Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Samuel Boussion, Mathias Gardet, Martine Ruchat, L’Internationale des républiques d’enfants, 1939-1955

Ouvrages | 20.04.2021 | Camille Mahé

Au cours de l’été 1948, soit près de trois ans après la fin des hostilités, une petite quarantaine de délégués, observateurs et experts internationaux spécialistes de l’enfance se réunit en Suisse sous l’impulsion de la toute jeune Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Ils se retrouvent plus précisément à Trogen, dans le village d’enfants Pestalozzi. Fondé en 1945 pour accueillir de jeunes orphelins victimes de la guerre issus de nationalités différentes, le village constitue une initiative originale, presque utopique, dans une Europe en ruines. Projet humanitaire et surtout pédagogique, il se veut un havre de paix pour (re)construire l’entente et l’amitié entre les peuples afin d’asseoir la démocratie pour les décennies à venir. Face à la multiplication de « communautés », « villages » ou encore « républiques » d’enfants à travers l’Europe – on en dénombrerait une trentaine en 1948 –, l’objectif de la conférence est de définir et surtout de poser un cadre commun à ces initiatives. Elle est toutefois le point d’orgue d’une expérience éphémère, puisque cette « internationale des républiques d’enfants » ne survit pas à la Guerre froide. Tombée dans l’oubli, elle est restée dans l’ombre, jusqu’à ce que le travail collectif mené depuis une dizaine d’années par Samuel Boussion, Mathias Gardet et Martine Ruchat fasse de nouveau lumière sur elle.


Nadège Ragaru, « Et les Juifs bulgares furent sauvés… » Une histoire des savoirs sur la Shoah en Bulgarie

Ouvrages | 20.04.2021 | Jérôme Bazin

En 1941, la Bulgarie, alliée de l’Allemagne nazie, profite de la réorganisation de l’Europe du Sud-Est pour prendre des terres à ses voisins, la Yougoslavie, la Grèce et la Roumanie ; ce fait est au cœur de l’histoire de la Shoah dans ce pays. Nadège Ragaru a dirigé en 2014 un livre collectif qui rassemblait les travaux de chercheurs de Bulgarie et d’autres pays à propos de la Shoah dans la région. Rappelons le fait le plus débattu : les 48 000 Juifs du « vieux » royaume (la Bulgarie dans ses frontières d’avant-1941) ont subi plusieurs mesures d’exclusion mais n’ont finalement pas été déportés. Cependant, dans les nouvelles terres que la Bulgarie conquiert sur ses voisins en 1941, les quelque 12 000 Juifs ont été déportés vers Treblinka et Auschwitz. Cette histoire à deux facettes pose de nombreuses questions : le rapport de la Bulgarie à son territoire (le « vieux » royaume n’est apparu qu’en 1878 et n’a cessé de connaître des variations avant 1941), la nature de son lien avec l’Allemagne nazie ou encore la définition de la citoyenneté qui apparaît bien comme l’un des principaux enjeux ici.


Jérôme Henning, Le radicalisme d’Édouard Herriot et la crise des institutions (1905-1954)

Ouvrages | 13.04.2021 | Jean-Étienne Dubois

Cet ouvrage est la publication de la thèse d’histoire constitutionnelle soutenue par Jérôme Henning en 2017. Cette thèse a obtenu en 2018 le prix spécial du Sénat ainsi que le prix Jean Bodin d’Aix-Marseille Université. Aujourd’hui professeur d’université en histoire du droit à l’Université Toulouse Capitole, Jérôme Henning a souhaité étudier, à travers le parcours d’Édouard Herriot, comment les pratiques politiques pouvaient faire dévier les normes constitutionnelles. Édouard Herriot s’impose, dès la fin des années 1900, comme une figure importante du parti radical de la rue de Valois – avant de s’y imposer comme la personnalité dominante à partir de 1919 –, devenu le centre de gravité politique de la Troisième République des années 1900 à 1940, puis de retrouver une influence notable sous la Quatrième République


Benjamin Stora, rapport sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie »

Ouvrages | 13.04.2021 | Sylvie Thénault

Benjamin Stora publie chez Albin Michel le rapport remis au président de la République le 20 janvier 2021, disponible sur le site de l’Élysée. Emmanuel Macron a chargé l’historien d’une « réflexion » en vue d’une « réconciliation des peuples français et algériens » (p. 2 du rapport en ligne). Ce rapport a suscité un engouement médiatique tel qu’il a déjà été largement discuté. Benjamin Stora l’a même précisé et amendé, lors de ses interviews postérieurs à sa remise. Le choix fait ici est de se référer au texte originel, sans entrer dans les débats postérieurs – un compte rendu n’y suffirait pas.


Sandrine Kott, Organiser le monde. Une autre histoire de la guerre froide

Ouvrages | 30.03.2021 | Laurent Warlouzet

Une histoire transnationale, non militaire et à parts égales de la Guerre froide, voici le pari du nouveau livre de Sandrine Kott, professeure à l’Université de Genève.  Elle utilise pour cela l’angle des organisations internationales, sans privilégier le point de vue occidental, mais en insistant au contraire sur les circulations des savoirs et des individus entre l’Ouest, l’Est et le Sud. De vastes fonds d’archives, ceux de l’ONU, du Bureau international du travail (BIT), de l’UNESCO, de la Fédération syndicale mondiale d’obédience communiste, entre autres, ont été consultés, sans oublier quelques archives nationales comme celles de la Stasi. L’auteur s’appuie aussi sur ses travaux précédents concernant l’Allemagne puis le BIT.


Tommaso Milani, Hendrik de Man and Social Democracy: The Idea of Planning in Western Europe, 1914-1940

Ouvrages | 30.03.2021 | Mathieu Fulla

De la fin du XIXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Parti ouvrier belge (POB) joue un rôle de premier plan dans les débats économiques de la social-démocratie ouest-européenne. Personnifiée par la figure charismatique d’Émile Vandervelde (qui n’avait pas usurpé son surnom de « Patron »), cette organisation solidement enracinée dans les milieux syndicaux et coopérateurs compte environ 600 000 adhérents en 1931, ce qui en fait le deuxième parti de l’Internationale ouvrière et socialiste (refondée en 1923) derrière le Parti social-démocrate allemand (SPD) alors en crise. Dans un contexte difficile, marqué par la concurrence des idéologies fasciste et communiste et le chômage de masse provoqué par la Grande Dépression, une nouvelle génération de militants et d’experts socialistes belges plaide, autour d’Henri de Man, pour une refonte de l’approche économique et de la stratégie politique de leur parti. Un concept leur sert à la fois d’armature théorique et d’étendard de rassemblement : le plan.


Geneviève Dreyfus-Armand, Septfonds, 1939-1944. Dans l’archipel des camps français

Ouvrages | 30.03.2021 | Marie-Christine Volovitch-Tavares

Le camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne) est l’un des nombreux camps en France où furent internés, à partir des premiers mois de 1939, des milliers de Républicains espagnols et des étrangers qui avaient combattu à leurs côtés pendant la guerre d’Espagne, après leur défaite devant les troupes franquistes et leur repli en France. La recherche de Geneviève Dreyfus-Armand sur l’histoire de ce camp, de mars 1939 à l’été 1944, a l’intérêt de présenter l’histoire particulière de ce camp en le situant dans un plus large contexte historique qui lui donne son sens, tout en restituant la profonde dimension humaine de cette histoire. Elle le fait en présentant, à chacune des étapes de l’évolution du camp, un très grand nombre de parcours individuels et collectifs, d’hommes, mais aussi de femmes et parfois d’enfants, qui passèrent à Septfonds. Un des principaux atouts de ce travail historique est d’associer l’analyse locale très précise à l’ouverture au contexte historique le plus large, avec à chaque fois, le contrepoids de témoignages et de textes, qui permettent de comprendre cette histoire dans tous les sens du terme. 


Alya Aglan, La France inverse. La guerre de Vichy 1940-1945

Ouvrages | 09.03.2021 | Raphaël Spina

Alya Aglan offre ici la synthèse la plus à jour sur la France dans la guerre, Empire colonial inclus, de la défaite de mai-juin 1940 à la victoire de mai 1945.

Comme son titre l’indique, l’ouvrage prend pour fil conducteur la notion d’inversion – celle du sens des mots, des légitimités, des situations. En particulier, après la défaite, la définition de l’ami et de l’ennemi se brouille, fluctue, s’inverse : la guerre étrangère débouche sur un risque de guerre civile ; le discours d’union et de désunion fait des va-et-vient entre la France et l’Empire de Pétain et ceux de De Gaulle. Le sous-titre, La guerre de Vichy 1940-1945, est curieusement inexact : Vichy disparaît dès l’été 1944, et le livre aborde de manière tout aussi fouillée l’histoire intérieure du collaborationnisme, de la Résistance et de la France Libre, ou encore celle des polices nazies et du commandement militaire allemand en France. Il présente également l’épuration et les réformes de la Libération. Évitant le franco-centrisme, l’ouvrage replace son sujet dans la dimension coloniale, européenne et planétaire du conflit. 


Mathieu Fulla, Marc Lazar (eds.), European Socialists and the State in the Twentieth and Twenty-First Centuries

Ouvrages | 09.02.2021 | Philip Nord

It is a commonplace in American political discourse that socialists are statists, zealous to resolve society’s ills through the intervention of activist government. To a nineteenth-century European labor militant, however, this might come as a surprise. The state, as he saw it, was not there to lend a helping hand but to repress, and the gendarme and military man, not the social worker, were its emblematic agents. Late twentieth century Third Way socialists on the model of Tony Blair might also protest. Yes, they would acknowledge, the state has a role to play in making for a better world, but so too does the market. The modern socialist from this point of view understands the state as one useful instrument among many and for a certainty does not worship at the altar of state power. So, the relationship between socialism and the state is not a simple one and for sure not as simple as stereotyped thinking would have it. 


Craig L. Symonds, Histoire navale de la Seconde Guerre mondiale

Ouvrages | 02.02.2021 | Thomas Vaisset

Craig L. Symonds, ancien professeur d’histoire à l’US Naval War College, livre une somme de près de 1 000 pages consacrée aux aspects navals de la Seconde Guerre mondiale. À la différence de ses devanciers bien connus en France, tels Stephen Roskill ou Samuel Eliot Morisson, qui se concentraient sur l’histoire de la Royal Navy ou de l’US Navy, il embrasse ici la totalité du conflit pour démontrer l’influence décisive des facteurs maritimes dans la victoire finale des Alliés. Pour cela, l’auteur propose une histoire globale de la Seconde Guerre mondiale sur mer qui souligne les connexions et les interdépendances entre des théâtres d’opérations dispersés à des milliers de kilomètres les uns des autres. 


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  • ISSN 1954-3670