Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Gaullistes, femmes et réseaux

Coordination : Yves Denéchère

Gaullistes, femmes et réseaux

Yves Denéchère

Le programme ANR GAULHORE (Gaullistes : hommes et réseaux) s’inscrit dans un double contexte d’essor de l’historiographie du gaullisme et de renouvellement de l’étude du personnel politique par la prosopographie et l’analyse des réseaux. Depuis 2008, plusieurs chantiers ont été menés. La constitution d’un corpus biographique gaulliste a été réalisée. Les cadres des « partis » gaullistes, les membres des gouvernements, les entourages ministériels, les responsables des mouvements de la « nébuleuse » gaulliste, les élites de la « société civile » gaullistes, dans la haute fonction publique, les milieux patronaux, les cercles intellectuels, et bien sûr les élu-e-s sont désormais mieux connus. L’étude des réseaux qui contribuent à l’identité de la famille politique gaulliste est essentielle pour mieux connaître la réalité, la diversité et la composition de ses maillages. L’exploitation de ce corpus par la méthode prosopographique a été lancée. Elle met l’accent sur les différentes générations gaullistes, la formation intellectuelle, les étapes et les formes de l’engagement, les moments fondateurs dans l’entrée en politique et les parcours, les ruptures et les reclassements.


Yvonne de Gaulle, Geneviève de Gaulle, deux gaullistes de l'intimité

Frédérique Neau-Dufour

Yvonne de Gaulle et Geneviève de Gaulle Anthonioz ont laissé dans la mémoire deux images radicalement opposées. La première, épouse du Général, s’est largement tenue à l’écart de la vie politique, tandis que la seconde, nièce du général, s’est engagée dans la résistance dès le 17 juin 1940. Déportée à Ravensbrück, elle fut après la guerre une figure de la lutte contre la pauvreté. Derrière ce contraste apparent, il est intéressant de rechercher ce que comporte de commun la vision que les deux femmes ont du gaullisme, elles qui furent chacune à leur façon des intimes de son fondateur.


Les femmes dans les instances dirigeantes des mouvements gaullistes (1958-1988)

Bernard Lachaise

Les partis gaullistes ont longtemps conservé une direction très masculine. L’accès des femmes aux instances dirigeantes s’esquisse au début des années 1970 et surtout, avec le RPR, à compter de 1976, mais reste très limité, soit une trentaine seulement entre 1958 et 1988. Issues du mouvement féminin (CFEI) ou recrutées parmi les élues ou les entourages politiques – ou les trois –, ces femmes ont connu un devenir différent. Pour quelques-unes, l’entrée dans la direction du parti a permis ou favorisé une carrière politique de parlementaire ou de ministre. Mais l’exemple et la réussite de Michèle Alliot-Marie restent exceptionnels car les gaullistes ont, dans l’ensemble, laissé aux femmes peu de perspectives d’avenir politique.


Candidates et élues gaullistes au Palais-Bourbon de 1958 à 1973

Sabrina Tricaud

Cet article illustre l’un des paradoxes de la Ve République : alors que les femmes votent massivement pour les mouvements gaullistes, elles sont fort peu nombreuses au Parlement. Les quelques femmes politiques qui ont porté les couleurs gaullistes au Parlement sont pourtant des femmes d’appareil, compagnons de longue date du gaullisme. Ces happy few présentent des caractéristiques sociologiques semblables à celles des parlementaires gaullistes et se sont souvent engagées dans les mouvements féministes.


Quelle place pour Madame Éboué dans le gaullisme de la VeRépublique ?

Arlette Capdepuy

Eugénie Éboué est propulsée sur le devant de la scène politique par le décès de son mari, le gouverneur général Félix Éboué en 1944. Après avoir été une des premières femmes à entrer en politique dès 1945, elle perd son dernier mandat de sénatrice en 1952. L’installation de la Ve République en 1958 lui permet de retrouver un mandat à l’échelle locale comme conseillère municipale. À partir de ce moment, Eugénie Éboué connaît une lente relégation que peuvent cacher un moment ses activités.


Louise Weiss et quelques autres : candidates et élues gaullistes au Parlement européen (1979-1989)

Yves Denéchère

En 1979, l’élection au suffrage universel du Parlement européen est une nouveauté qui ne plaît guère aux gaullistes. Néanmoins, le RPR de Jacques Chirac doit mener campagne sans appétence particulière pour l’Europe. Figurant en cinquième position sur la liste gaulliste, Louise Weiss, « citoyenne de l’Europe », est comme une caution européenne au milieu de candidats qui entendent surtout défendre les intérêts de la France. Le tourniquet instauré par le RPR montre le peu d’importance qu’il donne à ce scrutin. Aux élections de 1984 et de 1989, sur des listes au périmètre changeant, quelques femmes gaullistes sont élues mais force est de constater qu’elles ne jouent pas un grand rôle au sein de l’assemblée de Strasbourg.


Performances de genre : images croisées de Michèle Alliot-Marie et de Roselyne Bachelot

Christine Bard

Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot ont connu l’extraordinaire mutation de l’image politique, le triomphe de la communication et l’essor des médias audiovisuels, qui coïncident avec la place grandissante des femmes dans la vie politique. Les femmes ministres subissent et participent à une hétérospectacularisation du pouvoir, un mot qui dit bien la mise en visibilité, scénographiée, non seulement de relations mixtes au sein du gouvernement mais aussi de relations marquées par une certaine sexualisation. L’analyse des performances de genre accomplies par Roselyne Bachelot et Michèle Alliot-Marie révèle les avantages et les inconvénients de stratégies de féminisation pour l’une, de masculinisation pour l’autre et permet d’attribuer une part de leur succès à leur art plus discret du mélange des codes de genres.


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  • ISSN 1954-3670