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« Architecture parisienne du Second Empire. Entre monumentalité et fonctionnalité » et « Architecture parisienne du Second Empire : la Fête impériale »

(Musée d’Orsay, 30 mai-15 septembre 2014)

Expositions | 15.07.2014 | Stéphanie Sauget
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Adolphe Alphand, Jean Darcel, Emile ReiberProjet de tour en fonte pour le puits artésien de Passy© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda (extrait).Depuis le 30 mai 2014 et jusqu’au 15 septembre, le musée d’Orsay à Paris propose une double exposition consacrée aux transformations de l’architecture parisienne sous le Second Empire. « Architecture parisienne du Second Empire. Entre monumentalité et fonctionnalité » et « Architecture parisienne du Second Empire : la Fête impériale » sont respectivement présentées dans les salles 17 et 21 au rez-de-chaussée du musée, au sein des collections permanentes dont sont d’ailleurs extraites les œuvres proposées.

Deux cartels d’introduction exposent à l’entrée de chaque salle les intentions du musée. Dans la première salle, il s’agit de témoigner et d’illustrer de la volonté de transformation de la capitale, attribuée principalement à l’empereur Napoléon III (lui-même inspiré par les transformations de Londres) et à son préfet de la Seine, Georges Haussmann, même s’il est précisé que le « plan d'ensemble (…) était dans l'air depuis quelques années ». Cette nuance – un peu rapide – pose problème puisque le travail le plus récent des historiens sur les transformations de Paris au cours du XIXe siècle tente à la fois de revenir sur la propagande impériale qui veut faire des transformations de la capitale réalisées sous Haussmann le produit d’un « plan d’ensemble » préexistant et cherche à resituer les travaux de la période haussmannienne dans un continuum plus ample dominé par la lancinante « question urbaine » qui ne se pose pas qu’à Paris ou à Londres, même si les capitales y sont davantage exposées [1] , et qui surtout occupe les réflexions d’acteurs bien plus divers que les seules élites politiques du Second Empire.

La salle 17 présente, cela dit, des documents intéressants. Vingt-sept œuvres sont exposées : principalement des photographies, des dessins d’études ou de projets. L’intérêt principal de la salle est de montrer, projets à l’appui, que la volonté de transformer Paris touche des secteurs d’activités très diversifiés, auxquels le public ne pense pas toujours : l’hôpital (avec la reconstruction de l’Hôtel-Dieu pour qu’il corresponde aux nouvelles attentes médicales et au nouveau cadre administratif parisien mis en place au début du siècle) ; le nouveau Louvre (à la fois musée et demeure impériale) ; les activités marchandes et notamment tout le secteur de l’alimentation et du ravitaillement de Paris avec la construction des nouvelles Halles centrales abritées par les célèbres pavillons Baltard ; la percée de grandes artères pour adapter Paris aux nouvelles circulations ; l’haussmannisation des immeubles dont les façades et l’alignement sont repensés (même si le document présenté est postérieur à la période haussmannienne) ; l’approvisionnement en eau de la capitale (illustré par le percement d’un puits artésien à Passy) et, pour finir, les considérations religieuses de l’empereur qui veut faire de Paris une capitale catholique [2] , d’où la construction de monumentales églises telles celles de la Sainte-Trinité et Notre-Dame-des-Champs laissées au soin de grands architectes et artistes. L’autre intérêt majeur réside bien sûr dans le regard et la contribution d’artistes majeurs aux projets de rénovation et de modernisation de Paris. Les photographes sont bien représentés avec des tirages de Delmaet et Durandelle, de Baldus ou encore de Marville. Les architectes sont également à l’honneur avec notamment une série de six dessins de Ginain pour Notre-Dame-des-Champs, un projet d’Alphand, un autre de Baltard. C’est évidemment logique puisqu’il s’agit de présenter l’apport des architectes dans la fabrique d’une nouvelle ville et d’un nouveau regard porté sur la ville. Mais l’on pourra déplorer le manque d’éclairage historique ou même de textes théoriques d’architectes sur leur rôle dans l’haussmannisation aussi bien dans la salle que sur l’application mobile gratuite téléchargeable.

La deuxième salle (n° 21) illustre un second versant bien connu des transformations de Paris, résumé par la formule de « fête impériale » (utilisée dès 1907 par Frédéric Loliée et reprise par Alain Plessis en 1979). Dix-sept œuvres plus diverses y sont exposées : des dessins, des photographies, des maquettes et une huile sur toile. L’accent est principalement mis sur les théâtres, une catégorie qui garde une définition très large jusqu’à la Belle Époque – même si la « dramatocratie [3]  » est une pratique plus ancienne qui doit là aussi être remise dans un contexte plus long. Sous le Second Empire, ceux-ci (qui incluent encore le cirque ou l’Opéra) sont placés sous la tutelle de la Maison de l’Empereur et du ministère des Beaux-Arts, tandis que leur gestion interne est privatisée (même si subsistent des subventions de l’État). Mais ce n’est pas la première fois que l’État se mêle des affaires des théâtres. L’exposition montre que les meilleurs architectes (tels Hittorff ou Garnier) sont sollicités pour mettre en scène la puissance théâtrale de Paris. Une grande place est accordée aux nouveaux théâtres de la place du Châtelet et surtout au nouvel Opéra, finalement réalisé par Garnier. Pour ce dernier, on dispose notamment d’un premier projet, sous forme d’aquarelle, d’Hector Horeau, daté de 1843 – bien avant l’arrivée au pouvoir de Napoléon III, et qui permet de comprendre que Napoléon III reprend des idées dont il n’a pas toujours eu l’initiative. Là encore, il s’agit de montrer le rôle des architectes pour offrir un nouveau visage à la capitale, mais le visiteur est laissé un peu seul pour interpréter le matériau qui est mis sous ses yeux. En dehors du cartel d’introduction présenté à l’orée de la salle et des cartouches de présentation technique et d’attribution des documents exposés, il n’y a pas véritablement d’accompagnement et de réflexion sur le rôle des architectes dans la rénovation et la modernisation de Paris. C’est un peu dommage.

Notes :

[1] Voir Florence Bourillon, « Changer la ville. La question urbaine au milieu du 19e siècle », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 1999, n° 64, p. 11-23.

[2] Jacques-Olivier Boudon, Paris capitale religieuse sous le Second Empire, Paris, Cerf, 2001, 557 p.

[3] Néologisme forgé en 1838 par un journaliste américain et que reprend à son compte Jean-Claude Yon dans son ouvrage Une histoire du théâtre à Paris de la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Aubier/Flammarion, 2013.

Stéphanie Sauget

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  • ISSN 1954-3670