche, l’illusion d’un dialogue d’égal à égal avec les socialistes et les amis de François Mitterrand dans la FGDS se dissipe rapidement quand ce dernier décide d’accélérer le rapprochement avec les communistes. René Billères se trouve alors réduit à un grand écart entre ce qu’il déclare inadmissible Place de Valois et ce qu’il est contraint d’accepter aux réunions tripartites de la FGDS. Après avoir candidement considéré en 1966 que « si la fédération rencontre des difficultés, c’est qu’elle existe [40]  », il présente lui-même la plate-forme commune FGDS/PCF du 24 février 1968 comme une « purge » qu’il a fallu « avaler ».

Dans cette logique, le propos et les positions du parti radical deviennent essentiellement tactiques, corsetés par les équilibres et les rapports de force internes, et le lien avec l’opinion publique se perd. L’attitude des radicaux pendant la crise de Mai 1968 est à cet égard tout à fait symptomatique [41]  : le parti se trouve tout d’abord dépourvu de grille d’analyse des évènements, ce qui lui vaut de tanguer, condamnant les violences étudiantes avant de faire volte-face pour suivre les socialistes et François Mitterrand. Par la suite, alors que le siège du parti est déserté, les cadres étant rentrés en circonscription, le parti se limite à valider la plupart des initiatives de la FGDS, tout en essayant de jouer un rôle de frein aux plus audacieuses de celles-ci. Le projet de démission collective des députés FGDS envisagé le 19 mai est approuvé dans le principe, mais désapprouvé dans les faits, car il risque de faire perdre au parti le bénéfice des élections de 1967 (26 députés). La conférence de presse de François Mitterrand le 29 mai est approuvée, alors que Gaston Monnerville estime qu’elle fait perdre deux millions de voix à la gauche… Au total, le bilan est catastrophique, et Auguste Pinton peut conclure que le parti a été « totalement passif, totalement négatif », et surtout qu’il a traité la crise étudiante comme une crise gouvernementale sous la IVe République sans prendre la mesure de la mobilisation [42] . Le lien avec l’opinion publique est alors perdu, et, un an plus tard, le même Pinton constatera la « totale indifférence » de celle-ci à l’égard des radicaux.

Une marginalisation consentie

Pour cet ensemble de raisons, on voit donc que la marginalisation du parti radical, mais aussi la scission de 1972 viennent de loin. En privilégiant clairement une logique de coalition, le parti radical se trouve confronté à des forces politiques bien mieux structurées, car disposant d’un projet politique et d’un réseau militant qu’il a lui-même égarés de longue date. Cette confrontation sert de révélateur impitoyable à l’effritement du parti. La constitution, à partir de 1966, des fédérations départementales de la FGDS renvoie le parti à ses faibles effectifs, qu’aucun trucage comptable ne pourra masquer [43] . L’omnipotence des socialistes, souvent dénoncée, conduit de nombreux militants au découragement, au désengagement, face à des élus pas toujours soucieux de les défendre. « Il faut vraiment être un vieux militant radical-socialiste comme je le suis pour rester dans une formation qui se désintéresse ainsi de ses membres », écrit un militant des Deux-Sèvres en 1963 [44] .

La marginalisation du parti radical renvoie enfin à son incapacité à se muer en parti de la Ve République. L’absence de renouveau militant s’explique par une adhésion plus de tradition plus que de projet. À plusieurs reprises, les militants manifestent leur attachement à la Place de Valois et à l’indépendance du parti, mais c’est finalement plus grâce à leur force d’inertie que par leur dynamisme que le parti survit [45] . L’incapacité à se comporter en machine électorale, à investir les médias avec de nouvelles thématiques, à avancer des pions au sein de nouveaux vecteurs d’influence électorale comme les syndicats, signent une stratégie de repli accepté.

Le but de cet article était de montrer que c’est dans les années 1960 que le parti radical passe du centre à la marge du jeu politique français, mais aussi et surtout que ce sont moins les circonstances politiques défavorables que certaines caractéristiques du parti, son flou idéologique, l’archaïsme de son fonctionnement, son absence de projet, qui expliquent ce déclin et cette marginalisation. En somme, il s’agit là d’une amère revanche pour Pierre Mendès France, qui avait tenté en vain de refonder le parti à la fin de la IVe République.

Après 1972, c’est-à-dire après une scission imposée par ces circonstances, mais qui vient de loin et ne peut se réduire au rejet que suscite la personnalité de Jean-Jacques Servan-Schreiber, les radicaux n’ont guère d’autre choix que de poursuivre le chemin de croix entamé, à gauche comme supplétif et allié forcément fidèle du PS, à droite comme composante minoritaire du centre droit, ouverte à tous les regroupements, et comme écrin pour des personnalités extérieures en mal de responsabilités de commandement. C’est au prix de l’abandon de bien des ambitions, et de l’acceptation de cette marginalité nouvelle que les radicaux assurent non pas leur vie, mais leur survie.

Pour citer cet article : Frédéric Foggacci, « La mouvance radicale et radicale-socialiste sous la Ve République, marge centriste ou centre marginalisé ? », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 15, septembre-décembre 2011, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] L’historiographie anglo-saxonne relève souvent ce point contre les radicaux. Philip Williams les définit comme « The most flexible of politicians, always ready to adapt their policy to their major aim of getting and keeping power ». Il dresse ce portrait d’André Marie : « professional Politician par excellence, drowning every real Conflict in a Flood of sham good Fellowship, relying on men’s Greed for Jobs to overcome their Scruples about Policy, the negation of Decision, the Incarnation of Drift ». Cf. Philip Williams, French Politicians and Elections, Cambridge University Press, 1969, p. 29 et sq.

[2] Au moment de la désignation des candidats de l’Union de la gauche pour les élections législatives de 1973, Robert Fabre se plaint de la faible combativité de beaucoup des notables de son parti, « tout sauf des Kamikazes » une fois leur sort personnel réglé. Cf. Robert Fabre, Les radicaux dans l’Union de la gauche, Paris, Balland, 2001, p. 33.

[3] À ce sujet, nous nous permettons de renvoyer à notre thèse, Frédéric Fogacci, Le Malheur des temps, la mouvance politique radicale et radicale-socialiste de la Libération à la fin des années 1960, Université Paris IV-Sorbonne, 2008, à paraître aux PUPS en 2012. Voir aussi Jean-Thomas Nordmann, Histoire des radicaux, Paris, La Table Ronde, 1973.

[4] Sur ce sujet, Marcel Ruby, Serge Berstein (dir.), Un siècle de radicalisme, Lille, Presses universitaire du Septentrion, 2004, en particulier Didier Maus, « Le radicalisme, victime de la Ve République ? », p. 169-174.

[5] En janvier 1965, Maurice Faure rappelle que sous la IVe République, l’exigence de scrutin majoritaire, au final si destructeur pour le parti radical, était « ressortie à chaque fois que l’on voulait refaire l’unanimité ». Comité exécutif du 15 janvier 1965, Archives du parti radical, carton 172 (les archives auxquelles il est ici fait référence ne sont pas déposées). On peut cependant noter que les dirigeants du parti de la fin des années 1940 et du début des années 1950, comme Léon Martinaud-Déplat, soulignent à la fois la nécessité de défendre cette exigence, mais également celle de faire en sorte qu’elle ne soit jamais satisfaite…

[6] « Il est très simple d’émettre une volonté, mais si vous ne tenez pas compte du réel, vous aurez émis des vœux platoniques. » Cf. Comité exécutif du 22 janvier 1950, archives du parti radical, carton 161.

[7] Là encore, ces thématiques sont bien plus largement développées dans notre thèse, à laquelle nous renvoyons.

[8] Jean-Pierre Rioux, Les centristes, de Mirabeau à Bayrou, Paris, Fayard, 2011.

[9] Dès le début des années 1960, ils animent un club d’obédience maçonnique, l’Atelier républicain, qui sert de laboratoire à la constitution de la future FGDS en constituant un lieu de dialogue privilégié entre l’aile gauche radicale et les socialistes. À ce sujet, cf. Jean-André Faucher, Les clubs politiques en France, Paris, John Didier, 1965.

[10] Lors du congrès de Lyon en septembre 1965, la totalité du travail des commissions est résumée dans un seul rapport de synthèse : la quasi-totalité du débat du congrès est monopolisée par les questions stratégiques entourant l’élection présidentielle.

[11] Jean Bothorel, Jean-Jacques Servan-Schreiber, celui qui voulait tout changer, Paris, Robert Laffont, 2005 ; Muriel Montero, « Le parti radical dans le Mouvement réformateur », dans Serge Berstein, Marcel Ruby, Un siècle de radicalisme, op. cit., p. 187-201.

[12] Dès les élections législatives de 1958, le parti radical, pourtant délié de tout accord électoral national, n’est représenté que dans 171 circonscriptions sur 465. À ce sujet, Bernard Lachaise, Gilles Le Béguec et Frédéric Turpin (dir.), Les élections législatives de novembre 1958 : une rupture ?, Bordeaux, PUB, 2011, en particulier p. 95-108.

[13] C’est à l’occasion du congrès de septembre 1958 que Maurice Faure met en avant son identité centriste, qu’il oppose aux velléités d’union de la gauche des partisans de Pierre Mendès France.

[14] Après avoir estimé que le texte « réduisait les moyens du peuple de faire prévaloir ses volontés », Pierre Mendès France qualifie le président de la République de « Monarque, non héréditaire, toutefois » aux « pouvoirs presque souverains ». L’indépendance du pouvoir législatif est dès lors contestée, le gouvernement étant, selon Mendès France, sous le contrôle du Président : les prérogatives du Parlement, notamment en matière financière, seraient dès lors réduites à néant. « Dans les domaines vitaux, le Parlement ne peut plus, désormais, qu’émettre des "principes généraux", c’est-à-dire des vœux de conseil d’arrondissement », estime Mendès France, avant de dénoncer la « multiplicité des précautions prises contre l’Assemblée, élue du suffrage universel ». Cf. Archives du parti radical, carton 57.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] Lors d’un entretien avec le Général, le 25 septembre 1958, Félix Gaillard plaide ainsi pour le scrutin d’arrondissement, celui-ci ayant pour vertu d’ « éviter une chambre introuvable » et de « favoriser une majorité axée sur le centre ». C’est avec déception qu’il estime, devant le bureau du 1er octobre, que « de Gaulle est désireux d’asseoir le pouvoir sur une chambre forte plutôt que de laisser des hommes et des groupements politiques se prévaloir de son nom ». Lors du débat qui suit, Lucien Degoutte estime encore possible d’obtenir du général de Gaulle qu’il « ne patronne personne ». Cf. Archives du parti radical, carton 187

[18] Cf. comité exécutif du 20 décembre 1960, archives du parti radical, carton 167.

[19] Le rapport de Patrice Brocas à l’occasion du congrès de Royan de septembre 1961 pointe ainsi l’ « échec complet » de la politique algérienne du gouvernement, et voit dans le « choix entre dégagement total et dégagement négocié » une « trahison » de l’esprit du 16 septembre 1959. Cependant, comme le soulignent les quelques avocats du général de Gaulle, le parti n’est guère en mesure de proposer des solutions alternatives, en dehors du rappel de son action passée en faveur d’une « loi cadre », et du soutien diffus à une hypothétique solution de partage territorial. Cf. Archives du parti radical, carton 67. Cependant, dès le bureau du 21 janvier 1960, Félix Gaillard estime que « si la chance de De Gaulle est passée en Algérie, alors nous n’avons plus de raisons d’accepter ce Régime ». Cf. Archives du parti radical, carton 188.

[20] La question algérienne a continué à représenter une pomme de discorde entre les tendances radicales, le premier « manifeste de la gauche pour le maintien de l’Algérie dans la République française », de juin 1960, ayant notamment reçu les signatures de Maurice Bourgès-Maunoury et Henry Laforest, tandis que René Billères considérait de manière précoce l’indépendance comme « inéluctable ». À l’occasion du référendum sur l’autodétermination du 8 janvier 1961, une majorité se dégage pour appeler à voter « non », mais cette majorité groupe paradoxalement ceux qui reprochent au général de Gaulle de perdre du temps dans les négociations avec le FLN (comme Auguste Pinton) et ceux qui au contraire estiment que ces négociations vont trop vite et s’accompagnent de concessions trop rapides (comme Maurice Bourgès-Maunoury). Cette contradiction fondamentale rend la voix du parti inaudible pendant la campagne référendaire.

[21] « Si de Gaulle ne résout pas le problème algérien, alors personne ne le résoudra », estime Maurice Faure à l’occasion du comité exécutif du 14 décembre 1959. Néanmoins, au sujet des accords d’Évian, il déclare : « À ce moment-là, nous avons été nombreux à nous dire que les circonstances que l’on avait si souvent évoquées, c’est-à-dire que de Gaulle nous rende le service de liquider l’affaire d’Algérie, et qu’après nous nous débarrasserions de lui, nous semblaient sur le point de réussir. » Cf. Maurice Faure, « Témoignage », dans Parlement(s). Revue d’histoire politique, Hors série, 2004, p. 65-66.

[22] Selon Maurice Faure, Guy Mollet aurait dès les jours suivant l’annonce de la proposition de référendum prophétisé que celle-ci, adoptée, rendrait inéluctable une scission du parti radical. Cf. entretien avec Maurice Faure, 22 avril 2002. Cependant, cette crainte d’une bipolarisation du champ politique qui réduirait l’espace du radicalisme est exprimée dès le lendemain des élections législatives de novembre 1958. On peut ainsi citer un article de Michel Soulié dans la Tribune républicaine du 8 avril 1959 : « Les résultats de l’élection partielle de l’Ardèche confirment la dangereuse tendance du corps électoral français à se porter aux extrêmes. Le renforcement de l’UNR et la remontée du candidat communiste montrent que la nation est sur le point de se couper en deux. L’effondrement du centre et de la gauche laisse face à face deux blocs qui peuvent s’affronter avec violence. Le rôle du parti radical ces cinquante dernières années avait été précisément d’empêcher le heurt des deux tendances extrêmes. Parti de la raison, son poids se portait tantôt à gauche, tantôt à droite, maintenant l’équilibre démocratique du régime. Aujourd’hui, le parti radical connaît de graves difficultés qui tiennent à ses divisions, à ses erreurs et aux évènements qui, en ébranlant la République, ont touché à ses assises profondes. La gauche tout entière subit cette crise. Tant qu’un vaste rassemblement de la gauche et du centre gauche n’aura pas été réuni, il existe un risque de voir la nation se couper en deux blocs hostiles. Le mécontentement des démocrates doit pouvoir s’exprimer autrement que par un vote de désespoir et de violence en faveur du PCF. »

[23] À plusieurs reprises, au mois de janvier 1962, Maurice Faure se prononce contre tout Front populaire, encadrant de fait les discussions avec les socialistes. Sa participation au déjeuner de l’Alma, où figurent également Antoine Pinay et le MRP André Colin, est perçue au sein du parti radical comme une tentative pour rééquilibrer l’alliance vers le centre. Cf. Jean-André Faucher, La gauche française sous de Gaulle, Paris, John Didier, 1969, p. 84-85.

[24] L’Aurore du 28 septembre 1964.

[25] Une réforme de Félix Gaillard datant de 1959, et visant à exclure des commissions de réflexion du parti les membres absentéistes tombe vite dans l’oubli. Seule la commission de politique générale reste un lieu de débat important dans le parti, au point qu’elle sert de laboratoire à la mise en place de l’Union avec les socialistes, contre la volonté du président Maurice Faure.

[26] À ce sujet, voir Muriel Montero, Les centristes face à la bipolarisation, 1962-1974, thèse sous la direction de Jean-Paul Brunet, Université Paris IV, 2003.

[27] Le bilan que dresse Maurice Faure de l’état du parti, à la veille d’en reprendre la présidence, est teinté d’un fort pessimisme : « Le nombre de nos cartes réduit d’année en année, nos congrès sont squelettiques, notre audience dans le pays de plus en plus réduite ». Il propose ainsi un « bouleversement complet de nos méthodes, de nos structures et de nos hommes dans le sens d’un rajeunissement et d’une modernisation ». Plus encore, tirant les leçons de l’échec d’une stratégie de regroupement dont il a été lui-même le principal avocat. Maurice Faure insiste sur la nécessité pour le parti de se refonder lui-même avant de pouvoir penser à devenir l’axe d’un quelconque regroupement. Dans son discours, c’est donc la survie même, à court terme, du parti radical, qui est incontestablement posée, ce que Maurice Faure reconnaît : « Toute la presse, avec un point d’interrogation, se demande si c’est notre dernier congrès ; il suffit de la lire pour voir à quel point on se demande si nous existons encore ou, en tout cas, ce que nous représentons. (...) Il est peut-être plus tard encore que vous ne l’imaginez. » Cf. Archives du parti radical, carton 93.

[28] Ibid.

[29] Jean-Pierre Rioux, Les centristes de Mirabeau à Bayrou, op. cit, p. 150.

[30] « Mais il faut que les chefs du radicalisme français aient confiance en leur parti. Si vous ne croyez pas vous-même à vos opinions, comment voulez vous que les électeurs y croient ? », s’exclame Marcel Perrin à la tribune du congrès d’Arcachon en 1964. Cf. archives du parti radical, carton 77.

[31] Certains élus du MRG, comme François Abadie, jugent alors préférable d’apporter dès le premier tour leur soutien à François Mitterrand.

[32] Un peu moins de 643 000 voix, soit 2,21 % des suffrages exprimés. De manière significative, lors d’une consultation nationale de ce type, Michel Crépeau est loin de faire le plein des voix dont le MRG peut disposer lors de consultations locales.

[33] André Cornu, Mes Républiques indiscrètes, Paris, Jean Dullis, 1976, p. 199-200.

[34] L’interprétation de la non-candidature de Maurice Faure à l’élection présidentielle de décembre 1965 suscite des appréciations contradictoires. Dans ses mémoires, Maurice Faure estime ne pas avoir insisté pour pousser sa candidature en raison de ses réticences personnelles (« Pour dire la vérité, je ne me voyais pas candidat contre de Gaulle. Je n’avais que quarante-trois ans, j’étais encore un peu jeune par rapport à la fonction de président de la République ». Dès lors, après la modification de l’attitude socialiste à la rentrée de septembre 1965, il n’aurait fait aucune difficulté pou s’effacer, au matin du 9 septembre 1965, devant François Mitterrand». Cf. Maurice Faure, D’une République à l’autre, Paris, Seuil, 1999, p. 102-103. Cette version nous a été confirmée par Maurice Faure à l’occasion d’un entretien le 22 avril 2002. Jacques Maroselli nuance cette version. Selon lui, la candidature de Maurice Faure constituait un fait acquis à la fin du mois de juin 1965, le parti socialiste ayant renoncé à présenter son propre candidat. François Mitterrand serait allé retrouver Maurice Faure à La Rochelle au début du mois d’août 1965 pour lui proposer ses services, et devant le peu de mobilisation du candidat, se serait alors décidé à proposer sa propre candidature, obtenant notamment la neutralité bienveillante du parti communiste. Cf. entretien avec Jacques Maroselli, 22 avril 2002. Selon une chronologie établie par Jean-Jacques Servan-Schreiber, on peut néanmoins constater que François Mitterrand multiplie les consultations avec les anciens soutiens à la candidature de Gaston Defferre dès le début du mois de juillet 1965. Cf. Archives du parti radical, carton 625.

[35] Cf. archives du parti radical, carton 172. Maurice Faure insiste alors sur l’obligation de « ne pas ouvrir de guerre entre les partisans d’un Régime présidentiel et les tenants d’un Régime parlementaire », qui ferait le jeu du général de Gaulle

[36] Maurice Faure doit alors raisonner ses troupes : « Ce que voulez n’est pas possible, et ce qui est possible, vous ne le voulez pas. »

[37] « Le parti radical est aujourd’hui comme un canard en équilibre au bord d’un bénitier, qui fait "coin coin" pour attirer les socialistes », juge Jacques Maroselli dans L’Aurore des 26 et 27 septembre 1964.

[38] Le 13 mai 1965, Maurice Faure tente de jouer un rôle de médiateur à l’occasion d’une rencontre secrète entre Gaston Defferre et le comité de liaison des démocrates. Il plaide le fait que « l’initiative de Gaston Defferre peut entraîner la SFIO vers une novation plus grande que prévue » et estime que « sur les options pratiques, on peut s’entendre sur un programme qui puisse obtenir l’accord de l’aile droite et de l’aile gauche de l’éventuelle "fédération" ». Il voit dans cette alliance « une forme de "Cartel des non" en temps de paix ». Il plaide dès lors pour que l’appel de Defferre inclue les indépendants présents au comité de liaison des Démocrates. Néanmoins, les décisions sont remises à après le congrès socialiste, dont Joseph Fontanet et Jean Lecanuet redoutent qu’il ne « charge excessivement la barque ». Cf. Archives du parti radical, seconde série, carton 178.

[39] Cf. Congrès de Lyon, septembre 1965, archives du parti radical, carton 80.

[40] Cf. comité exécutif du 12 janvier 1966, Archives du parti radical, carton 173.

[41] À ce sujet, Frédéric Fogacci, « Totalement passifs, totalement négatifs ? Les radicaux, la FGDS et la crise de mai-juin 1968 », dans Parlement(s), n° 9, 2008, p. 44-61.

[42] Cf. comité exécutif du 10 juillet 1968, archives du parti radical, carton 178.

[43] Après 1965, le parti radical ne revendique plus qu’environ 10 000 cartes, chiffre qui chute à 8 000 en 1968. Il faut en outre avoir à l’esprit qu’une part non négligeable de ces cartes sont fictives, réglées par des élus ou une fédération qui souhaite peser sur le débat interne du parti. Les cartes prises ne sont en outre pas toutes réglées dans l’année : en 1966, le trésorier du parti se plaint amèrement que la collecte des cartes coûte plus cher qu’elle ne rapporte…

[44] Cf. lettre de Louis Bordages, 10 avril 1963, archives du parti radical, carton 558.

[45] À deux reprises, en 1964 face au Rassemblement démocratique, puis en 1969 face à la perspective d’intégrer le Nouveau Parti socialiste, les militants radicaux s’opposent fermement à toute disparition du parti comme entité autonome.

Frédéric Fogacci

Agrégé d’histoire, actuellement professeur dans le secondaire et chargé de cours à Sciences Po et à l’Institut catholique de Paris, Frédéric Fogacci a soutenu en 2008, à l’université Paris-Sorbonne, une thèse intitulée « Le malheur des temps, la mouvance politique radicale et radicale-socialiste de la Libération à la fin des années 1960 » (à paraître dans une version remaniée à l’automne 2012). Membre du bureau du Comité d’histoire politique et parlementaire (CHPP) et du comité de rédaction de la revue Parlement(s), il a notamment publié Dictionnaire de la droite française (Paris, Larousse, 2007) (avec Florence Haeghel, Xavier Jardin et Nicolas Sauger), « Des réseaux locaux à l’épreuve de la Ve République : l’exemple d’André Maroselli et de la fédération radicale de Haute-Saône », dans Histoire, économie, société, 1, 2006, p. 109-129), « « Totalements passifs, totalement négatifs » ? Le parti radical, la FGDS et la crise de mai-juin 1968 », dans Parlement(s), n°9, 2008, pp. 44-61, et « Gaullisme et antigaullisme des élites politiques », dans Pierre Birnbaum, Serge Berstein (dir.), Le général de Gaulle et les élites (Paris, Fondation Charles de Gaulle, 2008, p. 244-261).

Mots clefs : parti radical, centre, déclin, Ve République.

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