Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Catherine Collomp, Résister au nazisme. Le Jewish Labor Committee, New York, 1934-1945,

Ouvrages | 10.11.2017 | Zoé Grumberg

CNRS Editions, 2016L’ouvrage de Catherine Collomp vient combler une lacune. L’histoire du Jewish Labor Committee (JLC), formation socialiste américaine fondée à New York en 1934 « pour lutter contre le nazisme et l’antisémitisme en Europe et contre leurs répercussions aux États-Unis » (p. 5), est en effet restée dans l’ombre à de rares exceptions près. Comment expliquer un tel silence, alors que le JLC a participé, à son échelle, à la lutte contre le nazisme, au sauvetage de syndicalistes et de Juifs, et à la reconstruction de la vie juive européenne après-guerre ? On pourrait l’expliquer par la petite envergure de l’œuvre du JLC, « liée à la base sociale de son financement ainsi qu’à la mesure pragmatique des réalisations qu’il pouvait réaliser » (p. 15), contrairement à des organisations comme l’American Jewish Joint Distribution Commitee (JOINT) qui ont fait l’objet de plusieurs études historiques. Mais Catherine Collomp l’écrit : cela « ne justifie pourtant pas un oubli ou un intérêt réduit » (p. 15).


Retour sur l’exposition “World War I and the Visual Arts”

Expositions | 10.11.2017 | Anastasia Simoniello

Pour commémorer « l’anniversaire de la Première Guerre mondiale », ou plus exactement le centenaire de l’entrée dans le conflit des États-Unis, le Metropolitan Museum of Art de New York (MET) interroge, jusqu’au 7 janvier 2018, la représentation de cet événement historique dans les arts visuels, depuis le déclenchement de la guerre jusqu’au dixième anniversaire de l’armistice. Dans cette optique, les commissaires de l’exposition « World War I and the Visual Arts » ont principalement exploité les collections du musée, enrichies cependant de quelques prêts. Ce choix semble a priori pertinent tant l’accrochage thématique de collections est compliqué à réaliser. Car en partant d’un ensemble d’œuvres inextensible, la pensée est limitée par ce paramètre qui oblige parfois les commissaires à éluder des questions essentielles, quand il ne les contraint pas à dénaturer le propos de certaines créations pour qu’elles puissent se conformer au sujet de l’exposition et ainsi l’étoffer. Malheureusement, dans le cas de « World War I and the Visual Arts », c’est une autre limite qui pourrait nous conduire à déplorer un manque d’œuvres : trois salles de tailles modestes ont été investies alors que l’ambition affichée imposait un espace plus important.


Mathieu Fulla, Les socialistes français et l’économie (1944-1981), Une histoire économique du politique,

Ouvrages | 31.10.2017 | Gerassimos Moschonas

Presses dd Sciences Po, 2016Le stéréotype d’incompétence économique suit le socialisme français comme son ombre. Ce stéréotype est le point de départ du livre de Mathieu Fulla. L’objectif central de l’ouvrage – issu d’une thèse d’histoire sous la direction de Marc Lazar – est l’étude de la contribution de l’expertise économique à la production du discours économique des socialistes français dans la période qui s’étend de 1944 à la victoire de François Mitterrand en 1981. L’ouvrage, centré sur « cette zone d’ombre historiographique et chronologique » (p. 25), aspire à combler un vide de recherche, les travaux sur les politiques économiques portant surtout sur les périodes gouvernementales socialistes – notamment sur celles du Front populaire et des années Mitterrand. L’angle d’approche choisi est original : percer les secrets de fabrication de l’identité socialiste en matière économique en resserrant la focale « sur l’acteur clé de la "salle des machines" : l’expert engagé » (p. 28-29).


Fabien Théofilakis, Les Prisonniers de guerre allemands. France, 1944-1949,

Ouvrages | 31.10.2017 | David Mastin

Fayard, 2014L’ouvrage de Fabien Théofilakis se présente sous la forme dun livre dense, fort de 573 pages. Le texte, version remaniée de la thèse de lauteur, saccompagne dun appareil critique considérable, de presque deux cents pages de notes, annexes, sources, index et bibliographie raisonnée, auxquelles il faut ajouter un cahier central dillustrations et une cartographie soignée. Nul doute que cet opus sadresse à un lectorat patient et spécialiste. On ne sort pas déçu de cette lecture.


Philip Nord, Le New Deal français,

Ouvrages | 30.10.2017 | Sarah Kolopp

Perrin, 2016Le capitalisme d’État « à la française » a fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique. Il a suscité l’interrogation des politistes, perplexes face à un « cas » échappant à leurs classifications traditionnelles – une « anomalie » théorique, comme le dit Vivien Schmidt –, et la fascination de plusieurs générations d’historiens, intrigués par l’endurance et la complexité du « modèle républicain » et de son État-providence. En retraçant la « généalogie métissée » (p. 31) de l’ordre institutionnel qui se consolide à la Libération, l’ouvrage de Philip Nord, Le New Deal français – traduction de France’s New Deal, paru en 2010 –, participe de ces réflexions. L’auteur, professeur d’histoire à l’université de Princeton, y livre une très belle analyse « des batailles de la reconstruction » (p. 397) qui marquent l’immédiat après-guerre, nourrie de fonds d’archives peu exploités (archives Coutrot, fonds Carrel, archives de l’Institut d’études politiques de Paris, archives du Centre d’études et de recherches Pierre Schaeffer). Le lecteur est conduit de la politique familiale aux écoles de pouvoir, en passant par le cinéma, le théâtre et le Plan. Philip Nord souligne à la fois la « nouvelle donne » que constitue l’expansion de l’État à la Libération, sans véritable équivalent en Europe, et en même temps la force structurante des héritages – pratiques, représentations, institutions léguées par Vichy, la Résistance, et par les guerres culturelles et économiques des années 1930. Les continuités qu’il retrace, des années 1930 aux années 1950, ne sont pas linéaires ; l’analyse fait large place aux tâtonnements, reconversions, ralliements, hésitations, apprentissages, qui caractérisent, aussi, la période.


Ronald Hubscher, Les aviateurs au combat, 1914-1918 : entre privilèges et sacrifices,

Ouvrages | 27.10.2017 | Damien Accoulon

Privat, 2016Historien du social, Ronald Hubscher a notamment travaillé sur les vétérinaires dans la société française et sur l’immigration dans les campagnes, contribuant à mieux comprendre la constitution de groupes sociaux distincts dans nos sociétés. Il s’essaie cette fois à un autre ensemble, celui des aviateurs, combattants aussi nouveaux que singuliers dans la Première Guerre mondiale.

Son enquête part de deux constats. D’abord, en dépit de l’abondance des sources écrites, l’attention de l’historiographie s’est focalisée sur les poilus qui ont en grand nombre souffert dans les tranchées, négligeant donc d’autres combattants comme ceux des airs. Ensuite, la dominante culturelle des études sur la Première Guerre mondiale aurait en partie occulté la dimension sociale du conflit et de ses acteurs, malgré certains travaux d’historiens du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre (CRID) 14-18 que Ronald Hubscher cite, et avec lesquels il semble se trouver davantage d’affinités.


Olivier Wieviorka, Une Histoire de la Résistance en Europe occidentale,

Ouvrages | 27.10.2017 | Robert Gildea

Perrin, 2017Après ses études magistrales – La Résistance française (Perrin, 2013) et Le Débarquement en Normandie (Perrin, 2007) –, Olivier Wieviorka nous offre une troisième perspective sur la Deuxième Guerre mondiale, celle des rapports entre les Alliés et les résistances intérieures. Il démontre que l’histoire – et les mythes – de la résistance nationale ont occulté le rôle des Alliés dans la guerre des ombres en Europe, et il analyse, à partir des archives britanniques et américaines, la guerre subversive montée par les services secrets de ces deux pays. Un ouvrage de grande envergure, qui porte sur six pays – la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège et l’Italie – libérés par les États-Unis et la Grande-Bretagne plutôt que par l’Union soviétique.


Fabrice Grenard avec Jean-Pierre Azéma, Les Français sous l’Occupation en 100 questions,

Ouvrages | 27.10.2017 | Raphaël Spina

Privat, 2016Cet ouvrage est le quatrième opus d’une récente collection lancée par Tallandier. Sur le même concept – de brèves réponses à une centaine de questions précises –, des sujets plus d’actualité, tels Daech, l’Iran et la Corée du Nord, se sont déjà vu consacrer un titre.

Avec cette synthèse, le jeune chercheur Fabrice Grenard, aidé du vétéran Jean-Pierre Azéma, nous offre un panorama très complet et accessible de l’Occupation, de la défaite de 1940 à la mémoire populaire et savante des années noires. Chaque question est traitée en une à deux pages et demie tout au plus. Claires et concises, elles rendent la lecture aisée et rapide. Destiné avant tout au grand public, le livre se dispense d’appareils de notes, d’indications de sources ou de bibliographie. Il s’agit avant tout d’une – bonne – synthèse de l’historiographie récente des années noires. Depuis une génération, celle-ci a permis d’affiner la complexité des faits, des opinions et des comportements, ainsi que leur constante évolution au fil des événements. Certains moyens d’information ont familiarisé à leur tour le grand public avec cette complexité : la préface mentionne ainsi la série télévisée Un village français, lancée en 2009 sur France 3, et dont Jean-Pierre Azéma a été le conseiller historique.


Thomas Le Roux (dir.), Risques industriels. Savoirs, régulations, politiques d’assistance, fin XVIIe-début XXe siècle,

Ouvrages | 26.09.2017 | Renaud Bécot

Presses universitaires de Rennes, 2016Cet ouvrage vient clore le programme « Histoire des risques et des accidents industriels, France/Angleterre, XVIIe-XIXe siècles ». Les contributions de ce volume sont complémentaires des articles réunis pour un numéro spécial du Mouvement social, dont l’éditorial mérite d’être parcouru pour prendre la mesure du chantier historiographique. En effet, si les travaux de sociologie ou de science politique se préoccupent depuis longtemps du gouvernement des risques dans les sociétés contemporaines, seuls Christopher Sellers et Joseph Melling se sont récemment attelés à rassembler un collectif incluant des historiens (principalement nord-américains) pour examiner les mutations de ce qu’ils désignaient comme un « régime des risques industriels ». Si Thomas Le Roux revendique une proximité avec cette démarche, il s’en distingue toutefois par le choix de rassembler des travaux qui portent sur l’Europe occidentale (incluant l’Italie et le Bénélux). Cette émulation intellectuelle mérite d’autant plus d’être soulignée qu’elle se prolonge par le choix d’accorder à Christopher Sellers le soin de clore l’ouvrage, offrant ainsi une stimulante discussion des apports permis par les éclairages ouest-européens au regard des travaux existants qui portaient principalement sur les espaces nord-américains.


Cyril Grange, Une élite parisienne : les familles de la grande bourgeoisie juive, 1870-1939,

Ouvrages | 25.09.2017 | Odile Gaultier-Voituriez

CNRS éditions, 2016Dans la lignée de ses précédents travaux, notamment Les Gens du Bottin mondain : y être, c’est en être, Cyril Grange, directeur de recherche CNRS au Centre Roland-Mousnier (Université de Paris IV), spécialiste de l’histoire sociale des élites françaises des XIXe et XXsiècles, nous offre dans cet ouvrage une analyse approfondie de la grande bourgeoisie juive parisienne de 1870 à 1939, par le biais des familles qui la composent, sujet qu’il étudie depuis une vingtaine d’années à travers de nombreux articles. Il s’agit d’une véritable synthèse sur le sujet, grâce à une érudition très solide et une analyse extrêmement fine et approfondie. L’objet de l’ouvrage est ainsi délimité par l’auteur : « Cette étude porte sur la réussite sociale et le rayonnement culturel de la grande bourgeoisie juive de Paris. Elle retrace la constitution des principales familles (Rothschild, Worms, Camondo, etc.), leur situation économique, l'intégration à la vie de la capitale ainsi que l’arrêt de leur ascension avec la Seconde Guerre mondiale et le gouvernement de Vichy. » Elle s’attache à une réflexion sur l’intégration ou l’assimilation de ces familles au sein de l’élite parisienne chrétienne. Le sujet est circonscrit à Paris et aux années 1870-1939/1940, soit le début de la Seconde Guerre mondiale, avec néanmoins quelques incursions obligées jusqu’au sort infligé dans les camps et à la mort tragique d’un grand nombre de représentants de ces familles.


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  • ISSN 1954-3670