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Un résistant atypique : le général Cochet, entre vichysme et gaullisme

Sébastien Albertelli, Johanna Barasz
Résumé :

Le général Cochet aura été un résistant trop atypique pour s’imposer dans la mémoire nationale. Dès 1940, ce pionnier de la Résistance, qui vénère Pétain et soutient activement (...)

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Né en 1888, combattant de la Grande Guerre, le général d’aviation Gabriel Cochet se distingue lors des combats de 1940 avant de s’imposer comme l’une des figures de la Résistance naissante en zone libre. A partir de 1943, il servira sous les ordres du général de Gaulle, à Londres et à Alger. Son parcours est de ceux qui ont été durablement gommés de la mémoire résistante. Pourtant, dès 1945, il a fait publier les appels à la résistance qu’il avait rédigés en 1940 et 1941 et qui faisaient de lui un pionnier [1] . Par la suite, les historiens ont repris ces textes sans les questionner [2] . C’est seulement en 1993 que la complexité du personnage a commencé à être mise en lumière. Daniel Cordier a alors révélé que le général Cochet, lors de la publication de ses appels, avait censuré les passages mettant en évidence son positionnement initial à l’égard du régime de Vichy et de la France libre [3] . Depuis, ses rapports avec Vichy et la France libre ont donné lieu à un certain nombre d’études dont aucune, cependant, ne s’attache à faire ressortir ni la continuité d’un parcours, ni les raisons de l’oubli dans lequel il a sombré [4] . En France comme à Londres puis à Alger, sa posture a toujours été atypique : vichysto-résistant, il fait partie de ces hommes qui adhèrent à la Révolution nationale tout en combattant l’occupation ; rallié au général de Gaulle, il peine à trouver sa place parmi les gaullistes. Ces ruptures apparentes ne cachent-elles pas un parcours finalement cohérent ?

Un vichyste revanchard

Un général d'aviation un peu marginal

Bien avant la guerre, le général Cochet est convaincu d’avoir un destin. Doté d'un incontestable courage physique et intellectuel, il n'hésite pas à prendre la plume pour défendre des positions parfois iconoclastes. C’est toutefois un homme de son milieu et de son temps, un homme de droite imprégné, bien avant la débâcle, d’une véritable mystique de l’union sacrée.

Officier sorti du rang, il est issu d'un milieu modeste. Né en 1888, il fait des études secondaires mais ne peut les poursuivre faute de bourse. En 1907, c’est donc comme soldat qu’il s'engage. En 1915, il intègre l'aviation puis est envoyé en Roumanie où il participe à la réorganisation de l'aviation. Il termine la guerre avec la Croix de guerre et six citations. Il se spécialise ensuite dans le renseignement : attaché de l'Air à Prague de 1927 à 1932, il dirige ensuite le 2e bureau de l'armée de l'Air [5] . Il en est écarté, notamment parce qu’il est favorable à l'alliance franco-russe [6] . Il semble dès lors être quelque peu marginalisé, une position qu'il attribue à ses critiques ouvertes de la hiérarchie et de l'état-major [7] .

Cochet est alors assez familier des milieux d'extrême droite pour que la Cagoule tente de le recruter, en le faisant approcher par un de ses membres se recommandant d'un ami commun, le colonel Groussard [8] . Mais Cochet estime que cette organisation anticommuniste se trompe de combat et qu’il faut concentrer son attention sur l’Allemagne [9] . Dès 1935, il sonne l'alarme contre le danger du réarmement allemand dans L'Ordre et – de manière plus surprenante – dans un roman qui met en scène une offensive de Hitler contre la France. Il en appelle à une nouvelle Union sacrée, pour "résister à l'avalanche teutonique [10] ".

En 1940, à 52 ans, Cochet réalise lui-même des vols de reconnaissance. Il est devenu général de brigade lorsque, le 15 juin, il se replie dans la région du Puy. Dès qu'il apprend la demande d'armistice, il décide de continuer à lutter jusqu'à sa prise d'effet. Il exhorte alors ses hommes à la résistance malgré l'hostilité qu'il rencontre chez les civils et l'apathie de sa hiérarchie.

Avant même sa mise en congé, en octobre, le général Cochet entreprend de "faire quelque chose". Il n’envisage pas de rejoindre de Gaulle mais il caresse un court instant l'idée de fuir aux colonies [11] . Il prend prétexte d'un ordre de sa hiérarchie pour faire constituer des dépôts de matériel chez des particuliers, dans le Massif central [12] . Très vite, il cherche à rassembler des "adhérents", et dès juillet, il commence à circuler en zone libre pour y répandre ses consignes [13] . Le 6 septembre, il signe de son nom le premier d'une longue série de tracts et de lettres qui témoignent autant de son désir de revanche que de son engagement en faveur du régime [14] .

Révolution, redressement, revanche

Cet engagement est immédiat : loin de se contenter de pétitions de principe légitimistes, Cochet partage et défend publiquement les valeurs et les soubassements du régime. Pourtant, son vichysme se teinte de nuances propres à favoriser son basculement.

En 1940, Cochet n'est pas républicain. Il affiche sa préférence pour des modèles autoritaires. Comme d'autres, il voit dans le franquisme une "merveilleuse synthèse de haute politique et de pensée chrétienne [15] ". A ses yeux, de la même manière que Franco constitue une réponse proprement nationale aux dérives de la république espagnole, Vichy est une réplique – nationale – à l'abîme dans lequel la République a jeté la France, une "synthèse" autoritaire qu'il distingue absolument du nazisme, ce totalitarisme étranger [16] . Il est d'autant plus opposé au nazisme que son anticommunisme, incontestable, n'a pas le caractère obsessionnel que l'on rencontre chez d'autres vichysto-résistants. Le communisme soviétique n'est à ses yeux qu'un des avatars de l'impérialisme russe qui "depuis Pierre le Grand [17] " menace les équilibres européens. Comme pour le chef de la France libre, sa détestation des bolcheviques est ainsi relativisée par une approche géopolitique dans laquelle "la Russie" – comme il persiste à l'appeler, à l'instar du général de Gaulle – n’est jamais qu’un ennemi à la fois ancestral et secondaire.

De même, si sa plume laisse souvent échapper les préjugés qui imprègnent "l'air du temps" à l'égard des Juifs ou des Francs-maçons, cette question est assez marginale dans ses préoccupations et il n'entend pas faire de l'antisémitisme la base de la Révolution nationale [18] .

En revanche, l'obsession de Cochet pour l'ordre, le redressement et l'unité de la patrie déchirée le conduit à apporter un soutien inconditionnel à Pétain. Il appelle à "se serrer autour du Maréchal", seul capable de remettre la France sur pied et de lui rendre progressivement son honneur. Le redressement de la France est un préalable auquel il consacre toute son énergie. Ainsi demande-t-il à ses adhérents de se montrer "impitoyable" contre tous ceux qui le freinent [19] .

Vichy associe la formule du redressement à la pénitence. Cochet la teinte d'une dimension plus revancharde : il s'agit de retrouver la dignité face aux vainqueurs et de se préparer à la reprise du combat. Certes, l'armistice est la sanction, normale, inévitable, d’une France coupable de s'être laissée conduire à la défaite. Les notions d'expiation et de réparation par la souffrance, dont Vichy fait son leitmotiv, ne sont pas absentes de ses tracts, mais l'idée prévaut, chez lui, que la faute doit conduire à l'action et non à la mortification passive. Prenant modèle sur l’ennemi lui-même, qui n'a jamais accepté une défaite pourtant consommée, il rejette "cette mentalité de vaincue prostrée" et il récuse l’idée que la partie est irrémédiablement perdue [20] . "Notre ennemi n° 1, écrit-il, demeure l'Allemand, qui occupe notre territoire et nous tient sous le joug, France Libre [sic] aussi bien que France Occupée [21] ." Pour lui, ceux qui ne comprennent pas cette hiérarchie sont "des imbéciles qui servent des traîtres [22] ". Très tôt, Cochet croit en la défaite de l’Allemagne parce qu’il partage une conviction quasi gaullienne dans le caractère mondial et inachevé de la guerre : en dépit de quelques propos anglophobes, il a foi en la capacité de résistance de l’Angleterre et il est convaincu que les Etats-Unis finiront inévitablement par entrer dans le conflit [23] .

En revanche, on ne trouve nulle part sous sa plume d'appel à hâter la reprise du combat. Dans son esprit, il faut avant tout être prêt et attendre "stoïques la victoire anglaise". Comme l'immense majorité de ses concitoyens, s'il souhaite que les Français jouent un rôle dans la libération de la France, il en abandonne la responsabilité et la direction aux Anglo-Saxons [24] .

Cochet, Pétain et la collaboration

Dès lors, comment soutenir un régime qui sombre de plus en plus manifestement dans la collaboration ? Cochet refuse absolument la collaboration militaire, dénonçant sans cesse les intentions véritables d’Hitler, les manquements à l'armistice, les pressions sur le gouvernement, etc. [25] . Il se montre moins ferme à l’égard d’une collaboration économique dictée par le réalisme, décidée par le Maréchal et comprise par "la presque totalité des Français". Cochet ne conteste pas que Pétain soit obligé de "faire des concessions au vainqueur", mais il est persuadé qu'il n’acceptera jamais que la collaboration devienne politique, et encore moins militaire [26] . En phase avec l'imaginaire d’une majorité de ses concitoyens, il voit alors dans le chef de l'Etat le premier résistant de France. En définitive, il "invente" un Maréchal idéal qui a peu à voir avec le personnage réel, sélectionnant dans ses paroles celles qui confirment ses croyances, brandissant son passé et ses anciens discours lorsque le présent se dérobe. Même après Montoire, Pétain reste celui qui, par sa simple présence, est le garant de l'honneur de la France et le rempart contre la collaboration [27] . Les tracts et bulletins de Cochet offrent un vaste florilège d'une pensée magique qui explique par l'impénétrabilité des desseins du Maréchal les accrocs évidents à deux postulats fondamentaux : son infaillibilité et l'impossibilité de sa trahison.

Pourtant, l'évolution de la politique vichyste rend les appels incantatoires de Cochet de plus en plus formels. A partir de mai 1941, il se contente le plus souvent d'exhortations à "la discipline absolue [28] ". Les rôles, alors, s'inversent : ce n'est plus Pétain qui inspire la Résistance, mais le peuple qui, par son unité, doit "permettre au Maréchal de résister [29] ". Lorsque, le 15 mai 1941, Pétain justifie la visite de Darlan à Berchtesgaden, la foi aveugle laisse place à un respect circonspect. Il n'y a pas rupture nette : le Maréchal reste immaculé, mais il peut décevoir, causer même "une atroce déception". Pétain ayant cessé d'être infaillible, la "confiance absolue" ne saurait plus être de mise. Le Maréchal, usé, vieilli, fatigué, ne semble plus à même de résister à la pression allemande. On loue toujours sa sagesse, dont Cochet rappelle toutefois qu’elle est l'apanage d’une vieillesse qui, sous l’influence d’un entourage néfaste, "oublie qu'il est des hommes plus jeunes qui entendent, si grand soit le risque, lutter pour rester libres [30] ". Le mécanisme de la foi est ébranlé, sans toutefois s’effondrer. Après la signature des Protocoles de Paris, Cochet refuse de croire les bruits qui circulent selon lesquels des bases aériennes auraient été mises à la disposition des Allemands en Syrie. "Le Maréchal, écrit-il encore, ne peut manquer à sa parole et à l'honneur, ne peut trahir les intérêts de la France [31] ." Pourtant, un glissement s'est opéré, insensiblement, sans révélation brutale comme seuls en susciteront le retour de Laval aux affaires en avril 1942 et les événements de novembre. Comme Groussard, Marie-Madeleine Fourcade ou le général de La Laurencie, Cochet appartient à la première génération de vichysto-résistants. Leur glissement précède la grande vague, consécutive au débarquement d'Afrique du Nord et à l'invasion de la zone sud, qui trouvera son débouché dans le giraudisme. Pour lui, comme d'ailleurs pour une bonne partie de l'opinion publique, à l'été 1941, le Maréchal conserve une valeur de référence morale et patriotique, mais cette référence n'a plus réellement d'effectivité. Sa parole a perdu son caractère opératoire et ne dicte plus les choix. Les barrières qui bridaient l’action ont cédé [32] .

Le général Cochet, un résistant pétainiste

Les groupes Cochet : nébuleuse ou organisation ?

Cochet est souvent décrit comme un propagandiste assez isolé, qui n'aurait rassemblé qu'un groupe informel [33] . Pourtant, il a pour ambition de mettre sur pied une véritable organisation. Certes, les chiffres qu’il avance – 50 000 lecteurs réguliers et plusieurs milliers de militants [34] – sont de toute évidence surévalués, mais il ne s'agit pas d'un groupuscule et l'écho de sa propagande dépasse largement le cadre d'un cercle d'initiés. Des figures de la Résistants comme Serge Ravanel y ont fait leurs premières armes [35] .

Dès la fin de l'année 1940, Cochet prend ses premiers contacts à Vichy. Malgré la fin de non-recevoir que lui adresse le colonel Groussard, il persiste à rechercher des appuis dans la frange patriote de l'appareil d'État [36] . Ses contacts, notamment aux Affaires étrangères, lui assurent une information de qualité qui nourrit ses lettres et bulletins. Parallèlement, Cochet s’assure des appuis dans les élites locales pétainistes. L’étude de ces groupes reste à faire. On peut d’ores et déjà noter qu'ils disposent rapidement de cadres répartis en zone libre et même de quelques éléments en zone occupée et en Afrique du Nord. En outre, il agrège de petites organisations préexistantes comme les Ardents de Roger Lazard, l'Espoir de Jean Nocher et le groupe de Claude Bugnet qui touche des Chantiers de la Jeunesse de la région de Clermont-Ferrand [37] . En juillet 1941, les services de Vichy ont repéré une vingtaine de groupements régionaux dans toute la zone libre et, de façon marginale, en zone occupée et en Afrique du Nord [38] .

Cochet fédère des individus assez hétéroclites qui s'approprient localement ses directives selon des modalités extrêmement diverses. Pour l'immense majorité d'entre eux cependant, la défense de l'œuvre intérieure du maréchal Pétain est un objectif parfaitement explicite [39] . La légitimité de leur action leur paraît garantie par l'adhésion, réelle ou supposée, de dignitaires du régime et en premier lieu du Maréchal [40] . En signant de son nom et en envoyant ses écrits par la poste, Cochet conforte cette croyance qu’il serait "secrètement mandaté par Vichy [41] ".

La plupart des groupes rattachés à Cochet se consacrent à la propagande, destinée non à la masse du public, mais "à une élite qui se chargera de propager oralement les renseignements qui lui sont fournis". Le mode de diffusion, par abonnement, atteste d’une volonté de constituer une organisation de cadres. Certains militants ambitionnent d’aller plus loin. A l'hiver 1940-1941, les services de renseignements de Vichy observent, perplexes, que la structuration de ces groupes n’est pas justifiée par les seules activités de propagande [42] . Certains militants – Nicoletis dans le Vaucluse, une centaine d'hommes dans la région de Lyon, Holtzer dans le Var, etc. – forment des groupes de renseignements mais aussi de combat [43] . Ces activités restent cependant limitées par un manque criant de fonds et ceux qui passent à l'acte le font souvent sous l'égide d'autres mouvements [44] . Cochet encourage la création de groupes d'action et distingue ses adhérents destinés aux "armes combattantes", mais son rapport à la lutte armée et son refus de toute "agitation prématurée" déçoivent certains de ses partisans. Les services de Vichy craignent d'ailleurs qu'une dissidence au sein des groupes Cochet n’amène la constitution d'un mouvement "plus violent" [45] . Cette crainte n'est pas étrangère à la répression qui commence à le toucher au printemps 1941.

De la répression à la radicalisation

Les divers services de Vichy, qui ont vent de l'activité du général Cochet dès la fin de l'année 1940, le font surveiller et infiltrer. Toutefois, convaincus qu’il est "inspiré par des sentiments patriotiques élevés, et n'est ni anti-gouvernemental, ni d'inspiration étrangère", ils font d'abord preuve d'une relative bienveillance à son égard avant de s’inquiéter, au printemps 1941, de la croissance d'un mouvement qui pourrait servir cheval de Troie au gaullisme [46] . L'amiral Darlan, informé, estime que les activités de Cochet sont devenues dangereuses pour le gouvernement en raison du caractère de plus en plus subversif de sa propagande et de la constitution de groupes armés et de dépôts d'armes et qu’elles doivent "cesser au plus tôt [47] ". Le général Cochet, indigné, est arrêté le 21 juin et interné à Vals-les-Bains, sans connaître réellement les causes de son arrestation [48] . Il écrit au Maréchal, dont il ne peut imaginer qu’il est à l’origine de son internement. Affirmant n'avoir fait que son devoir en se consacrant au "redressement" du pays, il conteste être "dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique" et il affirme que, loin de verser dans le gaullisme ou l'anglophilie, il a fréquemment retenu des jeunes qui voulaient partir pour l'Angleterre [49] .

Sa position à l'égard de Pétain devient alors très ambivalente. Pendant plusieurs semaines, il hésite, accordant et reprenant sa confiance au chef de l'Etat. Son attachement au vainqueur de Verdun n'est pas tout à fait tari par cette expérience de la captivité [50] . Néanmoins, il menace et met en demeure, rappelant, à mots à peine couverts, qu'il y a ailleurs, à Londres peut-être, une autre voie pour ceux qui veulent redresser la France [51] . Il comprend qu'il est devenu un hors-la-loi et qu'il s’est illusionné sur le sens du devoir et sur la réalité de la suspension d'armes qu'est à ses yeux l'armistice. Il l'écrit à sa femme en s'étonnant que Vichy considère en définitive comme "un crime, pour un Français, que d'être anti-allemand, quand la France est en guerre contre l'Allemagne, de ne pas admettre que l'Alsace et la Lorraine, pas plus que le Nord ou le Pas-de-Calais, puissent être pour toujours arrachés à la France [52] ". Le sentiment d'être persécuté avec l'accord au moins tacite du chef de l'État achève de le convaincre de franchir le pas : en septembre, il simule un problème de santé pour sortir de Vals. Il s’engage à ne pas nuire à l’action du Maréchal, mais il reprend ses activités, cette fois dans la clandestinité la plus complète.

L'inscription dans la résistance d'un vichysto-résistant

Pendant son internement, les groupes de Cochet ont gardé une certaine acitvité malgré de nombreuses défections[53] .

A sa sortie de Vals, Cochet est placé en résidence surveillée à Chamalières. Il reprend alors son travail de propagande et donne instruction à ses correspondants de reconstituer de petits groupes, mais son action est limitée par la surveillance constante dont il fait l'objet. Cette action s'inscrit désormais de manière déterminée dans la Résistance en voie de formation [54] . Isolé avant son arrestation, Cochet multiplie à partir de la fin 1941 les contacts avec les mouvements de zone libre comme de zone occupée, tout en cherchant à prendre langue avec la France libre et avec les Britanniques. Les services de Vichy le croient intégré à Combat, pour lequel il écrit plusieurs articles. Début 1942, il aurait d'ailleurs été envisagé de lui confier le commandement des groupes paramilitaires du mouvement d'Henri Frenay. Il se rapproche également de l'OCM (Organisation civile et militaire). Il maintient toutefois une certaine distance vis-à-vis des mouvements : ni lui ni eux ne semblent avoir voulu de fusion, tant pour des raisons stratégiques que de sécurité [55] .

Cochet conserve en effet plusieurs fers au feu. Il n'a pas rompu toutes ses relations avec Vichy et il attend toujours un sursaut, sinon du gouvernement, du moins de certains "vichyssois" et de l'armée. Comme beaucoup, il croit que Weygand peut être l'homme de la situation et il le fait sonder par l'un de ses proches qui, sans surprise, revient désespéré [56] . A cette date, il a perdu nombre de ses illusions sur Pétain, mais il persiste à penser qu’il peut constituer un atout et il suggère au général Frère, un autre ancien chef de l'armée de l'armistice, une sorte de coup d'État pétainiste. Il s'agit, en cas d'invasion de la zone libre par les Allemands, de faire encercler Vichy par un régiment sûr puis de se rendre auprès de Pétain pour lui faire signer un ordre de mobilisation de toute l'armée française et une renonciation au pouvoir en faveur de la France libre et de la Résistance. A suivre Cochet, Frère aurait accepté avec l’idée de désigner le général Giraud comme chef du gouvernement provisoire tandis que Cochet aurait incliné pour de Gaulle [57] . On sait ce qu'il advient de ces plans le 11 novembre 1942. A cette date, Cochet est de nouveau interné à Vals, depuis plus de deux mois : il a été arrêté le 6 septembre à la suite d'une dénonciation.

Ses groupes sont alors trop fragiles pour survivre à une deuxième mise hors circuit de leur chef. Certains adhérents et sympathisants se retirent purement et simplement. Nombre de ses militants les plus chevronnés sont d'ores et déjà intégrés dans d'autres structures, plus agissantes. Le lien que Cochet maintenait entre eux, devenu largement symbolique, disparaît avec lui. "Privé de directives", le mouvement s'éteint donc à l'été 1942 [58] . Cochet "dissout" ses groupes et conseille à ses affiliés de rejoindre les mouvements existants. Ils privilégient alors Combat, l'Alliance et l'OCM [59] .

Le général Cochet s’évade en novembre 1942 et quitte la France, où il a eu du mal a trouver sa place et où sa voix, celle d'un des pionniers de la Résistance, ne porte plus. L'identité de la Résistance qui se fédère ne lui ressemble pas.

Le général Cochet, un gaulliste atypique

Une cote mal taillée : les missions du général Cochet

Le général Cochet arrive à Londres nimbé d’un certain prestige. Les agents de la France libre ont régulièrement mentionné son action et suggéré de prendre contact avec lui. Au cours de l’été 1942, Rémy a affirmé qu’il était disposé à se mettre aux ordres du général de Gaulle et le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) a commencé à organiser son exfiltration. Cette opération a conservé son caractère "urgent" jusqu’en janvier 1943 [60] . Finalement, Cochet est passé par l’Espagne, où il a été interné et il n'arrive en Angleterre que le 24 mars [61] .

Très vite, de Gaulle lui propose un poste en relation avec l’action en France : mettre sur pied l’état-major de la Force F, qui désigne l’ensemble des forces françaises destinées à participer au débarquement. Cochet accepte avec enthousiasme, persuadé que cette proposition revient à lui confier une grande partie des questions militaires au sein du mouvement gaulliste. Il obtient alors de relever directement de De Gaulle [62] . L’EMF est officiellement créé le 10 mai. Sa mission – étudier et préparer la participation militaire française au débarquement – couvre à la fois l'action de la Résistance, celle des forces françaises sur le front de l’Ouest et la liaison avec les états-majors alliés [63] . Sur ce dernier point, Cochet ne réussit pas davantage que le colonel Billotte ou le général d’Astier avant lui [64] . Dès lors, il entreprend de concentrer ses efforts sur le front intérieur, sans toutefois parvenir à imposer l’EMF comme centre d’impulsion de l’action en France [65] . Il se heurte au BCRA, qui fait office, depuis le printemps 1942, d’état-major de l’action clandestine. Le colonel Passy dénie toute compétence aux cadres de l'EMF pour s’immiscer "dans le fonctionnement intérieur des services secrets [66] ". Pour sa part, Cochet voudrait ravaler le BCRA au rang d’organe d'exécution "sous l’autorité entière et exclusive de l’EMF [67] ".

A la fin de l’été, alors que la bataille fait rage entre les services secrets gaullistes et giraudistes pour s'assurer le contrôle de la Résistance, Cochet se voit confier une nouvelle mission. Pour les giraudistes, toutes les activités militaires relèvent du commandant en chef : le BCRA gaulliste doit donc soit se cantonner à des activités civiles soit passer sous la coupe de Giraud. Pour les gaullistes, de Gaulle doit à tout prix garder le contrôle de l’action en France : ils refusent donc de laisser les giraudistes mettre la main sur le BCRA ou démembrer ce service essentiel et ils imaginent de placer l’ensemble des services secrets sous la tutelle du Commissaire à l’Intérieur, André Philip. Cette idée se heurte à l'opposition irréductible de Giraud. Finalement, un compromis aboutit à la création du Comité d’action en France (Comidac), le 4 octobre 1943. Ce comité restreint (de Gaulle, Giraud, Philip), civil et militaire, assure la direction générale de la Résistance par l’intermédiaire d’une Direction des services de renseignement et d’action (DSRA) née de la fusion entre les services secrets gaullistes et giraudistes [68] . Cochet, qui a servi une dizaine d’années dans les services secrets, est nommé à la tête de la DSRA. Il apparait alors comme le seul candidat acceptable par les deux camps : les gaullistes lui savent gré de les avoir rejoints et les giraudistes le percoivent avant tout comme un soldat qui ne s’intéresse pas à la politique [69] .

Pourtant, en pratique, le conflit entre Cochet et le BCRA se prolonge. Cochet commence par affirmer ne pas vouloir se lancer dans une vaste réorganisation des services pour ne pas risquer de compromettre leur action, mais Passy continue à craindre un démantèlement du BCRA ou son passage sous la tutelle de l'EMF et réclame le renvoi de Cochet [70] . Finalement, ce dernier se heurte à la mauvaise volonté des deux services dont il est censé assurer la fusion. Leurs chefs, Passy et Ronin, s’entendent pour proposer une organisation qui limite le rôle de la DSRA à une simple "coordination d’ensemble [71] " : dans la lutte sans merci qu’ils se livrent, chacun estime que le statu quo préserve l’avenir, c’est-à-dire les chances de son service de finalement l’emporter sans partage.

Hostilité, méfiance et indifférence

L'hostilité des gaullistes à l’égard de Cochet ne se cantonne pas au cercle étroit du BCRA. Après le départ de De Gaulle pour Alger, c’est le général d'Astier qui supervise le travail de l’EMF. Il évite une confrontation directe avec Cochet, mais n’en soutient pas moins le service de Passy. Il est persuadé que l’apport essentiel des Français au moment du débarquement résidera dans l’action sur les arrières et il veut avant tout conserver tout son potentiel au BCRA. La méfiance à l’égard de Cochet touche aussi des milieux traditionnellement critiques envers les services secrets gaullistes. Ainsi, les responsables du Commissariat à l’Intérieur craignent que les hommes de Cochet n’offrent pas les mêmes garanties politiques que Passy et Philip se laisse facilement convaincre que le chef de la DSRA risque de provoquer une véritable pagaille en démembrant le BCRA [72] . Henri Frenay, qui représente alors la Résistance à Londres, se distingue au cours de l'été 1943 par de violentes attaques contre le BCRA, accusé de faire écran entre la Résistance et de Gaulle. Il commence par renvoyer dos à dos services secrets gaullistes et giraudistes. Pourtant, lui aussi finit par redouter une démembrement du BCRA. Soucieux de "garantir l’efficacité pour demain" en maintenant en place des officiers compétents et expérimentés, il écrit à Cochet, dans une formule alambiquée, "qu’une réelle fusion des anciens services Giraud et de Gaulle devait être réalisée et que le but ne serait pas atteint en les coiffant, mais en les laissant subsister dans leur indépendance [73] ".

En définitive, le sort de Cochet dépend avant tout du général de Gaulle. Or, accaparé par ses discussions avec Giraud, ce dernier l’abandonne à lui-même. Il se désintéresse de l'EMF, n'intervient à aucun moment pour trancher le conflit qui l'oppose au BCRA et n'adresse pas la moindre réponse aux appels répétés de Cochet pour que le BCRA lui soit subordonné [74] . De Gaulle ne soutient pas davantage Cochet lorsque, nommé à la tête des services secrets, celui-ci sollicite "l’autorité nécessaire" pour faire "exécuter pleinement les décisions du Comité d’action [75] ". Bien pire, c’est à l’adjoint de Passy, André Manuel, et non à Cochet lui-même, qu’il précise sa conception singulièrement étroite du rôle du chef de la DSRA, ravalé au rang de courroie de transmission entre les services secrets, le CFLN, et le Comidac et d'arbitre entre les autorités alliées et les services secrets [76] . Cochet est ainsi dépossédé de la "mission de commandement" qui lui avait été confiée le 4 octobre, sans même en être avisé directement [77] . Il est abasourdi de constater que de Gaulle court-circuite ainsi la voie hiérarchique alors qu’il attendait de lui qu’il prescrive à Passy "d’obéir ou de partir [78] ". S’estimant désavoué, humilié, il lui reproche d’avoir singulièrement compliqué sa tâche en appuyant le BCRA de sa "haute autorité". "Vous avez, en un mot, lui écrit-il, créé l’indiscipline [79] ."

En définitive, Cochet ne sera pas davantage parvenu à faire accepter son autorité par les gaullistes comme chef de la DSRA que comme chef de l’EMF. Mi-novembre, marginalisé pour la seconde fois, désespéré, il quitte Londres pour apprendre à Alger que son remplacement est décidé depuis plusieurs semaines [80] : tous les moyens dont il disposait sont remis au BCRA et il transmet sa charge à Jacques Soustelle.

Un vichysto-résistant, malgré tout

Contrairement à ce dernier, Cochet n’a jamais été un gaulliste orthodoxe. Les craintes de le voir finalement rejoindre Giraud, comme il semble l’avoir envisagé lors de son passage en Espagne, ne sont pas étrangères à la méfiance qu'il suscite dans les rangs de la France libre [81] . Il expliquera par la suite avoir finalement opté pour de Gaulle pour garder le contact avec la Résistance, davantage liée à Londres qu'à Alger [82] . Il reste néanmoins marqué par son expérience de vichysto-résistant, dont il s'éloigne idéologiquement, tout en en conservant plusieurs options stratégiques. Ainsi, il partage avec les gaullistes la volonté d’éliminer les plus compromis des vichystes, mais il refuse de destituer, comme certains le demandent, tous ceux qui ont consenti à obéir au régime. Aux yeux de Philip, cette position est aggravée par la présence, autour de Cochet, d’officiers dont aucun n’est animé d’un véritable esprit gaulliste et dont beaucoup peuvent même être considérés comme "des vichystes très fraîchement repentis [83] ".

Dès le printemps 1943, Cochet s'inquiète de voir de Gaulle devenir "un chef de partisans fanatiques", plutôt que "le symbole de la résistance, le point de ralliement de tous les Français qui s’opposent à l’ennemi". Certains responsables britanniques estiment même qu'il pourrait finir par rejoindre Giraud [84] . Conscient des tendances autoritaires de ce dernier, il voudrait que de Gaulle démontre "par ses actes" qu’il repousse "toute idée de pouvoir personnel et sans contrôle [85] ".

Au cours de l’été, Cochet finit par menacer de demander "à Giraud, devant tout le monde, un emploi" et s'entretient effectivement avec lui [86] . Certaines de ses conceptions sont d’ailleurs plus proches de celles des giraudistes que de celles des gaullistes. Ainsi, s’il admet que la lutte contre Vichy est inhérente au combat des résistants, il se veut toujours apolitique et il insiste pour que les futures institutions de la France ne soient préparées que "dans le silence du cabinet". Comme les giraudistes, il continue de percevoir la politique comme un combat fratricide et il ne cache pas les réserves que lui inspirent les mouvements, sur lesquels s’appuyent largement les projets gaullistes. Il leur reproche d'orienter leurs membres vers des activités politiques et d'ouvrir ainsi la porte au retour des "vieilles querelles" qui ont conduit la France au désastre. En mai 1943, évoquant les déclarations du CNR, il n’hésite pas à dénoncer la "publication stupide du prétendu communiqué des prétendus groupes de résistance en France [87] ".

En outre, Cochet ambitionne de devenir l’interlocuteur privilégié des Britanniques, qu'il tient régulièrement informé de ses déboires [88] . Les responsables du SOE (Special Operations executive) prennent garde de ne pas se mêler ouvertement du conflit qui l’oppose au BCRA, mais ils placent de grands espoirs en Cochet, un général digne de confiance, dénué de préoccupations politiques et qui veut mettre l’accent sur l’organisation purement militaire de la Résistance [89] . Ils lui prodiguent de nombreux signes de soutien avant d’arriver à la conclusion qu’il n’a pas la force de caractère qui lui permettrait de s’imposer [90] . Cette proximité permet aux responsables du BCRA de faire vibrer une corde sensible chez de Gaulle. Dès sa première rencontre avec le chef de la France combattante, Cochet l’a heurté en insistant sur la nécessité d’être au mieux avec les Britanniques [91] . Dès lors, Passy a beau jeu de prétendre qu’il est "entièrement dans la main des Anglais [92] ". Rappelant ses propres efforts pour affirmer son indépendance, il attise chez de Gaulle la crainte que les Britanniques prennnent le contrôle des services secrets français avec le soutien "peut-être inconscient" de Cochet [93] .

Au fond, l’hostilité suscité par Cochet parmi les gaullistes est l’un des symptôme de leur difficulté à accepter les nouveaux venus. Cette difficulté, manifeste dès l’hiver 1940-1941, s’est muée en véritable crispation face à l’afflux d’hommes jugés moins sincères et moins désintéressés que les "élites résistantes des deux premières années [94] ". Elle témoigne d'une nostalgie des origines du mouvement, marquées par un "esprit" prisant davantage le dynamisme que le culte de la tradition. Quand Cochet vante l'armée de 14-18 – "belle, forte et disciplinée [95] " – Passy moque cet attachement au "bon vieux temps" et oppose la discipline volontaire consentie par les Français Libres à celle, sclérosante, qui avait cours dans les armées du temps jadis [96] .

Tout au long de son parcours, le général Cochet aura été un marginal. De là, sans doute, une très modeste place dans la mémoire nationale. Souvent cité, reconnu comme un pionnier de la résistance, actif à des postes importants tout au long de la guerre, en France, à Londres et à Alger, son nom n'orne que peu de places et de rues françaises. Malgré sa longue présence aux côtés des combattants de l'ombre, nul ne s'est réellement approprié sa mémoire. Ses groupes, qu'il n'aura jamais su transformer en mouvement de masse, connaissent le même sort mémoriel que plusieurs dizaines d'autres, "homologués" ou non, qui ont vu le jour sous l'occupation. Les chefs de mouvements ne le reconnaissent pas pleinement comme l'un des leurs, sans doute en raison à la fois de son relatif échec comme organisateur et de son indépendance à leur égard. Vichysto-résistant, il appartient à une catégorie qui a toujours eu des difficultés à faire vivre son souvenir [97] . Il n'est pas pour autant revendiqué par la mémoire militaire, qui ignore assez largement ce général atypique qui n’a pas rallié Giraud. Pourtant, ce n’est pas non plus un gaulliste reconnu. Il n'est d'ailleurs pas Compagnon de la Libération. Un destin au goût d'inachevé, dont les positions et l'évolution, complexes, sont révélatrices des ambiguïtés de son temps, et dont l'étude méritera sans doute davantage que les quelques pistes esquissées ici.

Notes :

[1] Gabriel Cochet, Appels à la résistance, lancés par le général Cochet, 1940-1941, Gallimard, 1945.

[2] Henri Noguères et alii, Histoire de la Résistance en France, t. 1, juin 1940-juin 1941, Paris, Robert Laffont, 1967.

[3] Daniel Cordier, Jean Moulin : l'inconnu du Panthéon, vol. 3, Paris, J.-C. Lattès, 1993.

[4] Pour Vichy, voir Claude Abzac Epezy (d'), L'Armée de l'air des années noires : Vichy, 1940-1944, Paris, Economica, 1998. ; Claude Abzac Epezy (d'), "Vichystes ou résistants ? Quelques itinéraires militaires", dans Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 192, 1998, p. 133-149. ; Robert Belot, La résistance sans de Gaulle, Fayard, 2006. ; Johanna Barasz, De Vichy à la Résistance : les vichysto-résistants, 1940-1944, thèse de doctorat, IEP de Paris, en cours. Pour la France libre, voir Sébastien Albertelli, Les services secrets de la France libre, le Bureau central de renseignement et d'action (BCRA), 1940-1944, thèse de doctorat, IEP de Paris, 2006.

[5] Notice biographique sur le général Cochet, 1945, Archives nationales (AN) 72AJ 435.

[6] François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 391.

[7] Cochet à Pierre Cot (brouillon), 18 octobre 1935, AN 72AJ 435. Il n'occupera d'ailleurs que le poste relativement mineur de commandant des forces aériennes et antiaériennes de la 5e armée lors du déclenchement des hostilités – François Marcot (dir.), Dictionnaire…, op. cit.

[8] Témoignage de Cochet, décembre 1949-mars 1950, AN 72AJ 43.

[9] Dans les années 1930, d'autres futurs vichysto-résistants comme le commandant Loustaunau-Lacau, le colonel Groussard, ou Paul Dungler – un cagoulard alsacien – également préoccupés par le réarmement allemand, concentrent cependant l'essentiel de leur activité à combattre ce qu'ils estiment être le danger communiste. Ils mettront d'ailleurs plus de temps que le général Cochet sous l'occupation à ordonner leurs priorités et à s'orienter de manière exclusive vers la lutte contre l'Allemagne. Johanna Barasz, De Vichy à la Résistance, op. cit ; Emeline Vanthuyne, Le colonel Georges-André Groussard, un vichysto-résistant ?, magistère d'humanités modernes, inédit, sous la direction de D. Musiedlak, 2003.

[10] L'Ordre, 18 mars 1935, AN 72AJ 436 ; Extraits et compléments des mémoires du général Cochet, s.d., AN 72AJ 43.

[11] Témoignage de Cochet, 1949-1950, doc. cit.

[12] Ibid. ; Rapport sur le mouvement du général Cochet, 13 juillet 1946, AN 72AJ 435.

[13] Ibid.

[14] Cochet, Appel, 6 septembre 1940, AN 72AJ 435.

[15] Cochet, Conférence, Lyon, mai 1941, AN 72AJ 435 ; Pierre Laborie, "Espagne imaginaire et dérives prévichystes de l'opinion française", dans Les Français des années troubles, Paris, Desclée de Brouwer, 2001, p. 97-111.

[16] Cochet, Appel, 6 septembre 1940, doc. cit.

[17] BMA, Synthèse sur un mouvement créé par le général Cochet, 18 janvier 1941, Service historique de la Défense (SHD) 7NN 2038

[18] Pierre Laborie, "La résistance et le sort des Juifs", dans Les Français des années troubles, Paris, Desclée de Brouwer, 2001, p. 163-181.

[19] BMA, Synthèse sur un mouvement créé par le général Cochet, 18 janvier 1941, doc. cit.

[20] Lettre du général Cochet, Chamalières, 9 décembre 1940, AN 72AJ 436, dans Daniel Cordier, Jean Moulin, t. 3, op. cit., p. 234.

[21] Cochet à Dumast, 7 juin 1941, AN 72AJ 435.

[22] Tour d'Horizon, 17 janvier 1941, SHD 7NN 2038.

[23] Cochet, Lettre, 25 septembre 1940, AN 72AJ 435, Tour d'Horizon, 2 février 1941, 29 avril 1941, SHD 7NN 2038.

[24] Tour d'Horizon, 10 avril 1941, SHD 7NN 2038 ; Robert Frank, "Identités résistantes et logiques alliées", dans "La Résistance et les Français. Nouvelles approches," Cahiers de l'IHTP, n° 37, 1997, p. 73-91.

[25] BMA, Synthèse sur un mouvement créé par le général Cochet, 18 janvier 1941, doc. cit.

[26] Cochet à Dumast, 7 juin 1941, doc. cit.

[27] Tour d'Horizon, 29 avril 1941, doc. cit. ; Cochet, lettre à un ami, 28 octobre 1940, dans Daniel Cordier, Jean Moulin, t. 3, op. cit., p. 1096.

[28] Tour d'Horizon, 4 mai 1941, SHD 7NN 2038.

[29] Tour d'Horizon, 5 mai 1941, SHD 7NN 2038.

[30] Tour d'Horizon, 16 mai 1941, SHD 7NN 2038.

[31] Tract "Toujours confiant et résolu", 16 mai 1941, SHD 7NN 2038.

[32] Des organisations comme Liberté ou le MLN de Frenay, dont Cochet est d'ailleurs proche, connaissent une évolution comparable. Daniel Cordier, Jean Moulin, t. 3, op. cit. ; Robert Belot, Henri Frenay : de la résistance à l'Europe, Paris, Seuil, 2003.

[33] Robert Belot, La résistance sans de Gaulle, op. cit., p. 135.

[34] Rapport sur le mouvement du général Cochet, 13 juillet 1946, doc. cit.

[35] Serge Ravanel, L'esprit de Résistance, Paris, Seuil, 1995.

[36] BMA 13 à BMA 100 a/s le Général Cochet, 17 janvier 1941, SHD 7NN 2038 ; Témoignage de Cochet, 1949-1950, doc. cit.

[37] Rapport sur le mouvement du général Cochet, 13 juillet 1946, doc. cit. ; dossiers individuels de résistants, AN 72AJ 435

[38] Pour une étude détaillée de ces contacts et de ces contacts et de ces groupes, appuyée sur le fonds Cochet aux Archives nationales et les archives des services de répression de Vichy, voir Johanna Barasz, De Vichy à la Résistance, op. cit.

[39] Dossier Naissance et activité du mouvement, Dossiers individuels de résistants, AN 72AJ 435 ; Renseignements sur le mouvement du général Cochet, 24 mars 1941, SHD 7NN 2038.

[40] Note pour Darlan, Vichy, 20 mai 1941, AN 72AJ 435.

[41] Le préfet des Pyrénées-Orientales au sous-préfet de Prades, 16 mai 1941, dans Daniel Cordier, Jean Moulin, t. 3, op. cit., p. 1167.

[42] BMA, Synthèse sur un mouvement créé par le général Cochet, 18 janvier 1941, doc. cit.

[43] Renseignements sur le mouvement du général Cochet, 24 mars 1941, doc. cit.; Renseignements a/s mouvement du général Cochet, 31 juillet 1941, SHD 7NN 2038

[44] Dossier Naissance et activité du mouvement ; Dossiers individuels de Résistants, AN 72AJ 435 ; Renseignements sur le mouvement du général Cochet, 24 mars 1941, doc. cit., SHD 7NN 2038.

[45] BMA, Synthèse sur un mouvement créé par le Général Cochet, 18 janvier 1941, doc. cit., Renseignement sur le mouvement du général Cochet, 24 mars 1941, doc. cit. ; Synthèse des renseignements sur le mouvement créé par le général Cochet, 17 juillet 1941, SHD 7NN 2038.

[46] Ibid ; Renseignements de police recueillis sur la Côte d'Azur, printemps 1941, AN 72AJ 435.

[47] Note pour Darlan, Vichy, 20 mai 1941, doc. cit.

[48] Diverses lettres de Cochet à sa famille, Note du général Cochet sur le PV de son arrestation, 9 septembre 1941, AN 72AJ 437.

[49] Cochet à Pétain, juillet 1941, AN 72AJ 437.

[50] Diverses lettres de Cochet à sa famille, AN 72AJ 437. Pour une analyse plus complète, Johanna Barasz, De Vichy à la Résistance, op. cit.

[51] Cochet à Pétain, juillet 1941, doc. cit.

[52] Lettre de Cochet à sa femme, 23 juin 1941, AN 72AJ 437

[53] Rapport Jean Moulin, Lisbonne, octobre 1941, dans Daniel Cordier, Jean Moulin, t. 3, op. cit., p. 1213. ; Le procureur général près la cour d'Appel d'Aix au garde des Sceaux, 25 septembre 1941, AN 72AJ 437.

[54] Témoignage de Cochet, 1949-1950, doc. cit.

[55] Note du secrétaire général de la Police à Vichy, 24 juin 1941, AN 72AJ 435 ; Note a/s du mouvement de La Libération nationale, 22 octobre 1941, SHD 7NN 2038 ; Rapport de Detrie à Langlois, RZ55, 22 janvier 1943, AN 3AG2/32 ; Belot, La résistance sans de Gaulle, op. cit., p.136. ; Johanna Barasz, De Vichy à la Résistance, op. cit.

[56] Témoignage de Cochet, 1949-1950, doc. cit.

[57] Cochet à Mme Frère, 21 juin 1946, AN 72AJ 435. D'autres archives, sur lesquelles il n'est pas possible de s'étendre ici, confirment l'existence d'un tel plan à la fois parmi les militaires de l'Armée de l'Armistice et l'OCM. Voir Johanna Barasz, De Vichy à la Résistance, op. cit.

[58] Note du commandant Cellerier sur l'activité du groupe de Montpellier, 20 février 1948, AN 72AJ 435.

[59] Dossiers individuels de résistants, AN 72AJ 435.

[60] André Weil-Curiel, "Général Cochet", 8 avril 1942, IHTP ARC 079 ; Mella, Projets de missions et contacts se rattachant à Rémy, 17 juillet 1942, AN 3AG2/liasse 33/dossier 2/pièce 45 ; Général Cochet, Fragments de Mémoires, 1949-1968, IHTP ARC 081 ; Passy à Philip, 11 janvier 1943, AN 3AG2/314/18.

[61] Agendas 1943 du général Cochet, AN 72AJ 439 – Entrée du 24 mars 1943.

[62] FB à D/R, 16 avril 1943 ; F à D/R, 10 mai 1943, Public Record Office (PRO)/HS6/313.

[63] Instruction sur l'organisation du Commandement des FFL, 10 mai 1943, AN 3AG2/437/1.

[64] Agendas Cochet, doc. cit. (14 juin 1943) ; Cochet à de Gaulle, 28 juin 1943, AN 72AJ 438.

[65] Sébastien Albertelli, Les services secrets de la France libre : le Bureau central de renseignement et d'action (BCRA), 1940-1944, thèse d'histoire, sous la direction de J.-P. Azema, IEP de Paris, 2006, p. 778-791.

[66] Commandant Dumoncel, Compte rendu de mission auprès du BCRA, 7 juin 1943, AN 72AJ 440.

[67] Cochet à de Gaulle, 28 juin 1943, doc. cit. ; Cochet à de Gaulle, 20 juillet 1943, AN 72AJ 232.

[68] Décret créant un Comité d’Action en France, 4 octobre 1943 ; Décret fixant l’organisation des Services de Renseignements et d’Action, 4 octobre 1943, AN 3AG2/223/159 ; Albertelli, op. cit., p. 830-875.

[69] AMR à VCD, 30 août 1943, PRO/HS6/339.

[70] Dewavrin à de Gaulle, 9 novembre 1943, AN 72AJ 440.

[71] Passy, Note d'organisation de la DSRA, septembre 1943, AN 72AJ 440.

[72] Philip à de Gaulle, 12 octobre 1943, F1a 3712.

[73] Frenay à Cochet, 29 octobre 1943, IHTP ARC 078.

[74] Cochet à de Gaulle, 18 août 1943, AN 72AJ 438.

[75] Cochet à Giraud et de Gaulle, 13 septembre 1943, AN 72AJ 440.

[76] Télégramme de Manuel à Passy, 28 octobre 1943, AN 3AG1/carton 266.

[77] Cochet à de Gaulle, 8 novembre 1943, AN 72AJ 440.

[78] Cochet à Jousse, 8 novembre 1943 ; Cochet à de Gaulle, 12 novembre 1943 ; Cochet à de Gaulle, 16 novembre 1943, AN 72AJ 440.

[79] Cochet à de Gaulle, 8 novembre 1943, doc. cit.

[80] Agendas Cochet, doc. cit. (17 novembre 1943) ; Général Cochet, Fragments de Mémoires, doc. cit., p. 207 et 217.

[81] Mitchell à Passy, 25 janvier 1943, AN F1a 3729.

[82] Morton à Loxley, 19 mai 1943, PRO/HS6/338.

[83] Philip à Duprat, 12 octobre 1943 ; Philip à de Gaulle, 12 octobre 1943, doc. cit.

[84] Morton à Loxley, 19 mai 1943, doc. cit.

[85] Agendas Cochet, doc. cit. (14 juillet et 1er août 1943).

[86] Ibid. (20 juillet 1943).

[87] Cochet à de Gaulle, 20 juillet 1943, doc. cit. ; Morton à Loxley, 19 mai 1943, doc. cit.

[88] Agendas Cochet, doc. cit. (12 juillet 1943) ; Cochet à de Gaulle, 18 août 1943, AN 72AJ 438.

[89] FB à D/R, 16 avril 1943 ; F à D/R, 10 mai 1943 ; F à D/R, Géneral Cochet, 31 juillet 1943, PRO/HS6/313 ; F à D/R, 24 juillet 1943, PRO/HS6/317.

[90] Télégramme AD/E à Massingham, 9 octobre 1943, PRO/HS3/41 ; Marshall-Cornwall à Passy, 13 octobre 1943, AN 3AG2/17/13 ; Morton à Hollis, 3 novembre 1943, PRO/HS6/313.

[91] Agendas Cochet, doc. cit. (24 et 25 mars 1943) ; Cochet à de Gaulle, 8 avril 1943, AN 3AG1/carton 328.

[92] Agendas Cochet, doc. cit. (6 juin 1943).

[93] Passy à de Gaulle, 18 octobre 1943, AN 3AG2/15/112.

[94] Colonel Passy, Missions secrètes en France. Novembre 1942-juin 1943. Souvenirs du BCRA, Paris, Plon, 1951, p. 145.

[95] Cochet, Observations, novembre 1943, IHTP ARC 081.

[96] Dewavrin à de Gaulle, 9 novembre 1943, doc. cit.

[97] Johanna Barasz, "Un vichyste en résistance : le général de La Laurencie , 1940-1942", dans Vingtième Siècle. Revue d'histoire, avril-juin 2007, N° 94, p. 167-182.

Sébastien Albertelli

Sébastien Albertelli, agrégé d’histoire, a soutenu une thèse d’histoire consacrée au BCRA, à paraître chez Perrin. Il est l’auteur de multiples articles sur l’histoire du BCRA et de la France libre.

Johanna Barasz

Johanna Barasz achève sa thèse d'histoire consacrée aux vichysto-résistants sous la direction de Jean-Pierre Azéma. Elle a publié plusieurs articles sur le sujet.

Mots clefs : général Cochet ; Résistance ; Vichy ; de Gaulle ; mémoire.

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