Histoire@Politique : Politique, culture et société

Pistes & débats

L’historiographie des deux côtés de la Méditerranée

Pierre Vermeren
Résumé :

Alors que l’histoire s’est brutalement remise en marche au Maghreb, après des décennies de stagnation et de répression, (...)

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Introduction : histoire en mouvement, historiographie en panne ?

À l’hiver 2011, le monde arabe s’est remis en marche à l’initiative de la petite Tunisie, déclencheur involontaire du « printemps des peuples arabes ». Les feux de la contre-révolution s’étant allumés simultanément à Riad, Sanaa, Tripoli ou Damas, la « révolution arabe » est entrée dans une phase douloureuse et meurtrière au printemps 2011. Le signal et le tournant pris à l’hiver 2011 n’en sont pas moins considérables, puisqu’il est désormais de notoriété que les peuples de la région subissent la botte de régimes foulant aux pieds leurs aspirations à la liberté et à la « normalité ». L’acquis n’est pas mince au sujet d’une région sur laquelle bien peu se faisaient d’illusions démocratiques… Le poids des habitudes et des contraintes avait fini par occulter le supplice enduré par ces peuples, et faire admettre la « résistibilité » quasi ontologique des Arabes et des peuples associés (Berbères, Nubiens, Kurdes…) à la démocratie [1] . La conquête des droits fondamentaux sera longue, douloureuse et dialectique, mais plus rien ne sera comme avant.

Le vent de liberté qui souffle sur la région nous invite en conséquence à réinterroger l’histoire d’une région qui est devenue, au fil des décennies, un des parents pauvres de la recherche scientifique française, et plus encore européenne. À vrai dire, nombreuses sont les régions du monde sur lesquelles notre recherche est peu au fait des réalités contemporaines. Mais dans le cas d’une région qui est aux portes de l’Europe, profondément liée à notre histoire depuis deux siècles, et dont plus de dix millions de ressortissants vivent sur le territoire européen, la chose est pour le moins surprenante.

En réalité, les élites françaises ne se sont jamais vraiment remises de la rupture constituée par l’indépendance de l’Algérie en 1962, sauf à se réorienter vers le champ nouveau de la construction européenne. Mais au Sud, l’évitement est devenu la règle. Certes, des années 1960 aux années 1980, une pléiade de professeurs et de chercheurs se sont intéressés au monde arabe, et au Maghreb en particulier, moins par atavisme colonial, que par un acte volontariste de rupture avec le passé colonial. Il s’agissait de briser les héritages coloniaux, et de s’engager aux côtés des « damnés de la terre », dans une optique délibérément tiers-mondiste. À cet égard, les travaux de l’ACHAC [2] , soutenus dans leur projet éditorial par les Éditions La Découverte, poursuivent ce projet scientifique et idéologique, dont l’ouvrage La Fracture coloniale pourrait constituer le manifeste [3] . Au cours des décennies antérieures et chez le même éditeur, des chercheurs ont tenté de dresser d’une manière vigoureuse un bilan intellectuel aussi engagé de la période coloniale, notamment dans l’Algérie indépendante [4] .

Mais depuis que les liens noués lors des époques coloniales et anti-coloniales se sont déliés, et au fur et à mesure que les générations témoins partent en retraite, les regards et les intérêts croisés se sont profondément distendus. Des ouvrages récents, tels que les dictionnaires relatifs à l’Empire colonial français, ont été dirigés par ceux qui furent de jeunes témoins et acteurs de la décolonisation du Maghreb [5] . Mais avec les nouvelles générations, qui ignorent à peu près tout de cette région, le Maghreb est devenu un enjeu mineur de la science française. Par exemple, dans la discipline historique, il y avait encore vers 1990 une quinzaine de professeurs de rang universitaire spécialistes. Ils sont sept en 2011, et faute de relève, il devrait en rester un ou deux après 2015.

L’exemple est d’autant plus intéressant que l’histoire est un exemple topique. Car on peut élargir la démonstration à la politologie, à la sociologie, à l’anthropologie, etc. Cette « misère de l’historiographie du Maghreb contemporain » a fait l’objet d’une habilitation à diriger les recherches soutenue en 2010, dont on attend la publication à l’automne 2011 [6] .

Dans le présent article, il s’agit moins de dresser un bilan quantitatif que d’apprécier la manière dont s’est constituée, et dont s’écrit de nos jours, l’historiographie des deux côtés de la Méditerranée. Ce regard croisé n’incite pas à l’optimisme, car en dépit des discours de circonstance, les plaques tectoniques de la recherche française et de la recherche au Maghreb semblent diverger. Dans un monde qui tend à se mondialiser et à se rapprocher à maints égards, l’historiographie de cette région du monde, qui s’abreuvait aux mêmes sources, semble se fragmenter. À l’heure où souffle un vent de renouveau sur le Maghreb, il semble donc approprié de reprendre l’état de la question, au moment où de nouvelles opportunités pourraient surgir des révolutions arabes accomplies ou à venir.

Une historiographie à éclipses

Des héritages coloniaux conséquents

La France coloniale a laissé une empreinte considérable sur la science historique et les sciences sociales du Maghreb. Durant un siècle de conquête (1830-1934), l’Afrique du Nord a été un champ d’investigation considérable pour la science militaire et universitaire française.

Ce n’est pas la France savante du XIXe siècle qui a initié l’écriture de l’histoire au Maghreb. Les chroniqueurs des monarques et des dynasties étaient l’apanage des dynasties arabes et ottomanes, tandis que les princes berbères étaient entourés de conteurs et de poètes louant la gloire de leur groupe agnatique, de leurs ancêtres et de leurs exploits. En revanche, les scientifiques français se sont livrés à un travail de compilation des héritages et des trésors multiples des cultures de la région [7] . Ensuite, l’anthropologie coloniale, qui fut un auxiliaire militaire de la colonisation avant de s’affranchir des nécessités de la conquête [8] , a édifié une œuvre considérable, particulièrement dense au Maroc, tardivement colonisé au début du XXe siècle, « protégé » par Lyautey, à une époque où les sciences coloniales étaient affûtées [9] .

L’université d’Alger a complété cette « bibliothèque coloniale » en y ajoutant plusieurs dizaines de thèses d’histoire sur la région, consacrées notamment à la période coloniale [10] . À partir des années 1930, une poignée d’intellectuels investis en Afrique du Nord ont édifié une œuvre renouvelée, qui prend des proportions inédites après 1945, puisque s’y côtoient Charles-André Julien, Charles-Robert Ageron, Pierre Bourdieu, Germaine Tillon, Marc Ferro, Fernand Braudel, etc. Charles-André Julien (né en 1891) est le premier historien universitaire de l’Afrique du Nord contemporaine. L’ampleur de ses questionnements, la lucidité de ses analyses, et sa compréhension de la société « indigène » accompagnent la décolonisation qui se noue sous ses yeux.

L’œuvre scientifique de l’époque coloniale, par son foisonnement, a été perçue par les intellectuels musulmans et par les nationalistes anti-coloniaux comme un carcan idéologique dont il fallait s’émanciper. Une contre-histoire salafiste et nationaliste, en arabe et en français, a constitué une étape salutaire dans l’œuvre d’émancipation intellectuelle et politique du Maghreb [11] . Mais avec le recul, les matériaux coloniaux pour l’histoire constituent un legs essentiel, lequel est bientôt remis en perspective par les nouvelles générations de scientifiques maghrébins. L’œuvre du grand historien marocain Abdallah Laroui en constitue un bon exemple, notamment son Histoire du Maghreb, un essai de synthèse [12] .

Mais un autre legs colonial s’impose, pour qui veut travailler sur le Maghreb contemporain, la masse considérable, et désormais largement accessible, des archives coloniales. Les autorités françaises ont rapatrié en métropole les archives de direction des gouvernements généraux, des résidences générales et des affaires d’État. Il faut leur adjoindre le stock conséquent des archives militaires et diplomatiques. Ont été laissées au Maghreb les archives locales, dites de gestion, dont la consultation n’est pas toujours aisée. Mais les États de la région ont récemment pris conscience de leur intérêt. De plus en plus, les administrations les mettent à la disposition des chercheurs.

Face à cette masse documentaire, les archives « nationales » sont plus rares, et surtout très peu accessibles. En Algérie, les Français ont détruit une grande partie des archives ottomanes, même si certaines ont été préservées. Les archives publiques et privées des anciens protectorats ont été mieux conservées. Mais, pour les temps coloniaux, et surtout pour les indépendances, les États du Maghreb se montrent très jaloux de leurs prérogatives, et soucieux de conserver une totale maîtrise sur leurs affaires. De sorte que les archives gouvernementales, présidentielles, royales et administratives sont largement inaccessibles pour le XXe siècle. Il est à espérer que la Tunisie nouvelle rendra l’accès à ses archives d’État plus aisé, maintenant que la première République autoritaire (1957-2011) a vécu.

Le primat des études sur les temps coloniaux

De ces héritages coloniaux et de ces pratiques administratives autoritaires résulte un grand déséquilibre dans le traitement de l’histoire du Maghreb contemporain. Pour les périodes antérieures aux temps modernes, l’historiographie française de la région demeure très lacunaire, et cette faiblesse n’est qu’imparfaitement compensée par la recherche des universités du Maghreb. Sous la colonisation, la recherche coloniale avait privilégié la période antique. Ainsi, sur les 64 thèses d’histoire soutenues à l’université coloniale d’Alger, 22 sont consacrées à la période romaine (et 3 à la préhistoire). Il en résulte aujourd’hui une école historique dynamique tournée vers l’Afrique romaine, dont l’héritage ne cesse de fructifier au sein de l’université française [13] . À l’inverse, les études consacrées à la période islamique monopolisent le champ des études d’histoire dans les universités du Maghreb indépendant. La France coloniale insistait sur la continuité avec l’Antiquité romaine et chrétienne, le Maghreb indépendant met en exergue ses fondements islamiques.

En France en revanche, le Maghreb médiéval disparaît peu ou prou pendant une quarantaine d’années. Aucune thèse d’histoire ne lui est consacrée de 1962 à 1999, année où Jean-Pierre Van Staëvel soutient sur une thèse sur « Le droit malikite et l’habitat à Tunis sous les Hafsides [14]  ». En histoire de l’Orient médiéval, désormais enseignée en Sorbonne, les chercheurs avaient déserté la Berbérie.

En France depuis 1962, l’intérêt scientifique s’est déporté vers l’histoire de la période coloniale. Les indicateurs convergent pour dire que les temps coloniaux sont devenus – toutes obédiences idéologiques confondues – l’objet principal de la recherche historique sur cette région. Les chiffres sont sans ambiguïté concernant la bibliothèque des thèses : sur 167 thèses d’histoire soutenues sur le Maghreb moderne et contemporain dans une université française, entre 1953 à 2010, 125 concernent la période coloniale (dont 23 la phase de décolonisation), contre 27 sur le Maghreb précolonial, et 15 sur le Maghreb indépendant. Si l’on ajoute les thèses de sciences politiques aux limites de l’histoire, le déséquilibre est légèrement compensé pour la période la plus contemporaine, sans changer l’économie générale.

À l’époque coloniale, l’histoire de l’Afrique du Nord est instrumentalisée au profit de la colonisation, dont il fallait démontrer le continuum historique (histoire antique), et la pertinence politique (« l’œuvre coloniale ») [15] . Depuis les indépendances, l’histoire de l’Afrique du Nord coloniale est perçue comme une part de l’histoire nationale française, ce que manifestent clairement les principaux champs de la recherche actuels : la domination coloniale, la guerre d’Algérie et l’immigration. De sorte que la disparition en cours des études maghrébines à l’université et au CNRS n’est pas perçue comme telle, puisque subsiste l’illusion postcoloniale d’une France faisant corps avec son ancien empire. Or le Maghreb et ses 80 ou 85 millions d’habitants ne sont pas solubles dans l’historiographie française, ainsi que le démontrent les évènements liés au printemps arabe, lesquels ont provoqué stupeur et incompréhension en France.

Pour restaurer la légitimité et le caractère propre de l’historiographie du Maghreb, il convient d’une part de la dissocier de la gangue des postcolonial studies et de l’étude des migrations, presque toujours européo-centrées, et d’autre part des études coloniales françaises, largement focalisées depuis les années 1990 sur la guerre d’Algérie [16] . Pour mémoire, sur les treize historiens professionnels du Maghreb contemporain actifs en France en 2010, au CNRS ou à l’Université, dix sont spécialistes de la guerre d’Algérie ou du nationalisme algérien.

Le vide des études post-coloniales

Il faut dès lors clairement dissocier les études postcoloniales (ou postcolonial studies), importées des départements de littérature comparée des universités américaines, et les études qui portent sur le temps post-colonial, c’est-à-dire sur la séquence historique postérieure aux indépendances. Les premières concernent les héritages et les transformations induits par les temps coloniaux sur les métropoles. Elles pourraient porter sur les sociétés anciennement colonisées, mais le célèbre débat relatif aux « aspects positifs de la colonisation » a démontré qu’un tel bilan historique demeure aussi complexe que douloureux.

Quant aux études post-coloniales, elles s’intéressent aux pays et aux sociétés anciennement colonisés, qui ont recouvré leur indépendance. Le « printemps arabe » a opportunément démontré « en creux » à quel point l’ignorance de la France et de ses élites était abyssale sur des sociétés qui furent, il y a plus d’un demi-siècle, sous leur dépendance. Depuis les années 1980, les études et les enseignements relatifs aux sociétés du tiers-monde se sont effondrés à l’université. Un des symboles de cet effondrement pourrait être le département d’histoire de Paris VII, qui, avec le laboratoire Tiers-Monde fondé par Catherine Coquery-Vidrovitch, proposait plus des deux tiers de ses enseignements sur les mondes non occidentaux. Vingt ans plus tard, la situation s’est inversée. Cette normalisation académique assez générale frappe particulièrement les études relatives au Maghreb. Par exemple, dans les départements d’histoire des IEP, cette région a totalement disparu comme objet d’étude. Il y a plusieurs années, Daniel Rivet déplorait « l’histoire d’un éloignement » scientifique, politique, intellectuel [17] . Vingt ans plus tard, la divergence s’est considérablement aggravée.

Pendant les années 1970 et 1980, les universités juridiques et de sciences sociales ont pu garder l’illusion d’une proximité maintenue avec le Maghreb. Des milliers d’étudiants étrangers en provenance du Maghreb ont soutenu des mémoires, des DES et des thèses sur le Maghreb. Le marxisme universitaire et la contestation politique des régimes autoritaires de parti unique ont inspiré d’innombrables travaux de recherches de qualités très diverses. Mais depuis les années 1990, les universités du Maghreb se sont arabisées, et ont acquis la capacité de piloter toutes les recherches. Cependant, dans la réalité, et compte non tenu des carences budgétaires, il est des sujets plus sensibles que d’autres : l’histoire contemporaine reste souvent taboue (cf. infra), et en Algérie en particulier, l’appareil d’État miliaire et bureaucratique construit lui-même l’histoire officielle. En outre, la crise économique, la dépolitisation apparente, la baisse des recrutements dans la fonction publique, la dégradation morale et matérielle de la condition étudiante et des sciences sociales ont peu à peu tari le vivier.

Dans les années 1980, les étudiants originaires du Maghreb étaient porteurs d’une connaissance intime de leurs sociétés, dont ils faisaient profiter leurs professeurs. Mais ce lien est aujourd’hui brisé, la grande majorité des étudiants maghrébins présents en France se consacrent désormais aux études scientifiques, commerciales et éventuellement juridiques.

Il en résulte que les étudiants et les doctorants qui décident actuellement de s’investir dans des recherches relatives au Maghreb contemporain sont très peu nombreux, et très souvent liés à cette région par leurs origines. Mais les enfants d’immigrés français ne sont pas les étudiants étrangers en exil des années 1980. Leur rapport au Maghreb, outre qu’il est très souvent compliqué, voire douloureux, est généralement très distendu, à l’exception notable de quelques brillantes exceptions. Quant aux étudiants lambda issus des classes préparatoires ou des universités, rarissimes sont ceux qui désirent s’engager dans des recherches aléatoires, non financées et très complexes. Quand bien même ils en éprouveraient l’intérêt, voire la passion, ils découvriraient rapidement qu’en France, les études d’histoire sont rarement compatibles avec des études de langues étrangères. Or au Maghreb, la pratique de l’arabe (il faudrait dire des langues arabes) et du berbère est une nécessité souvent impérieuse.

Après un demi-siècle d’indépendance du Maghreb (1956 et 1962), une quinzaine de thèses d’histoire ont été soutenues en France sur l’histoire du Maghreb post-colonial, et un peu plus de 17 en sciences politiques. Le déséquilibre avec les temps coloniaux est donc considérable. Ces chiffres mesurent l’éloignement intellectuel dont nous parlions. Ils disent aussi que l’histoire immédiate, dont s’honore l’historiographie contemporaine française, a très peu essaimé en dehors de l’hexagone. Au moins vers son Sud.

Une historiographie cloisonnée

L’historiographie française

À ce stade, l’historiographie française du Maghreb moderne et contemporain est lacunaire. Si près de 200 thèses, souvent de qualité, ont été soutenues en France dans ce domaine depuis 1953, près de 40 % ont été décernées à des étudiants maghrébins, élus par la suite dans une université de leur pays d’origine, où ils composent une partie importante du corps universitaire. Outre la répartition très inégale entre les périodes et les thématiques, qui tend à surreprésenter la période coloniale, et plus récemment la guerre d’Algérie, ces thèses ont suivi l’effet des modes idéologiques.

Dans les années 1970 et 1980, le marxisme universitaire, très prégnant dans les études sur le Maghreb post-colonial, a produit un grand nombre d’entre elles [18] . À l’inverse, une solide école d’histoire militaire s’est constituée, souvent à l’initiative de Français rapatriés [19] . De facto, la colonisation française de l’Afrique du Nord a été pendant cent trente-deux ans, le principal champ de manœuvre et d’expérimentation de l’armée française – hors guerres mondiales –, et l’armée coloniale a joué un rôle dans la socialisation des hommes du Maghreb bien supérieur à l’école, parcimonieusement distribuée. Dans les années 2000, ces deux champs ont convergé pour joindre leurs forces sur le terrain de la guerre d’Algérie, chacun pouvant l’analyser à sa guise.

Un autre terrain a été particulièrement labouré, celui des études consacrées au nationalisme maghrébin. Il est aisé de comprendre que nombre d’étudiants, mais aussi d’acteurs politiques, issus d’Afrique du Nord, ont souhaité travailler sur le nationalisme anti-colonial [20] . Mais d’une manière générale, les études historiques maghrébines, et plus généralement arabes, sont systématiquement dominées depuis un demi-siècle par des préoccupations politiques et idéologiques. Les cinq principales idéologies actives dans la région, le colonialisme, le nationalisme, le tiers-mondisme, le marxisme et l’islamisme, dominent l’historiographie de la région. En dépit d’une poignée de thèses colonialistes, soucieuses de démontrer les bienfaits de la colonisation [21] , et de thèses marxistes, désireuses de mettre à nu les structures de domination (féodale, coloniale, impérialiste…) qui, selon des modalités très diverses, se sont intéressées aux structures économiques et sociales [22] , l’historiographie du Maghreb est essentiellement politique.

Les travaux de la « nouvelle » historiographie française et européenne, consacrée à l’histoire sociale, à l’histoire culturelle et des représentations, sont sous-représentés [23] . Inutile dès lors de chercher du côté des domaines novateurs et controversés de la recherche historique, hormis une poignée de thèses récemment soutenues à Paris en subaltern studies [24] .

L’autre problème dont pâtit la recherche française consacrée au Maghreb est son morcellement géographique et institutionnel. Après guerre, la Sorbonne est le principal centre de recherches consacré au Maghreb, autour de la figure de Charles-André Julien. Après 1962, un pôle conséquent est constitué à Aix-en-Provence, dans ce qui devient ultérieurement la Maison de la Méditerranée. En outre, les universités du Sud de la France (Toulouse, Nice, Montpellier) accueillent des universitaires provenant de l’Université coloniale d’Alger. Enfin, dans les années 1970, les universités de Paris VII-Jussieu et Paris VIII-Saint-Denis s’ouvrent aux études maghrébines, dont elles deviennent un moment le cœur battant, dans une double optique tiers-mondiste et marxiste. Cette répartition initiale, autour de grosses entités structurantes, s’est peu à peu délitée.

Depuis les années 1990, si le Maghreb a fait retour en Sorbonne avec Daniel Rivet, les compétences du champ se sont dissoutes ou affaiblies. À Aix-en-Provence, qui poursuit la publication de L’Année du Maghreb (anciennement Annuaire de l’Afrique du Nord [25] ), les historiens se sont repliés sur le Proche-Orient, et la compétence Maghreb est partagée entre les diverses sciences humaines et juridiques, dans une optique très postcolonial studies. À Paris, il n’existe pas d’unité structurante dans les recherches sur le Maghreb, hormis les liens personnels et donc aléatoires entre spécialistes isolés, répartis sur une demi-douzaine de sites (Paris I, Paris IV, Paris VII, Paris VIII, INALCO, EHESS). Enfin, dans les universités du Sud, l’histoire du Maghreb devient rare, et les thèses, soutenues sur l’histoire de cette région, exceptionnelles.

Le poids des histoires nationalistes au Maghreb

Une des clefs de cette situation se situe au Maghreb, où les États indépendants ont joué depuis les années 1960 une carte nationaliste et autoritaire peu favorable à la libre recherche historique. Mais avant d’en venir aux dimensions politiques et institutionnelles, restons sur le terrain idéologique. L’historiographie du Maghreb ploie sous le poids de l’histoire politique. Cette tendance générale est à la fois encouragée et tenue à distance par les États du Maghreb indépendant. Dans ces États autoritaires depuis un demi-siècle, le contrôle du discours historique est un enjeu politique de premier plan. Pour ces États jeunes, ce discours doit être nationaliste, exclusiviste et contrôlé. Les dissidents et les contre-discours historiques sont marginalisés, ainsi que l’a démontré Benjamin Stora pour l’Algérie [26] .

Ainsi, dans les années 1950, l’aspiration collective à la constitution d’un Maghreb indépendant et unifié était une réalité. Mais sous le poids des nationalismes d’État, des stratégies de consolidation du pouvoir personnel, de la guerre d’Algérie, puis des conflits entre États fraîchement indépendants (dès 1963 éclate la guerre des sables entre l’Algérie et le Maroc), le nationalisme élimine peu à peu le patriotisme maghrébin qui, inventé dans le milieu intellectuel des étudiants nord-africains du Paris des années 1920, n’a pas survécu aux indépendances. Dans ce contexte, les historiens sont sommés d’écrire un roman national exclusiviste. Les recherches historiques de chaque pays du Maghreb sont réservées à l’histoire nationale. Dans un Maghreb où l’arabisme et le patriotisme maghrébin sont fréquemment invoqués dans les discours (sous la forme idéologique du « Grand Maghreb arabe » ou du « Maghreb des peuples »), la dimension maghrébine est à peu près totalement absente du récit historique.

Au Maroc, l’histoire nationale est avant tout chérifienne et monarchique. De grands idéologues au service du pouvoir, comme Moulay Ahmed Alaoui, ont été chargés de l’écrire et de la célébrer [27] . À l’initiative des partis politiques et de leurs militants, l’histoire est secondairement nationaliste, axée autour des grandes figures patriotiques (Allal el Fassi, Belhassen el Ouazzani, Ahmed Balafrej, Mehdi Ben Barka). Mais comme l’université a été tenue à l’écart de l’histoire contemporaine, les grandes thèses qui devraient leur être consacrées ne sont pas écrites [28] .

En Algérie, la mémoire historique fait une grande place à la figure d’Abdelkader, le héros de la résistance anti-coloniale. Pour le XXe siècle, le discours historique est avant tout centré sur le nationalisme du FLN, la geste des mudjahiddine, et la mémoire combattante de l’ALN (Armée de libération nationale). Cette histoire officielle a tenu à l’écart la complexité du nationalisme politique algérien, les dissensions et tous les épisodes qui remettraient en cause l’histoire officielle. Les harkis sont conspués. Les républicains, les assimilationnistes, les communistes et les hommes du MNA de Messali Hadj sont oubliés. Les nombreuses thèses soutenues en France ont comblé ces vides historiographiques [29] , mais les universitaires qui voudraient poursuivre recherches et enseignements sur de tels sujets en Algérie sont trop souvent priés de revoir leur copie.

En Tunisie, les trois décennies de Bourguiba n’ont pas dérogé à la règle de l’unanimisme national. Le régime et ses thuriféraires (de très bon niveau académique) ont écrit une histoire officielle et glorieuse consacrée à la geste du Combattant suprême, Habib Bourguiba [30] . Toute dissidence était proscrite, même si, dans ce pays d’intellectuels, universitaires et chercheurs ont néanmoins déployé des recherches sur la période coloniale et le « mouvement national », dès lors qu’elles n’attentaient pas à la figure du Président [31] . L’accession du président Ben Ali à la tête de l’État, en 1987, a néanmoins créé une opportunité. Ben Ali n’était pas mécontent de voir se fissurer la légende bourguibienne [32] . En pilotant la création d’un Institut supérieur d’histoire du mouvement national (ISHMN), qui a accueilli de nombreux dissidents et opposants de l’ère Bourguiba, la recherche historique a beaucoup progressé. Les complexités et les dissidences du « mouvement national » et du bourguibisme ont été étudiées, dès lors qu’elles ne dénigraient pas les piliers de l’État national. Tout travail relatif à la présidence et au passé du Président et de ses alliés était cependant proscrit.

La légende nationale a permis à quelques historiens de s’aventurer sur des terrains innovants : l’histoire des femmes et de l’enseignement en Tunisie [33] , l’histoire de la musique andalouse en l’Algérie [34] , l’histoire des juifs et des relations intercommunautaires au Maroc [35] , à la condition que cela soit accepté par le pouvoir d’État. Mais dans l’ensemble, les historiens et les universitaires se sont repliés sur les périodes historiques antérieures à la colonisation. Longtemps, l’absence d’accès aux archives contemporaines, leur statut de fonctionnaires, et la surveillance dont ils étaient l’objet, militaient en ce sens. La légende a donc prévalu sur l’histoire, et le discours nationaliste sur la vérité historique. Même pour les périodes anciennes, les historiens ont dû se méfier de la compatibilité de leur travail avec les présupposés idéologiques d’États nimbés d’idéologie arabo-islamique. Cela n’a pas empêché l’écriture de travaux remarquables, comme ceux des historiens Mohamed Hédi Chérif en Tunisie [36] , Abdallah Laroui au Maroc [37] , ou Mahfoud Kaddache en Algérie [38] , pour s’en tenir aux plus illustres.

La difficulté des circulations et des échanges

Le paysage ainsi dressé ne doit pas rebuter. Il est le fruit d’une histoire conflictuelle et complexe. Les États du Maghreb ont dû conquérir leur indépendance et jouir de leur liberté nouvelle. Ce combat était d’autant plus difficile à conduire en Algérie, qu’elle était constitutive du territoire français pendant plus d’un siècle, et que les infrastructures intellectuelles y avaient été totalement acculturées. Il en est résulté que le travail de réappropriation religieuse, culturelle et intellectuelle a été initié dès le début des années 1930 par le mouvement des Oulémas musulmans d’Algérie, qui a diffusé une idéologie de combat, le réformisme musulman, par le biais des mosquées, la création « d’écoles libres » et l’animation de cercles culturels. Cette renaissance islamique et arabiste a eu de nombreuses implications. Elle a notamment scindé de manière profonde et durable les élites algériennes entre deux pôles, les salafistes et les francophones, luttant pour leur hégémonie culturelle et politique. Le départ des Français en 1962 n’a nullement simplifié les choses.

Dans les années 1960, les États du Maghreb n’ont pas les moyens humains et matériels de construire des systèmes d’enseignement nationaux, a fortiori à l’université, indépendants de l’ancienne puissance coloniale. Au Maroc, la création de l’université Mohammed V est confiée à l’historien Charles-André Julien. À Tunis comme à Alger, le corps professoral est durablement composé d’universitaires français, pieds-noirs ou métropolitains. « Pieds rouges » et coopérants deviennent pour plus de vingt ans une figure incontournable des universités et des systèmes d’enseignement (plusieurs historiens du Maghreb y ont fait leurs premières armes, Daniel Rivet, Omar Carlier, Gilbert Meynier, etc.).

Malgré les promesses de nationalisation et d’arabisation, la langue française demeure celle de l’enseignement, notamment en histoire. Jusqu’aux années 1980, la grande majorité des thèses sont soutenues dans des universités françaises, ou devant des jurys majoritairement français, et les universitaires francophones du Maghreb. La vigilance des États à leur égard n’en est que plus vive, d’autant que le bilinguisme et cette dépendance sont contraints, au Maroc comme en Algérie. La pénurie d’arabisants et de diplômés du supérieur interdisait une autre option.

Seul Bourguiba, qui dispose de nombreux diplômés francophones et arabophones, assume ce choix politique. Des années 1950 aux années 1970, la coopération est donc intense, et les liens denses avec les universités françaises. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les pouvoirs politiques confient l’écriture de l’histoire officielle à des idéologues, et non à des universitaires, et qu’une primauté est souvent accordée aux salafistes et aux arabistes, plus en prise avec les nouvelles idéologies nationales.

L’arabisation des facultés d’histoire et des départements de sciences humaines est précoce. Elle commence en 1973, mais est progressive [39] . Ce sont souvent des considérations politiques qui militent en sa faveur. Le socialisme et le marxisme universitaires sont en effet à leur apogée, et les pouvoirs en place, contestés, perçoivent les coopérants et leurs émules comme une menace.

Jusqu’aux années 1990, les liens Nord-Sud n’en demeurent pas moins conséquents, d’autant plus que les liens Sud-Sud sont presque inexistants. Les universités du Maghreb accueillent encore des assistants français dans les universités des lettres. Les assistants, maîtres de conférences et professeurs élus dans les facultés d’histoire proviennent souvent des universités françaises, et même s’ils doivent se soumettre à une arabisation rapide pour dispenser leurs cours, ils conservent des liens avec leurs équipes de recherches à l’étranger. En revanche, depuis une vingtaine d’années, les jeunes générations arabisées ont rédigé des thèses en arabe, désormais soutenues sur place. Cette légitime réappropriation linguistique et culturelle n’en pose pas moins des questions non résolues à ce jour, qu’il s’agisse de la fermeture de la bibliothèque mondiale – seule une infime proportion de livres étant traduits en arabe –, de l’accès aux archives publiques algériennes, rédigées en français pour l’essentiel des XIXe et XXe siècles, ou encore du très fort biais religieux conféré à l’enseignement de l’arabe, lequel nuit à une approche scientifique distancée.

Quoi qu’il en soit, les champs de recherches français et maghrébins en sciences historiques sont devenus étanches les uns aux autres. Un semblant de coopération demeure pour les chercheurs seniors, mais une fois partie à la retraite la génération des cinquantenaires, les deux domaines seront étrangers. Les jeunes historiens algériens francophones s’insèrent dans les laboratoires et les universités d’Europe et d’Amérique du Nord. Au Maroc, pressée par l’Instance équité et réconciliation (IER) et l’Union européenne, l’université a créé à Rabat en 2010 un master d’histoire du temps présent, mais rien ne permet de dire que cela renouvellera la recherche (une trop grande faiblesse de la formation initiale des étudiants étant un obstacle insurmontable). Seuls les Tunisiens, qui ont préservé envers et contre tout une meilleure formation et leur bilinguisme – quoique altéré –, tentent de garder des contacts, et font travailler leurs étudiants sur les archives coloniales. Concernant les temps post-coloniaux, les barrières édifiées par les États demeurent trop puissantes pour que, sur place, quiconque ne les enfreigne.

Une histoire en voie d’abandon ?

Un héritage trop abondant…

La déploration exprimée ici ne doit pas faire oublier que « l’orientalisme » français, dans son versant maghrébin, dispose d’un héritage considérable. C’est d’ailleurs en vertu de ce passé privilégié, qu’il est légitime de s’interroger sur les tendances négatives à l’œuvre depuis une vingtaine d’années, à l’exception du terrain privilégié – à juste titre – de la guerre d’Algérie.

Peu de domaines scientifiques ont bénéficié d’un traitement de faveur comme l’Afrique du Nord des années 1920 aux années 1980. La bibliothèque des thèses en témoigne, ainsi que la longue liste des chercheurs et spécialistes qui ont travaillé sur ce terrain. L’Afrique du Nord, cœur de l’Empire colonial français, a bénéficié d’un traitement scientifique à due proportion de sa centralité impériale. La majorité des recherches historiques, juridiques et de sciences humaines coloniales lui ont été consacrées. Unique colonie française de peuplement aux XIXe et XXe siècles, l’Algérie a été particulièrement privilégiée de ce point de vue, ce qui a rejailli sur toute la région.

Ainsi, entre 1884 et 1961, 46 % des thèses françaises « africanistes », toutes disciplines confondues, concernent l’Afrique du Nord, contre 25 % pour l’Afrique noire francophone. Mais cette domination n’était pas qu’universitaire. Au Centre des hautes études d’administration musulmane (CHEAM), organisme administratif créé en 1934, en charge de la formation des administrateurs coloniaux, les deux tiers des mémoires des stagiaires – souvent de très grande qualité – concernent l’Afrique du Nord jusqu’aux années 1950.

Or à l’université, la proportion des thèses s’est inversée dès les années 1960 : la part de l’Afrique du Nord tombe à 26 % du total des thèses africanistes, alors que l’Afrique noire francophone passe à 53 %. La politique de coopération impulsée par le général de Gaulle au début des années 1960 a entraîné la constitution légitime d’une puissante recherche africaniste. Aujourd’hui, trois gros laboratoires mixtes CNRS/Université dominent le champ : le Centre d’étude des mondes africains (CEMAF) à Paris I, Les Afriques dans le monde (LAM) à Bordeaux, et le Centres des études africaines (CEA) à l’EHESS. En revanche, l’Afrique du Nord a presque disparu du champ institutionnel de la recherche. La tendance a été similaire au CHEAM, transformé en « Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie modernes » après la décolonisation. Rattaché à Matignon, cet organisme consacre moins de 10 % de ses études au Maghreb, des années 1960 jusqu’à sa disparition en 1998.

De sorte que la recherche sur le Maghreb passe en France d’une situation hégémonique à la portion congrue. Qu’un rééquilibrage ait été nécessaire, tout le monde en convient. Mais que cette région, si proche de l’Europe, et dont les interactions avec la France demeurent si puissantes, notamment par le biais migratoire, ait été à ce point marginalisée dans la recherche, pose question. La recherche historique et son étiolement institutionnel reflètent donc des évolutions plus globales. Il n’est dès lors guère surprenant que les formidables transformations du Maghreb post-colonial aient été largement ignorées en France. Certains poncifs coloniaux sont demeurés si vivaces, que le « printemps arabe » né en Tunisie en décembre 2010 a tonné comme un orage dans un ciel serein…

Désintérêts français

Il n’est pas lieu ici de s’interroger sur les raisons et les modalités du grand désengagement intellectuel français vis-à-vis du Maghreb. Le traumatisme durable causé par la guerre d’Algérie est évident, et le processus a toutes les apparences d’un amour déçu. Mais si les causalités ont un fondement psychanalytique, elles interfèrent néanmoins avec des effets générationnels, disciplinaires et politiques.

L’effet générationnel a partiellement masqué l’évolution profonde et durable de ce désengagement. D’une part, l’école coloniale d’Alger n’a pas disparu du jour au lendemain. Le repli en métropole a été brutal dans le cas algérien, bien plus lent dans le cas tunisien. Dans les années 1960 et 1970, plusieurs universitaires français ont perpétué la recherche historique française au Maghreb. Un véritable mixte de la recherche franco-tunisienne a donné lieu à une école féconde. Les universitaires d’Alger se sont en revanche installés dans les universités du Sud de la France, mais sans couper les liens avec certains de leurs étudiants. Mahfoud Kaddache (né en 1921), seul historien universitaire algérien à avoir produit avant et après 1962, a ainsi soutenu ses deux thèses sous la direction du professeur algérois Xavier Yacono, devenu professeur à Nice après 1962. Sa thèse de IIIe cycle porte sur La vie politique à Alger de 1919 à 1939, puis sa thèse d’État sur la Question nationale et politique algérienne (1919-1951) (1978). Ainsi, cette grande voix de l’histoire algérienne, chef du département d’histoire d’Alger, est demeurée fidèle à son professeur algérois, seulement « coloniste » aux yeux de certains.

Car à partir de 1962, l’arrivée des « pieds rouges » à Alger change profondément la physionomie du département d’histoire. René Gallissot, Annie Rey, Lucette Valensi et leurs collègues d’Alger, de Tunis et de Rabat, sont de jeunes intellectuels qui entament leur carrière universitaire au Maghreb indépendant. Forgés au feu de la lutte anti-coloniale de la guerre d’Algérie, ils renouvellent profondément les approches idéologiques et historiographiques françaises sur le Maghreb, son histoire sociale et sa colonisation. Mais ils induisent un puissant effet générationnel, car à leur retour en France, au début des années 1970, ils recomposent durablement la recherche universitaire française. Leur magistère ne sera jamais exclusif, du fait que Charles-Robert Ageron (né en 1923), éminent spécialiste de l’Algérie coloniale, poursuit l’écriture d’une œuvre puissante. En outre, ses principaux doctorants, Guy Pervillé, Daniel Rivet et Benjamin Stora, leur opposeront dès les années 1980 d’autres approches du Maghreb colonial. L’école « pied rouge » d’Alger n’en conserve pas moins une hégémonie idéologique sur le champ des études maghrébines jusqu’à la fin du siècle.

Ainsi, pendant une quarantaine d’années, l’université française recèle de nombreuses compétences dans le champ des études maghrébines. Mais cet effet de génération masque l’altération profonde de l’intérêt suscité par ce champ de recherches. La transmission des savoirs et des postes, extrêmement problématique au tournant du siècle, illustre un phénomène longtemps occulté. Rares sont les professeurs qui parviennent à transmettre leur poste à un de leurs doctorants, précipitant la dégradation accélérée de ce champ déjà évoquée.

En outre, depuis les années 1970, un contre-feu intellectuel s’est ouvert du côté de la politologie. L’ancien coopérant administratif au Maroc Rémy Leveau crée deux institutions durables au début des années 1980 : le DEA monde arabe de l’IEP de Paris, puis le Centre d’études et de documentation juridiques, économique et sociale (CEDEJ) au Caire. Par le biais de ces deux pôles, la politologie française transforme durablement le champ des études arabes et nord-africaines. Soucieuses de se passer de l’expertise de chercheurs tiers-mondistes et marxistes, les Affaires étrangères soutiennent l’expérimentation cairote, bientôt étendue à Tunis et à Rabat. De nouvelles générations de chercheurs s’installent au Caire.

Gilles Kepel, appelé à succéder à Rémy Leveau, appartient à la première génération du DEA monde arabe, et du CEDEJ. Avec d’autres politologues, il oriente durablement la recherche française sur le monde arabe sur la question de l’islamisme. L’effet d’attraction du Caire détourne les nouvelles générations d’arabisants du Maghreb, et Le Caire oriente un nombre important de jeunes chercheurs vers la région Moyen-Orient, conformément aux intérêts politiques et pétroliers de l’État français. François Burgat, qui, jusqu’en 1980 fut coopérant en Algérie, à laquelle il consacra sa thèse, prend la direction du Caire en 1989. Ses travaux basculent alors sur le Proche-Orient. L’effet de réorientation exercé sur la recherche française est d’autant plus puissant que, par l’apprentissage de l’arabe qui s’effectue au DEAC (Département d’études arabes du Caire), les étudiants d’Aix-en Provence sont à leur tour polarisés. Au terme d’une longue histoire, l’ancien CRESM – créé après 1962 – qui accueillit tant de juristes, de politologues algérois, et de maghrébinologues, se mue en 1996 en Maison de la Méditerranée et des Sciences de l’Homme (MMSH). La priorité moyen-orientale se renforce durablement dans l’institution. Or la MMSH et les IEP de Paris et d’Aix acquièrent un rôle prédominant, sous la tutelle des Affaires étrangères, dans la sélection et l’élection des boursiers, des pensionnaires et des directeurs des Instituts français de recherche à l’étranger (IFRE) du monde arabe. Dans ce « grand jeu » franco-français, la marginalisation du Maghreb et de la recherche historique universitaire sont des effets collatéraux.

Facteurs d’éloignement maghrébins

Mais les facteurs d’éloignement qui tiennent aux intérêts et aux ressentiments français ne sont pas exclusifs. Ils correspondent à un sentiment de dépendance et de rejet partagé par des acteurs maghrébins. Les gouvernements autoritaires qui président aux destinées du Maghreb depuis les indépendances s’accommodent mal de la pensée critique émanant de l’ancien « colonisateur », d’autant que le point de vue français a un effet démultiplicateur en Europe. Rares sont les chercheurs et les centres de recherches européens qui alignent des compétences aussi nombreuses qu’en France. Les opinions et les travaux des chercheurs français sont écoutés et lus en Europe et à Bruxelles, ce qui incite d’autant plus les États du Maghreb à s’en méfier. L’Algérie a refusé l’installation sur son sol de tout institut ou centre de recherche français. Au Maroc et en Tunisie, où des IFRE ont été créés à Rabat et Tunis, la marge de manœuvre des chercheurs français est limitée. Sous la Présidence Ben Ali, les autorités françaises exerçaient une vigilance permanente sur les chercheurs français. L’histoire politique ou religieuse a été systématiquement tenue à distance.

Depuis la révolution tunisienne, l’intérêt porté par l’ancien régime à l’histoire est dévoilé par des chercheurs de l’Institut supérieur d’histoire du mouvement national (Tunis). Dans une lettre ouverte au ministre de l’Enseignement supérieur, l’historien Fayçal Chérif écrit : « Notre devoir est de rendre la considération à notre Institution et ce, en abrogeant simplement la loi qui réglemente ses structures, chose qui a permis dans le passé l’infiltration de ces membres "Rcdistes" (membres de l’ancien parti-État). L’Institut devrait être entre les mains du Ministère de l’Enseignement Supérieur et non une filiale du RCD; pas comme les Directeurs désignés l’ont toujours fait pour l’aligner au politique [40] . » Cette « sollicitude » s’étendait par nécessité à l’Institut de recherches sur le Maghreb contemporain (IRMC), dont les membres étaient tenus à l’autocensure permanente. Pour les responsables de ces IFRE, la diplomatie n’est pas dissociable de la recherche qu’ils sont chargés de piloter. La nomination de plusieurs directeurs totalement étrangers au terrain marocain à la tête du Centre Jacques Berque (CJB) de Rabat est une forme de garantie donnée à la « neutralité » de leurs travaux.

Mais pour les États autoritaires du Maghreb, c’est en amont que doit s’opérer le contrôle de l’historiographie et des historiens. Comme dit précédemment, l’arabisation des facultés des lettres, pour légitime qu’elle soit, a été utilisée comme un moyen de couper les jeunes générations de l’accès à la pensée critique, et aux conditions d’élaboration d’un discours historique scientifique. Or ce changement culturel s’est accompagné de profondes évolutions économiques et sociales qui ont changé les conditions de recrutement des apprentis historiens.

Les étudiants maghrébins arabisés des nouvelles générations choisissent souvent l’histoire et les lettres par défaut. Depuis les années 1980, la crise économique mondiale et l’endettement des États ont fortement dégradé la condition enseignante. Les postes sont rares et les salaires peu attractifs. En outre, la généralisation (même partielle) de l’enseignement a conduit vers ces facultés des étudiants pauvres, au niveau culturel faible, et auquel les universités n’ont nullement les moyens de remédier. Les étudiants d’origine bourgeoise et les héritiers optent systématiquement pour des études rémunératrices (médecine, commerce, ingéniorat) [41] . Manque de livres, défaut de maîtrise linguistique (en français mais aussi souvent en arabe), état sinistré des bibliothèques, pauvreté et manque de motivation, tout cela prive les étudiants des moyens d’engager des recherches comme le firent leurs prédécesseurs. Tel était bien un des objectifs des pouvoirs établis hostiles au développement d’une pensée autonome.

Si l’on ajoute que partout, l’histoire du XXe siècle est tenue en suspicion, et que l’accès aux archives est compliqué, voire impossible (au Maroc, les archives publiques postérieures à 1927, année d’accession sur le trône chérifien de Mohammed V, ne sont toujours pas accessibles en 2011), les recherches novatrices en histoire du temps présent sont rarissimes. Au demeurant, les jeunes historiens arabophones du Maghreb sont coupés de l’accès à la littérature étrangère de sciences humaines, les traductions étant exceptionnelles. Si certains étudiants tentent de nouer des liens avec leurs homologues occidentaux, ils sont entravés par la langue (or les archives de la période coloniale sont majoritairement en langue française), bloqués par les visas et l’absence de bourses d’études pour ces filières de sciences humaines – à la demande, faut-il le préciser, des autorités publiques des États du Maghreb.

Conclusion : un champ à reconstruire

À l’issue de ce panorama, plusieurs nécessités se font jour. Au Maghreb, la situation radicalement nouvelle née de la révolution tunisienne ouvre à court ou moyen terme des possibilités nouvelles. Libérée de la tutelle pesante de l’ancienne administration, la corporation compétente des historiens chercheurs cherche à asseoir les conditions de sa liberté de travail. Les souffrances et les blocages de la société tunisienne militent en faveur d’un renouvellement historiographique, et imposent la participation des historiens au mouvement d’introspection et de réflexion nationale sur les causes et les modalités de la domination politique subie.

Les conditions sont à ce jour différentes au Maroc. Depuis l’avènement de Mohammed VI, la participation des journalistes à l’écriture d’une histoire contemporaine longtemps occultée a été déterminante. Depuis octobre 2010, la publication d’une revue historique, Zaman, L’histoire du Maroc, permet aux historiens universitaires de s’exprimer chaque mois dans la presse. La lourdeur des contrôles administratifs s’étant allégée, il est à espérer que des thèses s’engagent sur l’histoire du Maroc contemporain. D’après l’historien Mohammed Kenbib, le Maroc ne compte à ce jour que cinq thèses portant sur le premier XXe siècle, et aucune sur la période post-coloniale. D’après lui, ce serait moins le contrôle politique de l’État, que l’inhibition de nombreux professeurs formés à l’époque des années de plomb, qui explique cette situation dommageable.

En Algérie, les recherches conduites par de nombreux chercheurs ou acteurs de la vie politique constituent un apport considérable. À la suite des travaux aussi solides que précurseurs de Mohamed Harbi, de nombreuses thèses d’histoire ont balayé l’histoire du nationalisme algérien et de la guerre d’indépendance. Le XXe siècle est donc infiniment mieux connu en Algérie qu’il ne l’est au Maroc. En outre, depuis la libéralisation de la presse en 1989, la presse participe pleinement au débat national d’écriture de l’histoire et de recherche de la vérité historique. Mais en dépit de la qualité de ses chercheurs, le discours historique algérien est constamment soumis à la pression idéologique ultranationaliste de ses élites politiques. Les provocations politiques et les récriminations contre la France coloniale soumettent le discours historique à des pressions nationalistes qui contraignent les historiens.

En France enfin, les révolutions arabes devraient précipiter des prises de conscience nécessaires. Depuis 1962, les relations avec le Maghreb appartiennent au « domaine réservé » du président de la République. Avec cette région du monde, les affaires étrangères, les universitaires et les chercheurs sont soumis au jeu des relations interétatiques sur lesquelles ils ont très peu de prise. Les réseaux politiques et économiques impliqués dans les relations avec le Maghreb ont contribué à maintenir un voile opaque sur les réalités maghrébines. Or les transitions démocratiques avortées de la période 1987-1990, la crise marocaine liée à l’affaire « Notre ami le roi », la guerre civile algérienne des années 1990, les affaires de terrorisme des années 2000, et maintenant la traînée de poudre du « printemps arabe », ont démontré les limites de ce système. Au moment où une génération d’historiens de la région part en retraite, alors qu’une relève n’a été que très insuffisamment préparée, il s’agit de savoir si le récit et la recherche historiques auront droit de cité dans les années à venir, afin de contribuer, à la place qui est la leur, à la reconstruction de relations normalisées avec les pays voisins du Maghreb.

Pour citer cet article : Pierre Vermeren, « L’historiographie des deux côtés de la Méditerranée », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 15, septembre-décembre 2011, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Nadine Picaudou, « Autoritarisme politique et monde musulman », 30 mai 2008, Université de tous les savoirs, cycle « Islams d’aujourd'hui ».

[2] Association pour la connaissance de l’histoire de l’Afrique contemporaine.

[3] Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire (dir.), La Fracture coloniale. La société française face au prisme de l’héritage colonial, Paris, La Découverte, coll. « Poche », 2006.

[4] Mohamed-Chérif Sahli, Décoloniser l’histoire, Paris, Maspero, 1962. Et Philippe Lucas et Jean-Claude Vatin, L’Algérie des anthropologues, Paris, Maspéro, coll. « Textes à l’appui », 1975.

[5] Claude Liauzu (dir.), Dictionnaire de la colonisation française, Paris, Larousse, 2007, et Jean-Pierre Rioux (dir.), Dictionnaire de la France coloniale, Paris, Flammarion, 2007.

[6] Pierre Vermeren, Misère de l’historiographie du Maghreb post-colonial, Paris, Publications de la Sorbonne (Paris I), octobre 2011.

[7] Alain Messaoudi, Savants, conseillers, médiateurs : les arabisants et la France coloniale (vers 1830-vers 1930), doctorat d’histoire (Paris I, 2008).

[8] Philippe Lucas et Jean-Claude Vatin, L’Algérie des anthropologues, op. cit.

[9] Mohamed Mahfoud Chkouri, L’anthropologie coloniale française et le Maroc, thèse de doctorat (Paris VIII, 1999).

[10] Guy Pervillé, « La production de l’histoire de l’Algérie, en Algérie et en France, après la décolonisation » (2003), http://guy.perville.free.fr/spip/ [lien consulté le 20 septembre 2011].

[11] Mubarak El Mili, L’Histoire de l’Algérie dans le passé et dans le présent (en arabe), 1929.

[12] Abdallah Laroui, Histoire du Maghreb, un essai de synthèse, Paris, Maspéro, 1970.

[13] À ce sujet, voir, parmi d’autres travaux, la thèse d’État du Professeur Yann Le Bohec, La Troisième Légion Auguste, Paris, éd. CNRS, 1989, et les travaux produits dans son sillage.

[14] Jean-Pierre Van Staëvel, Les usages de la ville. Discours normatif, habitat et construction urbaine dans l’Occident musulman médiéval (Xe-XIXe siècles) (Lyon II, 2000). Publication IFAO, 2008.

[15] Félix-Émile Gautier, Le passé de l’Afrique du Nord, Paris, Payot, 1952.

[16] Benjamin Stora, Dictionnaire des livres de la guerre d’Algérie (1955-1995), Paris, L’Harmattan, 2000.

[17] Daniel Rivet, « Le fait colonial et nous, histoire d’un éloignement », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 33, janvier-mars 1992, p. 127-138.

[18] Par exemple, Claude Liauzu, thèse d’État, Naissance du salariat et mouvement ouvrier en Tunisie à travers un demi-siècle de colonisation (Nice, 1978).

[19] Jacques Frémeaux, Les Bureaux arabes dans l’Algérie de la conquête, Paris, Denoël, coll. « L’aventure coloniale de la France », 1993 (Toulouse, 1977).

[20] Parmi tant de travaux, on songe à l’œuvre fondatrice de Mohammed Harbi, dont le premier ouvrage fut publié en 1975, Aux origines du FLN : le populisme révolutionnaire en Algérie, Paris, Christian Bourgeois.

[21] Voir les deux thèses de géographie d’Hildebert Isnard soutenues à Paris, La propriété rurale dans la Mitidja, puis La vigne en Algérie (1947).

[22] René Gallissot, Le patronat français au Maroc (Paris I, 1988).

[23] Voir néanmoins Abdelhamid Larguèche, Pauvres, marginaux et minoritaires à Tunis aux XVIIIe et XIXe siècles (Tunis, 1996).

[24] Emmanuelle Saada, Les enfants de la colonie. Les métis de l'Empire français entre sujétion et citoyenneté, doctorat de sociologie (EHESS, 2001).

[25] Annuaire de l’Afrique du Nord, CNRS Éditions, annuel depuis l’année 1962. Première édition en 1964, Aix-en-Provence.

[26] Benjamin Stora, La gangrène et l’oubli, la mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 1991.

[27] Moulay Ahmed Alaoui (1919-2003), cousin du roi Hassan II, journaliste et idéologue formé au Parti de l’Istiqlal et à Paris, créateur du groupe de presse Maroc-Soir, nommé onze fois ministre, notamment de l’information, défenseur acharné du Trône alaouite par la plume, dans le quotidien officiel Le Matin du Sahara, et par le verbe.

[28] Selon l’historien Mohammed Kenbib, cinq thèses d’histoire ont été rédigées et soutenues jusqu’en 2011 par des universitaires marocains sur l’histoire du pays depuis 1912.

[29] Quelques exemples :

- sur les harkis : Mohand Hamoumou, Les Français-musulmans rapatriés : archéologie d’un silence (EHESS, 1989) ;

- sur les républicains : Malika Rahal, L’Union démocratique du Manifeste algérien (1946-1956). Histoire d’un parti politique. L’autre nationalisme algérien (Paris VIII, 2007) ;

- sur les communistes : Emmanuel Sivan, Communisme et nationalisme en Algérie, 1920-1962 (Sorbonne, 1965) ;

- sur le MNA et Messali Hadj : Benjamin Stora, Messali Hadj 1878-1974 (EHESS, 1978) ;

- sur les oulémas et le réformisme musulman : Ali Merad, Le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940 (Sorbonne, 1966).

[30] Mohamed Sayah était l’historiographe attitré de Bourguiba : « Je préfère le titre de mémorialiste. C’est le terme employé par Bourguiba à mon propos. Je n'ai pas agi en tant qu’historien... ». A édité plus d’une vingtaine de volumes sur le Raïs durant son règne.

[31] Voir par exemple les travaux de Mustapha Kraïem, édifiés à partir de son doctorat sous la direction d’André Martel, Nationalisme et syndicalisme en Tunisie, 1918-1929, (Montpellier III, 1976).

[32] Aziz Krichen, Le syndrome Bourguiba, Tunis, éd. Cérès, 2003.

[33] Noureddine Sraïeb, Le Collège Sadiki de Tunis, 1875-1956 : enseignement et nationalisme (Paris III, 1988).

[34] Abdelmadjid Merdaci, Musiques et musiciens de Constantine au XXe siècle (Paris VIII, 2002).

[35] Mohammed Kenbib, Les relations judéo-musulmanes au Maroc de 1859 à 1948 (Paris I, 1992,).

[36] Mohamed Hedi-Chérif, Histoire de la Tunisie (1976, en arabe). Pouvoir et société dans la Tunisie de Hussein Ben Ali (1705-1740), (1979, Paris IV).

[37] Abdallah Laroui, Les origines sociales et culturelles du nationalisme marocain, 1830-1912, (Paris IV, 1976), Paris, Maspéro, 1977. Histoire du Maghreb, essai de synthèse, Paris, Maspéro, 1970. Le Maroc et Hassan II - un témoignage, Rabat, 2006.

[38] Mahfoud Kaddache, Question nationale et politique algérienne (1919-1951) (1978, Toulouse II). Et l'Algérie se libéra. 1954-1962, Alger, Eddif, 2000. L'Algérie des Algériens, de la Préhistoire à 1954, Paris-Méditerranée, 2003.

[39] Pour le Maroc et la Tunisie, consulter notamment : Pierre Vermeren, Des nationalistes aux islamistes, la formations des élites au Maroc et en Tunisie (1920-2000), Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2002. Pour l’Algérie, Aïssa Kadri, thèse de sociologie sous la direction de Jean-Claude Passeron, Le droit à l’enseignement et l’enseignement du droit en Algérie (1992, EHESS).

[40] Lettre ouverte au M.E.S, « Sauver l’Institut supérieur d’histoire du Mouvement national », par Fayçal Cherif, publié dans le journal La Presse, 3 juin 2011.

[41] Voir à ce sujet notre thèse de doctorat, Des nationalistes aux islamistes, la formation des élites marocaines et tunisiennes (1920-2000), Paris, La Découverte, « Recherches », 2002.

Pierre Vermeren

Pierre Vermeren est né en 1966. Normalien et agrégé d’histoire, il est maître de conférences depuis 2006 en histoire du Maghreb contemporain à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Il travaille sur le Maghreb depuis 1987, et a vécu huit ans comme étudiant puis professeur dans les pays de l’Afrique méditerranéenne. Après une thèse consacrée à la formation des élites marocaines et tunisiennes au XXe siècle (Paris VIII, 2000), il a soutenu en 2010 une HDR consacrée à l’historiographe du Maghreb contemporain (Paris I). Auteur de plusieurs ouvrages consacrés au Maroc et au Maghreb, il a republié en 2010 avec une préface actualisée son ouvrage de 2004, Maghreb : la démocratie impossible ? (Fayard) sous le titre, Maghreb, les origines de la révolution démocratique (Hachette Pluriel).

Mots clefs :  historiographie, Maghreb, Algérie, Maroc, Tunisie, France coloniale, colonisation, Empire, États indépendant, historiens, études post-coloniale, nationalisme, échanges Nord-Sud, idéologie nationale.

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  • ISSN 1954-3670