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« Les hommes et les femmes qui ont fait l'Europe »

Colloques | 06.12.2007 | Christine Bousquet-Labouérie
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Le département d’histoire de Tours a organisé le 8 novembre 2007 une journée dans le cadre de la préparation des concours du CAPES et de l’agrégation d’histoire à la nouvelle question d’histoire contemporaine sur l’Europe. À partir de quelques portraits incontournables Konrad Adenauer (Sylvie Guillaume), Jean Lecanuet (Nadine Chaline), Felipe Gonzalez (Mathieu Trouvé), Pierre Pflimlin (Jean-Pierre Williot) ou Édouard Heath (Philippe Chassaigne), mais aussi ceux des femmes françaises Louise Weiss, Marcelle Devaud, Irène de Lipkowski, et Simone Veil bien sûr (Yves Denéchère), ainsi que le portrait d’un peuple engagé - les Luxembourgeois - et récompensé comme peuple européen par le prix Charlemagne (Benoit Majerus), c’est tout le processus européen qui a été balayé depuis la Seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1990. Acteurs ou annonciateurs, hérauts et héros du processus de la construction européenne, connus voire très connus pour certains, plongés dans l’oubli si ce n’est dans l’ignorance pour d’autres, ces portraits ont tracé l’histoire d’un mouvement lent, difficile, suscitant réserves, inquiétudes, mais aussi irrésistible et porteur d’enthousiasme.

Derrière les portraits, ce sont aussi des réactions collectives qui ont été dessinées, celles d’une Allemagne inquiète, soucieuse de sa réintégration dans le concert des nations à égalité de droit, celle d’une Espagne enthousiaste persuadée de la chance historique qui s’ouvrait à elle, celle d’une France réticente qui a toujours peiné à promouvoir les acteurs et les actrices de la construction, celle d’une Angleterre partagée, enthousiaste parfois, suspicieuse souvent, celle, enfin, d’un Luxembourg persuadé de son destin européen, médiateur parfait entre l’Allemagne et la France. Ces réactions connues ne sont pas toujours aussi tranchées et l’intérêt de cette journée a bien été de revenir sur ces aspects évidents : l’exemple des peurs luxembourgeoises devant la construction européenne et le refus de l’installation des institutions européennes à Luxembourg est un exemple fort des prudences collectives qui, partout, ont accompagné la naissance d’un nouvel ensemble. Cette construction européenne unique dans l’histoire politique et culturelle - aucun autre continent et aucune période n’ont jamais participé à un tel processus - a été accompagnée de bien des réticences et le désir de paix ou plutôt l’obligation de paix née de la catastrophe de 1939-1945 n’ont pas toujours masqué les antagonismes et les désirs nationaux ; le reproche traditionnellement fait à la Grande-Bretagne de vouloir sa propre promotion au sein du nouvel espace s’applique à toutes les politiques nationales depuis les premières années. Si Adenauer fut européen c’est en rhénan, allemand et catholique atlantiste, si Pflimlin le fut ce fut en alsacien, et Gonzalez par désir de tirer un trait définitif sur la déchirure espagnole. Les ancrages européens ne furent pas de circonstance pour Lecanuet, Heath ou Pflimlin qui adoptèrent l’idée européenne bien avant qu’elle soit formalisée : les allées et venues des uns et des autres, leur parcours politique les ont amenés à l’Europe avant la guerre, ou très tôt après celle-ci ; Heath fut « européen » dès ses voyages de 1937-1939 dans un continent déjà fort mal en point et son premier discours de député, en juin 1950 fut en faveur de l’Europe. Par-delà les destinées individuelles dont seules celle d’Adenauer, de Gonzalez et de Heath, dans une mesure moindre, connurent un véritable succès, ce sont les hésitations, les oppositions vaincues, et les carrières en demi-teinte d’un Lecanuet, d’un Pflimlin, ou d’une Simone Veil qui ont triomphé dans le développement d’une Europe communautaire, sans que justice ne leur soit toujours rendue.

Nul doute que les étudiants qui ont participé à cette journée trouveront là du grain à moudre pour alimenter d’exemples précis leur dissertation de concours, mais nul doute non plus que les citoyens qu’ils sont, auront réfléchi à la construction du monde dans lequel ils vivent et qu’ils enseigneront. La méconnaissance des réalités européennes, le blanc général à la question d’Yves Denéchère sur le nom de leur député européen sont des signaux forts et concrets du travail à fournir aussi dans ce domaine.

Christine Bousquet-Labouérie

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  • ISSN 1954-3670