Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

De la « mission civilisatrice » à l’aide internationale dans les pays du Sud : acteurs, pratiques et reconfigurations au XXe siècle

Coordination : Marie-Luce Desgrandchamps et Damiano Matasci

Humanitaire provincial et internationalisme : Elizabeth Wilson et Hudfam, 1943-1990

Bertrand Taithe
Résumé :

Cet article explore le lien entre internationalisme et mobilisation locale à travers le cas de l’activiste pacifiste et humanitaire Elizabeth Wilson, établie à Huddersfield (Royaume-Uni) entre 1943 et 1990. Personnalité (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

La trajectoire et les activités d’Elizabeth Wilson (1910-2000) est emblématique d’un humanitaire de province et du quotidien en Grande-Bretagne[1]. Cette humanitaire local et ces formes d’aide et de solidarité transnationales sont encore peu étudiées par les historiens alors qu’elles revêtent une importance financière et sociale majeure. Intéressée à la fois par des causes humanitaires, pacifistes et par les débats sociaux au niveau local, plus précisément dans sa ville de Huddersfield, au nord de l’Angleterre, cette femme déploie son activisme dans une région profondément transformée par l’immigration industrielle de l’après-guerre. En 1943, elle fonde notamment le Huddersfield Famine Relief Committee (Hudfam), organisation parallèle au Oxford Committee for Famine Relief (Oxfam), s’engage dans le mouvement pacifiste et participe activement au développement du bouddhisme britannique.

Alors que l’histoire des associations caritatives et des œuvres religieuses locales a été principalement abordée dans ses rapports avec les politiques sociales et le développement de l’État-providence[2], l’analyse de leur processus d’internationalisation entre les années 1940 et les années 1990 est un chantier encore récent. Cet article postule qu’une grande partie de l’histoire de l’humanitaire contemporain se fait au quotidien et s’écrit dans une langue vernaculaire qui ignore la plupart des termes de la technicité humanitaire de ces trente dernières années. Inspirée du « tournant démotique » de Graeme Turner, ce prisme d’analyse privilégie l’intelligibilité linguistique d’un humanitaire participatif et quotidien qui fonctionne via des réseaux sociaux informels[3]. Ce dernier s’ancre dans les termes et les réseaux de la vie courante plutôt que dans la recherche de la professionnalisation marquée par l’usage d’un jargon technocratique et l’établissement de rapports étroits avec les donateurs institutionnels et étatiques. Dans ce sens, il se distingue de ce que certains nomment le mouvement des Refugee Diaspora Organizations (RDO)[4], tout comme de l’humanitaire du volontariat spontané ou citoyen qui se développe dans des situations de crise.

La vie d’Elizabeth Wilson qui, malgré son engagement dans Hudfam et dans les instances nationales d’Oxfam, s’est toujours définie comme une « simple mère de quatre enfants, originaire de Fartown », sert ici de fil conducteur pour mieux comprendre l’ancrage profond des thèmes humanitaires dans le quotidien et éclairer comment ils s’articulent à des dynamiques plus globales[5]. Cet article s’inscrit ainsi dans la lignée des travaux de Matthew Hilton sur la nature ordinaire des pratiques politiques humanitaires et s’appuie sur des sources issues d’archives institutionnelles et personnelles d’une richesse rare, comprenant des carnets, des mémoires et des notes de voyage, le tout complété par deux volumes autobiographiques[6].

L’humanitaire quotidien et « démotique » dans l’historiographie

L’histoire des œuvres caritatives et celle de l’humanitaire sont souvent traitées au sein de champs académiques distincts : à la première, l’espace domestique et l’invention du social, à la seconde l’imaginaire de la solidarité internationale et de l’action hors des frontières (on parlera plus tard de « sans-frontiérisme »). Dans ce dernier cas, les humbles origines des mouvements humanitaires internationaux ont souvent été mises en lumière[7], comme en témoignent les travaux portant sur Eglantyne Jebb[8], sur les médecins parisiens et de Tonus[9] ou encore sur les origines universitaires d’Oxfam[10]. Leurs débuts souvent modestes et de nature associative contrastent fortement avec le formidable développement de Save the Children (sous ses différentes formes), d’Oxfam ou de Médecins sans frontières à la fin du XXe siècle[11]. Ces organisations, devenues internationales, se sont très clairement éloignées de leurs origines plutôt artisanales, même si elles conservent des branches nationales.

Leur degré d’enracinement dans des réseaux sociaux locaux est encore insuffisamment explorée par l’historiographie, en particulier par les travaux adoptant une approche institutionnelle portée parfois par un projet commémoratif. Il y a cependant des exceptions : la recherche a aussi laissé la part belle à l’étude d’organismes plus modestes, souvent d’inspiration religieuse et dont la présence toujours renouvelée dans les crises force l’admiration jusqu’à frôler parfois l’hagiographie. Des mouvements comme celui des quakers, omniprésent dans les secours humanitaires depuis la famine irlandaise[12], en passant par des épisodes comme la guerre d’Espagne et celle de Corée, occupent ainsi une place importante dans les rayons des bibliothèques[13]. Grands correspondants et auteurs de mémoires, les quakers ont notamment fourni des sources historiques très précieuses qui ont permis de reconstituer leurs réseaux personnels et familiaux[14].

Elizabeth Wilsonadoptece mouvement religieux mais dans le cadre de sa quête spirituelle. En cela elle imite un peu le quakerisme qui, dans l’après-guerre, devient un groupe moins cohérent et clos qu’auparavant en raison des évolutions de sa théologie. Elle ne naît pas dans le quakerisme et n’est pas le produit de l’une de ses dynasties philanthropiques. Elle l’embrasse au cours de son parcours religieux et humanitaire. Dès les années 1930, en effet, elle entreprend une véritable quête théologique, qui débute par l’étude des mystiques féminines du christianisme avant de se porter sur les enseignements du bouddhisme zen dans les années 1960 et 1970[15]. L’étude des religions est, pour Elizabeth Wilson, un élément essentiel de son engagement humanitaire. Ses voyages personnels se ponctuent ainsi de visites d’églises et de temples, de retraites spirituelles, de méditations et de rencontres avec des bonzes ou des gourous hindouistes.

Or, ce qui pourrait n’être qu’une initiation individuelle à la spiritualité orientale devient un élément crucial des réseaux humanitaires d’une ville tout entière. À travers son engagement dans les milieux religieux et associatifs, Elizabeth Wilson fait du récit de ses voyages un outil de communication promouvant les travaux humanitaires pour lesquels elle œuvre. C’est dans les écoles, les salles paroissiales et les organisations féminines que son action se déploie[16]. Son activisme combine différentes facettes de l’action humanitaire et du pacifisme, mêlant des causes locales et internationales, mais ayant toujours comme dénominateur commun le souci d’agir pour changer le monde en partant d’abord de son voisinage.

Un humanitaire local : le cas d’une femme au foyer d’Huddersfield

Il faut donc étudier la trajectoire d’Elizabeth Wilson à partir de sa localité d’adoption depuis 1936, Huddersfield, ville d’environ 100 000 habitants située dans l’ouest du Yorkshire (Yorkshire West Riding). Entourée de villages industriels, cette ville est au cœur d’une région à l’industrialisation extrêmement ancienne. Elle est en 1940 le principal site du tissage de la laine peignée (Worsted), et selon Edward Thompson, elle serait l’un des berceaux de la conscience de classe ouvrière anglaise et des premières révoltes luddites[17]. Son industrie textile, minière, chimique et ses usines d’ingénierie en font un pôle d’immigration pour les ouvriers des pays de l’Europe de l’Est avant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que pour les travailleurs provenant des Caraïbes, d’Inde et du Pakistan après 1945[18]. Au niveau religieux, la ville se caractérise par sa diversité et le non-conformisme, puisqu’elle rassemble des communautés baptistes, méthodistes, quakers, catholiques, anglicanes et des témoins de Jehova. À celles-ci, il faut ajouter la présence du sikhisme, de l’hindouisme et de différentes expressions de l’Islam. La vitalité civique de la ville s’est toutefois érodée graduellement à la suite de la centralisation de l’État britannique et aux réorganisations administratives effectuées à partir des années 1960[19].

Pendant plus de quarante ans, Huddersfield est aussi le site d’une petite organisation appelée Huddersfield Famine Relief Committee (Hudfam). C’est chez Elizabeth Wilson, en 1943, que ce comité est créé. Originaire de Richmond, cette enseignante s’est installée à Huddersfield avec son mari, Hugh Wilson, un docteur en chimie de l’université de Cambridge travaillant pour les Imperial Chemical Industries (ICI), le géant de la chimie britannique[20]. Elizabeth et Hugh se sont rencontrés dans une réunion de l’église unitarienne et partagent des convictions pacifistes. Hugh étant objecteur de conscience et détenant un rôle important dans l’industrie, le couple demeure dans la ville pendant toute la période de la Seconde Guerre mondiale. Elizabeth s’engage dans l’accueil de réfugiés juifs allemands, en hébergeant deux personnes dans les premières années du conflit. Du fait de son mariage, elle n’exerce plus son métier de professeur de géographie et se lance dans la promotion d’œuvres pour les enfants pauvres. Elle ne devient toutefois pas une activiste de Save the Children[21], préférant se pencher sur les souffrances lointaines, notamment en Inde. En 1942, déjà proche de la mouvance du quakerisme, elle accueille chez elle une réunion dirigée par Vera Brittain, membre de la Peace Pledge Union, à la suite de laquelle elle décide de fonder, en 1943, un comité pour répondre à la famine coloniale du Bengale[22] : Hudfam.

À cette période, plus de trois cents comités locaux se créent pour répondre en levant des fonds aux crises générées par les pratiques de guerre totale du gouvernement britannique, ce qui n’est pas sans susciter des polémiques politiques[23]. La plupart d’entre eux réagissent à la famine d’Athènes de 1941-1942 provoquée en partie par le blocus britannique[24], à l’instar de celui d’Oxford : Oxfam. Selon Maggie Black, la formulation d’un discours critique fait partie intégrante de l’identité de cette dernière organisation et explique entre autres les tensions constantes qui caractérisent sa relation avec l’État britannique[25]. Dès leur fondation, Oxfam et Hudfam partagent donc une vision commune des méfaits de la guerre. De plus, alors que la plupart des organisations régionales disparaissent à la fin de la guerre, les activités d’Hudfam, comme celles d’Oxfam, se poursuivent après le conflit. Elles constituent à cet égard des exceptions. Alors qu’Oxfam bénéficie de réseaux intellectuels et politiques influents ainsi que de l’expérience de l’homme d’affaires Cecil Jackson Cole – l’artisan de son succès financier et le fondateur des magasins caritatifs qui ont depuis assuré son ancrage dans le paysage urbain britannique[26] –, Hudfam parvient à prolonger son existence grâce aux activités d’un cercle plus étroit de volontaires féminines et à l’appui des politiciens locaux, parmi lesquels se trouve notamment le maire de la ville[27]. D’autres réseaux, nourris par d’anciennes expériences professionnelles et politiques, y contribuent aussi. Elizabeth Wilson a en effet travaillé dans les écoles maternelles et les œuvres sociales de la ville en tant que bénévole alors que son mari, Hugh milite au parti travailliste (Labour Party) et siège pour ce parti au conseil municipal. Pour assurer leur financement, les militants de Hudfam réactivent également les techniques des œuvres caritatives de la période victorienne : les jours du drapeau (flag days) sont ainsi l’occasion d’effectuer des quêtes dans la rue et dans les entreprises, tandis que de petites réunions dans des salles paroissiales et des écoles leur permettent de lever quelques fonds[28]. Contrairement à leur intitulé, les jours du drapeau ne sont pas des journées patriotiques, mais l’occasion de parader et de vendre des petits drapeaux au sigle de Hudfam avec l’autorisation et le soutien des autorités municipales.

La longévité de cette micro-organisation s’explique en outre par le renouvellement et la diversité des causes internationales qu’elle embrasse. Durant la guerre de Corée, de 1950 à 1953, Hudfam lève des fonds pour les victimes du conflit ; puis, en 1958, l’organisation s’associe à la campagne internationale organisée pour l’année des réfugiés[29]. En 1962-1963, Hudfam s’implique aussi dans la campagne contre la faim lancée par les Nations unies et fait partie des réseaux associatifs qui, selon Anna Bocking Welch, renouvellent la cause de l’internationalisme à l’heure de la décolonisation[30]. Si elle n’avait pas évolué vis-à-vis de sa mission première – la lutte contre la faim –, la petite organisation aurait pu fermer ses portes juste après la guerre. En cela, elle aurait suivi le chemin de la très grande majorité des œuvres caritatives internationales établies depuis l’ère victorienne[31]. Souvent parfaitement capables de lever des sommes extrêmement importantes, ces organisations temporaires mettent en effet un terme à leurs activités dès la fin d’une urgence, parfois pour reformer peu après un nouveau comité. À cette époque, inscrire une œuvre humanitaire dans un temps long et au-delà d’un mandat unique est donc un développement et une institutionnalisation qui relève de l’exception plutôt que de la règle.

Voyage et activisme

En 1960, Elizabeth Wilson reçoit un héritage de sa mère qui lui permet d’entreprendre des voyages vers des destinations « humanitaires », lors desquels elle tisse des contacts avec des organisations que Hudfam serait susceptible de financer. Grâce à ses missions, qui représentent un aspect important de son travail, elle devient l’émissaire international de Hudfam. Dès 1960, elle rend visite aux réfugiés de la guerre d’Algérie et aux victimes du tremblement de terre d’Agadir, qui reçoivent par la suite des vêtements et de l’argent en provenance de Huddersfield. Hudfam finance, dans ce cas précis, des œuvres quakers. Elizabeth Wilson se rend également en Palestine en 1967, au Cambodge en 1968, au Bangladesh en 1971-1972, au Vietnam en 1973, au Liban au printemps 1975 et au Sri Lanka en 1981[32]. Ses mémoires et ses écrits les plus riches sont consacrés à ses rencontres personnelles, et plus particulièrement à ses voyages en Inde. C’est dans ce pays qu’elle découvre par ailleurs la spiritualité hindouiste, approfondit sa connaissance de l’œuvre de Gandhi et fait la rencontre du militantisme associatif indien[33]. Ces voyages aux frontières de la guerre se ponctuent de visites et de rencontres portant sur des questions de développement et de lutte contre la faim, sujets très consensuels au sein de Hudfam. Les séjours lui permettent non seulement de visiter les orphelinats, les centres quakers et les projets d’Oxfam, mais aussi de mettre en place un lien direct entre donateurs et récipiendaires. Elle peut ainsi documenter l’utilisation par des orphelins marocains de couvertures tricotées à Huddersfield, superviser la distribution de vêtements d’occasion récoltés par Hudfam, ou encore suivre l’évolution des œuvres financées par les donateurs[34]. L’ensemble de ces expériences est ensuite relaté dans les colonnes du quotidien local, The Huddersfield Daily Examiner, dont elle est la seule correspondante à l’étranger[35].

Alors que le travail d’Elizabeth Wilson se tourne vers l’extérieur, Hudfam promeut en parallèle des formes de commerce caritatif qui contribuent à sa survie. À partir de 1960, l’organisation importe des objets fabriqués à Hong Kong par des réfugiés chinois du Lutheran World Service du pasteur Stumpf[36]. En 1963, l’ouverture d’un magasin de bric-à-brac et de vêtements usagés permet de pérenniser les activités de ce qui était encore un petit groupe d’activistes[37]. Promouvant un véritable « commerce équitable », Hudfam distribue des œuvres artisanales produites par des réfugiés et fait campagne pour lever les droits sur le commerce caritatif international[38]. À cet égard, elle joue un rôle pionnier et anticipe les activités mises en place plus tard par Oxfam avec qui elle entretient des liens étroits. À partir des années 1960, Hudfam lui reverse en effet les deux tiers de ses revenus et, en contrepartie, s’associe et revendique certaines de ses actions. Entre 1953 et 1990, Hudfam aurait pu se fondre entièrement dans Oxfam et devenir l’une des branches locales d’une organisation en voie de développement rapide. Cette possibilité n’aurait pas déplu à Elisabeth Wilson, dont la présence dans les instances décisionnelles d’Oxfam confirme la proximité entre les deux organisations[39]. Toutefois, Hudfam n’est pas totalement assujettie à Oxfam. Elle conserve ses spécificités et une certaine autonomie qui lui permettent de lancer des campagnes et de soutenir des causes parfois sans grand souci de diplomatie. Elle est même parfois en avance sur les positions prises plus tard par Oxfam.

Cela est particulièrement vrai des activités pacifistes d’Elizabeth Wilson et de son engagement en faveur du désarmement unilatéral. Son action politique se structure autour d’un militantisme pacifiste inspiré de Gandhi mais avec un ancrage dans la tradition quaker. Ainsi, en 1962, Elizabeth Wilson est arrêtée et emprisonnée en Écosse après une manifestation contre le déploiement de sous-marins porteurs de missiles Polaris[40]. L’évènement ne passe pas inaperçu et fait l’objet de plusieurs articles de presse[41]. Elle s’y définit à nouveau comme « une mère de Fartown », explique que ses convictions sont profondément inspirées par le quakerisme et prend ses distances avec la campagne pour le désarmement nucléaire[42]. Ce recours à un registre religieux est particulièrement significatif, surtout dans un contexte politique dominé localement par le parti travailliste dans lequel milite son mari. Sur la question du désarmement nucléaire, le parti travailliste de Hugh Gaitskell et Harold Wilson est en effet profondément divisé durant toutes les années 1960, le premier étant mis en minorité par une motion pacifiste lors d’un congrès tenu en octobre 1960. L’arrestation d’Elizabeth Wilson n’est donc pas un acte anodin. Au sein de Hudfam, on lui reproche de politiser indûment le mouvement et elle est même mise en retrait de la direction, tout en restant l’une de ses militantes principales.

Si en 1962 Elizabeth Wilson appartient tout autant à un pacifisme d’origine religieuse qu’à celui exprimé lors de la campagne pour le désarmement nucléaire, son engagement et son désir d’agir s’approfondissent avec les années. En avril 1967, elle prend ainsi part à une organisation pacifiste, la Non Violent Action in Vietnam, créée dans la lignée de la déclaration des Cent de Bertrand Russell, qui se propose de servir de bouclier humain contre les bombardements américains au Nord Vietnam[43]. Ce projet utopiste, basé à Londres, est pensé comme une forme d’activisme direct. Le comité est toutefois incapable de négocier un accès au Nord Vietnam en novembre et, à la recherche d’une frontière à passer, les vingt-six pacifistes se retrouvent dans le centre sportif de Phnom Penh le 5 janvier 1968. Hôtes encombrants de Sihanouk, ils deviennent l’objet de la curiosité des médias français et cambodgiens[44]. Sans qu’ils puissent en mesurer l’ampleur, ils sont les témoins des bombardements américains au Cambodge, qu’Elizabeth Wilson peut photographier dans la province de Svay Rieng[45]. Frustrée par l’inutilité politique de ce voyage, elle tente de rejoindre une autre expédition pacifiste, le Non Violent Peace Action Group à Hong Kong et de prendre part au second voyage du voilier américain Phoenix of Hiroshima[46]. En février 1967, celui-ci avait procédé à une livraison de denrées humanitaires à Haiphong : son équipage composé de quakers américains compte alors renouveler l’expérience, mais cette fois-ci en direction de Saigon[47].

L’offensive du Têt le 30 janvier 1968 met toutefois fin à cette initiative et Wilson se contente de protester devant le consulat américain et auprès des soldats américains en permission à Hong Kong. Cette période d’engagement sur le terrain, toujours couverte dans le Huddersfield Daily Examiner, l’amène à produire un diaporama présenté lors de plusieurs conférences intitulées « Une visite aux frontières du Vietnam ». Elle en fait bénéficier les écoles, les branches locales de la United Nations Association[48], ainsi que les groupes de prière quaker de « Aylesbury à Ayr[49] ». Au nom de Hudfam, Elizabeth Wilson combine donc activisme pacifiste international et documentation humanitaire.

Entre local et global

Si les voyages constituent un aspect important de son activisme humanitaire, Elizabeth Wilson agit aussi activement dans sa région. Au cours des années 1960 et 1970, dans son quartier de Fartown (dont près de 70 % de la population est aujourd’hui d’origine étrangère), elle s’implique tout particulièrement dans l’accueil des femmes immigrées. Elle lutte également pour l’inscription des pratiques religieuses hindoues et musulmanes dans le calendrier religieux des écoles primaires. Son époux siégeant au conseil municipal de la ville et au comité en charge des écoles, elle utilise ses contacts pour créer des cours ouverts sur la spiritualité indienne et l’Islam, combinant son intérêt pour l’éducation, ses orientations spirituelles et humanitaires avec son engagement en faveur des nouveaux arrivants[50]. Dès 1968, dans l’école située à Mold Green, on célèbre ainsi la fête de Diwali, « fête des lumières » issue de la tradition hindouiste. Ces initiatives se démarquent de ce que Erich Bleich appelle un « multiculturalisme passif » et placent Huddersfield à la pointe d’une politique qui se développe dans les années 1970 visant l’inclusion de religions autres que le christianisme dans les programmes d’éducation religieuse[51]. Ce travail reçoit une reconnaissance nationale lorsqu’en 1968 le Premier ministre Harold Wilson effectue une visite dans son ancienne école de Royds Hall à Huddersfield, organisée par le conseil municipal et le mari d’Elizabeth[52]. En 1968, elle fonde l’International Women Society for Asians ainsi qu’une organisation d’enseignement de l’anglais à domicile pour les femmes immigrées de sa ville[53].

Cet activisme local est nourri non seulement par la découverte spirituelle des religions du sous-continent, mais aussi, plus pragmatiquement, par les visites répétées d’acteurs du Sud avec lesquels Elizabeth Wilson entame des échanges épistolaires. Par exemple, la correspondance qu’elle entretient depuis la famine en 1943 avec un moine de Calcutta appartenant à l’ordre Ramakrishna, Swami Lokeswarananda, continue jusque dans les années 1970. Une enseignante indienne passe aussi quatre mois chez Elizabeth Wilson en 1968-1969[54]. Les liens intimes entre l’Inde et la famille Wilson se renforcent aussi lorsque John Wilson – le fils d’Elisabeth et Hugh – part travailler dans les zones tribales des Nilgiri Hills dans le cadre d’un projet sanitaire et éducatif pour lequel sa mère et Hudfam lèvent des fonds à la fin des années 1970[55].

La lecture des archives d’Elizabeth Wilson, notamment en ce qui concerne les rapports étroits qu’elle entretient avec des acteurs indiens, laisse par ailleurs entrevoir des liens de partenariat sud-nord plus complexes qu’il n’y paraît. L’influence qu’exerce sur elle ce qu’elle appelle les « réseaux hindous » contribue à un renversement du projet philanthropique des débuts. D’une pratique dominée par l’offre des philanthropes du Nord, on passe à une pratique répondant aux demandes directes des acteurs du Sud. Dès lors, les relations de pouvoir identifiées par Monika Krause et définies comme la « commercialisation [commodification] des bénéficiaires[56] » évoluent, comme en témoignent les trajectoires d’autres micro-organisations, qui inventent un humanitaire ordinaire, enraciné dans la vie quotidienne et laissant une grande latitude aux acteurs du Sud[57].

Polymathe et polyactiviste, Elizabeth Wilson représente un cas d’étude particulièrement intéressant pour examiner les reconfigurations de l’histoire de l’humanitaire au XXe siècle. Sa spiritualité est sans doute l’aspect le plus marquant de sa trajectoire. Durant toute sa vie, elle entretint une multitude de réseaux religieux, allant du quakerisme au bouddhisme, qui à leur tour alimentèrent ses autres réseaux humanitaires et pacifistes sans que, pour Elizabeth Wilson, il n’y ait une quelconque différence. Sa quête du divin passait en effet par un culte de l’humanité. Ses écrits les plus tardifs révèlent d’ailleurs une existence sans cesse perturbée par une remise en question quotidienne.

Hudfam ne survit pas à la mort de ses premiers activistes. En 1990, après quarante-sept années d’existence, l’organisation ferma ses portes et transféra ses ressources à Oxfam, qui maintient depuis une forte présence dans les rues de la ville notamment en reprenant le centre logistique de Hudfam et ses dépôts de vêtements usagés. Reflétant un « activisme de la localité » et la délocalisation des réseaux de solidarité par des partenariats individuels, l’histoire d’Hudfam participe pleinement à celle de la globalisation. À cet égard, les échanges financiers, les voyages et la découverte religieuse et politique d’Elizabeth Wilson ressemblent, toute proportion gardée, à un voyage initiatique qui préfigure la « piste hippie » décrite par Sharif Gemie et Brian Ireland[58]. Aussi, sa trajectoire personnelle témoigne d’une œuvre charitable « démotique », établie dans une langue vernaculaire et caractérisée par des pratiques administratives qui, au quotidien, sont davantage le prolongement de son ancrage dans son monde social que le fruit d’une professionnalisation sectorielle. Cette étude de cas permet ainsi de dessiner les contours d’une histoire de l’humanitaire plus complexe, où le rôle des États est faible et où l’internationalisme est véhiculé à travers des engagements religieux et pacifistes provinciaux.

Pour citer cet article : Bertrand Taithe, « Humanitaire provincial et internationalisme : Elizabeth Wilson et Hudfam, 1943-1990 », Histoire@Politique, n° 41, mai-août 2020 [en ligne : www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Cet article prolonge les réflexions développées dans Bertrand Taithe, « Demotic Humanitarians : Historical Perspectives on the Global Reach of Local Initiatives », Third World Quarterly, vol. 40, n° 10, 2019, p. 1781-1798

[2] Karen Wright, « Generosity vs. Altruism : Philanthropy and Charity in the United States and United Kingdom, Voluntas : International Journal of Voluntary and Nonprofit Organizations, vol. 12, n° 4, 2001, p. 399-416.

[3] Graeme Turner, Ordinary People and the Media : The Demotic Turn, Londres, Sage Publications, 2010.

[4] Par exemple, Louise Olliff, « From Resettled Refugees to Humanitarian Actors : Refugee Diaspora Organizations and Everyday Humanitarianism », New Political Science, vol. 40 n° 4, 2018, p. 658-74.

[5] Matthew Hilton, « Politics is Ordinary : Non-Governmental Organizations and Political Participation in Contemporary Britain », Twentieth Century British History, tome 22, n° 2, 2011, p. 230-268. Voir aussi l’introduction générale de ce dossier de numéro de la revue Histoire@Politique rédigée par Damiano Matasci et Marie-Luce Desgrandchamps.

[6] Le premier volume fut publié par les presses Quaker de York en 1998. Le second volume, plus intime, est disponible dans les archives de Hudfam déposées aux West Yorkshire Archives Kirklees (WYAK). Le fond d’archives privées est constitué de dix-neuf carnets de voyages, d’une collection d’articles de presse et de plusieurs milliers de diapositives.

[7] Voir le travail de Rebecca Gill, Calculating Compassion : Humanity and Relief in War, Britain 1870-1914, Manchester, Manchester University Press, 2013.

[8] Linda Mahood, Feminism and Voluntary Action : Eglantyne Jebb and Save the Children, 1876-1928, New York, Palgrave Macmillan, 2009 ; Emily Baughan, « Every Citizen of Empire Implored to Save the Children ! Empire, Internationalism and the Save the Children Fund in Inter-War Britain », Historical Research, tome 86, no 231, 2013, p. 116-137 ; Francesca Wilson, Rebel Daughter of a Country House: Life of Eglantyne Jebb, Londres, Allen & Unwin, 1967.

[9] Eleanor Davey, Idealism Beyond Borders : The French Revolutionary Left and the Rise of Humanitarianism, 1954-1988, Cambridge, Cambridge University Press, 2015 ; Peter Redfield, Life in Crisis : The Ethical Journey of Doctors Without Borders, Berkeley, University of California Press, 2013.

[10] Maggie Black, A Cause for Our Times: Oxfam - The First 50 Years, Oxford, Oxford University Press, 1992.

[11] Michael Barnett, The Empire of Humanity : A History of Humanitarianism, Ithaca, Cornell University Press, 2011 ; Michael Barnett et Thomas G. Weiss (eds.), Humanitarianism in Question : Politics, Power, Ethics, Cornell Paperbacks, Cornell University Press, 2008.

[12] Norbert Götz, « "Moral Economy" : its Conceptual History and Analytical Prospects », Journal of Global Ethics, tome 11, n° 2, 2015, p. 147-162.

[13] Ilana Feldman, « The Quaker Way : Ethical Labor and Humanitarian Relief », American Ethnologist, tome 34, no 4, 2007, p. 689-705.

[14] Le titre pionnier dans ce domaine historiographique est le livre de Leonore Davidoff et Catherine Hall, Family Fortunes : Men and Women of the English Middle Class 1780-1850, Londres, Routledge, 1987. Voir aussi, Daniel Maul, « American Quakers, the Emergence of International Humanitarianism and the Foundation of the American Friends Service Committee 1890-1920 », dans Johannes Paulmann (ed.), Dilemmas of Humanitarianism in the Twentieth Century, Oxford, Oxford University Press, 2016, p. 63-87 ; Daniel Maul, « The Politics of Neutrality : The American Friends Service Committee and the Spanish Civil War, 1936-1939 », European Review of History : Revue européenne d’histoire, tome 23, n° 1-2, 2016, p. 82-100.

[15] Archives Wilson, Red book, 9.5-16 cm. Women mystics : Japan 1973 blue note book, 10-16 cm. Ce dossier contient des pages intitulées VIETNAM datées de 1973.

[16] Maggie Andrews, The Acceptable Face of Feminism : the Women’s Institute as a Social Movement, London, Lawrence & Wishart, 1997.

[17] Edward P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, Paris, Le Seuil, [1963] 1988, p. 476-495.

[18] Hillary Haigh (ed.), Huddersfield, a Most Handsome Town : Aspects of the History and Culture of a West Yorkshire Town, Huddersfield, Kirklees Cultural Services, 1992 ; Duncan Scott, « West Pakistanis in Huddersfield : Aspects of Race Relations in Local Politics », Journal of Ethnic and Migration Studies, tome 2, no 1, 1972, p. 38-43.

[19] Tobias Jung, Jenny Harrow, Susan D. Phillips, « Developing a Better Understanding of Community Foundations in the UK’s Localisms », Policy & Politics, tome 41, n° 3, 2013, p. 409-427.

[20] Imperial Chemical Industries (ICI) employait jusqu’à 4 000 employés sur son site de Huddersfield créé en 1916. Voir Maurice Rayner Fox, Dye-makers of Great Britain 1856-1976 : a History of Chemists, Companies, Products and Changes, Imperial Chemical Industries PLC, 1987.

[21] Sur l’histoire de STC durant la guerre, voir Luvy Noakes, « "Serve to Save" : Gender, Citizenship and Civil Defence in Britain 1937–1941 », Journal of Contemporary History, tome 47, no 4, 2012, p. 734-753.

[22] L’analyse de cette famine est au cœur des travaux de l’économiste indien Amartya Sen. Voir son article « Starvation and Exchange Entitlements: a General Approach and its Application to the Great Bengal Famine », Cambridge Journal of Economics, tome 1, n° 1, 1977, p. 33-59.

[23] Auriol Law-Smith, « Response and Responsibility : The Government of India’s Role in the Bengal Famine, 1943 », South Asia : Journal of South Asian Studies, tome 12, n° 1, 1989, p. 49-65.

[24] Violetta Hionidou, Famine and Death in Occupied Greece, 1941-1944, Cambridge, Cambridge University Press, 2006 ; Dimitri Michalopoulos, « The Famine in the Major Athens Agglomeration and Dealing with It, 1941−1942 », Prager wirtschafts-und sozialhistorische Mitteilungen-Prague Economic and Social History Papers, tome 24, n° 2, 2016, p. 23-34.

[25] Voir Maggie Black, A Cause For Our Times…, op. cit..

[26] Jessica A. Field, « Consumption in lieu of Membership : Reconfiguring Popular Charitable Action in Post-World War II Britain », VOLUNTAS : International Journal of Voluntary and Nonprofit Organizations, tome 27, n° 2, 2016, p. 979-997 ; Andrew Jones, « British Humanitarian NGOs and the Disaster Relief Industry, 1942-1985 », PhD Diss., University of Birmingham, 2014.

[27] WYAK, Hudfam papers, KC1030/1/1 Huddersfield Refugee week 1957. Famine Relief Committee Annual Reports for 1945-1990. Voir aussi Adam J. Millar, Huddersfield’s Humanitarians : A History of the Aims and Origins of the Huddersfield and District Famine Relief Committee, Master Diss., University of Huddersfield, 2018. Adam Millar et moi-même travaillons sur un autre article portant sur Elizabeth Wilson et son univers onirique. Cf. Archives Wilson, Dream book – 1997 ; 1993 dreams, note book 10-16 cm.

[28] WYAK, KC1030/1/5 1973-1990 Flag Day accounts. Sur une époque précédente, voir Sarah Roddy, Julie-Marie Strange, Bertrand Taithe, The Charity Market and Humanitarianism in Britain, 1870-1912, Londres, Bloomsbury, 2018.

[29] Peter Gatrell, Free World : The Campaign to Save the World’s Refugees,1956-1963, Cambridge, Cambridge University Press, 2011, p. 141-56. WYAK, Hudfam papers, KC1030/1/1 Huddersfield Refugee week 1957. Famine Relief Committee Annual Reports for 1945-1990. L’année des réfugiés est une initiative des Nations unies en 1958 et constitue un tournant selon Gatrell dans les politiques internationales vis-à-vis des réfugiés.

[30] Anna Bocking-Welch, « Imperial Legacies and Internationalist Discourses : British Involvement in the United Nations Freedom from Hunger Campaign, 1960-1970 », The Journal of Imperial and Commonwealth History, tome 40, n° 5, 2012, p. 879-896.

[31] Daniel Weinbren, « Supporting Self-Help : Charity, Mutuality, and Reciprocity in Nineteenth-Century Britain », dans Bernard Harris, Paul Bridgen (dir.), Charity and Mutual Aid in Europe and North America Since 1800, Londres, Routledge, 2012, p. 75-96 ; Peter A. Hall, « Social Capital in Britain », British Journal of Political Science, tome 29, no 3, 1999, p. 421-422.

[32] Archives Wilson, Black notebook, 9.5-16.5, 1st Trip India and Assam, 1966 ; Red Notebook, 9.5 cm-16.3 Israel, August 1967. Visits to orphanages and institutions ; Black notebook, 11-17.5 cm, Cambodia and Hong Kong, 1968 ; Bordeaux notebook, 1968 Bordeaux note book, 9.5-15.5, India, Bangladesh, 1971-1972 Amritsar ; Red note book, 9.5-16 cm, loose cover, India 1971/72, India, Bangladesh, Nepal, Jellunda, Amritsar, Bangalore, Madras ; 1973 Vietnam, reporter tablet, blue, 10-16 ; Spiral notebook, orange, Lebanon Easter 1975, 10 x 16.5 cm ; India Jan 1978, Bombay John; Red note book, 10-16 cm ; Sri Lanka, 1981, note book Rob & John, 10-16 cm.

[33] Le répertoire pacifiste de Ghandi lui était déjà familier. Sean Scalmer, « The Labor of Diffusion : the Peace Pledge Union and the Adaptation of the Gandhian Repertoire », Mobilization : An International Quarterly, tome 7, n° 3, 2002, p. 269-286.

[34] Les archives des diapositives d’Elizabeth Wilson comprennent quelques images d’Oxfam et un certain nombre de cartes et de photos permettant la mise en contexte des voyages. Voir par exemple les boîtes suivantes : Archives Wilson, Hong Kong 3, Clothing handout Quakers (1969) ; Morocco, Agadir, 1960 ; Cambodia boxes 1-3, Vietnam, 1973, Saigon, 1973 ; Oxfam Jim Howard Sanitation and Emergency housing, vers 1967.

[35] Wilson Archives, Blue folder, « Aftermath in Agadir », Huddersfield Daily Examiner, 14 décembre 1961 ; « Scene that Catches at heart and leads to world beyond », The Huddersfield Daily Examiner, 15 février 1965 ; « I have known Poorer People in Huddersfield », The Huddersfield Daily Examiner, 26 février 1965 ; « A Leper colony run by a hard working idealist », The Huddersfield Daily Examiner, 5 mars 1965 ; « Suddenly the Sun caught the peaks of Kanchenjunga », The Huddersfield Daily Examiner, 8 avril 1965 ; « Lepers Afraid to Enter hospital if they get there », The Huddersfield Daily Examiner, 26 mars 1965 ; « Vietnam Self-Help and Rehabilitation », The Huddersfield Daily Examiner, 16 octobre 1973.

[36] Maggie Black, A Cause for our Time…, op. cit., p. 99.

[37] La boutique se trouvait sur l’un des axes centraux de la ville, au 6 Queen Street. WYAK, Hudfam papers, KC547/2/1.

[38] Ce sujet a fait l’objet d’une conférence à Huddersfield en juin 2019 intitulée Humanitarian Handicraft. Voir le site internet : https://www.humanitarianhandicrafts.com/(dernière consultation le 15 septembre 2019).

[39] Bodleian Library, Oxford, Oxfam PRG/1/2/1. Asia grant committee of the executive committee.

[40] Brian Lavery, « The British Government and the American Polaris Base in the Clyde », Journal for Maritime Research, tome 3, n° 1, 2001, p. 130-145.

[41] Archives Wilson, Blue folder Letter from the Sheriff court in Argyll, 18th August 1962 ; Huddersfield Daily Examiner, 29 August 1962, « Mrs Wilson was named for Bench ».

[42] « Fartown mother goes to Gaol », Huddersfield Daily Examiner, clipping, Archives Wilson, blue folder, 16 August 1962. Elle passera quelques semaines en prison et sera libérée sous caution.

[43] En cela, le projet rappelle la mouvance des organisations de propagande analysées par Holger Nehring dans « National Internationalists : British and West German Protest Against Nuclear Weapons, the Politics of Transnational Communications and the Social History of the Cold War, 1957-1964 », Contemporary European History, tome 14, n° 4, 2005, p. 580.

[44] Pat Arrowsmith, To Asia in Peace : Story of a Non-violent Action Mission to Indo-China, London, Sidgwick & Jackson Ltd, 1972, p. 73

[45] Archives Wilson, diapositives, Cambodia 3. À la fin 1968, selon les données américaines, les 2 565 sorties de bombardements au Cambodge ne représentent que 214 tonnes d’explosifs. Les années suivantes ont fait du Cambodge l’un des territoires les plus bombardés au monde (2 756 941 tonnes entre 1969 à 1973). Voir Taylor Owen, Ben Kiernan, « Bombs over Cambodia », Third World Resurgence, vol. 201, 2007, p. 41 ; Ben Kiernan et Taylor Owen, « Making More Enemies than We Kill ? Calculating US Bomb Tonnages Dropped on Laos and Cambodia, and Weighing Their Implications », Asia-Pacific Journal-Japan focus, tome 13, n° 17, 2015, p. 89-94.

[46] Elizabeth Wilson, Encounters on the Way, York, Sessions of York, 1998, p. 136.

[47] Marcus Grudzinski, « Quakers Sail to Vietnam : the American Friends Service Committee and Peace Activism », https://mulocalhistoryprojects.org/afsc/afscphoenix/ (dernière consultation le 15 septembre 2019). Le voyage du Phoenix est financé par le Quaker Action Group Initiative et le American Friends Service Committee. La Canadian Broadcasting Corporation produit un documentaire intitulé « Voyage of the Phoenix » en 1967. Voir Elizabeth Jelinek Boardman, The Phoenix Trip : Notes on a Quaker Mission to Haiphong, Burnsville, Celo Press, 1985 ; Tarik W. Kamil, « The Politics of Time and Eternity : Quaker Pacifists and Their Activism During the Vietnam War Era », PhD Diss., Ohio University, 2006, p. 173-212. 

[48] Voir Frank Field, « 60 years of UNA-UK », https://www.una.org.uk/sites/default/files/60%20Years%20of%20UNA-UK_0.pdf (dernière consultation le 15 septembre 2019).

[49] Elizabeth Wilson, « Hong Kong Action », dans Pat Arrowsmith (ed.), To Asia in Peace, London, London Sidgwick and Jackson, 1972, p. 126.

[50] WYAK, Hudfam papers, Elizabeth Wilson, KC1030/2/1 1960s-1970s education including religious education ; Sur la crise religieuse des années 1960, voir Hugh McLeod, The Religious Crisis of the 1960s, Oxford, Oxford University Press, 2007.

[51] Erik Bleich, « From International Ideas to Domestic Policies: Educational Multiculturalism in England and France », Comparative Politics, vol. 31, n1, 1998, p. 84.

[52] Cette visite est documentée dans les archives privées dans les diapositives 1968 PM (Royds).

[53] Elizabeth Wilson, Encounters on the Way, op. cit., p. 194.

[54] Ibid., p. 190-196.

[55] Wilson Archives, red note book, 10-16 cm, visit to India and her son John, January 1978

[56] Monika Krause, The Good Project, Chicago, University of Chicago Press, 2014, p. 49-53.

[57] À cet égard, voir Bertrand Taithe, « Demotic Humanitarians: Historical perspectives on the Global Reach of Local Initiatives », op. cit.

[58] Sharif Gemie, Brian Ireland, The Hippie Trail, Manchester, Manchester University Press, 2017.

Bertrand Taithe

Bertrand Taithe est professeur d’histoire culturelle à l’Université de Manchester, où il dirige le Humanitarian and Conflict Response Institute. Il est membre du conseil scientifique du Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humains (CRASH) (Médecins sans frontières, MSF) ainsi que l’un des éditeurs de la Revue d’histoire européenne / European Review of History et du Journal of Humanitarian Affairs. Ses travaux récents comprennent « The End of Missionary Hubris ? » (dans European Missions in the Arab World, Brill, 2020, p. 133-154) ; « L’humanitaire spectacle? Corps blessés et souffrance durant le siège de Paris » (Revue d’histoire du XIXe siècle, 2020, pp. 177-190) ; « Compassion Fatigue: the Changing Nature of Humanitarian Emotions », (dans Emotional Bodies : The Historical Performativity of Emotions, University of Illinois Press, 2019, p. 242-262) ; « Between the border and a hard place: negotiating protection and humanitarian aid after the Genocide in Cambodia, 1979-1999 » (dans M. Barnett [eds.], Human Rights and Humanitarianism, Cambridge University Press, p. 219-234).

Mots clefs : humanitaire ; activisme de base ; pacifisme ; quakerisme ; travaillisme ; Humanitarian ; Grassroot Activism; Pacifism ; Quakerism ; Labour.

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Nathalie Berny, Défendre la cause de l’environnement. Une approche organisationnelle
  • Dans cet ouvrage tiré de son habilitation à diriger des (...)
  • lire la suite
  • • Maria Grazia Meriggi, Entre fraternité et xénophobie. Les mondes ouvriers parisiens dans l’entre-deux-guerres et les problèmes de la guerre et de la paix,
  • Maria Grazia Meriggi, professeure à l’Université de Bergame, spécialiste (...)
  • lire la suite
  • • Marie Moutier-Bitan, Les champs de la Shoah. L’extermination des Juifs en Union soviétique occupée 1941-1944
  • Alors que la connaissance historique autour de la Shoah et (...)
  • lire la suite
  • • Łukasz Stanek, Architecture in Global Socialism : Eastern Europe, West Africa and the Middle East in the Cold War
  • Depuis la synthèse rédigée en 2011 par David Engerman[1], (...)
  • lire la suite
  • • Relire Tardieu et le comprendre
  • André Tardieu, La paix, Paris, Perrin, 2019, préface de Georges (...)
  • lire la suite
  • • Offenser le chef de l’État en France
  • L’imposant volume proposé par le professeur de droit public (...)
  • lire la suite
  • • Une loi pour les archives : l’étape majeure de 1979 en France
  • Si la loi du 3 janvier 1979 sur les archives a (...)
  • lire la suite
  • • Paul Vaillant-Couturier l’écrivain
  • L’ouvrage Paul Vaillant-Couturier : écriture et politique publié aux Éditions (...)
  • lire la suite
  • La Llorona de Jayro Bustamante (2019)
  • Les dictatures latino-américaines ont toujours été une source d’inspiration (...)
  • lire la suite
  • • Jérôme Pozzi (dir.), De l’attachée de presse au conseiller en communication. Pour une histoire des spin doctors
  • Cet ouvrage dirigé par Jérôme Pozzi est issu d’une journée (...)
  • lire la suite
  • • Xavier Paulès, La République de Chine. Histoire générale de la Chine (1912-1949)
  • Ses lecteurs sauront d’emblée gré à Xavier Paulès du (...)
  • lire la suite
  • • Catherine Davies, Transatlantic Speculations. Globalization and the Panics of 1873
  • La crise financière de 2007-2008 a, par son caractère inattendu, (...)
  • lire la suite
  • Œuvres de Jean Jaurès
  • Lire Jaurès dans le texte, au jour le jour, comme nous y (...)
  • lire la suite
  • • Jean Baubérot, La loi de 1905 n’aura pas lieu, tome 1 : L’impossible loi de liberté (1902-1905)
  • Cet ouvrage constitue la première pierre d’une entreprise historiographique (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670