Histoire@Politique : Politique, culture et société

Portraits & témoignages Comme l'indique le titre de cette rubrique destinée à mettre en lumière des personnalités politiques ou universitaires, « Portraits et témoignages », aucun cadre formel strict n'a été fixé pour rendre compte des trajectoires individuelles proposées à chaque numéro. Le ou les entretiens pourront être restitués en tant que tels, comme un témoignage brut ayant valeur de source ; ils pourront aussi être croisés avec des publications ou d'autres interventions pour fournir la matière d'un portrait. En revanche, un fil rouge européen donnera sa cohérence aux premières livraisons, rassemblant spécialistes, techniciens, élus et militants de l'Europe.

Entretien avec le général Henri Bentegeat

Anne Dulphy, Christine Manigand
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- Saint-Cyrien de la promotion 1965 "Lieutenant-colonel DRIANT". Troupes de Marine,

- 1979 : service d'information et de relations publiques des armées (SIRPA),

-1988 : chef de corps du régiment d’infanterie et chars de marine,

- 1990 : attaché de défense adjoint à l'ambassade de France à Washington durant la guerre du Golfe,

- 1992 : directeur adjoint de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS),

- 1993-1996 : adjoint au chef de l'état-major particulier du président de la République,

- 1999-2002 : chef de l'état-major particulier du président de la République.

- 2002-2006 : chef d’état-major des armées

- 2006-2009 : président du Comité militaire de l’Union européenne.

Nous avons coutume de commencer nos entretiens par des questions sur le milieu d’origine, sur l’environnement de jeunesse. L’un comme l’autre peuvent-ils expliquer le choix de la carrière militaire ?

Oui, bien sûr, dans mon cas c’est très clair.

Pourtant vous n’êtes pas d’une famille de militaires.

Mon père était un des rares à ne pas être militaire, il était professeur d’hématologie, pédiatre, et totalement engagé dans le monde médical, mais mon grand-père paternel était officier. C’est d’ailleurs un cas intéressant parce qu’il avait fait la guerre de 1914-1918 – il est mort peu de temps après 1918 – mais en était sorti totalement pacifiste : je ne l’ai pas connu. Mais mon père avait deux frères dans l’armée qui, quand j’étais enfant, ont servi successivement en Indochine puis en Algérie. Ma mère avait aussi un frère officier. Il y avait donc beaucoup de militaires dans la famille, et puis je crois que ce choix ne déplaisait pas non plus à mon père. Très jeune, j’ai été nourri de nombreux livres d’aventures et je disais partout que je serais un jour militaire. Le seul moment où j’ai hésité, pour être tout à fait honnête, c’est en terminale quand j’ai vu le choix s’ouvrir, et je regrettais un peu ce à quoi il fallait renoncer. Plusieurs de mes condisciples au lycée partaient à Sciences Po, et j’ai eu la chance d’avoir un rattrapage quelques années plus tard !

Vous le voyez, mon milieu d’origine a été très favorable à l’éclosion de cette vocation.

Entrer dans l’armée au milieu des années 1960, dans un contexte peu porteur alors que les guerres coloniales sont terminées, que l’armée et son attitude sont sujettes à débats, et puis choisir l’arme dans laquelle vous entrez, tout ceci demande peut-être explication.

Je suis entré à Saint-Cyr en 1965, donc en classes préparatoires en 1963 : c’était la fin de la guerre d’Algérie, mais personne ne se rendait vraiment compte que tout cela était fini. En fait, ces guerres coloniales qui aujourd’hui sont vilipendées partout, souvent à juste titre mais pas toujours, sont perçues et disséquées avec un anachronisme total, notamment par rapport à l’opinion publique de l’époque ; pour nous, ces conflits parlaient surtout d’aventure et, en 1963, on ne pensait pas que c’était fini, pas du tout… Je ne m’attendais absolument pas, en entrant à Saint-Cyr, à rejoindre une armée plutôt pauvre, à cause de la dissuasion nucléaire qui dévorait les budgets, très meurtrie par les affaires d’Algérie et la reprise en mains du général de Gaulle et de son ministre Pierre Messmer. Beaucoup de choses étaient difficiles à vivre, à commencer par Coëtquidan dont je ne garde pas un très bon souvenir : on nous préparait encore à la guerre comme si le départ était imminent. Il y avait un décalage par rapport à la réalité auquel on ne pouvait pas ne pas être sensible, enfin en tout cas je l’étais. Je trouvais que la discipline y était très formelle et mal comprise, les activités souvent inintéressantes et médiocres, donc je garde un mauvais souvenir de ces débuts...

Une armée en crise aussi, Raoul Girardet avait écrit dans ces années sur le malaise de l’armée…

Oui, une armée en crise qui vivait mal ses défaites − parce qu’après tout l’Indochine et l’Algérie étaient des défaites même si elles étaient autant politiques que militaires −, et qui supportait mal la réorientation vers le centre Europe à laquelle elle n’était pas très bien préparée et pour laquelle elle était assez mal équipée. Je me souviens de mon premier régiment en Allemagne, quand on manœuvrait dans le Jura Souabe, on se sentait ridicule par rapport à l’armée allemande, beaucoup plus riche que la nôtre.

C’est un paradoxe !

Ce n’était pas tous les jours ni très agréable, ni très facile mais, à la sortie de Saint-Cyr, j’avais fait le choix des troupes de marine et donc j’ai eu la chance de voir ma vie réorientée vers l’Afrique. Je ne l’ai jamais regretté.

L’historien aujourd’hui aime bien penser en concept générationnel : vous appartenez à la génération dite des soixante-huitards. En 1968 vous sortez de Saint-Cyr, après y être entré en 1965, et vous êtes à Saumur. N’y a-t-il pas un décalage pour vous par rapport à tout ce qui se passe en 1968 ?

Vous savez, c’est amusant, parce que si j’avais été à la fac à ce moment-là, j’aurais été parmi les gens qui brandissaient des drapeaux rouges ! Je me suis trouvé de l’autre côté, presque par hasard, mais notre génération vivait très fortement un engagement permanent, politique, social et culturel… Ce que proclamait Sartre à l’époque était fortement ressenti dans toute la jeunesse. Pour ma part, j’étais plutôt engagé à droite, c’est vrai, mais j’ai quand même participé à un monôme gigantesque à Bordeaux quand j’ai passé mon deuxième bac, qui s’est terminé en affrontements violents avec la police. C’était vraiment une époque où on avait envie de faire quelque chose, ça bougeait de tous les côtés. Quand j’étais à Saumur en 1968, nous avons reçu l’ordre de préparer nos chars pour aller éventuellement garder les centrales électriques. Notre génération était en ébullition un peu permanente, disponible... Vous savez, la majorité de mes camarades de promotion étaient anti-gaullistes quand ils sont entrés à Saint-Cyr mais, en sortant, ils étaient tous devenus gaullistes… À la limite, ces choix n’étaient pas très importants, l’essentiel était de faire des choix. Il n’y avait pas d’indifférence, contrairement à aujourd’hui ; tout portait à l’engagement, l’Algérie en particulier bien évidemment pour laquelle on se battait dans les cours de récréation. C’était en tout cas une période où presque personne ne restait indifférent et isolé, c’était très collectif. C’est l’époque où Pérec écrivait Les Choses. C’était très communautaire.

Quand vous dîtes que vos camarades étaient anti-gaullistes quand ils sont rentrés à Saint-Cyr, est-ce que cela veut dire que leur entrée dans l’armée était liée, par réaction, aux conséquences de l’Algérie ?

Non, c’était plutôt dans la suite de ce qui avait précédé. Mes oncles étaient, pour la plupart – pas tous d’ailleurs –, restés meurtris par l’affaire algérienne. Ils n’avaient participé à aucun putsch, mais ils me racontaient de temps en temps leurs états d’âme parce qu’ils avaient l’impression d’avoir pratiquement gagné leur guerre mais que le Président avait choisi une autre voie.

Donc on entrait dans l’armée avec ce sentiment de frustration, et il était un peu entretenu… C’était quand même assez extraordinaire : j’ai vu de Gaulle à plusieurs reprises, quand il venait à l’École ou quand on participait à des cérémonies nationales, et chaque fois on nous faisait prendre des précautions extraordinaires, on retirait les baïonnettes de nos fusils, on retirait les percuteurs de nos fusils… Ils avaient une trouille permanente ! Cela nous entretenait dans une espèce de monde fantasmagorique où les Saint-Cyriens auraient voulu à leur tour attenter à la vie du chef de l’État…

Et puis il y a eu Mai 68 à l’époque où nous étions en école d’application et, à partir de là, il y a eu un ralliement quasi général de tous mes camarades au général de Gaulle, parce qu’encore une fois c’était une l’époque où on choisissait son camp, et nous avions choisi le camp de l’ordre.

Quand passez-vous par la rue Saint-Guillaume et faites une licence d’histoire ?

C’est beaucoup plus tard ! J’ai commencé par quelques années dans des régiments.

Revenons donc au choix de l’arme, les troupes de marine.

À Coëtquidan, pendant deux ans, j’avais ressenti que, si je devais passer toute ma vie dans la glaise des camps et la tristesse sonore des casernes, ce serait probablement un peu difficile… D’ailleurs je n’étais pas sûr de rester dans l’armée à ce moment-là, et je me suis dit que ma seule possibilité de vivre autre chose c’était de passer une partie de ma carrière, de ma vie, en Afrique, ce qu’offraient les troupes de Marine.

Dans son alternance de responsabilités opérationnelles, stratégiques, politico-militaires, votre parcours militaire résulte-t-il d’un choix que vous aviez mûri, que vous avez fait à plusieurs occasions, ou cela relève-t-il de nominations de circonstance ?

Le système n’est pas mal fait – il ne fonctionne pas toujours parfaitement, il y a eu des chefs médiocres –, il n’est pas mal fait parce qu’il s’efforce de préparer les officiers sélectionnés à partir de l’École de guerre pour qu’ils évoluent et se bonifient à travers des responsabilités et des affectations très variées.

En réalité, je n’ai jamais vécu dans la perspective de diriger un jour nos armées, ça ne m’est jamais venu à l’idée. J’ai toujours vécu dans le présent et en me projetant dans l’affectation suivante mais jamais au-delà. Quand j’étais lieutenant, ou quand j’étais à Coëtquidan, j’avais des copains qui rêvaient d’être un jour généraux, ça ne m’intéressait pas ! Moi, le métier que j’avais choisi, c’était celui de lieutenant et de capitaine, de jeune officier de terrain, ce n’était pas autre chose… D’ailleurs j’ai eu envie plusieurs fois de changer, de partir, mais il se trouve qu’à chaque fois on m’a proposé quelque chose qui m’intéressait dans le système militaire, donc j’ai raccroché et je suis resté !

Quant à l’alternance de responsabilités, ce dont je suis certain, c’est que le premier poste qu’on m’a proposé et qui m’a ouvert sur autre chose que l’entraînement et la préparation des opérations a été le SIRPA, le Service d'information et de relations publiques des armées, où je me suis retrouvé comme capitaine à 33 ans, officier chargé des relations avec la presse. Mon univers a basculé un peu parce que j’ai fait un autre métier, un métier de communication. Je me suis beaucoup amusé pendant ces deux années, c’est pour cela du reste que j’ai demandé ensuite à faire ce qu’on appelait chez nous un brevet technique, c’est-à-dire Sciences Po et une licence d’histoire avant de rejoindre l’École de guerre.

L’histoire est l’une de vos passions ?

J’aimais beaucoup l’histoire, au lycée déjà. Quand je suis entré à Saint-Cyr, il y avait une option histoire et géographie que j’avais choisie. Quand il a fallu reprendre des études puisque l’année m’offrait deux années sabbatiques, j’ai bien sûr parlé de licence d’histoire et puis de Sciences Po : j’en avais envie depuis très longtemps, et mes deux frères avaient fait Sciences Po !

Vous y avez côtoyé des professeurs qui vous ont marqué particulièrement ?

À Sciences Po, Alain Lancelot, Alain Duhamel, Alfred Grosser. J’ai eu des professeurs avec qui j’ai longtemps gardé des contacts, comme Olivier Duhamel qui était un maître de conférences avec qui j’ai beaucoup accroché : quand j’étais chef d’état-major, nous déjeunions ensemble régulièrement...

Et, en histoire, il n’y a pas eu de personnalité marquante ?

Hélène Ahrweiler, en histoire byzantine, était brillante. Mon professeur d’histoire moderne, Daniel Roche, était une personnalité assez étonnante ; il a ensuite fait faire sa maîtrise d’histoire à ma fille. J’ai eu Maurice Vaïsse comme maître de conférences en histoire contemporaine.

Être étudiant à Sciences Po, ou en licence, quand on a suivi un tout autre parcours, que l’on n’a pas le même âge que les autres, comment le vit-on ? Nous avons lu des témoignages d’anciens condisciples, alors jeunes étudiants, qui disaient avoir apprécié votre manière d’assumer ce que vous étiez, plus âgé, les cheveux courts…

Nous étions, je crois, quatre officiers, sélectionnés selon la procédure d’admission normale, d’ailleurs sans complaisance puisque deux autres camarades n’ont pas été pris. À l’entretien oral, j’ai eu comme question : « L’engagement est-il une valeur de notre temps ? ». J’en ai reparlé avec celui qui me l’avait posée, longtemps après. C’était très amusant. J’avais l’impression de revenir quinze ans en arrière au milieu des débats entre Sartre, Camus et quelques autres. Quelle impression avions-nous ? C’était extrêmement sympathique ; il faut être franc, ces études-là on en profite bien davantage quand on est un peu plus vieux et qu’on a un peu vécu.

En tant qu’anciennes maîtres de conférence à Sciences Po, nous nous sommes retrouvées à enseigner à des militaires, dans nos groupes, qui en général étaient un complément fort appréciable, mais nous n’avons pas idée de leur point de vue.

Si, c’était fantastique ! Les relations avec les étudiants étaient simples. Évidemment nous étions beaucoup plus vieux, la plupart du temps déjà chargés de famille, donc on n’avait pas la même vie, mais les relations dans les conférences ne posaient aucun problème : je n’ai jamais ressenti la moindre gêne ou hostilité de la part des autres étudiants.

À la fin, vous n’avez pas eu la tentation de prendre une toute autre voie ?

Si, bien sûr !

Quelle section aviez-vous choisie à Sciences Po ?

Je n’avais pas eu le choix. Je m’étais présenté très tard, au retour d’une mission au Tchad, et je m’étais inscrit parmi les derniers. On m’avait donc imposé la section Politique, économique et sociale (PES) et je ne l’ai pas regretté. Évidemment j’aurais demandé Service Public comme les copains parce que c’était plus prestigieux, mais la section PES était plus variée et les cours étaient passionnants. J’avais une maître de conférence très brillante sur les questions de communication en dernière année et, au moment où je partais, elle m’a proposé un poste à la SOFIRAD [1]  : c’était tentant, d’autant plus que je venais de passer deux ans au SIRPA [2] , c’était très tentant ! J’ai hésité et puis je suis resté dans l’armée.

Vous n’avez pas cédé à la tentation…

Non… Comme j’avais été lauréat, j’avais reçu aussi des propositions spontanées d’un certain nombre d’entreprises ou d’administrations qui étaient tentantes, en particulier sur le plan financier, et pour changer de vie, mais je n’avais pas épuisé encore mon goût pour la chose militaire, et donc je suis resté.

Au sortir de Sciences Po, vous reprenez votre carrière militaire.

Je suis allé à l’École de guerre, parce qu’il fallait se former à des postes ultérieurs et maîtriser la manœuvre des grandes unités. J’aurais pu, à la sortie, démissionner pour une carrière civile mais on m’a proposé de rejoindre un régiment dont je rêvais depuis toujours, et que j’ai fini par commander d’ailleurs... Quand j’ai quitté le commandement de ce régiment à Vannes, le préfet du Morbihan, que j’aimais bien, m’a dit : « Maintenant, partez, vous avez fait tout ce pour quoi vous avez choisi ce métier, partez, c’est le moment. » Mais alors que je cherchais autour de moi pour voir ce que je pourrais faire d’autre, on m’a envoyé à Washington. Je ne pouvais pas refuser, c’était trop excitant de partir là-bas !

Nous sommes en 1990, et vous êtes nommé attaché de défense adjoint à l’ambassade de France à Washington. Vous y êtes pendant la guerre du Golfe. En quoi consiste cette fonction d’attaché de défense adjoint ? C’est le volet diplomatique qui prime, ou le volet militaire ? Quelles sont alors vos attributions ?

Il y a beaucoup d’ambiguïtés.

La partie la plus « claire » pour tout le monde, quand on est attaché militaire, c’est la mission de renseignement : on doit renseigner le ministre et le chef d’état-major des armées, ce sont les deux « clients » principaux des attachés de défense, sur ce qui se passe dans la sphère militaire du pays d’affectation, anticiper les choix qui seront faits, etc. Je l’ai vécu pleinement pendant la guerre du Golfe. C’est un métier qui est amusant quand il est nouveau, ce qui était le cas pour moi.

Et puis il y a un autre métier qui est effectivement à la limite de la diplomatie, et qui m’a été fort utile après, qui consiste à analyser, à travers les aspects militaires, les choix de politique étrangère qui sont faits. On ne peut pas l’éviter parce que le diplomatique et le militaire sont totalement imbriqués, au point d’ailleurs qu’il y avait un diplomate à Washington, Henry Zipper de Fabiani, qui avait pour seule mission les questions politico-militaires.

J’ai découvert là-bas la complexité des relations entre le ministère de la Défense et le ministère des Affaires étrangères, la pression qu’exerçait notre ambassadeur – remarquable du reste – Jacques Andréani, sur l’ensemble de ses collaborateurs, en particulier militaires, pour être informé de tout ce qu’y se passait, et la résistance des attachés de défense qui voulaient réserver une partie de leurs informations au ministre de la Défense et au chef d’état-major, à la fois pour des questions de confidentialité et dans la perspective de négociations ultérieures entre les deux ministères. De fait, il y avait une sorte de compétition qui s’exerçait, une compétition amicale à Washington, et aussi beaucoup de coopération, entre le poste militaire et les diplomates, surtout celui en charge du politico-militaire. L’ambassadeur Jacques Andréani, qui était très rigoureux, avait décidé que son diplomate politico-militaire aurait accès au Pentagone alors que nous, les militaires, nous n’avions accès ni à la Maison Blanche ni au département d’État ; c’était donc un peu déséquilibré et cela m’a bien préparé pour la suite… Évidemment ça ne se passait pas tout à fait comme cela parce que le chef de l’état-major particulier du président Mitterrand était l’amiral Lanxade [3] , que Lanxade avait une relation très privilégiée avec François Mitterrand, que c’était Lanxade qu’il envoyait à Washington pour régler les questions tournant précisément autour de cette affaire du Golfe, et que j’accompagnais Lanxade dans ses tournées à la Maison Blanche et ailleurs.

Là-bas, j’ai effectivement découvert la complexité de ces jeux, j’ai découvert qu’on pouvait utiliser de nombreux canaux de transmission qui fonctionnaient de manière plus ou moins réactive dans l’ensemble politique français, et puis j’ai découvert des gens qui travaillaient avec des carnets d’adresses, ce qui n’a jamais été vraiment mon affaire.

Vous avez découvert des réseaux dont vous vous êtes peut-être servis une fois à Bruxelles ?

Pas beaucoup, je n’aime pas beaucoup ça. Honnêtement, je n’ai jamais eu de carnet d’adresses. Mais quand on est entré dans ce système, dans cette sphère, ce qu’on apprend des diplomates c’est l’impératif d’être ouvert à tout nouveau contact français ou étranger de manière, le moment venu, à avoir l’information et, si possible, à influencer un tant soit peu les décisions qui seront prises à Paris. Donc, même sans avoir de carnet d’adresses, savoir que les gens vous connaissent, ont confiance et, que le moment venu, ils vous diront s’il se passe quelque chose et que vous pourrez éventuellement passer un coup de fil ou aller voir quelqu’un pour dire vos souhaits, vos inquiétudes, vos interrogations. C’est comme cela que ça marche.

Vous tissez des liens en quelque sorte, plus que des réseaux.

Pour moi, oui, c’était plutôt créer des liens. Enfin, je le vivais comme cela, parce qu’on est très affectif dans le milieu militaire, certainement plus que dans le milieu diplomatique...

Vos interlocuteurs à Paris dans cette fonction étaient donc essentiellement le ministère de la Défense ?

En théorie, oui. La réalité des choses, évidemment, était autre. Comme Lanxade avait la réalité du pouvoir militaire – plus que le général Schmitt, qui était le chef d’état-major des armées [4] , pour des tas de raisons – l’urgence nous poussait à envoyer l’essentiel de notre production très « sensible » à Lanxade, en adressant, le plus souvent, une copie à l’état-major des armées. Cette information sensible nous venait du Pentagone auquel le général Powell donnait beaucoup de poids ; je dis « nous » parce que je travaillais très étroitement avec l’attaché de défense, le général Mathieu, qui avait des contacts particuliers avec des responsables d’un bon niveau.

Combien de temps restez-vous à Washington ?

Deux ans, je devais rester trois ans, ma famille était du reste très déçue que je reparte au bout de deux ans ! Mais on m’a proposé de faire le CHEM [5] et l’IHEDN [6] , et on m’a dit que je ne pourrais plus le refaire après, or c’était là aussi une forme d’ouverture : l’IHEDN est, par construction, civilo-militaire, ce qui permet une approche différente des problématiques de défense ; et le CHEM a pour but une exploration profonde de l’ensemble du fonctionnement du système militaire.

Donc vous rentrez pour l’IHEDN…

À la sortie du CHEM et de l’IHEDN, on m’a proposé de remplacer le général Huchon à l’état-major particulier du président Mitterrand. J’avais servi sous les ordres du général Huchon avant qu’il ne devienne l’adjoint du chef de l’état-major particulier de François Mitterrand, le général Quesnot [7] . J’ai accepté bien sûr. Il y avait des militaires autour de moi, relevant de la droite traditionnelle, qui me disaient : « Tu ne peux pas aller chez François Mitterrand ! »

C’est la question qu’on allait vous poser…

Autant, jeune, j’ai été très engagé, autant, plus âgé, je me sentais libre et peu partisan. Quand j’étais au SIRPA, je travaillais en priorité avec la presse de gauche parce que cela embêtait certains alors que cela ne me gênait pas du tout, fondamentalement. Alors, partir chez François Mitterrand ? Je me suis dit qu’il valait quand même mieux travailler directement pour le chef des armées que de subir ses directives et ses ordres en bas sans rien pouvoir dire ou faire : je contribuerais à essayer d’éclairer sinon d’influencer ses choix. Je n’ai pas regretté parce que ces deux années avec François Mitterrand – les deux dernières années de son second septennat – ont été une découverte extraordinaire et j’ai beaucoup appris.

L’état-major particulier (EMP), c’est une tout petite structure, puisqu’il y a un chef – un général ou un amiral de haut rang – avec un adjoint par armée, terre, air, mer, plus un commissaire qui s’occupe des affaires administratives. Cela signifie que l’EMP ne peut en aucun cas être un état-major de conception, il n’y a pas la ressource. Toute la conception, tout le travail d’étude, de recherche, de proposition, est fait à l’état-major des armées et vient du chef d’état-major des armées. Mais il faut que je fasse attention à ce que je dis, parce que bien des propositions qui émanent du ministère de la Défense sont revues, contrôlées, corrigées par le ministre (sauf dans le domaine strictement opérationnel qui est la responsabilité propre du chef d’état-major des armées vis-à-vis du président de la République…).

L’état-major particulier, une toute petite boutique, donc, dont le rôle est double. Je passe très vite sur le premier rôle, dans la chaîne de dissuasion nucléaire. C’est un rôle qui est plus que technique en réalité, comme je l’ai découvert. Il y a effectivement la responsabilité de la mise en œuvre, c’est-à-dire le code – en fait, l’ordre de mise en œuvre de la force nucléaire reçu du Président doit être mis en musique par le chef de l’état-major particulier.

Ce rôle technique a très vite été élargi parce que le chef de l’état-major particulier a été chargé de diffuser la perception et la pensée du chef des armées, l’unique responsable de la dissuasion nucléaire, le président de la République, et de veiller à ce que toute interprétation du concept de dissuasion et toute modification apportée aux moyens de la dissuasion nucléaire soient conformes aux souhaits et à la volonté du chef de l’État. Donc le chef de l’état-major particulier est très impliqué dans toutes les questions doctrinales et dans toutes les questions de définition précise des moyens. C’est la première mission.

La deuxième mission, c’est une mission de conseil direct du chef de l’État en matière militaire, de retransmission des ordres, des directives et des comptes rendus. Cela marche de manière formidable quand le chef de l’état-major particulier et le chef de l’état-major des armés s’entendent bien ; autrement la machine se grippe un peu… J’ai connu les deux situations.

Avec un déséquilibre, vous aviez l’air de dire, entre l’une et l’autre structure.

Oui, les structures ne sont pas du tout comparables. C’est très dommageable quand le chef de l’état-major particulier ne s’entend pas avec le chef de l’état-major des armées et que le premier cherche à faire valoir ses propres vues alors qu’il n’a pas les moyens de conception nécessaires, indépendamment de ce que propose le chef d’état-major des armées. Heureusement, François Mitterrand a imaginé une procédure indispensable pour aborder sereinement les différends dans la gestion des crises militaires. Il avait vécu une première cohabitation difficile avec Jacques Chirac, et il a décidé en mai 1993, au moment où j’arrivais à l’état-major particulier, de créer des conseils restreints qui permettraient le suivi et les décisions dans toutes les opérations militaires en cours ou possibles, des conseils restreints qui comprenaient le président de la République, le Premier ministre, les ministres des Affaires étrangères, de la Défense et, à l’occasion, le ministre de la Coopération ou le ministre de l’Intérieur – mais pas le ministre des Finances contrairement au conseil de défense dans lequel il est toujours présent. Cette équipe, plus les principaux chefs militaires, c’est-à-dire le chef d’état-major des armées, le chef d’état-major particulier, et puis un ou deux collaborateurs des ministres, se réunissait systématiquement tous les mercredis après le conseil des ministres. Là, on balayait tous les sujets relatifs aux opérations en cours ou potentielles, et c’est l’état-major particulier qui assurait le verbatim de ces conseils restreints. Curiosité – comme tout le monde le sait, François Mitterrand a toujours aimé une certaine ambiguïté –, il n’y avait pas de relevé des décisions. Il y avait donc une marge d’interprétation possible, contrairement à ce qui se passe en conseil de défense où le relevé de décisions est précis et signé par le Président.

Donc, parmi les fonctions de l’état-major particulier, il y avait précisément les verbatim des conseils restreints : j’ai été le rédacteur de ces verbatim pendant ces deux années avec François Mitterrand, puis ensuite avec Jacques Chirac. J’ai connu surtout beaucoup de crises africaines et balkaniques.

Vous devenez en 1999 le chef d’état-major particulier de Jacques Chirac pour lequel vous éprouvez de la sympathie, vous allez nous le dire. Vous avez pu comparer Jacques Chirac à François Mitterrand, que ressortirait-il de cette comparaison ?

Il est difficile de répondre en quelques mots : je crois que tout a été dit là-dessus, je ne peux pas être très original dans ce domaine, sauf à être précisément trop affectif.

Les points communs sont évidents pour tout le monde. D’abord il y avait, chez l’un comme chez l’autre, un souci fondamental, évident, du rôle de la France dans le monde, de sa capacité d’influence. Avec François Mitterrand, il était parfois un peu difficile de démêler ce qui relevait de son souci d’être un grand acteur de l’histoire mondiale ou de la seule prise en compte des intérêts nationaux. Chez Chirac, c’était une espèce de patriotisme viscéral… mais le patriotisme était très présent chez François Mitterrand aussi. En cela, ces hommes n’étaient pas tout à fait de leur temps, parce qu’aujourd’hui c’est une conviction difficile à afficher. Ils avaient donc cela en commun tous les deux, très fortement, et je l’ai vécu avec l’un comme avec l’autre ; leur première réaction, quand il se passait quelque chose, c’était : « Qu’est-ce que la France peut faire pour accroître son poids, non seulement sur le cours des événements mais aussi dans la communauté internationale ? » Ils avaient l’un et l’autre un très grand intérêt pour l’Europe : passionnel et réfléchi chez François Mitterrand, mûri depuis longtemps, et chez Jacques Chirac, un amour de raison, mais un engagement réel.

Il y avait, chez l’un comme chez l’autre, une grande expérience politique qui les portait à une attitude faite de scepticisme et de recherche de consensus, à la mode radical-socialiste – après tout Chirac avait été le disciple de Queuille.

Pour le reste, des styles totalement différents. Un style de monarque grand siècle chez François Mitterrand : je crois que ce n’était pas vrai du tout en 1981 mais, les deux dernières années, c’était manifeste et avait été aggravé par la maladie ; c’était un personnage hiératique, il était extrêmement impressionnant. Il avait une maîtrise de la langue française exceptionnelle, qui faisait mon admiration ; on lui préparait des discours, il ne les prononçait jamais, sauf à la fin quand il était affreusement malade. Ce fut pour nous le signe le plus tangible de sa faiblesse : fin 1994, il a commencé à lire les discours alors qu’auparavant je ne l’avais jamais vu le faire… et encore il les posait au bout de deux minutes. Il y avait donc ce côté hiératique qui impressionnait énormément tous ses collaborateurs. Il suscitait autour de lui une cour, indiscutable, qui était faite à la fois de vénération et de crainte. C’est cet aspect que je n’ai pas retrouvé chez Jacques Chirac : il n’y avait pas de crainte chez les collaborateurs de Chirac ; il y avait des jeux de cour, ils sont inévitables à ce niveau du pouvoir, mais il n’y avait pas de crainte parce que le personnage était tellement chaleureux et facile d’abord – même si personne ne s’y se trompait. On n’arrive pas à ces postes-là sans s’être endurci et sans être capable de prendre des décisions radicales, de se séparer, par exemple, de ses collaborateurs les plus proches du jour au lendemain… Chez l’un comme chez l’autre, l’expérience avait endurci l’homme, mais ils se comportaient différemment, n’avaient pas la même manière d’être. Les conseils restreints avec François Mitterrand étaient des ballets très organisés, agrémentés de temps à autre de mots d’humour très cruels du roi qu’il adressait à ceux qu’il n’aimait pas ou à ceux qui parlaient trop vite. Avec Jacques Chirac, c’était beaucoup plus direct et chaleureux, sauf en période de cohabitation ; j’ai vécu cela pendant plusieurs années, de 1999 à 2002, avec Lionel Jospin, et dans ce cas forcément le ballet reprenait un peu sa place.

Vous évoquez là les rapports de manière globale. Dans la relation de chaque Président avec son chef d’état-major particulier, y avait-il aussi des différences ?

Énormes. Je crois beaucoup, personnellement, au poids des hommes et des personnalités dans le cours de l’histoire. François Mitterrand a eu des relations très privilégiées avec certains des chefs de son état-major particulier, et avec les autres des relations presque nulles. Parmi ceux qu’il a beaucoup aimés, il y eu Lanxade à l’évidence, mais il y a eu aussi Saulnier [8] . Il a eu quelques chefs d’état-major très proches avec qui il travaillait en toute confiance, et d’autres qu’il a quasiment ignorés.

La machine fonctionnait beaucoup moins bien quand il les ignorait, parce que les directives du Président ne parvenaient plus normalement aux armées, le canal militaire étant neutralisé. C’était certainement le fait de la maladie, avec l’âge et la lassitude, mais c’était aussi une manière de diriger : j’étais frappé par le fait que François Mitterrand voyait très peu ses collaborateurs, même le secrétaire général, Hubert Védrine, qui était très aimé et très apprécié et dont je tiens à dire qu’il a été un grand ministre par la suite. Hubert Védrine, sur la fin, ne voyait pas très régulièrement et très facilement François Mitterrand alors que, quand je voulais voir le Président Chirac, il me recevait immédiatement. Tous les matins, en période de crise sur un théâtre d’opérations, je l’attendais devant son bureau et nous passions ensemble une demi-heure pour faire le point. Quant aux relations personnelles que j’ai eues avec Jacques Chirac, il est vrai qu’à partir du moment où il m’a donné sa confiance – et ça n’a pas été immédiat, il a fallu plus de six mois –, je me suis beaucoup attaché à lui parce que l’homme attire énormément ce genre de relation. Je lui ai été très attaché, je le suis encore, et je crois qu’il me faisait réellement confiance : quand j’étais chef d’état-major des armées, il ne m’a jamais dit non et moi, de mon coté, j’avais totalement confiance dans son jugement. Il comprenait parfaitement les enjeux et il savait décider vite quand l’urgence l’imposait. C’était très précieux. François Mitterrand n’aimait pas les décisions tranchées et ne s’y résolvait qu’en dernier recours.

Vous l’avez quitté à regret ?

Oui, à regret et, en même temps, je suis heureux de l’avoir fait. J’ai quitté le poste à regret, je le lui ai dit d’ailleurs au moment de partir. Lui-même m’a confié : « J’ai un peu de peine à vous voir partir », or il est très pudique malgré les apparences… Mais les vraies responsabilités ne sont pas là, ce ne sont pas des jeux de pouvoir : être le chef des hommes, être celui qui définit les missions et les moyens, celui qui se bat pour les budgets présents et à venir, celui qui négocie avec les chefs d’état-major étrangers, être surtout celui qui est responsable de la vie et de la mort de ses subordonnés et des autres… Cela a une autre ampleur et une autre importance que les jeux de pouvoir.

Une fois chef d’état-major des armées, vous voyez toujours le Président Chirac ?

Uniquement à l’occasion des conseils restreints ou des vœux, mais je ne voulais pas le voir autrement. Je sais que, si je l’avais voulu, il aurait continué à avoir des relations directes avec moi, mais j’ai toujours été, peut-être par caractère, extrêmement respectueux du fonctionnement des institutions. Les institutions prévoient que ce soit le chef de l’état-major particulier qui joue ce rôle, et donc je n’ai pas cherché à maintenir cette relation directe, d’autant que j’avais avec mon successeur, le général Georgelin, une relation de confiance absolue.

Peut-être pourrions-nous essayer de décortiquer la manière dont cela fonctionne dans certaines crises ou lors de certaines décisions. Par exemple la professionnalisation de l’armée…

En 1995. Je l’ai vécue directement, comme adjoint de l’état-major particulier et secrétaire du conseil de défense. Elle est remarquablement décrite par Bastien Irondelle, vous connaissez son mémoire de thèse [9] , j’ai eu des discussions très longues avec lui.

Ça n’a pas été une décision arbitraire de Jacques Chirac. Je savais déjà, quand j’étais chez François Mitterrand à l’état-major particulier, pour avoir lu un certain nombre d’articles, que Chirac était clairement tenté par l’armée professionnelle. J’avais essayé d’alerter à ce sujet les chefs d’état-major à plusieurs reprises, mais sans avoir beaucoup d’écoute : ils n’y croyaient pas. Tous les chefs militaires en place y étaient opposés – Lanxade, Monchal [10] ... Mais la première décision de Chirac n’a pas été la suppression du service militaire, mais la reprise des essais nucléaires et la refonte de notre dissuasion, une révolution d’ailleurs, un des grands chantiers du septennat…

En ce qui concerne le service national, le Président Chirac avait changé de chef d’état-major particulier après quelques mois. Il avait appelé l’amiral Delaunay [11] , tout à fait convaincu – comme moi – que Chirac avait raison, qu’on ne pouvait plus continuer avec une armée d’appelés pour des missions telles que la Bosnie ou la guerre du Golfe, que de toute manière les armées avaient de moins en moins besoin d’effectifs aussi importants, que le service militaire devenait de plus en plus injuste, et donc qu’il fallait passer à autre chose. J’étais d’autant plus convaincu que j’avais commandé un régiment d’engagés et que je savais ce que ça pouvait apporter. Nous en avons parlé très vite avec Chirac, qui n’a pas dit d’entrée de jeu : « On va passer à l’armée professionnelle. » Il a dit : « Je veux que vous m’organisiez une série de conseils de défense pour qu’on fasse le point à la fois sur les questions nucléaires et sur la réforme des armées. » On sait qu’Édouard Balladur avait fait rédiger un livre blanc qui était sorti en 1994 [12] , remarquable dans l’analyse géostratégique mais assez faible dans la partie propositions – comme c’est souvent le cas, parce qu’il est très difficile de déduire d’une analyse géostratégique les moyens qu’il faut pour que la France remplisse un rôle en matière de défense – et qui proposait d’en rester à une armée mixte, c’est-à-dire avec une composante d’engagés mais l’essentiel reposant encore sur les appelés. Chirac n’en était pas satisfait et voulait remettre la question sur la table.

Entre 1995 et 1996, pour traiter des questions nucléaires et de la nouvelle structure des armées, il y a eu six conseils de défense, et l’affaire a été conduite sur presque un an, ce qui veut dire qu’elle a été réellement débattue de manière approfondie. Concernant la réforme des structures, au premier conseil de défense, les chefs militaires ont proposé rigoureusement ce qu’il y avait dans le livre blanc. Chirac les a écoutés et leur a dit : « Je ne suis pas satisfait par ce que vous me proposez, je vous demande de revoir votre copie, il faut certainement mettre un accent accru sur la professionnalisation des armées parce que la guerre du Golfe, les problèmes qu’on a en Bosnie aujourd’hui, montrent qu’il faut résolument aller plus loin. »

Il y a eu trois conseils de défense : à chaque fois, Chirac retoquait les propositions qui lui étaient faites et donnait de nouvelles directives. Tout a été étudié. L’obsession des chefs militaires était de maintenir le lien armée-nation, « la nation en armes », le vieux rêve de la Révolution, et donc ils ont tout proposé en matière de service militaire résiduel, un service militaire de cinq mois, d’un mois… Il y avait, dans le monde politique, un homme qui s’opposait très violemment à la professionnalisation, c’était Philippe Séguin, très inquiet. C’était lui qui était finalement le plus gênant pour Chirac, mais le Président a tenu bon. Il ne faut pas s’y tromper, ce choix a été très mal vécu dans les armées par les chefs militaires, par les officiers anciens jusqu’au niveau des colonels compris ; en dessous, en revanche, chez les jeunes, il y a eu une adhésion assez immédiate.

Cette décision vraiment politique a malgré tout nécessité une année de discussions...

Oui, une décision totalement politique et, pour le coup, réellement imposée par le responsable politique aux armées, contre l’avis des chefs militaires.

Ce n’est pas si fréquent mais, vous savez, quand François Mitterrand n’avait pas envie de s’ennuyer dans des discussions compliquées en conseils de défense avec des chefs militaires hostiles, il prenait ses décisions en dehors de tout contexte : l’arrêt des essais nucléaires, qui a surpris et catastrophé l’amiral Lanxade, la réduction du service militaire à dix mois alors que les chefs estimaient qu’un an était le minimum absolu, ces décisions ont été annoncées sans aucune discussion avec les chefs militaires, ni même avec le ministre concerné. Mais c’est François Mitterrand qui, à l’inverse, a inventé les conseils restreints au cours desquels tous les dossiers étaient mis à plat. Mais il est vrai que c’était la cohabitation avec Balladur, il y était donc un peu obligé.

En tant que chef d’état-major des armées, quel était votre rapport avec le pouvoir politique, avec le ministre ? Comment cela fonctionne-t-il ?

Le fait que j’arrivais de chez le Président Chirac simplifiait tout, c’est-à-dire que tout le monde savait que j’avais sa confiance totale, que s’il s’agissait de l’engagement de nos forces en opérations, il me donnerait raison ou à peu près. Il m’est arrivé d’avoir des contacts directs avec Dominique de Villepin, aux Affaires étrangères, et j’en avais régulièrement avec ses principaux collaborateurs. J’ai eu une très bonne relation avec Michèle Alliot-Marie. Bien sûr, elle était tentée, comme tous les ministres de la Défense, de s’impliquer dans la conduite des opérations, ce qui, pour le chef d’état-major des armées, n’était pas envisageable : je relevais directement dans ce domaine du chef des armées, on ne peut pas multiplier les intervenants. Lorsqu’elle était tentée de me donner une directive opérationnelle, Chirac le lui signalait gentiment et l’affaire s’arrêtait là. Ceci étant, c’était un ministre qui était très aimée dans les armées, on savait qu’elle croyait à ce qu’elle faisait et elle se battait pour son budget. Avec les chefs, elle pouvait être assez raide…

Rigide, mais très appréciée dans le milieu militaire….

Elle était extrêmement gentille et chaleureuse avec les soldats, surtout les simples soldats qui l’aimaient beaucoup ; quand elle allait sur un théâtre d’opérations quelque part, elle était fêtée.

J’estimais que les réformes d’organisation du ministère étaient de son ressort et pas du mien, sauf dans un domaine dont j’avais parlé au Président avant d’entrer en fonction : je tenais à ce que le chef d’état-major des armées devienne l’interlocuteur principal du ministre et ait autorité en permanence sur les chefs d’état-major de chacune des armées. C’est un problème qui se pose en permanence dans toutes les armées du monde. S’il n’y a pas un chef militaire unique, chacune des trois armées (terre, air, mer) s’isole ; un lobby se constitue qui s’appuie sur des intérêts industriels, se développe au Parlement et, quand on en arrive aux décisions budgétaires, cela dégénère en bataille de coups fourrés au détriment de l’intérêt général. Je me suis battu pour imposer une autorité unique, que j’ai obtenue en 2005 ; certains ont réagi vigoureusement, comme Louis Gautier qui a protesté dans une tribune du Monde en disant qu’on créait un ministre de la Défense bis. Oui, sans doute un peu, mais ce problème récurrent des lobbys de couleurs d’armée, je l’ai tellement mal vécu et j’en ai vu tellement d’effets néfastes aux États-Unis, en particulier pendant la guerre du Golfe, que je souhaitais y mettre fin. Je l’ai fait avec l’accord total de Michèle Alliot-Marie, mais c’est moi qui en aie eu l’initiative. Pour tout le reste, c’est elle qui gérait son ministère et tout s’est bien passé.

J’avais d’excellentes relations avec le Quai d’Orsay, je travaillais de très près avec le directeur des Affaires politiques. Nous déjeunions souvent en tête-à-tête. J’avais des amis au Quai que je m’étais créés à Washington, en particulier Gérard Arrault qui est l’actuel représentant de la France à New York, ces amitiés, ces liens on les garde. Quand il y avait des négociations à l’OTAN, les positions à prendre par le représentant militaire de la France au comité militaire émanaient du Quai d’Orsay, après concertation avec la Défense. Le Quai prenait en compte les propositions de la Défense mais imposait sa ligne, puisque c’est le ministère des Affaires étrangères qui est responsable de la coordination de la politique extérieure de la France. Mais, quand il y avait un vrai problème à l’OTAN, un débat très dur, et qu’il y avait un risque possible de représailles, américaines en particulier, je recevais des coups de fil directs du représentant militaire de la France qui me disait : « Tout est bloqué, notre position n’est plus tenable et le vote intervient dans une heure ; nous sommes totalement isolés, on nous le fera payer sur tel ou tel dossier ». Il m’est arrivé plusieurs fois de modifier la position française de ma propre autorité, jamais le Quai ne me l’a reproché.

J’avais la grande chance que Pierre Vimont soit à l’époque directeur de cabinet aux Affaires étrangères, c’était un vrai bonheur de travailler avec lui.

Vous avez gardé les mêmes personnes au sein de votre entourage au-delà de vos différentes fonctions ?

Non.

Vous n’avez pas eu des collaborateurs qui vous ont suivi ?

Non, c’est difficile dans le système militaire où on est muté tous les deux ans. Quand j’étais chef d’état-major des armées, j’ai choisi comme chef de cabinet un de mes anciens adjoints que j’aimais beaucoup, mais c’est tout ; j’aurais bien voulu en récupérer d’autres, mais je savais que je pénaliserais leur carrière si je les gardais trop longtemps. Dans notre système, il faut tourner entre des postes de responsabilité de nature différente pour acquérir l’expérience qui permet d’exercer de plus hautes responsabilités.

Donc on se sépare successivement et obligatoirement de ses collaborateurs les plus précieux et les plus proches.

Oui.

Quand vous êtes nommé en 2006 président du comité militaire de l’Union européenne par le Conseil européen, vous quittez à nouveau tout pour commencer une nouvelle vie.

Je récupère l’amiral Bruno Nielly, qui est l’actuel préfet maritime de Cherbourg : c’était un des officiers que j’avais appréciés à l’état-major des armées. Je ne le connaissais pas vraiment car il était beaucoup plus jeune que moi, mais il s’occupait des questions européennes et je me suis dit : « Je préfère partir avec quelqu’un d’intelligent et qui connaît. » Je ne l’ai pas du tout regretté, il m’a été très précieux là-bas.

Aviez-vous un intérêt particulier pour ces questions européennes avant de prendre ce poste, aviez-vous des convictions ? Étiez-vous un Européen fervent, contrairement au Président Chirac ?

Non, je n’étais pas un Européen fervent, et pourtant j’avais participé à la vraie naissance de l’Europe de la défense. Je n’étais pas à Saint-Malo, c’était mon chef, le directeur de la délégation aux Affaires stratégiques Marc de Brichambaut, qui y était, mais j’étais son adjoint et ensuite j’ai participé à toutes les négociations avec les Britanniques pour le lancement de la PESD. Donc j’avais été très impliqué dans le dossier depuis le début et, avec Jean-David Levitte, quand le président Chirac a eu des doutes ou des hésitations, nous l’avons convaincu qu’il fallait aller de l’avant. Je pensais, sans être euro-idéologue comme quelques-uns, « les cabris » dont parlait le général de Gaulle, que c’était l’intérêt de la France de jouer cette carte – j’en suis toujours convaincu –, que c’était l’intérêt de la France de s’appuyer sur l’Europe pour ne pas devenir un autre vassal des États-Unis. Ces derniers ont tout naturellement un leadership absolu dans l’OTAN ; il était donc souhaitable pour nous de pouvoir nous appuyer sur une autre communauté qui nous était encore plus naturelle, la communauté européenne. Mais sans plus d’enthousiasme ! Je ne voulais pas partir à Bruxelles, pour être honnête… Je voulais faire autre chose, Chirac m’avait proposé un poste d’ambassadeur ou de conseiller d’État. J’étais encore jeune, j’avais envie de faire quelque chose de nouveau, et puis un jour Michèle Alliot-Marie me dit : « Il y a le poste de président du comité militaire de l’Union européenne qui va être disponible. J’en ai parlé avec le président, il veut que vous vous présentiez ». Je répondis non, parce que je n’en avais pas envie. Chaque fois que j’allais à Bruxelles, je voyais celui qui était en poste, le général Mosca Moschini [13] , l’ancien chef d’état-major italien, que j’aimais bien, qui était un bon copain, empêtré dans des discussions impossibles au comité militaire de l’Union européenne, c’était terrible... On n’arrivait pratiquement à rien, après des heures de discussion, je trouvais ça misérable. Et puis il y avait – un côté pratique, mais qui n’est pas négligeable – le fait de travailler en permanence en anglais qui me pesait : évidemment, à Washington, j’avais fait des progrès, mais cela ne m’amusait pas du tout de travailler dans une autre langue et de perdre ainsi une partie de ma liberté d’expression. Michèle Alliot-Marie m’a demandé mes conditions, et je lui ai répondu, sous forme de boutade : « Si vous me mettez dans les mêmes conditions que l’Italien, je pourrai difficilement refuser. » Elle m’a pris au mot. Vous savez que les Italiens à l’étranger, qu’ils soient diplomates ou militaires, vivent sur un très grand pied, dans des conditions exceptionnelles. En particulier, il y avait une jolie maison où j’ai vécu trois ans… J’ai été très déçu par mes nouvelles fonctions, les premiers mois. Quand on a été le chef, habitué à ce que l’état-major réagisse à la moindre remarque, l’inertie européenne est difficile à supporter. En fin de compte, mon expérience du monde politique m’a été très précieuse parce que, à Bruxelles comme à l’Élysée, il s’agissait toujours d’avoir l’information et de savoir comment l’utiliser pour faire avancer les dossiers.

J’ai entretenu une relation personnelle extrêmement étroite avec Javier Solana. On l’a trop décrié souvent, il valait beaucoup mieux que ce qu’on en disait, notamment à l’Elysée – pas du temps de Chirac qui l’aimait beaucoup, mais après. Et puis j’ai appris petit à petit, parce que tout s’apprend, comment obtenir un minimum de résultats malgré les dissensions et les blocages traditionnels que vous connaissez. Je manœuvrais entre les positions britannique, allemande, italienne, pour arriver à obtenir un minimum de consensus, et à partir de là essayer de construire quelque chose de concret, ce qui n’était pas toujours évident.

Petit à petit, au fil des mois, puis des années, j’ai été convaincu que ce qu’on faisait était utile et pouvait être efficace. Sans être euro-idéologue, parce que je vois bien toutes les limites et difficultés, elles sont innombrables, je suis rentré en France tout à fait convaincu d’une part que l’Europe de la défense est utile, et d’autre part que c’est fondamentalement l’intérêt de notre pays que de s’appuyer sur l’Europe pour pouvoir peser sur les affaires du monde plutôt que d’agir en solitaire.

Vous êtes à Bruxelles à la tête d’une petite structure, si l’on compare aux effectifs de l’OTAN.

Oui, c’est presque un état-major particulier.

C’est une centaine de personnes ?

Non, même pas. Président du comité militaire, je suis le représentant permanent à Bruxelles des chefs des états-majors des vingt-sept pays. À côté de cela, il y a un état-major de l’Union européenne dont j’ai négocié quelques années auparavant la composition, très durement avec les Anglais, et qui compte deux cent personnes. Moi j’ai une petite équipe, cinq collaborateurs, c’est tout : un Français, un Anglais, un Allemand, un Italien et un Belge. Avec cette toute petite équipe, on s’efforce de préparer les débats qui ont lieu chaque semaine avec les représentants des chefs d’état-major, et puis deux fois par an avec ces derniers, soit sur les opérations en cours ou à lancer, soit sur l’amélioration des capacités militaires des pays européens, ce qui s’avère être l’objectif le plus difficile.

Vous nous avez décrit un cénacle empêtré dans des conversations sans fin avant votre arrivée : vous êtes parvenu à en faire une structure plus efficace ou plus active ?

Je ne veux pas m’attribuer de mérites qui correspondent à une période d’expansion exceptionnelle dont j’ai bénéficié.

L’Europe de la défense a été lancée fin 1998 à Saint-Malo, sur une ambiguïté. Elle avait beaucoup de péchés originels. L’ambiguïté fondamentale, c’était le découplage entre ce que Tony Blair souhaitait et ce que son administration acceptait. L’entourage de Tony Blair à Saint-Malo calculait que, de toute manière, l’Union européenne devrait s’appuyer sur l’OTAN et ses structures, alors que nous, de notre côté, nous pensions : « C’est l’occasion unique de créer une capacité de commandement distincte de celle de l’OTAN ». Donc on a démarré dans une ambiguïté totale. Pour preuve, quand on a créé cet état-major de l’Union européenne qui est maintenant fort de deux cent personnes, les Anglais voulaient le limiter à quarante personnes ; on a négocié dur pour arriver à quatre-vingt dix, le compromis initial : pour passer de quarante à quatre-vingt-dix, il a fallu au moins six mois de discussions acharnées ! Le projet a été accepté par nos partenaires au sommet de Cologne en 1999, mais sans enthousiasme. Forcément, quelque chose qui venait des deux extrêmes de l’Union européenne en matière d’atlantisme ne pouvait pas être refusé par les autres, mais les Allemands n’ont pas pris de bon cœur le fait qu’on leur impose le deal franco-britannique. Ne pas avoir les Allemands dans la réflexion initiale était en soi handicapant ; d’ailleurs ils ont mis beaucoup de temps à s’y mettre. Il a fallu que Schröder se trouve complice de Chirac dans la ligue contre la guerre d’Irak pour que les Allemands s’engagent vraiment – mais les militaires allemands n’ont jamais aimé l’Europe de la défense, ils ne l’aiment toujours pas. Cela viendra après, avec les jeunes générations beaucoup plus francophiles. J’ai été secrétaire du conseil de défense franco-allemand : je sais que ce que l’on a construit en terme de coopération entre Français et Allemands depuis vingt ans ne peut pas ne pas porter des fruits à terme. Les échanges entre les deux pays sont exceptionnels. Mais, pour l’instant, l’armée allemande est encore une armée de l’OTAN, exclusivement attachée au transatlantique.

Première ambiguïté de Saint-Malo, ce que l’on veut faire du projet. Deuxième faiblesse, un projet pratiquement imposé à nos partenaires européens. Troisième difficulté, un projet très mal reçu d’entrée de jeu par les Américains à qui les Britanniques ne l’ont pas vendu. Dernier handicap, à mon avis terrible : une nouvelle fois, un projet technocratique européen sans aucun élan populaire ; on n’a pas cherché à associer les nations européennes au changement de cap assez fondamental qui consistait à vouloir sinon créer une puissance européenne, du moins à faire de l’Union européenne un acteur sur la scène internationale. Il n’y a rien eu, aucune tentative dans ce domaine. Mais j’en suis certainement responsable aussi, puisqu’à l’époque je faisais partie de ceux qui faisaient les propositions aux responsables politiques français.

Ceci étant, c’est un problème général de l’Europe, ce n’est pas l’Europe de la défense.

Oui, vous l’avez souligné à juste titre plusieurs fois, dans ce domaine c’était vrai aussi.

À Bruxelles, j’étais dans une période très porteuse parce que Javier Solana était plein d’enthousiasme, parce que le fait que je sois Français et que je vienne de chez Chirac était un avantage énorme par rapport à mon prédécesseur italien : les Espagnols détestent les Italiens, ils les envient, les soupçonnent, les jalousent car les Italiens ont très souvent été classés parmi les grands Européens dans le domaine militaire. Quand j’avais des réunions des chefs d’état-major de l’OTAN, les partenaires privilégiés qui se réunissaient à part étaient l’Américain, l’Anglais, le Français, l’Allemand et l’Italien, jamais l’Espagnol ; on se retrouvait pour des week-ends de 48 heures deux fois par an, sauf pendant la guerre d’Irak, et les Espagnols étaient exclus. Il y avait cette susceptibilité chez Solana, mais aussi une intelligence, une subtilité, une capacité de manœuvre extraordinaire, limitée bien évidemment par le fait que les chefs d’État et de gouvernement le surveillaient de très près ; de ce fait, il s’était attaché à deux objectifs sur lesquels je l’ai suivi totalement.

Le premier consistait à faire rouler le vélo, comme il disait, pour qu’il ne se casse pas la figure. Il fallait en permanence avoir de nouvelles initiatives pour de nouvelles missions, de nouvelles opérations : pendant la période où j’y étais, de 2006 à 2009, il y a eu une opération chaque année, sans compter les missions à droite et à gauche, cela n’a jamais arrêté, donc le vélo a continué de rouler, et même de plus en plus vite…

En second lieu, il fallait tenter en interne de mieux articuler ce qu’on pouvait faire entre civils et militaires dans la prévention et la gestion des crises. C’était d’autant plus important que les États-Unis et l’OTAN commençaient à découvrir que l’approche exclusivement militaire – avec les difficultés qu’ils avaient en Irak et qu’ils commençaient à avoir en Afghanistan – dans les conflits modernes était très peu efficace, pour ne pas dire plus. À l’UE, on a très vite découvert qu’on avait des moyens très diversifiés et qu’on pouvait affronter ces crises avec des instruments permettant de les gérer au-delà des seuls aspects sécuritaires et militaires. Solana a mis l’accent là-dessus, et on a beaucoup travaillé. Quand je suis arrivé, nous avons d’abord travaillé à l’intégration du renseignement civil et militaire, et de très gros progrès ont été faits avec la création du SIAC. Puis nous avons créé un vrai système de commandement des missions civiles, civilo-militaires en fait : à l’époque il y en avait dix-sept en cours, c’était beaucoup et c’était devenu ingérable avec le système tel qu’il fonctionnait, avec des directions éclatées ; il fallait absolument créer ce centre de commandement des opérations civiles. J’en étais partisan parce que ce nouvel organe pourrait travailler directement avec l’état-major dans des conditions bien meilleures et alimenter ainsi une synergie entre les deux pôles de la PESD.

Et puis il y a eu la révision de la stratégie européenne de sécurité sur une initiative française. La présidence française a été un succès formidable. Je ne suis pas en mesure de juger des sentiments européens réels du président Sarkozy, mais tout ce que je peux dire c’est que, vue de Bruxelles, cette présidence française était un vrai succès ; servie par les événements évidemment parce qu’il y a eu l’affaire de Géorgie, mais on n’a jamais ressenti de la part d’aucun autre pays, entre 2006 et 2009, un tel dynamisme, un tel élan, servi par la puissance de notre belle mécanique des Affaires étrangères, quand elle est bien dirigée, et par le lien entre le ministère des Affaires étrangères et celui de la Défense qui, en France, ne fonctionne pas mal.

J’ai donc vécu une période de progrès permanents, avec une participation de plus en plus réelle, intense, sérieuse, de la Commission à tous les travaux du Conseil. Les dernières opérations que nous avons montées – notamment l’opération Atalante – ont été entièrement conçues entre la Commission et le Secrétariat général, et cela a été très précieux : la raison pour laquelle la mission de l’Union européenne dans l’Océan indien est beaucoup plus efficace que celle de l’OTAN, c’est précisément parce que pour la première fois l’Union européenne a mis en œuvre une grande partie de ses capacités pour gérer cette affaire.

Que pensez-vous du fait que la Commission est très décriée ? Ces « technocrates bruxellois » vous ne les avez pas perçus comme tels ?

J’ai connu des gens épatants à la Commission, donc c’est difficile à dire. Réellement, on a bien travaillé avec eux dans la préparation des opérations : assez bien pour l’opération au Tchad, très bien pour l’opération Atalante.

En revanche, il est vrai que c’est une très grosse administration, et je me suis souvent interrogé sur le rapport coût/efficacité d’un certain nombre de leurs opérations et de leurs outils. Dans l’aide publique au développement, pour moi qui ai vécu longtemps en Afrique, qui ai travaillé avec l’Agence française de développement, je n’ai pas toujours été très convaincu. En 2008, au Tchad, nous n’avons pas réussi à nous coordonner pour la réhabilitation de villages, alors que nous étions désireux de vider le plus vite possible ces camps de réfugiés énormes trop près de la frontière. Il n’était pas très compliqué de réhabiliter des villages dans des régions que l’on pouvait sécuriser à peu près correctement, mais la Commission utilise trop d’intermédiaires. J’ajoute qu’en Afghanistan – je parle uniquement de ce que je connais un peu – la Commission a dépensé plus de trois milliards d’euros, et à ma connaissance les résultats tangibles sur le terrain n’ont jamais été très sensibles… mais les Américains n’ont pas fait mieux, donc ce n’était peut-être pas possible.

Une énorme administration, une énorme bureaucratie. Mais il y a dedans des gens épatants et on progresse parfois mieux en communautaire qu’en intergouvernemental. En intergouvernemental, il suffit d’un abruti quelque part et tout se bloque. Il y a vraiment en Europe chez certains des blocages idéologiques qui sont paralysants. Dieu sait que j’ai aimé travailler la plupart du temps avec les Britanniques, et d’ailleurs l’un de mes meilleurs amis est un ancien chef d’état-major britannique, mais quelquefois… J’ai voulu avoir un collaborateur de plus – j’en avais cinq – pour pouvoir travailler davantage dans le domaine de l’amélioration des capacités militaires, car on sentait qu’avec la baisse des budgets il était grand temps de faire davantage en commun. Pour ce sixième collaborateur, un seul pays a bloqué pendant trois semaines la décision, le Royaume Uni, par principe, parce qu’il ne fallait pas qu’il y ait un homme de plus dans les rangs de la défense européenne, alors qu’à l’époque ils acceptaient à l’OTAN la création d’une centaine de postes dans une agence. Ils n’ont cédé que parce que j’ai menacé de me faire affecter des agents civils par le Secrétariat général…

Donc beaucoup plus Européen à votre retour qu’à votre départ, plus défenseur des méthodes communautaires…

Oui, bien sûr, et surtout convaincu que c’est utile, parce qu’on a fait des choses utiles.

Mais malheureusement, depuis 2009 – mais là je sors de l’histoire, et de mon histoire en particulier –, la mise en application du traité de Lisbonne a été une énorme déception pour moi, et je trouve le choix de Catherine Ashton comme haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité très discutable. Dans le même temps hélas, il y a un malaise à l’OTAN qui est une source de blocage supplémentaire pour l’Europe de la Défense. La quasi-totalité des pays européens qui sont membres de l’Alliance atlantique n’ont qu’une crainte, c’est d’être abandonnés par les Américains, en particulier en Europe de l’Est. Cette crispation interne a plusieurs sources : les difficultés en Afghanistan, une forme d’échec pour l’OTAN et la lassitude des Américains à l’égard des Européens parce qu’ils ne font pas assez d’efforts, pas seulement en Afghanistan, mais aussi d’efforts budgétaires, d’efforts d’équipements. D’où le malaise, et Rasmussen [14] , très habilement, utilise les idées, les projets qui étaient conçus par l’Agence européenne de défense, le partage et la mutualisation des moyens… et les récupère pour l’OTAN. Et il y a eu la Libye où l’UE ne pouvait pas intervenir parce qu’il y avait une participation américaine, mais où elle a donné un sentiment d’inertie.

Pour autant, je suis convaincu que la France avait raison de réintégrer la structure militaire de l’OTAN – là-dessus j’étais en désaccord avec le président Chirac et je le lui ai dit à plusieurs reprises : les circonstances n’étaient plus les mêmes qu’en 1966. Je trouvais personnellement insupportable que toutes les décisions soient préparées dans la structure sans aucune participation française et que nous ayons simplement à dire oui ou non in fine. Je voyais ça d’un côté pratique, mais évidemment il y a aussi les aspects symboliques qui ne sont pas à négliger. Je suis très conscient du fait que, pour un certain nombre de pays du monde, la France apparaît plus alignée aujourd’hui qu’elle ne l’était autrefois… Mais il y a tellement de faux-semblants dans les attitudes de nos partenaires partout dans le monde, des jeux de rôle, d’apparence, que sur le fond à mon avis ça ne change rien…

Dans l’Union européenne, on y a gagné en clarté : il n’y a plus cette suspicion permanente quant à nos desseins cachés, il n’y a plus les arguments que nous opposaient sans cesse ceux qui se méfiaient de nous, et il y a une évolution heureuse de la politique française dans les relations entre l’Union européenne et l’OTAN. Il y avait une alliance de facto depuis les débuts entre la France et la Grèce pour limiter au maximum les relations entre les deux organisations. À mon avis, c’était indispensable dans les débuts de l’Union européenne sinon rien n’aurait pu se développer. Mais, au moment où je suis arrivé en 2006, la PESD était suffisamment établie, solide, rodée, pour qu’on puisse se permettre d’avoir des relations normales avec l’OTAN, relations absolument indispensables puisque, chaque fois qu’une crise survenait quelque part, il fallait savoir qui allait s’en saisir et comment. Il était donc absurde qu’on ne puisse pas discuter entre les deux organisations. Malheureusement, comme vous le savez, tout s’est bloqué sur le conflit gréco-turc à propos de la question chypriote, en particulier mais pas seulement, et les relations sont toujours mauvaises. De toute manière, elles ne pourront jamais être sereines tant que les Américains ne voudront pas travailler directement avec l’Union européenne sur des questions telles que la piraterie…

Depuis votre retour à Paris, en 2009, vous avez écrit votre livre….

Ce n’est pas un livre de mémoires !

Je n’ai pas dit mémoires ! Aimer l’armée, une passion à partager, votre livre a été unanimement salué par la critique [15] . Pourquoi, à ce moment-là, avez-vous ressenti le besoin d’écrire ?

Je n’avais pas l’intention d’écrire ce livre ; c’est un de mes amis éditeurs qui m’en a parlé. Je ne pouvais pas raconter des secrets d’État, écrire un livre pour raconter ce que tout le monde sait déjà ne m’intéressait pas, et mettre en valeur ma propre contribution à l’histoire me paraissait dérisoire. Donc j’avais envie de raconter des événements ou des situations qui m’avaient amusé, des choses que j’avais trouvées étranges, surprenantes, ou qui méritaient qu’on s’interroge, parce que j’en ai vu pas mal, en sept ans à l’Élysée notamment... Tout le monde me l’a déconseillé. On m’a dit : « Tu vas te faire beaucoup d’ennemis, et provoquer des réactions en tous genres. Et si tu l’écris de manière anonyme, en travestissant tous les noms, ça n’intéressera personne »… Donc j’ai renoncé, je l’écrirai pour mes petits-enfants.

Donc vous avez choisi d’écrire plutôt sur le métier des armes.

Oui. J’ai commencé par relire le livre d’Alfred de Vigny Servitude et grandeur militaires… qui insiste beaucoup plus sur les servitudes que sur les grandeurs, je l’avais oublié, l’ayant lu jeune. J’ai choisi une vision plutôt positive des choses, par goût, et parce que j’ai eu de la chance. Je sais, après quarante-quatre ans sous l’uniforme, que j’ai aimé ce métier, il m’a apporté beaucoup, j’ai fait des choses intéressantes, loin de la vie de caserne, à mille lieues de ce que vivent la majorité de nos concitoyens. Notre armée a énormément changé en quarante-quatre ans, ce n’est plus la même. Cette armée des longues capotes, d’une discipline du XIXe siècle, de rapports humains souvent très brutaux, a vécu ; je ne dis pas que ça n’existe pas, ponctuellement. Il y a des chefs médiocres, il y en a toujours partout, et un chef médiocre prend plus de poids dans un cadre fortement hiérarchisé ; mais le changement est profond, les rapports sont différents avec les engagés qui sont des gens de métier. Je crois que c’est une armée propre dans l’ensemble, respectable : si de temps en temps il y a un gros pépin, parce que la guerre crée des pulsions et une violence qu’il faut maîtriser, l’affaire se traite devant la justice. J’étais très fier d’être chef d’état-major des armées, très fier des gens que je voyais sur les théâtres d’opération, par rapport à ce que mes homologues me racontaient. La France a une belle image à Bruxelles. C’était une chance d’être français : quand je présidais le comité militaire, quand je parlais au COPS [16] ou au comité des ambassadeurs, j’étais très écouté ; j’évitais de parler trop souvent, je le faisais de manière brève. Quand je prenais la parole, les bavardages s’interrompaient, un peu comme quand l’Américain parlait à l’OTAN… J’en étais heureux, car ce n’était pas pour ma personne.

C’était peut-être parce que c’était vous, et pas seulement la voix de la France…

Non, je crois vraiment que c’est parce que j’étais Français. C’est pourquoi j’espère beaucoup dans la prochaine arrivée du général de Rousiers comme président du comité militaire de l’Union européenne [17] . C’est une forme de réinvestissement pour la France, j’ai eu peur ces dernières années que nous renoncions à notre politique de défense européenne. Les militaires sont très loyaux, à l’excès parfois.

Il y avait un credo dans les armées entre 1998 et 2008, qui était pour simplifier : « Tout pour l’Union européenne, il faut défendre la PESD contre ses adversaires » ; l’OTAN, c’était presque l’ennemi. Je luttais contre cet état d’esprit quand j’étais CEMA, parce que l’OTAN c’était pour nous des opérations lourdes, c’était l’Afghanistan, le Kosovo, et beaucoup de projets concrets.

Après le retour dans la structure intégrée, j’ai constaté que Chirac n’avait pas tort quand il me disait : « Les militaires français vont être fascinés par l’OTAN s’ils y retournent, ils vont perdre tout esprit critique, tout l’esprit d’initiative qu’ils ont appris dans les opérations nationales ». Et c’est vrai que la tentation existe de basculer dans le tout OTAN mais nous en reviendrons, à mon avis, parce qu’il y a une culture nationale de méfiance et de scepticisme à l’égard des modes et des slogans. Heureusement le Quai d’Orsay a servi de balancier, il est resté très pro-européen et a en permanence contrebalancé les enthousiasmes du ministère de la Défense vis-à-vis de l’OTAN. Petit à petit, les choses se réajustent et elles s’équilibreront probablement dans l’avenir.

Notes :

[1] Société française de radiodiffusion.

[2] Service d'informations et de relations publiques des armées.

[3] L’amiral Jacques Lanxade a été chef d’état-major particulier du président de la République d’avril 1989 à avril 1991, puis chef d’état-major des armées de 1991 à 1995.

[4] Le général Maurice Schmitt a été le chef de l'état-major de l’armée de terre française du 14 novembre 1987 au 23 avril 1991.

[5] Centre des hautes études militaires.

[6] Institut des hautes études de la défense nationale.

[7] Le général Christian Quesnot a été chef d’état-major particulier du président Mitterrand d’avril 1991 à mai 1995.

[8] Le général a été chef de l’état-major particulier de mai 1981 à mai 1985.

[9] B. Irondelle, La réforme des armées en France : sociologie de la décision, Paris, Presses de Sciences Po, 2011.

[10] Le général Marc Monchal a été chef d’état-major de l’armée de terre d’avril 1991 à août 1996.

[11] L’amiral Jean-Luc Delaunay a été chef d’état-major particulier de septembre 1995 à avril 1999.

[13] Le général Rolando Mosca Moschini commanda le Comité militaire de l’UE d’avril 2004 à novembre 2006.

[14] Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN depuis août 2009.

[15] H. Bentégeat, Aimer l'armée. Une passion à partager, Paris, Éditions Dumesnil, 2011.

[16] Comité politique et de sécurité.

[17] Nommé en janvier, le général Patrick de Rousiers prendra ses fonctions en novembre 2012.

Anne Dulphy

Ancienne élève de l'ENS Sèvres-Ulm, agrégée et docteur en histoire, Anne Dulphy est maître de conférences à l'Ecole polytechnique et chercheur rattaché au Centre d'histoire de Sciences Po. Ses travaux portent sur les interactions entre questions internationales, politique intérieure et société. Elle s'intéresse plus spécifiquement à la politique extérieure de la France, en particulier ses relations avec l'Espagne et le bassin méditerranéen, et sa position face à l'Europe communautaire. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont La politique de la France à l’égard de l’Espagne de 1945 à 1955 (Paris, ministère des Affaires étrangères, coll. « Diplomatie et histoire », 2002) et, en codirection avec Yves Léonard, De la dictature à la démocratie : voies ibériques (Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2004). Avec Christine Manigand, elle a codirigé Les opinions publiques face à l'Europe communautaire (Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2004) et publié La France au risque de l'Europe (Paris, Armand Colin, 2007). Elle vient de publier un Dictionnaire critique de l'Union européenne chez Armand Colin (en codirection avec Christine Manigand, Yves Bertoncini, Thierry Chopin et Sylvain Kahn).

Christine Manigand

Christine Manigand est professeur en histoire contemporaine à l'université de Poitiers et chercheur rattaché au Centre d'histoire de Sciences Po. Ses recherches portent sur l'interface entre l'histoire politique française, l'aventure européenne et les relations internationales. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont Les Français au service de la Société des Nations (Berne, Peter Lang SA, 2003) et, en codirection avec Elisabeth du Réau, Vers la réunification de l'Europe. Apports et limites du processus d'Helsinki de 1975 à nos jours (Paris, L'Harmattan, 2005). Avec Anne Dulphy, elle a codirigé Les opinions publiques face à l'Europe communautaire (Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2004) et publié La France au risque de l'Europe (Paris, Armand Colin, 2007). Elle vient de publier un Dictionnaire critique de l'Union européenne chez Armand Colin, en codirection avec Anne Dulphy, Yves Bertoncini, Thierry Chopin et Sylvain Kahn.


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