Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Historiographies étrangères de la Première Guerre mondiale

Coordination : Robert Boyce, Sabine Jansen, Pierre Purseigle, Marie Scot

L’historiographie italienne face à la Grande Guerre : saisons et ruptures

article traduit par Jean-Pierre Floquet

Marco Mondini
Résumé :

Après 1945, la traditionnelle perspective nationaliste sur la Grande Guerre tombe en disgrâce, ce qui ne signifie pas que (...)

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Le « paradigme patriotique » pendant les vingt premières années de l'Italie républicaine

Dans l'Italie républicaine, l’historiographie de la Grande Guerre s’articule en quatre grandes saisons qui correspondent à la domination de grands paradigmes interprétatifs. Les trois premières périodes sont marquées par un nombre restreint de monographies ou d'ouvrages collectifs ouvrant des voies nouvelles et rapidement considérées comme canoniques, tant du point de vue méthodologique que documentaire. On peut ainsi parler d'une première saison de la continuité du paradigme patriotique (de 1945 à 1968), suivie d'une saison de rupture (de 1968 à la fin des années 1980) et d'une décennie d'hégémonie de ce qu'on a appelé l'historiographie de la dissidence (des années 1990 aux premières années 2000).

Le passage politique que représente le second après-guerre, avec la transition vers la République et la nouvelle Constitution, n'a pas en effet immédiatement induit un changement de paradigmes historiographiques. D'un côté, le retour à la démocratie comporte la disparition des dures contraintes de la censure qui avaient empêché le développement de tout débat sur les raisons et la conduite du conflit. En même temps, les chercheurs qui s'occupent de la Grande Guerre appartiennent souvent à cette génération d'intellectuels qui se reconnaissait dans le programme du soi-disant « interventionnisme démocratique » de 1915 et qui avait représenté la seule position s'inscrivant en faux contre la vulgate nationaliste, imposée par le fascisme, en vertu de laquelle le conflit apparaissait comme une gigantesque « épreuve du feu », conduite brillamment par les chefs politiques et militaires de la nation et soutenue sans défaillance par le peuple, qui donnait à la nouvelle Italie le droit de remplir un rôle de grande puissance impériale. 

En réalité, le régime n'était pas intervenu pour promouvoir directement une école historique. La mémoire collective de la Première Guerre mondiale en Italie avait été plutôt confiée à la vague de la littérature de témoignage (se fondant sur les mémoires et les journaux intimes), à la publication, commencée en 1927, du rapport officiel de l'État-major de l'armée et à la publication d'histoires d'unités militaires, publiées le plus souvent par des officiers en congé [1] . L’autonomie des historiens militaires était relative. La censure imposée au Saggio critico sulla nostra guerra écrit par le général Roberto Bencivenga est exemplaire : ancien membre de l'État-major pendant la guerre, tombé en disgrâce après un différend avec Luigi Cadorna, antifasciste actif, il ne put publier que semi-clandestinement ses ouvrages extrêmement polémiques sur la conduite du conflit et la préparation de l'élite militaire italienne, Ceux-ci ne connurent pratiquement aucune diffusion en Italie jusqu'au second après-guerre [2] . Ce n'est pas un hasard si les meilleurs essais sur le conflit et ses conséquences furent conçus, et partiellement écrits, avant l'avènement de la dictature. En 1921, la Fondation Carnegie pour la paix internationale avait commandé à plusieurs chercheurs italiens, par l’intermédiaire de Luigi Einaudi, une collection de monographies pour illustrer les aspects économiques et sociaux du premier conflit mondial. La série italienne de cet imposant projet international eut parmi ses collaborateurs le statisticien Giorgio Mortara, les économistes Riccardo Bachi et Arrigo Serpieri et Luigi Einaudi lui-même [3] . Même si la collection dut être interrompue, ces études représentèrent des contributions d’exception par l'exhaustivité des données et la lucidité d'analyse, au point d'être considérées encore de nos jours comme livres de référence sur l'histoire économique et sociale italienne de 1915-1918. Le fait de ne jamais se départir de leur strict caractère de monographies techniques, exemptes de toute évaluation globale sur les fins et les motivations de la guerre, leur permit aussi de se soustraire à la censure de régime. Comme l'écrivit Einaudi dans l'introduction de son volume : « Les mémoires sont écrits par un économiste ; et de ce fait ne touchent pas à des problèmes militaires et politiques, ne s'occupent pas de l'action des partis [4] … » Le principal historien académique du régime, Gioacchino Volpe, n'écrivit jamais son volume qui pourtant était prévu dans le plan de la collection. L’Italia in cammino, qui parut en 1927, s'arrêtait exactement à la veille de Sarajevo, et Volpe affirma que ce livre avait été conçu comme une grande introduction à un livre plus ambitieux, Il popolo italiano nella grande guerra. De cet ouvrage, toutefois, il n'écrivit que les premiers chapitres, publiés partiellement sous forme d'articles et regroupés en volume seulement en 1998. Finalement, ce qui devait être la grande histoire des Italiens en guerre dans une perspective entièrement nationaliste ne fut jamais publiée [5] .

Au cours des années 1930, des historiens tels que Adolfo Omodeo et Piero Pieri, vétérans du front, avaient publié à leur tour des ouvrages sur la guerre, en prenant leurs distances par rapport aux tons emphatiques et triomphalistes de la rhétorique commémorative publique, sans toutefois jamais mettre en discussion les raisons profondes d'ordre historique (achever l’unité de la nation) et éthique (combattre contre les autocraties) de l'intervention et de la Victoire. En 1934, Omodeo avait dirigé la publication de I momenti della vita di guerra, le plus important recueil de journaux intimes et de correspondances paru dans l’entre-deux-guerres. Il y proposait une vision idéologique du conflit comme dernière étape du programme du Risorgimento et de Mazzini. Pieri quant à lui avait publié, outre ses mémoires de vétéran sur le front alpin, différentes études d'histoire militaire où le conflit mondial était présenté comme sacrifice victorieux « du peuple en armes conduit par la bourgeoisie en armes » des officiers de réserve [6] .

Après 1945, avec la marginalisation de l'historiographie nationaliste, cette lecture de l'intervention et du conflit, qu'on aurait ensuite qualifiée de « modérée » mais qu'il serait plus juste de définir comme démocratico-patriotique, demeure dominante. La Première Guerre mondiale reste un événement éprouvant et douloureux (à cause du grand nombre de pertes humaines), mais fondamentalement consensuel (une fois entrés en guerre les Italiens se découvrent unis) et positif [7] . Dans les pages des (rares) monographies de recherche, des grands ouvrages de synthèse et des manuels scolaires, la Grande Guerre est toujours présentée comme un pas nécessaire pour l'achèvement de l'unité nationale (par l’annexion de Trente et de Trieste) et fondamental pour la construction d'une communauté nationale unie et consciente. C'est cette interprétation que Pieri livre d'abord dans un recueil d'essais (La prima guerra mondiale 1914-1918) et ensuite dans l'ouvrage bien connu L’Italia nella prima guerra mondiale qu'Einaudi, l'un des plus prestigieux éditeurs italiens, publie en 1965 [8] . Le volume de Pieri est fondé sur une analyse documentée de la planification et de la conduite de la guerre par la classe politique et l'élite militaire du Commandement Suprême : il s'agit d'un ouvrage sévère et critique sur la manière dont a été géré le conflit. De la même manière, quelques années auparavant, un brillant exemple d'histoire bataille tel que La battaglia di Caporetto d'Alberto Monticone avait abordé lucidement le « grand refoulement » de la défaite de Caporetto (un tabou qui a persisté presque quarante ans) mettant en lumière de manière polémique les responsabilités d'une grande partie des commandements militaires [9] . Dans les deux cas, toutefois, il est sous-entendu que le choix de l'intervention est juste et que les finalités du conflit ne peuvent être mises en discussion. Einaudi encore publia à nouveau, en 1968, le recueil dirigé par Omodeo, alors que Laterza, va éditer l'année suivante La storia politica della Grande Guerra de Piero Melograni [10] . La coïncidence de ces dates ne doit pas surprendre. L’ethos du vir bonus, patriote et démocrate, qui inspire les testaments moraux des soldats tombés au combat recueillis par Omodeo, et l’analyse de Melograni, le premier historien n'appartenant pas à la génération des anciens combattants qui ait entrepris une synthèse globale de 1915-1918, sont largement fonctionnels par rapport au climat de résurgence patriotique lié au cinquantième anniversaire de l'intervention (1965) et de la victoire (1968). Les gouvernements démocrates chrétiens qui gèrent alors la transition des années 1960, une phase agitée tant du point de vue social que politique, essaient de revitaliser l’identité nationale et la légitimité républicaine autour du thème de ’15-’18 « dernière campagne du Risorgimento » et de la République, véritable héritière de la victoire [11] .

1968 : la rupture par rapport au paradigme patriotique

Dès le milieu des années 1960, toutefois, s'était imposée l’exigence d'abandonner l'approche traditionnelle d'une histoire politique et militaire envisagée selon la perspective de la classe dirigeante pour sonder des perceptions et des mémoires exclues jusque-là.

La première rupture par rapport au paradigme patriotique peut se résumer à ce nouveau regard sur les comportements conflictuels refoulés – les protestations contre l’intervention et pour la cessation du conflit, l'insoumission, les désertions, la fatigue des soldats – ainsi que sur les mécanismes de répression mis en œuvre par l'État. Il s'agit là d'un regard radicalement désacralisé, car les historiens qui préconisent l’ouverture sur des problèmes et des horizons méthodologiques nouveaux n'appartiennent plus à la génération des combattants et ne ressentent vis-à-vis de la Grande Guerre aucun lien émotionnel et révérenciel [12] .

En 1966 et plus tard en 1969, Brunello Vigezzi évoque dans deux volumes différents (L’Italia neutrale et Da Giolitti a Salandra) les profondes fractures produites dans la société italienne par la possibilité de l'intervention ainsi que les conflits qui l'agitent surtout lors des derniers mois de la neutralité [13] . Bien que s'inspirant méthodologiquement d'une histoire politique traditionnelle, les études de Vigezzi constituent une étape fondamentale (et sont encore de nos jours des textes incontournables) pour appréhender l’impopularité de l'intervention, non seulement au sein des masses populaires mais aussi dans la majorité de la classe politique libérale. Fondées sur une documentation imposante et analytique, fournie par les rapports des préfets concernant l'ordre public et l’opinion des masse italiennes, ces deux études apportent un regard lucide et sans complaisance sur l'absence de toute forme d'Union sacrée et sur la dimension tout à fait minoritaire de la galaxie interventionniste. Ils parviennent même à faire ressortir, pour la première fois, le rôle de la violence sans discrimination comme arme politique au cours des mois qui précèdent l’entrée en guerre. 

En 1967, Mario Isnenghi publie I vinti di Caporetto nella letteratura di guerra, première étape d'une trilogie dédiée à la littérature de guerre (aussi bien les mémoires que la fiction et littérature de propagande) qui, après Il mito della Grande Guerra (1970), se serait conclue en 1977 par l’anthologie critique Giornali di trincea (1915-1918) [14] . Dans le premier ouvrage, Isnenghi, pour la première fois après Curzio Malaparte et son scandaleux pamphlet de 1919 Viva Caporetto !, attire l’attention sur les victimes en uniforme de la défaite de 1917: les simples soldats et les officiers subalternes. Il le fait en mettant en lumière, par l’utilisation d'un corpus de mémoires souvent délaissé jusque-là, l’opposition entre les combattants au front et les commandements de l'armée (le généralissime Cadorna et l’entourage du Commandement Suprême). Les combattants, les officiers-écrivains de réserve surtout, deviennent les témoins du caractère obtus et de l'autoritarisme des élites politico-militaires, incapables de gérer une guerre de masse et une armée de citoyens. Ce leitmotiv du conflit de classe au sein de l'armée marquera même le plus récent Il mito della Grande Guerra, la seule anthologie globale parue jusqu'à nos jours dans le domaine de la littérature de guerre italienne. Il s'agit d'un ouvrage qui marque un changement de direction dans la compréhension de la Grande Guerre italienne, et en premier lieu du récit fait de celle-ci par ses protagonistes, bien que, à plus de quatre décennies de sa conception, elle révèle des lacunes non négligeables, dues fondamentalement à l'absence d'une approche méthodologique systématique. Ce que nous pourrions définir, en termes bourdieusiens, comme le champ de la « littérature de guerre » n'est pas, en effet, défini systématiquement par l'auteur, ni ne le sera ultérieurement: l’absence d'un système classificatoire et de paramètres quantitatifs dans l'analyse rendent le volume appréciable sous le profil de l'analyse textuelle, mais problématique si on vise la reconstitution historique de la culture de guerre. Ceci étant, le volume d'Isnenghi est la première recherche significative à propos de la représentation culturelle du conflit : il permet de retrouver une galaxie d'écrivains de toutes catégories largement négligés, il insiste sur le lien entre l’élaboration idéologique des avant-gardes du XXe siècle et la matière des mémorialistes et des narrateurs écrivains-combattants et met en évidence, pour la première fois, l'extranéité par rapport au fascisme de nombre des auteurs parmi les plus appréciés, publiés au cours des années 1920 et 1930 [15] . Les officiers de réserve sont reconnus comme un segment à part de l'armée, équidistants du noyau des professionnels des armes (le plus souvent généraux et officiers supérieurs) et de la masse des soldats, et également éloignés (et souvent opposés) de l'un et de l'autre extrêmes. Selon Isnenghi, on demande surtout à ce corps de « bourgeois mobilisés » d'être la cheville ouvrière de l'engrenage disciplinant la vie militaire. Dans Il mito della Grande Guerra, en effet, ce qui ressort surtout c'est l’emphase mise sur la volonté coercitive et autoritaire des élites au pouvoir : l’intervention en guerre est présentée comme un choix délibéré de la classe dirigeante nationale pour briser les prétentions du prolétariat industriel organisé et ramener l’ordre dans la société, par l’encadrement des classes populaires dans un système hiérarchisé et répressif.

Le même climat culturel qui avait favorisé la publication de I vinti di Caporetto entraîna la parution l’année suivante, dans une Italie traversée par l'explosion de la contestation juvénile et sociale, de Plotone di esecuzione d'Enzo Forcella et Alberto Monticone [16] . Rares sont les volumes qui ont eu une influence sur les dynamiques du champ historiographique et sur la perception de l'opinion publique italienne comparable à celle de cette étude consacrée au régime pénal militaire. Se fondant sur une documentation d’archives plus ou moins ignorées jusqu'à ce moment-là, Forcella et Monticone focalisèrent l’attention sur l'abondance de procès intentés de 1915 à 1918 dans les tribunaux militaires, particulièrement pour les délits de désertion et d'insoumission, et sur le nombre élevé de condamnations à mort prononcées (plus de 4000) et exécutées (750, sans tenir compte des exécutions sommaires sur le champ de bataille) [17] . Cette contribution fut essentielle pour la rupture avec le paradigme du consensus patriotique. Le répertoire des crimes en temps de guerre (400 000 procès instruits de mai 1915 à fin 1918, presque 10 % des conscrits dans l'armée mobilisée) brisait définitivement l’image d'une nation en armes unie et disposée au sacrifice pour la patrie. Le principe d'une masse en uniforme portée à la fuite plutôt que résignée au devoir deviendra dès lors une évidence incontestable, même pour des historiens idéologiquement différents. Monticone allait reprendre, en 1972, ses recherches sur le binôme répression/désertion au cours de la Grande Guerre (Gli italiani in uniforme. 1915-1918 : Intellettuali, borghesi e disertori), alors que l’année suivante, Renato Monteleone dirigea le recueil Lettere al re, la première d'une série d'anthologies de correspondances interceptées et bloquées par la censure, témoignages des ferments de protestation tant au front qu'à l'intérieur du pays [18] .

De l'explosion de la nouvelle historiographie à l'hégémonie du paradigme de la dissidence

À partir de la rupture avec le paradigme consensuel et patriotique, l'historiographie italienne sur la Grande Guerre connaît une véritable « explosion » thématique qui conduit à une vision plus large et articulée du conflit [19] . Un premier filon de recherche est la récupération de la mémoire « d'en bas ». À partir de la fin des années 1970 s'intensifie progressivement la publication de journaux intimes, de recueils de correspondances et de mémoires restés inédits jusqu'alors, avec une attention particulière pour les écrits des simples soldats d'origine paysanne ou ouvrière [20] . La récupération de la « mémoire des humbles », comme elle est définie, a été particulièrement importante pour différentes raisons. Certaines sont évidentes : comme dans d'autres pays, celle-ci fournit un témoignage sensiblement plus diversifié de l'expérience de la guerre par rapport au ton tendanciellement monocorde des lettrés « bourgeois en uniforme ». D'autres raisons sont propres à la situation italienne. En Italie, en effet, la récupération de cette « littérature des illettrés » a aussi comporté un changement de perception de la participation à la guerre de la part des classes populaires, en particulier en ce qui concerne la masse de la population rurale, qui constituait en grande partie les troupes des régiments d'infanterie. Le paysan italien en uniforme, jusqu'alors considéré comme un sujet passif, incapable de communiquer son opinion et sa mémoire, se montre capable d'utiliser la plume pour transmettre son témoignage (en dépit de faiblesses de l’expression) [21] . Pour partager son expérience avec la communauté d'origine, pour survivre dans le fatras bureaucratique d'obligations et de permis, pour transmettre son souvenir en cas de mort, le combattant a recours à la parole écrite : ainsi la boulimie d'écriture frappe aussi une armée composée majoritairement d'analphabètes (ou semi-analphabètes) comme l'armée de terre italienne. D'un autre point de vue, la récupération de la mémoire écrite populaire a également signifié l'élargissement de l'“espace italien” de l'expérience de guerre. En effet, les journaux et les mémoires de guerre des « Italiens d’Autriche », comme étaient définis les sujets italophones de Trente, Trieste, Istrie et Dalmatie, ont fait l'objet d'études particulièrement fructueuses lors de la saison de recueil des écrits populaires, grâce particulièrement à l'action du groupe de recherche réuni autour de la revue Materiali di lavoro de Rovereto [22] .

D'autres pistes de recherche, qui s'imposent à partir de cette période, se rattachent aussi à la valorisation d'une expérience “populaire” de la guerre, présentée comme différente et antagonique par rapport à celle des commandements militaires et politiques ou des jeunes officiers cultivés. On met en chantier les premières études critiques sur les articulations du “front intérieur”, avec des contributions qui s'étendent de l'analyse de la mobilisation économique avec la militarisation de l'appareil productif et du commerce, aux recherches sur l'organisation de la mobilisation civile et de la propagande, sur les conditions sanitaires des populations, sur la législation exceptionnelle de guerre et sur l’embrigadement de la société [23] . Ces études ont en commun la conviction d'une fracture nette entre un État, qui impose la guerre et organise d'en haut le consensus grâce à des mesures autoritaires et répressives, et la population civile, surtout les classes populaires (paysans et ouvriers), qui subissent. Ce n'est pas un hasard si c'est justement au cours de ces années que fleurissent aussi les premières études sur la dissidence des travailleurs et des femmes et sur les phénomènes de rébellion de 1917 [24] . Le résultat de ce rigide parti pris idéologique est la sous-évaluation, d'un côté, du rôle de la galaxie des associations (dont le volontariat catholique constitua une partie importante à l'intérieur de la mobilisation civile, et, d’autre part, de la mobilisation spontanée et horizontale des classes cultivées et les intellectuelles. On a négligé de ce fait la coopération civils-militaires (les Comités d'assistance civile, plus tard les « Opere Federate » d'assistance et de propagande nationale) et largement sous-estimé l’adhésion non contrainte à la rhétorique de la guerre de la très grande majorité du champ culturel et de l’intelligentsia au sens large (instituteurs, publicistes, curés) [25] .

En ce qui concerne les combattants, au cours des années 1980, on assiste à l'épanouissement de certains champs de recherche destinés à un large succès. Alors que le thème de l'organisation militaire glisse rapidement au deuxième plan, on organise les premières recherches sur l'expérience du soldat au front, sous l’angle de la quotidienneté (temps libre et expérience directe de la tranchée), du panorama mental (l’expérience de la mort de masse, la soumission à la discipline dans le mécanisme bureaucratique militaire, le contact avec la modernité des machines, le traumatisme psychique) et du refus de la guerre par la désertion et le repli sur soi-même face à une réalité psychiquement inacceptable [26] . Les ouvrages les plus significatifs de cette période qui renferment et, en quelque sorte, résument la richesse des nouvelles approches et des nouvelles sources de l'historiographie de guerre sont, et ce n'est pas le fait du hasard, des volumes collectifs issus d'importants colloques. En 1982 paraît Operai e contadini nella Grande Guerra, focalisé sur les comportements et surtout sur la dissidence et la résistance à la mobilisation totale de la part des classes subalternes [27] . En 1986, Il Mulino publie La Grande Guerra. Esperienza, memoria, immagini, actes du colloque homonyme tenu à Rovereto l’année précédente, probablement la plus importante contribution méthodologique à l'histoire de la Grande Guerre en Italie. En effet, non seulement dans cet imposant volume (plus de huit cents pages) sont en germe des recherches d'histoire sociale et culturelle qui se développeront au cours des deux décennies suivantes (depuis les études sur les monuments aux morts à celles sur le cinéma, de la photographie à la mobilisation féminine), mais il accueille aussi les interventions de Paul Fussel et Eric Leed sur la construction de la mémoire littéraire et l’expérience psychique de la violence, contribuant pour la première fois à déprovincialiser l'historiographie italienne et à ouvrir le débat à la connaissance du cas britannique, jusqu'alors presque ignoré, ainsi qu'à l'utilisation de méthodologie nouvelles, de l'anthropologie de la vie de tranchée à la lecture psychanalytique des textes littéraires [28] .

Le cadre des nouvelles recherches s'organise au début des années 1990 grâce à un nouveau paradigme qui renverse radicalement la vieille perspective patriotique : c'est la saison de l'hégémonie de ce qu'on appelle l'« historiographie de la dissidence ». La base de départ commune pour les historiens qui se reconnaissent dans ce courant, tout uniment orienté à gauche dans le débat politique et culturel, réside dans l’intérêt pour les classes subalternes qui forment, de 1915 à 1918, la masse de l'armée et qui semblèrent subir, à l'intérieur du pays, les embarras de l'économie de guerre et de la militarisation de la société civile plus que les autres. Paysans et ouvriers, femmes et simples soldats sont appelés à devenir les sujets par excellence de la narration historique en tant que victimes de la guerre moderne [29] . «Résignation et révolte», pour paraphraser le titre d'un essai de Giovanna Procacci (représentante du paradigme de la dissidence qui fait autorité), deviennent les deux pôles d'attraction des historiens [30] . Dans ce cadre interprétatif, le combattant est identifié comme sujet radicalement étranger aux raisons du conflit, plein de « ressentiment contre qui avait voulu la guerre [et de] dégoût pour l’agression et la violence auxquelles la vie en tranchée le contraignait quotidiennement » : les combattants ne sont, justement, que des victimes de l'État et de sa législation autoritaire, de l'armée et de son mécanisme d’aliénation et de soumission à la discipline et ils attendent avec anxiété l’opportunité de fuir la violence et la mort, même en fraternisant avec l'ennemi ou en désertant [31] .

Bien que largement hégémonique dans le débat pendant au moins une décennie, le paradigme de la dissidence ne se configure pas comme une école historiographique, et même dans les ouvrages les plus représentatifs de cette mouvance apparaissent des différences nettes. En 1991, Antonio Gibelli publie une monographie capitale pour le renouvellement des études italiennes : L’officina della guerra. La Grande Guerra e le trasformazioni del mondo mentale. Gibelli est l'un des premiers historiens à avoir utilisé les sources psychiatriques et en même temps l'un des pionniers de l'utilisation des écrits autobiographiques (on lui doit l'idée et longtemps la direction des Archives de l'écriture populaire de Ligurie à l’université de Gênes). Dans L’officina della guerra, toutefois, le plan de la reconstitution ne se limite pas à l'opposition entre le soldat-victime, qui a recours à la névrose et à la simulation, et l'armée-oppresseur. L’adhésion à la culture de la haine, par exemple, sourd à travers les recueils de correspondances et les journaux intimes des “subalternes”, ainsi que la complexité du nouveau panorama mental et l’effet modernisateur de l'expérience d'une guerre qui se révèle un très puissant phénomène homogénéisant pour les Italiens en uniforme. Dans ce qu'on peut considérer comme la première étude d’histoire culturelle de 1915-1918 en Italie, l’armée est encore le théâtre diffus de conflits intérieurs, de “faux déments”, d'insoumis, de déserteurs (mais l’importance de la désertion délibérée est fortement redimensionnée) ; la guerre est envisagée toutefois surtout en tant que « première grande expérience collective des Italiens », comme Gibelli lui-même le dira plus explicitement en introduisant, quelques années plus tard, un ouvrage de synthèse bien connu [32] . Par une tout autre approche et avec d'autres intentions, Giovanna Procacci publie en 1993 pour Editori Riuniti Soldati e prigionieri italiani nella Grande Guerra, où elle reconstitue l’articulation des appareils de censure et de soumission à la discipline de l'armée au front ainsi que les vicissitudes des 600 000 prisonniers de guerre italiens capturés par l'armée autrichienne et allemande [33] . Se fondant en large partie sur des matériels d'archives inédits, Soldati e prigionieri est une reconstitution analytique non seulement des conditions de la captivité mais aussi, et surtout, des mauvaises politiques du gouvernement italien à l'encontre de ses soldats, abandonnés à eux-mêmes en bonne substance. Ce volume, qui est encore de nos jours fondamental, en particulier pour sa capacité de faire état de données quantitatives et de pratiques politiques du gouvernement et du Commandement Suprême, constitue aussi une mise en accusation de la guerre comme occasion de « renforcement de la vocation répressive du pouvoir militaire » et du gouvernement civil comme acteur faible, incapable de limiter l’expansion du pouvoir militaires et ses prétentions à gérer les affaires civiles et non seulement militaires [34] . Comme l'a confirmé par la suite l'auteure elle-même, la mobilisation totale se mue en opportunité pour une « violation générale des droits des citoyens » et en prémisse de l'involution autoritaire de l'État qui culminera dans la prise du pouvoir par le fascisme. Loin de représenter un laboratoire d’unification nationale, la guerre exacerbe les conflits (sociaux, régionaux et territoriaux) et interrompt l'évolution démocratique possible du pays [35] . Dans ce même esprit, Bruna Bianchi publie en 2001 La follia e la fuga, la dernière des monographies de recherche particulièrement significatives relevant du paradigme de la dissidence. Ce volume vise à documenter la diffusion de l'opposition à la guerre dans ses différentes formes : insoumission, désertion, névrose [36] . Il s'agit d'un ensemble remarquable de données, mais interprétées de manière univoque dans le sens de la révélation d'une constante protestation qui aurait imprégné tout segment de l'armée combattante. La recherche de la dissidence, même dans les milieux les plus improbables (comme chez les officiers), comporte parfois, ainsi que l'a relevé Giorgio Rochat, une décontextualisation et une banalisation forcées des événements: le très faible nombre de désertions avec passage à l'ennemi (2 000 documentées de 1915 à 1918) ne peut évidemment avoir la même signification que le nombre élevé de condamnations légères à des peines de détention pour abandon de poste qui n'ont pas eu, de fait, de conséquences pratiques [37] .

Un débat inexistant ? Les études sur la Grande Guerre en Italie aujourd'hui

Depuis le début des années 2000, le débat sur la Première Guerre mondiale en Italie s'est progressivement tari. Cela ne veut pas dire que l'on n'a pas publié d'ouvrages remarquables sur des aspects spécifiques du conflit. Le thème de la violence politique comme caractéristique de la mobilisation culturelle, des déplacés, de la captivité, de la mobilisation de l'enfance, du volontariat, de la propagande, du rapport entre militarisation et société civile, de la construction de la mémoire collective, de la guerre comme « défi générationnel » et du traumatisme culturel des mutilés, ont été abordés dans un certain nombre de monographies et dans différentes études collectives [38] . Tous ces travaux, et d'autres encore, ont attesté de manière efficace l'effacement des rigidités idéologiques du paradigme de la dissidence.

L’avènement d'une nouvelle génération d'historiens, dont les recherches demeurent extérieures aux instances ouvrières et radicales de la génération précédente, et les changements du contexte social et politique italien intervenu à la fin de la guerre froide, ont atténué le poids militant des études sur la Grande Guerre [39] . Celle-ci, d’autre part, a fini par devenir un objet marginal du débat historiographique (mais aussi, à la différence du cas français, du débat public). L’ouvrage d'ensemble plus récent, La Grande Guerra 1914-1918 signé Mario Isnenghi et Giorgio Rochat (2000), est une excellente synthèse des études italiennes jusqu'à la fin du XXe siècle, mais il se caractérise par une approche dépassée à différents égards : sur le versant de la mobilisation intellectuelle et des formes de représentation culturelle du conflit, pour ne donner qu'un exemple, le rôle du cinéma, des médias ou des rhétoriques de la jeunesse est à peine esquissé [40] . La démonstration la plus évidente peut-être du tarissement du débat sur 1915-1918 vient du peu d'intérêt de nombreux spécialistes italiens pour l’introduction dans le débat de deux catégories qui ont alimenté le débat européen, culture de guerre et mobilisation culturelle. Malgré la rapide traduction en Italie de 14-18. Retrouver la guerre de Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker (à la différence de la majeure partie des ouvrages fondamentaux de ce champ de recherches) les possibilités interprétatives offertes par le paradigme culturaliste, même dans ses aspects les plus controversés (en premier lieu, le statut du témoin, la question de la victimisation des combattants), ont été sous-évaluées [41] . À ce jour, les nouveautés apportées au débat par les recherches sur les mobilisations/démobilisations culturelles, sur l'esprit de croisade et sur la radicalisation de la violence depuis 1914 sont passées le plus souvent sous silence [42] .

La conséquence de ce manque relatif d'intérêt est double. D'un côté, les principaux ouvrages collectifs publiés au cours des dernières années (l’édition italienne de l'Encyclopédie de la Grande Guerre et l'ouvrage monumental en deux tomes sur la Grande Guerre dirigé par Mario Isnenghi et Daniele Ceschin pour la série Gli italiani in guerra), se sont signalés par l’absence de contributions réellement innovantes et pour la marginalité des espaces réservés à l'histoire culturelle. La prima guerra mondiale compte peu d'essais réellement originaux parmi les textes ajoutés pour l’édition italienne : la majeure partie des auteurs italiens appartiennent à la génération des historiens des années 1970 et 1980 et continuent de proposer des données et des interprétations déjà largement connues (et dans certains cas dépassées). À l’exception importante des chapitres de Massimo Baioni (Commemorazioni e musei) et de Giaime Alonge (La Grande Guerra e il linguaggio cinematografico), le champ de la culture de guerre et ses représentations médiatiques sont largement négligés [43] . Dans le cas de Gli italiani in guerra. La Grande Guerra, l’absence d'une réelle confrontation avec l'histoire culturelle de la guerre est encore plus évidente : on ne réserve qu'un centaine de pages, sur plus de 1 200, à la presse, au théâtre, au cinéma, à la photographie et à la musique, même si l’absence la plus éclatante est peut-être celle de la littérature de guerre, à propos de laquelle, encore une fois, une approche systématique fait défaut. À une époque où d'autres ouvrages de dimension encyclopédique (comme l’Atlante della letteratura Einaudi) [44] se préoccupent de fournir au chercheur des cartes pédagogiques et des essais corroborés par d'exhaustives données quantitatives concernant le champ culturel des deux guerres mondiales, la plus imposante opération éditoriale concernant la Première Guerre mondiale reste fermée aux suggestions du débat international et aux nécessités de nouvelles recherches [45] . Par ailleurs, les études italiennes sont souvent isolées du débat (comme du circuit) international. Certaines des contributions les plus originales à l'histoire culturelle de la guerre italienne sont l'œuvre d'historiens non italiens, comme Oliver Janz, qui a longtemps travaillé sur la constitution du culte des morts pour la patrie [46] . Il est difficile en revanche, de parler de réciprocité : la présence des historiens italiens dans le panorama de la recherche internationale sur 1914-1918 est limitée, et il en est de même de leur rôle dans les études comparées. La publication des volumes de la nouvelle série « Cambridge History » de la Première Guerre mondiale est significative: sur les 847 pages du premier volume, un seul essai est consacré au front italien (ou pour être plus précis, italo-autrichien), et la situation ne change pas si l'on examine la participation de chercheurs italiens aux colloques internationaux [47] . Cela est aussi la conséquence de la diminution drastique du nombre de chercheurs actifs dans les Départements universitaires et dans les instituts de recherche. Le départ à la retraite des principaux spécialistes (Giorgio Rochat, Mario Isnenghi, Giovanna Procacci, Antonio Gibelli) n'a pas donné lieu à une relève par une nouvelle génération de professeurs titulaires spécialisés dans (ou intéressés à) ce thème. Il est difficile de dire si cet état de choses est la cause ou la conséquence, sur la base des règles du champ académique, de la marginalisation de la Grande Guerre en tant qu'objet de débat historiographique, au profit de thèmes tels que le premier après-guerre, l’avènement du fascisme ou l'après-1945.

Le principal effet de ce déficit d'"aggiornamento" et d'innovation concernant l'objet Grande Guerre est l'absence palpable d'un véritable débat national. Et il est impossible de soutenir qu'il existe à ce jour (été 2013) de nouvelles écoles ou de nouveaux paradigmes interprétatifs opposés. « Consensus » et « dissidence », pour se référer aux termes les plus connus du débat académique et public français, ne sont pas des questions qui motivent les discussions entre les chercheurs, mais même des thèmes plus significatifs pour l'histoire contemporaine de l'Italie unie dans son ensemble, comme le rôle de la guerre dans le processus de nationalisation ou dans la modernisation des masses, semblent exercer un attrait mitigé dans le champ des historiens. L’approche du centenaire (2014) a suscité toutefois, même en Italie, un regain d'intérêt, non seulement scientifique mais également public [48] .

Article traduit par Jean-Pierre Floquet

Pour citer cet article : Marco Mondini, « L’historiographie italienne face à la Grande Guerre : saisons et ruptures », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 22, janvier-avril 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Ministero della Guerra, Comando del Corpo di Stato Maggiore Ufficio Storico, L’Esercito italiano nella Grande Guerra (1915-1918), t. 1, Rome, Provveditorato Generale dello Stato, 1927. La publication de l'ouvrage s'achèvera en 1988 par la parution du cinquième volume, tome 2/ter.

[2] R. Bencivenga, Saggio critico sulla nostra guerra, 5 vol., Rome, Tipografia agostiniana, 1930-1937.

[3] G. Mortara, La salute pubblica in Italia durante e dopo la guerra, Bari, Laterza, 1925 ; R. Bachi, L’alimentazione e la politica annonaria in Italia, Bari, Laterza, 1926 ; A. Serpieri, La guerra e le classi rurali italiane, Bari, Laterza, 1929.

[4] L. Einaudi, La condotta economica e gli effetti sociali della guerra, Bari, Laterza, 1933, p. XXVII.

[5] La vicissitude éditoriale est résumée par G. Belardelli, Introduzione, dans G. Volpe, Il popolo italiano nella Grande Guerra (1915-1916), dirigé par G. Belardelli, Milan, Luni, 1998, p. 11-20.

[6] La nostra guerra tra le Tofane. La formule, diversement reproposée ensuite par son auteur dans ses ouvrages, apparaît pour la première fois dans l’introduction à Piero Pieri, La crisi militaire italiana del Rinascimento, Naples, Ricciardi, 1934, p. VIII.

[7] Cf. Gorgio Rochat, L’Italia nella prima guerra mondiale : problemi di interpretazione e prospettive di ricerca, Milan, Feltrinelli 1976

[8] Piero Pieri, L’Italia nella prima guerra mondiale, Turin, Einaudi, 1965.

[9] Alberto Monticone, La battaglia di Caporetto, Rome, Studium, 1955.

10] Piero Melograni, Storia politica della Grande Guerra, Bari, Laterza 1969.

11] Sur l'utilisation en termes de légitimation politique des mémoires patriotiques de la Grande Guerre, souvent en continuité idéale avec la Résistance de "43-’45, cf. Marco Mondini-Guri Schwarz, Dalla guerra alla pace. Retoriche e pratiche della smobilitazione nell’Italia del Novecento, Vérone, Cierre 2007.

12] Paolo Alatri, La prima guerra mondiale nella storiografia italiana dell’ultimo venticinquennio, «Belfagor», 1972, n° 2 et 1973, n° 1.

13] Brunello Vigezzi, L’Italia di fronte alla prima guerra mondiale, 1 : L’Italia neutrale, Milan-Naples, Ricciardi, 1966 et Da Giolitti a Salandra, Firenze, Vallecchi, 1969.

14] Mario Isnenghi, I vinti di Caporetto nella letteratura di guerra, Padoue, Marsilio, 1967 ; Id., Il mito de la Grande Guerra, Bologne, Il Mulino, 1989 [éd. or. : 1970] ; Id., Giornali di trincea, Turin, Einaudi, 1977.

15] Cf. Marco Mondini, “Scrivere della guerra, scrivere in guerra. Appunti per uno studio sulla letteratura di guerra in Italia”, dans Marco De Nicolò (dirigé par), Dalle trincee alla piazza, Rome, Viella, 2011, p. 123-133.

16] Enzo Forcella, Alberto Monticone, Plotone di esecuzione. I processi de la prima guerra mondiale, Rome-Bari, Laterza, 2008 [éd. or. : 1968].

17] Ibidem, p. LXXIX. Il s'agit du nombre le plus élevé de condamnations exécutées dans les pays de l'Entente. Cf. Leonard Smith, Refus, mutineries et répressions, dans Stéphane Audoin-Rouzeau, Christophe Prochasson (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, Paris, Bayard, 2004, p. 393-405.

18] Renato Monteleone, Lettere al re 1914-1918, Rome, Editori Riuniti, 1973. La publication d'un grand nombre de ces contributions par Editori Riuniti, maison d'édition du Parti communiste italien, ne peut être sous-estimée ; une bonne partie du débat historiographique sur la Grande Guerre jusqu'à 1989 est aussi, en effet, un débat politique militant.

19] Giorgio Rochat, “Gli studi di storia militare sull’Italia contemporanea (1914-1945). Bilancio e prospettive”, Rivista di storia contemporanea, XVIII (1989), 4, p. 605-627.

20] Sur l'émergence de l'intérêt pour les écrits populaires dans l'historiographie italienne cf. Antonio Gibelli, Nota sulle fonti di scrittura popolare, dans Id., L’officina della guerra. La Grande Guerra e la trasformazione del mondo mentale, Turin, Bollati Boringhieri, 1998 [éd. or. : 1991], p. 211-219 et Fabio Caffarena, Le scritture dei soldati semplici, dans Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker, La prima guerra mondiale, édition italienne dirigée par Antonio Gibelli, Turin, Einaudi, 2007, p. 633-649.

21] Parmi les premiers recueils : Fabio Foresti (dir.), Era come a mietere. Testimonianze orali e scritte di soldati sulla grande guerra, San Giovanni in Persiceto, Quaderni della Biblioteca, 1982.

22] Un premier recensement des écrits populaires de la région de Trente fut présenté par Camillo Zadra, “Quaderni di guerra. Diari et memorie autobiografiche di soldati trentini nella Grande Guerra”, Materiali di lavoro, 1985, 1-3, p. 209-236. Sur cette saison d'études et ses résultats, voir à présent Quinto Antonelli, I dimenticati della Grande Guerra. La memoria dei combattenti trentini (1914-1920), Trente, Il Margine, 2008.

23] Un aperçu de ces différents champs de recherche dans Bruna Bianchi, “La Grande Guerra nella storiografia italiana dell’ultimo decennio”, Ricerche storiche, 1991, 3, p. 639-745.

24] Santo Peli, Andrea Camarda, L’altro esercito. La classe operaia durante la prima guerra mondiale, Milan, Feltrinelli, 1980 ; Giovanna Procacci (dir.), Stato e classe operaia in Italia durante la prima guerra mondiale, Milan, Angeli, 1983.

25] Parmi les premiers à s'occuper de ce thème Andrea Fava, Assistenza e propaganda nel regime di guerra, dans Mario Isnenghi (dir.), Operai e contadini nella Grande Guerra, Bologne, Cappelli 1982, p. 174-212 et Id., War, national education and the italian primaryschool, dans John Horne (dir.), State, Society and Mobilization in Europe during the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 53-70. Les années 1980 sont également la saison des principales études sur le rôle du clergé catholique pendant la guerre, tant au front (aumôniers militaires et prêtres soldats) qu'à l'intérieur du pays. Cf. Roberto Moroso de la Rocca, La fede e la guerra. Cappellani militari e preti-soldato 1915-1919, Rome, Studium, 1980 ; Luigi Bruti Liberati, Il clero italiano nella Grande Guerra, Rome, Editori Riuniti, 1982.

26] Dans les années 1980, les seules contributions innovantes sur l'armée italienne de la Grande Guerre sont signées par Giorgio Rochat. Elles concernent le recrutement de l'armée et la composition sociale du corps des officiers et paraissent de manière éparse dans différents actes de colloques ; le remarquable ouvrage sur la genèse et le mythe des troupes de choc (Giorgio Rochat, Gli arditi della grande guerra, Milan, Feltrinelli, 1981) constitue l'exception. Parmi les premières contributions ayant systématiquement recours aux sources psychiatriques : A. Gibelli, Guerra e follia. Potere psichiatrico e patologia del rifiuto nella Grande Guerra, dans “Movimento operaio e socialista”, 1980, 4 ; Id., La guerra laboratorio. Eserciti e igiene sociale verso la guerra totale, dans “Movimento operaio e socialista”, 1980, 4 ; B. Bianchi, Predisposizione, commozione o emozione? Natura e terapia delle neuropsicosi di guerra (1915-1918), dans “Movimento operaio e socialista”, 1983, 3 ; P. Giovannini, La psichiatria italiana e la Grande Guerra, dans “Sanita, scienza e storia”, 1987, 1.

27] M. Isnenghi (dir.), Operai e contadini nella Grande Guerra, Bologne, Cappelli, 1982.

28] D. Leoni, C. Zadra (dir.), La Grande Guerra. Esperienza, memoria, immagini, Bologne, Il Mulino, 1986.

29] Oliver Janz, ZwischenKonsens und Dissens. Zur Historiographie des Ersten Weltkriegs in Italian, in Arnd Bauerkämper und Elise Julien, Durchhalten! Krieg und Gesellaschaft im Vergleich 1914-1918, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2010, p. 195-216.

30] Giovanna Procacci, “Dalla rassegnazione alla rivolta : osservazioni sul comportamento popolare in Italia negli anni della prima guerra mondiale”, Ricerche storiche, 1989, 1, p. 45-112.

31] Bruna Bianchi, “Momenti di pace in guerra. Fraternizzazioni, tregue informali ed intese con il nemico”,  dans Paolo Giovannini (dir.), Di fronte alla Grande Guerra, Ancône, Il Lavoro 1997, p. 83-103.

32] Antonio Gibelli, La Grande Guerra degli italiani 1915-1918, Milan, Sansoni, 1998.

33] Giovanna Procacci, Soldati e prigionieri italiani nella Grande Guerra, Turin, Bollati Boringhieri, 2000 [éd. or. : 1993].

34] Ibidem, particulièrement p. 20-54.

35] Giovanna Procacci, “L’Italia nella Grande Guerra”, dans Giovanni Sabbatucci, V. Vidotto, Storia d’Italia, 4 : Guerre e fascismo 1914-1943, Rome-Bari, Laterza, 1998, p. 3-99 ; Id., Warfare-welfare. Intervento dello Stato e diritti dei cittadini (1914-1918), Rome, Carocci, 2013, p. 15-17.

36] Bruna Bianchi, La follia et la fuga. Nevrosi di guerra, diserzione e disobbedienza nell’esercito italiano 1915-1918, Rome, Bulzoni, 2001.

37] Giorgio Rochat, “ La follia e la fuga” (compte rendu), Il mestiere di storico, 2001, III, p. 135.

38] Entre autres : Angelo Ventrone, La seduzione totalitaria. Guerra, modernità, violenza politica (1914-1918), Rome, Donzelli, 2003 ; Alessandro Tortato, La prigionia di guerra in Italia, Milan, Mursia, 2004 ; Piero Del Negro (dir.), Militarizzazione e nazionalizzazione nella storia d’Italia, Milan, Unicopli, 2005 ; Antonio Gibelli, Il popolo bambino. Infanzia e nazione, Turin, Einaudi, 2005 ; Daniele Ceschin, Gli esuli di Caporetto. I profughi in Italia durante la Grande Guerra, Rome-Bari, Laterza, 2006 ; Marco Mondini (dir.), Armi e politica. Esercito e società nell’Europa contemporanea, numéro monographique de Memoria e ricerca, 2008, 28, p. 5-104 ; Fabrizio Rasera, Camillo Zadra (dir.), Volontari italiani nella Grande Guerra, Rovereto, Museo storico italiano della Guerra, 2008 ; Marco Mondini, Parole come armi. La propaganda verso il nemico nell’Italia della Grande Guerra, Rovereto, Museo storico italiano della Guerra, 2009 ; Nicola Labanca (dir.), Pietre di guerra. Ricerche su monumenti e lapidi in memoria del primo conflitto mondiale, Milan, Unicopli, 2010 ; Elena Papadia, Di padre in figlio. La generazione del 1915, Bologne, Il Mulino, 2013 ; Barbara Bracco, La patria ferita. I corpi dei soldati italiani e la Grande Guerra, Florence, Giunti, 2013.

39] C'est ce que remarque efficacement Oliver Janz également lorsqu'il parle de la « crise de l'historiographie de gauche » et d'ouverture à des considérations plus paisibles sur la valeur nationalisante et modernisatrice de la guerre. Cf. Zwischen Konsens und Dissens, op. cit., p. 203-208.

40] Mario Isnenghi, Giorgio Rochat, La Grande Guerra 1914-1918, Florence, La Nuova Italia, 2000.

41] Par rapport à la rapide traduction de Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, La violenza, la crociata, il lutto, introduction d'Antonio Gibelli, Torino, Einaudi, 2002, demeurent non traduits (et peu connus) quelques volumes largement utilisés dans le débat européen : par exemple, John Horne, Alan Kramer, German Atrocities, 1914. A History of Denial, New Haven and London, Yale University Press, 2001, Leonard Smith, Between Mutiny and Obedience, Princeton, Princeton University Press, 2004 ; Jay Winter, Remembering War, New Haven, Yale University Press, 2004 ; Stéphane Audoin-Rouzeau, Christophe Prochasson (dir.), Sortir de la Grande Guerre. Le monde et l’après 1918, Paris, Tallandier, 2008. Le problème de la réception des recherches européennes s'avère particulièrement grave en ce qui concerne la production en langue allemande.

42] Quelques exceptions : Giovanna Procacci, “Alcune recenti pubblicazioni sulla cultura di guerra e sulla percezione della morte ne primo conflitto mondiale”, dans Nicola Labanca, Giorgio Rochat (dir.), Il soldato, la guerra, il rischio di morire, Milan, Unicopli 2006, pp. 107-124 ; Marco Mondini, Guri Schwarz, Dalla guerra alla pace, op. cit. ; Marco Mondini, “Uscire dalla guerra”, Storica, 2009, 41-42, p. 273-283 ; Daniele Ceschin, “Culture di guerra e violenza ai civili”, Ricerche di storia politica, 2010, 1, p. 43-55 ; Nicola Labanca, “Cultura di guerra. Note su una nuova categoria storica”, dans Piero Del Negro, Enrico Francia (dir.), Guerre e culture di guerra nella storia d’Italia, Milan, Unicopli, 2011, p. 13-24. Ce dernier volume est un exemple efficace du peu de familiarité des spécialistes italiens d'histoire de la guerre avec la catégorie “culture de guerre”, souvent mal interprétée si ce n'est même ignorée (comme Piero Del Negro d'ailleurs le rappelle dans l'avant-propos).

43] La prima guerra mondiale, dirigé par Antonio Gibelli, op. cit., p. 503-517 et 661-676.

44] Cf. Sergio Lusatto, Gabriele Pedullà (dir.), Atlante de la letteratura italiana, III : Dal Romanticismo a oggi, Turin, Einaudi 2012. 

45] Sur la genèse conceptuelle de l'ouvrage, en polémique avec l'école de Péronne et la dimension culturaliste de l'Encyclopédie de  004, cf. Mario Isnenghi, “Genesi di ‘Gli Italiani in guerra’”, dans Piero Del Negro, Enrico Francia (dir.), Guerre e culture di guerra, op. cit., p. 197-210. 

46] Oliver Janz, Das symbolische Kapital der Trauer. Nation, Religion und Familie im italienischen Gefallenkult des Ersten Weltkriegs, Tübingen, Niemer Verlag, 2009 ; Oliver Janz e Lutz Klinkhammer (procuré par), La morte per la patria, Roma, Donzelli, 2008.

47] Nicola Labanca, Le front italo-autrichien, dans Jay Winter (dir.), La Première Guerre mondiale. Combats, Paris, Fayard, 2013, p. 287-318. La faible représentativité des chercheurs italiens aux colloques internationaux où la guerre est abordée sous un profil d'histoire culturelle est souvent éclatante. D'importants colloques comme The First World War in a Gender Context (Vienne, 2011) ou War and Memory. Artistic and Cultural Representations (Varsovie, 2012) n'ont vu que la participation de trois chercheurs italiens. Une tentative de réintroduire les catégories d'histoire culturelle dans le débat italien, même si dans une perspective de plus longue période, était à l'origine du colloque Narrating Wars (Fondation Bruno Kessler, Trente, 2012). On peut à présent en avoir les actes : Marco Mondini – Massimo Rospocher (dir.), Narrating Wars. Early Modern and Contemporary Perspectives, Berlin / Bologne, Duncker & Humblot / Il Mulino, 2013.

48] En janvier 2013 ont débuté à Trente les travaux de la première équipe de recherche italienne spécialisée dans la Grande Guerre : elle est composée de personnel de l'Institut historique italo-allemand et de l’université de Trente. L'équipe « 1914-1918 » a lancé un projet global de recherche d'histoire sociale et culturelle, avec une spécialisation marquée sur le thème des retombées de la guerre et de la mobilisation/démobilisation culturelle dans les territoires frontaliers. Cf. : http://isig.fbk.eu/projects/world-war-i-1914-1918-trentino-italy-europe

Marco Mondini

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Pise, Marco Mondini est chercheur à l’Institut historique italo-allemand–FBK de Trente, où il dirige l’équipe de recherche « La Première Guerre mondiale » ; il enseigne l'histoire contemporaine à l’université de Padoue. Il est membre de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne et section editor du projet « 14-18 online. International Encyclopedia of the First World War ». Il a publié plusieurs ouvrages sur la société militaire et la culture de guerre en Italie entre XIXe et XXe siècle ; sa monographie sur la Grande Guerre italienne (La guerra italiana. Partire, raccontare, tornare) va paraître chez l’éditeur Il Mulino. 

Mots clefs : historiographie ; Italie ; paradigme ; rupture ; Première Guerre mondiale.

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