Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Contribution à l’étude des circulations culturelles transnationales

Coordination : Emmanuelle Loyer, Laurent Martin et Marie Scot

L’Unesco : une plate-forme pour les circulations transnationales de savoirs et d’idées (1945-1980)

Chloé Maurel
Résumé :

De 1945 à 1980, l’Unesco a joué un rôle important dans les relations culturelles internationales et transnationales. L’action de l’Unesco (...)

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L’Unesco, organisation intergouvernementale, peut être étudiée à la fois sous l’angle des relations internationales, c’est-à-dire de l’histoire diplomatique, et sous l’angle de l’histoire transnationale ; les deux approches se complètent. Il est en particulier très intéressant d’analyser les phénomènes de circulations de savoirs et d’idées qui se font par le biais de l’Unesco. De 1945 à 1980, l’Unesco joue un rôle important dans les relations culturelles internationales et transnationales. Son action se situe à l’interface entre les gouvernements, les milieux éducatifs, scientifiques et culturels, et le grand public. L’Unesco n’agit pas seulement au niveau international mais aussi transnational. Au cours de ces années, l’action de l’Unesco s’inscrit dans le cadre d’abord de la reconstruction d’après-guerre (son terrain d’action est d’abord essentiellement l’Europe), puis dans le cadre de la guerre froide (notamment à partir de l’entrée de l’URSS dans l’organisation en 1954) et dans le cadre de la décolonisation (son terrain d’action s’étend à l’Asie dans les années 1950 puis à l’Afrique à partir de 1960).

L’Unesco entend jouer le rôle de plate-forme pour les circulations transnationales de savoirs et d’idées. Ces circulations se font de multiples façons, par plusieurs moyens : les « commissions nationales pour l’Unesco », constituées dans chaque État membre, rassemblent des personnalités du monde politique et culturel et doivent faire le lien entre les autorités nationales, le grand public national, et l’Unesco. Des revues comme Le Courrier de l’Unesco sont diffusées dans les États membres (pendant la guerre froide, Le Courrier de l’Unesco est l’une des rares revues à être publiée des deux côtés du rideau de fer). Des projets culturels transnationaux sont menés, comme le « projet Orient-Occident », réalisé de 1957 à 1966. Des projets scientifiques transnationaux sont également entrepris, comme celui d’écrire une « Histoire de l’Humanité » puis une « Histoire de l’Afrique », fruits de la collaboration de nombreux chercheurs de différentes nationalités et de différentes cultures.

À quelles circulations transnationales de savoirs et d’idées donne lieu l’action de l’Unesco ? Quels en sont les acteurs et les mécanismes ? À quoi aboutissent-elles ? Atteignent-elles leurs objectifs ? On s’efforcera de répondre à ces questions par l’étude de trois exemples de circulations, le projet Orient-Occident, l’Histoire de l’Humanité et l’action de l’Unesco en Afrique.

Le Projet Orient-Occident (1957-1966)

Le « Projet majeur pour l’appréciation mutuelle des valeurs culturelles entre l’Orient et l’Occident », mis en œuvre pour une durée de dix ans de 1957 à 1966, est particulièrement révélateur de la volonté de l’Unesco de favoriser une circulation transnationale des savoirs et des cultures.

Lors de sa mise en place, les notions d’Orient et d’Occident sont conçues par l’Unesco de manière purement intuitive. Sous le terme d’Orient, l’Unesco désigne alors essentiellement l’Inde, le Japon, la Thaïlande, l’Indonésie, la Chine nationaliste (Taïwan). Sous le terme d’Occident, l’Unesco englobe les pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord.

Le lancement de ce projet est motivé par la volonté de rapprocher les civilisations, et particulièrement l’Orient et l’Occident, dans une volonté pacifiste et universaliste. Il s’agit de favoriser l’avènement d’une culture universelle, considérée comme un facteur de paix et de progrès[1] . Le projet s’adresse aux intellectuels (études, colloques, création d’institutions, échanges de professeurs) ; mais aussi au grand public (films, émissions de télévision et de radio, articles de presse, posters, brochures, livres de poche, enregistrements musicaux)[2] .

Publications, conférences, colloques, bibliographies, expositions, émissions de radio, films sont alors réalisés dans cet esprit ; par exemple, l’exposition « Orient-Occident » s’efforce de souligner les influences réciproques et la proximité des civilisations d’Orient et d’Occident sur le plan artistique[3]  ; et des films documentaires visent à mettre en valeur les points communs entre la musique orientale et la musique occidentale, et entre l’art du mime et des marionnettes en Orient et en Occident[4] .

Cependant, on observe la difficulté, voire l’échec, à susciter de véritables circulations culturelles, équilibrées et réciproques, entre Orient et Occident : cela s’explique notamment par la difficulté à définir, à identifier la frontière culturelle Orient-Occident. Les concepts d’Orient et d’Occident apparaissent en effet comme une construction mentale des Occidentaux, à laquelle il est difficile de donner des contours précis [5] .

Au fil des dix années du projet, la répartition des zones considérées comme orientales ou occidentales par l’Unesco a de moins en moins à voir avec une quelconque réalité géographique, puisque l’Afrique et l’Amérique latine sont rattachées à l’Orient, et que des pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et dans une mesure croissante le Japon, sont considérés comme appartenant à l’Occident. De manière paradoxale, les zones où passe vraiment, sur le plan géographique, la frontière entre Orient et Occident, comme l’URSS, la Turquie, les pays arabes, ne jouent pas de rôle important dans le projet.

Vers 1960, un retournement se produit avec la prise de conscience par l’Unesco de l’érosion de la frontière culturelle entre Orient et Occident, liée à la perception de la mondialisation culturelle en cours. La position de l’Unesco glisse alors vers la volonté de protection des identités culturelles. Ce retournement de perspective modifie complètement l’esprit du projet. Il n’est plus dès lors question de favoriser les circulations culturelles Orient-Occident dans le but d’abolir la frontière culturelle Orient-Occident, conçue comme un frein au progrès, mais au contraire, désormais, de préserver cette frontière culturelle qui apparaît menacée de disparition. L’Unesco entend désormais lutter contre la tendance à l’uniformisation des cultures[6] .

Dès lors, les circulations Orient-Occident que promeut l’Unesco ont un autre objectif : il s’agit de faire circuler des éléments du patrimoine culturel de l’Orient, pour les mettre en valeur : collecte et publication de contes traditionnels, descriptions de rites et fêtes communautaires, études orientalistes et enregistrement de musiques traditionnelles succèdent alors aux activités initiales. Au début on insistait sur les points communs entre cultures d’Orient et d’Occident, désormais plutôt sur les différences, les spécificités[7] .

Si on fait le bilan de ce projet, et des circulations culturelles auxquelles il a donné lieu, on observe un caractère déséquilibré et unilatéral. L’évaluation interne du projet réalisée par l’Unesco en 1968 en souligne les lacunes : la réciprocité qui devait caractériser le projet n’a en fait pas été respectée ; les publications, les études, les films, les programmes de radio ont essentiellement été réalisés par des Occidentaux et pour des Occidentaux[8] .

Le projet a véhiculé une représentation caricaturale des cultures d’Orient, représentation qui a souvent cédé à l’orientalisme, malgré les mises en garde de certains responsables du projet. Les cultures orientales ont été présentées essentiellement dans leurs aspects traditionnels (danses traditionnelles, monuments et temples anciens, fêtes religieuses rituelles). Elles sont évoquées comme des civilisations figées, ancrées dans le passé, alors que les États concernés auraient souhaité que l’accent soit mis au contraire sur leurs aspects contemporains. La culture occidentale tient toujours lieu de référentiel implicite dans la présentation des cultures orientales[9] .

Ce projet constitue en tout cas un témoignage intéressant d’une tentative de mise en œuvre des circulations transnationales de savoirs, et il atteste de l’évolution conceptuelle de l’Unesco de l’universalisme vers le multiculturalisme : la frontière culturelle Orient/Occident, initialement considérée comme un clivage économique, social et culturel qu’il faut abolir pour permettre l’avènement d’une civilisation mondiale synonyme de progrès, s’est muée peu à peu, au fur et à mesure qu’elle a eu tendance à devenir moins clairement perceptible, en une richesse culturelle qu’il s’agit de préserver et de promouvoir.

L’Histoire de l’Humanité de l’Unesco (1945-1968)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Unesco nouvellement créée, animée d’un esprit universaliste, humaniste et pacifiste, se lance dans le projet d’écrire une « Histoire scientifique et culturelle de l’Humanité ». L’élaboration de l’ouvrage connaîtra des difficultés et s’étendra finalement sur plus de vingt ans : l’Histoire de l’Humanité paraît en six volumes en 1968[10] .

Un projet universaliste, pacifiste, positiviste

À ses débuts, ce projet se fonde sur la volonté de mettre en place un fond de connaissances et de valeurs commun à tous les peuples et individus, censé entraîner la compréhension internationale et l’harmonie entre les hommes. On est dans un contexte où se développent des rêves de « gouvernement mondial », de « culture universelle », le rêve de créer un « citoyen international », comme en témoigne le discours de Léon Blum à la conférence constitutive de l’Unesco[11] . C’est dans un tel esprit de propagande pacifiste et universaliste que l’Unesco entreprend le projet SCHM (Scientific and Cultural History of Mankind)[12] .

Le projet comporte aussi une importante dimension pacifiste. L’un des buts initialement assignés à cette entreprise historiographique est de contribuer à éradiquer les idées fascistes et nazies, de « rééduquer » les peuples de l’Axe. Cette dimension pacifiste est d’autant plus forte que plusieurs protagonistes du projet ont été déportés dans des camps de concentration comme Léon Blum, Paulo de Berrêdo Carneiro, ou le médiéviste français Robert Fawtier[13] et que plusieurs autres ont participé à la Résistance, comme l’ethnologue français Paul Rivet [14] . Lucien Febvre observe : « S’il y a une pensée sous-jacente qui guide cette élaboration, c’est une pensée pacifiste[15] . »

Une autre conception est également au cœur de ce projet, sous l’influence des scientifiques britanniques Julian Huxley (zoologue) et Joseph Needham (biochimiste, spécialiste de l’histoire des sciences et techniques en Chine), très actifs dans les premières années de son élaboration : une place importante y est accordée à l’histoire des sciences, au rôle des sciences et des technologies dans l’histoire. La mention du terme « scientifique » dans le titre du projet est révélatrice de cette volonté. À l’Unesco, et plus précisément dans le cadre du projet SCHM, Huxley et Needham s’emploient à diffuser, à faire circuler leurs conceptions positivistes et leur volonté d’encourager les applications sociales des sciences[16] .

Sous l’impulsion de ces scientifiques, les premières ébauches de l’ouvrage mettent fortement l’accent sur des conceptions évolutionnistes, positivistes, et prévoient de donner une place centrale aux sciences et technologies, conçues comme des facteurs importants pour le progrès social, envisageant même initialement d’y consacrer un volume entier[17] .

Du fait de l’intérêt précoce pour les sciences qui structure le projet, de nombreux scientifiques de renom figurent parmi les collaborateurs de l’Histoire de l’Humanité parue en 1968, comme le physicien nucléaire américain Edward U. Condon, et le philosophe des sciences français Georges Canguilhem[18] . Plusieurs des scientifiques qui ont contribué à l’Histoire de l’Humanité sont également des esprits universels et des vulgarisateurs de talent, comme l’Américain Jacob Bronowski[19] . L’Histoire de l’Humanité se caractérise donc par un réel effort de vulgarisation scientifique.

De ses premières ébauches jusqu’au texte final, l’Histoire de l’Humanité porte donc fortement la marque de conceptions universalistes, pacifistes et positivistes, caractéristiques de l’esprit de l’immédiat après-guerre.

Au carrefour de diverses influences historiographiques

Le projet s’inscrit au carrefour de différentes influences historiographiques, entre « histoire universelle » et world history. Il a permis des circulations transnationales de savoirs qui ont favorisé la diffusion de ces courants.

Il s’inscrit tout d’abord dans l’héritage des différentes tentatives d’« histoires universelles », genre qui remonte à l’Antiquité. En cela, il est dans l’air du temps de son époque : des années 1930 aux années 1960, vers la même époque que celle à laquelle le projet SCHM est conçu et mené à bien, plusieurs entreprises comparables sont réalisées, témoignant d’un engouement pour le genre de l’histoire universelle[20] . Le projet SCHM est donc représentatif de son époque, s’inscrivant dans le courant alors en vogue des grandes sommes historiques totalisantes.

L’Histoire de l’Humanité fait aussi partie des ouvrages précurseurs de l’histoire culturelle. Sous l’influence de Julian Huxley, Lucien Febvre et François Crouzet rédigent pour l’Unesco en 1951 un rapport dans lequel ils promeuvent cette dernière[21] . La mention du terme « culturel » dès les premiers titres du projet SCHM est révélatrice de cet intérêt. Parmi les historiens associés à la rédaction de l’ouvrage figurent plusieurs pionniers de l’histoire culturelle, comme l’historien américain Ralph Turner[22] .

Les conceptions pacifistes qui président à l’élaboration de l’Histoire de l’Humanité peuvent en outre faire considérer ce projet comme l’un des précurseurs du courant des « Peace Studies » ou « Peace Research ». Ce courant, qui a émergé à partir des années 1940 aux États-Unis, s’est beaucoup développé à partir des années 1960-1970, en particulier dans le monde scandinave [23] . Des liens peuvent être identifiés entre le courant des Peace Studies et le projet d’Histoire de l’Humanité, notamment par l’existence de réseaux communs : ainsi par exemple, Alva Myrdal, figure importante des Peace Studies, a travaillé à l’Unesco à l’époque de l’élaboration du projet SCHM, dirigeant alors le département des sciences sociales de l’organisation.

L’élaboration de l’Histoire de l’Humanité de l’Unesco est aussi marquée par l’influence du courant de l’histoire comparée et de l’école des Annales. La volonté comparatiste y est très présente, comme en témoigne la contribution de l’anthropologue français Louis Dumont[24] . La participation d’importants historiens des Annales, comme Lucien Febvre et Charles Morazé, au projet SCHM a fortement marqué cette entreprise. La pluridisciplinarité, la volonté totalisante, l’effort pour mettre en évidence les interactions entre tous les aspects de la réalité sociale, et l’insistance sur le « temps long », éléments clés de la pensée de Lucien Febvre, se retrouvent dans l’élaboration de cet ouvrage.

En outre, par plusieurs aspects, le projet SCHM peut aussi apparaître comme un précurseur du courant de la World History, courant qui a connu ensuite un essor remarquable dans le monde anglo-saxon à partir des années 1980. En effet on observe dans le projet SCHM un effort pour appréhender l’histoire en dépassant les cloisonnements nationaux. Il est d’ailleurs notable d’observer que le terme « histoire mondiale » est présent dans le titre de la revue créée par l’Unesco en 1953 dans le cadre du projet SCHM : les Cahiers d’histoire mondiale. Cette revue entend susciter un dialogue transnational, permettre à des historiens et même au grand public cultivé de différents pays de participer à l’élaboration de l’Histoire de l’Humanité. Cette volonté d’interaction entre chercheurs et avec le grand public deviendra une des caractéristiques de la World History[25] .

Par cette parenté avec ces différentes écoles et/ou disciplines, l’Histoire de l’Humanité apparaît donc comme une entreprise novatrice, à la pointe d’approches et de concepts alors à peine naissants et qui ont connu un important développement par la suite. Cette entreprise intellectuelle de l’Unesco a pu contribuer à développer ces courants, à les faire connaître, à les faire circuler entre les communautés scientifiques de différents pays, au moyen d’une structure originale qui est la « commission internationale pour la rédaction d’une histoire de l’humanité ».

Un vaste réseau intellectuel transnational, au fonctionnement malaisé

Pour mener à bien concrètement cet ambitieux projet historiographique, l’Unesco met en place un vaste réseau intellectuel transnational. Le mécanisme établi fait collaborer pendant plusieurs années des spécialistes de différents pays dans le cadre de la « commission internationale pour la rédaction d’une histoire de l’humanité », établie en 1952. Aux membres de cette commission s’ajoutent des membres correspondants et d’autres savants consultés individuellement[26] . Le sociologue suisse Guy Métraux, fonctionnaire de l’Unesco, joue un rôle clé comme Secrétaire général de la commission. Il s’emploie à coordonner le travail des intellectuels associés au projet. Amener ainsi des centaines de personnes de nationalités, de langues, d’horizons et de cultures très différents, à communiquer, à collaborer et à s’entendre sur un texte commun, s’avère une tâche difficile.

Le mécanisme de rédaction mis en place vise à encourager le dialogue entre les nombreux acteurs du projet, les multiples circulations en tous sens : « Avant l’édition définitive de l’ouvrage, chaque contribution particulière sera soumise au contrôle des spécialistes et à la critique par une publication préalable[27] . » L’ouverture à tous les points de vue est censée contribuer par la voie démocratique à un consensus universel ; notamment au moyen des Cahiers d’histoire mondiale (1953-1973). Mais la communication entre savants fonctionne mal, notamment à cause de la lourdeur du processus et du refus de plusieurs historiens de se plier à la procédure prévue, consistant à soumettre leurs textes à la critique de lecteurs extérieurs [28] .

Malgré le vif « souci de distribution géographique et culturelle équitable » dans la répartition des intellectuels associés au projet, l’écrasante majorité des contributeurs sont des Occidentaux. Ainsi sur les vingt-sept membres de la commission internationale, dix-neuf sont Européens ou Nord-Américains[29] .

Des oppositions politiques dans le cadre de la guerre froide

Un aspect positif du projet SCHM est qu’il permet des circulations de savoirs scientifiques entre les deux blocs, Est et Ouest, ce qui était très rare à l’époque de la guerre froide. Mais, corollairement, il donne lieu à de fortes oppositions Est-Ouest. Les protagonistes du projet sont clairement partagés en deux blocs. D’un côté se trouvent les intellectuels des pays communistes, ainsi que des intellectuels occidentaux marxistes. D’un autre côté, le projet rassemble une grande majorité d’intellectuels américains, et des intellectuels d’autres pays fortement ancrés dans le camp atlantiste par des réseaux politiques ou intellectuels. Il est révélateur de constater qu’un grand nombre des intellectuels associés au projet ont séjourné et/ou étudié aux États-Unis et sont liés à des fondations américaines (Rockefeller, Carnegie, Ford) ou à des organisations internationales dominées par les États-Unis comme l’Organisation des États américains (OEA), ou son ancêtre l’Union panaméricaine. C’est le cas notamment du philosophe et économiste allemand Wilhelm Röpke et de l’historien français Charles Morazé, tous deux liés aux réseaux de la fondation Rockefeller[30] .

Malgré un réel effort d’équilibrage entre tenants des deux blocs dans la répartition des rédacteurs, le plus souvent on observe une sur-représentation des intellectuels du bloc de l’Ouest par rapport à ceux du bloc de l’Est : ainsi sur les vingt-sept membres de la commission internationale, seuls quatre se rattachent au bloc de l’Est, contre vingt-trois au bloc de l’Est. C’est le résultat d’importantes pressions effectuées par le gouvernement américain sur l’Unesco pour bloquer le recrutement de contributeurs se rattachant au bloc de l’Est[31] .

Marginalisés, les savants soviétiques ne parviennent pas à imposer leurs vues dans l’ouvrage ; ils apportent toutefois de nombreuses objections aux textes rédigés par des Occidentaux, demandent des remaniements, surtout pour le volume VI, qui porte sur le XXe siècle[32] . Guy Métraux est alors forcé de reconnaître que beaucoup de qualificatifs employés pour désigner l’URSS dans ces textes sont partiaux et sont « difficilement acceptables dans un ouvrage préparé sous les auspices de l’Unesco [33]  ».

Dans la première moitié des années 1960, l’opposition ne cesse de se durcir entre les deux blocs au sujet du volume VI[34] . Les commentaires des commissions nationales donnent lieu à de violents affrontements sur le papier ; les versions provisoires du texte sont échangées entre Américains et Soviétiques, avec des commentaires rageurs et péremptoires [35] . La qualité du texte final se ressentira des conditions troublées de sa rédaction.

La réalisation de l’Histoire de l’Humanité de l’Unesco est donc l’occasion d’intenses circulations scientifiques transnationales. Cette entreprise intellectuelle a pu favoriser le développement et la diffusion de courants historiographiques alors naissants ; mais ces circulations scientifiques transnationales se sont caractérisées aussi par des blocages et des rigidités[36] .

Les circulations de savoirs Nord/Sud

Entre 1960 et 1962, vingt-trois pays d’Afrique accèdent à l’indépendance, dont dix-sept durant la seule année 1960. L’Unesco devient dans les années 1960 un forum de discussion pour les pays du Tiers Monde, et en particulier des pays d’Afrique. Son action consacrée à ce continent augmente beaucoup à partir de 1960. Les circulations de savoirs Nord/Sud se font donc de manière accrue. La création en 1961 d’une « Division de l’Afrique » au sein de l’organisation est emblématique de ce tournant : désormais les circulations transnationales de savoirs favorisées par l’Unesco incluent l’Afrique (il faut souligner que l’Afrique avait été quasiment exclue du projet Orient-Occident et de l’Histoire de l’Humanité). Le Directeur général (DG), René Maheu, est un acteur important de cette transformation de l’Unesco. Son successeur à partir de 1974, le Sénégalais Amadou Mahtar M’Bow, poursuivra cette orientation.

La circulation des savoirs par l’éducation : alphabétiser et éduquer

À partir de 1960, l’Unesco entreprend des efforts importants d’alphabétisation et d’éducation en Afrique, ce qui se traduit notamment par la création de plus de vingt écoles normales et de douze centres régionaux d’éducation dans le continent[37] . Cependant, ces créations ne se font pas sans difficultés, et ces structures ne s’avèrent pas toujours en mesure d’agir efficacement : problèmes financiers, rivalités internes, pesanteurs administratives, concurrence avec d’autres structures, expliquent leurs résultats souvent décevants. Plusieurs des institutions de formation de cadres administratifs locaux mises en place par l’Unesco dans le Tiers Monde échouent. De plus, la diffusion et la transmission des savoirs se font souvent sur le modèle occidental. Les nombreux experts que l’Unesco envoie sur le terrain en Afrique sont souvent occidentaux ; en outre ils appartiennent souvent à des réseaux d’anciens administrateurs coloniaux[38] . C’est pourquoi ils sont parfois mal reçus dans les pays concernés[39] .

Par ailleurs, cette circulation de savoirs se fait au moyen de grandes conférences internationales régionales organisées par l’Unesco pour planifier le développement de l’éducation en Afrique : la « Conférence des ministres de l’éducation des pays d’Afrique » (MINEDAF), réunie sous l’égide de l’Unesco à Addis Abéba en 1961, donne lieu à l’adoption du « plan d’Addis Abéba » qui fait le bilan de la situation éducative en 1960 et fixe des objectifs[40] . Cette conférence, qui associe les ministres de l’éducation de nombreux pays d’Afrique, et qui reçoit des échos importants dans la presse, permet une circulation transnationale d’idées sur l’éducation.

Des tentatives de susciter des circulations de savoirs par des moyens modernes (radio, télévision)

Dans les années 1960, l’idée d’utiliser les moyens technologiques modernes, comme la radio ou la télévision, pour favoriser la transmission des savoirs en Afrique est en vogue. C’est dans ce contexte que l’Unesco soutient des projets de radio et télévision éducatives en Afrique.

Un projet-pilote de radio et télévision éducatives est lancé par l’Unesco au Sénégal à partir de 1963 en coopération avec le gouvernement sénégalais. Il consiste à mettre en place un centre d’éducation audio-visuelle, chargé de diffuser une radio et une télévision dans la langue vernaculaire, le wolof. Toutefois, si la radio éducative rurale mise en place dans ce cadre semble avoir remporté quelques succès, le projet de télévision a échoué, à cause notamment des résistances de l’élite sénégalaise francophone et des milieux français, qui critiquent le choix de la langue vernaculaire ; ils auraient préféré que le projet se fasse en langue française. Une autre raison de l’échec du projet de radio communautaire est que le système des « groupes d’écoute » a rapidement perdu son sens du fait de la rapide généralisation des postes de radio à domicile : l’écoute individuelle a rapidement remplacé la pratique de l’écoute collective[41] .

Concernant la télévision éducative, c’est en Côte d’Ivoire que l’Unesco a mené à bien, conjointement avec le gouvernement ivoirien, le projet le plus abouti. En 1969 y est lancé le « programme d’éducation télévisuelle » (PETV). L’objectif est de pallier le manque d’enseignants africains par des postes de télévision, et aussi d’uniformiser l’enseignement à tout le pays, dans une perspective de consolidation de l’unité nationale. Le projet est réalisé à partir de 1971. En 1980, l’enseignement télévisuel rassemble 80 % des élèves du pays[42] .

La méthode employée, si elle est intéressante par son caractère novateur et ses efforts d’attractivité, a en fait entraîné des difficultés dans sa mise en pratique par les instituteurs et comporté des défauts. Les émissions ont été critiquées pour leur caractère insuffisamment « africain » et pour leur rigidité, leur caractère très centralisé. En effet les émissions ont été conçues sous la direction d’experts occidentaux. Sur le plan scolaire, les résultats sont décevants : un grand nombre d’enfants, après avoir accompli le cycle primaire télévisuel, se sont retrouvés marginalisés, n’ayant pas les connaissances et le niveau suffisants pour poursuivre leur cursus au-delà du primaire. De plus, le PETV a remis en cause la place de l’enseignant africain, le maître perdant de son prestige et de son autorité, et n’étant plus qu’un auxiliaire de la machine. Lancé dans l’enthousiasme, ce programme a rencontré d’importants problèmes techniques et s’est heurté à de fortes oppositions, ce qui a entraîné son abandon en 1981[43] .

La volonté de produire et de diffuser des savoirs sur les cultures et l’histoire de l’Afrique

À partir des années 1960, l’Unesco a activement œuvré à promouvoir les cultures africaines. L’organisation s’est employée à faire circuler les savoirs non plus seulement du Nord vers le Sud mais aussi du Sud vers le Nord.

Ce souci croissant de préservation et de promotion des identités culturelles africaines est impulsé en particulier par des acteurs africains. À la conférence générale de l’Unesco de 1960, l’intellectuel malien Amadou Hampâté Bâ joue un rôle majeur : représentant du Mali à la conférence générale en 1960, il exhorte l’Unesco à protéger et promouvoir le « gigantesque patrimoine oral » de l’Afrique[44] . Amadou Hampâté Bâ a joué un rôle important dans ce tournant de l’Unesco vers la préservation des savoirs culturels africains et le développement d’un processus visant à faire circuler ces savoirs vers les autres continents.

Ainsi à partir des années 1960, l’Unesco entreprend de collecter les traditions orales africaines et de transcrire les langues orales africaines. Ces efforts donnent lieu à de nombreuses réalisations dans les années 1960 : élaboration de grammaires, de dictionnaires, et d’un matériel de lecture dans neuf langues africaines qui n’avaient jusque-là pas été mises par écrit. En 1972, l’organisation adopte un « plan décennal pour l’étude de la tradition orale et la promotion des langues africaines ».

Cette préoccupation pour les cultures et savoirs africains est marquée par l’influence du courant de la négritude et du panafricanisme. Le « festival mondial des arts nègres », organisé à Dakar en 1966 avec l’aide de l’Unesco, est caractérisé par cet esprit. Il s’agit, comme l’indique le dépliant du festival, de faire connaître au « grand public international » « les artistes, les écrivains, les peintres, les sculpteurs, les danseurs, les acteurs, les réalisateurs de films et les artisans africains », et de faire apparaître l’Afrique « sous son visage de producteur de civilisation, marquant ainsi l’avènement d’une ère nouvelle, celle de l’indépendance culturelle[45]  ». Ce festival est un lieu de rencontres, d’échanges, entre artistes et intellectuels africains, lieu de circulations culturelles internes aux Africains et entre les Africains et les autres peuples et cultures.

Toutefois, en réalité les efforts de l’Unesco pour valoriser les savoirs et cultures africains sont en fait souvent mis en œuvre par des acteurs occidentaux, notamment des intellectuels et chercheurs occidentaux envoyés par l’Unesco sur le terrain en tant qu’experts.

Écrire l’Histoire de l’Afrique

Les années 1960-1970 sont aussi celles d’un intense travail de réappropriation de leur histoire par les peuples africains, nouvellement indépendants. L’Unesco contribue à cet effort, notamment en supervisant la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique, entamée en 1965 et publiée à partir de 1981. Parmi les rédacteurs de cet ouvrage, les historiens africains sont largement représentés, constituant les deux-tiers des membres du comité scientifique international chargé de superviser la rédaction. Le rôle important donné aux Africains (comme par exemple l’intellectuel burkinabé Joseph Ki-Zerbo) dans ce projet contraste avec l’Histoire de l’Humanité où les Africains n’avaient qu’un rôle minime.

La réalisation de l’Histoire générale de l’Afrique donne lieu à d’importants travaux de documentation et d’inventaire, à des campagnes de collecte de la tradition orale et de manuscrits inédits. L’ouvrage, vaste et ambitieux, en huit volumes, se veut novateur : il se présente comme une première tentative d’élaboration d’un point de vue africain unifié sur l’Afrique dans son ensemble[46] . Le texte est marqué par l’influence de la « nouvelle histoire africaine », qui revalorise le passé précolonial, perçu comme une sorte d’âge d’or. Les « nouveaux historiens » de l’Afrique, dont Cheikh Anta Diop est l’une des figures de proue, s’efforcent d’utiliser des sources africaines, par réaction à l’utilisation exclusive de sources extérieures comme cela avait été le cas jusqu’alors. Ils réhabilitent les grandes figures de l’histoire africaine, notamment précoloniale, et les figures de la résistance à la colonisation, et ils mettent en évidence les ravages humains opérés par la colonisation.

L’Histoire de l’Afrique constitue un jalon historiographique important : elle a permis la diffusion de ce courant de la « nouvelle histoire africaine » et le développement de circulations de savoirs du Sud vers le Nord, et entre pays du Sud.

Le projet NOMIC et son rejet par les puissances occidentales

Dans les années 1970, les pays du Sud revendiquent une meilleure répartition de la circulation de l’information au niveau mondial. Ils dénoncent la domination de l’information par quelques grandes agences de presse du Nord et réclament un système plus égalitaire, équilibré et démocratique, qui permette aux peuples des pays du Sud de participer à la production des savoirs et de l’information.

Sous l’impulsion de ces revendications, et de l’engagement en ce sens du DG de l’Unesco M’Bow, l’Unesco réunit en 1977 une commission internationale dirigée par l’Irlandais Seán MacBride (fondateur d’Amnesty international et Prix Nobel de la paix 1974). L’Unesco la charge de préparer un rapport sur les problèmes de l’information et de la communication dans le monde. La commission McBride publie en 1980 son rapport intitulé Voix multiples, un seul monde. Ce texte met à jour l’inégalité Nord-Sud dans les flux d’information, dans l’accès à l’information et dans la production de celle-ci, au profit des grandes puissances occidentales, et propose de proclamer le droit à la communication comme un nouveau droit social. Il prône la mise en place d’un « nouvel ordre mondial de l’information et de la communication » (NOMIC) plus favorable aux pays du Sud[47] .

Ces propositions sont reprises par des pays du Sud à la conférence générale de l’Unesco. Cependant, elles se heurtent à l’opposition des puissances occidentales. Les États-Unis, soucieux de maintenir leur contrôle sur les grands moyens d’information et de communication, attaquent violemment le projet NOMIC, affirmant que celui-ci chercherait à établir un contrôle totalitaire de la presse et de la liberté d’expression par les gouvernements, et à restreindre la liberté individuelle. Les États-Unis et le Royaume-Uni, qui connaissent alors une montée en puissance des idées néolibérales, insistent au contraire sur le principe de la « libre circulation de l’information » (dans l’esprit des principes du libre-échange), et s’opposent à toute intervention étatique ou interétatique pour favoriser une circulation plus équilibrée de l’information. Devant la menace des États-Unis de geler le versement de leur contribution financière et de se retirer de l’organisation, l’Unesco abandonne le projet, à la grande déception de nombreux pays d’Afrique [48] .

L’action de l’Unesco en faveur de la production, de la diffusion, de la circulation des idées et des savoirs a donc été intense et multiforme. Cette action s’est faite par plusieurs moyens, plusieurs mécanismes : création d’institutions, organisation de conférences et de manifestations culturelles, publications d’ouvrages, réalisation de projets opérationnels sur le terrain. La revue Le Courrier de l’Unesco a aussi beaucoup contribué à cette circulation des idées. Ainsi, pendant la réalisation du projet Orient-Occident dans les années 1950-1960, de nombreux articles sont parus dans cette revue, portant sur les littératures et les arts d’Orient. Et, à partir des années 1960-1970, l’Afrique a été de plus en plus représentée dans les articles de cette revue. Pourtant, les réalisations n’ont en réalité pas toujours correspondu aux ambitions affichées : elles se sont souvent caractérisées par l’occidentalocentrisme, et, comme le montre l’exemple du NOMIC, ces circulations d’idées et de savoirs n’ont souvent fait que refléter les rapports de domination à l’œuvre dans le monde. En outre, la réception de ces actions dans le public s’avère souvent décevante. Le projet majeur Orient-Occident, comme l’Histoire de l’Humanité, n’ont pas obtenu tout l’impact espéré dans l’opinion mondiale. L’Histoire de l’Humanité de l’Unesco a échoué à s’imposer comme ouvrage de référence universitaire. De plus, on observe une réception différenciée des programmes de l’Unesco dans les différents États membres. Les relations entre les commissions nationales respectives et le siège de l’institution en témoignent[49] . Au total, malgré ces nuances, l’Unesco a œuvré de manière importante et souvent efficace (notamment par ses réseaux d’experts) aux circulations internationales d’idées et de savoirs dans le monde.

Pour citer cet article : Chloé Maurel, « L’Unesco : une plate-forme pour les circulations transnationales de savoirs et d’idées (1945-1980) », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 15, septembre-décembre 2011, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Le Courrier de l’Unesco, décembre 1958, p. 3 ; Évaluation du projet majeur Orient-Occident, Paris, Unesco, 1968, p. 4 ; archives de l’Unesco, X 07. 83 Thomas II : document du 13 janvier 1960, discours de Jacques Havet à l’université de Saigon, p. 1-2.

[2] Ex. : Georges Fradier, Orient et Occident : peuvent-ils se comprendre ?, Paris, 1958 ; archives de l’Unesco, MAPA/Bib./US/1, LBA/Conf. 19/7 : Orient-Occident : Comité consultatif international de bibliographie, 4e session, déc. 1957.

[3] Orient-Occident, images d’une exposition, Paris, Unesco, 1958.

[4] Le Geste, ce langage : mimes d’Orient et d’Occident, 1962, téléfilm de l’Unesco, 27 minutes, noir et blanc ; Les Sons se répondent, court-métrage de l’Unesco, 1966, 28 minutes, noir et blanc.

[5] Archives de l’Unesco, MAPA/1 AC/3, 15 mars 1957, p. 2 ; MAPA/1-AC/2, paragr. 17 ; MAPA/3 AC/4, février 1958.

[6] Archives de l’Unesco, X 07.83 Maheu, partie II b : doc. du 20 décembre 1963 : « Projet majeur Orient-Occident : Note pour le voyage de M. le directeur général en Thaïlande » ; X 07 A 120/197 UNSA : doc. du 31 mai 1965 : « US Government Comments and Recommendations for 1967-1968 » ; CUA/108, 29 août 1961, p. 3 ; Georges Fradier, « Orient Occident. Une analyse de l’ignorance », Le Courrier de l’Unesco, avril 1963, p. 4 ; CUA/96, Paris, 17 juin 1959, Rapport du comité consultatif du projet…, 3e session, p. 7.

[7] Archives de l’Unesco, 14C/4, 10 octobre 1966 : rapport de R. Maheu, « Évaluation des activités de l’Unesco (1964-1965) et perspectives d’avenir ». Et Évaluation du projet …, op. cit., p. 84.

[8] Archives de l’Unesco, MAPA/60.657, janvier 1961 : rencontre entre les membres des délégations, p. 4, 7-9.

[9] MAPA/ED/2, mai 1962 : rapport de la réunion d’experts de Goslar sur l’amélioration des manuels scolaires conformément aux objectifs du projet majeur Orient-Occident, p. 2-3 ; MAPA/9256.17 ; doc. CUA/108 (doc. cité), p. 3 ; Évaluation du projet…, op. cit., p. 84-85 ; Georges Fradier, « Orient Occident. Une analyse de l’ignorance », Le Courrier de l’Unesco, avril 1963, p. 4-7

[10] Histoire du développement scientifique et culturel de l’humanité, Paris, Robert Laffont-Unesco, 6 vol., 1968. Sur ce sujet, voir Chloé Maurel, « L’Histoire de l’Humanité de l’Unesco (1945-2000) », Revue d’histoire des sciences humaines, juin 2010, p. 161-198.

[11] Archives de l’Unesco, ECO/CONF.29/VR.2 : discours de Léon Blum, p. 40-41.

[12] Archives de l’Unesco, X 07.83 Torres Bodet, I : lettre de J. Torres Bodet à Ernest O. Melby, 28 fév. 1949.

[13] Cf. Pierre Boyancé, nécrologie de Robert Fawtier, Mélanges d’archéologie et d’histoire, 1966, 1, p. 273-274.

[14] Fondateur et président du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) créé en 1934, il a résisté dès 1940 au sein du « réseau du Musée de l'homme » qu’il a contribué à créer.

[15] Cité par Patrick Petitjean, Heloisa Maria Bertol Domingues, « Le projet d’une Histoire scientifique et culturelle de l’humanité : 1947-1950 : quand l’Unesco a cherché à se démarquer des histoires européocentristes », 2007 (article publié sur le site internet : http://halshs.archives-ouvertes.fr, lien consulté le 9 septembre 2011).

[16] Cf. Patrick Petitjean, Heloisa Maria Bertol Domingues, art. cité.

[17] Archives de l’Unesco, SCHM 8 : projet de document pour la conférence générale, non daté, p. 2 ; SCHM 18 : procès-verbal de la réunion du 25 oct. 1948, p. 2. ; SCHM 8 : "Project for a History of Technology", non daté ; SCHM 9 : plan daté de 1951, p. 16-18 ; SCHM 7 : planning of the work, par Gordon Childe, 1949.

[18] Consulté par l’Unesco pour la rédaction du vol. IV.

[19] Il a rédigé le chapitre « Progrès de la pensée scientifique » dans le vol. VI, tome 1, p. 151.

[20] Lucien Febvre (dir.), Encyclopédie française, 11 volumes, parus de 1935 à 1940. Lucien Febvre, « Sur une nouvelle collection d’histoire », Annales ESC, vol. IX, n° 1, janvier-mars 1954, p. 1-6. Maurice Crouzet (dir), Histoire générale des civilisations, Paris, PUF, 1953 à 1957 (7 vol.). René Grousset, Histoire universelle, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1987 (première édition 1964). Jean-Baptiste Duroselle (dir.), Civilisations, Peuples et Mondes. Grande encyclopédie des civilisations depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine, Paris, Lidis, 1966 (7 vol.). Arnold Toynbee, A Study of History, 1934 à 1961, Oxford University Press (12 vol.).

[21] Lucien Febvre et François Crouzet, Paris, « Origines internationales d’une civilisation, éléments d’une histoire de France », archives de l’Unesco, WS/031.101, 10 avril 1951, p. 3.

[22] Cf. Ralph Turner, The Great Cultural Traditions, New York, 1941, 2 volumes.

[23] Thomas Brun, « À propos du 5e Congrès de l'International Peace Research Association », Politique étrangère, vol. 39, n° 3, 1974, p. 375-381.

[24] Louis Dumont est l’auteur du chapitre : « Les Britanniques en Inde » dans le vol. V, tome 2. Cf. Louis Dumont, Une sous-caste de l'Inde du Sud, thèse d’état, 1957 (La Haye-Paris, Mouton, 1964.) ; id., La civilisation indienne et nous : esquisse de sociologie comparée, Paris, Armand Colin, 1967.

[25] Notamment par le biais de réseaux électroniques comme H-World et H-Net.

[26] Archives de l’Unesco, SCH/CUA/SR.1, 24 janv. 51; SCHM 7 : 55 EX/SR.3 (prov.), 26 nov. 1959, p. 6-7.

[27] Archives de l’Unesco, DG/167, 1er février 1952, p. 3-4 ; SCHM 9 : lettre de Carneiro au DG, 21 janv. 1952. 

[28] Archives de l’Unesco, SCHM 52 : lettre d’A. Piganiol à G. Métraux, 20 sept. 1953 ; lettre de L. Febvre à G. Métraux, 12 mars 1956. 

[29] La commission est composée de : Président : Paulo de Berrêdo Carneiro (Brésil) ; Vice-présidents : Louis Gottschalk (États-Unis), Julian Huxley (Royaume-Uni), R.C. Majumdar (Inde), Ralph E. Turner (États-Unis), Gaston Wiet (France), Silvio Zavala (Mexique) et A.A. Zvorikine (URSS) ; Secrétaire général : Guy S. Métraux (Suisse) ; Membres : Jorge Basadre (Pérou), Eduard J. Dijksterhuis (Pays-Bas), Jacques Freymond (Suisse), Karel Krejci (Tchécoslovaquie), Mahmud Husain (Pakistan), Witold Kula (Pologne), Erik Lönnroth (Suède), Guy S. Métraux (Suisse), Eric Molnar (Hongrie), Charles Morazé (France), K.M. Pannikar (Inde), Mario Praz (Italie), Jacquetta Hawkes (Royaume-Uni), Percy E. Schramm (Allemagne), Ali A. Siassi (Iran), J. Pérez Villanueva (Espagne), Caroline Ware (États-Unis) et C. Zurayk (Syrie).

[30] Bertrand Chavaux, « Guerre froide culturelle. EHESS : les sciences sociales françaises sous perfusion de la CIA », Voltairenet.org, 2004 (article téléchargeable sur le site Internet : http://www.voltairenet.org/article14465.html, lien consulté le 9 septembre 2011).

[31] Archives diplomatiques américaines, Decimal file, RG59, entry CDF 1960-63 : box 824 : lettre de Morse à Cleveland, 9 nov. 1961 ; lettre d’H. Cleveland au sénateur Morse, 21 nov. 1961 ; Decimal file, RG59, entry CDF 1955-59 (NND 907444, international organizations, conferences VI) : box 1556 : télégramme du département d’état à l’ambassade américaine de Rio, 30 avril 1956.

[32] Julian Huxley, Memories II, New York, Harper and Row, 1973, p. 64 ; archives de l’Unesco, SCHM 9 : lettre de Paulo de Berrêdo Carneiro à Luther Evans, 26 mai 1956 ; SCHM 41 : commentaires de K.V. Ostrovityanov, 19 nov. 1959.

[33] Archives de l’Unesco, SCHM 17 : lettre confid. de G. Métraux à Carneiro, 5 oct. 1959.

[34] Archives de l’Unesco, SCHM 17 : lettre de Huxley à Carneiro, 17 avril 1961 ; lettre de Carneiro à Huxley, 27 juin 1961 ; SCHM 17 : lettre confid. de G. Métraux à Carneiro, 5 oct. 1959 ; lettre de Métraux à Carneiro, 25 mai 1963.

[35] Ex. : archives de l’Unesco, SCHM 41 : commentaires de Tikhvinsky, de Laszlo Zsigmond. Cf. aussi interview de E.N. Anderson Jr. par Chloé Maurel (par e-mail, 20 juillet 2009).

[36] Sur ce sujet, voir Poul Duedahl, “Selling Mankind: UNESCO and the Invention of Global History, 1945-1976”, Journal of World History, Volume 22, Number 1, March 2011, p. 101-133 ; Katja Naumann, « Mitreden über Weltgeschichte – die Beteiligung polnischer, tschechoslowakischer und ungarischer Historiker an der UNESCO-Scientific and Cultural History of Mankind (1952–1969) », dans Comparativ, Zeitschrift für Globalgeschichte und vergleichende Gesellschaftsforschung, 20 (2010) Heft 1 / 2, p. 186-226 ; P. Petitjean, “The Ultimate Odyssey. The Birth of the Scientific and Cultural History of Mankind project”, dans UNESCO, Sixty Years of Science at UNESCO, Paris, 2006, p. 85-88, p. 86 ; V. Giaduk, « L’union soviétique et l’Unesco pendant la guerre froide », dans Soixante ans d’histoire de l’Unesco, Actes du colloque international, Paris, 16-18 novembre 2005, Paris, 2007, p. 281-285. Sur l’écriture d’une histoire mondiale, voir A. Dirlik, “Performing the World. Reality and Representation in the Making of World Histor(ies)”, dans Comparativ, 1 6 (2006) 1, p. 21-35 ; D. Sachsenmaier, “World History as Ecumenical History?”, dans Journal of World History, 18 (2007) 4, p. 465-489.

[37] Cf. Chloé Maurel, “Unesco Educational Programs”, The Palgrave Dictionary of Transnational History, édité par Akira Iriye et Pierre-Yves Saunier, Londres, Palgrave, Macmillan, 2008.

[38] Comme le dénonce par exemple en 1963 un sénateur américain, M. Church (Archives de l’Unesco, 3 A 31 : Equality of rights between races and nationalities in the USSR : Activities and Procedures of Unesco, Hearing before a subcommittee of the Committee on foreign relations of the United States Senate, 88e congrès, 1e session, 4 mars 1963, p. 25-26).

[39] Cf. Chloé Maurel, « La diplomatie culturelle de l’Unesco (années 1950-1970) : le cas des missions d’experts de l’Unesco dans le Tiers-Monde », dans Anne Dulphy, Robert Frank, Marie-Anne Matard-Bonucci, Pascal Ory, Les relations culturelles internationales au XXe siècle, Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2011.

[40] Unesco, 11 C/PRG/1, 12 août 1960.

[41] Henry Cassirer, Un siècle de combat pour un monde humaniste, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 137, 140, 144-145 et 208-209 ; et interview d’Henry Cassirer par Chloé Maurel, janvier 2003.

[42] André-Jean Tudesq, L’Afrique noire et ses télévisions, Paris, INA, Anthropos, 1992, p. 167 ; Max Egly, Télévision didactique, Paris, Edilig, 1984.

[43] Jean-Claude Pauvert, Max Egly, Le « complexe » de Bouaké, 1967-1981, Unesco, AAFU, « Les cahiers d’histoire », 1, 2001.

[44] Unesco, 11 C/PRG/SR.6 (prov.), p. 4.

[45] Archives de l’Unesco, 7 (96) A 066 (663) « 66 », II : dépliant « Premier festival mondial des arts nègres ».

[46] Collectif, Histoire de l’Afrique, Paris, éditions Jeune Afrique/Stock/Unesco, 1981 ; A.M. M’Bow, « préface », vol. 1, p. 12, 14.

[47] Cf. Maria Elena Spagnolo, Gli Stati Uniti e il nuovo ordine mondiale dell'informazione e della comunicazione (1976-1985), mémoire de maîtrise, Université de Turin, 2009, conservé aux archives de l’Unesco.

[48] Le projet NOMIC est d’ailleurs l’une des raisons du retrait des États-Unis de l’Unesco en 1984, mécontents des orientations tiers-mondistes prises par M’Bow ; ils sont suivis par le Royaume-Uni en 1985.

[49] Chloé Maurel, L’Unesco de 1945 à 1974, thèse de doctorat d’histoire contemporaine, université de Paris 1, 2006, chapitre 4, p. 485-585.

Chloé Maurel

Chloé Maurel est normalienne, agrégée d'histoire, docteur en histoire contemporaine. Sa thèse, réalisée à Paris 1 sous la direction de Pascal Ory, portait sur l’histoire de l’Unesco. Elle enseigne dans le secondaire et est chercheuse associée à l’IRICE (Sorbonne), l’IHMC (CNRS/ENS) et au CHCSC. Elle a publié notamment Histoire de l’Unesco (L’Harmattan, 2010) et Histoire des relations internationales depuis 1945 (Ellipses, 2010).

Mots clefs : transnational, circulations culturelles, Unesco, intellectuel, réseaux, transnational, cultural circulations, Unesco, intellectual, networks.

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