Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Olivier Dard et Ana Isabel Sardinha-Desvignes, Célébrer Salazar en France (1930-1974). Du philosalazarisme au salazarisme français,

Ouvrages | 14.02.2019 | Cécile Gonçalves

Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste des droites radicales et Ana Isabel Sardinha-Desvignes, maîtresse de conférences à l’Université de Sorbonne Nouvelle-Paris III, spécialiste des droites portugaises, notamment de l’intégralisme lusitanien, proposent une très bonne synthèse sur ce qu’a pu être la « salazaromanie » dans certaines branches de la droite conservatrice et radicale françaises. Tout au long de leurs 326 pages riches en sources et fort bien documentées, ils dressent les portraits des nombreux thuriféraires et admirateurs du régime portugais tels que Maurice Martin du Gard, Maurice Maeterlinck, François Mauriac, Jacques Maritain, et d’autres encore, qui se sont rendus au Portugal bien souvent sur invitation du régime. « Tous, écrivent les auteurs, éprouvent le même type d’émerveillement semblant s’emparer de tous ceux qui, depuis 1934, rendent visite au ‘‘grand homme’’» (p. 133). Si l’historiographie portugaise a, depuis l’étude pionnière de João Medina, Salazar em França, largement traité cette question, force est de constater qu’en France, en dehors de quelques articles épars, la communauté historienne ne s’y est pas intéressée. Dictateur atypique, Salazar (1889-1970), président du Conseil portugais et chef de l’Estado Novo jusqu’en 1968, demeure en effet une figure marginale dans l’abondante production nationale sur les régimes autoritaires et totalitaires. L’opus de Dard et Sardinha-Desvignes vient donc combler un vide et tente de cerner les contours de ce « philosalazarisme » dont les adeptes auraient souhaité qu’il débouchât, sur un authentique salazarisme français notamment après 1940 et la « divine surprise », pour reprendre l’expression de Maurras, de l’instauration de l’État français du Maréchal Pétain après l’occupation allemande du pays. L’ouvrage montre que le « philosalazarisme » tient une place non négligeable dans l’histoire politique et intellectuelle française contemporaine. Il offre au lecteur non lusophone une histoire des réceptions et transferts des idées à travers le maillage des circulations et réseaux à l’œuvre entre les bords du Tage et de la Seine, surtout après 1945 et la chute des forces de l’Axe où les exilés français installés dans la capitale portugaise sont assez nombreux.


Jean-Claude Daumas, La Révolution matérielle. Une histoire de la consommation France XIXe -XXe siècles,

Ouvrages | 12.02.2019 | Marie-Emmanuelle Chessel

Si les travaux sur la consommation se sont multipliés depuis les années 1990, en France et ailleurs, il n’existait pas encore de grand ouvrage de synthèse relatif à l’histoire de la consommation en France. Le livre de Jean-Claude Daumas, qui était attendu et qui fait presque 600 pages, répond parfaitement à cet objectif et deviendra sans aucun conteste une référence, tout comme celui de Lizabeth Cohen pour les États-Unis (A Consumers’ Republic) ou celui de Frank Trentmann pour l’Europe (Empire of Things).


Stephen W. Sawyer, Adolphe Thiers. La contingence et le pouvoir,

Ouvrages | 12.02.2019 | Nadine Vivier

Est-il un homme politique plus controversé qu’Adolphe Thiers (1797-1877) ? Sa très longue présence sur la scène politique des années 1820 à 1873 et même 1877, dans un contexte politique très mouvementé, a donné lieu à des attaques de ses multiples opposants. Et pourtant il eut droit à des funérailles nationales très suivies, beaucoup de villes consacrèrent une rue au fondateur de la Troisième République, avant que le XXe siècle ne l’oublie ou même l’efface. Les historiens aussi l’ont délaissé et la biographie que Pierre Guiral lui a consacrée en 1986, travail impartial, n’y a rien fait, le discrédit de Thiers persiste. Dans les années 1980, au temps où l’on redécouvrait les libéraux du début du XIXe siècle, ses homologues Tocqueville, Cousin, Guizot, il n’apparaissait qu’à l’arrière-plan ; il conserve l’image d’un homme suranné. Comment comprendre cela ?


David Bellamy (dir.), Max Lejeune 1909-1995. Carrière politique d’un Picard,

Ouvrages | 12.02.2019 | Gilles Candar

Max Lejeune connut-il le bonheur en politique ? En tout cas, sa carrière politique fut longue et sans grandes traverses électorales. Il ne rencontra la défaite qu’en toute fin de parcours et à une seule occasion. Il est probable qu’il détint et détient encore plusieurs records de longévité. Il représenta un cas exemplaire de cumul des mandats et responsabilités puisqu’il fut député de la Somme de 1936 à 1940 et de 1945 à 1977, sénateur de 1977 à 1995, président du conseil général sitôt élu dans son canton (1945-1988), brièvement président du conseil régional de Picardie (1978-1979) auquel il appartint de 1973 à 1983, maire d’Abbeville (1947-1989), simple conseiller municipal d’opposition (1989-1995). Ironie du sort, ce furent des règlements de compte internes à son camp qui provoquèrent son seul échec lors des élections municipales de 1989 face à une liste de gauche, une gauche que localement il avait longtemps représentée.


Bruno Cabanes (dir.), Une histoire de la guerre. Du XIXe siècle à nos jours,

Ouvrages | 12.02.2019 | Guillaume Piketty

Dirigé par Bruno Cabanes, et coordonné par Thomas Dodman, Hervé Mazurel et Gene Tempest, ce gros volume de quelque huit cents pages est appelé à faire date. Ainsi que le précise d’emblée Bruno Cabanes dans son texte d’ouverture, il s’agit d’« une histoire de la guerre » et non pas d’un livre retraçant l’histoire de la guerre. Les concepteurs de l’ouvrage ont résolument opté, et l’on ne saurait trop les en louer, pour une approche thématique qui met l’accent sur le phénomène guerrier dans son ensemble davantage que sur les considérations strictement militaires, voire diplomatiques et de relations internationales, qui s’intéresse aux non-combattants autant qu’aux combattants, qui, en bref, et ainsi que le souligne également Bruno Cabanes, envisage la guerre comme « un fait social total » doublé d’un « acte culturel ». La réflexion ainsi proposée porte sur près de deux siècles et demi puisqu’elle s’ouvre sur les guerres révolutionnaires pour s’achever, provisoirement, sur les conflits en cours au début du XXIe siècle. Elle se développe, autant que possible compte tenu de l’état des savoirs, dans une perspective mondiale. Surtout, elle fait la part belle aux nouvelles approches du phénomène guerrier qui, depuis une bonne quarantaine d’années, ont fait florès et permis un renouvellement substantiel des perspectives et, partant, des connaissances.


« L’internement des nomades, une histoire française (1940-1946) »

Expositions | 31.01.2019 | Gilles Narcy

L’internement des nomades en France pendant la Seconde Guerre mondiale s’inscrit dans le prolongement d’une politique répressive menée par les autorités françaises vis-à-vis d’une population identifiée et surveillée dès le début du XXe siècle. L’exposition qui se tient jusqu’en mars 2019 au Mémorial de la Shoah entend ainsi faire œuvre de synthèse sur une histoire méconnue du grand public en la replaçant d’abord dans le temps long des politiques discriminatoires contre les populations itinérantes en France. Le sous-titre de l’exposition, « Une histoire française », permet d’emblée de la situer dans le cadre plus vaste des avancées historiographiques qui, depuis l’ouvrage fondateur de Robert Paxton La France de Vichy en 1973, ont montré le rôle actif et déterminant joué par l’État français durant la période de l’Occupation, notamment dans l’élaboration et l’application des politiques de persécution et de répression. 


Les années Mitterrand 1984-1988 vues des régions

Ouvrages | 15.01.2019 | Gilles Candar

Issu d’un colloque tenu à l’automne 2015, ce livre réunit en quelques trois cents pages une vingtaine de communications traitant peu ou prou de « l’alternance et la première cohabitation vue des régions ». Ouvert par l’historien Gilles Richard, codirecteur de l’entreprise, il est clos par sa deuxième codirectrice, la politiste Sylvie Ollitrault, qui note elle-même un certain déséquilibre dans la pluridisciplinarité annoncée puisque les contributions du corps de l’ouvrage sont à 85 % proposées par des historiens. Plus préoccupant sans doute car révélateur d’une situation assez répandue en histoire politique, ce collectif est aussi très masculin : les dix-huit collègues conviés à participer au livre sont tous des hommes, alors que les politistes se montrent parfaitement paritaires (deux hommes et deux femmes).


Les débuts de la Ve République : une guerre civile ?

Ouvrages | 15.01.2019 | Alain Chatriot

Le livre de Grey Anderson a de quoi surprendre et intéresser le lecteur français féru d’histoire politique française du XXe siècle. L’auteur est en effet docteur en histoire de l’université de Yale (2016) et sa thèse, inédite en langue anglaise, est publiée en français par La Fabrique dans une traduction réalisée par le fondateur de ces éditions, Éric Hazan. L’ouvrage porte sur les débuts de la Ve République et si le titre mentionne les bornes chronologiques 1958-1962, l’approche inclut la fin de la IVe République et ses conflits coloniaux. La recherche repose sur la consultation d’archives, trop sommairement et improprement indiquées à la fin du livre, certaines déjà bien connues, d’autres plus inédites en particulier pour ce qui concerne l’armée et les ministères de la Justice et de l’Intérieur.


Julie Bour, Clientélisme politique et recommandations : l’exemple de la Lorraine de la IIIe à la Ve République,

Ouvrages | 15.01.2019 | Frédéric Monier

Ce livre est issu d’une belle thèse soutenue en 2015 sur un homme politique : Louis Jacquinot, député de la Meuse, ministre à plusieurs reprises sous les IVe et Ve Républiques, et prototype du notable de droite modérée. Une biographie politique de plus, pourrait-on penser à tort, d’autant que Louis Jacquinot, gouvernant relativement peu connu, a déjà inspiré un livre collectif. Le propos de Julie Bour est autre, et son travail possède une grande originalité. L’auteur présente l’une des premières études historiques, localisées, entièrement consacrée à la question du clientélisme politique dans la France républicaine. Le clientélisme, notion fortement connotée dans les débats publics contemporains (« le piston », voire la corruption), est analysé ici via l’une des pratiques qui lui sont inextricablement liées : les demandes, épistolaires, de services d’ordre individuel adressées à des élus. Ces demandes émanent de simples particuliers, ou encore d’élus locaux comme de dirigeants d’associations. 


Masha Cerovic, Les Enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques, 1941-1944,

Ouvrages | 04.12.2018 | Tarik Cyril Amar

Elem Klimov’s apocalyptic master piece of 1985 “Come and See” (Requiem pour un massacre in French), one of the very few films about war deserving the epithet “anti,” begins with two ragged boys digging up an abandoned assault rifle in a sandy wasteland, while a German reconnaissance plane, drone-like, passes overhead. Readers of Masha Cerovic’s brilliant new book on the Soviet partisans of the Second World War may be reminded of this scene for several reasons.


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  • ISSN 1954-3670