Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Historiographies étrangères de la Première Guerre mondiale

Coordination : Robert Boyce, Sabine Jansen, Pierre Purseigle, Marie Scot

La Première Guerre mondiale en Pologne : simple prodrome à l’indépendance nationale ?

Stephan Lehnstaedt
Résumé :

 L’article propose un panorama de la recherche sur l’histoire polonaise durant la Première Guerre mondiale et s’intéresse, (...)

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La Pologne a-t-elle vraiment participé à la Première Guerre mondiale ? Elle n’exista en tant qu’État indépendant qu’à partir du 11 novembre 1918 ; avant cette date, elle était divisée entre trois Empires : l’Allemagne, la Russie et l’Autriche-Hongrie. Au début de la guerre, la Russie parvint à conquérir une partie de l’Empire austro-hongrois, la Galicie, et a remporté un succès non négligeable à Tannenberg, mais dès la fin de l’année 1914, les puissances centrales reprirent l’initiative. Après la bataille de Gorlice-Tarnow en mai 1915, toute la partie de la Pologne qui avait appartenu aux Russes passa sous le contrôle de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, qui divisèrent le territoire en deux zones : le gouvernement général de Varsovie et le gouvernement militaire de Lublin, la frontière étant matérialisée, approximativement, par le tracé de la Vistule. Au Nord, la Courlande, une partie des pays Baltes et quelques régions polonaises aux alentours de Bialystok tombèrent également sous domination allemande, mais ils furent rattachés au district administratif « Ober Ost », qui était sous contrôle militaire direct. À Varsovie en revanche existait, en sus du pouvoir du gouverneur général et colonel-général Hans von Beseler, une administration civile forte et indépendante, alors que dans les territoires occupés par les Habsbourg, une administration militaire avait également été érigée, sous le contrôle étroit de Vienne. C’est à partir des territoires anciennement russes de la Pologne et de la Galicie que l’État indépendant polonais mena deux guerres, sous la houlette de son héros national, Josef Pilsudki, en 1919-1920, la première contre la Lituanie et la Russie communiste, qui fixa les frontières à l’Est jusqu’en 1939 ; la seconde à l’Ouest, où la guerre prit la forme de combats de longue haleine contre des unités et des Corps francs allemands, en Haute-Silésie et dans la province de Posen. Ce n’est qu’après les succès, grands ou petits, dans ces conflits que l’État polonais prit la forme qu’il devait conserver pendant presque vingt ans.

Entre le moment où la guerre fut déclarée entre l’Entente et les puissances centrales et aujourd’hui, la perception des années 1914 et 1918 fut très différente dans l’opinion publique polonaise que dans d’autres pays d’Europe comme le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne. La date de la fin de la guerre était, en effet, d’une importance bien plus significative, car c’est en 1918 que fut (re-)fondée la République. La date de 1914, elle, ne jouait qu’un rôle subalterne, car elle ne représentait pas une rupture avec l’occupation impériale qui durait depuis le troisième partage de la Pologne à la fin du XVIIIsiècle. Le début de la guerre n’apporta qu’un déplacement des zones d’occupation.

Du temps de la domination communiste de 1945 jusqu’à la fin des années 1980, il n’y eut pas de grands débats critiques sur la période de « l’après-guerre », car la Pologne avait combattu contre le « peuple-frère » socialiste, contre la Russie soviétique – et avec succès ! – et parce que les mouvements d’indépendance nationaux regroupaient toutes les tendances, de l’extrême droite à la gauche non communiste. Les buts territoriaux, qui étaient souvent construits sur l’idée d’une Pologne qui irait de la mer Baltique jusqu’à la mer Noire, n’étaient pas pour plaire ou pour trouver approbation chez les voisins. Pour faire simple : les communistes ne voyaient pas d’intérêt à étudier un tel passé. Ils auraient été contraints, s’ils l’avaient fait, de condamner une forme d’impérialisme et d’expansion territoriale, ce qui, au regard de la construction glorieuse d’une nation polonaise après des centaines d’années de domination ne paraissait pas opportun.

Ces vingt dernières années, en revanche, les historiens polonais ont profondément étudié la période du direct après-guerre, qui ne pouvait en aucun cas être séparée de l’expérience de la Première Guerre mondiale. Il était souvent difficile de discerner une césure dans les combats : la lutte pour l’indépendance et la construction d’un État national continua, tout comme les souffrances de la population. L’intérêt pour cette période – que l’on ne nomme « après-guerre » que du point de vue de l’Ouest – est aussi explicable par l’intégration d’un nombre très important de minorités – Allemands, Biélorusses, Lituaniens, Ukrainiens ou encore Juifs – dans l’État polonais, ce qui conduisit, par la suite, à de nombreuses et importantes tensions ethniques. Mais là encore, la Première Guerre mondiale n’était pas étudiée en tant que telle ; elle était évoquée à partir de 1918, du point de vue de ses conséquences sur la création d’un État national. En somme, le premier conflit mondial de 1914-1918 n’a jamais eu un rôle très important dans la conscience historique polonaise jusqu’à aujourd’hui, alors que presque deux millions de Polonais ont combattu au sein des trois armées des Empires orientaux – et un petit nombre d’entre eux aux côtés des puissances alliées [1] . Le 1er août 2014, les festivités seront évidemment dédiées à la commémoration des 70 ans de l’insurrection de Varsovie de 1944.

Si cet article se donne pour objectif d’éclairer l’historiographie des années « classiques » de la Première Guerre mondiale, il essaie aussi de consacrer une attention particulière à cette seconde moitié de la Grande Guerre à l’Est de l’Europe, la période 1918-1921. Quels que soient les manques historiographiques, on ne peut pas conclure qu’il n’existe aucune littérature concernant les années 1914-1918. Dans l’historiographie polonaise, la Grande Guerre fait souvent partie de l’histoire de la domination étrangère après le partage de la Pologne, mais il existe aussi des études spécifiquement dédiées à cette période. S’y ajoutent des recherches allemandes et anglo-saxonnes, elles aussi centrées sur la période 1914-1918. Pourtant, le front Est – et avec lui la Pologne – reste encore, en termes qualitatifs comme quantitatifs, en comparaison avec le front Ouest, une terra incognita.

La Nation polonaise et ses minorités pendant la Première Guerre mondiale

C’est en 1932 qu’est parue, en version française abrégée, l’œuvre centrale de l’histoire sociale de la Pologne durant la Première Guerre mondiale : écrite par l’historien varsovien Marceli Handelsman – assassiné durant la Seconde Guerre mondiale en tant que Juif par les nazis –, elle se fondait sur la littérature contemporaine disponible et sur la presse d’un côté, et de l’autre sur des mémoires et sur sa propre expérience personnelle [2] . La part des sources de première main y était beaucoup plus limitée, pour la simple et bonne raison que les archives des deux puissances occupantes, Allemagne et Autriche-Hongrie, ne furent disponibles en Pologne qu’à partir de 1945 [3] . Plus récemment, c’est surtout Jan Molenda qui s’est intéressé à l’histoire sociale [4] . Comme Marek Przeniosło, il se concentrait sur le monde paysan, le groupe socio-professionnel largement majoritaire à l’époque [5] . L’un comme l’autre soulevaient des questions qui dépassaient amplement la période, comme par exemple la relation entre les grands propriétaires terriens et les petits paysans, ou la situation économique et financière. Cela contribuait, tendanciellement, à gommer la spécificité du premier conflit mondial. Cette perspective, qui consiste à insérer la Première Guerre mondiale au sein d’autres continuités, est d’ailleurs un des caractères dominants de la plupart des recherches générales en histoire sociale et économique, dans lesquelles les années 1914-1918 ne représentent souvent qu’un petit chapitre, sans réél intérêt particulier ou monographique.

En ce qui concerne la population de Varsovie, la soutenance de thèse prochaine de Marta Polsakiewicz, de l’université de Francfort-sur-l’Oder, devrait apporter de nouvelles découvertes, en particulier sur les conséquences de l’occupation allemande [6] . L’autre grande capitale du royaume de Pologne, Łódź, a surtout fasciné les historiens allemands, du fait des tensions ethniques entre les Polonais, les Juifs et les Allemands de cette métropole [7] . La question des nationalités est l’un des champs de recherche les plus importants et les plus attractifs de ces dernières années. Au centre de ce champ se trouve la population juive, qui s’est trouvée à de nombreuses reprises « entre les fronts », comme le laissait entendre le titre du livre de Frank Schuster [8] . Il décrit la situation des Juifs dans quelques communes qu’il a sélectionnées et illustre toujours son propos par des exemples littéraires ; la seule limite de cette œuvre impressionnante est la différenciation parfois un peu insuffisante entre les différentes zones d’occupation – qui ne devait pourtant pas être aussi importante dans la perception des contemporains.

En outre, il existe, concernant la politique allemande envers les Juifs de l’Est, une littérature spécifique [9]  ; l’étude importante de Ludger Heid sur les travailleurs juifs en Allemagne a attiré l’attention [10] . Elle montre avec précision comment l’antisémitisme arrivait très bien à s’accommoder du fait de maintenir dans le Reich le plus possible de forces de travail juives, pour pouvoir remplacer les soldats qui se trouvaient au front ; il s’agit ici, fondamentalement, d’une politique qui perdura, même après la déclaration de la République de Weimar, et qui s’inscrivait dans une grande continuité avec l’Empire. L’étude fondamentale pour les relations entre les Juifs et les Polonais, qui s’intéresse aussi de manière large aux questions socio-économiques, a été publiée en 2005 par Konrad Zieliński [11] . Zieliński, lui aussi, souligne les continuités entre la domination russe et le royaume de Pologne, qui avait déjà fixé les règles du droit, la répartition des richesses et des catégories socio-professionnelles, les préjugés et les discriminations ; les puissances occupantes pouvaient, certes, attiser certaines dynamiques, mais en définitive, les changements se heurtaient à des logiques qui continuèrent après la guerre. L’influence de l’occupation sur les structures sociales de la Pologne était certes significative, mais elle ne doit pas être survalorisée : des changements fondamentaux, comme la citoyenneté ou l’égalité accordées aux Juifs, commencèrent à être évoqués à partir de 1916, mais ne furent pas une seule fois mis en application dans l’entre-deux-guerres ; le terrible coup d’arrêt de ce timide processus de modernisation fut la Solution finale.

Les Juifs ne furent pas les seules victimes de la guerre, et toutes les minorités eurent à pâtir de l’occupation sous une forme ou sous une autre. On ignore souvent, par exemple, que les Russes, en 1914, déportèrent une partie des minorités allemandes, parce qu’ils les suspectaient de constituer une cinquième colonne [12] . En Galicie ne sévissaient pas uniquement les troupes du Tsar ; les troupes de l’armée austro-hongroise aussi commirent des exactions, au moment de la reconquête des terres en 1915, car elles considéraient les Juifs – mais aussi les Ukrainiens – comme des traîtres. Anton Holzer a décrit cette véritable guerre de la monarchie des Habsbourg contre les populations civiles dans un livre controversé [13] – en produisant ainsi une sorte de pendant oriental à l’étude de John Horne et de Alan Kramer pour le front Ouest [14]  –, ses résultats ayant été très critiqués, mais d’une manière assez peu scientifique.

La Pologne occupée

Entre 1915 et 1918, l’ancienne Pologne russe fut occupée par les puissances centrales. L’état des connaissances concernant les deux territoires occupés par les Empires de l’Ouest est jusqu’ici assez lacunaire. La question des buts de guerre allemands à l’Est, et celle, liée, du processus de négociation diplomatique avec l’Autriche-Hongrie, constituent bien sûr des exceptions notables. Depuis la controverse autour de Fritz Fischer dans les années 1960, où l’historien de Brême a avancé l’hypothèse selon laquelle l’Allemagne avait, durant la Grande Guerre, essayé de « conquérir la domination mondiale [15]  », ces questions sont restées au centre de l’attention. C’est l’étudiant le plus marquant de Fischer, Imanuel Geiss, qui a le premier soulevé la question des volontés d’expansion allemande dans le territoire polonais [16] .

Depuis ces études se sont écoulés presque cinquante ans, durant lesquels l’histoire diplomatique a exercé une fascination ininterrompue sur les sciences historiques. Ces dernières années, ce sont surtout des historiens polonais qui se sont intéressés à une reconstruction minutieuse des discussions entre Vienne et Berlin [17] . Quelle que soit la qualité de ces études, elles ne font souvent que préciser les travaux allemands antérieurs de Werner Conze, qui restent fondamentaux [18]  ; les études produites en République démocratique allemande (RDA), qui sont parfois d’une orientation clairement marxiste, sont cependant toujours utiles [19] . À côté de ces monographies écrites depuis une perspective allemande, existent des enquêtes concernant la politique extérieure de l’armée austro-hongroise, qui ont surtout été menées en Autriche ; elles sont, elles aussi, anciennes, mais encore aujourd’hui primordiales [20] . Dans une période plus récente, au sein de nombreuses études biographiques, le rôle du diplomate Leopold von Andrian a été mis en avant, lui qui, comme prodige littéraire de la Sécession viennoise, trouva ensuite un emploi de circonstance au ministère des Affaires étrangères à Vienne et parvint à exercer une certaine influence comme spécialiste de la Pologne et de l’Ukraine [21] . L’exemple d’Andrian montre à quel point il peut être intéressant et fructueux de s’intéresser aux biographies des acteurs de l’Empire, dans toutes leurs diversités ethniques et politiques. Un réel emploi de cette méthode est pour la Pologne, divisée entre trois Empires, loin d’être atteint pour le XIXe siècle.

Dans les cercles plus larges de la politique étrangère, le thème de la Mitteleuropa comme espace de domination pour les trois Empires allemand, russe et austro-hongrois, que ce soit en termes de zone d’influence ou comme espace économique, avait une grande importance dans l’opinion publique allemande juste avant le déclenchement de la guerre ; on y voyait une zone à placer sous le contrôle allemand. La Mitteleuropa comme zone de domination indirecte allemande n’exista jamais, mais depuis l’importante monographie de Henry Cord Meyer en 1955, les historiens ont continué à s’intéresser aux nombreux rapports, mémorandums et propositions des groupes d’intérêts et groupes d’initiative économique [22] . Ceux-ci posent la question de la dérive vers un impérialisme expansif et en même temps, de l’influence des opinions publiques ; cela pourrait aboutir à de nombreuses découvertes importantes pour l’Allemagne [23] et l’Autriche-Hongrie [24] . En ce qui concerne la Pologne, cependant, ces réflexions sont moins adaptées, dans la mesure où ces idées restèrent en majorité des plans réfléchis à Berlin et à Vienne, mais qui ne trouvaient pas d’écho dans la politique concrète des deux puissances.

Les questions de politique extérieure mises à part, l’intérêt porté à l’occupation en Pologne est peu important. Les événements militaires ne sont vraiment décrits que dans une étude ancienne de Norman Stone [25] , même si en 2006 a été publié un ouvrage collectif important de l’Institut de recherche en histoire militaire, qui s’intéressait au front de l’Est lui-même, et qui a permis de combler un grand nombre de zones d’ombre [26] . La personne qui voudrait s’intéresser à l’occupation en elle-même, devrait, en ce qui concerne l’Allemagne, débuter toute recherche par la lecture du classique ouvrage de Werner Conze, paru en 1958 [27] . L’historien allemand était marié à la fille du gouverneur général Hans von Beseler et avait donc un accès illimité à ses fonds privés ; il les a largement utilisés. Sa description de Beseler manque parfois de distance critique et le livre se concentre sur la « grande » politique, mais jusqu’à aujourd’hui, il s’agit du panorama le plus complet concernant les décisions concrètes sur le terrain, décisions qui ne sont, dans les autres études, que marginalement discutées.

Reinhold Zilch, dans sa thèse publiée en 1994, a comparé la politique financière en Belgique et en Pologne [28]  ; cette thèse, préparée avant la chute de la RDA, a été publiée dans une forme retravaillée, et donne une image fiable et fondamentale des politiques financières des occupants. Si son étude apporte des résultats essentiels à l’échelle locale et générale, il manque, de manière assez logique, une description de l’échelle médiane de l’occupation, notamment dans ses rapports avec d’autres champs d’étude comme, par exemple, la question ethnique ou les perceptions culturelles. Il étudie certes un aspect jusque-là négligé de l’économie de guerre, mais les résultats sont, en dehors des limites relativement étroites de l’histoire financière, difficiles à généraliser.

Plus récemment, la recherche la plus importante sur l’occupation à l’Est a été écrite par Christian Westerhoff [29] , qui a comparé le travail forcé dans le Gouvernement général de Varsovie et dans la zone de l’Ober Ost. Il a ainsi pu montrer non seulement les principales intentions des occupants mais aussi, dans un court chapitre de panorama, effectuer une comparaison diachronique sur deux thèmes porteurs de la recherche à venir : la question de l’unicité des politiques à l’Est et celle de la continuité et des évolutions entre la Première et la Seconde Guerres mondiales. L’étude de Westerhoff, une histoire structurelle par « en haut », qui laisse largement de côté la perspective des populations occupées, livre pourtant une reconstruction minutieuse des changements en cours entre Berlin et les administrations locales, dans lesquelles l’influence du contexte général des événements de la guerre – en gros, le programme de Hindenburg – est très bien pris en considération. Il donne une image différenciée du phénomène du travail forcé, et évite ainsi l’application trop générale du terme de « contrainte » à tous les secteurs d’activité sous domination allemande.

Jesse Kauffman, dans sa thèse sur la politique scolaire du Gouvernement général de Varsovie, qui n’est pas encore publiée, a pris en compte avec sérieux les questionnements inspirés par l’histoire culturelle. Nous en sommes réduits, pour l’instant, aux quelques articles publiés par Jesse Kauffman, qui analysent le lien entre l’État national et l’instruction, et les intérêts allemands qui y sont liés, mais sans que, dans ces courtes contributions, de nouvelles sources ne soient présentées. L’actualité de son approche et le point de vue adopté, plus que les faits nouveaux, font la richesse de cette perspective [30] . Arkadiusz Stempin a, quant à lui, réalisé son habilitation, qui n’est pas encore publiée, sur un sujet très proche. Il avait déjà travaillé sur la question des nationalités [31] , et a ensuite réalisé une biographie du gouverneur allemand Hans von Beseler [32]  ; la contribution de Robert Spät est toutefois plus importante, car elle se fonde sur une plongée plus profonde dans le fonds privé du gouverneur [33] .

La littérature concernant le gouvernement militaire austro-hongrois de Lublin présente un visage encore plus pauvre. On peut signaler deux publications de Tamara Scheer et de moi-même, qui mettent en valeur les archives de Vienne et de Varsovie, mais elles ne peuvent naturellement pas remplacer une monographie. Ces deux publications s’intéressent à la dureté de la politique d’occupation : les conclusions de Tamara Scheer, cependant, aboutissent à une conclusion beaucoup plus positive que mes propres recherches, qui montrent à quel point le pillage économique dans cette zone a été d’une dureté très comparable à celle de l’occupation allemande [34] . Pour celui qui s’intéresse à la domination de la double monarchie, il existe les œuvres publiées, dès la période de l’entre-deux-guerres, par des anciens officiers du gouvernement militaire général, qui sont pour la plupart très fiables en termes factuels, mais qui se concentrent sur une pure histoire politique et développe des tendances à l’autojustification indiscutables [35] . Les chercheurs polonais se sont concentrés sur la publication extensive des archives, entreprise qui est en train d’être menée à Varsovie [36]  ; mais ils n’ont écrit que quelques études spécifiques sur les attributions de l’administration, qui se concentrent très souvent sur les réactions et l’influence polonaises [37] . Il manque jusqu’ici une enquête globale et actuelle, ce qui contraste avec le champ très dynamique et riche en controverses concernant les recherches sur la Galicie – qui en tant que membre de la Couronne de Cisleithanie était, certes, dans une situation très différente [38] .

En 1918, les Polonais atteignirent enfin l’indépendance tant attendue, même s’il ne pouvait être question de parler d’un véritable État-nation, vu la place des nombreuses minorités. L’historiographie polonaise s’est beaucoup intéressée au long chemin qui menait à l’indépendance, et a donc aussi mené des recherches sur la période de la guerre en elle-même. Au centre de ces recherches se trouve le personnage de Józef Piłsudski [39] qui, dès 1914, avait créé, au sein de l’armée austro-hongroise, une légion polonaise dans l’idée de combattre pour l’indépendance de la Pologne au côté des puissances centrales. Mais ces dernières n’étaient intéressées que par une victoire sur la Russie, pas par la création d’un État polonais, ce qui aboutit à de très nombreux conflits de compétences et d’attributions. Les légions n’atteignirent jamais ni la grandeur, ni l’importance que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie avaient escomptées ; leur rôle réel dans l’indépendance ne fut pas non plus fondamental – finalement, ce fut l’écroulement des puissances centrales et la vacance du pouvoir en Europe médiane et orientale qui rendit possible la création d’un État polonais. L’importance principale des légions fut d’avoir été le germe de la nouvelle armée de l’après-1918 [40] . Au sein d’une historiographie plus ou moins nationale, qui analyse le plus souvent une histoire événementielle ou une histoire des institutions [41] , l’œuvre de Magdalena Micińska développe une perspective originale [42]  : en comparant les commémorations et les fêtes en l’honneur du héros de la libération Tadeusz Kościuszko en 1894 et en 1917, elle écrit une histoire culturelle de la mise en scène des désirs d’indépendance sous la domination des trois Empires. Son étude est, du même coup, une étude sur la politique symbolique des occupants, qui dépasse les césures et pose une fois de plus la question de la réelle différence entre l’occupation russe en temps de paix et l’occupation des puissances centrales en temps de guerre.

La contextualisation comme objectif

Le livre qui, dans la dernière décennie, a eu sans doute possible le plus d'influence sur les études sur la Grande Guerre à l'Est, est l'oeuvre de Vejas Liulevicius sur l'Ober Ost [43] . Il y décrit le sentiment allemand d’une « mission civilisatrice », qui se fondait sur un sentiment de supériorité envers les populations locales et devait aboutir, grâce aux structures militaires, à une utilisation optimale des ressources au bénéfice des occupants. La peur de ce pays étranger, couplée à celle d’adversaires considérés comme imprévisibles, conduisit à une dégradation des normes en vigueur et à une violence d’une grande ampleur. Quelle que soit la réalité des critiques qu’il s’est attirées, sur la maigreur de son appareil archivistique, le caractère souvent littéraire de ses sources et ses interprétations trop ambitieuses, c’est lui qui a posé la question centrale de la continuité entre la Première et la Seconde Guerres mondiales. Le cas de l’Ober Ost était, évidemment, une exception, en comparaison avec les autres zones d’occupation, non qu’il ne se soit nulle part agi d’une pure occupation militaire sans influence du gouvernement berlinois. Mais à l’exception de ce travail, aucune étude n’existe sur les continuités possibles jusqu’à la domination national-socialiste.

On trouve évidemment de nombreuses contributions qui analysent ces questions [44] , mais une réelle comparaison équilibrée qui s’intéresserait profondément aux détails, n’a jamais été faite à ce jour. Certains exemples, cependant, montrent à quelle point les études de longue durée peuvent être riches, comme le livre de Paul Weindling sur le discours hygiéniste en Europe de l’Est de 1890 à 1945 ; il a montré comment le typhus a été considéré, petit à petit, comme le signe d’une mauvaise hygiène et, au plus tard durant la Première Guerre mondiale, comme typique d’une maladie liée au mode de vie des Juifs de l’Est. Cela explique pour beaucoup la manière dont les nazis considéraient les ghettos comme des « zones de quarantaine [45]  ». Depuis le travail précurseur de Martin Broszat sur les deux cents ans de « politique allemande » en Pologne [46] , paru en 1963, les historiens ont tenté, à quelques reprises, d’adopter une telle perspective [47] , et ainsi cherché à trouver, par exemple, dans les guerres coloniales un modèle pour les formes de violence de l’Holocauste. De même, l’Europe de l’Est était alors perçue comme un laboratoire d’expérimentation. Les raisonnements de ces études ne sont pas toujours très convaincants [48] . Et aussi stimulants que puissent être ces travaux, il est étonnant que les méthodes des recherches sur l’impérialisme ne se soient pas spécifiquement penchées sur l’Est dans la période de 1914-1918 [49] . Ici s’ouvrent de nombreuses possibilités pour des recherches innovantes et des questions ambitieuses qu’il est essentiel de poser, pour les populations polonaises occupées comme pour les puissances occupantes.

Même si l’ensemble des recherches sur le front Est durant la Première Guerre mondiale est, tant en termes de quantité que de qualité, bien plus faible que pour le front Ouest, la situation est encore plus disparate pour l’Ukraine, la Roumanie et l’Ober Ost que pour la Pologne. On ne peut mentionner ici que quelques pistes. Il semble ainsi important d’étudier, dans une histoire sociale et une histoire des mentalités, d’un côté les populations polonaises, de l’autre les occupants, en comparant la Russie, l’Allemagne et les différentes nationalités de la double monarchie. On peut aussi penser aux soldats polonais, qui ont servi dans les armées des trois Empires.

L’interaction entre les occupants et les occupés requiert aussi plus d’attention. Des études comparatives, et pas seulement diachroniques, auraient un gros potentiel heuristique en confrontant, de manière synchrone, les zones sous domination des deux puissances centrales à l’Est et à l’Ouest : elles apporteraient des clefs pour comprendre des évolutions essentielles de l’histoire allemande et austro-hongroise, mais aussi de l’histoire de la Pologne. Ce serait un moyen d’éclairer et d’interpréter les politiques d’occupation en Europe de l’Est, y compris dans la manière dont elles s’exerçaient avant 1914, « par en haut » et « par en bas ». Enfin, il ne faut pas oublier l’histoire postérieure de la guerre, qui ne se réduit pas à l’histoire des conflits pour la construction d’un nouvel État national, mais pose la question de l’importance de la Première Guerre mondiale comme référence et légitimation en Europe centrale. Julia Eichenberg a ainsi étudié les relations transnationales des vétérans polonais [50]  ; Heidi Hein-Kircher a, quant à elle, décrypté le culte rendu au fondateur de l’État polonais, Józef Piłsudski [51] , honoré comme stratège et fondateur de la légion polonaise au sein de l’armée austro-hongroise.

 

Traduction de l’allemand par Nicolas Patin

(Institut historique allemand, Paris)

Pour citer cet article : Stephan Lehnstaedt, « La Première Guerre mondiale en Pologne : simple prodrome à l’indépendance nationale ? », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 22, janvier-avril 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Ghislain de Castelbajac, « La France et la question polonaise (1914-1919) », Ghislain de Castelbajac et alii (dir.), Recherches sur la France et le problème des nationalités pendant la Première Guerre mondiale, Paris, Presses de la Sorbonne, 1995, p. 41-108.

[2] Marceli Handelsman (ed.), La Pologne. Sa vie économique et sociale pendant la guerre, New Haven, Les Presses universitaires de France, Yale University Press, 1932. Je tiens à remercier Włodzimierz Borodziej (Varsovie) pour ses remarques et ses conseils.

[3] Sur la question des archives de l’armée austro-hongroise : Michael Silagi, « Die internationalen Regelungen zum Archivgut der Habsburgermonarchie nach 1918. Zum Schicksal von Archiven beim Staatszerfall », Südost-Forschungen, n° 55, 1996, p. 311-333.

[4] Jan Molenda, Chłopi, naród, niepodległość. Kształtowanie się postaw narodowych i obywatelskich chłopów w Galicji i Królestwie Polskim w przededniu odrodzenia Polski, Warszawa, 1995 ; Jan Molenda, « The formation of national consciousness of the Polish peasants and the part they played in the regaining of the independence by Poland », Acta Poloniae Historica, 63/64, 1991, p. 121–148.

[5] Marek Przeniosło, Chłopi Królestwa Polskiego w latach 1914-1918, Kielce, Wydawn. Akademii Świętokrzyskiej, 2003.

[6] Les premiers résultats se trouvent dans : Marta Polsakiewicz, « Spezifika deutscher Besatzungspolitik in Warschau 1914-1916 », Zeitschrift für Ostmitteleuropa-Forschung, n° 58, 2009, p. 501–537.

[7] Andreas Hofmann, « Die vergessene Okkupation. Lodz im Ersten Weltkrieg », dans Andrea Löw et a. (eds.), Deutsche, Juden, Polen. Geschichte einer wechselvollen Beziehung im 20. Jahrhundert. Festschrift für Hubert Schneider, Frankfurt, Campus-Verl, 2004a, p. 59–77 ; Andreas Hofmann, « Reweaving the Urban Fabric. Multiethnicity and Occupation in Łódź, 1914-1918 », dans Marcus Funck et Roger Chickering (eds.), Endangered Cities. Military Power and Urban Societies in the Era of the World Wars, Boston, Leiden, Brill, 2004b, p. 81-94.

[8] Frank M. Schuster, Zwischen allen Fronten. Osteuropäische Juden während des Ersten Weltkrieges (1914-1919), Köln, Böhlau, 2004.

[9] Egmont Zechlin, Die deutsche Politik und die Juden im Ersten Weltkrieg, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1969. Pour les grandes lignes, sans point de vue novateur sur la Première Guerre mondiale : Steven E. Aschheim, Brothers and Strangers. The East European Jew in German and German Jewish Consciousness, 1800-1923, Madison Wis., University of Wisconsin Press, 1999.

[10] Ludger Heid, Maloche - nicht Mildtätigkeit. Ostjüdische Arbeiter in Deutschland 1914-1923, Hildesheim, Olms, 1995.

[11] Konrad Zieliński, Stosunki polsko-żydowskie na ziemiach Królestwa Polskiego w czasie pierwszej wojny światowej, Lublin, Wydawn. Uniw. Marii Curie-Skłodowskiej, 2005.

[12] Sur cette question sont parus très récemment : Sergej Nelipovič, « Die Deportation von Deutschen aus Warschau im Ersten Weltkrieg (1914-1915) », dans Alfred Eisfeld, Guido Hausmann et Dietmar Neutatz (eds.), Besetzt, interniert, deportiert. Der Erste Weltkrieg und die deutsche, jüdische, polnische und ukrainische Zivilbevölkerung im östlichen Europa, Essen, Klartext, 2013, p. 231–262; Pascal Trees, « Russland und die deutsche Zivilbevölkerung im Königreich Polen während des ersten Weltkriegsjahres 1914/1915 », dans Alfred Eisfeld, Guido Hausmann et Dietmar Neutatz (eds.), Besetzt, interniert, deportiert. Der Erste Weltkrieg und die deutsche, jüdische, polnische und ukrainische Zivilbevölkerung im östlichen Europa, Essen, Klartext, 2013, p. 199-230.

[13] Anton Holzer, Das Lächeln der Henker. Der unbekannte Krieg gegen die Zivilbevölkerung 1914-1918, Darmstadt, Wiss. Buchges., 2008.

[14] John Horne et Alan Kramer, Deutsche Kriegsgreuel 1914. Die umstrittene Wahrheit, Hamburg, Hamburger Ed., 2004.

[15] Fritz Fischer, Griff nach der Weltmacht. Die Kriegszielpolitik des kaiserlichen Deutschland 1914-1918, Düsseldorf, Droste, 1961. Fischer a pour la première fois défendu sa thèse dans l’article : Fritz Fischer, « Deutsche Kriegsziele. Revolutionierung und Separatfrieden im Osten 1914-1918 », Historische Zeitschrift, n° 188, 1959, p. 249–310.

[16] Imanuel Geiss, Der polnische Grenzstreifen, 1914-1918. Ein Beitrag zur deutschen Kriegszielpolitik im Ersten Weltkrieg, Lübeck, Matthiesen, 1960.

[17] Piotr Mikietyński, Niemiecka droga ku Mitteleuropie. Polityka II Rzeszy wobec Królestwa Polskiego (1914-1916), Kraków, Tow. Wydawnicze „Historia Iagellonica”, 2009 ; Damian Szymczak, Między Habsburgami a Hohenzollernami. Rywalizacja niemiecko-austro-węgierska w okresie I wojny światowej a odbudowa państwa polskiego, Kraków, Wydawnictwo Avalon, 2009. Pour des recherches polonaises plus anciennes concernant l’armée austro-hongroise en Pologne : Jan Lewandowski, Królestwo Polskie pod okupacją austriacką, 1914-1918, Warszawa, Państwowe Wydawnictwo Naukowe, 1980 ; Jan Lewandowski, Królestwo Polskie wobec Austro-Węgier. 1914-1918, Warszawa et a., Państwowe Wydawnictwo Naukowe, 1986.

[18] Werner Conze, Polnische Nation und deutsche Politik im Ersten Weltkrieg, Köln, 1958. Pour plus de détails, voir la contribution de Volker Ullrich, « Die polnische Frage und die deutschen Mitteleuropapläne im Herbst 1915 », Historisches Jahrbuch, n° 104, 1984, p. 348–371 ; Wolfgang Steglich et Wilhelm Winterhager, « Die Polenproklamation vom 5. November 1916 », Militärgeschichtliche Mitteilungen, n° 23, 1978, p. 105–146.

[19] Heinz Lemke, Allianz und Rivalität. Die Mittelmächte und Polen im 1. Weltkrieg (Bis zur Februarrevolution), Berlin (Ost), Akademie-Verlag, 1977. Un essai un peu trop idéologique : Werner Basler, Deutschlands Annexionspolitik in Polen und im Baltikum 1914-1918, Berlin (Ost), Rütten & Loening, 1962.

[20] Ingeborg Meckling, Die Aussenpolitik des Grafen Czernin, München, Oldenbourg, 1969 ; Joachim Lilla, « Innen- und außenpolitische Aspekte der austropolnischen Lösung 1914-1916 », Mitteilungen des österreichischen Staatsarchivs, n° 30, 1977, p. 221-250.

[21] Ursula Prutsch, « Historisches Gedächtnis in kulturpolitischer Machtstrategie. Deutschland, Österreich-Ungarn und die polnische Frage (1915-1918) », dans Moritz Csáky et Klaus Zeyringer (eds.), Ambivalenz des kulturellen Erbes. Vielfachkodierung des historischen Gedächtnisses, Innsbruck, StudienVerlag, 2000, p. 69-91 ; Ursula Prutsch, « Die Polen- und Ruthenienpolitik der k.u.k. Monarchie 1911-1918 aus der Sicht Leopold von Andrian », dans Wolfgang Müller-Funk et alii (eds.), Kakanien revisited. Das eigene und das Fremde (in) der österreichisch-ungarischen Monarchie, Tübingen; Basel, A. Francke, 2002, p. 271–290. Sur l’importance de Andrian, il existait déjà : Wolfdieter Bihl, « Zu den österreichisch-ungarischen Kriegszielen 1914 », Jahrbücher für die Geschichte Osteuropas, n° 16, 1968, p. 504–530.

[22] Henry C. Meyer, Mitteleuropa in German thought and action 1815-1945, The Hague, Nijhoft, 1955.

[23] Sönke Neitzel, Weltmacht oder Untergang. Die Weltreichslehre im Zeitalter des Imperialismus, Paderborn, Schöningh, 2000 ; Carola Sachse (ed.), „Mitteleuropa” und „Südosteuropa” als Planungsraum. Wirtschafts- und kulturpolitische Expertisen im Zeitalter der Weltkriege, Göttingen, Wallstein-Verlag, 2010. Voir aussi les anciennes recherches polonaises : Janusz Pajewski, „Mitteleuropa”. Studia z dziejów imperializmu niemieckiego w dobie pierwszej wojny światowej, Poznań, Instytut Zachodni, 1959.

[24] Achim Müller, Zwischen Annäherung und Abgrenzung. Österreich-Ungarn und die Diskussion um Mitteleuropa im Ersten Weltkrieg, Marburg, Tectum-Verlag, 2001; Richard G. Plaschka et alii (eds.), Mitteleuropa-Konzeptionen in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts, Wien, Verlag der österreichischen Akademie der Wissenschaften, 1994.

[25] Norman Stone, The Eastern Front 1914-1917, London, Penguin Books Ltd, 1998 [première édition 1975]. Une étude spécifique d’histoire des techniques militaires existe depuis 1924 pour le plus important des forts russes, Modlin : Robert Normand, Prise de Nowo-Georgiewsk (Modlin) par les Allemands en août 1915, Nancy, 1924.

[26] Gerhard P. Groß (ed.), Die vergessene Front. Der Osten 1914/1915. Ereignis - Wirkung - Nachwirkung, Paderborn, München, Schöningh, 2006.

[27] Werner Conze, Polnische Nation und deutsche Politik im Ersten Weltkrieg, op. cit.

[28] Reinhold Zilch, Okkupation und Währung im Ersten Weltkrieg. Die deutsche Besatzungspolitik in Belgien und Russisch-Polen 1914-1918, Goldbach, Keip, 1994.

[29] Christian Westerhoff, Zwangsarbeit im Ersten Weltkrieg. Deutsche Arbeitskräftepolitik im besetzten Polen und Litauen 1914-1918, Paderborn ; München, Schöningh, 2012.

[30] Jesse C. Kauffman, « Schools, State-Building, and National Conflict in German-Occupied Poland, 1915-1918 », dans Jennifer D. Keene et Michael Neiberg S. (eds.), Finding Common Ground. New Directions in First World War Studies, Leiden, 2011, p. 113-138 ; Jesse C. Kauffman, « Warsaw University under German occupation. State building and nation Bildung in Poland during the Great War », First World War Studies, n° 4, 2013, p. 65-79.

[31] Arkadiusz Stempin, « Deutsche Besatzungsmacht und Zivilbevölkerung in Polen im Ersten Weltkrieg. Polen, Juden und Deutsche im Vergleich », dans Alfred Eisfeld, Guido Hausmann et Dietmar Neutatz (eds.), Besetzt, interniert, deportiert. Der Erste Weltkrieg und die deutsche, jüdische, polnische und ukrainische Zivilbevölkerung im östlichen Europa, Essen, Klartext, 2013, p. 153-172.

[32] Arkadiusz Stempin, « Generał-pułkownik Hans Hartwig von Beseler - generalny gubernator warszawski w latach 1915-1918 », Dzieje Najnowsze, n° 43/3, 2011, p. 21-34.

[33] Robert M. Spät, « Für eine gemeinsame deutsch-polnische Zukunft? Hans Hartwig von Beseler als Generalgouverneur in Polen 1915-1918 », Zeitschrift für Ostmitteleuropa-Forschung, n° 58, 2009, p. 469-500.

[34] Scheer Tamara, « Österreich-Ungarns Besatzungsmacht in Russisch-Polen während des Ersten Weltkriegs (1914-1918) », Zeitschrift für Ostmitteleuropa-Forschung, n° 58, 2009a, p. 538-571 ; Tamara Scheer, « Österreich-Ungarns Besatzungsregime im Königreich Polen unter besonderer Berücksichtigung von Religions- und Kultusfragen (1915-1918) », dans Alfred Eisfeld, Guido Hausmann et Dietmar Neutatz (eds.), Besetzt, interniert, deportiert. Der Erste Weltkrieg und die deutsche, jüdische, polnische und ukrainische Zivilbevölkerung im östlichen Europa, Essen, Klartext, 2013, p. 173-198 ; Stephan Lehnstaedt, « Das Militärgeneralgouvernement Lublin. Die „Nutzbarmachung“ Polens durch Österreich-Ungarn im Ersten Weltkrieg », Zeitschrift für Ostmitteleuropa-Forschung, n° 61, 2012, p. 1-26. Zum Vergleich der beiden Besatzungszonen: Stephan Lehnstaedt, « Dwie (różne) okupacje? Polityka gospodarcza Niemiec i Austro-Węgier w Królestwie Polskim w latach 1915-1918 », Dzieje Najnowsze, n° 45, 2013, p. 17-33. Rein zur Gliederung der Militärverwaltung : Tamara Scheer, Zwischen Front und Heimat. Österreich-Ungarns Militärverwaltungen im Ersten Weltkrieg, Frankfurt am Main, Lang, 2009.

[35] Rudolf Mitzka, « Die k.u.k. Militärverwaltung in Russisch-Polen », dans Hugo Kerchnawe (ed.), Die Militärverwaltung in den von den österreichisch-ungarischen Truppen besetzten Gebieten, Wien, Hölder-Pichler-Tempsky, 1928, p. 8-52; Arthur Hausner, Die Polenpolitik der Mittelmächte und die österreichisch-ungarische Militärverwaltung in Polen während des Weltkrieges, Wien, Hollinek ; Schubert, 1935. Les deux livres ont été publiés dans la série de la fondation Carnegie, qui analysait l’ensemble de la Grande Guerre, et pensait pouvoir en tirer des conclusions pour une future politique de paix. Voir aussi Alain Chatriot, « Une véritable encyclopédie économique et sociale de la guerre. Les séries de la Dotation Carnegie pour la Paix internationale (1910-1940) », L'Atelier du Centre de recherches historiques, n° 3, 2009.

[36] Jerzy Gaul, Kancelaria Generalnego Gubernatorstwa Wojskowego w Lublinie. 1915-1918, Warszawa, 1998.

[37] Jan Lewandowski, op. cit. ; Jan Lewandowski, « Okupacja austriacka w Królestwie Polskim (1914-1918) », Dzieje Najnowsze, 4, 1998, p. 29-42 ; Jarosław Cabaj, Społeczeństwo guberni chełmskiej pod okupacją niemiecką i austriacką w latach I wojny światowej, Siedlce, Wydawnictwo Akademii Podlaskiej, 2006. Voir aussi le chapitre dédié dans la biographie d’un des quatre gouverneurs de Lublin : Piotr Mikietyński, Generał Stanisław hrabia Szeptycki. Między Habsburgami a Rzecząpospolitą (okres 1867-1918), Kraków, Historia Iagellonica, 1999.

[38] Voir le travail précurseur d’histoire culturelle : Larry Wolff, The Idea of Galicia. History and Fantasy in Habsburg Political Culture, Stanford, Stanford University Press, 2010.

[39] Il existe de très nombreuses biographies de ce héros national polonais. Voir, entre autres : Andrzej Garlicki, Józef Piłsudski 1867-1935, Kraków, Społeczny Instytut Wydawniczy Znak, 2012.

[40] Pour avoir une vision générale sur la littérature polonaise pléthorique sur la légion, voir : Wacława Milewska, Janusz T.Nowak et Maria Zientara-Malewska, Legiony Polskie 1914-1918. Zarys historii militarnej i politycznej, Kraków, Księgarnia Akademicka, 1998. Sur la question spécifique des liens entre l’armée austro-hongroise et la légion : Michał Baczkowski, « Żołnierze polscy w armii austro-węgierskiej w przededniu odzyskania przez Polskę niepodległości », Studia Historyczne, n° 52/1, 2009, p. 19-32. Pour les éditions de sources à propos de la légion dans une perspective régionale : Jerzy Pająk (ed.), Raporty i korespondencja oficerów werbunkowych Departamentu Wojskowego Naczelnego Komitetu Narodowego 1915-1916. Ziemia kielecka, Kielce, 2007 ; Jerzy Pająk et Przemysław Wzorek (eds.), Raporty Polskiej Organizacji Wojskowej. Okręg Kielecki i Radomski 1915-1918, Kielce, Wydawnictwo Akademii Święokrzyskiej im. Jana Kochanowskiego, 2006.

[41] Jerzy Pająk, O rząd i armię. Centralny Komitet Narodowy (1915-1917), Kielce, Wydawnictwo Akademickie Swietokrzyskiej, 2003 ; Janusz Pajewski, Odbudowa państwa polskiego 1914-1918, Poznań, Wydawnictwo Poznańskie, 2005 ; Suleja Włodzimierz, Tymczasowa Rada Stanu, Warszawa, Wydawn. Sejmowe, 1998 ; Zdzisław Winnicki, Rada Regencyjna Królestwa Polskiego i jej organy, 1917-1918, Wrocław, Wektory, 1991. Un ouvrage collectif intéressant a été publié par : Daniel Grinberg, Jan Snopko et Grzegorz Zackiewicz (eds.), Lata Wielkiej Wojny. Dojrzewanie do niepodległości 1914-1918, Białystok, Wydawn. Uniwersytetu w Białymstoku, 2007.

[42] Magdalena Micińska, Gołąb i Orzeł. Obchody rocznic kościuszkowskich w latach 1894 i 1917, Warszawa, 1997.

[43] Vejas G. Liulevicius, War land on the Eastern front. Culture, national identity and German occupation in World War I, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.

[44] Quelques articles à thèse qui comparent Première et Seconde Guerre mondiales : Antony Polonsky, « The German Occupation of Poland During the First and Second World Wars. A Comparison », dans Roy A. Prete et Ion A. Hamish (eds.), Armies of occupation, Waterloo, Ontario, Canada, Laurier, 1984, p. 97–142; Eugeniusz C. Król, « Besatzungsherrschaft in Polen im Ersten und Zweiten Weltkrieg. Charakteristik und Wahrnehmung », dans Thoß Bruno et Hans-Erich Volkmann (eds.), Erster Weltkrieg - Zweiter Weltkrieg. Ein Vergleich. Krieg Kriegserlebnis Kriegserfahrung in Deutschland, Paderborn, München, Schöningh, 2002, p. 577–591 ; Rüdiger Bergien, « Vorspiel des „Vernichtungskrieges” ? Die Ostfront des Ersten Weltkrieges und das Kontinuitätsproblem », dans Gerhard P. Groß (ed.), Die vergessene Front, op. cit.

[45] Paul J.Weindling, Epidemics and genocide in Eastern Europe 1890-1945, Oxford, Oxford University Press, 2000.

[46] Martin Broszat, Zweihundert Jahre deutsche Polenpolitik, München, Ehrenwirth, 1963.

[47] Vejas G. Liulevicius, The German myth of the East. 1800 to the present, Oxford, Oxford Univ. Press, 2009 ; Wolfgang Wippermann, Die Deutschen und der Osten. Feindbild und Traumland, Darmstadt, Primus, 2007.

[48] Jürgen Zimmerer, « Die Geburt des „Ostlandes” aus dem Geiste des Kolonialismus. Die nationalsozialistische Eroberungs- und Beherrschungspolitik in (post-)kolonialer Perspektive », Sozial.Geschichte, 2004, p. 10-43. Une critique convaincante sur la question : Robert Gerwarth et Stephan Malinowski, « Der Holocaust als „kolonialer Genozid” ? Europäische Kolonialgewalt und nationalsozialistischer Vernichtungskrieg », Geschichte und Gesellschaft, n° 33, 2007, p. 439-466. Voir aussi : Shelley Baranowski, Nazi empire. German colonialism and imperialism from Bismarck to Hitler, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.

[49] Pour identifier les objectifs : Philipp Ther, « Deutsche Geschichte als imperiale Geschichte. Polen, slawophone Minderheiten und das Kaiserreich als kontinentales Empire », dans Sebastian Conrad et Jürgen Osterhammel (eds.), Das Kaiserreich transnational. Deutschland in der Welt 1871-1914, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2006, p. 129-148.

[50] Julia Eichenberg, Kämpfen für Frieden und Fürsorge. Polnische Veteranen des Ersten Weltkriegs und ihre internationalen Kontakte, 1918-1939, München, Oldenbourg, 2011.

[51] Heidi Hein, Der Piłsudski-Kult und seine Bedeutung für den polnischen Staat 1926-1939, Marburg, Verlag Herder-Institut, 2002.

Stephan Lehnstaedt

Stephan Lehnstaedt est chargé de recherche à l’Institut historique allemand de Varsovie (DHIW) et actuellement en détachement à la London School of Economics and Political Science de Londres. Ses principaux centres d’intérêt sont l’histoire des deux Guerres mondiales, de l’Holocauste et de son indemnisation au XXIe siècle. Il termine actuellement une monographie sur la comparaison entre l’impérialisme de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie durant la Grande Guerre avec celui des nazis durant la Seconde Guerre mondiale, sur le territoire de la Pologne occupée.

Il a obtenu son doctorat en 2008, à l’université Ludwig Maximilian de Munich (LMU), il a travaillé de 2005 à 2009 à l’Institut d’histoire contemporaine de Munich (IfZ) et depuis 2010 au DHIW. Il a aussi été enseignant-chercheur à la LMU et à l’université Humboldt de Berlin. En juin et juillet 2013, Stephan Lehnstaedt a été chercheur invité à l’Institut Ludwig-Boltzmann pour la recherche sur les conséquences de la guerre de Graz (Autriche).

De 2008 à 2010, il a été expert auprès de plusieurs cours d’attribution des pensions pour les travailleurs forcés des ghettos. En décembre 2012, Stephen Lehnstaedt a été auditionné par le Bundestag sur ces questions. Il a une grande expérience de la presse et de la radio et a aussi travaillé pour la télévision en Allemagne et en Pologne.

Ces dernières années, Stephan Lehnstaedt a publié deux monographies concernant la vie quotidienne des Allemands dans l’Europe de l’Est occupée pendant la Seconde Guerre mondiale et les indemnisations des travailleurs juifs dans les ghettos après 1945. Son ouvrage le plus récent est une édition (avec Jochen Böhler) des documents des groupes d’intervention spéciaux nazis en Pologne (Einsatzgruppen) en 1939. En plus de trois autres volumes coédités et de plusieurs chapitres d’ouvrages, il a publié plus d’une vingtaine d’articles dans des revues à comité de lecture, en allemand, en anglais, en polonais et en hébreu.

Mots clefs : Pologne ; Première Guerre mondiale ; panorama de la recherche ; occupation.

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  • ISSN 1954-3670