Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc, À quoi servent les politiques de mémoire ?,

Ouvrages | 19.10.2018 | Sébastien Ledoux

Auteures de nombreux travaux sur la mémoire et la justice transitionnelle, Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc nous offrent avec ce livre un essai court mais dense et particulièrement stimulant. Celui-ci questionne la fonction sociale des politiques de mémoire, définies ici au sens large comme les « actions qui, pour agir sur la société et ses membres, et les transformer, mobilisent le rappel au passé » (p. 15). Comme sociologue de la mémoire et politiste spécialiste de la justice transitionnelle, les auteures mettent en doute la croyance partagée dans les effets bénéfiques attribués à ces politiques qui rendraient les citoyens plus tolérants et renforceraient la cohésion sociale. Elles souhaitent ainsi battre en brèche l’idée communément admise selon laquelle les leçons du passé permettraient d’éviter sa répétition. Le livre s’inscrit dans les réflexions menées depuis les années 1990 par des chercheurs, philosophes, écrivains comme Henry Rousso, Tzvetan Todorov, François Hartog, Paul Ricœur, Imre Kertesz ou plus récemment Catherine Coquio, qui ont pointé les risques, impasses et effets possiblement pervers des actions effectuées avec les meilleures intentions du monde au nom d’un devoir de mémoire individuel et collectif.


Gilles Richard, Histoire des droites en France de 1815 à nos jours,

Ouvrages | 15.10.2018 | Charles Lenoir

L’ouvrage de Gilles Richard se place délibérément dans une actualité contradictoire. Alors que les droites n’ont jamais semblé autant hégémoniques qu’en ce début de XXIe siècle, le clivage entre droite et gauche n’a jamais paru aussi proche de la disparition. Le contexte politique actuel est en effet caractérisé par une déferlante des droites à l’échelle européenne, voire même globale, qu’attestent des résultats électoraux en progrès depuis plusieurs années tout comme le triomphe de leurs idées, au point que l’on puisse parler, pour reprendre le vocable de Gramsci, d’une véritable hégémonie culturelle. La France est tout autant concernée et c’est ce que résume Gilles Richard à travers l’idée que les deux familles qui dominent désormais la vie politique sont les libéraux et les nationalistes, chacune s’ancrant à droite (p. 15). Pourtant, cette nouvelle histoire des droites aurait pu être ébranlée par une actualité politique la prenant de court avec les résultats de l’élection présidentielle de 2017, marquée par le succès de la stratégie d’Emmanuel Macron de remise en cause du clivage gauche-droite qui « a cessé aujourd’hui d’organiser la vie politique française, même si nombre de citoyens et de citoyennes continuent de se revendiquer "de gauche" (p. 543). » L’habilité de l’auteur réside justement dans sa capacité à saisir cette contradiction et à la replacer dans le temps long.


« Mémoire des massacres du XXe siècle »

Colloques | 14.09.2018 | Léa Goret

Le Mémorial de Caen a accueilli du 22 au 24 novembre 2017 un colloque international consacré à la mémoire des massacres du XXe siècle, organisé en collaboration avec le Centre de recherche d’histoire quantitative (CRHQ). En privilégiant des études de cas concernant des aires culturelles variées, cet événement a permis d’éclairer des violences de masse peu connues de la communauté scientifique française. Il ne s’agissait cependant pas de se livrer à une entreprise de recensement des massacres, mais bien de s’intéresser à leur mise en mémoire par les sociétés contemporaines. C’est donc légitimement que cet événement a trouvé sa place au Mémorial de Caen. Déjà habitué à accueillir de nombreux rendez-vous scientifiques, le lieu entend aujourd’hui commémorer la paix consécutive au second conflit mondial qui a marqué au fer rouge l’histoire du XXsiècle.


Raoul Hausmann (1886-1971) et sa production photographique dans les tourments de l’histoire

Expositions | 14.09.2018 | Anastasia Simoniello

Après avoir été présentée au Point du Jour de Cherbourg puis au Jeu de Paume de Paris, l’exposition « Raoul Hausmann, un regard en mouvement » s’est définitivement refermée le 20 mai dernier. En montrant plus d’une centaine de photographies produites par Hausmann entre 1927 et 1936, elle a révélé au public une facette< méconnue de cet artiste pluriel qui occupa une place importante au cœur des avant-gardes historiques, avant même sa participation à la fondation du très politique Dada Club berlinois en 1918. Si sa production photographique avait déjà été montrée en France, elle ne le fut qu’à de rares occasions et sans qu’elle soit pleinement mise en valeur. Il a donc fallu attendre les efforts conjoints des commissaires Cécile Bargues et David Barriet pour qu’elle fasse l’objet d’une exposition qui lui soit entièrement dédiée. Ce manque de visibilité est étonnant lorsque l’on sait que Hausmann a été particulièrement prolifique dans ce domaine, auquel il s’est intensément consacré à partir de 1927. 


Emmanuel Saint-Fuscien, Célestin Freinet, un pédagogue en guerres, 1914-1945,

Ouvrages | 06.09.2018 | Patricia Legris et Sébastien Matz
C'est avec une certaine délectation que nous nous sommes plongés dans cet ouvrage. Rares, en effet, sont les travaux historiques sur Célestin Freinet et son mouvement qui s’appuient à la fois sur une solide culture historiographique et sur la consultation de sources multiples. Cet ouvrage, issu d’une habilitation à diriger les recherches, présente l’intérêt de participer à l’historiographie des conflits armés du XXe siècle bien plus qu’à celle de l’histoire du système éducatif et des idées pédagogiques. Il vient donc compléter la documentation déjà disponible sur le sujet, principalement constituée de témoignages de la famille Freinet et des membres du mouvement. Après avoir défini son objet (ce livre n’est ni une biographie ni un ouvrage de sciences de l’éducation), l’auteur étudie donc un aspect particulier de la vie de Célestin Freinet, à savoir l’impact de la guerre sur sa trajectoire. 
 

Raffaella Perin, La radio del papa. Propaganda e diplomazia nella seconda guerra mondiale,

Ouvrages | 23.07.2018 | Laura Pettinaroli

L’ouvrage de Raffaella Perin sur Radio Vatican est la version remaniée d’une thèse de doctorat soutenue en 2016 sous la direction conjointe de Denis Pelletier et Daniele Menozzi. Raffaella Perin est cependant une chercheuse italienne expérimentée : elle a dirigé plusieurs travaux collectifs sur le pontificat de Pie XI et sur les minorités en Italie au premier XXe siècle, ses travaux personnels portant plus particulièrement sur l’antisémitisme, le protestantisme et le catholicisme à cette période.


Transit, film réalisé par Christian Petzold (2018)

Films | 23.07.2018 | Martine Floch

Dans les années 1930, des centaines d’Allemands, juifs ou opposants au régime nazi, ont fui leur pays pour se réfugier en France. Dès le début de la guerre, le gouvernement les déclara « sujets ennemis » et les interna dans des camps. Ceux qui en 1940 ont échappé à l’internement dans la zone encore libre, cherchent à fuir plus loin encore, au Mexique ou aux USA. En transit à Marseille, ils assiègent les consulats pour obtenir des papiers (visa, passeport) qui se conditionnent les uns les autres, le transit s’obtenant à partir des deux autres. C’est ce fameux certificat de transit qui a donné son titre au roman de Anna Seghers (1900-1983), publié en 1944. En 1940, l’écrivaine allemande, juive et communiste, a séjourné près du camp du Vernet où son mari hongrois en difficulté avec les fascistes a été interné. À la fin du mois de mars 1940, elle se retrouve à bord du cargo « Le Capitaine-Paul-Lemerle », à destination de La Martinique en compagnie de co-transitairesillustres, parmi lesquels André Breton et Claude Lévi-Strauss qui témoignèrent de cette histoire mal connue. Elle transpose dans Transit sa propre expérience de réfugiée et raconte une histoire d’usurpation d’identité, celle d’un jeune Allemand, Georg, qui se fait passer pour l’écrivain de renom Paul Weidel dont il continue à vivre les pérégrinations même après que celui-ci s’est donné la mort. Comme Walter Benjamin coincé à Portbou (Espagne) ou Stefan Zweig à Petrópolis, à la même époque. Le roman est adapté une première fois en 1990 par le réalisateur français René Allio, une seconde fois cette année 2018 par le réalisateur allemand Christian Petzold. 


Alexis Vrignon, La naissance de l’écologie politique en France. Une nébuleuse au cœur des années 68,

Ouvrages | 12.07.2018 | Silke Mende

Dans le champ de l’écologie politique, la catégorie du « national » joue un rôle particulièrement ambivalent. D’un côté les acteurs y interviennent souvent de manière transnationale et beaucoup de leurs préoccupations traversent évidemment les frontières nationales, qu’il s’agisse de la pollution de l’air ou des eaux ou bien d’un nuage radioactif. De l’autre côté, on accentue souvent le caractère spécifiquement national de ce nouveau champ politique lorsque des formations électorales se dégagent ou que de véritables partis sont fondés. Dans ces cas-là, ce sont avant tout les systèmes politiques nationaux qui sont mis en avant. En RFA, les succès électoraux considérables des Verts sont même interprétés comme une sorte de spécificité allemande liée à un attachement traditionnel et profond à la « nature », attachement décrit comme quasi mythique. Inversement, la France est souvent présentée comme un cas exceptionnel en matière d’écologie politique, car le sujet environnemental ainsi que les mouvements et partis écologistes y sont relativement faibles. Le livre d’Alexis Vrignon, issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2014 à Nantes, reconstitue la genèse de l’écologie politique en France du début des années 1960 à la fin des année 1970, fait ressortir constamment son imbrication dans un contexte transnational plus large et nous montre que le cas français ressemble bien plus à celui d’autres pays européens qu’il ne s’en distingue.


Après la guerre, film réalisé par Annarita Zambrano (2017)

Films | 01.06.2018 | Grégoire Le Quang

Verres de lunettes opaques ou presque, silhouette épaisse, barbe drue qui lui mange le visage, Marco incarne un mystère : celui de son passé, dont le spectateur ne saura rien de précis, si ce n’est qu’il a fondé un groupe clandestin impliqué dans la lutte armée d’inspiration marxiste-léniniste dans son pays, l’Italie, au cours des années 1970, avant de trouver refuge en France, à partir de janvier 1981. Peau diaphane, crinière botticellienne, rage de vivre, sa fille Viola, adolescente née en France au cours de l’exil, porte aussi sa part de mystère et s’interroge sur son avenir, enchaîné à la figure écrasante du père qui ne va nulle part. Si le face-à-face qui en résulte, souvent en huis clos, manque parfois de nuances, il a en revanche le mérite de soulever efficacement une série de questions historiques.


Luc Chantre, Paul d’Hollander et Jérôme Grévy (dir.), Politiques du pèlerinage du XVIIe siècle à nos jours,

Ouvrages | 24.04.2018 | Yves Poncelet

Placé sous la direction de Jérôme Grévy, Paul d’Hollander et Luc Chantre, alors membres du Centre de recherches interdisciplinaires en histoire, histoire de l’art et musicologie de Poitiers et Limoges, l’ouvrage reprend les actes des journées d’étude ayant eu lieu à Limoges en 2011 et à Poitiers en 2012. Des chercheurs ont exploré, au cours de ces journées, les rapports entre le politique et le religieux au prisme d’une pratique ancienne, durable et transculturelle : le pèlerinage, fait historique social important. C’est un fort volume de 381 pages, associant vingt-sept contributions, qui analysent l’imprégnation politique ayant pu affecter des pèlerinages ou l’imprégnation religieuse de cultures politiques s’étant exprimées sous forme pèlerine, religieuse ou séculière. Outre ces textes, une série d’introductions facilitant la cohérence de l’ensemble, une riche matière bibliographique (fournie par les notes infrapaginales ou en fin de contribution), une postface de Philippe Herzog et une présentation des auteurs composent le livre.


imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • • Vidéo de la table ronde « À l'Est, rien de nouveau ? Pour une histoire visuelle de la nouvelle Europe » aux Rendez-Vous de Blois (13 octobre 2018)
  • Si vous n’avez pas pu assister à la table ronde, « À l'Est, rien (...)
  • lire la suite
  • Histoire@Politique aux Rendez-Vous de l'Histoire de Blois - samedi 13 octobre 2018
  •  « À l'Est, rien de nouveau ? Pour une histoire visuelle de la nouvelle (...)
  • lire la suite
  • • Le cauchemar espagnol. Quelques thèses sur la radicalisation de la question catalane (2010-2018)
  • La dépression économique, qui débuta à l’échelle mondiale fin 2007 (...)
  • lire la suite
  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670