Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Le programme du Conseil national de la Résistance en perspective

Coordination : Claire Andrieu

Une évolution inachevée. Les partis communistes français et italien face au gouvernement de l’économie, 1944-1947

Massimo Asta
Résumé :

Acteurs politiques centraux de la période de la Libération, au sein de la Résistance puis des gouvernements d’union (...)

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« Si Cogniot déjeune à la maison un de ces prochains jeudis, attire son attention sur l’article d’un certain Michel Moret, "Impérialisme et domination", dans le numéro 6 de la Revue d’économie politique. Je te fais grâce du détail, pour ne retenir que le fond. Il s’agit de nier que l’impérialisme soit le capitalisme parvenu à son dernier stade, à sa phase pourrissante comme a dit Lénine. […] C’est [la] thèse mensongère de Blum à propos du Plan Marshall. […] C’est la vaine tentative de nier la loi économique fondamentale du capitalisme actuel si clairement formulée par Staline, à savoir la recherche du profit maximum. Le tout tend à montrer que la politique des USA échappe à la notion économique d’impérialisme. […] Et de telles revues passent pour sérieuses ! Les augures doivent rire de leurs divagations pseudo-scientifiques. En réalité, ils essayent de justifier à tout prix la politique de pillage et de guerre des brigands impérialistes. Une critique mordante des Cahiers ne serait pas superflue. »

Lettre de Maurice Thorez à Jeannette Vermeersch, Moscou, 12 janvier 1953 [1]

La vaste historiographie française et italienne concernant la politique économique du second après-guerre oscille entre deux interprétations concernant le rôle du Parti communiste français et du Parti communiste italien. D’un côté, les historiens constatent une sorte d’immobilisme qui aurait marqué l’action des partis communistes depuis la période de la formation des Comités de libération nationale ; de l’autre, ils mettent en évidence la centralité du choix national dans la stratégie communiste et l’adoption d’une ligne économique favorable aux « réformes ».

Pour les tenants de la première thèse, les partis communistes, figés dans la doctrine marxiste-léniniste, se seraient désintéressés de la question économique et auraient navigué presque à vue, de compromis en compromis, en étant à la traîne par rapport aux initiatives des autres partis de la coalition. D’où, selon une certaine historiographie française, la difficulté des communistes à définir leur position face à l’État. « Héritier tout autant du marxisme de tradition guesdiste qui voit dans l’État la force première de la bourgeoisie, et du syndicalisme révolutionnaire si opposé à l’État [2]  », le PCF n’aurait pas réussi à penser positivement l’action étatique en économie. Ainsi, le changement de posture pratiqué au cours des gouvernements d’union nationale à l’égard de questions clés de politique économique, comme les nationalisations ou le Plan, relèverait de raisons purement tactiques.

Michel Margairaz a montré comment ce soupçon à l’égard de l’État, loin de s’éclipser, a persisté pendant la période 1944-1947, se concrétisant dans une série d’actes de politique économique caractérisés par un a-dirigisme fort, voire un anti-dirigisme [3] . De façon analogue, Michel-Pierre Chélini dans son étude sur l’histoire de l’inflation en France a souligné la faiblesse de l’interventionnisme des communistes par rapport même aux attentes de leur propre électorat. Ici, l’action du PCF est presque décrite comme celle d’un parti plaidant la dérégulation face au dirigisme convaincu de la Section française de l’Internationale ouvrière et de la gauche du Mouvement républicain populaire [4] . Moins tranchant, Jean Bouvier estime que le PCF, « fasciné par le pouvoir d’État, productiviste, anti-malthusien », est « ballotté entre la condamnation d’un système qu’il dénonce comme irréformable » et la tentative d’« infléchir le cours » de ce système, de l’intérieur [5] .

Pour le PCI aussi, la matrice marxiste-léniniste a été présentée par certains historiens comme un frein en matière d’action économique. Dans son analyse équilibrée des limites et des aspects positifs et innovants de la politique économique des communistes italiens, Valerio Castronovo met en évidence comment la vision décalée par rapport à la réalité, d’un capitalisme avec « du plomb dans l’aile » et porteur d’une imminente « crise générale », a compliqué la tâche du PCI au gouvernement [6] .

Pour les partisans de la seconde thèse, l’action des partis communistes en matière de politique économique suit la formule de la « démocratie progressive », annoncée au lendemain de la guerre par Maurice Thorez et Palmiro Togliatti. L’argumentation serrée de Fabrizio Barca à propos du PCI est représentative de ce courant historiographique [7] . Il met l’accent sur l’option productiviste, sur l’adoption d’une politique d’accélération de la reconstruction et du développement économique, ainsi que sur l’importance de l’engagement en faveur de réformes graduelles. Il souligne que l’orientation générale du PCI se manifeste dans la partie économique du texte constitutionnel. Selon Barca, cette spécificité de la politique économique communiste, pleinement assumée par le groupe dirigeant, n’a pas empêché un certain défaut de « propositions concrètes » à partir de 1945, quand le PCI a pris « acte de l’impossibilité de réaliser un renouvellement des institutions économiques et politiques du pays » à travers les Comités de libération nationale. L’impact « pour le futur », selon les mots de Palmiro Togliatti, de la politique réformatrice communiste, a été vigoureusement discuté par les historiens Marcello Flores, Nicola Gallerano et Luciano Cafagna. Un « halo d’ambiguïté et de confusion » aurait toujours entouré la question des réformes de structure, la voie italienne au socialisme restant cohérente, utile du point de vue rhétorique afin de mobiliser les masses mais fondamentalement non réalisable socialement et politiquement [8] .

D’autres historiens critiques à l’adresse de la politique économique des communistes italiens ont insisté sur l’appréciation inexacte par le PCI des rapports de force politiques [9] , sur le choix d’une politique d’alliance contraire à la formation d’une coalition véritablement réformatrice (qui aurait dû inclure socialistes, actionnistes et gauche de la Démocratie chrétienne) [10] , ou encore sur l’absence d’une expertise économique solide [11] .

Ce dernier constat a également été formulé à l’égard du PCF. Michel-Pierre Chélini a ainsi affirmé que la stratégie du parti « n’inclut pas de politique économique » à « la fois par manque d’experts et par souci tactique ». Dans le cas italien de surcroît, cette faiblesse de la culture économique aurait entraîné le PCI à se subordonner, théoriquement et politiquement, à la culture des libéraux [12] . L’influence de Gaetano Salvemini [13] sur la formation intellectuelle du groupe dirigeant turinois fondateur du parti aurait favorisé cette perméabilité aux idées libérales en matière d’économie.

La question majeure qui traverse les interprétations est celle du rapport entre culture économique et politique économique, voire entre culture politique et politiques publiques. C’est sur ce point que porte notre contribution. Elle compare la théorie et la politique économique du PCI et du PCF, ce qui n’a pas encore fait l’objet d’étude, et elle s’appuie sur des archives qui, en matière d’analyse des cultures économiques des groupes dirigeants, sont une source encore en partie nouvelle. Les archives permettent de comprendre, tout en les distinguant, à la fois la culture économique communiste dans son ensemble, et le discours économique officiel du parti, sachant que ce dernier trouve sa raison d’être dans l’idéologie économique de référence mais qu’il n’est jamais sa simple projection. Nous entendons analyser le rôle des groupes dirigeants communistes au sein de l’action gouvernementale, les intérêts sociaux et économiques qu’ils défendent et les contraintes politiques et économiques conjoncturelles auxquelles ils se trouvent confrontés. Nous tenterons ainsi de cerner les effets de la culture économique d’origine sur les politiques économiques de la période 1944-1947, mais également les effets de l’expérience de la période 1944-1947 sur la culture économique des deux PC.

Une politique monétaire et financière pour les classes moyennes ? Deux déclinaisons d’une politique analogue

Les deux partis communistes adoptent au sein des gouvernements une politique économique assez semblable, mais pas parfaitement identique. Les défis à relever sont nombreux : qu’il s’agisse de la reconversion de l’économie de guerre, du redressement de l’appareil industriel, du rééquilibrage de la balance des paiements, de la lutte contre l’inflation, ou de l’intégration dans le nouvel ordre économique mondial. Confrontés aux mêmes gageures, les partis font toutefois face à des situations économiques de départ différentes et asymétriques.

Contrairement à la France, l’économie italienne est caractérisée par un fort taux de chômage structurel. Autre élément non négligeable, la France ne connaît pas les problèmes d’une économie agraire partiellement structurée par le latifundium, avec un surplus de main-d’œuvre et la présence diffuse de rapports contractuels archaïques qui expliquent encore, dans le second après-guerre, la pauvreté du Midi italien. De surcroît, les principaux indicateurs économiques et financiers de la période 1944-1947 sont bien plus alarmants dans le cas de l’Italie que dans celui de la France.

Les systèmes politiques qui se mettent en place jouent également un rôle décisif. La gestion de l’alliance gouvernementale n’est pas identique. Le PCI, qui sur le plan électoral est loin de pouvoir construire une majorité de gauche avec les socialistes, doit préserver l’unité de la coalition et maintenir des rapports avec la Démocratie chrétienne (DC), ce qui limite ses possibilités d’action et l’efficacité de ses propositions en matière économique [14] . Le pacte d’unité d’action scellé entre les communistes et les socialistes, alors que ces derniers se déclarent marxistes et prosoviétiques, tend à engendrer un processus croissant de radicalisation et de polarisation par rapport aux partenaires de l’alliance gouvernementale. Ainsi, la recherche de l’accord et du compromis politique devient plus difficile. En revanche, les bons scores électoraux du PCF lui permettent de garder une autonomie importante, de plaider en faveur de la constitution d’un gouvernement avec la SFIO capable d’isoler le MRP et d’afficher un profil plus marqué dans la gouvernance de la politique économique [15] .

Enfin, la contrainte extérieure exercée par les États-Unis influence de façon plus déterminante la mise en œuvre de la politique économique du gouvernement italien : dès juillet 1943, l’AMGOT commence à opérer en tant qu’organe de la politique d’occupation alliée, suivi ensuite de la Commission de contrôle allié.

La politique monétaire et financière s’élabore en réponse à ces données et façonne deux paysages politiques et économiques relativement distincts. L’équilibre budgétaire et la défense de la valeur de la monnaie n’en restent pas moins les buts communs déclarés du PCF et du PCI. De ce point de vue, leur approche ne se trouve pas en contradiction avec le cadre général, théorique et politique, pré-keynésien, dominant de l’immédiat après-guerre. De la sorte, les communistes réussissent à se présenter à l’électorat de façon crédible comme les représentants de la nation tout entière et non pas seulement comme les représentants des intérêts corporatistes de la classe ouvrière. La recherche permanente d’une alliance avec la classe moyenne conditionne lourdement les choix économiques engagés. Tout au long de la période de la Reconstruction, les PC cherchent à construire leur image politique sur cette base, non sans rencontrer des difficultés tant à garantir une certaine cohérence à l’ensemble de leurs propositions économiques qu’à concilier les différentes sensibilités au sein de leurs groupes dirigeants.

Ainsi, le PCF se déclare d’accord avec la nécessité de réduire les dépenses publiques, insistant en priorité sur la diminution du coût de l’armée. Tandis que pour augmenter les recettes, il met notamment l’accent sur la « confiscation des biens des traitres » et la « comptabilisation des réparations [allemandes] [16]  ». C’est dans ce sens qu’œuvre François Billoux au ministère de l’Économie nationale, ministère dont les compétences ont été élargies sous Pierre Mendès France. Billoux le réorganise en quatre directions : Prix et législation économique, Documentation et statistiques, Programmes, Relations économiques extérieures [17] . C’est aussi pour cela que la traditionnelle rhétorique communiste contre la bureaucratie « parasitaire » et « sans âme », est mobilisée avec force.

En revanche, la question de la hausse des prix n’est pas la préoccupation première. Les communistes rejoindront l’ample opposition au sein du gouvernement – allant de De Gaulle à Pleven – au projet d’échange de billets proposé par Mendès France [18] . Pour justifier leur méfiance, ils s’appuient tant sur le discours anti-technocratique que sur la défense de l’épargne des classes moyennes paysannes. Pour eux, la mesure est contraire à l’effort de production et destine la France à la « médiocrité » industrielle. Plus généralement, les problèmes financiers ont tendance à être sous-estimés par le PCF du fait de l’orthodoxie de son marxisme. Jacques Duclos, conforté dans sa position par Maurice Thorez, le dit clairement au Comité central : « Sur ce point, nous devons proclamer bien haut qu’il n’est pas raisonnable de vouloir rechercher un assainissement des finances publiques dans de simples manipulations monétaires (M. Thorez : « Très bien ») ; c’est dans le développement de la production qu’il faut chercher et trouver un remède à la situation actuelle [19] . »

Le PCI diverge à cet égard de son homologue français. En charge du ministère des Finances pendant presque toute la durée des gouvernements d’unité nationale, de la moitié de 1944 jusqu’en janvier 1947, il estime qu’il s’agit là de l’un des enjeux principaux de politique gouvernementale, voire de la propédeutique à la relance économique générale du pays. À la conférence économique du Parti en août 1945, la ligne de la politique financière est abordée selon cette hiérarchie : « Premièrement : est-il possible en Italie aujourd’hui d’éviter l’inflation et d’atteindre la stabilité monétaire ? Deuxièmement : une fois la stabilité monétaire atteinte, est-il possible d’arriver à l’équilibre du budget de l’État ? Troisièmement : une fois atteint cet équilibre, sera-t-il possible de le conserver en mettant en œuvre une politique économique progressive ? Nous pensons pouvoir répondre positivement à ces interrogations [20] . »

L’approche du PCI à l’égard de l’échange des billets symbolise cette ligne. À la différence du PCF, la mesure, après avoir fait l’objet d’une timide formulation de la part du ministre du Trésor Marcello Soleri [21] est, en effet, remise au centre du débat politique italien par les communistes [22] . À partir de la moitié de 1945, en particulier dès que Mauro Scoccimarro succède à Antonio Pesenti [23] à la tête du ministère des Finances, elle devient l’un des chevaux de bataille de leur politique.

Les deux propositions d’échange, celle du ministre de l’Économie nationale français et celle du ministre des Finances italien, ne sont toutefois pas parfaitement équivalentes. La mesure de Scoccimarro prévoit la vérification du montant de la monnaie en circulation, la réalisation d’un recensement nominatif de la richesse mobilière et l’application d’un important prélèvement fiscal. Elle est conçue comme une opportunité pour réduire la circulation monétaire et comme un moyen de redistribution des richesses à travers le mécanisme connecté du levier fiscal. Le blocage des billets envisagé, qui devait fournir une recette représentant environ un quart de la circulation monétaire existante, calculée entre 60 et 90 milliards de lires [24] , est proposé à titre de préparation à un impôt extraordinaire sur le capital.

Ce dernier impôt est présenté comme une alternative au recours massif à l’emprunt forcé et constitue l’autre volet principal du tournant que le PCI tente d’imprimer à la politique financière du gouvernement italien. Il s’agit d’un impôt progressif sur le capital à appliquer tant aux personnes physiques qu’aux personnes morales, fondé sur un impôt spécial sur les accroissements des patrimoines réalisés entre 1935 et 1945. L’impôt français de solidarité nationale en est la source d’inspiration explicite, même si le barème progressif italien était relativement plus léger, variant entre 10 %, pour les augmentations de 1 à 2 millions de lires, et 100 %, pour la partie excédant les 75 millions de lires [25] . En raison de sa forte progressivité, la formule de Scoccimarro est probablement perçue comme moins impopulaire que le blocage indiscriminé – pourtant temporaire – envisagé par Pierre Mendès France. Mais elle ne le sera pas assez pour surmonter les résistances des libéraux, de la Démocratie chrétienne et des États-Unis qui se montreront hostiles à la mesure.

Le volontarisme qui caractérise l’action des communistes italiens en matière de finances s’explique par plusieurs facteurs, au premier rang desquels le contexte économique : l’inflation, pourtant « exceptionnelle [26]  », de la France, est moins inquiétante qu’en Italie, où l’année 1944 est dominée par le phénomène de l’hyperinflation et où les années suivantes présentent des taux deux fois supérieurs à ceux enregistrés en France. En outre, étant donné le choix de participer au gouvernement, et surtout jusqu’à la mi-1945, tant que l’économie ne montre pas de signes de reprise, leur conception traditionnelle et catastrophiste du capitalisme pousse les communistes à un interventionnisme économique accru. Le discours de Scoccimarro n’est pas le même selon qu’il s’adresse au gouvernement ou au parti. La lecture catastrophiste de l’économie capitaliste est bannie dans le discours public, qui encourage l’élan productiviste de la Reconstruction, mais elle fait partie du cadre mental du groupe dirigeant du PCI. Ainsi, la vision de l’économie présentée par Scoccimarro à ses camarades est fort sombre : « Les éléments de cette crise sont doubles : sur le plan politique, les forces conservatrices cherchent à retarder le plus possible les élections pour empêcher la démocratisation du pays ; sur le plan économique, il y a des problèmes qui ne sont pas solubles [27] . »

Par ailleurs, le profil sociologique des deux ministres communistes des Finances joue un rôle. Pesenti, est un économiste, universitaire depuis 1934, ayant étudié à l’étranger : à Londres, à Berne, à Vienne et à Paris. Scoccimarro a obtenu sa licence en économie auprès de la Scuola superiore di commercio Cà Foscari de Venise. Cette formation universitaire économique explique la distance des communistes italiens par rapport à certaines analyses schématiques des problèmes monétaires telles qu’on les retrouve au PCF, où l’expertise économique provient principalement du syndicalisme. Tous sont, en bons marxistes, convaincus que les facteurs économiques sont les éléments déterminants, tandis que les éléments financiers et monétaires ne sont que des réflexes dérivés des premiers. L’explication fondamentale de l’origine de l’inflation reste la raréfaction des produits tant pour les communistes français qu’italiens [28] . Cependant, l’approche du PCI se révèle plus pragmatique. Le PCI estime nécessaire d’agir sur la quantité de monnaie en circulation et de contrecarrer les autres causes possibles du phénomène. Parmi ces dernières, le PCI n’exclut pas celle d’un conflit distributif entre classes sociales provenant, selon Emilio Sereni [29] , de la rupture du rapport entre campagnes et villes due à la période de la guerre, ou, pour Togliatti, engendré par la « réaction, non organisée mais instinctive, de la classe capitaliste » à la politique progressiste des gouvernements d’unité nationale [30] .

Enfin, comme l’a noté Donald Sassoon, la politique économique du PCF tend à courtiser les classes moyennes de façon beaucoup plus ouverte que n’ose le faire le PCI [31] .

La défense de la monnaie et le projet de réforme de la fiscalité du PCF

Cette attention aux besoins des classes moyennes se remarque également dans d’autres domaines de la politique économique de 1944-1947. Le programme économique du PCF prône l’augmentation des prix agricoles – sans répercussion sur les prix à la consommation [32] . Au PCI, ce tabou idéologique et politique ne sera levé que dans la seconde moitié des années 1950. Les intérêts des artisans et des petits commerçants ne sont pas non plus négligés par le PCF. Ainsi, François Billoux abolit la CARCO, la Caisse autonome de recouvrement des comités d’organisation mise en place sous Vichy, et rétablit la liberté de création de fonds de commerce [33] .

La politique monétaire du PCF apparaît également comme une main tendue en direction des classes moyennes en adoptant l’équation chère à ces dernières entre franc fort et économie forte. Si la défense de la lire est conçue par le PCI comme synonyme de politique anti-inflationniste, pour le PCF, celle du franc fort, l’est comme moyen d’assurer à la France son indépendance économique et financière face à l’« impérialisme » de l’Angleterre et des États-Unis. Doctrine marxiste-léniniste et exigences dues aux échéances électorales jouent un rôle majeur dans cette orientation. Lors de la ratification des accords de Bretton Woods, le PCF craint – note Marcel Cachin dans ses Cahiers – qu’« on [ne veuille] créer le franc Billoux avant les élections [34]  ». Il plaide, sans y parvenir, pour un alignement du franc sur le dollar au taux le plus élevé, envisageant des nouvelles subventions et une restriction des permis à l’exportation pour certaines catégories de matières premières. En Conseil des ministres, Billoux affirme qu’il aurait souhaité pour maintenir « [ses] prix » une parité avec le dollar à 100 francs, c’est-à-dire 19 francs de moins que le taux effectivement pratiqué [35] . La nécessaire dévaluation de la monnaie prendra ainsi dans le discours économique officiel du PCF les formes d’une « défaite militaire » qui « fait perdre à un État la place qu’il occupait dans la hiérarchie des Nations [36]  ».

Quant au PCI, il défend une position d’atténuation de la politique dévaluatrice imposée par le nouveau contexte international. Mais sur ce sujet, la presse communiste italienne observe un ton plus modéré que les journaux du PCF [37] . La rupture de l’unité du change lire-dollar entrée en vigueur le 13 janvier 1946 et qui maintient, à côté du précédent taux officiel à 100, un autre taux pour le marché libre augmenté de 125 %, s’est faite sous l’influence des États-Unis et, fondamentalement, contre la position des communistes.

Cette volonté d’élargir l’influence du PCF par une pratique politique qui, au fond, tendait à atténuer le profil de classe du parti se retrouve également dans sa politique fiscale. La fiscalité, à peine évoquée dans le programme du CNR, fait, à l’instigation de la CGT, l’objet d’une proposition de loi présentée par Jacques Duclos à l’Assemblée nationale le 4 mars 1947 [38] . Le PCF est le seul parti à proposer une réforme générale de la fiscalité pendant la période des gouvernements d’union nationale, juste après la publication, en décembre 1946, par le Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT du « Rapport sur l’aménagement de la fiscalité et l’équilibre du budget ordinaire 1947 ». En dépit des dures critiques provenant du cabinet de Maurice Thorez à l’égard du texte de la CGT [39] , la proposition de loi communiste en reprendra amplement les principes et le contenu. Quatre des six principales mesures de la réforme sont décalquées de la proposition cégétiste : l’unification complète des impôts sur les revenus après l’établissement d’un nouvel équilibre des prélèvements ; la suppression de tous les impôts et taxes sur les affaires et leur remplacement par un seul impôt à taux unique perçu sur la valeur ajoutée à tous les stades de la production et des échanges ; la publication des rôles de l’impôt sur le revenu ; la coordination et le regroupement des diverses régies financières. Un aspect de la proposition de loi pourtant ne provient pas du projet de la CGT : il s’agit de la réforme complète, stratégique du point de vue de la politique communiste, des finances locales, qui occupe, de surcroît, la première place dans la liste proposée par le projet de loi. L’expertise à l’origine de cette partie du texte est plutôt interne au parti. Elle se nourrit de l’expérience mûrie dans l’administration des municipalités rouges. La mesure propose le maintien de l’allocation aux départements et aux communes des taxes sur les propriétés foncières, sur la valeur locative des habitations, sur l’exercice des professions, et la création d’un fonds qui tienne compte des ressources et des besoins des collectivités locales. L’objectif est de fournir les financements nécessaires aux collectivités locales en raison de « l’extension continue et normale de leur rôle économique et social ». En revanche, la taxe sur les capitaux est absente de la proposition de loi, alors qu’elle constitue l’un des éléments les plus innovants du projet de la CGT, qui avait prévu un taux de 0,50 %, générant une recette prévisionnelle pour l’année 1947 de 35 milliards de franc. À cette dernière, le PCF préfère une taxe annuelle, bien moins révolutionnaire, sur les biens de mainmorte.

La politique nationalisatrice du PCF, les réformes envisagées par le PCI

Le dirigisme communiste en matière monétaire et financière, très prononcé dans le cas italien, relève d’une approche volontariste et productiviste. Cela contribue à engendrer des crispations au sein des coalitions gouvernementales. Cela dessine aussi la toile de fond idéologique sur laquelle s’organise la gestion du compromis économique et social du second après-guerre. Le volontarisme économique, du point de vue de la culture et de la pratique économiques communistes, n’est toutefois pas un concept totalement équivalent à celui d’étatisme.

La propension dirigiste du PCF, symbole de la persistance des paradigmes culturels anciens, se déploie d’abord en dehors de l’État. La « bataille de la production » et la narration de l’épopée prolétaire qui la soutient en sont un aspect emblématique. Le PCF, comme la CGT, aspire à se présenter comme l’acteur du nouvel ordre politico-économique dans lequel l’État doit jouer un rôle important, mais non exclusif. L’énorme mobilisation du parti sur cet enjeu, par exemple lors du célèbre discours de Thorez à Waziers le 21 juillet 1945 [40] , ne fait que porter dans la sphère du social cette volonté du PCF de conquérir un rôle prééminent dans la direction de l’économie nationale, tout en voulant montrer sa capacité à contourner l’État. Néanmoins, celui-ci reste, pour les communistes français, déterminant dans la conduite de cette « bataille ». En atteste l’action sur les salaires d’Ambroise Croizat à la tête du ministère du Travail. Les invitations aux employeurs à se conformer aux salaires maxima prévus, l’institution des salaires au rendement et des majorations des heures supplémentaires, l’accélération de la publication concernant la « remise en ordre des salaires » sont des mesures qui visent toutes, à la fois à contourner le mandat gouvernemental du blocage des salaires [41] et à assurer la réussite de la politique productiviste du PCF.

En fait, l’approche de l’État se pose de façon spécifique dans les deux partis. Marc Lazar a montré que la position orthodoxe du PCF fondée sur sa forte méfiance à l’égard d’un État auquel il nie une quelconque autonomie face aux trusts, se différencie de la position du PCI qui s’appuie sur l’apport de la pensée gramscienne et propose une théorie originale de l’État [42] . Cependant, si cette opposition se repère dès l’immédiat après-guerre, les points communs entre les deux partis sur le plan économique tendent à prévaloir.

Pour le PCI comme pour le PCF, le scénario de l’après-Libération bouleverse certaines références traditionnelles. La responsabilité gouvernementale, les enjeux électoraux, la situation désastreuse des économies nationales au sortir de la guerre et le contexte international des rapports entre URSS et Occident amènent les PC à utiliser et à légitimer l’action étatique pour affronter les problèmes de la gouvernance de l’économie. Pour la première fois, ils se trouvent face à la nécessité d’élaborer et d’assumer une politique économique « constructive » et ils ne peuvent plus se cantonner à une critique de la politique économique des États capitalistes.

Plus encore, ils envisagent la possibilité d’effectuer en « régime bourgeois », en s’appuyant sur la puissance publique, des réformes économiques radicales, ou, selon le langage de l’époque, de « structure », tels les conseils et comités de gestion, les nationalisations, et dans le cas italien, la réforme agraire. Ces réformes constituent à la fois un élément d’innovation et d’ambiguïté de la politique économique communiste. La conception marxiste-léniniste y voit des éléments indissociables du concept de « démocratie économique et sociale » et de l’avancement de la dynamique révolutionnaire, les modalités et les possibilités de réalisation de ces réformes étant directement liées à l’état des rapports de force entre classes.

Il s’ensuit parfois une subordination de l’économique au social, bien visible dans les évolutions, voire les oscillations, du discours économique officiel du PCF à l’égard des nationalisations. Celles-ci sont rejetées pendant la période du Front populaire, acceptées sans trop d’élan en 1937, puis, envisagées avec plus de conviction avant le déclenchement de la guerre. Pendant l’Occupation, elles sont à nouveau reléguées [43] , la lutte contre l’occupant constituant une priorité absolue. Dans la clandestinité et jusqu’en janvier 1945, le PCF préfère aux nationalisations la mesure de la « confiscation pure et simple des biens des traitres [44]  ». Cette formule, qui ne dit rien de la forme que la gestion de ces biens publics devrait prendre après la Libération, sert de mot d’ordre patriotique et rassembleur. Elle représente un expédient qui n’effraie pas les classes moyennes et permet au PCF de disposer d’un outil d’action auquel recourir dans un sens plus au moins radical en fonction du scénario politique qui se dessinera. En effet, la confiscation n’est pas incompatible avec la nationalisation. Elle peut la contenir.

Le retour de Maurice Thorez de Moscou à la fin de l’année 1944 et le changement de ligne politique qui s’ensuit, les contacts avec la SFIO et les stimulations provenant de la Résistance amèneront le PCF à adopter les nationalisations à partir de février 1945 comme le principal volet de sa politique économique, à côté de la politique de relance de la production et de résorption des pénuries alimentaires. Cette nouvelle orientation est importante dans la définition du caractère « anticapitaliste [45]  » de la seconde vague nationalisatrice de 1945-1946. Contre la nationalisation de type société mixte publique-privée où la propriété reste partagée entre l’État et les entreprises, telle la SNCF, le PCF s’engage en faveur de « nationalisations réelles », consistant dans « l’expropriation pure et simple du monopole intéressé [46]  ». C’est le modèle que le parti tente d’appliquer au début de l’année 1945 avec le projet élaboré par Charles Tillon, ministre communiste de l’Air, de nationalisation intégrale du secteur du transport aérien par le rachat des actions d’Air France, Air France Transatlantique, Air-Bleu et Aéromaritime, projet entravé avec succès par de Gaulle, souhaitant une solution « moins rigide [47]  ».

La nature des branches à nationaliser et, en conséquence, l’ampleur globale des nationalisations, dépendent strictement des équilibres politiques du moment. En février 1945, le PCF propose à l’Assemblée consultative la nationalisation des branches de la sidérurgie, de la chimie et de la marine marchande. En juin, Duclos y ajoutera celle des banques, des assurances et de l’électricité. Les communistes tentent, sans y parvenir, d’inclure dans les nationalisations du 2 décembre 1945 deux banques d’affaires : la Banque de Paris et des Pays-Bas et la Banque de l’Union parisienne. D’autres propositions de lois – qui ne seront pas plus votées – seront déposées concernant Berliet, Francolor, les ressources thermales et la Banque de l’Afrique Occidentale. Mais, en juin 1946, alors que les négociations pour la formation du gouvernement Georges Bidault sont en cours, Maurice Thorez au Comité central se montre beaucoup plus réticent quant à l’opportunité d’envisager une extension des politiques de nationalisation – en refusant, par exemple, d’y inclure le secteur des transports fluviaux. La logique politique, et non pas économique, détermine les priorités, comme Thorez cherche à le faire comprendre au Comité Central :

« Ici, je veux redire, je ne crois pas qu’actuellement ce soit décisif. Je ne suis pas d’avis qu’il faille faire la pause, mais je dis qu’il ne faut pas non plus […] tomber dans les panneaux de la social-démocratie. Pour eux, il s’agit de faire du bruit. […] Il ne faut pas oublier que dans la mesure où nous maintiendrons… [sic] c’est un avantage pour la classe ouvrière, [mais] nous sommes encore dans ce régime, cela peut être un avantage pour le pouvoir d’État. C’est un renforcement des moyens de l’État, ce n’est pas encore nous qui sommes les maîtres de l’État, par conséquent sur cette question, je suis d’avis que nous ne devrions pas nous mettre en avant [48] . »

Les précautions tactiques de Thorez n’empêcheront pas le PCF de devenir le père de la nationalisation de l’électricité et du gaz. Ainsi la loi du 8 avril 1946 créant l’EDF marque une rupture avec le modèle socialiste radical et républicain de l’entre-deux-guerres [49] et fonde, d’une certaine façon, l’archétype de l’entreprise publique en France [50] . Dès la nomination de Marcel Paul à la tête du ministère de la Production industrielle (21 novembre 1945), la contribution communiste à l’adoption de la loi sera fondamentale. Face à la radicalisation des clivages entre les partis composant la coalition gouvernementale et aux divergences qui se font jour dans les instances de discussion technique du projet, le PCF se montre déterminé à ne pas revenir sur ses propositions. Il décide de « soutenir » sa vision auprès du « comité économique, puis du Conseil des Ministres et, si nécessaire, devant l’Assemblée », tout en essayant de ménager la SFIO – et notamment Paul Ramadier – en proposant de ne pas « inclure » dans la loi de nationalisation « les petites usines électriques ou de gaz qui existent un peu partout en province [51]  ». Ensuite, afin de débloquer la phase d’impasse concernant la nationalisation de l’électricité, lors de la démission de De Gaulle, le PCF pose cette mesure comme condition pour la participation au futur gouvernement [52] . Fin février, il ira jusqu’à menacer de retirer ses ministres [53] . Le projet enfin adopté s’inscrit bien dans les axes décidés par Marcel Paul et par son entourage d’experts provenant de la CGT et du PCF, à l’exception de certains compromis, par exemple en matière d’indemnisation – dont les chiffres définitifs, d’ailleurs, ne s’éloigneront pas beaucoup de ceux indiqués par les communistes –, ou concernant le rôle des collectivités locales dans la direction de l’entreprise.

L’action gouvernementale du PCI au sujet des nationalisations s’articule de façon nécessairement différente. En Italie, le retour à la nation des moyens de production ne suscite pas l’unanimité comme c’est le cas en France. L’analyse théorique de départ semble toutefois identique à celle des communistes français. Palmiro Togliatti se prononce en faveur d’une politique de nationalisation dès juin 1945 :

« Dans le champ industriel on peut demander quelque chose de partiel pour certaines branches : téléphone, électricité (on changerait profondément la structure économique du pays si on arrivait à leur nationalisation). La revendication d’une nationalisation partielle doit être possible à réaliser. Celle-ci n’est pas une mesure socialiste, mais de solidarité nationale. La formule des rapports entre ouvriers et capitalistes dans notre pays n’est pas encore celle du socialisme, mais celle du contrôle qui se déroule non seulement en faveur de la classe ouvrière, mais aussi de la nation [54] . »

Parfois, à la formule de « nationalisation partielle », le secrétaire du PCI préfère celle d’« étatisation [55]  ». Le modèle auquel il se réfère est, néanmoins, celui de la propriété étatique et d’une direction démocratique, conformément aux principes de la politique de « solidarité nationale », tout en gardant « le caractère industriel » et non « bureaucratique » de la gestion de l’entreprise [56] . La permanence de cette ambiguïté lexicale témoigne des hésitations politiques et des divisions internes au groupe dirigeant. Chez les dirigeants de la section économique du parti, la question est clarifiée sur un registre analogue à celui du PCF, selon une parenté linguistique qui fait écho au débat français qui remonte au Front populaire. En revanche, dans les secteurs les plus ouvriéristes du PCI, les termes « nationalisation » et « socialisation » sont des concepts interchangeables. Les communistes italiens s’opposent sur la signification exacte du mot. En outre, la pratique à l’égard des nationalisations évolue au fil de l’expérience gouvernementale. Au milieu de l’année 1945 s’amorce un basculement, qui ne se termine pas en rupture. Après une période où les diverses sensibilités internes se sont manifestées tout en se ralliant à la politique dictée par Togliatti dès son retour de Moscou, une politique économique plus audacieuse tente de s’affirmer. Le syndicat de la CGIL – Confédération générale italienne du travail – de Giuseppe Di Vittorio, et des dirigeants de poids comme Scoccimarro, se prononcent pour la nationalisation rapide des grands monopoles, sans attendre la Constituante, dès la fin du mois de juin 1945 [57] . Nombre de dirigeants perçoivent l’ambiguïté de la situation politique dans laquelle les met la participation du parti au gouvernement, comme en témoignent certaines déclarations prononcées lors des réunions de la direzione, l’organisme de direction du PCI : « Les camarades veulent le programme, mais nous ne pouvons pas le réaliser car nous sommes en pleine période de luttes et d’expériences auxquelles nous ne pouvons pas trouver de solutions définitives. » Scoccimarro ajoute : « Nous devons nous taire sur le programme de Livourne car nous ne pouvons rien dire à cet égard [58] . » Le « tableau des sociétés à nationaliser », document produit par l’un des organismes d’expertise économique du PCI, le Centre économique pour la Reconstruction de Milan dirigé par Bruzio Manzocchi, prévoit une intervention à grande échelle. Entre autres, il y est fait référence aux nationalisations de FIAT, de Pirelli, de Snia Viscosa, de Montecatini et des principales entreprises électriques du pays, pour un capital total, sans tenir compte de la valeur en bourse, évalué à 27,7 milliards de lires. Ce même tableau signale les enjeux du débat en cours au sein du parti [59] . Le Ve congrès du PCI (29 décembre-6 janvier 1946) marque un premier infléchissement – après la timidité de la conférence économique – en intégrant dans le programme du parti la nationalisation de grandes structures monopolistiques, des banques et des assurances [60] . En définitive, la ligne qui l’emporte en raison des contraintes de la participation à la coalition gouvernementale, est celle, plus prudente, de Togliatti, visant à renvoyer la recherche du consensus sur les « réformes de structure » aux débats de l’Assemblée constituante. Aucune proposition de loi sur les nationalisations, ni sur la réforme agraire, n’est présentée par les communistes, et le sujet n’est pas non plus examiné en Conseil des ministres durant toute la durée des gouvernements d’unité nationale. Des conquêtes socio-économiques seront en revanche obtenues par la CGIL unitaire (treizième mois, échelle mobile des salaires, allocations par foyer, blocage des licenciements). Assez vite, certaines seront cependant partiellement remises en cause. D’autres mesures seront adoptées et mises en œuvre de façon conjointe par le syndicat et le gouvernement, notamment dans le secteur de l’agriculture grâce à l’action du ministre communiste Fausto Gullo [61] . Ces dispositions concernent, entre autres, l’attribution des terres incultes et mal cultivées, la répartition de la production dans les contrats de métayage et la réglementation des droits d’usages collectifs.

La question de l’Institut pour la reconstruction industrielle (IRI) et du « plan économique national »

En Italie, la question du devenir de l’Institut pour la reconstruction industrielle est au centre des discussions gouvernementales sur le redressement industriel du pays. Cela explique en partie l’immobilisme dont fait preuve le parti au sujet des nationalisations. L’IRI, dans les analyses des communistes, a représenté sous le fascisme à la fois un moyen de sauvetage par l’État d’une partie du capitalisme italien autrement destiné à la disparition sous les effets dévastateurs de la crise de 1929, et un lieu de résolution des conflits internes au capital financier, destiné à « exploiter, sans luttes compromettantes, la conjoncture économique » d’avant-guerre [62] .

La critique de ce qui va dominer longtemps l’économie italienne, le « système Beneduce [63]  », est donc radicale, tout comme le projet de réforme. Pesenti, devenu vice-président de l’IRI après avoir quitté le ministère des Finances, en présente le contenu au secrétariat du PCI dans ces termes :

« Si l’IRI doit avoir comme nous le voulons la fonction de ministère de l’Économie contrôlée, c’est-à-dire d’organe propulseur et coordinateur des secteurs économiques dans les mains de l’État, il devrait être constitué d’une présidence efficace de caractère technico-politique et d’un conseil d’administration restreint, avoir une sorte de secrétariat général technique, comme plusieurs directions pour chaque branche : sidérurgique, mécanique, électrique, bancaire, maritime, etc. Les comités techniques auprès de ces directions devraient effectivement fonctionner avec l’apport de techniciens de chaque entreprise [64] . »

L’essentiel est que le nouvel IRI, une fois son statut d’organisme autonome modifié, soit en mesure d’exercer la direction « effective » des entreprises contrôlées et d’intervenir « dans l’examen non seulement administratif-comptable, mais aussi dans la gestion des différentes entreprises [65]  ».

Par ailleurs, le nouvel IRI devra privilégier la participation de l’État dans l’actionnariat des entreprises contrôlées, selon un principe qui s’apparente à l’analyse communiste française de la nationalisation comme transfert à l’État de 100 % du capital. C’est pour cela que Scoccimarro, lors de l’approbation en mars 1946 de l’augmentation du fonds de dotation pour l’IRI, exigera en Conseil des ministres que les financements soient utilisés uniquement pour les entreprises dont l’État possède la totalité ou la majorité des actions, ou au moins pour l’acquisition d’actions à l’occasion d’augmentations de capital [66] .

Enfin, la question de l’IRI amènera le PCI à surmonter ses traditionnelles positions anti-planistes [67] . Si les communistes français se sont trouvés presque obligés d’adhérer au plan de Jean Monnet – en partie en réaction à l’opposition au précédent plan bien plus dirigiste de Mendès France, comme le relève Michel Margairaz [68]  – sans en devenir jamais d’enthousiastes supporters, la position des Italiens de l’immédiat après-guerre n’en diffère pas fondamentalement, sinon dans le temps mis à adopter cette nouvelle posture. Dans un premier temps, Togliatti exprime un rejet sans appel à la conférence économique du parti : « La revendication d’un plan économique national en ce moment, surtout s’il est présenté comme une condition pour donner un grand développement à l’activité reconstructive du pays, est selon moi utopique [69] . » La position de Togliatti, à cette occasion, visait à souligner l’impraticabilité en Italie du modèle socialiste soviétique. Aussi, dans l’action gouvernementale, le PCI se montrera dans un premier temps méfiant à l’égard de toute forme de planification. La connaissance du sujet, d’ailleurs, ne sera pas approfondie par le parti. L’économiste Cesare Dami, simple adhérent communiste et non marxiste, est le seul spécialiste du sujet. Tandis que dans la revue économique contrôlée par le PCI, Critica economica, ce n’est pas un communiste qui traite de ce problème, mais un expert provenant de l’IRI, le catholique Pasquale Saraceno [70] .

Mais dans un deuxième temps, avec l’arrivée au ministère des Finances de Scoccimarro (ministre des Finances de décembre 1945 à mai 1947), et encore plus avec la mise en œuvre du « nouveau cours » de politique économique à la fin de 1946, le PCI modifie sa position. L’impasse qui caractérise l’action réformatrice au sein du gouvernement lui suggère de pousser plus loin ses compétences. L’IRI est pressenti, en tant qu’« organe technique du gouvernement dans le champ industriel », pour faire l’« étude des plans industriels et financiers conformément aux directives du gouvernement » et pour étudier « leur mise en œuvre – seule ou en liaison avec l’industrie privée [71]  ». En juin 1946, et en opposition à la politique « libériste [72]  » du ministre Epicarmio Corbino [73] , le PCI introduira dans son programme économique la réalisation d’un plan économique triennal pour la reconstruction et le redressement financier du pays [74] . Les aspects techniques du plan communiste seront précisés en Conseil des ministres lors de la préparation du budget de l’année 1947-1948. Le PCI propose alors une « nouvelle politique du Trésor qui oriente l’utilisation de l’épargne nationale », une « nouvelle politique d’aide » à travers la création aux côtés du budget ordinaire de l’État d’un budget extraordinaire entièrement consacré aux investissements productifs, une « nouvelle politique économique qui coordonne la reconstruction et les activités économiques générales du pays », ainsi qu’une « plus grande garantie et un plus grand contrôle sur l’utilisation des moyens financiers que l’État demande aux citoyens ». Pour financer le budget extraordinaire, Scoccimarro envisage des recettes d’environ 300 milliards de lires par an (sur un budget total prévu entre 700 et 800 milliards) [75] .

Le saut qualitatif effectué par le PCI vers un modèle de politique économique dirigiste est considérable. Cette nouvelle posture économique du PCI, acquise à travers l’expérience du gouvernement, pèsera dans les débats de l’Assemblée constituante. Les communistes s’y prononcent nettement – ce qui sera inscrit dans l’article 41 de la Constitution – en faveur de l’intervention de l’État et pour que lui soient attribuées la direction et la coordination de l’activité productive publique et privée.

Conclusion

Pourtant imprégnés d’une culture économique semblable, le PCI et le PCF obtiendront des résultats divergents en matière de politique économique. Par rapport à la France des nationalisations, du Plan, de la Sécurité sociale et des comités d’entreprise, le bilan italien, et celui du PCI, apparaît plus mince. Plus encore que dans les interprétations de la stratégie communiste au sein des gouvernements d’union nationale, ou dans les profils sociologiques très hétérogènes des deux groupes dirigeants, l’explication de ce décalage est à rechercher dans les caractéristiques des deux systèmes politiques, et en particulier dans les différences qui séparent les cultures des droites des deux pays, ainsi que dans la différence des cultures économiques dominantes, champ académique inclus. Ce dernier aspect est loin d’être négligeable. Tandis que la France de l’après-guerre voit une montée en puissance d’une génération d’ingénieurs économistes formés dans les grandes écoles, accoutumés à l’utilisation des méthodes économétriques et entamant la traditionnelle hégémonie des économistes des facultés de droit [76] , en Italie, ce sont plutôt les économistes de l’ancienne école libérale, convaincus de la possibilité d’un retour de l’économie au stade « pur » d’avant la Première Guerre mondiale, qui prennent la relève [77] . Un abîme semble séparer la France, où l’intervention étatique en économie rencontre un consensus transpartisan, de ce qui se passe en Italie dominée par le rôle catalyseur exercé par un économiste tel que Luigi Einaudi. Les décisions gouvernementales en Italie et en France sont liées à ces deux visions opposées quant à la possibilité d’une reprise du capitalisme sans le concours de l’État : vision tendanciellement sceptique en France – où s’imposera le dilemme entre « modernisation ou décadence » forgé par Jean Monnet –, et plus positive en Italie, où le « libérisme » (le libéralisme économique) retrouve sa légitimité passée.

Chez les communistes, la dialectique entre crise et progrès opère aussi, mais d’une façon spécifique : si la conception catastrophiste et stagnationniste du capitalisme est à l’origine de la permanence de certaines ambiguïtés et de retards – il suffit de penser au renouvellement manqué de la culture économique par rapport à la politique économique pratiquée –, elle sert également de ressource mobilisatrice. Elle renforce le volontarisme économique. Tout comme y contribuent le productivisme dont l’idéologie communiste est imprégnée, ainsi que la dynamique amorcée par la participation gouvernementale, à savoir la légitimation implicite de l’État, la nécessité de rapprocher le programme économique des politiques économiques effectivement menées, la recherche du compromis avec les autres forces politiques de la coalition gouvernementale (qui n’empêche pas une compétition avec celles-ci), enfin l’amoindrissement des clivages identitaires. De ce fait, la culture économique des communistes évolue de manière sensible, mais pas au point de représenter un moment de rupture. La lecture de la crise du capitalisme et celle du rôle de l’État étant profondément imbriquées, les années 1944-1947, caractérisées par des politiques économiques innovantes, représentent une parenthèse trop courte pour qu’une nouvelle pratique puisse s’institutionnaliser et trop brève pour entraîner un changement durable de la culture économique des deux PC. Une fois l’expérience gouvernementale terminée, la guerre froide qui fait basculer les PC dans l’opposition entraîne un recul culturel. Les limites de la culture économique communiste se révèlent alors dans le renouveau de la lecture catastrophiste du devenir des économies capitalistes, reprise par les deux Partis communistes, et dans la contradiction non résolue entre la nécessité d’élaborer un programme concret de politique économique et la conviction que le capitalisme reste fondamentalement non réformable.

Pour citer cet article : Massimo Asta, « Une évolution inachevée. Les partis communistes français et italien face au gouvernement de l’économie, 1944-1947 », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 24, septembre-décembre 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Archives nationales (désormais AN), AP656/107, Fonds Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch, Lettre de M. Thorez à J. Vermeersch, copie, Moscou, 12 janvier 1953.

[2] Jean-Louis Robert, « Une idée qui vient de loin. Les nationalisations dans l’histoire du mouvement ouvrier français, 1895-1939 », dans Claire Andrieu, Antoine Prost, Lucette Le Van, Les nationalisations de la Libération. De l’utopie au compromis, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1986, p. 35. Voir également dans le même ouvrage, de Lucette Le Van-Lemesle, « Recherche de paternité. L’information n’est pas close », p. 118.

[3] Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie. Histoire d'une conversion, 1932-1952, vol. II, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1991, p. 825-826.

[4] Michel-Pierre Chélini, Inflation, État et opinion en France de 1944 à 1952, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1998, passim.

[5] François Bloch-Lainé, Jean Bouvier, La France restaurée, 1944-1954. Dialogue sur les choix d'une modernisation, Paris, Fayard, 1986, p. 114.

[6] Valerio Castronovo, Storia economica d’Italia. Dall’Ottocento ai giorni nostri, Torino, Einaudi, 2006, p. 375.

[7] Fabrizio Barca, Compromesso senza riforme nel capitalismo italiano, dans Id. (dir.), Storia del capitalismo italiano. Dal dopoguerra a oggi, Roma, Donzelli, 2010, p. 15-17.

[8] M. Flores, N. Gallerano, Sul PCI. Un’interpretazione storica, Bologna, Il Mulino, 1992, p. 96 ; L. Cafagna, C’era una volta... Riflessioni sul post-comunismo, Venezia, Marsilio, 1991, p. 78-79.

[9] C. Daneo, La politica economica della ricostruzione 1945-1949, Torino, Einaudi, 1976.

[10] P. McCarthy, « I comunisti italiani, il ‘New Deal’ e il difficile problema del riformismo », Studi storici, 1992/2-3, p. 467.

[11] P. Ginsborg, Storia d’Italia dal dopoguerra a oggi. Società e politica 1943-1988, Torino, Einaudi, 1989, p. 122.

[12] M. de Cecco, Saggi di politica monetaria, Milano, Giuffré, 1968 ; P. Saraceno, « La politica economica internazionale e le scelte di politica economica dell’Italia 1945-1967 », Rassegna economica, mai-juin 1973. Camillo Daneo souligne l’existence de « convergences formelles » entre les thèses économiques du PCI et celles libéristes/libérales, voir Id., La politica economica della Ricostruzione, 1945-1949, Torino, Einaudi, 1975, p. 107. Voir également P. Ginsborg, Storia d'Italia, op. cit., p. 122.

[13] Gaetano Salvemini, 1897-1973, historien, socialiste, fondateur de l’hebdomadaire fédéraliste L’Unita en 1911, antifasciste, exilé en France en 1925 où il fonde le mouvement Justice et Liberté, puis aux États-Unis. Il revient en Italie en 1947.

[14] Donald Sassoon, Cento anni di socialismo. La Sinistra nell'Europa occidentale del XX secolo, Roma, Editori Riuniti, 1998, p. 119-120 ; Marc Lazar, Maisons rouges. Les partis communistes français et italien de la Libération à nos jours, Paris, Aubier, 1992, notamment le chapitre IV ; R. Gualtieri, « Il PCI, la DC e il vincolo esterno. Una proposta di periodizzazione », dans Id. (dir.), Il PCI nell’Italia repubblicana, 1943-1991, Annali della fondazione Gramsci, 2001, p. 47-99 ; A. Agosti, Palmiro Togliatti, Torino, UTET, 1996, notamment le chapitre VII.

[15] Stéphane Courtois, Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF, réed. 2000, p. 227.

[16] Cf. les positions des délégués du PCF sur le projet de programme du gouvernement, AN, 626ap/96, fonds Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch, Procès-verbal, [s.d.].

[17] Journal officiel de la République française, (désormais, JO), Assemblée consultative provisoire de Paris, séance de 29 décembre 1945. François Billoux est ministre de l’Économie nationale du 21 novembre 1945 au 26 janvier 1946. René Pleven est alors ministre des Finances.

[18] Sur le projet d’échange des billets proposé par Mendès France, voir François Bloch-Lainé, Jean Bouvier, La France restaurée 1944-1954…, op. cit., p. 338, p. 57-85 ; Michel Margairaz (dir.), Pierre Mendès France et l’économie : pensée et action : actes du colloque organisé par l'Institut Pierre Mendès France à l'Assemblée nationale, les 11 et 12 janvier 1988, Paris, Odile Jacob, 1989, passim ; Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie, op. cit., vol. II, p. 781-793.

[19] Archives départementale Seine-Saint-Denis (désormais ADSSD), Archives du PCF, 261 J 2/5, Comité central, réunion du 23 janvier 1945.

[20] Intervention de Mauro Scoccimarro à la Conférence économique du PCI, 21-23 août 1945, désormais dans M. Scoccimarro, Il secondo dopo guerra, Roma, Ed. Riuniti, 1956, p. 12.

[21] Marcello Soleri, ministre du Trésor, 1944-1945, libéral.

[22] Sur le projet d’échange des billets en Italie, voir notamment, R. Mori, Il cambiodellamoneta. I progetti in Italia nel secondo dopo guerra, Roma, Banca d’Italia, 1987.

[23] Antonio Pesenti et Mauro Scoccimaro, ministres des Finances respectivement en 1944-1945 et 1945-1947, communistes.

[24] Verbali consiglio dei ministri, luglio 1943-maggio 1948, vol V, t. 1, Governo Parri, 21 giugno 1945-10 dicembre 1945, Roma, Presidenza del consiglio dei ministri, 1995, p. 161.

[25] Voir Mauro Scoccimarro, Il secondo dopo guerra, Roma, Ed. Riuniti, 1956, p. 46.

[26] Michel-Pierre Chélini, Inflation, État et opinion en France, op. cit.

[27] Fondation Institut Gramsci (désormais FIG), Archives du PCI, Fonds Moscou, mf 271, comptes rendus du Secrétariat, réunion du 14 septembre 1945.

[28] Mauro Scoccimarro, « Approvvigionamenti e salari », l’Unita, 9 I, Fonds Moscou, mf 271, comptes rendus du Secrétariat, réunion du 14 septembre 1945.février 1945 et l’intervention de J. Duclos au CC du PCF, ADSSD, Archives du PCF, 261 J 2/5, Comité central, réunion du 23 janvier 1945.

[29] FIG, Archives du PCI, Fonds Moscou, mf 231, Direction Nord, comptes rendus de la réunion du 15 juin 1945.

[30] FIG, Archives du PCI, Fonds Moscou, Comptes rendus de la Direction, mf 271, réunion du 16-17-18 avril 1947, désormais dans M. L. Righi, R. Martinelli (dir.), La politica del Partito comunista italiano nel periodo costituente : i verbali della Direzione tra il 5. e il 6. Congresso, 1946-1948, Roma, Editori Riuniti, 1992, p. 427.

[31] Donald Sassoon, Cento anni di socialismo, op. cit., p. 118.

[32] ADSSD, Archives du PCF, 261 J 2/5, Comité central, réunion du 23 janvier 1945.

[33] Sur ce dernier aspect voir aussi, Michel Margairaz, L’État, les finances l’économie, op. cit., vol. II, p. 751-752.

[34] Marcel Cachin, Carnets, IV vol. : 1938-1947, Paris, CNRS Éditions, 1998, p. 870.

[35] AN, 626ap/96, Fonds Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch, Notes (ms) de M. Thorez à la séance du Conseil des ministres [s.d.].

[36] J. Baby, « Les pressions extérieures contre la monnaie française », Cahiers du communisme, 1946, n. 11, p. 1067-1076.

[37] « La lira non sarà svalutata », l’Unità, 30 janvier 1946 ; A. Graziadei, « Quella lira », dans l’Unità, 7 mars 1946 ; A. Pesenti, « Il commercio estero », dans Rinascita, 1946, n. 4, p. 76.

[38] JO, Assemblée nationale, documents, séance du 4 mars 1947, proposition de loi n. 804.

[39] AN, 626ap/96, Fonds Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch, Note du cabinet de Maurice Thorez, [s.d.].

[40] Discours de Waziers, 21 juillet 1945, au cours duquel Maurice Thorez demande aux mineurs de participer pleinement, sans grève ni absentéisme, à la “bataille de la production”.

[41] Annie Lacroix-Riz, « Un ministre communiste face à la question des salaires : l’action d’Ambroise Croizat de novembre 1945 à mai 1946 », Le Mouvement social, 1983, n. 123, p. 3-44.

[42] Marc Lazar, Maisons rouges, op. cit., p. 277-302.

[43] Jean-Louis Robert, « Une idée qui vient de loin. Les nationalisations dans l’histoire du mouvement ouvrier français (1895-1939 ») », art. cit., p. 19-39.

[44] ADSSD, Archives du PCF, 261 J 4/2, Bureau politique, réunions du 4 et 11 janvier 1945.

[45] Pour l’attribution d’une acception plus « anticapitaliste » à la seconde vague « parlementaire » de nationalisations de 1945-1946 qu’à celle « gouvernementale » de 1944-1945, voir Claire Andrieu, « Des nationalisations disparates », dans Id., Antoine Prost, Lucette Le Van, Les nationalisations de la Libération, op. cit., p. 250-251.

[46] Étienne Fajon, « Les communistes et les nationalisations », dans Cahiers du communisme, février 1945, p. 29-35.

[47] Cf. notamment, AN, F60900, Comité économique interministériel, séance du 16 mai 1945, doc. cit. dans Annie Lacroix-Riz, « Les résistances dans l’administration », dans Claire Andrieu, Antoine Prost, Lucette Le Van, Les nationalisation de la Libération, op. cit., p. 199-200. Jusqu’à la nationalisation d’Air France en 1948, la branche fonctionnera selon le modèle de société mixte. L’empreinte communiste sous le ministère Tillon se lit dans le rôle prééminent acquis de fait par la CGT dans la direction des entreprises du secteur.

[48] ADSSD, 261 J 2/10, Archives du PCF, Comité central, réunion du 15 et 16 juin 1946.

[49] La nationalisation de l'électricité en France : nécessité technique ou logique politique ? Actes du 11e colloque de l'AHEF, 3-5 avril 1996, Paris, PUF, 1996, p. 458.

[50] Dominique Barjot, Henri Morsel, « Introduction générale. La nationalisation de l’électricité : nécessité technique ou logique politique ? », dans La nationalisation de l'électricité en France, op. cit., p. 7.

[51] ADSSD, Archives du PCF, 261 J 4/2, Bureau politique, réunions du 13 décembre 1945.

[52] ADSSD, Archives du PCF, 261 J 4/3, Bureau politique, réunions du 23 janvier 1946.

[53] Michel Margairaz, « Le précipité d’une double histoire », dans La nationalisation de l’électricité en France, op. cit., p. 83-93.

[54] FIG, Archives du PCI, Fonds Moscou, mf 272, Direction, comptes rendus de la réunion du 30 juin 1945.

[55] FIG, Archives du PCI, Fonds Moscou, mf 272, Direction, Compte rendu de la réunion du 16 juin 1945. Le programme de Livourne est celui qui, après une scission minoritaire du Parti socialiste, a donné naissance au PCI en 1921.

[56] Intervention de Palmiro Togliatti à la Conférence économique du PCI, 21-23 août 1945, désormais dans M. Comei, Le sinistre et la Ricostruzione, Bari, Dedalo, p. 178-179.

[57] FIG, Archives du PCI, Fonds Moscou, mf 272, Direction, compte rendu de la réunion du 30 juin 1945.

[58] FIG, Archives du PCI, Fonds Moscou, mf 272, Direction, compte rendu de la réunion du 3 juillet 1945.

[59] FIG, Archives du PCI, Documentation différente, supplément, 1943-1948, mf. 244, p. 2755-2768, CER Milan, Tableau des sociétés à nationaliser, [s.d.], 1945.

[60] Sur les travaux du Ve congrès du PCI, cf. R. Martinelli, Storia del partito comunista italiano, vol. VI, Dal 25 aprile alla Repubblica, Torino, Einaudi, 1995, p. 37-60.

[61] Fausto Gullo, ministre de l’Agriculture, avril 1944-juillet 1946, puis ministre de la Justice, juillet 1946-juin 1947.

[62] Nous renvoyons à notre contribution, M. Asta, « Il quaderno di Girolamo Li Causi sul capitale finanziario italiano », dans Studi Storici, 2011, n. 3, p. 639-679.

[63] Le « système Beneduce » désigne l’ensemble complexe des rapports de cogestion et codirection qui s’instaurent entre l’État et les grands groupes industriels et financiers en Italie à partir des années 1920. Pour une stimulante réflexion autour de ce concept, voir M. De Cecco, « Spendori e crisi del sistema Beneduce : note sulla struttura finanziaria e industriale dell’Italia dagli anni venti agli anni sessanta », dans F. Barca (dir.), Storia del capitalismo italiano, Roma, Donzelli, 2010, p. 389-404.

[64] Bibliothèque communale de Parme (désormais BCP), Fonds Antonio Pesenti, b. 11, f. o, Lettre de A. Pesenti au Secrétariat du PCI, copie, [s.d.].

[65] Ivi, b. 19, f. a, Notes de A. Pesenti pour une nouvelle organisation de l’IRI, [s.d.].

[66] Décret législatif lieutenantiel du 5 mars 1946, n. 86. Sur ce sujet voir, G. Fumi, « Dalla fine del fascismo allo statuto del 1948 », dans V. Castronovo (dir.), Storia dell’IRI, vol. 1, Dalle origini al dopoguerra : 1933-1948, Roma-Bari, Laterza, 2012, p. 571.

[67] Sur l’acclimatation de l’idée de planification en Italie voir, P. Barucci, Ricostruzione, pianificazione, Mezzogiorno. La politica economica in Italia dal 1943 al 1955, Bologna, Il Mulino, 1978.

[68] Michel Margairaz, L’État, les finances, l’économie, op. cit., p. 826.

[69] Intervention de P. Togliatti à la Conférence économique du PCI (21-23 août 1945), désormais dans M. Comei, Le sinistre, op. cit., p. 174.

[70] Pasquale Saraceno, « Nostri problemi di organizzazione industriale alla luce della esperienza sovietica » dans Critica Economica, 1946, n. 2, p. 3-36. Parmi les ouvrages de Dami sur la planification soviétique, cf. Id., Il pensiero degli economisti italiani contemporanei sul collettivismo, Firenze, Marzocco, 1945 ; Id., Economie collettivista e economia individualista, Torino, Einaudi, 1947.

[71] BCP, Fonds Antonio Pesenti, b. 19, f. a, Lettre de A. Pesenti au Comité de présidence de l’IRI, copie (ms.) [s.d.], doc. cité dans D. Fausto, « L’attività finanziaria nell’azione politica di Antonio Pesenti », dans Il pensiero economico italiano, 2011/1, p. 39-75.

[72] En italien, « liberismo » désigne le libéralisme économique, qui est ainsi distingué de « liberalismo », le libéralisme politique. Ici l’adjectif libériste désigne donc la politique économique libérale.

[73] Epicarmio Corbino, ministre du Trésor de juin à septembre 1946, membre du Parti libéral italien (PLI).

[74] Mauro Scoccimarro, « Ciò che il popolo attende », dans l’Unità, 28 juin 1946, désormais dans Id., Il secondo dopo guerra, op. cit., p. 117.

[75] Mauro Scoccimarro, Il secondo dopo guerra, op. cit., p. 136-139.

[76] Lucette Le Van-Lemesle, Le juste et le riche. L’enseignement de l’économie politique 1815-1950, Paris, Comité pour histoire économique et financière de la France, 2004.

[77] A. Macchioro, Studi di storia del pensiero economico, Milano, Angeli, 2006.

Massimo Asta

Massimo Asta est docteur en histoire de l’université de Rome « Tor Vergata ». Sa thèse, soutenue en 2011, portait sur la biographie politique d’un dirigeant du Parti communiste italien, Girolamo Li Causi (1896-1947). Il a été chercheur invité au Centre d’histoire de Sciences Po dans le cadre de la bourse Fernand Braudel de la FMSH. Ses recherches portent sur l’histoire des gauches en Europe, l’histoire du communisme en France et en Italie, la culture économique de la gauche en France et en Italie, l’expertise et la socialisation des savoirs, l’histoire sociale et politique du second après-guerre en Italie, les émeutes urbaines, les rébellions rurales, l’histoire transnationale et comparative. Ses contribution ont paru, entre autres, dans : Studi Storici, Giornale di storia contemporanea, Annali della fondazione Giuseppe di Vittorio, Maitron: Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Workers of the World Journal.

Massimo Asta hold a PhD (2011) in History from University of Rome 2 “Tor Vergata”. His PhD thesis presents the political biography of a leader of the Italian Communist Party, Girolamo Li Causi (1896-1947). He was a Fernand Braudel postdoctoral fellow at Fondation maison des sciences de l’homme of Paris, and guest researcher at Centre d’histoire-Sciences Po. His research interests focus on the history of the Left in Europe, the history of communism in France and Italy, the economic culture of the left in France and Italy, transnational and comparative history, the expertise and socialization of knowledge, the social and political history of the second post-war in Italy, urban mobs and peasant revolts. His contributions have been published in Studi Storici, Giornale di storia contemporanea, Annali della fondazione Giuseppe di Vittorio, Maitron: Dictionnaire biographique du movement ouvrier français, Workers of the world journal.

Mots clefs : communisme ; France ; Italie ; culture économique ; politique économique.

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