Histoire@Politique : Politique, culture et société

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Enjeux et enseignements des élections intermédiaires au temps du Cartel (1924-1926). L’exemple de Léon Daudet, indésirable sénateur du Maine-et-Loire en juin 1925

Jean-Étienne Dubois
Résumé :

Dans une démocratie pluraliste, toute compréhension honnête des prises de position des acteurs politiques nécessite une attention soutenue (...)

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De l’importance des élections intermédiaires sur les comportements politiques et l’opinion publique

Dans ses investigations sur le passé, l’historien se doit de redonner leur part d’incertitude aux choix effectués, parmi d’autres possibles, par les contemporains de ses objets d’étude et de réflexion [1] . En histoire politique, cette attention à accorder à l’évolution des horizons d’attente des protagonistes est un préalable à toute compréhension honnête de leurs prises de position au sein d’un champ politique concurrentiel et en reconfiguration permanente [2] . Dans le cadre d’une démocratie pluraliste comme celle de la Troisième République, les positions des acteurs de la vie politique, – élus, cadres de partis ou journalistes d’opinion –, sont doublement relationnelles. Ils se déterminent en fonction des attitudes et des positions des autres acteurs du champ politique, pour s’en distinguer, mais s’adressent également aux électeurs, dans le but de conserver ou de conquérir leurs voix [3] . Avant l’élaboration et la généralisation des sondages d’opinion [4] , il était difficile à la classe politique et médiatique française de connaître ce que l’on appelait alors « l’état d’esprit » des populations [5] . Après les reclassements politiques issus de l’affaire Dreyfus, il devint rare que la majorité issue des élections restât majorité parlementaire tout au long d’une législature [6] . L’instabilité ministérielle chronique du régime témoignait de ces ajustements permanents des équilibres politiques au sein des deux Chambres. Mais ces recompositions majoritaires, voire les majorités de reflux [7] , ne traduisaient pas un basculement politique concomitant de l’électorat. Entre deux élections législatives, les scrutins législatifs ou sénatoriaux partiels et les renouvellements municipaux ou cantonaux, regroupés ici sous la même catégorie d’élections intermédiaires, mobilisaient la classe politique et médiatique, qui tentait de déceler dans leurs résultats un éventuel mouvement de l’opinion publique. Souvent dédaignées au profit des seules élections législatives générales, nous souhaitons ici inviter, à partir de leur étude à l’époque du Cartel des gauches, à une réévaluation générale de leur intérêt pour l’historien du politique, un intérêt différencié selon le type d’élections envisagées.

L’attention portée aux élections intermédiaires qui se déroulèrent entre 1924 et 1926 fut d’autant plus vive que la victoire des radicaux et des socialistes le 11 mai 1924 avait donné lieu à des interprétations divergentes. Nombreux à droite incriminaient une loi électorale néfaste pour expliquer la faible majorité en sièges obtenue par le Cartel, qui ne traduisait pas, selon eux, un basculement à gauche de l’opinion [8] . En novembre 1919 et en mai 1924, les élections législatives se firent en effet à un scrutin de liste départemental instaurant une représentation proportionnelle assortie d’une prime majoritaire, qui permettait à toute liste dépassant la majorité absolue des suffrages d’emporter la totalité des sièges à pourvoir. Les listes du Bloc national avaient bénéficié de cet effet d’amplification en 1919 face à une gauche divisée, alors qu’en 1924 la gauche radicale et socialiste avait été plus unie qu’elle dans une majorité de départements. L’application de la proportionnelle intégrale aurait entraîné l’élection de 305 députés, sur un total de 581, favorables à la reconduction de la majorité sortante, au lieu de 220 [9] . La gauche cartelliste soulignait au contraire son indéniable poussée électorale depuis 1919, et estimait que sa victoire en sièges traduisait les aspirations profondes du pays. Dans ce contexte, toutes les élections intermédiaires qui eurent lieu au lendemain du 11 mai 1924, élections législatives et sénatoriales partielles et élections locales de 1925, furent particulièrement suivies car elles devaient permettre de trancher entre ces deux interprétations et révéler l’état politique de l’opinion et/ou son évolution.

La plupart des ces élections furent ainsi investies d’une signification politique générale et firent l’objet d’une forte médiatisation. Elles jouèrent un rôle capital pour tenter de discerner des évolutions politiques, de mesurer la popularité des gouvernements alors au pouvoir, ou pour valider l’efficacité de campagnes d’opinion entreprises en amont. Leur interprétation donna lieu à des querelles de chiffres et à des controverses, et leurs résultats entraînèrent des reclassements et des changements de stratégie politique. Si l’attention de la classe politique pour ces élections fut très forte sous le Cartel, l’historien doit faire preuve de prudence dans leur étude. Une élection législative partielle le renseigne d’abord sur l’évolution des rapports de force politique à l’échelon local, et il doit être prudent s’il veut extrapoler ces résultats au niveau national. L’analyse des élections municipales de mai 1925 et des élections cantonales de juillet 1925 donne plus sûrement des tendances politiques nationales à partir de la compilation des résultats d’une multitude de scrutins locaux. À mi-chemin, certaines élections sénatoriales partielles paraissent un utile baromètre des évolutions politiques en cours de législature, comme le montre l’étude d’une des élections les plus médiatisées et les plus suivies par la classe politique à l’époque, qui eut lieu dans le Maine-et-Loire en juin 1925, marquée par la candidature polémique de Léon Daudet au nom de l’Action française (AF).

La défaite électorale de Léon Daudet en juin 1925 dans le Maine-et-Loire, ou les déconvenues de la prévision politique

Le 4 mai 1925, Léon Daudet annonça sa candidature à l’élection sénatoriale partielle du Maine-et-Loire organisée le 28 juin 1925, à la suite du décès de Jules Delahaye [10] . Cette décision pouvait paraître surprenante de la part d’un contempteur inlassable de la République et du régime parlementaire. Mais Daudet souhaitait retrouver une tribune parlementaire, après avoir été député de la Seine de 1919 à 1924, et battu le 11 mai 1924. Le choix du Maine-et-Loire n’était pas anodin, et cette élection lui apparaissait comme une véritable opportunité politique. En effet, le sénateur défunt était un royaliste notoire et avait été élu en 1920 dans l’un des départements les plus conservateurs du pays depuis 1871 [11] . Lors du renouvellement sénatorial général de janvier 1924, il avait été réélu dès le premier tour de scrutin aux côtés de trois autres sénateurs catholiques conservateurs : son frère Dominique, Olivier de Rougé, et le comte Louis de Blois [12] . Aux élections législatives du 11 mai 1924, les candidats conservateurs avaient eu de meilleurs résultats qu’à celles de 1919 dans le Maine-et-Loire et avaient emporté quatre des sept sièges à pourvoir [13] . C’est donc confiant quant à l’issue du scrutin que Daudet se présenta en juin 1925, alors qu’il n’avait aucun lien avec ce département.

Sa candidature n’alla pourtant pas de soi, y compris pour les conservateurs angevins. Ces derniers, réunis dans un « Comité conservateur », désignèrent le 11 mai 1925 un autre candidat pour remplacer Jules Delahaye, M. Pellaumail, industriel choletais qui subventionnait largement la presse conservatrice et les œuvres catholiques du département. Ce choix n’était pourtant pas définitif : c’est le congrès réunissant les délégués sénatoriaux conservateurs du département, prévu le 6 juin, qui devait désigner officiellement son candidat. L’AF fit une intense propagande auprès des délégués au point qu’ils préférèrent Daudet à Pellaumail [14] . Cette décision suscita l’entrée en campagne de deux autres candidats catholiques, mais républicains, qui s’étaient effacés devant le premier choix de Pellaumail : l’ancien député modéré Anatole Manceau, vaincu en 1924 par la liste conservatrice dans la 2e circonscription du Maine-et-Loire, et Fabien Cesbron, magistrat à Rennes, ancien sénateur conservateur du département de 1911 à 1919. De leur côté, les radicaux, encouragés par de bons résultats aux élections municipales du mois de mai, soutinrent la candidature du docteur Tardif, maire et conseiller général de Longué, et président de la Fédération départementale des comités républicains de Maine-et-Loire.

À droite, la lutte se fit essentiellement entre Daudet et Manceau, qui sollicita et obtint l’investiture de la Ligue républicaine nationale (LRN) [15] . Pendant la campagne, Daudet fit l’objet de nombreuses attaques, venant de tous les autres candidats. Manceau et Tardif insistèrent sur son parachutage dans le département, et mirent en avant leur ancrage local [16] , quand Cesbron lui déniait le droit de se prétendre bon catholique en rappelant ses écrits licencieux [17] . De son côté, sans doute trop sûr de sa victoire, Léon Daudet fit une campagne assez discrète, publiant quelques articles dans la presse conservatrice du département, où il ne vint qu’à trois reprises, pour des conférences devant les délégués sénatoriaux de Cholet, Segré et Beaupréau. Daudet politisa et nationalisa sa candidature, se présentant comme l’adversaire le plus résolu du Cartel des gauches alors au pouvoir, malgré ses premiers craquements, et considéré par lui comme le représentant de l’Anti-France. Le programme qu’il défendait avait le mérite de la clarté : au Sénat, il demanderait l’abrogation de l’ensemble de la législation laïque républicaine, combattrait les traîtres Malvy et Caillaux amnistiés par le Cartel, s’opposerait à tout projet de prélèvement sur le capital, et exigerait la vente des monopoles d’État pour résoudre les problèmes récurrents de trésorerie de l’État [18] . Anatole Manceau fit campagne sur son républicanisme, qu’il opposait au royalisme de Daudet et à sa doctrine de « guerre civile ». S’il critiquait le bilan du Cartel, il insistait surtout sur l’extrémisme de Daudet, dénonçant ses attaques envers Millerand et Poincaré. Sur le fond, son programme était pourtant assez proche, bien qu’exprimé de façon plus modérée, mais comportait des considérations locales concernant les travaux sur la Loire, absentes chez Daudet [19] .

La candidature de Daudet suscita de nombreuses prises de position dans l’ensemble de la presse anticartelliste, bien au-delà du département. Régionalement, la candidature de Daudet était soutenue par Le Nouvelliste de Bretagne, quotidien conservateur breton, mais violemment combattue par L’Ouest Éclair, principal quotidien régional de province, de tendance démocrate chrétienne, qui mobilisa tous ses moyens techniques et financiers pour présenter Daudet comme un écrivain pornographique indigne de représenter les catholiques [20] . Cette candidature suscita d’ailleurs de profondes divisions au sein de la jeune Fédération nationale catholique (FNC), officiellement apolitique, mais dont la fédération locale, la Ligue des catholiques de l’Anjou, appela explicitement les délégués catholiques à voter en faveur de Daudet à l’issue du congrès conservateur du 6 juin, ce qui suscita de nombreuses protestations. La presse anticartelliste du Maine-et-Loire, dont Pellaumail était l’un des principaux bailleurs de fonds, fut réservée vis-à-vis de Daudet. Le quotidien conservateur du département, L’Express d’Angers et de l’Ouest, se contenta de publier quelques articles de Daudet, sans en faire un éloge particulier. Le dépouillement de l’ensemble de la presse anticartelliste du Maine-et-Loire montre une nette distinction politique entre d’un côté les journaux républicains modérés, représentant 60 % des tirages du département, qui furent tous hostiles à la candidature de Daudet et soutinrent explicitement Anatole Manceau, et de l’autre les titres conservateurs qui appelèrent les délégués sénatoriaux à voter en sa faveur, à l’exception de L’Intérêt public de Cholet, soit 28 % des tirages du département [21] . À l’inverse de la presse départementale, la presse anticartelliste parisienne fut plus unanime à soutenir Daudet, dans le sillage de l’Action française. La Liberté de Camille Aymard et Pierre Taittinger, L’Éclair d’Émile Buré, et L’Écho de Paris d’Henry Simond et du général de Castelnau, appelèrent les délégués sénatoriaux du Maine-et-Loire à faire preuve de discipline autour de la candidature de Daudet au nom de l’unité de l’opposition au Cartel des gauches, trouvant « légitime et naturel » qu’un royaliste remplaçât un autre royaliste dans un département monarchiste [22] .

Cette discordance dans les prises de positions de la presse anticartelliste selon qu’elle était publiée à Paris ou en Anjou, est révélatrice de perceptions différentes de la configuration du champ politique. Vu de Paris, le clivage politique était net depuis les élections du 11 mai 1924, et opposait les partisans du Cartel des gauches et de ses alliés révolutionnaires, à ses adversaires, les « nationaux ». De ce point de vue, la candidature de Léon Daudet devait, dans un département monarchiste, faire l’unanimité politique de tous les opposants au Cartel. Dans le Maine-et-Loire, pour Anatole Manceau et la presse modérée comme pour les radicaux, il n’était pas concevable que cette opposition Cartel/anti-Cartel prît le pas sur la ligne traditionnelle de partage des eaux politiques, héritée du XIXe siècle mais encore très sensible dans ce département au milieu des années 1920, entre parti monarchiste et parti républicain [23] .

Or, si l’équilibre politique du département avait jusqu’alors penché du côté des conservateurs, les résultats de l’élection du 28 juin 1925 témoignaient de reclassements politiques en son sein depuis le renouvellement sénatorial de janvier 1924.

Renouvellement sénatorial général du 6 janvier 1924 dans le Maine-et-Loire, portant sur quatre sénateurs

(en gras, les candidats élus) [24]

 

1er tour

%

J. Delahaye, conservateur

517

56,1

D. Delahaye, conservateur

539

58,5

De Blois, conservateur

644

69,8

O. de Rougé, conservateur

675

73,2

Blachez, conservateur

93

10,1

Dr Barot, républicain de gauche

232

25,2

Divers

220

23,9

Suffrages exprimés

922

 

Élection sénatoriale partielle du 28 juin 1925 dans le Maine-et-Loire

(en gras, le candidat élu) [25]

 

1er tour

%

2e tour

%

L. Daudet, royaliste

339

36,3

357

38,2

De Cathelineau, royaliste

4

0,4

   

F. Cesbron, conservateur

29

3,1

   

A. Manceau, républicain modéré

278

29,8

494

52,8

Dr Tardif, radical-socialiste

275

29,5

84

 

Divers

9

1,0

1

0,1

Suffrages exprimés

933

 

935

 

Léon Daudet arriva en tête au premier tour en réunissant 339 voix contre 278 à Manceau et 275 au radical Tardif. Une délégation de conservateurs et de membres de la Ligue des catholiques de l’Anjou essaya alors de convaincre Daudet, sans réserve de voix pour les tours suivants, de retirer sa candidature au profit de la candidature plus consensuelle du général de Castelnau, ce qu’il refusa catégoriquement [26] . Les partisans de Daudet appelèrent tous les délégués qui avaient voté pour Daudet, Manceau et Cesbron à se réunir sur le nom du « catholique le plus favorisé ». Mais c’est au contraire une union des républicains qui se noua contre lui : Tardif, poussé par le préfet du département, retira sa candidature pour que Manceau, l’ayant devancé de trois voix, pût bénéficier au second tour du report sur son nom de la majorité des délégués radicaux et socialistes [27] . Manceau l’emporta alors au deuxième tour de scrutin par 494 voix contre 357 pour Daudet, ouvrant une « brèche » dans « la vieille citadelle conservatrice de l’Anjou [28]  » : en effet, il était le premier sénateur républicain du département depuis les débuts de la Troisième République. La défaite de Daudet était donc historique pour les conservateurs catholiques dans l’un de leurs derniers fiefs. Mais elle était moins inattendue qu’il pouvait n’y paraître, confirmant une évolution de l’équilibre politique du département déjà sensible aux résultats des élections municipales du mois de mai, qui avaient profondément modifié le corps des délégués sénatoriaux. Daudet n’avait pas su, – ou voulu –, le voir. Étudiées avec soin, ces élections municipales, de mêmes que les élections cantonales de juillet 1925 et les élections législatives partielles des années 1925 et 1926, furent en effet porteuses de nombreuses leçons pour les contemporains, et l’historien peut en tirer de riches enseignements.

La polysémie des élections intermédiaires sous le Cartel des gauches

Un an après la victoire du Cartel aux élections législatives, les élections municipales des 3 et 10 mai 1925 polarisèrent l’attention et leurs résultats eurent des conséquences notables à court et à moyen terme. Un mois après la chute du gouvernement Herriot, coupable d’avoir falsifié les bilans de circulation monétaire de la Banque de France [29] , l’ensemble du champ politique politisa et nationalisa l’enjeu de ces élections, mettant en avant leur influence sur le renouvellement du Sénat en janvier 1927 [30] . Le Cartel voulait confirmer sa victoire de 1924 et démontrer que la chute d’Herriot n’avait été qu’une péripétie parlementaire, ne remettant pas en cause la majorité cartelliste elle-même. L’opposition anticartelliste attendait au contraire de ces élections qu’elles refermassent la parenthèse du 11 mai et entendait recueillir les fruits électoraux de sa campagne de propagande entreprise depuis l’automne 1924 [31] . La perspective des élections municipales de mai 1925 poussa de fait l’opposition républicaine à se rassembler dès l’automne 1924 au sein de la LRN, comme gage d’efficacité électorale. Rompant avec la période du Bloc national, les droites politiques et catholiques organisèrent de nombreuses conférences et manifestations dans tout le pays pour dénoncer l’œuvre du gouvernement Herriot au pouvoir et accrurent leurs subventions à la presse, dans le but de convaincre l’opinion de sanctionner électoralement le Cartel : le 10 mai 1925 devait effacer le 11 mai 1924. En appelant les électeurs à sanctionner le Cartel, les nouvelles entités anticartellistes, la LRN au premier chef, mais également la FNC, jouaient là une grande partie de leur crédibilité politique : en cas de victoire de l’opposition, leurs investissements et leurs efforts seraient justifiés et poursuivis, et leur stratégie d’opposition sans concession au Cartel confortée.

La nette progression de la gauche par rapport aux élections municipales de 1919 sonna alors comme un désaveu pour la LRN et la FNC. La gauche progressait partout, notamment en banlieue parisienne, et dans les moyennes et grandes villes de province. Par rapport à 1919, la gauche, des communistes aux radicaux-socialistes, affichait un gain net de trois sièges de conseillers municipaux à Paris (sur 80), de douze communes dans le département de la Seine (sur 79), et, dans le reste du pays, de 78 chefs-lieux d'arrondissement sur 379 [32] . Les partis du Cartel avaient même particulièrement progressé là où les manifestations organisées par la FNC avaient eu le succès le plus certain en réunissant plusieurs dizaines de milliers de manifestants, dans des grandes villes comme Bordeaux, Lyon, Rennes ou Strasbourg, et dans des départements comme le Maine-et-Loire, où les élections municipales marquèrent contre toute attente une percée des radicaux, notamment dans les principales villes du département [33] . Ils emportèrent quatre des cinq chefs-lieux d’arrondissement : à Angers et à Saumur en remplaçant une majorité URD sortante, à Baugé une majorité républicaine de gauche sortante, et à Segré, un maire conservateur, le docteur Maurice Cocard, président de la Ligue des catholiques d’Anjou [34] . Au-delà de sa personnalité et des polémiques que sa candidature avait provoquées, la défaite de Léon Daudet sanctionnait en fait cette forte progression à ces élections de la gauche dans le département et le recul des conservateurs, qui avaient perdu quarante-huit mairies [35] .

Mais les classements politiques des élus des petites communes, où les élections sont rarement politisées, sont toujours sujets à caution et il est alors fort utile de compléter ces indications par l’étude d’élections sénatoriales générales ou partielles, qui témoignent de l’évolution politique du corps des délégués sénatoriaux. La défaite de Daudet confirme de fait les pointages de l’administration. La comparaison de la composition politique des délégués sénatoriaux en janvier 1924 et en juin 1925 révèle la percée radicale de 1925, les délégués sénatoriaux classés comme radicaux passant entre les deux dates de 14 à 238, sur un total de 950 environ. Si l’on se réfère à ce classement, Daudet ne fit pas le plein de toutes les voix conservatrices, puisqu’il aurait pu en réunir plus de 420 [36] . Mais si sa personnalité politiquement clivante, et controversée sur le plan de la morale religieuse, joua indéniablement un rôle dans sa défaite, il n’est pas sûr que les quatre sénateurs conservateurs du cru élus dès le premier tour en janvier 1924 l’auraient été aussi facilement si le renouvellement du département avait eu lieu en 1927. Au niveau national, les gains municipaux de la gauche dans les villes moyennes et grandes en 1925 se retrouvèrent lors du renouvellement triennal de 1927, mais atténués par la surreprésentation des petites communes rurales parmi les délégués sénatoriaux : les cartellistes gagnèrent six sièges à leurs adversaires [37] .

La poussée du corps électoral vers la gauche de mai 1924 était donc confirmée en mai 1925, avant de l’être à nouveau en juillet 1925, lors des élections cantonales, qui connurent cependant une très forte abstention [38] . Dans le Maine-et-Loire, elles confirmèrent la rupture politique initiée aux élections municipales, puisque les conservateurs perdirent, pour la première fois, la présidence du Conseil général grâce à l’entente contre eux des conseillers radicaux, républicains de gauche et URD [39] . La confirmation d’une dynamique électorale cartelliste dans l’opinion allait pourtant à rebours des évolutions parlementaires concomitantes, marquées par la rupture du Cartel à la Chambre des députés à l’occasion du vote du budget de Joseph Caillaux le 12 juillet 1925, acquis grâce à l’ensemble des voix de l’opposition, et contre celles des socialistes et de plus de la moitié des radicaux socialistes. Cependant, à l’intérieur du champ politique de l’anticartellisme, ces deux défaites aux élections locales modifièrent les équilibres parmi les organisations modérées. La déception était grande à l’égard de la LRN et de Millerand : malgré la centralisation de la majeure partie des ressources financières de l’opposition républicaine, les efforts et les investissements consentis lors de ces deux campagnes électorales échouèrent à convaincre le corps électoral de sanctionner le Cartel des gauches. À partir de l’été 1925, la Fédération républicaine, sous la houlette de son nouveau président Louis Marin, reprit toute son autonomie politique et financière vis-à-vis de la ligue Millerand, et entreprit de devenir le nouveau pôle autour duquel devait se constituer un grand parti républicain national, au détriment de la LRN qui devint alors un parti comme un autre. Après les tendances centripètes et unitaires de l’opposition républicaine au Cartel au lendemain du 11 mai 1924, ces défaites rapprochées aux élections locales entraînèrent un mouvement centrifuge parmi les organisations modérées qui reprirent chacune leur liberté d’action et cherchèrent à se démarquer les unes des autres dans un contexte de confusion politique grandissante à la Chambre.

À partir de la rentrée parlementaire de l’automne 1925, les recompositions parlementaires s’accélérèrent à la Chambre devant l’incapacité des radicaux et des socialistes à s’entendre sur des projets financiers. Mais une majorité des radicaux refusait de renoncer à l’entente avec les socialistes et de gouverner avec l’opposition, comme cette dernière les y conviait. Ainsi, jusqu’au reclassement final de fin juillet 1926 autour de Raymond Poincaré sous la bannière de l’union nationale, le jeu parlementaire oscilla en permanence entre la majorité du 11 mai (1924) et celle du 12 juillet (1925), nourrissant une instabilité ministérielle croissante [40] . Les difficultés du Cartel à se maintenir au Parlement se traduisaient-elles par une lassitude des électeurs à son égard ? Pour le déterminer, chaque élection législative partielle était observée avec une grande attention.

L’historien doit aborder l’étude des élections législatives partielles avec plus de circonspection que les élections locales générales s’il cherche à en extrapoler les résultats sur l’évolution de l’opinion publique, comme ne manquaient pas de le faire les contemporains. Seule une comparaison minutieuse avec les résultats des précédents scrutins peut l’autoriser à en dégager une tendance politique. Ainsi, en janvier 1925, la victoire du Dr Legros lors d’une élection législative partielle dans le Loir-et-Cher, traduisait pour l’opposition anticartelliste « un irrésistible élan contre le gouvernement [Herriot] et sa politique [41]  ». Ce républicain de gauche l’emporta en effet dès le premier tour sur son concurrent radical-socialiste et remplaça à la Chambre un candidat radical élu en 1924 [42] . Pourtant, la comparaison avec le scrutin précédent montre une stabilité presque parfaite du corps électoral, la droite républicaine ayant rassemblé aux deux dates 54 % des suffrages exprimés. En 1924, c’était leur propre division qui avait nui aux modérés, répartis sur deux listes distinctes, alors que le Cartel, pourtant minoritaire, avait profité de la prime majoritaire en faveur des listes arrivées en tête. Le revirement de l’opinion que l’opposition se plaisait à voir dans cette élection était donc nul et non avenu, ce que ne manqua pas de souligner la presse favorable au gouvernement [43] .

En février et en mars 1926, c’est à travers trois élections législatives partielles successives que la classe politique tenta de saisir les réactions de l’électorat face au délitement progressif du Cartel parlementaire [44] . Le 14 février 1926, l’élection partielle de Belfort sonna comme une nette sanction du Cartel, avec l’élection d’André Tardieu dans un bastion traditionnel du radicalisme, après une campagne électorale particulièrement ardente [45] . Cette victoire, considérée à droite comme le signe d’un retournement durable de l’opinion contre le Cartel des gauches et en sa faveur, n’eut cependant pas de lendemains électoraux probants pour l’opposition anticartelliste. En mars 1926, deux élections législatives partielles se succédèrent, la première dans la Marne, pour deux sièges, et la seconde dans le deuxième secteur de la Seine, pour deux sièges également. Dans la Marne, la gauche cartelliste, représentée par le radical Paul Marchandeau et le socialiste Marcel Déat [46] , l’emporta dès le premier tour, avec un score sensiblement égal à celui cumulé des listes radicales et socialistes en mai 1924. Dans la Seine, les radicaux et les socialistes connurent un véritablement effondrement de leurs voix au premier tour, mais cette sanction du Cartel bénéficia finalement aux communistes Jacques Duclos et Albert Fournier, élus au deuxième tour de scrutin, plus qu’à la droite anticartelliste, représentée par Paul Reynaud et Henri de Kerillis. Cette défaite au terme d’une campagne active et relayée dans tout le pays, prouvait que l’opinion n’avait pas largement basculé en faveur de l’opposition anticartelliste, remettant en cause l’efficacité de son action politique [47] . Ces trois élections législatives partielles s’échelonnant sur un mois et demi fournissent des enseignements contrastés sur l’évolution de l’opinion publique : stabilité de l’électorat de la Marne mais érosion certaine des scores des candidats radicaux et socialistes à Belfort et à Paris. Si la forte abstention électorale relevée pour chacune de ces élections rend hasardeux de tirer des significations politiques nationales des évolutions observées, les difficultés gouvernementales et parlementaires du Cartel ne s’étaient cependant pas clairement traduites par une progression électorale des droites en 1925 et en 1926.

Au terme de cet exposé, l’étude des élections intermédiaires apparaît instructive à trois égards à une époque où les campagnes électorales étaient le moment majeur de la mobilisation politique. Lieux majeurs d’investissement des organisations politiques, elles permettent de saisir les positionnements des différents acteurs au sein du champ politique, leurs éventuelles évolutions, ainsi que la diversité et l’ampleur des moyens de conquête de l’opinion mis en œuvre. Les interprétations des résultats de ces élections offrent des exégèses variées et divergentes selon les camps, qui témoignent de l’importance qui leur était accordée dans la recherche d’une légitimité à parler au nom des aspirations majoritaires de la population. Selon qu’ils étaient jugés bons ou mauvais, ils permettaient de valider ou d’invalider les efforts de propagande menés en direction des électeurs, comme la LRN qui en fit les frais à partir de l’été 1925. Enfin, pour l’historien, l’analyse des scrutins intermédiaires, au-delà des interprétations faites à chaud, constitue l’un des seuls baromètres à sa disposition pour tenter de saisir les éventuelles évolutions politiques de l’opinion publique entre deux législatures, et de mesurer l’efficacité des mobilisations politiques. À ce titre, l’étude de l’élection sénatoriale partielle du Maine-et-Loire de juin 1925 permet de saisir la diversité des enseignements qu’il peut en tirer. Dans ce département très conservateur, elle révèle le hiatus existant entre les enjeux et les clivages politiques conçus à Paris, autour de la question de l’intégration des socialistes dans la majorité gouvernementale, et ceux vécus localement. En 1925, la ligne de démarcation politique restait, comme aux débuts de la Troisième République, la question de l’acceptation de la nature républicaine du régime, associée à celle de la laïcité, séparant les Blancs conservateurs des Bleus républicains, allant des modérés aux socialistes. Cette élection témoigne également du mouvement vers la gauche de l’opinion française depuis le 11 mai 1924 par rapport à 1919. Dans le Maine-et-Loire comme dans l’ensemble du pays, le 10 mai 1925, date du second tour des élections municipales, confirma la nette progression de la gauche le 11 mai 1924. Les élections municipales permirent aux républicains de prendre l’ascendant politique sur les conservateurs à l’échelle du département. Mais c’est en se présentant à la sénatoriale partielle du mois de juin suivant que Léon Daudet révéla à l’opinion, à ses dépens, la réalité de ce basculement historique de l’équilibre politique départemental.

Pour citer cet article : Jean-Étienne Dubois, « Enjeux et enseignements des élections intermédiaires au temps du Cartel (1924-1926). L’exemple de Léon Daudet, indésirable sénateur du Maine-et-Loire en juin 1925 », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 24, septembre-décembre 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Cette exigence historienne a récemment fait l’objet de plusieurs mises au point historiographiques et perspectives programmatiques, parmi lesquelles : Stéphane Van Damme, « Histoire et sciences sociales : nouveaux cousinages », dans Christophe Granger (dir.), À quoi pensent les historiens, Paris, Autrement, 2013, p. 51-53 ; Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou, « Explorer le champ des possibles. Approches contrefactuelles et futurs non advenus en histoire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 59-3, 2012/3, p. 70-95 ; Ludivine Bantigny et Quentin Deluermoz (dir.), « Historicités du XXe siècle. Coexistence et concurrence des temps », Vingtième siècle. Revue d’histoire, numéro spécial, n° 117, 2013/1 ; Nicolas Offenstadt, L’historiographie, Paris, PUF, 2011, p. 9-23.

[2] Pierre Bourdieu, « La représentation politique », dans Langage et pouvoir symbolique, Paris, Le Seuil, 2001, p. 213.

[3] Ibid., p. 231-232.

[4] En France, la démocratie d’opinion et sondagière ne s’est progressivement installée qu’à partir de la Ve République : Loïc Blondiaux, La fabrique de l’opinion. Une histoire sociale des sondages, Paris, Le Seuil, 1998.

[5] Pierre Karila-Cohen, L’État des esprits. L’invention de l’enquête politique en France (1814-1848), Rennes, PUR, 2008, p. 14-16. Ce souci de l’État français de connaître l’opinion de la population s’est particulièrement développé à partir de la Restauration et les méthodes d’investigation du corps préfectoral se sont avérées très stables jusqu’à la généralisation des sondages d’opinion : attitudes lors des cérémonies officielles, existence de campagnes de presse et organisation de réunions politiques.

[6] Une des majorités les plus solides a sans doute été la courte majorité de gauche, radicale et socialiste, du ministère Combes de 1902 à 1905. Même la majorité d’union nationale issue des élections de novembre 1919 s’est vue ramener à une majorité de centre et de droite à la suite de l’entrée des radicaux dans l’opposition à partir de juin 1923 et de leur rapprochement avec les socialistes.

[7] Xavier Delcros, Les majorités de reflux à la Chambre des députés de 1918 à 1958, Paris, PUF, 1970, p. 11. Il définit une « majorité de reflux » comme « la manifestation, en cours de législature, d’une majorité parlementaire sensiblement différente de celle qui résultait des élections législatives. Elle se détermine donc par rapport au flux politique de la consultation électorale, dans un sens opposé à ce dernier. Elle a pour conséquence de transformer la composition et l’orientation des gouvernements jusqu’à la fin du mandat des députés ».

[8] La Liberté, 14 mai 1924.

[9] D’après les calculs de Georges Bonnefous, spécialiste des questions électorales à la Fédération républicaine, dans L’Écho de Paris, 7 juin 1924. Allant dans le même sens, Georges Lachapelle attribua aux différentes tendances de l’anticartellisme de droite un cumul de 51,1 % des suffrages exprimés : cf. Georges Lachapelle, Élections législatives du 11 mai 1924 : résultats officiels suivis de l'application de la RP départementale, Paris, Roustan, 1924. Pour une étude détaillée de résultats électoraux des élections de 1924, et une correction des résultats donnés par Lachapelle, nous renvoyons à notre thèse : Jean-Étienne Dubois, Leçon d’histoire pour une droite dans l’opposition ? Les mobilisations de droite contre le Cartel des gauches dans la France des années 1920, thèse de 3e cycle, sous la direction de Mathias Bernard, université Blaise-Pascal, 2013, p. 102-105.

[10] L’Action française, le 4 mai 1925.

[11] Philippe Gabillard, L’extrême droite en Maine-et-Loire de 1919 à 1934, mémoire de maîtrise, université d’Angers, 1980, p. 266.

[12] Archives départementales du Maine-et-Loire (ADML), 3M248, élections sénatoriales du 6 janvier 1924. Il avait obtenu 517 voix sur 922 suffrages exprimés, soit plus de 56 % des voix, contre 58 % à son frère et autour de 70 % au comte de Blois et à de Rougé.

[13] Dans la première circonscription, celle d’Angers et de l’Est du département, Adrien Planchenault l’emporta avec ses colistiers républicains anticartellistes face à une liste de Cartel des gauches. Tout en restant majoritaire, la liste d’union nationale perdit pourtant près de 10 % des suffrages exprimés par rapport à 1919. Dans la deuxième circonscription, celle de l’Ouest du département, où la pratique religieuse et le vote conservateur étaient les plus importants, la liste conservatrice de Ferdinand Bougère, Geoffroy d’Andigné et René Blachez, emporta la totalité des trois sièges à pourvoir face à une liste de républicains modérés emmenée par Anatole Manceau.

[14] Ce comité réunit 307 membres sur 600 délégués anticartellistes et donna 158 voix à Léon Daudet, arrivé en tête : Philippe Gabillard, L’extrême droite en Maine-et-Loire… op. cit., p. 79-81.

[15] La Ligue républicaine nationale avait été lancée par Alexandre Millerand en novembre 1924 pour fédérer l’ensemble de l’opposition républicaine au Cartel des gauches. Elle connut un rapide essor qui en fit l’organisation anticartelliste la plus puissante pendant une courte année, de son lancement à l’automne 1925. Sur le soutien de la LRN à Anatole Manceau : Archives nationales, fonds Millerand, 470AP87 : rapport d’activité de la ligue daté de mi-juin 1925. Sur la LRN en général : Jean-Louis Rizzo, Alexandre Millerand : socialiste discuté, ministre contesté et président déchu, 1859-1943, Paris, L’Harmattan, 2013, p. 471-505 ; et Jean-Étienne Dubois, Leçon d’histoire… op. cit., p. 163-183 et 213-216.

[16] Appel aux délégués sénatoriaux de Tardif dans Le Réveil démocratique de Maine-et-Loire, 27 juin 1925.

[17] Notamment son roman L’Entremetteuse, paru en 1921, qui avait été condamné pour pornographie à sa sortie par le cardinal Dubois.

[18] ADML, 3M250 : programme de Léon Daudet, le 17 juin 1925. Le gouvernement Herriot était tombé au Sénat le 10 avril 1925 sur un projet de prélèvement sur le capital, dénoncé par la droite comme confiscatoire : cf. Nicolas Delalande, Les Batailles de l’impôt. Consentement et résistances de 1789 à nos jours, Paris, Le Seuil, 2011, p. 278-282.

[19] ADML, 3M250 : appel d’Anatole Manceau aux délégués sénatoriaux. Dans son programme, Manceau demandait, comme Daudet, la reconnaissance du droit commun pour les catholiques mais pas l’abrogation de la loi de séparation des Églises et de l’État, ni la suppression des monopoles improductifs, et s’opposait à toute forme d’impôt sur le capital.

[20] David Bensoussan, « Le réveil des catholiques bretons (1924-1926) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, janvier-mars 1998, n° 57, p. 74.

[21] Calculs réalisés à partir des tableaux de surveillance de la presse dans le Maine-et-Loire : ADML, 1M89. Les titres modérés représentaient 60 % du total des tirages, les titres conserveurs catholiques 34 %, y compris L’Intérêt public (6 %), et les titres cartellistes à peine 6 %.

[22] L’Écho de Paris, le 18 juin 1925. Le Temps et le Journal des débats, pour leur part, ne prirent pas position.

[23] La Presse angevine, 28 juin 1925. Dans son numéro paru le jour du scrutin, cet hebdomadaire radicalisant soutenait ainsi la candidature Tardif au 1er tour de scrutin, mais appelait l’ensemble des républicains, au 2nd tour, à s’unir autour d’un candidat unique, déterminé par l’ordre d’arrivée au tour précédent, pour faire échec à Daudet, car ce serait alors « la plus émouvante, la plus féconde victoire que le parti républicain aura[it] jamais remportée en Anjou ».

[24] ADML, 3M248.

[25] ADML, 3M250.

[26] Archives du Centre d’histoire de Sciences Po Paris, fonds Ernest Pezet, PE2 : lettre de Pezet à Bureau, le 9 mars 1926, dans laquelle Pezet indique que cette proposition de candidature du général de Castelnau au second tour avait été faite en accord avec Geoffroy d’Andigné, le président du Comité conservateur du département, lui-même royaliste. Dans les papiers de Pezet figure l’appel aux délégués sénatoriaux préparé en faveur de la candidature du général au second tour des élections en cas de retrait de Léon Daudet.

[27] ADML, 3M251 : rapport du préfet du Maine-et-Loire, le 14 juin 1925. On le voit, le désistement de Tardif en faveur de Manceau avait été envisagé bien avant le jour du scrutin.

[28] La Presse angevine, 5 juillet 1925. Plus sobre, le quotidien modéré le plus diffusé dans le département, Le Petit Courrier, se réjouit, le 29 juin 1925, de la victoire de Manceau en constatant qu’il est le premier élu républicain représentant le Maine-et-Loire au Sénat « depuis longtemps ».

[29] Jean-Noël Jeanneney, Leçon d’histoire pour une gauche au pouvoir. La faillite du Cartel (1924-1926), Paris, Le Seuil, 2003 (1977).

[30] Des communistes à la LRN, en passant par la confessionnelle FNC, l’ensemble des organisations politiques appela les électeurs à voter en fonction d’enjeux politiques nationaux. Dans la presse, la politisation des élections municipales et cantonales de 1925 est établie par l’étude d’un corpus de 55 titres de presse anticartellistes publiés à Paris et en province, dont plus de la moitié appelèrent explicitement leurs lecteurs à sanctionner le Cartel des gauches à cette occasion : Jean-Étienne Dubois, Leçon d’histoire… op. cit., p. 623-658.

[31] Pour la LRN : AN, fonds Millerand, 470AP89 : « Appel à la nation » de la LRN pour les élections municipales de 1925 ; pour la FNC, Corinne Bonafoux-Verrax, À la droite de Dieu. La Fédération nationale catholique, 1924-1944, Paris, Fayard, 2004, p. 237.

[32] Statistiques du ministère de l'Intérieur : Le Bulletin quotidien, 12 mai 1925.

[33] ADML, 3M711 : rapport du préfet du Maine-et-Loire daté du 26 avril 1925, où il disait n’attendre une victoire radicale qu’à Baugé.

[34] AN, fonds Painlevé, 313AP227. Après sa double défaite aux élections municipales de mai 1925 et à l’élection sénatoriale de juin 1925, la Ligue des catholiques d’Anjou, poussée en ce sens par la FNC, fit davantage preuve d’apolitisme.

[35] ADML, 3M711 : tableaux récapitulatifs des élections municipales de 1912 à 1929. Concernant les élections municipales de 1925, les cartellistes gagnèrent 40 municipalités, dont une aux socialistes et 39 aux radicaux. Du côté des anticartellistes, les républicains modérés tendance URD renforçaient leurs positions (+28 communes) par rapport aux républicains de gauches (-22) et surtout aux conservateurs, principaux vaincus des élections avec la perte de 48 mairies.

[36] ADML, 3M250 : classement politique des délégués sénatoriaux en juin 1925.

[37] Ce renouvellement portait sur les 108 sénateurs élus dans les départements de la troisième série, allant de l’Orne à l’Yonne, plus l’Oranais et l’Inde française. Dans le détail, les socialistes en gagnèrent 8 quand les radicaux en perdirent 2. Dans certains départements, la majorité politique des délégués sénatoriaux bascula nettement à la suite des élections municipales de mai 1925, comme dans le Rhône où les cinq sénateurs modérés sortants furent remplacés par trois radicaux-socialistes et deux socialistes. Pour les résultats des élections sénatoriales : Le Temps, 11 janvier 1927.

[38] Selon les statistiques officielles, l’opposition anticartelliste perdit, par rapport au renouvellement de 1919, 143 conseillers généraux sur les 1 495 à élire, soit 10 % : Le Bulletin quotidien, 28 juillet 1925.

[39] Le conservateur René Blachez dut alors laisser la présidence du Conseil général au républicain de gauche Alfred Rabouin.

[40] Cinq gouvernements se succédèrent entre la rentrée parlementaire le 3 novembre 1925 et l’arrivée de Poincaré au pouvoir le 23 juillet 1926.

[41] L’Écho de Paris, 20 janvier 1925.

[42] AN, C 10018 : résultats des élections partielles de 1924 à 1928. Il s’agissait de remplacer M. Mauger-Violleau, décédé.

[43] Le Réveil choletais, 25 janvier 1925.

[44] AN, C 10018.

[45] Si Tardieu défendit tout au long de la campagne un positionnement au-dessus des partis, il apparaissait pourtant comme le candidat de l’opposition au Cartel, et Taittinger lui offrit le concours de ses Jeunesses Patriotes. À gauche, Léon Blum, Ludovic-Oscar Frossard et Vincent de Moro-Giafferri vinrent encourager les candidats soutenus par leurs partis respectifs, la SFIO et le parti républicain socialiste, en vain.

[46] Marcel Déat, en s’associant à Marchandeau, était passé outre l’interdiction de la CAP de la SFIO et se trouva ainsi privé de l’investiture officielle de son parti : Tony Judt, La Reconstruction du parti socialiste, 1921-1926, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1976, p. 194.

[47] À la suite de leur défaite, les partis modérés déléguèrent Reynaud et de Kerillis en Angleterre pour observer l’organisation et le fonctionnement du parti conservateur, dans le but de remédier, par mimétisme, aux insuffisances organisationnelles de la droite républicaine française.

Jean-Étienne Dubois

Agrégé et docteur en histoire, Jean-Étienne Dubois travaille sur l’émergence d’une culture d’opposition plurielle des droites françaises dans les années 1920 et sur ses prolongements.

Mots clefs : élections intermédiaires ; droites ; Cartel des gauches ; opinion publique ; Maine-et-Loire

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  • ISSN 1954-3670