Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Le programme du Conseil national de la Résistance en perspective

Coordination : Claire Andrieu

Le programme du CNR dans la dynamique de construction de la nation résistante

Claire Andrieu

Négocié de l’été 1943 au printemps 1944, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) a été adopté à l’unanimité dans la clandestinité en mars 1944. La composition pluraliste du CNR et ses méthodes de travail réglées sur la construction du consensus ont contribué à la nationalisation de la Résistance et à la formation d’une nation résistante. La façon dont le contenu du programme a évolué vers la gauche au cours des négociations, et le plébiscite quasi unanime dont il a fait l’objet à la Libération, montrent qu’il était porté par un puissant mouvement social, lui-même en phase avec la modernité internationale. Cet ensemble de facteurs a permis à la Résistance d’imprimer durablement sa marque dans les structures économiques et sociales du pays libéré.


The Beveridge Report and Its Implementation: a Revolutionary Project?

Noel Whiteside

Cet article propose de réinterpréter le célèbre rapport Beveridge de 1942 et d’en réévaluer le contenu. Sur bien des aspects, la réputation du texte comme une étape clé de la construction d’un État-providence juste et équitable est usurpée et son influence sur les réformes de la protection sociale britannique d'après-guerre a été exagérée. L’article remet le rapport Beveridge dans son contexte historique et montre que, quels que soient ses mérites au moment de sa publication, c’est aujourd’hui un document daté, mal lu et interprété par les chercheurs en sciences sociales, qui se font les relais d’interprétations mythiques, injustifiables historiquement.


Le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide ? Résistance et réformes dans la transition italienne, 1943-1948

Giovanni Focardi

Cet article propose d’analyser les principales caractéristiques des réformes institutionnelles en Italie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en particulier les enjeux et la portée d’une réforme démocratique, aux yeux des protagonistes. L’organisation d’un nouveau régime politique apparaît nécessaire, d’autant plus que les dirigeants de l’après-guerre veulent se démarquer, légalement et symboliquement, de la précédente dictature fasciste. Cette période est décisive pour l’Italie républicaine qui reste marquée par ces évènements sur le long terme. L’étude des diverses commissions de réforme mises en place à la Libération (leurs programmes, leurs membres et leurs projets) permet de mettre en évidence les éléments expliquant pourquoi, après cinq années de transition et de changements institutionnels, le verre (des réformes) italien est à moitié plein et à moitié vide.


Une évolution inachevée. Les partis communistes français et italien face au gouvernement de l’économie, 1944-1947

Massimo Asta

Acteurs politiques centraux de la période de la Libération, au sein de la Résistance puis des gouvernements d’union nationale, les partis communistes français et italien ont marqué la politique économique de l’après-guerre. Des communistes dirigent certains ministères économiques durant presque toute la période 1944-1947. En France comme en Italie, la politique de ces ministères est façonnée par la conjoncture économique et les contraintes politiques liées aux alliances gouvernementales et au contexte international. Elle tient aussi au compromis social qui se met en place, et dont les communistes constituent l’un des piliers. La dimension culturelle joue en outre un rôle important à travers la vision communiste du monde capitaliste et de l’économie soviétique.

Le rapport entre culture et politique économiques a fait l’objet d’une historiographie longtemps clivée. L’article compare les cultures économiques du PCI et du PCF et en s’appuyant sur les archives. Au-delà de l’appareil idéologique marxiste-léniniste qui reste central, la contribution souligne les évolutions qui caractérisent la doctrine et la stratégie communistes. Les communistes découvrent le rôle de l’État. Les réformes de structure tels que les nationalisations, le plan et, pour le cas italien, la réforme agraire, deviennent pour la première fois partie intégrante du lexique économique et de la politique communistes. L’article montre les liens réciproques dans lesquels se construisent la culture et la politique économiques de chaque PC.


Nationalisations et souveraineté de l’État

Olivier Beaud

L’étude du programme du CNR donne l’occasion de préciser le sens qu’a en droit la notion de « nationalisation », ici étudiée à partir non pas du régime des entreprises nationalisées, mais de l’acte qui procède à la nationalisation. Cet acte témoigne de la souveraineté de l’État qui décide d’exproprier des actionnaires d’entreprises. Le fondement d’une telle opération de nationalisation est un motif de police économique qui l’emporte alors sur la défense des intérêts privés.

 


Singularité, postérité différentielle et actualité du programme du CNR

Michel Margairaz

Le programme du CNR, adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 par toutes les composantes (politiques, syndicales, mouvements) de la Résistance, se caractérise par la postérité plus ou moins durable des « réformes de structures » en matière de droits collectifs économiques et sociaux : nationalisations, Sécurité sociale, planification démocratique... Son contenu participe d’un mouvement international plus large en faveur de la régulation économique et sociale des sociétés libérales, mais s’inscrit également dans des spécificités françaises de longue durée.


Témoignage de Jean Auroux, ancien ministre du Travail du gouvernement d'union de la gauche, 1981-1983 (Sciences Po, 15 mars 2014)

Jean Auroux

Jean Auroux a été notamment ministre du Travail de mai 1981 à juin 1982, puis ministre délégué aux Affaires sociales, chargé du Travail, de juin 1982 à mars 1983. Votées en 1982, les quatre « lois Auroux » ont considérablement renouvelé les droits des travailleurs. Il s’agit des lois relatives aux libertés des travailleurs dans l’entreprise ; au développement des institutions représentatives du personnel ; à la négociation collective et au règlement des conflits du travail ; et aux comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail.

Jean Auroux a bien voulu faire part de son expérience de ministre du Travail lors de la journée d’étude portant sur le programme du CNR.


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  • ISSN 1954-3670