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Sources

Le témoignage à la caméra : la Visual History Archive, une source audiovisuelle pour la recherche sur la Shoah et les crimes de masse

Constance Pâris de Bollardière
Résumé :

Initiée en 1994 par le réalisateur américain Steven Spielberg, la Visual History Archive est la plus vaste collection de (...)

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Forte à ce jour de 54 473 entretiens vidéo, la Visual History Archive est la plus vaste collection de témoignages sur les génocides[1]. Initiée en 1994 par le réalisateur américain Steven Spielberg dans le but de préserver les paroles et gestes de rescapés de la Shoah à des fins civiques et pédagogiques, la Visual History Archive est à présent abondamment consultée par des chercheurs. L’administrateur de la Visual History Archive à Los Angeles, USC Shoah Foundation – The Institute for Visual History and Education, s’adresse à ce public depuis son Center for Advanced Genocide Research créé en avril 2014. Chargé de développer la connaissance sur la Shoah et les autres crimes de masse dont certains sont, depuis peu, également documentés à travers la Visual History Archive, le centre de recherche place ces témoignages au cœur de son projet. Numérisés et indexés à la minute, ces derniers sont dorénavant disponibles dans quatre-vingt-cinq universités ou bibliothèques souscriptrices à travers le monde. Depuis 2016, ces 115 000 heures d’entretiens sont accessibles à l’American University of Paris, où le George and Irina Schaeffer Center for the Study of Genocide, Human Rights and Conflict Prevention se charge de leur valorisation en France[2].  

Bénéficiant de la notoriété de son fondateur comme de l’ambition considérable de son projet, cette archive massive fréquemment identifiée en tant que « témoignages Spielberg » a suscité, au tournant du XXIe siècle, un certain intérêt en France de la part du grand public comme des chercheurs. La connaissance des développements institutionnels, technologiques et thématiques majeurs de la Visual History Archive au cours des dernières années comme de ses usages scientifiques demeure cependant bien plus mince. La maîtrise de cette source n’est en d’autres termes en rien comparable à sa célébrité. En présentant la genèse, la méthode, le contenu, la réception, le potentiel scientifique ainsi que les limites de cette collection, cet article a pour but d’en assurer une meilleure connaissance aux chercheurs francophones[3].  

Évolutions du témoignage sur la Shoah, des premiers écrits à la Visual History Archive

Le papier et le magnétophone : les premiers témoignages sur le khurbn

Comprendre la spécificité du projet de Steven Spielberg et sa réception ne saurait se faire sans un retour préalable sur les plus de cinquante années de production de témoignages sur la Shoah qui le précèdent. Au fil des évolutions socio-politiques et des progrès technologiques, ces documents ont en effet connu des évolutions considérables. Aux antipodes de la couverture médiatique assurée à la Visual History Archive, projet aux racines hollywoodiennes amorcé à l’ « ère du témoin[4] », les premiers « témoignages » sur la persécution et l’anéantissement du monde juif d’Europe orientale sont déposés sur le papier au cœur même des événements. Initiés par les victimes et restreints à leur groupe, ces écrits sont rédigés dans leurs langues, le plus souvent en yiddish. Le projet le plus connu de cette documentation sur la destruction demeure celui des archives clandestines Oyneg-shabes du ghetto de Varsovie, organisé par l’historien juif polonais Emmanuel Ringelblum[5]. Il ne s’agit alors pas tant de témoignages tels que nous les concevons aujourd’hui mais davantage d’un éventail de gestes d’écriture « jetés sur le papier[6] ». Cet élan de production se poursuit au lendemain du génocide via des entreprises le plus souvent collectives. S’opérant selon l’historienne Annette Wieviorka par « pulsion de se libérer de certains éléments de son expérience », ces documents partagent plusieurs fonctions : « la reconstitution de son identité[7] », l’établissement de traces du crime ainsi que l’impératif de transmission de savoirs sur un « monde englouti[8] » par la catastrophe. Bien moins visibles que les témoignages ultérieurs, les premiers écrits sur le khurbn[9] et le monde juif d’Europe orientale anéanti sont néanmoins produits en grand nombre : environ six cents Livres du souvenir (yisker-bikher) sont par exemple publiés après-guerre[10]. Si l’écrit règne naturellement, tout n’est pas pour autant exclusivement recueilli sur le papier. À l’été 1946, les paroles de cent trente personnes, en majorité des rescapés de la Shoah, sont enregistrées sur magnétophone en France, Suisse, Italie et Allemagne par le chercheur américain en psychologie David Boder, et ce dans neuf langues différentes. Longtemps oubliés, ces témoignages, aujourd’hui transcrits et traduits, sont désormais accessibles en ligne dans leur intégralité[11].  

Les interviews de Boder comme les « écritures de la destruction[12] » du monde juif d’Europe orientale demeurent dans l’immédiat après-guerre essentiellement confinées aux cercles de rescapés. Ces documents retentissent peu et le plus souvent de façon altérée dans les sociétés non juives. La question de l’usage fréquent d’une langue accessible aux seules victimes, le yiddish, ne peut expliquer à lui seul cette faible réception de leurs voix. En témoigne le peu d’écho que les révélations sur la Shoah prononcées ou écrites dans d’autres langues que le yiddish produisent en dehors du monde juif. Aux procès de Nuremberg de 1945-1946, les témoins, et en particulier les rescapés juifs, ne jouent par exemple pas un rôle central et si les persécutions et massacres de Juifs sont fréquemment signalés et notamment partiellement démontrés via des films, ils ne sont pas encore pleinement démarqués des autres crimes nazis par leur ampleur et leur singularité[13]. Dans le cas de la France de la fin des années 1940 et des années 1950, la destruction des Juifs d’Europe est abondamment documentée et commémorée, en yiddish mais aussi en français, par le biais de la presse communautaire juive, du Centre de documentation juive contemporaine ou de cérémonies organisées par les associations du monde juif[14]. Mais malgré la présence de cette mémoire portée par les victimes, le sujet n’est abordé hors des frontières du monde juif que dans certaines sphères intellectuelles, notamment dans les milieux chrétiens[15]. Un phénomène proche se retrouve aux États-Unis où, alors que le monde juif commémore le génocide en interne, ce dernier n’est que très marginalement présent dans le « discours public » américain[16]

La caméra, du tribunal au studio : la présence de la Shoah et du témoin-victime dans l’espace public

Les témoignages de rescapés de la Shoah touchent progressivement de bien plus vastes pans des sociétés du monde occidental. Alors qu’un intérêt plus prononcé se manifeste en France depuis la fin des années 1950 pour les récits sur la destruction des Juifs d’Europe[17], en 1961, le procès Eichmann qui, en particulier aux États-Unis et en Israël, occupe une place centrale dans l’espace médiatique, confirme cette dynamique de reconnaissance progressive du génocide des Juifs. Outre ses répercussions sur la connaissance et la mémoire de la Shoah, le procès fait, selon l’historienne Annette Wieviorka, advenir la figure du témoin-victime, qui en devient l’essence[18]. Souhaitant jouer sur l’émotion et donner de la chair à l’évènement, le procureur Gidéon Hausner place en effet les cent onze témoins au cœur de la scénographie du procès qui, filmé et diffusé à la radio et à la télévision, touche une grande audience et marque fortement les esprits[19]. Désormais reconnu et pleinement entendu, le témoin-victime trouve une « identité sociale de survivant, parce que la société la lui reconnaît[20] ». Cette dynamique de prise en compte croissante de la Shoah et du témoin se poursuit dans les décennies suivantes et se manifeste notamment par des projets américains de collectes audiovisuelles.

Initiées aux États-Unis à la fin des années 1970, les premières collections de témoignages vidéo de rescapés de la Shoah se constituent dans le contexte d’un intérêt croissant pour le génocide des Juifs d’Europe comme pour les sources orales. Alors que l’enseignement de la Shoah commence à se répandre et que la guerre des Six-Jours ravive le souvenir du génocide, la décennie est simultanément marquée, dans la lignée des grands mouvements sociaux de contestation contre la guerre du Vietnam ou en faveur des droits civiques, par une curiosité scientifique réaffirmée pour les récits de vie. Inspirés par les méthodes et les questionnements de l’École de Chicago, ces récits donnent la parole aux acteurs jusque-là « sans-voix » ou « dominés » de l’histoire[21]. Non confiné aux sciences humaines, ce phénomène se répercute dans les médias et plus particulièrement à la télévision qui, aux États-Unis comme en France, se fait le relais de cet engouement pour les histoires individuelles, le vécu et l’intime des gens anonymes[22].  

La première collecte de témoignages audiovisuels est amorcée en 1978 à la suite de la diffusion aux États-Unis du feuilleton télévisé du réalisateur Marvin Chomsky, Holocaust, critiqué par des victimes des crimes nazis pour son aspect inauthentique[23]. Se sentant dépossédés de leur propre histoire et prêts à se replonger dans leur passé, plusieurs rescapés juifs résidant à New Haven dans le Connecticut entreprennent en 1979 de raconter leur propre expérience. Accompagnés par le psychiatre et psychanalyste lui-même survivant de la Shoah, Dori Laub, le groupe de New Haven démarre une collecte de témoignages vidéo de survivants juifs et autres témoins du génocide. Centré autour du témoin, le Holocaust Survivors Film Project se donne des objectifs variés : thérapeutique, scientifique, pédagogique, mémoriel et de transmission familiale[24]. Assisté d’un observateur, un intervieweur mène un entretien non directif favorisant la spontanéité de la parole testimoniale, ceci dans le cadre d’un studio, espace neutre et clos propice à l’introspection[25]. Geoffrey Hartman, professeur de littérature comparée à Yale University, devient à partir de 1981 le responsable scientifique des Fortunoff Video Archive for Holocaust Testimonies, consultables à partir d’octobre 1982 dans la prestigieuse université[26]. Disposant de bénévoles formés dispersés en Amérique du Nord et du Sud, en Europe et en Israël, la collection Fortunoff compte aujourd’hui près de 4 400 témoignages. À présent numérisées et indexées, ces archives audiovisuelles deviennent accessibles en dehors de Yale University [27]

Collection de témoignages vidéo de bien plus grande ampleur, la Survivors of the Shoah Visual History Foundation, future Visual History Archive, est, elle aussi, quinze ans après le projet Fortunoff, initiée par un film, réalisé en 1993 : La liste de Schindler. Bouleversé par les récits des rescapés de la Shoah chargés de le conseiller, déterminé à conserver leurs paroles, gestes et visages, le réalisateur américain Steven Spielberg lance la constitution d’une archive audiovisuelle et recueille un premier témoignage vidéo le 18 avril 1994. Le 31 août de la même année, le cinéaste crée à Los Angeles la Survivors of the Shoah Visual History Foundation avec pour objectif de sauvegarder au plus vite 50 000 témoignages de rescapés et d’autres témoins du génocide des Juifs. Des équipes de caméramen, intervieweurs et relais institutionnels sont diligemment créés à travers le monde et la somme de 50 000 témoignages est atteinte dès le 31 janvier 1999[28].

De la vidéocassette au numérique : le recueil, la valorisation et la consultation de la Visual History Archive

Les objectifs et méthodes des collectes

Bien que Steven Spielberg ait démarré ses collectes en s’entourant d’experts de la collection Fortunoff, son projet possède une ligne en bien des points distincte. Prêter au support audiovisuel un potentiel émotionnel et pédagogique puissant n’est certes pas l’apanage du projet initié à Hollywood. La dimension civique et pédagogique de la Visual History Archive est cependant bien plus affirmée que celle de son prédécesseur. Chez Spielberg, le témoin est, selon Annette Wieviorka, élevé au rôle d’« apôtre » et de « prophète[29] », l’archive étant utilisée comme un outil pour « vaincre, par l’usage éducatif des témoignages […], les discriminations, l’intolérance et le sectarisme – et les souffrances qu’ils causent[30] ». Plus que jamais concernée par la transmission à l’heure où les derniers rescapés de la Shoah se font de plus en plus rares, la Survivors of the Shoah Visual History Foundation, renommée USC Shoah Foundation – The Institute for Visual History and Education en 2006, se lance ainsi en 2015 dans un projet destiné aux étudiants futurs qui souhaiteront « parler » avec un rescapé de la Shoah. Intitulé « Nouvelles dimensions dans le témoignage », ce projet travaille à l’ « image projetée d’un vrai rescapé de la Shoah » capable de répondre à leurs questions en temps réel[31].

Un tel programme témoigne par ailleurs de l’ampleur des moyens techniques et financiers dont dispose la fondation, bien plus colossaux que ceux des archives Fortunoff, pour lesquels les intervieweurs sont bénévoles, ceux de la Visual History Archive étant rémunérés[32]. Ces moyens financiers ont ainsi permis à l’équipe de Steven Spielberg d’enregistrer les paroles d’un grand nombre de rescapés tant que ces derniers étaient encore en mesure de s’exprimer. Heureux de témoigner pour le célèbre réalisateur dont la renommée leur donne «  l’impression de recevoir par ricochet un fragment de sa notoriété[33] », plus favorables au protocole de la Visual History Archive qui, n’imposant pas de tourner en studio, leur permet de valoriser leur intérieur et leur famille, nombreux sont, à la fin des années 1990, les témoins passés devant les caméras, que ces derniers soient venus d’eux-mêmes ou qu’ils aient été sollicités par la fondation.

La Visual History Archive est en outre profondément marquée par sa méthode d’entretien. En vue de faciliter la fluidité du témoignage puis les futurs travaux d’indexation, chaque session se trouve tout d’abord préparée à l’aide d’un « questionnaire pré-interview » rempli conjointement par le témoin et l’intervieweur une semaine avant la venue du caméraman[34]. Le protocole initié à Los Angeles place ensuite l’intervieweur seul avec le témoin et le cadreur, le premier étant formé en vingt-cinq heures, plus succinctement que ses collègues de New Haven, et le second recevant pour consigne de tourner en plan fixe sans faire usage du zoom, pratique au contraire présente dans le protocole de Yale. Mais surtout, bien qu’étant tenu à laisser l’interviewé délivrer son histoire « dans ses propres mots », l’intervieweur est amené à intervenir davantage, en particulier afin d’assurer le suivi chronologique du récit[35]. Alors que les archives Fortunoff se refusent à modifier le fil naturel de la mémoire et deviner quels pourraient être les centres d’intérêts des générations futures d’étudiants et de chercheurs, USC Shoah Foundation maintient au contraire le projet de transmission de « récits de vie » (life stories). Est alors mis en place ce que le chercheur Noah Shenker nomme une « structure dramaturgique en trois actes[36] » durant laquelle le témoin consacre 60 % de son temps de parole à la période de la guerre et partage le reste de son récit entre l’avant et l’après[37]. Toujours selon Noah Shenker, c’est inspirée par La liste de Schindler et son scénario hollywoodien que la Visual History Archive souhaite produire une « bonne histoire » avec « un début, milieu et une fin solides », le tout avec des « personnages bien développés » et un foisonnement de détails[38]. Cette scénarisation du témoignage se révèle selon Annette Wieviorka particulièrement à la fin des enregistrements lorsque les interviewés sont invités à délivrer un message aux générations futures puis à faire apparaître et éventuellement intervenir leur famille, sorte de « happy end » similaire selon elle à celui de l’épilogue de La liste de Schindler[39]. En cela, la Visual History Archive s’inscrit dans ce que l’ancien directeur du United States Holocaust Memorial Museum Michael Berenbaum nomme l’« américanisation de la Shoah », soit l’intégration d’un événement européen dans la culture populaire américaine. Laissant triompher l’optimisme, la foi en l’homme, la tolérance, la démocratie, le pardon et la reconstruction tout en atténuant les aspects les plus noirs de la Shoah, cette perspective est nommée par le psychiatre Walter Reich la « Schindlérisation de la Shoah[40] ». Or, d’après Noah Shenker, cette « Schindlérisation », si elle peut transparaître dans certains aspects du projet global de la Visual History Archive, diminue le plus souvent dans les témoignages pris individuellement[41]. Signalons par exemple que les interventions des proches des rescapés qui se déroulent à la fin des entretiens ne représentent pas systématiquement des moments heureux et optimistes mais peuvent au contraire révéler le poids de fortes tensions et souffrances familiales.

Un fonds considérable et ses outils

Qu’elle soit acclamée ou décriée, il n’en reste pas moins qu’en matière de développement, l’entreprise initiée par Steven Spielberg affiche un succès indéniable. En résulte à ce jour 51 349 témoignages de rescapés de la Shoah (les 49 076 réalisés par la Visual History Archive comme les 2 27  émanant d’autres collectes intégrées à partir de 2014 à la collection d’USC Shoah Foundation), nommés « Jewish Survivors » sur le site uniquement anglophone permettant de les visionner, terme incluant « les rescapés des camps, les enfants qui ont été cachés pendant la guerre, les Juifs résistants, et, d’une façon générale, tous les Juifs qui ont survécu à l’occupation nazie[42] ». Aux côtés des rescapés juifs, sont inclus au sein d’une même catégorie sur la Seconde Guerre mondiale (intitulée « European Holocaust ») d’autres témoins interrogés également à la fin des années 1990. Il s’agit tout d’abord d’autres catégories de victimes des persécutions nazies : Roms et Sintés (406), témoins de Jéhovah (84), rescapés des politiques eugénistes du IIIe Reich (13) et homosexuels (6) ; de témoins ayant joué un rôle salutaire auprès des victimes : sauveteurs (1 159) ou libérateurs (429) ; de participants aux tribunaux d’après-guerre (62) ; de prisonniers politiques (268) et travailleurs forcés non juifs (14) ; et enfin de témoins « divers » (157). La collection ne contient néanmoins aucun témoignage de bourreaux. 

Depuis 2007, USC Shoah Foundation manifeste une volonté d’élargir la collection au-delà de la Seconde Guerre mondiale. Après plusieurs années de mise en place de partenariats et de collectes, ont été en 2013 ajoutés à la Visual History Archive des témoignages sur le génocide des Tutsi au Rwanda (86 à ce jour dont 67 rescapés), en 2015 des témoignages sur le génocide des Arméniens qui ont été collectés dans les années 1980-1990 par le documentariste J. Michael Hagopian (377 à ce jour dont 270 rescapés arméniens et 6 yézidis), toujours en 2015 sur le massacre de Nankin (30 témoignages de rescapés à ce jour), en 2016 sur celui des Mayas au Guatemala (14 témoignages de rescapés à ce jour) et enfin ont été mis en ligne en 2017 cinq témoignages de rescapés des massacres commis par les Khmers rouges au Cambodge, dix témoignages sur l’antisémitisme contemporain et quatre sur les guerres civiles en République centrafricaine. 

À l’exception des vidéos enregistrées par J. Michael Hagopian et de celles réalisées par d’autres collections puis intégrées elles aussi depuis peu à la Visual History Archive, l’immense majorité des entretiens de la collection suit le protocole mis en place au milieu des années 1990 : après une mention écrite et orale de l’identité des protagonistes, de la langue dans laquelle va se dérouler le témoignage, de la date et du lieu de tournage puis une présentation rapide de l’intervieweur face à la caméra, l’interviewé est invité à amorcer le fil de son récit en suivant la chronologie imposée par USC Shoah Foundation. À la fin des entretiens dont la moyenne est de deux heures et quinze minutes, le témoin est invité à montrer toutes sortes de documents personnels illustrant son propos. Soigneusement filmées en gros plan, ces pièces sont par la suite indexées et intégrées à une catégorie spéciale du catalogue intitulée « still and moving images ». La fondation travaille beaucoup la qualité du son et de l’image de ses anciennes cassettes. Aucun témoignage n’étant en revanche monté, les détails techniques tels que les changements de bobines (pour les entretiens des années 1990 enregistrés sur des cassettes VHS de seulement trente minutes), les problèmes de micro ou encore les bruits parasites comme le téléphone et les échos remontant de la rue se manifestent lors du visionnage.

La langue de témoignage, choisie par l’interviewé, est souvent celle majoritaire dans son pays de résidence comme celle comprise par sa descendance, à laquelle il peut, via la collecte initiée par Spielberg, transmettre son histoire. Langue de prédilection des premières « écritures de la destruction », le yiddish n’est ainsi parlé de façon conséquente que dans environ 1 % des entretiens de la Visual History Archive. Il arrive cependant que « pendant l’interview, quand ils abordent des épisodes très douloureux, les survivants passent à une autre langue [et] reprennent leur langue maternelle[43] ». Couvrant sept guerres ou crimes de masse et tournée dans soixante-deux pays, la Visual History Archive comprend des entretiens menés dans quarante et une langues. Approfondir un sujet nécessite par conséquent souvent la maîtrise de plusieurs idiomes, seuls les témoignages sur les massacres de Nankin, ceux perpétrés par les Khmers rouges, le génocide des Arméniens et enfin certains des enregistrements sur le génocide des Tutsi au Rwanda étant à ce jour sous-titrés en anglais. Quant aux transcriptions, elles ne concernent à l’heure actuelle que neuf cents témoignages en allemand, disponibles depuis juillet 2016 grâce au travail de la Freie Universität Berlin[44]. Le récent accord conclu entre USC Shoah Foundation et ProQuest projette cependant de transcrire l’intégralité des plus de 54 000 témoignages, ceci pour le début des années 2020. Il sera alors possible de déployer considérablement les possibilités de recherche, déjà optimisées grâce à un système d’indexation à la minute comprenant plus de 62 000 mots clés[45]. Depuis 2005, la fondation se concentre en effet sur la numérisation, la conservation, l’accessibilité et la fonctionnalité de la Visual History Archive, comme en témoigne à nouveau son accord passé avec Google Maps en 2013[46]. En raison de ces évolutions technologiques comme de la masse d’informations sur les génocides et crimes de masse que conserve la Visual History Archive, USC Shoah Foundation atteint depuis plusieurs années son objectif de toucher un public américain et international de chercheurs.

Une source audiovisuelle singulière : la réception et les usages scientifiques de la Visual History Archive

L’ouverture au monde académique

Comme le précisent les mots prononcés en 1995 par la directrice de la Survivors of the Shoah Visual History Foundation Karen Nathanson, la Visual History Archive n’a certes pas été initialement conçue pour les chercheurs : « Plus tard les historiens vont pouvoir utiliser ces témoignages, mais on ne fait pas cela pour l’Histoire[47]. » Sept ans plus tard, trois premiers établissements universitaires (Rice University, Yale University et University of Southern California) disposent cependant, via une souscription, d’un accès en ligne à l’ensemble de la Visual History Archive. Quelques onze mois auparavant, la Survivors of the Shoah Visual History Foundation installait par ailleurs ses bureaux dans l’établissement University of Southern California (USC) à Los Angeles. Nouvelle implantation, nouveau projet, nouveau nom : une des missions de la nouvelle USC Shoah Foundation – The Institute for Visual History and Education est, depuis, de se tourner aussi vers la recherche en sciences sociales, ambition pour laquelle l’attachement à un établissement universitaire l’aide à gagner en légitimité[48]. Le nouveau directeur exécutif de la fondation, le Dr. Steven Smith en poste depuis août 2009, est par ailleurs lui-même un chercheur dont le domaine d’expertise concerne les répercussions des témoignages audiovisuels de rescapés de la Shoah sur la pensée comme les pratiques religieuses et philosophiques[49]. Quatre-vingt-cinq institutions universitaires ou bibliothèques dans quatorze pays dont la France disposent aujourd’hui d’un accès complet à la Visual History Archive et le Center for Advanced Genocide Research encourage fortement les recherches dans ce fonds[50]. Au-delà de leur portée pédagogique et mémorielle ou de leur force émotionnelle, qu’en est-il donc de l’apport scientifique de ces témoignages mais aussi de leurs limites ? Nous répondrons à cette question en nous arrêtant particulièrement sur le cas de la Visual History Archive comme source pour l’histoire de la Shoah et du monde juif, domaines de recherche qui, en plus d’être les nôtres, ont suscité d’intéressants débats autour de cette source.

Une source orale et un projet critiqués par certains historiens

Apprécier le potentiel scientifique de la Visual History Archive pour les historiens de la Shoah et du monde juif nécessite tout d’abord de revenir sur les nombreux débats quant à la fiabilité des sources orales, puis de questionner la méfiance particulière exprimée à l’égard de la collection de USC Shoah Foundation. Rappelons dans un premier temps que les réflexions d’historiens sur les usages des archives ont de longue date été amorcées en France. Repoussé par l’École méthodique de Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, envisagé par Marc Bloch à l’orée de sa vie mais non repris par la majorité de ses successeurs davantage préoccupés par le quantitatif, le structuralisme et la longue durée, le témoignage ne trouve dans un premier temps grâce qu’aux yeux d’historiens du politique ou de leurs collègues « subjectivistes[51] ». Fruit des réflexions de ces derniers, l’ouverture de la discipline française aux sources orales s’effectue surtout après Mai 1968. Dans ce contexte de bouleversement politique et social, les chercheurs comme le grand public s’intéressent davantage aux récits de vie, notamment sous l’influence des États-Unis, où se manifeste un véritable engouement pour ce phénomène culturel. Les historiens américains ont en effet adopté l’histoire orale avant leurs homologues français, pour certains dès leur accès au magnétophone au lendemain de la Seconde Guerre mondiale[52]. Ces pionniers de l’histoire orale outre-Atlantique étaient certes initialement tournés vers les « grands » hommes et donc éloignés de témoins anonymes tels que ceux compris dans la future Visual History Archive, mais nombre de leurs confrères reprennent par la suite, à partir des années 1970, les méthodes des sociologues de l’École de Chicago tournés vers les « sans voix » de l’histoire, ceci jusqu’à ce que s’opère récemment un rapprochement des deux écoles. Immergés dans la période d’effervescence politique et intellectuelle du tournant des années 1970, leurs confrères français commencent aussi à s’intéresser davantage aux témoignages. Servant tout d’abord la « Nouvelle histoire » puis les recherches sur la mémoire collective, l’histoire du temps présent et l’histoire politique, l’archive orale est désormais plus acceptée[53]. En dépit d’ouvertures scientifiques majeures aux témoignages, les historiens français et américains demeurent toutefois loin d’être unanimes quant à la valeur de cette source. Son usage demeure encore plus circonscrit dans l’Hexagone et ne saurait rompre la force de l’attachement traditionnel d’historiens français au primat de l’écrit[54]. Malgré ce que Florence Descamps décrivait en 2001 comme un « consensus de surface », les réticences et parfois même le mépris de certains historiens français pour le témoignage oral subsistent longtemps. Selon cette historienne spécialiste d’histoire orale, il en résulte une sous-utilisation de cette source, son usage secondaire, d’appoint, en tant que palliatif des archives écrites, qu’illustration ou confirmation de ces dernières[55]. De telles pratiques font inévitablement persister, de nos jours encore, la faible légitimité des sources orales.

Les blâmes « classiques » des témoignages se retrouvent dans le cas de ceux produits par des rescapés de la Shoah : oublis, imprécisions, rôle aléatoire de la relation personnelle entre le témoin et l’intervieweur, citation des mots d’un autre et assimilation, voire « contamination », de faits inscrits dans la mémoire collective. Ce dernier point revient d’autant plus régulièrement lorsqu’il s’agit de critiquer les témoignages sur la Shoah délivrés depuis les années 1990 que des lieux comme Auschwitz sont alors déjà beaucoup représentés dans la littérature ou le cinéma[56]. Les rescapés de la Shoah peuvent en outre avoir subi de forts traumatismes susceptibles d’augmenter les souvenirs « refoulés », d’autres se muant en « secrets » trop difficiles à avouer ou douloureux à raviver et de ce fait devenus tabous, certains éléments pouvant enfin être trop délicats, intimes ou incompréhensibles pour être partagés en dehors du groupe des rescapés[57]. Restent alors les souvenirs « publics », grandement majoritaires dans les témoignages bien que, eux aussi, naturellement sujets à caution[58]. Concernant enfin le cas particulier de la Visual History Archive, s’agissant de témoignages très médiatisés du fait de la notoriété de leur fondateur, la remarque d’Annette Wieviorka sur le procès Eichmann nous semble tout à fait pertinente dans le cas de la collection de Spielberg : « la télévision […] peut amener certains témoins ou acteurs de cette histoire [la Shoah], comme tout un chacun d’ailleurs, à outre-passer son témoignage, à le rendre plus conforme à ce qu’il imagine que le public attend de lui pour s’assurer ainsi une gloire dont il ne sait peut-être pas qu’elle est tout à la fois éphémère et fongible[59] ». Au-delà de sa thématique et de sa temporalité, le projet même de la Visual History Archive, son héritage hollywoodien et son objectif citoyen, n’aident en effet pas à légitimer la collection auprès de certains chercheurs tentés de dénigrer d’emblée cette source qu’ils ne considèrent pas comme étant assez scientifique. USC Shoah Foundation s’est certes assurée les conseils d’autres centres d’archives, d’historiens et de spécialistes d’histoire orale mais, face à l’urgence de collecter le plus vite possible, l’efficacité a nécessairement primé sur la rigueur de la méthode[60].

Une source au potentiel précieux, à aborder avec méthode

Bien que l’analyse des sources orales sur la Shoah nécessite donc un recul particulier, ces dernières s’avèrent singulièrement complexes à aborder selon l’historien Christopher Browning, la critique du témoignage oculaire « se charge[ant] d’affectivité dans l’étude du génocide juif, où les survivants, transformés en "messagers" d’un autre monde, seraient, dit-on, seuls capables de transmettre l’incommunicable d’une expérience indicible[61] ». Selon l’ancien responsable des archives Fortunoff Geoffrey Hartman, il convient néanmoins de ne pas confondre la vigilance avec la mise à l’index de l’histoire orale, qui serait inférieure à « quelque grand Livre de la Vérité Factuelle[62] ». Car malgré l’abondance des critiques exprimées à l’encontre des témoignages sur la Shoah et de la Visual History Archive en particulier, précisons que, comme l’affirme Annette Wieviorka, les témoignages de rescapés sont « indispensables si l’on veut écrire une histoire non seulement de la machine de destruction, mais aussi de ceux qui en furent les victimes », ces dernières n’ayant parfois laissé pour seule trace que leurs souvenirs rétrospectifs[63]. Christopher Browning a ainsi effectué la quasi-intégralité de sa recherche sur le camp-usine de Starachowice en se basant sur des témoignages d’anciens déportés, dont ceux de la Visual History Archive (qui représentent cent vingt-trois témoignages sur les quelques trois cents qu’il a étudiés), cette histoire étant, faute d’autres documents, selon lui impossible à écrire sans avoir recours massivement à cette source[64]. Les projets scientifiques du Center for Advanced Genocide Research démontrent quant à eux que la Visual History Archive est une source pertinente pour les recherches sur les génocides[65].  

Comme toute source orale, la Visual History Archive doit bien évidemment être abordée avec méthode, croisée avec d’autres sources et amplement critiquée[66]. Marc Bloch estimait en effet dès 1921 qu’« il n’y a pas de bon témoin ; il n’y a guère de déposition exacte en toutes ses parties » et que si l’historien peut avoir des « défiances […] souvent instinctives » face au témoignage, il se doit de les dépasser mais aussi de douter avec méthode[67]. Se refusant d’utiliser les difficultés de l’histoire orale comme prétexte pour éviter les difficultés que « soulève l’utilisation du témoignage oculaire des survivants », Christopher Browning s’est ainsi mis au « défi méthodologique et historiographique […] d’écrire une histoire scientifique » du camp-usine de Starachowice à partir de ces sources orales et explique soigneusement sa méthode de travail tout au long d’un ouvrage exemplaire sur l’usage des témoignages en histoire[68]. Il s’agit selon lui de maîtriser son émotion et son désir de croire à tout prix et, sans douter de la sincérité des témoins, à rechercher l’exactitude des faits rapportés et se fier à « une forme, très subjective, d’intuition acquise par l’historien au fil d’une longue immersion dans ces matériaux[69] ». Malgré le manque de compétences de certains intervieweurs de la Visual History Archive, Christopher Browning souligne aussi l’apport de leur intervention : sans eux, certains sujets ne seraient pas du tout abordés, les questions qu’ils posent pouvant amener le témoin à fournir des détails sur tout un pan de la persécution. Cet historien note par ailleurs que les témoignages les plus anciens ne sont pas forcément plus riches en détails et donc plus « dignes de foi » que les plus récents, ces derniers n’omettant souvent pas, contrairement aux idées reçues, les aspects les plus délicats de la guerre, qu’il peut être plus aisé de faire ressurgir avec les années de distanciation[70].

Si la Visual History Archive est donc incontestablement une source à aborder en ayant conscience des enjeux qui lui sont propres et en adoptant une posture critique adéquate, son apport peut être considérable pour de nombreux sujets de recherche, qu’ils concernent l’histoire comme d’autres disciplines (psychologie, géographie, sociologie, littérature, anthropologie…), les études sur la mémoire étant particulièrement susceptibles de trouver une riche matière dans cette source audiovisuelle[71]. La géographie culturelle de la Shoah est par exemple un domaine de recherche ayant fait dernièrement usage des témoignages de rescapés et notamment de ceux de la Visual History Archive[72]. De source, les témoignages peuvent également devenir les objets centraux de recherches portant sur leurs pratiques, évolutions, « migrations », médiations et enfin réceptions. La Visual History Archive a été l’objet, unique ou partiel, de plusieurs recherches dans ce secteur : outre le célèbre ouvrage de 1998 de l’historienne Annette Wieviorka, L’Ère du témoin, nous avons cité les travaux de Noah Shenker qui analysent en détail les modalités de la collection, et souhaitons attirer l’attention sur les recherches récentes d’histoire culturelle de Jeffrey Shandler, lesquelles fournissent un très riche exemple d’analyse de ces archives[73]. Il ne fait pas de doute que la Visual History Archive désormais accessible dans son intégralité à Paris, qu’elle soit analysée seule ou croisée à d’autres sources ou collectes récentes[74], peut offrir de nombreuses possibilités d’exploration dans de tels domaines.

Pour citer cet article : Constance Pâris de Bollardière, « Le témoignage à la caméra : la Visual History Archive, une source audiovisuelle pour la recherche sur la Shoah et les crimes de masse », Histoire@Politique, n° 33, septembre-décembre 2017 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] La collection continue d’acquérir et d’enregistrer de nouveaux témoignages. Les chiffres cités dans cet article ont été relevés le 31 août 2017. Pour une mise à jour précise de ces derniers, il est nécessaire de vérifier régulièrement la page du site de USC Shoah Foundation dédiée à la Visual History Archive.

[2] Un accès partiel à la collection est également disponible dans deux-cent-vingt-six institutions à travers le monde. Les témoignages de la Visual History Archive délivrés en français sont ainsi accessibles sur DVD à Paris au Centre d’enseignement multimédia du Mémorial de la Shoah. En France, l’ensemble de la collection est aussi accessible à l’ENS de Lyon.

[3] Nous recommandons aussi la lecture de l’article d’Emmanuel Debono, « Le recueil et la valorisation des témoignages de survivants à l’âge du numérique. La collection de l’USC Shoah Foundation », Études arméniennes contemporaines, 5, 2015, p. 211-229.

[4] L’expression est d’Annette Wieviorka, L’Ère du témoin, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2013 [1998].

[5] Samuel Kassow, Qui écrira notre histoire ? Les archives secrètes du ghetto de Varsovie, Paris, Grasset, 2011 [2007].

[6] A. Wieviorka, L’Ère du témoin, op. cit., p. 67.

[7] Ibid.

[8] Ibid., p. 17-79. Voir par exemple, Laura Jockusch, Collect and Record ! Jewish Holocaust Documentation in Early Postwar Europe, Oxford, Oxford University Press, 2012 ; Jan Schwarz, Survivors and Exiles: Yiddish Culture after the Holocaust, Detroit, Wayne University Press, 2015.

[9] « Destruction » en yiddish, terme employé dans le monde juif d’Europe orientale pour désigner ce que nous nommons de nos jours en français la Shoah.

[10] Georges Bensoussan, Katy Hazan et Audrey Kichelewski (dossier coordonné par), « "Et la terre ne trembla pas." La Shoah dans les Livres du souvenir », Revue d’Histoire de la Shoah, 200, mars 2014, p. 11.

[11] Alan Rosen, The Wonder of Their Voices: The 1946 Holocaust Interviews of David Boder, New York, Oxford University Press, 2010.

[12] Sur cette expression, voir l’introduction de Judith Lindenberg (ed.), Premiers savoirs de la Shoah, Paris, CNRS Éditions, 2017.

[13] Michael R. Marrus, « The Holocaust at Nuremberg », Yad Vashem Studies, 26, 1998, p. 5-41 et Annette Wieviorka, Le procès de Nuremberg, Paris, Liana Levi (coll. « Piccolo »), 2017 [1995], p. 194-196. Sur les projections de films à Nuremberg, voir Christian Delage, « L’image comme preuve : l’expérience du procès de Nuremberg », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 72 (4), 2001, p. 63-78.

[14] Sur la mémoire interne au monde juif en France, voir Simon Perego, « "Pleurons-les, bénissons leurs noms." Les commémorations de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale dans le monde juif parisien de 1944 à 1967 : rituels, mémoires et identités », thèse de doctorat d’histoire, Institut d’études politiques de Paris, Centre d’histoire de Sciences Po, 2016. Signalons par ailleurs que le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ne consacre pas pour autant en priorité ses publications aux témoignages des survivants de l’extermination, voir L. Jockusch, Collect and Record…, op. cit.. Sur le CDJC, voir aussi Johannes Heuman, The Holocaust and French Historical Culture, 1945-1965, Londres/New York, Palgrave Macmillan, 2015.

[15] François Azouvi, Le Mythe du grand silence. Auschwitz, les Français, la mémoire, Paris, Fayard, 2012.

[16] Hasia Diner, We Remember with Reverence and Love: American Jews and the Myth of Silence after the Holocaust, 1945-1962, New York, New York University Press, 2009 ; Peter Novick, L’Holocauste dans la vie américaine, Paris, Gallimard, 2001 [1999], p. 145.

[17] Sur le cas de la France, voir F. Azouvi, Le Mythe du grand silence…, op. cit., p. 160-182.

[18] A. Wieviorka, L’Ère du témoin, op. cit., p. 81-126.

[19] Ibid., p. 93-101 ; 112-113.

[20] Ibid., p. 117.

[21] Ibid., p. 128 ; Florence Descamps, L’Historien, l’archiviste et le magnétophone. De la constitution de la source orale à son exploitation, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France (coll. « Sources »), 2001, p. 31.

[22] Ibid., p. 103 ; A. Wieviorka, L’Ère du témoin, op. cit., p. 128.

[23] Ibid., p. 131.

[24] Annette Wieviorka, L’Heure d’exactitude. Histoire, mémoire, témoignage. Entretiens avec Séverine Nikel, Paris, Albin Michel (coll. « Itinéraires du savoir »), 2011 p. 149 ; 161-162.

[25] Ibid., p. 165.

[26] Geoffrey H. Hartman, The Longest Shadow: In the Aftermath of the Holocaust, Bloomington, Indiana University Press, 1996, p. 143. Sur les témoignages de la collection Fortunoff, voir aussi la présentation rédigée par l’archiviste Joanne Weiner Rudof, « A Yale University and New Haven Community Project: From Local to Global », 2012, disponible en ligne [consultation le 2 mai 2017].

[27] Il est désormais possible de les consulter à Paris au Centre d’enseignement multimédia du Mémorial de la Shoah.

[28] Une chronologie (Institute History Timeline) de la Visual History Archive est disponible sur le site de USC Shoah Foundation [consultation le 25 avril 2017].

[29] A. Wieviorka, L’Ère du témoin, op. cit., p. 171.

[30] Institute History Timeline.

[31] « New Dimensions in Testimony  » [consultation le 25 avril 2017].

[32] Il s’agit de cinquante dollars par entretien selon A. Wieviorka, L’Ère du témoin, op. cit., p. 148.

[33] Ibid., p. 160.

[34] Noah Shenker, Reframing Holocaust Testimony, Bloomington, Indiana University Press, 2015, p. 121.

[35]Ibid., p. 118-120. Le guide pour les intervieweurs de la Visual History Archive (Interviewer Guidelines), est disponible sur le site de USC Shoah Foundation.

[36] Ibid., p. 119 ; G. Hartman, The Longest Shadow…, op. cit., p. 145.

[37] A. Wieviorka, L’Ère du témoin, op. cit., p. 147.

[38] N. Shenker, Reframing Holocaust Testimony, op. cit., p. 113 ; 119.

[39] A. Wieviorka, L’Ère du témoin, op. cit., p. 148.

[40] Ibid., p. 151 ; 153 ; 157 ; N. Shenker, Reframing Holocaust Testimony, op. cit., p. 149, citant Walter Reich, « Unwelcome Narratives: Listening to Suppressed Themes in American Holocaust Testimonies », Poetics Today, 27 (2), été 2006, p. 466.

[41] N. Shenker, Reframing Holocaust Testimony, op. cit., p. 150.

[43] Annette Lévy-Willard, « La Shoah par 39 000 voix. Initiée par Spielberg, une fondation a interviewé tous les rescapés », Libération, 12 janvier 1998 [consultation le 25 avril 2017]. Pour une plus ample analyse de l’usage du yiddish dans les témoignages de la Visual History Archive, voir Jeffrey Shandler, Holocaust Memory in the Digital Age. Survivors’ Stories and New Media Practices, Stanford University Press, 2017, chapitre 3: « Language: In Other Words ».

[44] Institute History Timeline.

[46] N. Shenker, Reframing Holocaust Testimony, op. cit., p. 115 et Institute History Timeline.

[49] « Institute Welcomes New Executive Director, Stephen Smith », 17 août 2009 [consultation le 25 avril 2017].

[51] F. Descamps, L’Historien, l’archiviste et le magnétophone…, op. cit., p. 79-81 ; 93-97.

[52] Ibid., p. 32-38 ; 59-59 ; 75-77.

[53] Ibid., p. 36-39 ; 104-108-144.

[54] Ibid., p. 11-41 ; 110-112 ; Vincent Duclert, « Archives orales et recherche contemporaine. Une histoire en cours », Sociétés & Représentations, 2002 (1), 13, p. 76-77.

[55] F. Descamps, L’Historien, l’archiviste et le magnétophone…, op. cit., p. 2 ; 451 ; 561.

[56] G. Hartman, The Longest Shadow…, op. cit., p. 134 ; 141-142 ; A. Wieviorka, L’Heure d’exactitude…, op. cit., p. 164-165.

[57] Christopher R. Browning, À l’intérieur d’un camp de travail nazi. Récits des survivants : mémoire et histoire, Paris, Fayard/Pluriel, 2013 [2010], p. 47-49 ; A. Wieviorka, L’Heure d’exactitude…, op. cit., p. 170.

[58] C. Browning, À l’intérieur d’un camp de travail nazi…, op. cit., p. 49.

[59] A. Wieviorka, L’Ère du témoin, op. cit., p. 101.

[60] N. Shenker, Reframing Holocaust Testimony, op. cit., p. 114-115. La Visual History Archive n’est cependant pas la seule collecte de témoignages sur la Shoah médiatisée à être abordée de façon critique par les historiens. Voir notamment Christian Ingrao et Jean Solchany, « La "Shoah par balles". Impressions historiennes sur l’enquête du père Desbois et sa médiatisation », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 102 (2), 2009, p. 3-18.

[61] C. Browning, À l’intérieur d’un camp de travail nazi…, op. cit., p. 43-44.

[62] G. Hartman, The Longest Shadow…, op. cit., p. 135.

[63] A. Wieviorka, L’Heure d’exactitude…, op. cit., p. 163.

[64] C. Browning, À l’intérieur d’un camp de travail nazi…, op. cit., p. 44.

[65] Voir à ce sujet la liste des conférences organisées par le centre de recherches.

[66] Florence Descamps présente en détail des clés pour une utilisation optimisée, raisonnée et éthique des témoignages par les historiens dans L’Historien, l’archiviste et le magnétophone…, op. cit., p. 455-477 ; 531-550 et 557-683.

[67] Marc Bloch, Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, Paris, Éditions Allia, 1999, p. 10 [1921].

[68] C. Browning, À l’intérieur d’un camp de travail nazi…, op. cit., p. 35-36 ; 44.

[69] Ibid., p. 43-45 ; 46.

[70] Ibid., p. 41 ; 46 ; 49.

[71] Le site internet du Center for Advanced Genocide Studies propose quant à lui une liste non exhaustive de travaux pour lesquels la Visual History Archive a été consultée. Pour des exemples de publications récentes d’historiens citant la Visual History Archive, voir Sonia Combe, Une vie contre une autre. Échange de victime et modalités de survie dans le camp de Buchenwald, Paris, Fayard, 2014 et Shannon L. Fogg, Stealing Home: Looting, Restitution, and Reconstructing Jewish Lives in France, 1942-1947, Oxford, Oxford University Press, 2017.

[72] Voir par exemple le travail de Simone Gigliotti sur « l’expérience spatiale dans les témoignages de l’USC Shoah Foundation » : sfi.usc.edu/profiles/simone-gigliotti [consulté le 14 avril 2017], ainsi que son article « A Mobile Holocaust? Rethinking Testimony with Cultural Geography » dans Claudio Minca et Paolo Giaccaria (eds.), Hitler's Geographies : The Spatialities of the Third Reich, Chicago, University of Chicago Press, 2016, p. 329-347. 

[73] Jeffrey Shandler, « Holocaust Survivors on Schindler’s List ; or, Reading a Digital Archive against the Grain », American Literature, 85 (4), décembre 2013, disponible en ligne sur la plateforme Scalar et Idem, Holocaust Memory in the Digital Age…, op. cit.

[74] Nous pensons par exemple aux témoignages sur le 13 novembre 2015 dont l’exploitation est menée par l’historien Denis Peschanski en collaboration avec de nombreux partenaires publics ainsi que ceux menés par l’Institut d’histoire du temps présent sous la direction de l’historien Christian Delage, ainsi qu’aux nombreuses autres collectes de témoignages sur la Shoah ou sur le monde juif : notamment celles de Yahad-In-Unum, de la Hebrew University of Jerusalem, du United States Holocaust Memorial Museum, du National Yiddish Book Center, ou encore celles conservées au Centre d’enseignement multimédia du Mémorial de la Shoah. Concernant les recherches sur les témoignages en cours en France, voir par exemple le programme du séminaire « Savoirs du témoignage en Europe au XXe siècle » organisé à l’EHESS en 2016-2017 par Frédérik Detue, Charlotte Lacoste, Judith Lindenberg et Judith Lyon-Caen ainsi que Christian Delage, « Les récits d’un survivant de la Shoah, Simon Srebnik », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2016 (4), 132, p. 61-76.

Constance Pâris de Bollardière

Constance Pâris de Bollardière est docteure en histoire de l’EHESS. Ses recherches portent sur le socialisme juif et la culture yiddish aux États-Unis et en France après la Shoah. Elle travaille depuis 2016 au George and Irina Schaeffer Center for the Study of Genocide, Human Rights and Conflict Prevention de l’American University of Paris, où elle est notamment en charge de la valorisation de la Visual History Archive. Elle a récemment publié « "Ecritures de la destruction" et reconstruction : Yankev Pat, auteur et acteur du monde yiddish. Le cas de Paris, 1944-1948 », dans Judith Lindenberg (ed.), Premiers savoirs de la Shoah (Paris, CNRS Éditions, 2017, p. 275-291) et co-écrit avec Henry Rousso, Laure Fourtage, Julia Maspero et Simon Perego le catalogue de l’exposition Après la Shoah. Rescapés, réfugiés, survivants (1944-1947) (Paris, Editions du Mémorial de la Shoah, 2016). Parmi ses autres publications se trouvent : « The Jewish Labor Committee's Bundist Relief Network in France, 1945-1948 » (Kwartalnik Historii Żydow/Jewish History Quarterly, 246 (2), 2013, p. 293-301), « Mutualité, fraternité et travail social chez les bundistes de France, 1944-1947 » (Archives Juives. Revue d’histoire des Juifs de France, 45 (1), 2012, p. 27-42).

Mots clefs : témoignage, vidéo; Shoah; génocide; crime de masse; rescapé; histoire orale / Testimony; Video ; Holocaust; Genocide; Mass Crime; Survivor; Oral History.

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