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Comptes rendus
   

Max Schiavon, Mussolini, un dictateur en guerre,

Paris, Perrin, 2016, 250 p.

Ouvrages | 08.06.2017 | Philippe Foro
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Paris, Perrin, 2016, 250 p.Les grands dirigeants politiques ayant conduit leur pays en guerre ont, bien sûr, bénéficié de biographies de qualité. Mais les études portant sur la manière dont ils ont exercé « l’art militaire » sont plus rares. Il convient de citer celles de Gert Bucheit, Hitler chef de guerre publiée chez Arthaud en 1961, de Philippe Masson qui, sous le même titre, publie un ouvrage chez Perrin en 2005, de François Kersaudy, Churchill, stratège passionné, livre paru chez Tallandier en 2016. Max Schiavon, spécialiste de l’histoire militaire, déjà l’auteur d’une étude de la campagne des Alpes en juin 1940, d’une biographie du général Georges, d’une intéressante synthèse sur l’Autriche-Hongrie pendant la Première Guerre mondiale, nous propose un ouvrage consacré à Mussolini chef de guerre sous le titre Mussolini, un dictateur en guerre.

Après une soixantaine de pages au cours desquelles Max Schiavon présente les débuts politiques de Mussolini, son avènement au pouvoir, l’installation de la dictature, l’historien aborde le vif du sujet, c’est-à-dire la politique internationale et guerrière du Duce de l’Italie fasciste. À partir de l’automne 1935, la guerre devient un élément essentiel des choix politiques fascistes : la conquête de l’Éthiopie, l’intervention dans la guerre civile espagnole, l’annexion de l’Albanie en avril 1939, le choix de la non-belligérance au début de la Seconde Guerre mondiale, la décision de l’entrée dans le conflit, les diverses opérations militaires dans lesquelles sont engagées les troupes italiennes, le désastre militaire qui provoque la fin du régime fasciste, enfin la guerre civile et étrangère qui se déroule entre septembre 1943 et avril 1945. Plusieurs conclusions se dégagent du travail de Max Schiavon. Tout d’abord, il y eut bien une ambition impériale qui se développe dans la seconde moitié des années 1930, faisant de l’Italie fasciste un des acteurs importants de la scène internationale et par là même un de ses perturbateurs. Sans avoir le dynamisme et la puissance de l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste a pour logique finale l’affrontement avec les puissances occidentales sur les dépouilles desquelles Mussolini souhaite aussi se constituer un butin. Ensuite, apparaît l’inadéquation entre les ambitions internationales et les moyens militaires de l’Italie fasciste. Les forces armées italiennes se sont usées dans le conflit éthiopien, et la politique de maintien de l’ordre qu’il a fallu mettre en place dans l’Empire, mais également dans la guerre d’Espagne au cours de laquelle Mussolini n’a pas mégoté sous soutien matériel et humain au camp nationaliste. La décision de la non-belligérance prise au moment de la crise polonaise de l’été 1939 est la conclusion logique de la difficulté de l’Italie fasciste d’assumer, à ce moment-là, un conflit de très grande ampleur. Paradoxalement, la déclaration de guerre à la Grande-Bretagne et à la France, le 10 juin 1940, répond de cette même logique. L’Italie ne rentre dans la guerre que parce que le Duce la croit déjà jouée et qu’il convient que son pays puisse profiter d’un conflit court et fort avantageux. Or la guerre devient longue et mondiale avec la résistance de l’Empire britannique, les opérations dans les Balkans (l’agression italienne contre la Grèce est assumée avec une légèreté coupable à la fin octobre 1940), la campagne contre l’Union soviétique, débutée le 22 juin 1941, à laquelle Mussolini souhaite faire participer les forces italiennes, la déclaration de guerre de l’Allemagne et de l’Italie aux États-Unis, le 11 décembre 1941. L’appareil militaire italien n’est plus de taille et la qualité stratégique du Duce, des généraux italiens (sauf sans doute le général Messe), est médiocre (alors que le soldat italien fait son devoir sauf à l’extrême fin du régime, au moment de l’invasion de la Sicile par les Anglo-américains). Enfin, les choix militaires de Mussolini, assumés par un souverain et des généraux dont beaucoup étaient circonspects, entraînent l’Italie à une crise majeure, sans doute la plus grave depuis la proclamation de l’Unité, provoquant la chute du régime, l’occupation allemande d’une grande partie de la péninsule faisant de celle-ci une zone de combat entre troupes alliées et allemandes, une guerre civile entre fascistes de la République sociale et partisans.

Le livre de Max Schiavon est donc une claire mise au point de cet aspect du fascisme italien qu’est sa politique militaire et guerrière, accessible aux lecteurs intéressés par l’histoire italienne, des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale. Signalons qu’il aurait été pertinent de distinguer bibliographie et sources tels les mémoires, les journaux d’acteurs de la guerre, les discours de Mussolini.

Philippe Foro

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  • ISSN 1954-3670