Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Historiographies étrangères de la Première Guerre mondiale

Coordination : Robert Boyce, Sabine Jansen, Pierre Purseigle, Marie Scot

Écrire l’histoire du Déluge. Histoire et expérience britanniques de la Grande Guerre

Pierre Purseigle
Résumé :

La Première Guerre mondiale demeure, cent ans après le déclenchement du conflit, au cœur du récit national britannique et continue de provoquer (...)

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La séquence est aussi dramatique qu’emblématique. Réunis au fond de leur tranchée dans un silence de plomb quelques secondes avant de se lancer à l’assaut, des soldats britanniques croient un instant que les canons se sont tus et que la Grande Guerre de 1914-1917 est enfin terminée. Désabusés par leur officier, le capitaine Blackadder, ils s’élancent donc une dernière fois, tout espoir brisé, à la rencontre des balles allemandes. Le fondu sur le paysage dévasté du front occidental épargne au téléspectateur le spectacle des corps déchiquetés par la guerre industrielle. Euphémisé, le massacre s’inscrit sur leur rétine et dans leur mémoire sur un fond de coquelicots rouges. En concluant ainsi en 1989 leur grande satire historique télévisée, les auteurs de Blackadder goes forth et la BBC confirmaient de la sorte la place centrale de la Première Guerre mondiale dans la mémoire collective et le récit national britannique. Si leur succès fut, d’abord, celui d’une remarquable troupe de comédiens et d’humoristes aujourd’hui célébrés à travers le monde (Rowan Atkinson, Stephen Fry, Hugh Laurie), il s’appuyait néanmoins sur une vision de la guerre qui demeure dominante à l’orée du centenaire du conflit [1]

Pour la société britannique en effet, la Grande Guerre reste la tragédie nationale par excellence ; un massacre inutile conduit par des généraux incompétents et réactionnaires à la solde d’un État menteur, liberticide, et garant de rapports de classes aussi inégaux que brutaux. Blackadder se réappropriait en fait une vision de la guerre articulée dès les années 1920. Appuyée sur la fortune tardive mais durable d’auteurs et de poètes désormais indissociables de la Grande Guerre (Siegried Sassoon, Edmund Blunden, Robert Graves), cette vision se cristallisera après la Seconde Guerre mondiale ; un conflit qui, par contraste, semblait aussi juste que mené en accord avec les prescriptions de la morale et de l’art de la guerre. Dans les deux cas bien sûr, l’histoire le céda vite aux mythes. Les principales séquences mémorielles marquées dès le cinquantième anniversaire de la Grande Guerre révèlent la conjonction de projets littéraires, artistiques, historiques et médiatiques qui définissent encore largement la mémoire britannique du conflit. Dans les années 1960, The Donkeys, le livre d’Alan Clarke, écrivain de talent et parlementaire conservateur, asséna une critique du commandement britannique qui continue de structurer le débat mémoriel et historiographique. Le succès de la comédie musicale Oh! What a lovely war! vite portée au grand écran faisait lui aussi écho aux analyses de l’historien A.J.P. Taylor dont le succès populaire participait du même mouvement culturel et mémoriel qui lamentait la futilité du conflit. Dans ce contexte, le premier grand documentaire de la BBC sur la guerre, produit en 1964, renforça l’image d’un conflit futile et meurtrier [2]

Si les historiens de la Grande-Bretagne en guerre proposent aujourd’hui une critique systématique de cette vision, il n’en demeure pas moins difficile d’extraire l’analyse du conflit d’un contexte mémoriel parfois pesant et qui explique, en partie, les difficultés des historiens à se détacher du récit national dominant. La guerre pose en effet, en Grande-Bretagne comme dans d’autres pays belligérants, une série de questions politiques et éthiques qui touchent au cœur même de l’identité nationale du pays et mettent en question son rapport à l’Europe et au monde. À l’occasion du centenaire du conflit, la mémoire de la Grande Guerre est ainsi mise au service d’une palette de projets politiques souvent antagonistes. Fidèle à une tradition pacifiste d’inspiration libérale et non conformiste plutôt que marxiste, réanimée par le combat anti-nucléaire des années 1980, la gauche britannique, déchirée par l’aventure irakienne de Tony Blair, met en question par ce biais le rôle d’une armée britannique toujours engagée à travers le monde. Dans le même temps, à la suite du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II, les célébrations de l’identité nationale britannique réduisent souvent cette dernière à ses atours anglais, monarchiques et impériaux sur fond d’euroscepticisme et de xénophobie larvée. Enfin, à quelques mois du référendum sur l’indépendance de l’Écosse (18 septembre 2014), les mouvements régionalistes et nationalistes évoquent, à tort, le tribut disproportionné qu’auraient payé au conflit les marges celtiques des îles Britanniques. Dans un paysage mémoriel et politique animé, la société britannique semble toutefois s’accorder sur un point essentiel : la solidarité et le respect dus aux anciens combattants et le nécessaire souvenir des sacrifices passés. 

Face à cette forte demande sociale, les spécialistes de la Grande Guerre peuvent néanmoins s’appuyer sur le dynamisme et le pluralisme de leur champ d’étude. Si la bonne santé des études sur la Première Guerre mondiale reflète une évolution internationale constatée en particulier en Europe, elle procède également de spécificités intellectuelles et institutionnelles propres à la Grande-Bretagne. L’histoire de la guerre est, d’abord, pleinement intégrée au paysage universitaire britannique. Parfois entachée d’un soupçon intellectuel et politique, l’histoire militaire ne pâtit toutefois pas de la marginalisation constatée en France par exemple. Les principales universités britanniques (Cambridge, Édimbourg, King’s College London, London School of Economics, Manchester, Oxford, Warwick) emploient des historiens de la guerre et font une place variable mais significative à l’étude des opérations militaires en tant que telles. Ces dernières sont par ailleurs l’objet d’une attention toute particulière dans les académies militaires qui recrutent, à l’instar notamment de Sandhurst et du Joint Services Staff Command College, de nombreux historiens de formation universitaire. L’analyse interdisciplinaire du phénomène guerrier dont bénéficie aujourd’hui l’histoire de la Grande Guerre procède également de l’institutionnalisation progressive des War Studies. Cette « arène » interdisciplinaire, institutionnalisée à partir de King’s College London à l’initiative de Michael Howard, est aujourd’hui reprise à leur compte par plusieurs institutions. La guerre – et le premier conflit mondial en particulier – attire en effet les étudiants. Dans un contexte de marchandisation de l’enseignement supérieur, la Grande Guerre est ainsi utilisée comme un argument marketing.

L’historiographie du conflit a, enfin, largement bénéficié, comme d’autres périodes et d’autres objets historiques du très fort degré d’internationalisation des universités et des cursus britanniques. L’histoire nationale se nourrit ainsi au contact direct des spécialistes d’autres aires géographiques.

À la faveur de ces évolutions intellectuelles et institutionnelles, les débats historiographiques s’articulent désormais autour d’une problématique centrale, celle de l’adaptation de la société et de l’armée britanniques aux conditions nouvelles de la guerre industrielle. Trois questions majeures traversent donc la production scientifique : celle de l’adaptation de l’appareil militaire britannique ; la mobilisation de la société et de l’économie de la Grande-Bretagne ; l’impact et les legs de la Grande Guerre outre-Manche.

Combats

La crise diplomatique et le déclenchement du conflit surprirent la hiérarchie militaire britannique autant que les diplomates de Sa Majesté. Désemparés par une crise balkanique et régionale qu’ils espéraient voir circonscrite aux confins de l’Empire austro-hongrois, ils se trouvèrent néanmoins, au mois d’août 1914, devant un problème remettant en cause les fondements de leur positionnement stratégique.

Première puissance maritime et commerciale, la Grande-Bretagne avait, dans la construction de son système de défense, mis la priorité sur la protection de ses possessions impériales et des routes commerciales dont son empire comme son économie nationale dépendaient. L’engagement dans une guerre continentale était-il véritablement nécessaire à la préservation des intérêts britanniques quand « l’art britannique de la guerre » (The British Way of War) semblait le proscrire [3]  ? Le pays avait, dans les premières années du XXe siècle réglé la plupart des questions coloniales. En Afrique, la rivalité franco-britannique illustrée par la crise de Fachoda s’était apaisée, avant que les deux pays ne concluent une Entente cordiale qui, à partir de 1904, répartissait notamment le rôle maritime de chaque puissance. En Asie, la « grande partie » qui traditionnellement opposait la couronne britannique à la Russie tsariste pour le contrôle de l’accès au sous-continent indien avait été abandonnée, tout comme la rivalité avec le Japon (1902), au profit d’un statu quo qui permettait à chacun de se consacrer à d’autres priorités stratégiques et domestiques. Près d’un siècle après la défaite des armées napoléoniennes, la Grande-Bretagne semblait en mesure de rester pour longtemps encore à l’écart de tout conflit continental. La manière dont elle plongea pourtant dans la Grande Guerre continue d’animer un débat historiographique relancé en 1998 par Niall Ferguson dans The Pity of War, un ouvrage aussi stimulant que controversé. Pour Ferguson, une des plumes conservatrices les plus acérées du monde anglophone, le gouvernement britannique commit une erreur fatale en août 1914. En se tenant à l’écart du conflit, la Grande-Bretagne aurait assuré la défaite française et permis la mise en place, sous domination allemande, d’une zone douanière européenne dont les îles Britanniques comme l’Europe auraient bénéficié [4] . Ferguson renforce ici la vision dominante du conflit en lui donnant des accents eurosceptiques en phase avec le débat politique contemporain.

Paradoxalement peut-être pour ce bon connaisseur de l’Allemagne des XIXet XXe siècles, cette analyse contraste avec le poids généralement accordée à la rivalité anglo-allemande dont Paul Kennedy, en particulier, avait souligné l’importance [5] . Cette rivalité, déclinée en termes économiques, militaires et navals, mais également coloniaux, n’explique évidemment pas à elle seule le déclenchement du conflit. La Weltpolitik chère à l’ancien chancelier von Bülow remettait toutefois en cause l’équilibre des puissances auquel tenait le gouvernement britannique. Incapable de contenir la crise balkanique de juillet 1914, l’Empire allemand simplifia radicalement l’équation stratégique et politique britannique avec l’invasion, au mois d’août, de la Belgique. Garante de la neutralité belge, la Grande-Bretagne n’entra pas seulement en guerre pour défendre le droit international. En menaçant la Manche, l’Allemagne attentait directement aux intérêts stratégiques britanniques [6] . En dépit de leur proximité commerciale, financière, et culturelle, l’Allemagne forçait ainsi la Grande-Bretagne à s’engager dans un conflit continental [7] . Évidemment tragique, la Grande Guerre n’en répondait pas moins à une nécessité stratégique. Elle confirmait l’ancrage européen de la Grande-Bretagne et soulignait combien la sécurité de l’Empire dépendait du maintien de l’ordre européen et des alliances continentales [8] .

La Première Guerre mondiale présentait néanmoins un défi tout particulier pour les forces armées britanniques. En dépit d’une marine de guerre dont la prééminence n’était pas disputée, la couronne britannique disposait en effet d’un outil de défense totalement inadapté aux conditions nouvelles d’un combat défini, en premier lieu, par les masses sans précédent engagées dans le conflit. Rares étaient en effet ceux qui, au sein des cercles dirigeants, imaginaient qu’un conflit opposant des puissances industrielles pût durer. Parmi eux pourtant se trouvait, paradoxalement peut-être, un héros des campagnes coloniales, Horatio Kitchener, qui se vit bientôt confier le ministère de la Guerre. L’armée britannique avait été très largement réorganisée à la suite de la Guerre des Boers et des difficultés qu’elle rencontra alors sur un terrain colonial qui lui était pourtant réputé favorable. L’expérience britannique de la Grande Guerre doit ainsi être placée dans un contexte de transformation du système de défense impérial [9] . Articulé autour d’une force moderne et bien entraînée de six divisions d’infanterie et d’une division de cavalerie susceptibles d’être déployées comme corps expéditionnaire, l’armée de la Couronne était en outre soutenue par quatorze divisions de réserve territoriale. En août 1914, l’armée de terre britannique comptait un peu moins de 250 000 troupes régulières, 225 000 réservistes et près de 270 000 territoriaux. En cas d’engagement continental, le Corps expéditionnaire britannique (BEF) pouvait compter sur 120 000 soldats professionnels. À titre de comparaison, à l’entrée en guerre, l’Allemagne et la France disposaient respectivement sous les drapeaux de 3,8 millions et de 3,7 millions d’hommes. Le premier défi de 1914 est donc celui de la guerre de masse. Les pertes importantes subies dans les premiers mois du conflit, qui manquèrent d’éliminer totalement le noyau professionnel du BEF, témoignent de sa gravité.

Alors qu’il est d’usage de souligner le degré d’impréparation des états-majors et des gouvernements de 1914, Kitchener se distingua au contraire en proposant la création d’une armée de masse et le recrutement immédiat de six nouvelles divisions. On doit à Peter Simkins une excellente étude de la mise en place de ces « nouvelles armées » [10] . En mars 1915, les armées dites « de Kitchener » comptaient vingt-neuf divisions d’infanterie et portaient ainsi le total de divisions disponibles à soixante-quinze. L’armée britannique disposait de 2 millions d’hommes à la mi-1915, de 3 millions à l’été 1916. Elle en comptait près de 4 millions au début de 1918 ; près de sept fois et demie sa taille de 1914 [11] .

Bien sûr, 1914 marque également le début de l’apprentissage de la guerre industrielle. Ce processus, dont l’analyse est – nous le verrons – au cœur du débat historiographique, fut ponctué par une série de batailles désormais ancrées, comme les batailles de Mons ou d’Ypres, dans la mémoire collective du conflit [12] . À l’instar de leurs alliés et de leurs ennemis, les armées britanniques portèrent sur le champ de bataille une puissance de feu inédite dont elles maîtrisaient mal l’usage. L’histoire militaire britannique de la Grande Guerre s’est ainsi largement attachée à l’analyse des échecs sanglants de 1914-1916 et à l’apprentissage douloureux et heurté de la guerre industrielle. Dans ce cadre, l’historiographie a souligné en particulier les difficultés soulevées par le déploiement opérationnel d’armées de masse dans un contexte tactique privilégiant les positions de défense et marqué par la recherche de solutions technologiques [13] . La création d’une armée de masse en temps de guerre soulevait alors la question centrale de la formation des citoyens-soldats au métier des armes.

L’analyse de la performance des armées britanniques en campagne est en effet indissociable de celle d’un système de recrutement caractérisé par le passage, en temps de guerre, du volontariat à la conscription. Réponse pragmatique aux exigences de la guerre, l’adoption de la conscription au début de 1916 ne saurait toutefois être vue comme une simple réponse à l’échec du volontariat. Dès le premier mois en effet, 463 000 hommes se présentèrent en l’absence de toute contrainte étatique aux bureaux de recrutement ; en janvier 1916, 2,6 millions d’hommes avaient ainsi répondu volontairement à l’appel de Kitchener. La conscription permit quant à elle, de 1916 à novembre 1918, de fournir 2,3 millions de soldats. Si la conscription visait évidemment à fournir les effectifs nécessaires aux armées, elle répondait également à une exigence d’équité du sacrifice, élément central de la gestion politique et sociale de la mobilisation.

Indéniable, le consentement des Britanniques à l’effort de guerre ne s’explique toutefois pas aisément et il est essentiel de souligner la pluralité des motivations positives (enthousiasme nationaliste, patriotisme défensif…) ou négatives (pression des pairs, situation économique…) présidant à l’engagement volontaire [14] . La mobilisation militaire de 1914 souligne en outre les particularités du système régimentaire britannique. Réorganisé au tournant du siècle pour renforcer des liens traditionnellement distendus entre société civile et armée, le système régimentaire localisait l’expérience militaire et combattante, facilitant ainsi, au-delà du recrutement, l’appropriation de l’expérience militaire par les communautés locales, et renforçait la cohésion des unités engagées sur le champ de bataille [15] . La place du volontariat, comme le rôle dévolu aux sociétés civiles locales, dans l’organisation et le soutien aux forces armées expliquent également le poids des Pals Battalions, ces bataillons de « copains », dans l’expérience comme dans la mémoire britannique de la Grande Guerre. Recrutés et financés par la société civile, fondés sur des sociabilités locales, professionnelles ou sportives, les Pals Battalions symbolisent aujourd’hui encore l’effort militaire britannique en 1914-1918 [16] . Il n’en demeure pas moins que ce dernier se caractérise par la transformation profonde d’une armée britannique qui compta jusqu’à 4 millions d’hommes sous les drapeaux. 

Ces spécificités institutionnelles et sociologiques, frappantes vues d’outre-Manche, ne sont pourtant pas au cœur du débat historiographique. Ce dernier demeure à certains égards obnubilé par les réponses tactiques et opérationnelles apportées au blocage stratégique sur le front occidental. Incapable de peser sur la marche des opérations continentales en 1914, déterminée pour l’essentiel par les initiatives allemandes et les réponses française et russe, la Grande-Bretagne contribue néanmoins par sa présence navale et ses possessions impériales à la globalisation du conflit. Engagée dans quelques poursuites dans l’Atlantique Sud et le Pacifique, la Navy concentra ses efforts sur la protection des îles Britanniques et des routes commerciales irriguant son empire [17] . L’impact stratégique de la contribution de la marine royale fut souligné, paradoxalement peut-être, par une bataille navale, celle de Jutland en 1916, dont l’issue tactique s’apparente à un match nul. Jutland consacra l’émasculation stratégique de la flotte allemande, désormais confinée dans ses ports de la mer Baltique [18] . En réponse, le déploiement de submersibles et le déclenchement de la guerre sous-marine à outrance par le haut-commandement allemand ne parvinrent pas à saper la mobilisation des circuits économiques et financiers de la Grande-Bretagne. Ils jouèrent toutefois un rôle considérable dans le retournement de l’opinion publique neutre dans bien des pays et, bien sûr, aux États-Unis [19] .

Établi dès l’automne 1914, le blocage stratégique sur le front occidental encouragea les stratèges britanniques – et Kitchener en particulier – à limiter l’engagement de leur armée, tout en espérant que les alliés français et russes ne s’effondrent pas sous les assauts des puissances centrales avant 1917, date à laquelle la Grande-Bretagne espérait pouvoir jouer un rôle de premier plan [20] . Dans le même temps, un débat parfois houleux occupait les tenants d’une stratégie focalisée sur le front d’Europe occidentale (Westerners) aux tenants d’une approche centrée sur les fronts périphériques (Easterners). L’échec des opérations navales dans les Dardanelles et, surtout, celui de l’offensive alliée à Gallipoli trancha le débat en faveur des premiers. Relancé dans les années 1960 par les critiques formulées par John Terraine ou Corelli Barnett à l’encontre de Basil Liddell Hart (1895-1970), commentateur militaire réputé et Easterner de premier plan, ce débat a largement perdu de son intensité [21] .

L’essentiel des « passions » historiographiques se concentre en effet sur les réponses tactiques et opérationnelles apportées sur le front de France et de Flandres. À bien des égards, le débat se concentre ici sur la valeur du commandement britannique et en particulier sur la personne de Douglas Haig. Figure populaire à sa mort en 1928, Haig fait depuis régulièrement l’objet de véritables campagnes de dénigrement et de réhabilitation qui témoignent des relations aussi tendues qu’étroites entre histoire et mémoire du conflit en Grande-Bretagne. Principal commentateur militaire et stratégique britannique de l’entre-deux-guerres à sa mort, Basil Liddell Hart fournit – tout comme les mémoires de Lloyd George – encore bien des arguments aux contempteurs du commandement britannique en 1914-1918 [22] . C’est pourtant la publication de The Donkeys qui cristallisera, dans les années 1960, la critique de Haig dans la mémoire collective britannique. En même temps, la voix alors solitaire de John Terraine se distinguait dans ce concert de condamnations pour souligner, a contrario, l’intelligence, la flexibilité et l’ouverture d’esprit d’un chef vilipendé pour son incapacité à prendre la mesure du conflit [23] . L’ombre de Terraine plane encore sur une large part de l’histoire militaire dite « révisionniste » qui prend le contre-pied de la mémoire dominante. Menée notamment par Gary Sheffield [24] , cette école a renouvelé notre compréhension de la guerre d’usure et mit en lumière le processus d’apprentissage (learning curve) de l’armée britannique et de son commandement [25] . Le déploiement de nouvelles technologies du combat illustré notamment par la création du corps de mitrailleuses en 1915 et du corps blindé en 1916 n’est ainsi qu’un des aspects mis en avant par un groupe d’historiens soucieux de réévaluer la performance tactique et opérationnelle des armées britanniques [26] . Il n’en faudrait toutefois pas conclure à l’émergence d’un consensus parmi les experts du militaire. En témoignent par exemple, les réserves formulées à l’encontre de cette learning curve par Robin Prior et Trevor Wilson dans leur analyse de la bataille de la Somme [27] .

Si cette bataille concentre encore l’attention du public et des historiens, le débat s’est lui recentré sur ces « cent jours » de 1918 durant lesquels les armées britanniques contribuèrent à repousser l’offensive allemande du printemps et permirent ainsi la victoire alliée. La focale récente sur 1918 répond aux prescriptions de Terraine [28] qui regrettait le peu d’intérêt que semblaient porter les historiens aux conditions de la victoire finale. Gary Sheffield a depuis souligné l’importance de la coordination interarmes dans les opérations de 1918, tandis que Jonathan Boff mit directement la performance de l’armée britannique en regard de son opposition allemande [29] .

Alors que l’on attendrait de l’historiographie militaire qu’elle s’adapte une bonne fois pour toute à la nature d’une guerre de coalition, les approches transnationales et comparées demeurent trop rares [30] . Soucieux d’explorer – si ce n’est de célébrer – l’exception britannique, le primat du cadre national obère finalement une meilleure compréhension de l’expérience britannique du conflit. Les travaux de William Philpott ou d’Elizabeth Greenhalgh, malgré leur profond désaccord [31] , ont pourtant démontré tout l’intérêt qu’il y a à dégager l’historiographie de son carcan national [32] . C’est dans cet esprit qu’Alexander Watson reprit à nouveaux frais les questions soulevées par la résilience des combattants britanniques et allemands. Il souligna de la sorte l’importance du paternalisme du commandement jusqu’alors considéré comme l’apanage des sous-officiers britanniques [33] .

Sortir l’histoire-bataille britannique des exceptionalismes nationaux et chronologiques pour replacer, à l’invitation de Hew Strachan, l’expérience britannique dans le contexte plus large des transformations du phénomène guerrier : tel est le principal défi pour une histoire militaire qui se distingue par sa vitalité [34] .

Mobilisations

Mieux connue peut-être du lectorat francophone, l’histoire sociale et culturelle de la Grande-Bretagne entre 1914 et 1918 semble, elle, mieux intégrée au mouvement historiographique soutenu par les approches transnationales de la Grande Guerre. L’historiographie britannique a, il est vrai, joué un rôle moteur dans l’exploration des types de participation sociale et de belligérance qui sous-tendent aujourd’hui la production historiographique la plus innovante. Sous l’impulsion notamment de Jay Winter et de ses étudiants, l’historiographie de la Grande Guerre a ainsi posé nombre des jalons qui balisent aujourd’hui l’histoire sociale et culturelle de l’Europe en guerre. En mobilisant et en combinant les outils de l’histoire politique, de la démographie historique, de l’histoire économique et de l’analyse culturelle, Winter mit en lumière la manière dont la mobilisation du temps de guerre affecta les structures sociales et économiques, comme les politiques publiques britanniques. En combinant les échelles locale, nationale et européenne, les travaux qu’il mena ou dirigea soulignent le caractère contesté et négocié de l’effort de guerre britannique, marqué par les « rapports sociaux du sacrifice » consenti en réponse aux exigences de la guerre industrielle [35] .

Curieusement néanmoins, l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne n’a que récemment fait l’objet d’analyses systématiques comparables aux analyses de Jean-Jacques Becker et de Jeff Verhey pour la France et l’Allemagne [36] . Si la déclaration de guerre à l’Allemagne est d’abord une réponse au défi stratégique posé par l’Allemagne, le gouvernement britannique répondait également à l’émotion provoquée dans le pays par l’invasion de la Belgique et, dans une moindre mesure, de la Serbie. La culture politique libérale – dominante et partagée par la plupart des formations politiques – attribuait en effet une importance particulière à la défense du droit international et à celui des petites nations. Garante au même titre que l’Allemagne de la neutralité de la Belgique depuis son indépendance, la Grande-Bretagne se devait d’honorer ses obligations internationales. Par contraste, l’attitude du Kaiserreich accréditait la vision d’un empire concurrent qui ne se sentait pas tenu par les prescriptions du droit. La critique des ambitions et du militarisme allemands déboucha ainsi vite sur la dénonciation du système politique et de la culture allemandes [37] . Ce prussianisme en tout point incompatible avec la culture politique britannique n’était pas seulement honni par la propagande d’État, mais symbolisait l’opposition de la société civile aux ambitions continentales de l’Allemagne. La guerre ne fut toutefois guère reçue avec enthousiasme et la vision d’une guerre courte tint peut-être plus d’importance dans la mémoire du conflit qu’elle ne détermina l’attitude des contemporains [38] .

À l’instar de leurs alliés français comme de leurs ennemis allemands, les Britanniques s’engagèrent dans une guerre qu’ils subissaient, mais dont l’enjeu n’était ni plus ni moins que la survie du royaume [39] . Chaque groupe social investissait alors ce conflit défensif d’une dimension existentielle. Ici la mobilisation spontanée de la plupart des groupes sociaux et politiques, soutenue plus qu’encadrée par l’État, rend compte de la pluralité de cultures de guerre qui s’élaboraient à mesure que l’on s’installait dans le conflit [40] . La guerre constituait un défi particulier aux groupes politiques ou religieux dont l’identité était fortement liée au pacifisme. L’objection de conscience – bien que rare – témoignait en particulier de la force du sentiment religieux au sein des communautés non conformistes [41] . Le pacifisme politique, souvent lié bien sûr à la dénonciation éthique de la guerre, se trouva incapable de formuler une riposte d’ampleur, empêché par les ambiguïtés du libéralisme britannique comme par la reconnaissance par bien des pacifistes du droit à la légitime défense [42] .

En dépit de spécificités souvent mal reconnues outre-Manche, la société britannique illustre les dynamiques culturelles de la mobilisation identifiées en France, par Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker [43] . Les termes du débat français, articulé autour de l’opposition consentement/contrainte, montrent cependant leur limite à la faveur des approches comparées [44] . La résilience de la société britannique continue néanmoins comme en France de susciter des travaux de grande qualité. J. G. Fuller offrit ainsi une remarquable étude de la culture populaire – et civile – des soldats britanniques [45] . Dans un travail plus récent, situé entre sociologie et psychologie, Michael Roper a lui souligné l’importance des liens filiaux pour les hommes en armes [46] . Dans des registres différents, Edward Madigan et Adrian Gregory ont insisté sur le rôle des sentiments comme des institutions religieuses [47] . David Monger, enfin, explora lui aussi les interférences entre le front et l’arrière pour illustrer les contours du patriotisme défensif qui soutenait la société britannique dans l’épreuve [48] .

S’appuyant sur une tradition politique et intellectuelle radicale, plusieurs historiens se sont également attachés à la contrainte et à la discipline militaire comme aux résistances qu’elles suscitèrent. Histoire et mémoire se rejoignent ici ; la controverse suscitée par le possible pardon des fusillés britanniques procédant et suscitant de nouvelles recherches historiques [49] . Là encore, les travaux de Christoph Jahr illustrèrent l’intérêt de la comparaison en mettant en lumière le caractère strict de la discipline britannique [50] . Aussi libéral fût-il, le système politique britannique s’accommoda fort bien en effet de la contrainte étatique.

La mobilisation de l’économie britannique entre 1914 et 1918 révéla de même que les prescriptions de la théorie économique libérale le cédaient en définitive aux nécessités de la guerre. Contrairement à ce qu’imaginaient Ivan Bloch ou Norman Angell, la guerre industrielle s’appuya sur les ressources d’une économie globalisée pour dégager les ressources nécessaires à sa poursuite [51] . Talonnée avant-guerre par les États-Unis et l’Allemagne, la Grande-Bretagne demeurait une puissance économique de premier plan et déploya avec succès ses réseaux commerciaux et financiers. Ici, l’histoire économique de la guerre rejoint, comme le démontra Andrew Lambert, son histoire navale [52] . Le contrôle britannique des principales routes commerciales confortait par ailleurs son accès privilégié aux marchés financiers et, en particulier, aux créditeurs américains. Histoire nationale et globale de la guerre sont ici indissociables comme en témoignent les travaux de Martin Horn et Hew Strachan [53] .

À l’instar des autres belligérants, la Grande-Bretagne se trouva également contrainte d’adapter son appareil industriel aux besoins de la guerre de masse. “Business as usual” apparut ainsi vite comme un vœu pieu autant que comme un slogan vide de sens au regard des besoins des armées en campagne [54] . La croissance des effectifs militaires provoqua en effet très vite une pénurie de fusils, de canons, et de munitions. Tout autant que leur nombre, les industries de guerre devaient en outre assurer le maintien de leur qualité quand le sort des armes dépendait directement des industries nationales. En 1915, la crise dite des munitions provoqua la chute du gouvernement libéral d’Asquith, contraint de former un cabinet de coalition. L’histoire de cette conversion douloureuse à l’économie de guerre se place en effet tout autant au chapitre des transformations de l’État britannique [55] .

Dès les premières semaines du conflit, ce dernier chercha à imposer sa marque sur la société civile dont les libertés et l’autonomie furent considérablement réduites par le Defense of the Realm Act de 1914. Adossée à la propagande d’État pour l’essentiel consacrée au recrutement, la censure ne parvint toutefois pas à isoler la société britannique des mauvaises nouvelles du front [56] . Surtout, la société civile, par le truchement de la presse et des associations, affirma une réelle autonomie qui se traduisait à la fois par une auto-censure et une critique de la propagande et de la censure d’État [57] . À partir de 1917, l’État britannique lança une campagne de remobilisation de l’opinion qui s’appuyait tout autant sur ses ressources propres que sur la société civile [58] .

La direction stratégique et économique de l’effort de guerre britannique provoqua de réelles tensions entre pouvoir civil et pouvoir militaire [59] . L’analyse de ces affrontements fut largement influencée par « la guerre des mémoires » que se livrèrent généraux et hommes politiques – Lloyd George et Haig en particulier – dans l’entre-deux-guerres. Ces débats révèlent toutefois les transformations de la gouvernance induites par celles du phénomène guerrier. L’autonomie du militaire était en effet réduite par les exigences de la guerre industrielle, offrant au politique comme aux pouvoirs économiques la possibilité de peser sur les affaires militaires de la Nation. La croissance et l’interventionnisme étatique ne sont ainsi qu’un aspect de l’histoire de l’État britannique [60] . La guerre permit en effet l’émergence d’un nouveau type de leader politique dont le charismatique Lloyd George, comme Clemenceau en France, est un bon exemple. Chancelier de l’Échiquier en 1914, ministre des Munitions en 1915, il prit les rênes du gouvernent en décembre 1916. Sorti, avant-guerre, des rangs du populisme progressiste, le libéral Lloyd George dut néanmoins composer avec une majorité de ministres, puis une coalition, conservatrices.

La guerre industrielle redéfinit également les contours de l’État en réponse à un impératif de gestion et de justice sociale. Les besoins matériels et humains des armées britanniques contribuèrent à la mise en œuvre d’un corporatisme du temps de guerre, marqué non seulement par la collaboration du patronat et des syndicats, mais plus sûrement par la capacité de l’État à accepter les concessions financières et juridiques qu’ils réclamaient pour assurer leur engagement [61] . Le recrutement militaire et la mise en œuvre de la conscription tout comme la gestion des services publics requirent eux aussi la participation de la société civile [62] . Dans ce contexte, l’effort de guerre britannique bénéficia du pragmatisme et du pluralisme d’un système politique capable de s’affranchir des prescriptions du libéralisme pour répondre aux besoins de la défense nationale.

Il n’en faudrait toutefois pas conclure au caractère consensuel de la mobilisation sociale. Comme dans d’autres pays belligérants, les conflits sociaux étaient en effet indissociables du consentement à la guerre ; un consentement âprement négocié par des acteurs sociaux, économiques, et politiques convaincus que leur sacrifice patriotique (humain ou matériel) leur permettait de contester vigoureusement la gestion de l’effort de guerre [63] . Si le nombre de jours de grèves passa de dix millions en 1914 à six millions en 1918, le nombre de grévistes doubla lui pour atteindre 923 000. Comme le remarqua Niall Ferguson, les ouvriers britanniques se montrèrent bien plus revendicatifs que leurs homologues allemands en dépit de conditions matérielles et économiques plus favorables [64] .

Legs

L’indéniable choc que constitua la Grande Guerre se traduisit d’abord, en Grande-Bretagne comme ailleurs, en termes humains : 662 000 tués, 140 000 disparus, 1,65 million de blessés. Si les pertes furent bien inférieures, proportionnellement, à celles de la France et de l’Allemagne, il n’en demeure pas moins que la société britannique paya un lourd tribut pour la défense du royaume et de son empire. Outre-Manche, la question du lien entre guerre et changement social fut au cœur du débat historiographique des années 1960 et 1970, animé par les propositions souvent tranchées d’Arthur Marwick [65] . L’impact de la guerre sur chaque groupe social, et le débat qu’il suscita, mériteraient à eux-seuls un article. Nous nous contenterons d’évoquer l’ouvrage de Jay Winter, The Great War and the British People, publié en 1986. En combinant analyses démographiques et économiques, Jay Winter mit en effet en lumière le « paradoxe de la Grande Guerre » qui vit une amélioration du niveau de vie et des conditions d’existence des classes populaires [66] . Les ouvriers non qualifiés apparaissent en particulier comme les vrais vainqueurs de la guerre. Bénéficiant de la baisse du chômage et du sous-emploi, ils ne connurent pas de dégradation significative de leur pouvoir d’achat. Winter s’appuie notamment sur la baisse de 10 % du taux de mortalité infantile et, dans une moindre mesure, sur celle de la mortalité féminine pour démontrer l’amélioration des conditions de la vie ouvrière. Comme le dit Adrian Gregory, « l’effet global de la guerre, en dépit des nuances nécessaires, fut de rendre les pauvres britanniques moins qu’ils ne l’étaient [67]  ». Winter démontra également qu’il y eut bel et bien une « génération perdue » dans la Grande Guerre. Les classes moyennes, souvent engagées plus tôt et plus massivement avant l’instauration de la conscription, subirent ainsi des pertes disproportionnées : 41,7 % des soldats appartenant aux professions libérales contre 28,3 % des salariés de l’industrie étaient tombés au combat en février 1916. Leur meilleure santé les destinait aussi en plus grand nombre au service. Si la pauvreté a donc épargné des vies ouvrières, les privilèges conférés par les rapports de classe se traduisaient eux par des pertes plus élevées. En témoigne le sort des étudiants mobilisés d’Oxford et de Cambridge qui subirent respectivement 29 % et 26 % de décès, près de deux fois la moyenne nationale.

Célébrée par Marwick, l’émancipation économique, politique et sexuelle des femmes britanniques continue d’alimenter le débat historiographique. Les femmes britanniques ne découvrirent pas le travail grâce à la mobilisation industrielle, mais se saisirent des opportunités offertes par la guerre et quittèrent notamment les emplois ménagers [68] . Si la pénurie de domestiques décrite par la série télévisée Downton Abbey fut bien réelle, il est plus difficile d’apprécier le degré réel d’émancipation sociale et politique des femmes britanniques. Leur contribution à l’effort de guerre modifia profondément les représentations et mit en question les rapports de genre traditionnels. Le Representation of the People Act qui, en 1918, étendit le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans, contribuables ou épouses de contribuables, traduisit ainsi les ambivalences de la mobilisation sociale. Reconnaissance du service patriotique, le droit de vote y était en effet accordé dans le même temps aux jeunes hommes, ouvriers pour la plupart, qui ne satisfaisaient pas jusque-là aux conditions de résidence ou de revenus que les électeurs devaient remplir. Demeuraient exclues de cette citoyenneté formelle toutes les jeunes femmes de moins de 30 ans et les ouvrières qui avaient néanmoins incarné, dans les usines de guerre, et les corps auxiliaires, la mobilisation patriotiques des Britanniques [69] . Par ailleurs, les femmes durent faire face après-guerre à un « retour de bâton » anti-féministe qui affermit la domination masculine dans les sphères privée et économique [70] . L’heure y était alors en effet, selon Lloyd George, à la construction d’un pays digne de héros (« a fit country for heroes to live in »).

Au sortir de la guerre, la société s’interrogeait en effet sur le sens à donner à un conflit dont elle craignait, plus qu’elle n’illustrait, les effets brutalisateurs [71] . L’expérience médicale du conflit avait ainsi révélé que les traumatismes de la Grande Guerre étaient autant psychologiques que physiques [72] . La centralité du shellshock (choc traumatique) dans l’histoire sociale et culturelle de l’entre-deux-guerres continue de se traduire par une multiplication de travaux, souvent excellents, qui détaillent notamment l’impact du conflit sur les hommes et leur identité masculine [73] . Les structures du recrutement militaire expliquent en effet que les combattants ne furent jamais qu’une minorité des hommes britanniques, favorisant ainsi, si ce n’est une crise de la masculinité britannique, du moins de profondes remises en question [74] .

Les études de la sortie de guerre britannique se distinguent ainsi par leur ouverture aux sciences humaines et sociales. L’histoire britannique de la Grande Guerre reste, néanmoins, profondément liée aux explorations littéraires et artistiques de l’expérience de guerre. L’attention portée au conflit par les critiques littéraires traduit évidemment la place toujours centrale que la littérature et la poésie de guerre occupent dans le canon anglais. Profondément ironique selon Paul Fussell, l’expérience de la guerre fut ainsi longtemps présentée comme indissociable de la modernité littéraire et de l’entrée de la Grande-Bretagne dans le XXe siècle [75] . En replaçant l’art et la littérature dans leur contexte culturel et social, en mettant en avant, surtout, les pratiques du deuil, l’histoire culturelle de la Grande Guerre a quant à elle insisté sur les aspects conservateurs des représentations et de la mémoire du conflit. De l’étude des monuments aux morts et des commémorations à celle du tourisme mémoriel sur les champs de bataille, l’historiographie britannique a, là encore, mené le débat historiographique international [76] .

Conclusion

« Déluge », « armageddon » ou « catastrophe » : de telles métaphores accréditent l’idée que les historiens britanniques de la Première Guerre mondiale restent souvent incapables d’extirper leurs analyses de la mémoire dominante du conflit [77] . Souvent présentée comme la « mauvaise » guerre par excellence, la Grande Guerre continue de provoquer, cent ans après son déclenchement, de véritables polémiques. Le ministre conservateur de l’Éducation, Michael Gove, s’est ainsi récemment dit convaincu de l’existence d’un complot germano-gauchiste visant à dénigrer le sacrifice et la victoire britannique de 1918 [78] . De tels propos en disent certes long sur la crispation europhobe du conservatisme britannique. Mais ils traduisent également l’importance d’un conflit toujours pensé, à droite et à gauche, comme un référent culturel majeur. Si l’historien de la Grande Guerre peut se réjouir de l’intérêt que suscite encore son objet, on peut regretter que le débat contemporain, en ignorant la véritable pertinence du conflit, passe également sous silence la remarquable contribution britannique à l’historiographie de la Grande Guerre. En nous intéressant ici à l’expérience de la société britannique, il nous a semblé essentiel de souligner que l’étude de ce conflit est d’abord l’objet d’une réflexion interdisciplinaire sur les transformations du phénomène guerrier au début du XXe siècle. À cet égard, l’adaptation de la Grande-Bretagne aux exigences d’un conflit industriel occupe une place toute particulière dans l’historiographie de l’Europe en guerre.

Pour citer cet article : Pierre Purseigle, « Écrire l’histoire du Déluge. Histoire et expérience britanniques de la Grande Guerre », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 22, janvier-avril 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Blackadder Goes Forth est en fait la quatrième et dernière saison d’une série lancée en 1983. Elle entraîne les téléspectateurs à travers une série de tableaux comiques, chacun situé dans une période de l’histoire du royaume, du Moyen Âge à la Grande Guerre en passant par l’époque élisabéthaine et la Régence (1788-1820).

[2] A.J.P. Taylor, The First World War, an Illustrated history., H. Hamilton, London, 1963, 224 p. ; Dan Todman, The Great War.Myth and Memory, London, Hambledon and London, 2005.

[3] Michael Howard, « The British Way in Warfare: a Reappraisal », dans The Causes of Wars and Other Essays, London, Temple Smith, 1983, p. 189-207 ; Paul Kennedy, The Rise and Fall of British Naval Mastery, London, A. Lane, 1976 ; Hew Strachan, « The British Way in Warfare Revisited », Historical Journal, 1983, no 26, p. 447-461.

[4] Niall Ferguson, The Pity of War, London, Penguin Books, 1998.

[5] Paul Kennedy, The Rise and Fall of British Naval Mastery, London, A. Lane, 1976 ; Paul Kennedy, The Rise of the Anglo-German Antagonism, 1860-1914, London, Allen & Unwin, 1980.

[6] Hew Strachan, The First World War, vol. I: To Arms, Oxford University Press, Oxford, 2001.

[7] Michael Howard, The Continental Commitment: the Dilemma of British Defence Policy in the Era of the Two World Wars, London, Temple Smith Ltd, 1972.

[8] Pierre Purseigle, « Pax Britannica : ordre impérial et exportation de la violence », dans Géraldine Vaughan, Julien Vincent, Clarisse Berthezène et Pierre Purseigle (dir.), Le monde britannique 1815-1931, Paris, Belin, 2010, p. 157-183.

[9] Hew Strachan, The Politics of the British Army, Oxford, Clarendon Press, 1997, 311 p.

[10] Peter Simkins, Kitchener’s Army: the Raising of the New Armies, 1914-16, Manchester, Manchester University Press, 1988, 359 p.

[11] I.F.W Beckett et Keith Simpson (eds.), A Nation in Arms: A Social Study of the British Army in the First World War, Manchester-Dover N.H, Manchester University Press, 1985, 276 p.

[12] I.F.W Beckett, Ypres: the First Battle, 1914, Harlow, Pearson, 2004, 221 p.

[13] John Terraine, White Heat: the New Warfare 1914-18, London, Sidgwick & Jackson, 1982, 352 p.

[14] Ian F.W. Beckett et Keith Simpson (eds.), A Nation in Arms. A Social Study of the British Army in the First World War, Manchester, Manchester University Press, 1985, 276 p.

[15] Helen McCartney, Citizen Soldiers: the Liverpool Territorials in the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2005, 275 p. David French, Military Identities. The Regimental System, the British Army, and the British People, c. 1870-2000, Oxford, Oxford University Press, 2005, 404 p. Michael Finn, « Local Heroes: War News and The Construction of "Community" in Britain, 1914-1918 », Historical Research, 2008, p. 124. Pierre Purseigle, Mobilisation, sacrifice, et citoyenneté. Angleterre-France, 1914-1918, Paris, Les Belles Lettres, 2013, 450 p.

[16] Mark Connelly, Steady the Buffs! A Regiment, a Region, and the Great War, Oxford-New York, Oxford University Press, 2006, 267 p.

[17] James Goldrick, The King’s Ships Were at Sea: The War in the North Sea, August 1914-February 1915, Annapolis, Md, Naval Institute Press, 1984, 356 p. Paul G. Halpern (A Naval History of World War I, Annapolis, Md, Naval Institute Press, 1994, 591 p.

[18] Jon Tetsuro Sumida, “A Matter of Timing: The Royal Navy and the Tactics of Decisive Battle, 1912-1916”, Journal of Military History, janvier  2003, vol. 67, no 1, p. 85-136. Nicholas A. Lambert, “ ‘Our Bloody Ships’ or ‘Our Bloody System’? Jutland and the Loss of the Battle Cruisers, 1916 “, Journal of Military History, janvier 1998, vol. 62, no 1, p. 2955. Keith Yates, Flawed Victory: Jutland, 1916, Annapolis Md., Naval Institute Press, 2000, 314 p.

[19] Dwight Messimer, Find and Destroy: Antisubmarine Warfare in World War I, Annapolis, Naval Institute Press, 2001, 312 p.

[20] David French, The Strategy of the Lloyd George Coalition, 1916-1918, Oxford, Oxford University Press, 1995, 332 p. David French, British Strategy & War Aims, 1914-1916, London and Boston, Allen &Unwin, 1986, 274 p. Brock Millman, Pessimism and British War Policy, 1916-1918, London, Frank Cass, 2001, 322 p.

[21] Jenny Macleod, Gallipoli: Making History, London, Frank Cass, 2004. Jenny Macleod, Reconsidering Gallipoli, Manchester, Manchester University Press, 2004.

[22] Basil Liddell Hart, The Real War, London, Faber and Faber, 1930, 539 p.

[23] John Terraine, Douglas Haig, The Educated Soldier, London, Hutchinson, 1963.

[24] G.D. Sheffield et J.M. Bourne (dir.), Douglas Haig: War Diaries and Letters, 1914-1918, London, Weidenfeld & Nicolson, 2005, 550 p. Gary Sheffield, Forgotten Victory: The First World War: Myths and Realities, London, Headline, 2001, 298 p. Gary D. Sheffield, The Chief: Douglas Haig and the British Army, London, Aurum, 2012, 462 p.

[25] Simon Robbins, British Generalship During the Great War: the Military Career of Sir Henry Horne (1861-1929), Ashgate, Farnham, Surrey, 2010, 321 p. Martin Samuels, Command or Control? Command, Training, and Tactics in the British and German Armies, 1888-1918, London; Portland, OR, Frank Cass, 1995, 339 p.

[26] Shelford Bidwell, Fire-Power: British Army Weapons and Theories of War 1904-1945, Boston, Allen & Unwin, 1985, 327 p. Robin Prior et Trevor Wilson, Command on the Western Front: The Military Career of Sir Henry Rawlinson, 1914-1918, Basil Blackwell, Oxford, UK; Cambridge, Mass., USA, 1992, 421 p. Paddy Griffith (ed.), British Fighting Methods in the Great War, London; Portland, Or, F. Cass, 1996, 191 p. J.P. Harris, Douglas Haig and the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2009. Stephen Badsey, The British Army in Battle and its Image 1914-1918, London, Continuum, 2009, 238 p. Stephen Badsey, Doctrine and Reform in the British Cavalry 1880-1918, Ashgate Publishing, Ltd., 2008, 386 p. Jim Beach, Haig’s Intelligence GHQ and the German Army, 1916-1918, Cambridge, Cambridge University Press, 2013.

[27] Robin Prior, Trevor Wilson, The Somme, New Haven, Yale University Press, 2005, 358 p.

[28] John Terraine, To Win a War: 1918, The Year of Victory, London, Sidgwick & Jackson, 1978, 283 p.

[29] Gary Sheffield, Forgotten Victory: The First World War: Myths and Realities, London, Headline, 2001, 298 p. Jonathan Boff, Winning and Losing on the Western Front: The British Third Army and The Defeat of Germany in 1918, Cambridge, Cambridge University Press, 2012, 308 p.

[30] Cette situation est d’autant plus surprenante que les meilleures synthèses produites par des historiens britanniques illustrent les vertus d’approches comparées et transnationales. Hew Strachan, The First World War, vol. I : To Arms, Oxford, Oxford University Press, 2001, 1248 p. David Stevenson, 1914-1918: the History of the First World War, London, Allen Lane, 2004, 729 p.

[31] E. Greenhalgh, « Why the British Were on the Somme in 1916 », War in History, 1 avril 1999, vol. 6, no 2, p. 147-173. Elizabeth Greenhalgh, « Flames over the Somme: A Retort to William Philpott », War in History, 1 juillet 2003, vol. 10, no 3, p. 335-342. William Philpott, « Why the British Were Really on The Somme: A Reply to Elizabeth Greenhalgh », War in History, 1 novembre 2002, vol. 9, no 4, p. 446-471.

[32] Elizabeth Greenhalgh, Victory Through Coalition: Britain and France During the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2005, 304 p. William Philpott, Bloody Victory: the Sacrifice on the Somme and the Making of the Twentieth Century, London, Little Brown, 2009, 721 p.

[33] Alexander Watson, Enduring the Great War: Combat, Morale and Collapse in the German and British Armies, 1914-1918, Cambridge, Cambridge University Press, 2008, 312 p. Gary Sheffield, Leadership in the Trenches: Officer-Man Relations, Morale and Discipline in the British Army in the era of the First World War, Basingstoke, Macmillan, 2000, 270 p.

[34] Hew Strachan, The First World War, Oxford, Oxford University Press, 2001, 1227 p. Dennis Showalter, « "It All Goes Wrong!": German, French, and British Approaches to Mastering the Western Front », dans Pierre Purseigle (ed.), Warfare and Belligerence. Perspectives in First World War Studies, Boston - Leiden, Brill, 2005, p. 39-72.

[35] Jay M. Winter, Socialism and the Challenge of War. Ideas and Politics in Britain, 1912-1918, London and Boston, Routledge & Kegan Paul, 1974, 310 p. Jay M. Winter, The Great War and the British People, London, 2eéd., Palgrave Macmillan, 2003, 376 p. Richard Wall et Jay M. Winter (eds.), The Upheaval of War: Family, Work and Welfare in Europe, 1914-1918, Cambridge, Cambridge University Press, 1988, 497 p. Jay M. Winter, Sites of Memory, Sites of Mourning: the Great War in European Cultural History, Cambridge, Cambridge University Press, 1995, 310 p. Jay M. Winter, Jean-Louis Robert (dir.), Capital Cities at War. Paris, London, Berlin, 1914-1919, Cambridge, Cambridge University Press, 2007, vol. II, 568 p. Jay M. Winter, Jean-Louis Robert (dir.), Capital Cities at War: Paris, London, Berlin, 1914-1919, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, vol. I, 638 p.

[36] Jean-Jacques Becker, 1914. Comment les Français sont entrés dans la guerre : contribution à l’étude de l’opinion publique printemps-été 1914, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977, 637 p. Jeffrey Verhey, The Spirit of 1914: Militarism, Myth and Mobilization in Germany, Cambridge; New York, Cambridge University Press, 2000, 268 p.

[37] Catriona Pennell, « La Grande-Bretagne et l’Irlande dans la Première Guerre mondiale », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 120, octobre-décembre 2013 (no 4), p. 43-55. Pierre Purseigle, « Belligérance libérale », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 120, octobre-décembre 2013 (no 4), p. 27-42.

[38] Adrian Gregory, The Last Great War: British Society and the First World War, Cambridge University Press, Cambridge, 2008. Stuart Hallifax, « ‘Over by Christmas’: British Popular Opinion and the Short War in 1914 », First World War Studies, octobre 2010, vol. 1, no 2, p. 103-121.

[39] Catriona Pennell, A Kingdom United Popular Responses to the Outbreak of the First World War in Britain and Ireland., Oxford University Press, Oxford, 2012, 336 p.

[40] John Horne, « Mobilizing for « Total War », 1914-1918 », dans John Horne (eds.), State, Society, and Mobilization in Europe during the First World War, Cambridge University Press, Cambridge, 1997, p. 1-16. Adrian Gregory, The Last Great War: British Society and the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.

[41] Keith Robbins, « The British Experience of Conscientious Objection », dans Hugh Cecil et Peter Liddle (eds.), Facing Armageddon. The First World War Experienced, Pen & Sword, Londres, 1996, p. 691-706. Lois S. Bibbings, Telling Tales about Men: Conceptions of Conscientious Objectors to Military Service during the First World War, Manchester, Manchester University Press, 2010, 240 p.

[42] Martin Ceadel, Semi-detached Idealists: the British Peace Movement and International Relations, 1854-1945, Oxford; New York, Oxford University Press, 2000, 488 p. Martin Céadel, Pacifism in Britain, 1914-1945: the Defining of a Faith, Oxford - New York, Oxford University Press, 1980, 342 p. Michael Howard, War and the Liberal Conscience, London, Hurst, 2008, 160 p.

[43] Jay M.Winter, « Propaganda and the Mobilization of Consent », dans Hew Strachan (ed.), The Oxford Illustrated History of the First World War, Oxford, Oxford University Press, 1998, p. 216-226. Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18: retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000, 272 p.

[44] Voir les propositions faites en conclusion de Pierre Purseigle, Mobilisation, sacrifice, et citoyenneté. Angleterre - France, 1914-1918, Paris, Les Belles Lettres, 2013, 450 p.

[45] J.G. Fuller, Troop Morale and Popular Culture in the British and Dominion Armies 1914-1918, Oxford, Clarendon Press, 1990, 218 p.

[46] Michael Roper, The Secret Battle: Emotional Survival in the Great War, Manchester, Manchester University Press, 2009.

[47] Adrian Gregory, The Last Great War: British Society and the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2008. Edward Madigan, Faith Under Fire: Anglican Army Chaplains and the Great War, Basingstoke; New York, Palgrave Macmillan, 2011, 296 p.

[48] David Monger, Patriotism and Propaganda in First World War Britain, Liverpool, Liverpool University Press, 2012, 310 p. David Monger, « Soldiers, Propaganda and Ideas of Home and Community in First World War Britain », Cultural and Social History, 2011, vol. 8, no 3, p. 331354. David Monger, « Sporting Journalism and the Maintenance of British Servicemen’s Ties to Civilian Life in First World War Propaganda », Sport in History, 2010, vol. 30, n° 3, p. 374-401.

[49] Gerard Oram, Military Executions during World War I, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2003, 228 p. Julian Putkowski, British Army Mutineers: 1914-1922, Boutle, London, 1998, 176 p. Julian Putkowski et Julian Sykes, Shot at Dawn: Executions in World War One by Authority of the British Army Act, London, L. Cooper, 1992, 302 p.

[50] Christoph Jahr, GewöhnlicheSoldaten: Desertion und Deserteur eim deutschen und britischen Heer 1914-1918, « Kritische Studien zur Geschichtswissenschaft », n° 123, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1998, 419 p.

[51] I.S. Bloch, Is War Now Impossible?: Being an Abridgement of The War of the Future in Its Technical, Economic and Political Relations, Aldershot, Gregg Revivals, 1991 (1ère ed. : 1898), 380 p. Norman Angell, The Great Illusion: A Study of the Relation of Military Power in Nations to Their Economic and Social Advantage, New York, Putnam, 1910.

[52] Nicholas A. Lambert, Planning Armageddon: British Economic Warfare and the First World War, Cambridge Mass., Harvard University Press, 2012, 662 p.

[53] Martin Horn, Britain, France, and the Financing of the First World War, Montreal; Ithaca, McGill-Queen’s University Press, 2002, 249 p. Hew Strachan, Financing the First World War, « The First World War », Oxford; New York, Oxford University Press, 2004, 268 p.

[54] Stephen Broadberry et Peter Howlett, « The United Kingdom during World War I: Business as Usual? », dans S. N. Broadberry, Mark Harrison (dir.), The Economics of World War I, Cambridge; New York, Cambridge University Press, 2005, p. 206234.

[55] R.J.Q. Adams, Arms and the Wizard: Lloyd George and the Ministry of Munitions, 1915-1916, London, Cassell, 1978, 252 p.

[56] Arthur Marwick, The Deluge; British Society and the First World War, Boston, 1st American ed., Little, Brown, 1966, 336 p. Alice Goldfard Marquis, « Words as Weapons: Propaganda in Britain and Germany during the First World War », Journal of Contemporary History, 1978, vol. 13, p. 467-498. Gary S. Messinger, British Propaganda and the State in the First World War, Manchester, Manchester University Press, 1992, 292 p.

[57] Pierre Purseigle, Mobilisation, sacrifice et citoyenneté. Angleterre-France 1900-1918, Paris, Les Belles Lettres, 2013, 380 p.

[58] John Horne, « Remobilizing for « Total War »: France and Britain, 1917-1918 », dans John Horne (ed.), State, Society, and Mobilization in Europe during the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 195-211.

[59] Michael S. Neiberg, « Cromwell on the Bed Stand: Allied Civil-Military Relations in World War I », dans Jenny Macleod, Pierre Purseigle (dir.), Uncovered Fields. Perspectives in First World War Studies, Boston - Leiden, Brill, 2004, p. 61-78.

[60] S.J. Hurwitz, State Intervention in Great Britain. A Study of Economic Control and Social Response, 1914-1919, New York, Columbia University Press, 1949, 321 p. Kathleen Burk (ed.), War and the State: the Transformation of British Government, 1914-1919, London-Boston, Allen & Unwin, 1982, 189 p. S.J.D. Green, « The Shifting Boundaries of the State in Modern Britain », dans S.J.D. Green et R.C. Whiting (eds.), The Boundaries of the State in Modern Britain, Cambridge University Press, Cambridge, 1996, p. 1-11.

[61] Keith Middlemas, Politics in Industrial Society. The Experience of the British System Since 1911, London, André Deutsch, 1979, 512 p.

[62] R.J.Q. Adams et Philip Poirier, The Conscription Controversy in Great Britain, 1900-1918, Basingstoke, Macmillan, 1987. Keith Grieves, The Politics of Manpower, 1914-1918, « War, Armed Forces and Society », Manchester, Manchester University Press, 1988, 241 p.

[63] Pierre Purseigle, « Belligérance libérale », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, octobre 2013, n° 120, p. 27-42.

[64] Niall Ferguson, The Pity of War, London, Penguin Books, 1998, 624 p., p. 274-275. Voir également John Horne, Labour at War. France and Britain 1914-1918, Oxford, Clarendon Press, 1991, 463 p.

[65] Arthur Marwick, Total War and Historical Change: Europe, 1914-1955, Buckingham, Open University Press, 2001. Arthur Marwick (ed.), Total War and Social Change, New York, St. Martin’s Press, 1988, 134 p. Arthur Marwick, Britain in the Century of Total War. War, Peace and Social Change, 1900-1967, London, Bodley Head, 1968, 511 p. Arthur Marwick, The Deluge. British Society and the First World War, London, Macmillan, 1965.

[66] Jay M. Winter, The Great War and the British People, London, Palgrave Macmillan, 2eéd., 2003, 376 p.

[67] Adrian Gregory, The Last Great War: British Society and the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2008, p. 287.

[68] Gail Braybon, Women Workers in the First World War: the British Experience, London, Croom Helm, 1981.

[69] Susan R. Grayzel, Women’s Identities at War. Gender, Motherhood, and Politics in Britain and France during the First World War, Chapel Hill and London, University of North Carolina Press, 1999, 334 p. Nicoletta F. Gullace, « The Blood of our Sons ». Men, Women, and the Renegotiation of British Citizenship during the Great War, New York - Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2002, 284 p. Janet S. K. Watson, Fighting Different Wars: Experience, Memory, and the First World War in Britain, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, 333 p.

[70] Susan Kent, Making Peace: The Reconstruction of Gender in Interwar Britain, Princeton, Princeton University Press, 1993, 182 p.

[71] La Grande-Bretagne offre un correctif important aux thèses de George Mosse sur la « brutalisation » de l’Europe. George L. Mosse, Fallen Soldiers: Reshaping the Memory of the World Wars, New York, Oxford University Press, 1990, 264 p. Jon Lawrence, « Forging a Peaceable Kingdom: War, Violence, and Fear of Brutalization in Post-First World War Britain », The Journal of Modern History, 2003, vol. 75, no 3, p. 557-589.

[72] Mark Harrison, The Medical War: British Military Medicine in the First World War, Oxford University Press, Oxford, 2010, 346 p. Edgar Jones, « The Psychology of Killing: The Combat Experience of British Soldiers during the First World War », Journal of Contemporary History, avril 2006, vol. 41, n° 2, p. 229246. Peter Leese, Shell Shock. Traumatic Neurosis and The British Soldiers of the First World War, Houndmills, Basingstoke, Hampshire, Palgrave, 2002, 229 p. Laurinda Stryker, « Mental Cases: British Shellshock and the Politics of Interpretation », dans Gail Braybon (dir.), Evidence, History, and the Great War: Historians and the Impact of 1914-18, New York, Berghahn Books, 2003, p. 154-171. Jay M. Winter, « Le choc traumatique et l’histoire culturelle », 14-18. Aujourd’hui. Today. Heute., 2000, vol. 3, p. 100-107.

[73] Eric J. Leed, No Man’s Land: Combat & Identity in World War I, Cambridge; New York, Cambridge University Press, 1979, 257 p. Ana Carden-Coyne, Reconstructing the Body Classicism, Modernism, and the First World War, Oxford, Oxford University Press, 2009, 344 p. Joanna Bourke, Dismembering the Male: Men’s Bodies, Britain and the Great War, London, Reaktion Books, 1996. Fiona Reid, Broken Men: Shell Shock, Treatment and Recovery in Britain, 1914-1930, London; New York, Continuum, 2011, 214 p. Jessica Meyer, Men of War: Masculinity and the First World War in Britain, Basingstoke; New York, Palgrave Macmillan, 2011, 216 p. Tracey Loughran, « A Crisis of Masculinity? Re-writing the History of Shell-shock and Gender in First World War Britain », History Compass, 2013, vol. 11, no 9, p. 727-738.

[74] Laura Ugolini, Civvies: Middle-class Men on the English Home Front, 1914-18, « Cultural History of Modern War », Manchester, Manchester University Press, 2013, 339 p.

[75] Paul Fussell, The Great War and Modern Memory, New York - Oxford, Oxford University Press, 1975, 363 p. Samuel Hynes, A War Imagined: the First World War and English Culture, London, Bodley Head, 1991, 514 p.

[76] Adrian Gregory, The Silence of Memory: Armistice Day 1919-1946, Providence - Oxford, Berg, 1994, 245 p. Jay M. Winter, Sites of Memory, Sites of Mourning: the Great War in European Cultural History, Cambridge, Cambridge University Press, 1995, 310 p. Alex King, Memorials of the Great War in Britain: The Symbolism and Politics of Remembrance, Oxford, Berg, 1998. David Wharton Lloyd, Battlefield Tourism: Pilgrimage and The Commemoration of the Great War in Britain, Australia and Canada, 1919-1939, Oxford, Berg, 1998. Stefan Goebel, The Great War and Medieval Memory: War, Remembrance and Medievalism in Britain and Germany, 1914-1940, Cambridge - New York, Cambridge University Press, 2007.

[77] Arthur Marwick, The Deluge. British Society and the First World War, London, Macmillan, 1965. Hugh Cecil et Peter Liddle (dir.), Facing Armageddon. The First World War Experienced, London, Leo Cooper / Pen & Sword Books, 1996, 936 p. D. Stevenson, Cataclysm: the First World War as Political Tragedy, New York, Basic Books, 2004, 564 p. Max Hastings, Catastrophe 1914: Europe Goes to War, New York, Alfred A. Knopf, 2013, 628 p.

[78] The Daily Mail, 2 janvier 2014. Voir l’excellente réponse de l’historien Richard Evans dans The Guardian, 6 janvier 2014.

Pierre Purseigle

Pierre Purseigle est Associate Professor en histoire européenne à l’université de Warwick et Marie Curie Research Fellow à l’université de Yale et à Trinity College Dublin. Co-fondateur de la Société internationale d’étude de la Grande Guerre (www.firstworldwarstudies.org), il dirige la revue First World War Studies. Il est l’auteur de Mobilisation, Sacrifice, Citoyenneté. Angleterre-France, 1900-1918 (Les Belles Lettres, 2013) et co-dirige, avec Adam Seipp, The Oxford Handbook of WWI (Oxford University Press, 2014).


Mots clefs : Première Guerre mondiale ; historiographie ; histoire militaire ; histoire culturelle ; histoire sociale ; Grande-Bretagne.

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  • ISSN 1954-3670