Histoire@Politique : Politique, culture et société

Sources

Les archives d’Elie Halévy. À la redécouverte de l’atelier halévien

Françoise Dauphragne, Marie Scot
Résumé :

Elie Halévy, philosophe et historien français, spécialiste de l’histoire de l’Angleterre et du socialisme européen, a laissé une (...)

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Elie et Florence dans le parc de Sucy-en-Brie, août 1912. Collection particulière. © Droits réservésParfaite incarnation de la bourgeoise intellectuelle et artiste, Elie Halévy (1870-1937) est le digne descendant d’une lignée fameuse [1] . Petit-fils de Léon Halévy, disciple de Saint-Simon et homme de lettres, fils de Ludovic Halévy, auteur à succès et librettiste d’opéra, frère de Daniel Halévy [2] , artiste égaré en politique, Elie sera le savant de la famille. Normalien (1889) et agrégé de philosophie (1892), cet entrepreneur intellectuel fonde avec ses amis Xavier Léon et Léon Brunschvicg la Revue de métaphysique et de morale (RMM - 1893), anime la Société française de philosophie et lance les premiers congrès internationaux de philosophie. Enseignant malgré lui, Elie est un maître à penser pour les générations d’élèves de l’École libre des sciences politiques où il professe sur l’histoire du peuple anglais et sur le socialisme européen de 1892 à 1937. Insatiable lecteur, c’est un écrivain prolixe qui laisse à sa mort une œuvre importante [3] et des archives conséquentes. Philosophe venu à l’histoire, intellectuel français spécialiste de l’Angleterre et du socialisme européen, dreyfusard et républicain devenu penseur libéral du totalitarisme, Elie Halévy est un précieux révélateur des évolutions et des contradictions de la vie intellectuelle du premier vingtième siècle.

L’œuvre d’Elie Halévy a fait l’objet d’un intérêt à éclipses. Pour partie inachevée, elle a pâti de la disparition brutale de son auteur dont les écrits ont fait l’objet d’une récupération mémorielle orchestrée par des membres de sa famille – son épouse Florence Noufflard puis la nièce de cette dernière, Henriette Noufflard Guy-Loë – et par ses élèves et amis – Célestin Bouglé et Raymond Aron entre autres. Plus lue et commentée dans le monde anglophone ou en Italie qu’en France, elle reste en partie à (re)découvrir. Aussi les papiers rassemblés par Elie Halévy au cours de sa vie et durant sa carrière ont-ils pour mérite de donner accès à de multiples registres d’écriture : ils relèvent aussi bien de l’écriture savante (cours, conférences, rapports, comptes rendus de livres, articles, ouvrages) que de l’écriture profane (journal intime, correspondance) et permettent de suivre les divers moments de genèse de l’œuvre et de la chaîne d’écriture (textes de jeunesse et textes de maturité ; documentation, premiers jets et produits finis), d’autant plus précieux qu’une partie conséquente de son œuvre est posthume et produite de la main des autres. Ces papiers permettent ainsi de retracer la généalogie d’une pensée à partir des sources qu’elle a sollicitées et d’appréhender les mécanismes d’emprunts, d’inspiration et d’influence, ainsi que de restituer le contexte qui y a présidé. Ils permettent en particulier de reconstituer le processus de réécriture des textes au fil du temps et d’échapper à l’illusion rétrospective du produit fini et à la récupération des textes d’Halévy par d’autres.

Histoire et genèse du fonds

Elie Halévy meurt en 1937 à 67 ans sans que rien ne laisse présager sa disparition d’autant plus dommageable qu’il laisse derrière lui de nombreux textes inachevés et non publiés. Le soin extrême de sa famille à conserver ses papiers, souvent en l’état et à demeure, a limité les pertes et les éliminations et a permis la transmission quasi intacte d’un fonds riche et précieux.

Gestion patrimoniale

À la mort d’Elie Halévy, c’est son épouse Florence Noufflard [4] , sa complice de toujours et sa proche collaboratrice, qui se charge de veiller sur les papiers d’Elie conservés à la Maison Blanche de Sucy-en-Brie où réside le couple sur le domaine familial. Florence encourage la publication de trois ouvrages posthumes, confiés à la diligence des amis d’Elie Halévy : L’ère des tyrannies paraît en 1938, L’histoire du socialisme européen en 1948 et le tome quatre de L’histoire du peuple anglais en 1946. Sans descendance directe, Florence confie à ses nièces, Geneviève Noufflard et Henriette Noufflard Guy-Loë, la bonne garde de la mémoire et des papiers familiaux. À sa mort en 1957, Henriette, fille des peintres André et Berthe Langweil-Noufflard [5] et médecin de profession, se consacrera à la mémoire de son oncle et de sa tante. Explorant elle-même les papiers d’Elie, en classant certains, en publiant d’autres, Henriette ouvre la Maison Blanche aux chercheurs et officie à la publication d’une correspondance choisie [6] , de journaux de voyages [7] et au montage d’expositions [8] . C’est également elle qui entreprend de verser progressivement à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (ENS), l’alma mater d’Elie Halévy, une partie des dossiers conservés dans son bureau à partir de 1957. Ce versement s’étalera jusqu’aux années 2000, permettant la constitution d’un fonds important par son volume et par son contenu conservé et valorisé [9] par la bibliothèque de l’ENS.

Garde éclatée

À sa mort en 2003, Henriette confie la gestion des droits sur l’œuvre et sur les papiers d’Elie Halévy à Jean-Luc Parodi, ami de la famille et politiste à Sciences Po, assisté de Vincent Duclert, historien à l’EHESS et de Nicolas Baverez, historien et économiste. Charge à eux de constituer une société des amis d’Elie et de Florence Halévy [10] , placée sous le haut patronage entre autres de Jean-Claude Casanova, de Monique Canto-Sperber, et de Nicolas Baverez. Le domaine familial où se trouve la Maison Blanche échoie, quant à lui, à la mairie de Sucy-en-Brie et à sa société historique et archéologique (SHAS) présidée par l’historien Michel Balard. Héritage complexe et éclaté donc, le patrimoine intellectuel et matériel d’Elie Halévy est ainsi dispersé en de multiples lieux physiques et soumis à des juridictions diverses. La bibliothèque de l’ENS détient incontestablement le fonds le plus important, fait de versements successifs effectués du vivant d’Henriette Guy-Loë et après son décès. Jean-Luc Parodi conserve chez lui, dans l’hôtel particulier habité un temps par Mme Langweil, un reliquat de papiers d’Elie et de Florence Halévy ainsi que de la famille Noufflard. En cours de classement, ces papiers ont vocation, pour certains à rejoindre les archives de l’ENS, pour d’autres à demeurer dans le cercle privé. Enfin, la mairie et la société historique et archéologique de Sucy-en-Brie (SHAS) ont en charge la conservation de la demeure familiale et de la riche bibliothèque d’Elie Halévy, transformées en résidence-musée.

Description du fonds

Dans le bureau-bibliothèque d'Elie Halévy, Maison Blanche, Sucy-en-Brie. © Marie ScotSi Elie Halévy laisse derrière lui une œuvre écrite protéiforme et monumentale, ses archives sont à la taille de son œuvre. Papivore compulsif, Elie Halévy a conservé, depuis son adolescence jusqu’à sa mort, tous ses textes de jeunesse, toutes ses notes de lecture, toute sa documentation, toute sa correspondance, ainsi que les manuscrits de ses ouvrages. Se mêlent ainsi, au gré des cartons et des sacs, les témoignages de l’écriture savante, de l’écriture épistolaire, de l’écriture journalistique, et de l’écriture privée.

Rue d’Ulm. À l’ENS

La majeure partie des archives Halévy est conservée à la bibliothèque de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. L'attachement porté à leur alma mater et les liens interpersonnels tissés par les « archicubes », les anciens élèves, président au choix de l'École pour abriter les papiers d'une vie d'intellectuel et de savant. Si l'ENS n'a jamais disposé de service d'archives à proprement parler, la bibliothèque générale s'est tout naturellement trouvée investie de cette mission de conservation et d'archivage des fonds privés qui lui étaient confiés. Les collections comptent à ce jour 237 manuscrits numérotés et 62 fonds conservés dans 365 cartons d'archives [11] . Les papiers Elie Halévy [12] constituent l'un des fonds les plus importants conservés à la Bibliothèque de l'ENS, de par son volume (95 cartons d'archives) et de par l'intérêt scientifique qu'il représente.

Un premier versement des papiers Halévy a été accueilli par Jean Hyppolite, directeur de l'École normale supérieure (1954-1963), à la mort de Florence Halévy, « en souvenir de l’aide qu’Elie Halévy lui avait apportée pour ses premières publications [13]  ». Il faut attendre 1987 pour que s’opère un second versement constitué principalement de l’abondante correspondance d’Elie Halévy. Légataire testamentaire, Henriette Guy-Loë procède aux versements de la correspondance par étapes, lors de visites annuelles à la Bibliothèque, sorte de cérémonial donnant lieu à des échanges très riches et à l’établissement de relations interpersonnelles fortes dans un climat de confiance. Respectant la chronologie épistolaire, Henriette Guy-Loë a d’abord confié, entre 1987 et 1992, quelques 1 127 lettres de jeunesse (1876-1902). Interrompus par la préparation de l’édition de la Correspondance, les versements ont ensuite repris en juillet 1999, avec les lettres écrites par Elie à sa famille de mars à juillet 1895 à l'occasion de son voyage en Allemagne. À ces lettres se sont enfin ajoutés des versements complémentaires de papiers (devoirs et notes de cours au lycée Condorcet et à l’École normale supérieure), et, en avril 2000, date de la dernière visite d’Henriette à Ulm, des documents relatifs aux élections en Angleterre, des notes de lecture et de réflexions personnelles, et une collection de notices biographiques ou nécrologiques de personnalités côtoyées par Elie Halévy. À son décès en 2003, Henriette Noufflard-Guy-Loë lègue « à la Bibliothèque de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, […] les correspondances et manuscrits d'Elie et de Florence Halévy », confirmant sa volonté de confier à l'institution l'ensemble des archives Halévy provenant de la Maison Blanche. De ce transfert effectué par Jean-Luc Parodi, exécuteur testamentaire, en juin 2003 et en mars 2008, le fonds conservé à Ulm s'est enrichi d'une masse considérable de documents (environ 21 cartons d'archives dont 14 de correspondance).

L'étalement des versements – rappelons qu'il s'est écoulé une trentaine d'années entre le premier versement (celui des papiers) et le début du second (celui de la correspondance) – n'a pas été sans conséquence sur l'intégration du fonds dans les collections de la Bibliothèque. Le versement régulier et préparé par Henriette Guy-Loë (tri et préclassement) a certes facilité les opérations de traitement (numérotation, estampillage, inventaire des pièces, conditionnement dans des boites de conservation adaptées) en les étalant dans la durée. Mais il a conduit à la constitution de deux sous-fonds toujours ouverts. Cette absence de vision d’ensemble a incontestablement entravé la bonne cohérence du classement et de la description du fonds.

La première série se compose de soixante-dix cartons de documents provenant du bureau d’Elie Halévy. Respectant l’ordre de rangement initial, ils offrent un ensemble disparate mais intact, car non soumis à des opérations de tri, d’élimination ou de classement. S’ils ont été rapidement inventoriés en 1974 par une chercheuse américaine, Miss Myrna Chase Englemeyer [14] , leur ordonnancement n’a pas été modifié.

L’essentiel des cartons est composé des dossiers de préparation de cours. Recruté à l’École libre des sciences politiques en 1892 par Émile Boutmy pour professer sur l’Angleterre, puis, à partir de 1902 et en alternance, sur le socialisme européen, Elie Halévy y enseigne pendant près de quarante ans. La préparation des cours génère chez lui une intense activité de documentation dont témoignent les nombreuses notes de lectures et coupures de presse ainsi que l’accumulation de littérature grise (brochures, statistiques, textes officiels) qui accompagnent la production de chaque leçon. Ces archives de travail offrent un éclairage sur les pratiques informatives (campagnes de bibliothèque), les procédures de lecture et de prise de notes (de la copie extensive, à la citation et au commentaire) et surtout sur les sources d’Elie Halévy et donnent à voir les savoir-faire et les techniques intellectuelles du savant à son travail.

Les dossiers préparatoires contiennent en outre des bibliographies et des plans de cours d’âges divers. Documents ingrats dont le statut oscille entre brouillons et fragments, voire simples griffonnages, ces plans de cours témoignent de la fabrique d’une pensée et de son évolution de 1892 à 1937. La répétition du même enseignement révèle également le mouvement de l’interprétation, au gré des lectures, des événements et de la marche de l’histoire (Première Guerre mondiale, révolution bolchevique, montée des fascismes) : la problématique se déplace, la pensée se fait mobile. Ce hors-livre périphérique s’articule parfois en véritables manuscrits de cours, entièrement rédigés et souvent inédits, eux-mêmes premiers jets d’ouvrages et laboratoires des livres à venir. On trouve ainsi quelques 216 pages manuscrites, trames du cours sur l’esprit public en Angleterre, ou encore une dizaine de leçons sur le socialisme européen (plus de 100 pages manuscrites), qui éclairent sur la genèse de l’œuvre livresque postérieure.

D’autres cartons contiennent la documentation et les brouillons d’ouvrages publiés par Elie, à l’instar de sa thèse sur Platon, de son travail de philosophe sur Bentham et le radicalisme philosophique, des manuscrits annotés de L’histoire du peuple anglais.

Enfin cette première série contient les dossiers liés à la publication des œuvres posthumes d’Elie Halévy, du vivant et à l’initiative de Florence Halévy. Ils rassemblent la correspondance entre les acteurs de cette entreprise d’écriture collective (Florence, Bouglé, Aron, Vaucher), les cahiers de notes des élèves ayant servi à la restitution du cours sur le socialisme européen, ou encore les réactions à ces publications.

Lettre d'Elie Halévy. ENS, bibliothèque des lettres et sciences humaines, fonds Halévy © Droits réservés

La seconde série, versée à partir de 1987, se compose principalement de la correspondance d’Elie Halévy. On y trouve les lettres de famille, soigneusement conservées par ses parents, Ludovic et Louise, puis par son épouse, Florence, et enfin par sa nièce, Henriette. Ces missives relatent les très nombreux voyages effectués par Elie et Florence en Europe (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie, Russie, Grèce) et en Afrique (en Égypte et au Soudan). On y trouve aussi et surtout les lettres philosophiques et politiques échangées entre Elie et ses amis Xavier Léon, Célestin Bouglé, Alain [15] (Émile Chartier), Léon Brunschvicg, Dominique Parodi, Lucien Herr et bien d'autres intellectuels français et étrangers. Elie Halevy s'y dévoile en témoin et en critique de son temps, portraitiste avisé de ses contemporains et commentateur averti de la vie politique et intellectuelle française et étrangère (affaire Dreyfus, Grande Guerre, fascisme italien). Avant chaque donation épistolaire, Henriette parachevait le travail entrepris par les proches d'Elie : les lettres étaient datées, identifiées, annotées et classées dans des enveloppes, dont certaines, en tissu, confectionnées des mains de la mère ou de la femme d’Elie. Henriette a également remis les outils de travail et de recherche constitués de son vivant pour mieux orienter les chercheurs : chronologies des voyages et des écrits d’Elie ; recensement des correspondants et chronologie de la correspondance. 

Cette Pochette contenant la correspondance d'Elie Halévy. © Marie Scotseconde série rassemble enfin des textes de jeunesse qui témoignent des années de formation intellectuelle du jeune Elie. S’y trouvent des textes scolaires rédigés en classe préparatoire au lycée Condorcet, puis à l’ENS : outre les notes de lecture et les notes de cours, les cartons contiennent des dissertations rédigées en histoire, philosophie, littérature, annotées par les professeurs, ou encore des poèmes. S’y trouvent également deux carnets du précieux Journal Intime [16] rédigé pendant les années passées à l’ENS (1889-1892) ainsi que le Petit Agenda, composé de pensées quotidiennes échangées par Elie et son ami Léon Brunschvicg.

Ces papiers constituent un fonds cohérent, important mais encore incomplet, à l’instar du legs après décès d’Henriette dont le transfert est en cours et qui n’a pas encore été traité.

Rue de Varenne. Chez les Parodi

Les liens entre les Parodi, les Halévy et les Langweil-Noufflard entremêlent parentèle et amitié : ainsi Elie et Dominique se sont-ils connus sur les bancs du lycée Condorcet et retrouvés à la RMM ; ainsi les Parodi se sont-ils installés dans l’hôtel particulier des Langweil ; ainsi Henriette Noufflard-Guy-Loë a-t-elle désigné Jean-Luc, fils d’Alexandre et petit-fils de Dominique, comme exécuteur testamentaire d’Elie Halévy. Ce dernier a alors récupéré à la mort d’Henriette ce qui restait à la Maison Blanche de papiers et de documents non versés à l’ENS, en raison de leur statut familial et privé, d’une timide censure ou parce que jugés sans intérêt pour le grand public et les chercheurs. Jetés en vrac dans de grands sacs de toile et de plastique et transportés rue de Varenne, ils encombrent depuis le salon et la salle à manger des Parodi. Parmi les pièces retrouvées [17] , des textes de jeunesse d’Elie dont de longues dissertations normaliennes, un autoportrait et l’ensemble du Journal intime. Également et surtout s’entassent les lettres échangées sans discontinuer de 1898 à 1935 entre Elie et Florence, Elie et Maman (Louise Halévy) ou encore Florence et Maman, véritable trio épistolaire. Ces épîtres mêlent affaires familiales et privées et affaires intellectuelles et politiques, à commencer par la correspondance de guerre du soldat Halévy, infirmier égaré à l’arrière du front à Albertville et Hauteluce. Rassemblés là également quelques textes des conférences prononcées dans les années 1920 et 1930 et des fragments de rapports officiels rédigés pour la commission sur les origines de la guerre ou sur l’enseignement de l’histoire. D’autre part, Henriette Guy-Loë avait archivé ses propres notes et la correspondance échangée lors de la publication de la Correspondance et du Voyage en URSS. Elle avait également conservé les papiers privés de sa tante, Florence, et les documents de sa propre famille (Langweil-Noufflard).

À la Maison Blanche – Sucy-en-Brie

La Maison Blanche, Sucy-en-Brie. © Marie ScotLes Halévy se sont installés à Sucy en 1895 dans la Haute Maison achetée par Ludovic et Louise, rejoints en 1911 par Elie et Florence dans la Maison Blanche qu'ils avaient fait construire dans le parc [18] . Demeurée dans le giron familial jusqu’à la mort d’Henriette (2003), la Maison Blanche a longtemps été le réceptacle des papiers Halévy. Elle abrite toujours des tableaux et des portraits ainsi que les albums-photos familiaux et les agendas de Florence. La bibliothèque d’Elie Halévy a été, pour des raisons pratiques évidentes, maintenue dans ses murs, dans le bureau d’Elie. Chose rare, elle présente au chercheur du 21e siècle une collection livresque dans son jus, dotée de plus de 7 000 ouvrages et documents en cours d’inventaire [19] . Néanmoins, la collection est incomplète, Elie Halévy ayant légué à sa mort quelques 3 000 ouvrages portant sur le Royaume-Uni à la bibliothèque d’histoire Ernest Lavisse de la Sorbonne [20] . Avec la Library du British Museum assidûment fréquentée lors des séjours anglais, la bibliothèque privée d’Elie Halévy est une source documentaire précieuse tant les archives donnent à voir l’importance du travail de lecture (accumulation, compilation, digestion) dans la constitution de la pensée d’Elie.

Instrument Dans le bureau-bibliothèque d'Elie Halévy, Maison Blanche, Sucy-en-Brie. © Marie Scotde travail, elle est le laboratoire du philosophe-historien, bibliophile passionné et lecteur polyglotte, familier du latin et du grec, de l’anglais, de l’allemand et de l’italien.

De la rue d’Ulm à la rue de Varenne en passant par la Maison Blanche de Sucy, ce sont des fonds certes dispersés et pas toujours accessibles, mais conséquents et quasi intacts dont disposent les historiens pour étudier la vie et l’œuvre d’Elie Halévy, et, ce faisant, un pan de l’histoire intellectuelle et politique du premier vingtième siècle.

Lectures et usages historiens

Une œuvre ressuscitée et recomposée

La gestion patrimoniale et mémorielle des archives Halévy n’a pas été sans effet sur les usages qui en ont résulté. Les archives ont d’abord été un thésaurus où ont été puisés des contenus pour mettre un point final à des ouvrages inachevés. En 1938 est ainsi publiée, en hommage au disparu, L’ère des tyrannies, ensemble de textes, de discours ou de publications antérieurs, réunis autour du thème du « socialisme et de la guerre ». En 1946, Florence Halévy confie la rédaction d’une partie inachevée du tome médian (IV) de l’Histoire du peuple anglais à Paul Vaucher, spécialiste de l’Angleterre et disciple d’Elie, qui s’inspire à l’occasion des notes de cours et des brouillons laissés par son maître. En 1948 enfin, Florence encourage la parution de L’histoire du socialisme européen à partir des cours professés de 1902 à 1937 à l’École libre des sciences politiques. Ils seront mis en forme et publiés par un « groupe d’amis et d’élèves d’Elie Halevy ». L’impulsion familiale est encore perceptible dans l’entreprise de publication de la Correspondance [21] , présentée par Henriette Guy-Loë, secondée par Monique Canto-Sperber et Vincent Duclert, ou encore dans l’édition du Voyage en URSS [22] , journal de voyage rédigé par Florence et complété de lettres d’Elie, à l’initiative d’Henriette et de Vincent Duclert, sous la supervision scientifique de Sophie Cœuré.

Réception libérale

À côté et aux côtés de la famille, une nébuleuse de disciples et d’amis du philosophe-historien, aux premiers rangs desquels figurent Célestin Bouglé et Raymond Aron, a largement contribué à réécrire, republier et commenter l’œuvre d’Elie Halévy. Cette première génération d’« amis désolés [23]  » a ainsi dressé le panthéon du maître. Elle a surtout contribué à en faire le « portrait intellectuel idéal du libéral français [24]  », l’inscrivant dans une prestigieuse généalogie, « Montesquieu, Tocqueville, Halévy [25]  », et à l’introniser comme l’un des premiers penseurs du totalitarisme. La publication des textes posthumes de L’ère des tyrannies en 1938 et de L’histoire du socialisme européen en 1948 est certes un « pieux devoir [26]  » mais surtout la première étape dans cette entreprise de captation intellectuelle. Si le premier livre est un recueil d’articles déjà publiés et de conférences déjà prononcées par Elie Halévy, leur réunion sous le titre L’ère des tyrannies. Études sur le socialisme et la guerre est loin d’être anodine. Télescopant des textes d’âges divers, rédigés dans des contextes précis et avec des intentions spécifiques, le livre agrège, sans souci de présentation, d’historicisation ou de contextualisation [27] , dans un efficace effet-raccourci une pensée mouvante et évolutive autour d’un texte tardif [28] . Plus périlleux encore est l’exercice de reconstitution du cours prononcé à l’École libre de 1902 à 1937 sur L’histoire du socialisme européen, travail collectif auquel se sont livrés des « amis et anciens élèves [29]  » réunis autour de Célestin Bouglé et de Raymond Aron. Publié en 1948, l’ouvrage ne respecte pas les règles élémentaires de la philologie et du commentaire historique [30] . Les deux avant-propos de Raymond Aron et de Jean-Marcel Jeanneney prennent certes acte des « difficultés extrêmes » et des « imperfections [31]  » de l’entreprise, en raison de l’absence de manuscrit, de l’absence de plan, du format même du cours prononcé sur deux ans et en alternance, et surtout des évolutions et des remaniements permanents qui ont accompagné le traitement du sujet au cours des trente-cinq années d’enseignement. Mais ces textes introductifs restent néanmoins vagues sur les choix et les modalités de fabrication du manuscrit réalisé à partir de notes de cours prises par les élèves et de textes originaux d’Elie Halévy [32] , offrant au final un ensemble disparate, non renseigné et non contextualisé, mobilisant a minima les archives d’Elie Halévy. La deuxième édition du texte en 1974, réalisée avec le concours de Blandine Kriegel, fait disparaître les annexes composées de textes originaux [33] . Dans les premiers temps donc, l’entreprise de commémoration et d’hommage a pris le pas sur le travail d’édition scientifique et historique. Ces versions imparfaites, publiées chez Gallimard grâce à André Malraux, ami de Aron, serviront pourtant de base à toutes les rééditions ultérieures et usurperont ainsi le statut de textes de référence.

La seconde étape dans l’entreprise d’appropriation de la pensée d’Elie Halévy a consisté en la mise en circulation de ses œuvres présentées dans une optique résolument libérale par le jeu des rééditions, des préfaces et des commentaires [34] . Ainsi en est-il allé de L’ère des tyrannies, dont la première édition de 1938, agrémentée d’une préface de Célestin Bouglé, est dotée pour sa réédition de 1990 d’une postface rassemblant un ensemble de textes de Raymond Aron sur Elie Halévy [35] . Ainsi en est-il de L’histoire du socialisme européen, pourvue en 1948 de deux avant-propos dont un de Raymond Aron, repris dans les rééditions de 1974 et de 2006. Une seconde génération d’intellectuels (Jean-Claude Casanova, Monique Canto-Sperber, François Furet, Jacques Julliard) a entretenu la mémoire halévienne, l’ancrant toujours solidement dans le sillon de la pensée libérale. La publication de la Correspondance chez de Fallois en 1996 a ainsi pour maître d’œuvre Jean-Claude Casanova ; irréprochable par son appareil scientifique, elle est précédée d’une préface-hommage de François Furet. Quant à la monumentale entreprise de réédition scientifique de La formation du radicalisme philosophique (1901) en 1995, elle est dirigée par Monique Canto-Sperber.

« Connu à l’étranger, ignoré chez lui [36]  » ?

Si l’étude de la réception de l’œuvre de Elie Halévy sur le temps long du siècle et dans l’espace européen et anglophone reste à faire, quelques traits la caractérisent à première vue.

Philosophe et historien de l’Angleterre et du monde britannique, Elie Halévy a été traduit, lu et commenté, de son vivant [37] comme après sa mort, outre-Manche et outre-Atlantique : les thèses du Radicalisme philosophique et de L’histoire du peuple anglais ont été largement reprises, exposées, critiquées par des philosophes, des sociologues, des économistes et des historiens anglais et américains [38] . En Italie, terre natale de sa belle-famille, la réception des textes de Elie Halévy a été importante : l’engagement antifasciste et le soutien aux frères Rosselli de l’intellectuel français, ainsi que sa réflexion précoce et originale sur les racines et les caractères du fascisme italien suscitent toujours un fort intérêt [39] .

Force est de constater qu’en France, si la lecture idéologique de l’œuvre halévienne a été importante, la réception proprement scientifique est plus tardive et dispersée. Aucune biographie récente ne fait œuvre de référence [40] . Spécialiste des théories économiques et des relations entre République et économie en France (1870-1914), Ludovic Frobert a consacré un livre et des articles [41] à la pensée halévienne, s’intéressant à l’aspect souvent négligé des théories économiques et sociales du philosophe-historien et publiant des textes inédits [42] . Directement ou indirectement néanmoins, historiens, philosophes, spécialistes de l’histoire des intellectuels et de l’histoire des idées ont croisé leurs approches respectives pour aborder les rivages haléviens. Le philosophe Frédéric Worms, spécialiste de Bergson et d’Alain [43] , et l’historien Stéphan Soulié [44] se sont ainsi livrés à des portraits de groupes, l’un de la Société de philosophie, l’autre de la RMM, également étudiée par Christophe Prochasson [45] . Avec le philosophe Thierry Leterre [46] et l’historien Vincent Duclert [47] , ils ont exploré le « moment philosophique 1900 » et les entrelacs entre République, morale et socialisme, inscrivant Elie Halévy dans son contexte.

Conclusion : « Des moyens de la redécouverte [48]  »

À l’initiative de la Société des amis de Florence et d’Elie Halévy et de la Fondation nationale des sciences politiques, une entreprise de réédition des œuvres d’Elie Halévy a été lancée en 2011 [49] . Préalable nécessaire, un état des lieux exhaustif des sources haléviennes a été entrepris. L’exploration des très riches archives Halévy (les papiers détenus par Jean-Luc Parodi compris) a ainsi permis la découverte de manuscrits inédits. Ce chantier éditorial entend ainsi mettre à disposition des lecteurs et des chercheurs des textes ignorés, oubliés ou jamais republiés. Le projet a également pour ambition d’établir des éditions scientifiques rigoureuses des écrits haléviens. Surtout, il ouvre des perspectives d’études nouvelles sur la pensée et l’œuvre du philosophe-historien. Les riches archives donnent, par exemple, à voir « l’atelier halévien [50]  », l’histoire concrète et matérielle du travail intellectuel. De même, au croisement de la correspondance et de la bibliothèque, des lettres et des lectures, se dessine un « réseau halévien » d’informateurs, permettant d’appréhender les sources, d’identifier les influences et de mettre à jour « l’ordre informationnel [51]  », qui ont présidé au processus de création intellectuelle de ce savant cosmopolite et de cet historien du transnational. A contrario, en aval de la chaîne créatrice, une étude de la réception [52] , des usages et des lectures d’Elie Halévy est d’autant plus nécessaire qu’elle est à peine ébauchée.

Merci à Vincent Duclert pour sa relecture et ses commentaires sur l’article.

Pour citer cet article : Françoise Dauphragne et Marie Scot, « Les archives d’Elie Halévy. À la redécouverte de l’atelier halévien », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 19, janvier-avril 2013 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Voir le catalogue d’exposition, Henri Loyrette (ed.), Entre le théâtre et l'histoire. La famille Halévy (1790-1960), Paris, Fayard / Réunion des musées nationaux, 1996.

[2] Sébastien Laurent, Daniel Halévy, 1872-1962 : une écriture entre littérature et politique du libéralisme au traditionalisme, thèse d'histoire de l’IEP de Paris, 1999, publiée sous le titre de Daniel Halévy. Du libéralisme au traditionalisme, Paris, Grasset, 2001.

[3] Voir Melvin Richter, “A Bibliography of Signed Works by Elie Halévy”, History and Theory, Vol. 7, Bibliography of Works in the Philosophy of History 1962-1965, 1967, p. 46-71.

[4] Voir son portrait par Henriette Noufflard Guy-Loë, « Postface. Florence Halévy, portrait d’une femme en son siècle », Six jours en URSS, Paris, Presses de l’ENS, 1998. Florence Noufflard est née le 28 juillet 1877 à Florence, d’une mère italienne et d’un père français, amateur d’art, de musique et de lettres. Élevée en Italie jusqu’à l’âge de 15 ans, puis en France, avant de repartir en Italie à la mort de son père, c’est une jeune femme cosmopolite et bilingue. Elle rencontre et épouse Elie Halévy en 1901.

[5] http://www.noufflard.fr/biographie.html ; ouvrage collectif, André Noufflard, Berthe Noufflard, leur vie, leur peinture, Contributions de Henriette Noufflard Guy-Loé, de Geneviève Noufflard, Association André et Berthe Noufflard, 1982.

[6] Elie Halévy, Correspondance : 1891-1937, Paris, de Fallois, 1996. Textes réunis et présentés par Henriette Guy-Loë ; annotés par Monique Canto-Sperber, Vincent Duclert et Henriette Guy-Loë ; préface de François Furet.

[7] Florence et Elie Halévy, Six jours en URSS, Paris, Presses de l’ENS, 1998. Présenté par Sophie Coeuré ; postface par Henriette Noufflard Guy-Loë.

[8] Henri Loyrette (ed.), Entre le théâtre et l'histoire. La famille Halévy (1790-1960), Paris, Fayard / Réunion des musées nationaux, 1996.

[9] Exposition à l’ENS, Savoir et engagement, l'École normale supérieure au cœur de l'affaire Dreyfus, 2006, http://www.savoirs.ens.fr/savoir-et-engagement/index.html (consulté en février 2013)

[10] Cette association (loi 1901) est en cours de constitution.

[11] Les inventaires, consultables sur demande (courriel : archives-bib-lshs@ens.fr), sont peu à peu publiés dans Calames (catalogue des archives et manuscrits de l'Enseignement supérieur).

[13] Henriette Noufflard Guy-Loë, note sur la correspondance d'Elie Halévy, dans Elie Halévy, Correspondance : 1891-1937, Paris, de Fallois, 1996.

[14] Sa thèse consacrée à Elie Halévy (City University of New York, 1974) sera suivie d'une publication : Elie Halévy: An Intellectual Biography, New York, Columbia University Press, 1980.

[15] Alain, Correspondance avec Elie et Florence Halévy, préface et notes par Jeanne Michel-Alexandre, Paris, Gallimard, 1958.

[16] Des extraits du Journal ont été publiés dans Alain, Correspondance avec Elie et Florence Halévy, Paris, Gallimard, 1958, p. 20-24.

[17] Vincent Duclert et Marie Scot, en charge d’une réédition des œuvres de Elie Halévy (Armand Colin) sous le patronage de la Présidence de la FNSP, ont trié, catalogué et doivent valoriser ces documents.

[19] Voir le site de la médiathèque de Sucy en Brie. L’inventaire de la bibliothèque a été fait par N. Borg. http://www.infocom94.fr/web2/tramp2.exe/log_in?setting_key=sucy (consulté le 21/02/2013)

[20] Bibliothèque d'histoire Ernest-Lavisse (Paris I) : http://www.univ-paris1.fr/bibliotheque/bibliotheque-lavisse/

[21] Elie Halévy, Correspondance : 1891-1937, Paris, de Fallois, 1996. Textes réunis et présentés par Henriette Guy-Loë ; annotés par Monique Canto-Sperber, Vincent Duclert et Henriette Guy-Loë ; préface de François Furet.

[22] Florence et Elie Halévy, Six jours en URSS, septembre 1932, Paris, Presses de l'ENS, 1998. Présenté par Sophie Coeuré ; postface par Henriette Noufflard Guy-Loë.

[23] Célestin Bouglé, « Préface », L’ère des tyrannies, Paris, Gallimard, 1938.

[24] Jacques Julliard, « Elie Halévy, le témoin engagé », Mil neuf cent, revue d’histoire intellectuelle, n° 17, 1999. p. 27-44.

[25] Raymond Aron, « L’itinéraire intellectuel d’Elie Halévy », Commentaire, VIII, n° 28-29, 1970. 

[26] Célestin Bouglé, « Préface », L’ère des tyrannies. Études sur le socialisme et la guerre, Paris, Gallimard, 1938, p. 14.

[27] Dans l’édition de 1938 comme dans celle de 1990, chaque texte est produit tel quel, agrémenté d’une simple note indiquant son origine (support de publication) et sa date.

[28] La conférence “L’ère des tyrannies” est prononcée en 1936 à la Société française de Philosophie.

[29] Ont collaboré à la rédaction de L’histoire du socialisme européen, sous la direction de Célestin Bouglé, Raymond Aron, Jean-Marcel Jeanneney, Pierre Laroque, Étienne Mantoux et Robert Marjolin.

[30] Michele Battini, « Préface », Utopia e tirannide. Scavi nell'archivio Halévy, Torino, Bollati Boringhieri, 2011.

[31] Raymond Aron, Préface à L’histoire du socialisme européen, Paris, Gallimard, 1948.

[32] Idem, « ce sont ces notes [de cours]… qui ont été à la base de notre travail… chaque collaborateur a écrit à sa manière. Tel est resté proche de la forme parlée, tel autre a tenté une mise en forme plus élaborée ».

[33] La réédition de 2006 réintroduit deux annexes.

[34] Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 145, décembre 2002, p. 3-8. Jean-Paul Sartre critiquera d’ailleurs cette entreprise de récupération libérale dans Entretiens sur le politique, Paris, Gallimard, 1949.

[35] Trois textes de Raymond Aron, extraits de la revue Commentaire : textes de 1939 et de 1970.

[36] Préface de F. Furet, p. 34, dans Elie Halévy, Correspondance : 1891-1937, Paris, de Fallois, 1996.

[37] Par exemple, dès 1941, la revue Economica publiée par la London School of Economics and Political Science sous l’égide de Friedrich von Hayek, reproduit une version anglaise du texte. Cf. Elie Halévy, “The Age of Tyrannies”, traduit par May Wallas, Economica, n° 29, February 1941, p. 77-93. Voir Hugh Stuart Jones, “The Era of Tyrannies: Elie Halévy and Friedrich von Hayek on Socialism,” European Journal of Political Theory, 1, 2002, p. 53-69.

[38] Ludovic Frobert, dans son ouvrage Elie Halévy (1870-1936). République et économie (Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2003), fait état de la réception des ouvrages et des thèses d’Elie Halévy : par exemple, la « Halevy Thesis » (L’histoire du peuple anglais) sur l’exceptionnalisme anglais et le rôle de la religion, est discutée par Bernard Semmel, Elie Halévy: the Birth of Methodism in England, Cambridge, CUP, 1971 et dans The Methodist Revolution, New York, Basic Book, 1973 ; par Barbara Hammond, The Town Labourer, London, Longmans, 1971 ; par E.P. Thompson, The Making of the English Working Class, London, Victor Gollancz, 1963 ; ou encore par Eric Hobsbawm, “Methodism and the Threat of Revolution”, in History Today, 1957, repris in Labouring Men. Studies in the History of Labour, New York, Basic Books, 1964. Le débat a été résumé par Michael R. Watts, The Dissenters, Oxford, Clarendon Press, 1995. Les thèses sur l’utilitarisme (La formation du radicalisme philosophique) sont également discutées par Jacob Viner, “Bentham and Mill: the Utilitarian Background”, American Economic Review, 39, 1949, p. 360-382 ; par Lionel Robbins, The Theory of Economic Policy in English Classical Political Economy, London, Mac Millan, 1952, ou encore par Friedrich von Hayek, The Trend of Economic Thinking, Cambridge, CUP, 1966.

[39] Michele Battini, Utopia e tirannide. Scavi nell'archivio Halévy, Torino, Bollati Boringhieri, 2011. Maurizo Griffo et Gaetano Quagliariello (eds), Elie Halevy e l'era delle tirannie, Catanzaro, Rubbettino Ed., 2001. Renzo Ragghianti, Dalla fisiologia della sensazione all'etica dell'effort : ricerche sull'apprendistato filosofico di Alain e la genesi della Revue de métaphysique et de morale, Firenze, Le Lettere, 1993. Diego Dilettoso, Les années parisiennes de Carlo Rosselli, thèse d'histoire, Université de Cergy-Pontoise, sous la direction de Gérard Bossuat, en préparation. Marco Bresciani, « Socialismo, antifascismo e tirannie degli anni Trenta. Note sull'amicizia tra Carlo Rosselli e Elie Halévy », Studi storici, Rivista trimestrale dell’Istituto Gramsci, n° 3, 2012, p. 615-644. Martina Cirese, Elie Halévy, l’Ère des tyrannies et l’Italie, Master 2, université de la Sapienza, Rome, mars 2013. 

[40] Michèle Bo Bramsen a écrit une thèse sur Elie Halévy : Contribution à une biographie intellectuelle d'Elie Halévy, sous la direction de Jean Touchard, FNSP, 1971. Ce texte, maintenant daté, publié sous le titre de Portrait d'Elie Halévy (Amsterdam, B.R.Grüner, 1978) et préfacé par Raymond Aron, constitue l’une des rares biographies d’Elie Halévy. Au même titre que le livre de Myrna Chase, Elie Halévy: an Intellectual Biography, New York, Columbia University Press, 1980 et le livre de Ludovic Frobert (note suivante).

[41] Ludovic Frobert, Elie Halévy (1870-1936). République et économie, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 2003. Ludovic Frobert, « La controverse Halévy/Pareto au IiCongrès international de philosophie, Genève 1904 », Revue européenne des sciences sociales, 34, n° 106, 1996, p. 51-67. Ludovic Frobert, « Elie Halévy et les principes de la distribution des richesses », Storia del Pensiero Economico, 37, 1999, p. 177-200. Ludovic Frobert, « Le jeune Halévy et Karl Marx », Mil Neuf Cent, Revue d’histoire intellectuelle, 17, 1999, p. 45-65. Ludovic Frobert, “Elie Halévy’s First Lectures on the History of European Socialism”, Journal of the History of Ideas, 68, n° 2, 2007, p. 329-353.

[42] Par exemple, l’article d’Elie Halévy, « Les principes de la distribution des richesses », Revue de métaphysique et de morale, 14, 1906, p. 545-595 ou les leçons manuscrites sur le socialisme européen 1902.

[43] Michel Murat et Frédéric Worms (eds), Alain, Littérature et philosophie mêlées, Paris, Presses de l’ENS, 2012. Frédéric Worms (dir.), Le moment 1900 en philosophie, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2004. Frédéric Worms, Bergson ou les deux sens de la vie, Paris, PUF, 2004.

[44] Stéphan Soulié, Les philosophes en République. L’aventure intellectuelle de la Revue de métaphysique et de morale et de la Société française de Philosophie (1891-1914), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.

[45] Christophe Prochasson, « Philosopher au XXsiècle : Xavier Léon et l’invention du “système R2M” (1891-1902) », Revue de Métaphysique et de Morale, n° 1-2, 1993, p. 109-140. Voir également : Christophe Prochasson, Les intellectuels et le socialisme, Paris, Plon, 1997.

[46] Thierry Leterre, La Raison politique, Alain et la démocratie, Paris, PUF, 2000. Thierry Leterre, « Elie Halévy e l’École libre des sciences politiques », in Maurizio Griffoe e Gaetano Quagliariello (eds), Elie Halévy e l’era delle tirannie, Soveria Manelli, Rubbettino, 2001.

[47] Vincent Duclert, « Elie et Daniel Halévy dans l'affaire Dreyfus : le savant, le poète et le politique », dans La Famille Halévy, Paris, Fayard. 1996, p. 220-235. Elie Halévy, Correspondance : 1891-1937, Paris, de Fallois, 1996. Textes réunis et présentés par Henriette Guy-Loë ; annotés par Monique Canto-Sperber, Vincent Duclert et Henriette Guy-Loë ; préface de François Furet. Vincent Duclert, « Elie Halévy et la Grande Guerre. La genèse d’une raison politique », dans Stéphane Audouin Rouzeau, Annette Becker, Sophie Cœuré, Vincent Duclert, Frédéric Monier, Pour comprendre le XXe siècle européen, Paris, ed. Agnès Viénot Noesis, 2002. Vincent Duclert (dir.), Savoir et engagement : écrits normaliens sur l'affaire Dreyfus , Paris, Éditions Rue d'Ulm, Presses de l'École normale supérieure, 2006. Préface de Monique Canto-Sperber ; postface de Jean-Noël Jeanneney.

[48] Vincent Duclert, titre intervention au séminaire Le moment politique de la philosophie française, séminaire EHESS 2011-2012. www.ehess.fr/fr/enseignement/enseignements/2011/ue/915/ (consulté le 12/02/2013).

[49] Les historiens Vincent Duclert (EHESS) et Marie Scot (Sciences Po) sont mandatés pour mener à bien ce projet.

[50] Philippe Artières, Jean-François Bert, Judith Revel, Mathieu Potte-Bonneville, Pascal Michon, « Dans l’atelier Foucault », dans Christian Jacob (dir.), Les Lieux de savoir II. Les mains de l'intellect, Paris, Albin-Michel, 2011.

[51] Simon Schaffer, 2008 Harry Camp Lecture – Stanford Humanities Center, "Newton on the Beach: The Information Order of Principia Mathematica" http://www.youtube.com/watch?v=brJjnKPmo68 (consulté le 12/02/2013). Bruno Latour, La science en action. Introduction à la sociologie des sciences, Paris, La Découverte, 1989.

[52] Françoise Mélonio, Tocqueville et les Français, Paris, Aubier, 1993.

Françoise Dauphragne

Françoise Dauphragne, diplômée de lettres classiques et de l’École nationale supérieure des bibliothécaires (ENSIB), ingénieure d'études, est responsable adjointe du patrimoine en charge des fonds d'archives et des manuscrits de la bibliothèque de l'ENS Ulm. Elle a publié Lucien Herr et l'École Normale, catalogue d’exposition (juin 1977) présenté par la Bibliothèque de l'École normale supérieure et écrit avec Serge Benoît et Pierre Petitmengin, « Histoire topographique de la bibliothèque de l'École 1847-1997 », Bulletin de la Société des Amis des amis de l'ENS, n° 206, octobre 1997, p. 37-44. Elle a également contribué au montage des expositions Autour du Bicentenaire (1994) ; Autour de 1847, les fondements de la nouvelle École normale (1997) ; Les normaliens au sommet de l’État, de Jules Simon à Georges Pompidou (avril 2004) ; Hommage à Aimé Césaire (juin 2008) ; Les leçons littéraires de l'École de l'an III (2009) ; Le Surrationalisme de Gaston Bachelard : textes et contexte (mai-juin 2012) ; Redécouverte du Patrimoine (octobre-novembre 2012). Elle a été commissaire de l’exposition Savoir et engagement, l'École normale supérieure au cœur de l'affaire Dreyfus, 2006, http://www.savoirs.ens.fr/savoir-et-engagement/index.html.

Marie Scot

Marie Scot, normalienne, agrégée et docteure en histoire, PRAG à Sciences Po, est spécialiste d’histoire de l’enseignement supérieur (La London School of Economics & Political Science. Internationalisation universitaire et circulation des savoirs en sciences sociales 1895-2000, PUF, Paris, 2011 ; La London School of Economics and Political Science et le Welfare State, Science et politique en Grande-Bretagne, 1940-1979, Paris, L’Harmattan, 2005) et d’histoire intellectuelle transnationale (circulations des sciences sociales, France-Angleterre-États-Unis). Elle supervise, avec Vincent Duclert, une entreprise d’édition scientifique des œuvres de Elie Halévy (Colin-FNSP).

Mots clefs : Elie Halévy; archives; intellectuel français; histoire du socialisme; libéralisme.

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  • ISSN 1954-3670