Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Le religieux entre autorité et dissidence (XIXe-XXe siècle)

Coordination : Laura Pettinaroli

Autorité et dissidence, le champ religieux sous tension

Laura Pettinaroli

Centré sur les notions d’autorité et de dissidence, le dossier permet d’interroger l’histoire religieuse contemporaine, qu’il s’agisse du catholicisme ou de l’islam, à partir de catégories politiques, en particulier celles de légitimité et de démocratie (au travers du couple minorité / majorité). L'association de ces deux notions, assez novatrice en histoire contemporaine, est l'occasion d'aborder différents mouvements minoritaires ou dissidents issus du catholicisme mais aussi d'étudier finement les configurations et reconfigurations de l'autorité religieuse, en particulier des autorités cléricales.


Minorités et dissidences du catholicisme : l'orthodoxie à l'épreuve de la modernité

Étatique et hérétique : la création d’une Église catholique nationale dans la Rome protestante (Genève, 1873-1907)

Sarah Scholl

Genève est dans le dernier tiers du XIXe siècle un terrain d’expérimentations tant politiques que religieuses, débouchant sur la séparation des Églises et de l’État en 1907. Y prend notamment place une tentative de réforme du catholicisme. Elle a lieu à la suite du concile Vatican I, dans la mouvance du schisme vieux catholique ou catholique-chrétien opéré en Allemagne et en Suisse alémanique. À Genève, des catholiques se détachent de Rome, entrent en dissidence, pour mieux s’insérer dans la communauté culturelle, idéologique et politique de la fin du XIXe siècle. Avec l’appui des autorités politiques radicales et à la faveur de l’« affaire Mermillod », ils créent une Église d’orientation libérale, au fonctionnement démocratique, et entreprennent d’importantes réformes théologiques et disciplinaires, pensées comme modernisation du christianisme.


Des jansénistes entre orthodoxie et dissidence au début du XIXe siècle

Jean-Pierre Chantin

L’étude du « jansénisme tardif » des débuts du XIXe siècle révèle une certaine évolution de la perception de la notion d’autorité dans l’Église. L’opposition des ultimes port-royalistes aux gallicans ou aux ultramontains ne relève pas d’une discussion dogmatique mais bien de la nature de l’orthodoxie dans l’Église catholique, une question qui est en train de se jouer en ce siècle concordataire qui commence. Le débat n’est d’ailleurs pas uniquement théorique, par presse interposée, puisqu’il a des retombées pratiques dans l’entreprise de contrôle des paroisses par les nouvelles autorités ecclésiastiques. Quoi qu’il en soit, il s’agit là d’un épisode de la moderne individuation des consciences alors en gestation.


Le Coetus Internationalis Patrum au concile Vatican II : genèse d’une dissidence ?

Philippe J. Roy

Le Coetus Internationalis Patrum, dirigé par Mgr Marcel Lefebvre, fut le principal groupe d’opposants au sein du concile Vatican II (1962-1965). Dans cet article, l’auteur présente tout d’abord l’histoire de ce mouvement tout au long des sessions et intersessions du Concile, en tâchant de mettre en évidence son organisation et son activité, ainsi que l’évolution de ses stratégies. Il analyse ensuite l’impact du groupe sur les documents promulgués par Vatican II. En conclusion, au vu de l’histoire du catholicisme postconciliaire, il tâche de répondre à la question suivante : le Coetus Internationalis Patrum se trouve t-il à l’origine d’une dissidence ?


Composition et recomposition de l'autorité au sein des corps constitués

L’autorité épiscopale dans la France du XIXe siècle

Séverine Blenner-Michel

La question de l’autorité épiscopale dans la France du XIXe siècle ne peut se comprendre sans une lecture attentive des dispositions prévues par le Concordat de 1801 et les Articles organiques qui le complètent. Au lendemain de l’épisode révolutionnaire, le droit concordataire étend notoirement le domaine réservé à l’évêque dans le gouvernement des Églises locales et contribue à renforcer son pouvoir. Cette évolution centralisatrice se lit à travers deux procédures : la nomination aux postes ecclésiastiques et l’exercice par l’évêque de son pouvoir de juridiction. Ces dispositions soulèvent des oppositions dans le bas clergé qui dénonce l’autoritarisme des titulaires diocésains. Pourtant, dans le même temps, les Articles organiques limitent les prérogatives de l’épiscopat en soumettant à l’autorisation gouvernementale la possibilité pour les évêques de se réunir, de prendre collégialement des décisions et de correspondre avec le magistère pontifical. Entre renforcement et contrôle du pouvoir épiscopal, le système concordataire introduit dans l’Église de France un nouveau rapport à l’autorité ecclésiastique.


L’épiscopat français contre Maurras et la Résistance

Frédéric Le Moigne

Après la condamnation de l’Action française (1926), une nouvelle génération d’évêques recentre l’Église de France. L’épiscopat, en guerre contre la dissidence maurrassienne, se rapproche pour l’occasion des démocrates-chrétiens. L’avènement du régime de Vichy brise cette dynamique. La génération des évêques maréchalistes et souvent anciens combattants dénonce avec virulence la Résistance, en particulier catholique. Le divorce est consommé à la Libération avec les démocrates-chrétiens et impose la majorité de l’épiscopat comme une « élite dissidente ». C’est cette inversion de parcours qu’il s’agit de présenter dans ses grandes étapes.


Éclatement du régime de l'autorité et dérégulation des relations de pouvoir : la Province dominicaine de France après Mai 68

Yann Raison du Cleuziou

En mai-juin 1968, les frères étudiants de la Province dominicaine de France dénoncent le caractère suranné des formes instituées de la vie religieuse. Cette contestation est soutenue par le provincial et par la jeune génération des enseignants en théologie. Un processus inédit de réforme est engagé sous leur autorité : les frères étudiants sont associés au même titre que les religieux plus âgés à la réforme de la vie religieuse de l’Ordre. Cet engagement, parce qu’il est considéré illégitime par une partie des religieux, provoque un discrédit du provincial et une perte de crédibilité des règles de fonctionnement de l’institution dominicaine. Faute d’une reconnaissance partagée du fondement de l’autorité dans l’Ordre, les rapports de pouvoir se dérégulent et des groupes de pression affinitaires se constituent et entrent en lutte.


L’inscription de l’autorité religieuse dans le champ social : les ulémas chiites du Liban (1920-1967)

Anaïs-Trissa Khatchadourian

Cet article traite de la question de l’investissement du champ social par le clergé chiite du Jabal ‘Amil (actuel Liban-sud). Caractérisée par une riche tradition religieuse savante, cette région est le lieu d’un jeu de pouvoir complexe entre ulémas et chefs féodaux jusqu’au milieu du XXe siècle et l’arrivée de Moussa Sadr. Venu d’Iran, celui-ci engage des réformes et agit activement pour une structuration de la communauté chiite, lui assurant ainsi un poids plus important sur la scène politique libanaise. Il appelle également à sa mobilisation en plaidant pour une égalité sociale avec les autres communautés.


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  • ISSN 1954-3670