Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Comment exposer l'art soviétique ?

Expositions | 14.06.2019 | Rachel Mazuy

Si de nombreux colloques sont venus émailler les commémorations des Révolutions de 1917, il n’en a pas été de même pour la production éditoriale française qui s’est souvent contentée de rééditions. C’est encore plus vrai si on compare Londres et Paris sur le terrain des expositions commémoratives.


Laurent Gutierrez, Patricia Legris (dir.), Le Collège unique. Éclairages socio-historiques sur la loi du 11 juillet 1975,

Ouvrages | 11.06.2019 | Annie Bruter

Ce livre est issu d’un séminaire qui s’est tenu en 2015 à l’occasion du quarantième anniversaire de la loi créant le collège unique, dite « loi Haby » du nom du ministre qui la fit voter durant la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Ce collège unique, notre collège actuel, remplaçait les anciens collèges d’enseignement secondaire où les élèves bénéficiaient d’enseignements différents selon la filière où ils étaient affectés : il prétendait ainsi offrir à tous les élèves une égalité de parcours. L’accessibilité de nombreuses archives a permis aux membres du séminaire d’étudier plusieurs aspects de l’élaboration de la loi, de sa mise en œuvre et de ses résultats.


Evgeny Finkel, Ordinary Jews. Choice and Survival During the Holocaust,

Ouvrages | 04.06.2019 | Jan Burzlaff

La Shoah et sa mémoire nous hantent. Pourtant, parmi le déferlement massif de livres, d’expositions et de films pour lesquels une vue d’ensemble n’est même plus maîtrisable pour un spécialiste, certaines études se démarquent. Depuis une bonne dizaine d’années, la voix des victimes juives a émergé, même si la voix des femmes et des enfants fait encore parfois défaut. La plupart des récits se contentent cependant de dépeindre les expériences des survivants juifs. Ordinary Jews (Juifs ordinaires), le récent livre de Evgeny Finkel, politologue enseignant à l’antenne de la Johns Hopkins University à Washington D.C. (USA), va plus loin en analysant, par une variété de sources jusqu’ici inexplorées, comment les juifs réagissaient à la persécution puis à l’extermination. Il contribue, ce faisant, à répondre à l’une des questions fondamentales de la Shoah : comment explique-t-on les différences du taux de survie des victimes juives dans l’espace et le temps ? D’emblée, le titre évoque celui des hommes ordinaires, l’ouvrage de référence de Christopher R. Browning de 1992 qui démontrait que le bataillon 101 de la police de l’ordre (Ordnungspolizei), composé d’hommes d’âge moyen de Hambourg, avait tué environ 83 000 juifs en raison de la pression de leurs semblables, de l’obéissance à l’autorité et des circonstances de la guerre. Evgeny Finkel, qui a gagné le prix du meilleur doctorat de l’American Political Science Association, nous convie ici à une histoire au plus près des victimes au croisement de l’histoire et de la science politique. Avec une question abrupte dans sa formulation, mais particulièrement féconde pour l’historien : les juifs avaient-ils des choix face au génocide ?


Alexandre Marchant, L’impossible prohibition. Drogues et toxicomanie en France, de 1945 à nos jours,

Ouvrages | 21.05.2019 | Mariana Broglia de Moura

L’impossible prohibition est une fascinante enquête historique qui étudie la place de la France dans le mouvement plus large de renforcement de la prohibition des drogues engagé dans les années 1970, avec notamment la « guerre aux drogues » déclarée par Richard Nixon en 1971. En dix-sept chapitres et près de cinq cents pages, Alexandre Marchant explore en détail la période 1945-2017, restée jusqu’ici peu étudiée par l’historiographie des drogues en France[1]. Il déploie son enquête à de multiples niveaux, des évolutions du champ de la toxicomanie et du trafic illicite au niveau national et international à la difficile définition des politiques publiques et de leur application par les acteurs sociaux, sanitaires ou policiers. Il étudie également le rôle d’agents moins connus : militants de la contre-culture, « gros bonnets » du trafic international ou simples usagers. On ne peut être qu’impressionné par la richesse de l’ouvrage et la variété des sources mobilisées. Ce livre, issu d’une thèse de doctorat de grande importance, et que l’auteur a su rendre aussi agréable qu’un roman policier tout en maintenant sa rigueur, démêle les fils qui constituent aujourd’hui le problème des drogues au croisement de la toxicomanie et du trafic illicite.


Sylviane de Saint Seine, La Banque d’Angleterre. Une marche erratique vers l’indépendance, 1977-2007

Ouvrages | 23.04.2019 | Alexis Drach

Aux spécialistes des banques centrales, l’ouvrage de Sylviane de Saint Seine offre une perspective stimulante : celle d’une spécialiste du monde anglophone, aux méthodes et aux approches quelque peu différentes de celles des historiens et plus encore des économistes. L’ouvrage La Banque d’Angleterre. Une marche erratique vers l’indépendance ne repose pas sur une vaste enquête archivistique, et n’offre pas un récit « de l’intérieur » de la banque centrale. Mais à partir d’entretiens, de rapports publiés et de mémoires des acteurs concernés, elle livre une histoire politique de celle-ci, vue des grands partis britanniques, de leurs états-majors et des gouvernements. Elle accorde également une place importante à l’histoire des idées et aux influences extérieures au Royaume-Uni. Outre qu’il fournit une analyse complémentaire des travaux déjà existants sur la Banque d’Angleterre et l’indépendance des banques centrales, dont peu s’aventurent encore au-delà des années 1980, ce travail, issu de la thèse de doctorat de l’auteure, offre donc un regard intéressant par rapport aux approches habituelles du central banking plus centrées sur les aspects techniques et institutionnels internes des banques centrales.


Frank Georgi, L’autogestion en chantier. Les gauches françaises et le « modèle » yougoslave (1948-1981)

Ouvrages | 23.04.2019 | Michel Dreyfus

L’autogestion a fasciné une partie considérable de la gauche française allant de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et des chrétiens de gauche, aux trotskystes et aux libertaires, en passant par le Parti socialiste unifié (PSU), sans oublier même certains socialistes. Cette notion a eu en effet son heure de gloire en France en 1968 et dans la décennie qui suivit, avant de disparaître rapidement de la scène politique sous le premier septennat de François Mitterrand. Mais l’autogestion n’est pas née de la seule imagination des étudiants et des ouvriers français lors du joli mois de Mai. Ses origines commencent vingt ans plus tôt dans un pays qui a disparu aujourd’hui de la scène : la Yougoslavie de Tito. L’autogestion a été connue en France grâce à un transfert culturel avec ce pays. L’histoire de l’autogestion en Yougoslavie a fait l’objet de nombreux travaux et la plupart sont bien oubliés aujourd’hui. En revanche, on ne savait que fort peu de choses sur les modalités selon lesquelles l’autogestion a été défendue dans l’Hexagone par de petits milieux, le plus souvent intellectuels, avant qu’elle ne surgisse sur le devant de la scène en 1968. C’est l’objet du livre de Frank Georgi, issu de son mémoire d’habilitation à diriger les recherches.


Emmanuel Debruyne, «Femmes à Boches». Occupation du corps féminin dans la France et la Belgique de la Grande Guerre,

Ouvrages | 16.04.2019 | Delphine Barré

« Bochasse », « paillasses à boches », « pouyes » ou encore « femmes à Boches », autant de termes, dont l’un est emprunté comme titre de l’ouvrage par Emmanuel Debruyne, qui nous amènent à nous interroger sur la place des femmes en situation d’occupation, ici au cours de la Première Guerre mondiale. L’auteur prend ainsi pour cadre dix départements, regroupant le Nord de la France ainsi que la Belgique, placés sous occupation allemande durant les quatre années du conflit. Il s’attache à étudier les points de contact entre ces deux populations, occupants et occupés, tout en focalisant son travail d’historien sur le point de vue féminin, qui se situe encore à la marge des études historiques et de la « culture de guerre », malgré quelques études s’attachant à comprendre quelle fut la place de ces dernières au cours du XXe siècle, initiées notamment par l’historien Fabrice Virgili s’agissant de la Seconde Guerre mondiale.


Anatole Le Bras, Un enfant à l’asile. Vie de Paul Taesch (1874-1914),

Ouvrages | 16.04.2019 | Marie Derrien

C’est en dépouillant des dossiers médicaux dans le cadre de sa recherche doctorale qu’Anatole Le Bras a fait la découverte archivistique à l’origine de ce livre : dans un dossier plus épais que les autres, il repère un texte d’une dizaine de pages intitulé « mes mémoires ». Cette autobiographie, rédigée en mars 1856, fait entendre à l’historien la voix de Paul Taesch, un jeune homme de 22 ans interné à l’asile Saint-Anathase, près de Quimper. S’inscrivant dans la lignée de travaux qui s’attachent à prendre en compte la parole longtemps négligée des malades, l’ouvrage d’Anatole Le Bras est ainsi consacré à un écrit d’aliéné. Celui-ci n’est cependant ni un témoignage destiné à être diffusé en dehors de l’asile, à la manière des pamphlets antialiénistes étudiés par Aude Fauvel, ni un écrit de commande, couché sur le papier sous l’injonction d’un médecin, comme on en trouve de multiples exemples dans la littérature médicale de l’époque. C’est pour plaider sa cause auprès du médecin-directeur que Paul Taesch, décidé à obtenir sa sortie, dresse le bilan de sa vie. Dans un récit aux allures d’examen de conscience, il raconte une existence chaotique, débutée à l’orphelinat et marquée par plusieurs séjours dans les asiles parisiens jusqu’à son transfert en Bretagne. Pourtant, Paul Taesch n’a pas toujours vécu entre les murs de diverses institutions et l’intérêt de son parcours réside justement dans ses allers-retours répétés entre l’hôpital et le monde extérieur.


Emmanuel Garnier, L’empire des sables. La France au Sahel 1860-1960,

Ouvrages | 16.04.2019 | Mehdi Sakatni

Comment l’histoire coloniale peut-elle expliquer la situation politique actuelle du Sahel ? Emmanuel Garnier propose d’analyser l’évolution de « la ceinture méridionale du vaste désert saharien » sous domination française, de la présence des premiers explorateurs jusqu’aux indépendances africaines. À l’intérieur d’un plan qui présente successivement la chronologie de la conquête militaire, les outils et méthodes de l’imposition de l’autorité coloniale, l’action médicale et enfin la gestion administrative du territoire conquis par les méharistes, l’auteur parcourt un siècle de présence française dans les marges saharo-sahéliennes. L’objectif avoué consiste tout à la fois à tenter d’expliquer l’attrait de « l’aventure coloniale » au Sahel et d’apporter un éclairage historique sur la situation politique troublée de la région dans la dernière décennie.


Renaud Meltz, Pierre Laval, un mystère français,

Ouvrages | 02.04.2019 | Raphaël Spina

Après le Pétain de Bénédicte Vergez-Chaignon, le monumental Pierre Laval de Renaud Meltz fera date. Pour retracer le destin du numéro 2 du régime de Vichy, l’auteur synthétise une masse peu commune de témoignages et d’archives. Il a écumé les papiers déposés par le clan Laval à la Fondation Josée et René de Chambrun, mais aussi des fonds diplomatiques, ministériels, judiciaires et policiers. Sont aussi épluchés la presse du temps, les biographies apologétiques ou à charge publiées du vivant de Laval, les journaux intimes des contemporains. Les documents vont des bulletins scolaires du jeune Pierre aux précieux souvenirs de Charlotte Charpentier, sa discrète maîtresse, fortuitement redécouverts. En passant par les innombrables lettres de sollicitation, soutien ou blâme, reçues par l’Auvergnat au cours de sa longue carrière. Des notes saisissantes de début juillet 1940 montrent comment Laval liste, cerne et entreprend chaque parlementaire à qui il veut faire voter le suicide de la République.


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  • ISSN 1954-3670