Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Steven High, Lachlan MacKinnon, Andrew Perchard (dir.), The Deindustrialized World. Confronting Ruination in Postindustrial Places,

Ouvrages | 19.11.2019 | Renaud Bécot

Depuis plus d’une quinzaine d’années, une cohorte de chercheurs en histoire sociale et culturelle anglo-saxons façonnent les contours du champ de recherche original des Deindustrialization studies. L’ouvrage bénéficie ainsi d’une sédimentation historiographique, qui se reflète dans son sommaire. Ses trois parties portent respectivement sur « la vie dans et avec les ruines de l’industrie » en explorant la transformation des modes de vie des communautés ouvrières ; puis « les politiques urbaines de la désindustrialisation » sont étudiées en explorant l’éventail des mutations urbaines, entre marginalisation et gentrification ; enfin, le dernier tiers de l’ouvrage interroge « l’économie politique de la désindustrialisation », en soulignant les jeux d’échelles éclairant un phénomène global dont les manifestations varient selon les territoires.


Pierre Mendès France, Écrits de résistance,

Ouvrages | 19.11.2019 | Raphaël Spina

Réunir la quasi-totalité des écrits de guerre privés et publics de Pierre Mendès France, et en édition critique, c’était là une œuvre de longue haleine. Un exploit accompli grâce à son fils Michel, décédé début 2018, à qui le travail est dédié, ainsi que grâce à Joan, l’épouse de ce dernier, grâce aux éditions Gallimard et Fayard, et enfin grâce aux historiens Suzanne Gros (ancienne assistante de « PMF »), Vincent Duclert et Denis Salas. Les textes de diverse nature ainsi rassemblés confirment la grande finesse d’analyse et la haute élévation morale que l’on connaît à Pierre Mendès France. Ils font pénétrer par le menu les coulisses de la vie de prison et d’un procès truqué sous l’État français. Ils offrent une abondance de considérations sur la France vaincue, sur les coulisses politiques et militaires de la France Combattante. Enfin, on ne compte pas les portraits acérés ou touchants de nombreux protagonistes politiques et militaires.


Audrey Célestine, La Fabrique des identités. L’encadrement politique des minorités caribéennes à Paris et New York,

Ouvrages | 19.11.2019 | Sylvain Mary

Dans cet ouvrage issu de sa thèse de doctorat, la politiste Audrey Célestine, maîtresse de conférences à l’université Lille 3 et membre junior de l’Institut universitaire de France, s’attache à saisir la fabrique des identités politiques et culturelles des minorités antillaises à Paris et portoricaines à New York. Avec les Antillais et les Portoricains, la France et les États-Unis ont en commun la présence sur leur sol métropolitain de minorités issues d’anciens territoires colonisés qui n’ont jamais accédé à l’indépendance. Ces territoires sont cependant régis par des statuts politiques fort différents : d’un côté des départements d’Outre-mer, pleinement intégrés au système politique français depuis 1946, de l’autre un État associé qui n’accorde aux intéressés, depuis 1953, qu’une partie des droits attachés à la citoyenneté américaine sauf s’ils sont établis sur le continent (ou à Hawaï). Au-delà du passé colonial et esclavagiste, Antillais et Portoricains ont en commun l’expérience d’une migration de masse encadrée par l’État ayant conduit à une installation durable sur le sol métropolitain. Autant d’ingrédients qui auraient favorisé l’expression d’un « malaise identitaire » dont les causes et les manifestations ont été mises en évidence dans le cadre des Cultural Studies et Postcolonial Studies. En cela, la démarche comparatiste d’Audrey Célestine s’avère fort bienvenue, d’autant que les études qui appliquent, de manière générale, cette méthode à ces deux catégories de territoires demeurent assez rares.


Genre et résistances en Europe du Sud

Ouvrages | 05.11.2019 | Guillaume Pollack

Presses universitaires de RennesL’ouvrage La Résistance à l’épreuve du genre dirigé par Laurent Douzou et Mercedes Yusta réunit treize articles issus du colloque international qui s’est déroulé à Paris les 12 et 13 septembre 2016. Il prend pour hypothèse que le genre joue un rôle moteur dans les modalités d’engagement, la construction et les pratiques d’une société clandestine en période de guerre ou d’occupation militaire. L’analyse se concentre sur la « Résistance antifasciste » dans les pays d’Europe du Sud entre 1936 et 1949. L’expression n’est pas spécifiquement expliquée et le genre, lui, est « sommairement défini comme l’assignation de rôles et de fonctions sociales aux individus en fonction de leur sexe biologique et de la hiérarchisation entre les hommes et les femmes qui en découle » (p. 9). La chronologie, enfin, envisage la période comme un seul et même « conflit qui secoue l’Europe entre 1936 et 1949 » (p. 12). Il existerait donc une chronologie linéaire, qui regroupe à la fois des contextes de guerre civile, un conflit mondialisé et des sorties de guerre.


Benoît Agnès, L’appel au pouvoir : les pétitions aux Parlements en France et au Royaume-Uni (1814-1848),

Ouvrages | 29.10.2019 | Olivier Tort

Dans cette version publiée de sa thèse soutenue en 2009 sous la direction de Christophe Charle, Benoît Agnès dresse une étude comparative intéressante du phénomène pétitionnaire, qui joua un rôle notable dans la vie politique française et britannique du premier XIXe siècle. Jean-Pierre Dionnet avait consacré en 2001 une thèse d’histoire du droit aux pétitions françaises de la Restauration ; l’intérêt du présent travail vient non seulement d’une extension du champ d’étude à la monarchie de Juillet, mais plus encore, d’une comparaison très éclairante avec la pratique britannique concomitante.


Walter Badier, Alexandre Ribot et la République modérée. Formation et ascension d’un homme politique libéral (1858-1895),

Ouvrages | 08.10.2019 | Alain Chatriot

Alexandre Ribot (1842-1923) a été cinq fois président du Conseil sous la IIIe République mais son nom est bien oublié en dehors des spécialistes de l’histoire politique de ce régime. Dans un volume issu d’une thèse soutenue en 2015, Walter Badier propose d’en restituer la trajectoire politique durant sa formation et une longue première phase de sa vie politique. Jean Garrigues dans sa préface inscrit cette recherche dans le renouvellement de l’histoire des « modérés » marquée par les travaux de Jean-Marie Mayeur, Gilles Le Béguec, Sylvie Guillaume et François Roth (auxquels on ajoute bien sûr Rosemonde Sanson et Gilles Richard). Le vaste fond déposé aux Archives nationales (AN) sous la côte 563 AP permettait en effet cette entreprise – effleurée jadis par Raphaël Muller – d’autant que l’auteur y associe d’autres fonds privés déposés aux AN, quelques fonds ministériels, les archives diplomatiques et les archives départementales de la circonscription du député Ribot.


Élise Roullaud, Contester l’Europe agricole. La Confédération paysanne à l’épreuve de la PAC,

Ouvrages | 01.10.2019 | Alain Chatriot

Depuis plusieurs décennies, l’étude du syndicalisme agricole et celle de la politique agricole commune (PAC) ont donné lieu à de très nombreux travaux de la sociologie et de la science politique françaises – il suffit de penser aux noms d’Ivan Bruneau, Hélène Delorme, Ève Fouilleux, Bertrand Hervieu, Pierre Muller, François Purseigle ou Yves Tavernier. Le livre d’Élise Roullaud issu de sa thèse soutenue en 2013 à l’Université de Lyon s’inscrit dans cette logique en accordant une place importante à un syndicat particulier, la Confédération paysanne, qui s’est pour une part construit face à l’intégration européenne. L’étude restitue donc à la fois la place de ce syndicat dans l’espace de la représentation agricole française et dans l’analyse du processus d’européanisation des groupes d’intérêt. 


Romain Robinet, La révolution mexicaine, une histoire étudiante,

Ouvrages | 24.09.2019 | Jean-Philippe Legois

Romain Robinet, maître de conférences à l’université d’Angers, place cette chronique des vingt premières années du mouvement étudiant mexicain (1910-1939) non seulement sous le signe de l’histoire révolutionnaire du mouvement étudiant, mais aussi sous le signe de l’histoire étudiante de la Révolution mexicaine. Comme pour d’autres pays et/ou d’autres périodes, l’auteur veut saisir l’impact du fait étudiant et démontrer qu’un changement de société ne peut être réduit à la référence universitaire qui, elle-même, ne se résume pas à l’autonomie (dont la participation étudiante au gouvernement universitaire) : il plaide pour un « continuum des possibles, la réforme de l’université s’inscrivant dans celle de la Cité ». Cela est d’autant plus important que, depuis 1918 et la mobilisation à l’université nationale de Cordoba (Argentine), la « réforme universitaire » s’impose comme paradigme révolutionnaire du mouvement étudiant, surtout en Amérique latine. Après avoir dégagé deux grandes périodes dans cette histoire mexicaine (1916-1929, 1929-1939), l’auteur la replace dans ses dimensions internationales.


Gilles Vergnon, Un enfant est lynché. L’affaire Gignoux, 1937,

Ouvrages | 24.09.2019 | Fabien Conord

En 1922, dans son roman Silbermann, qui reçoit le prix Femina, Jacques de Lacretelle met en scène les agressions verbales mais aussi physiques dont est victime le héros éponyme, jeune adolescent juif, qui manque d’être tué dans l’enceinte de son établissement scolaire sous les coups d’un groupe de condisciples excités par l’antisémitisme de leurs proches parents engagés au sein d’une ligue nationaliste. Le 24 avril 1937 à Lyon, la réalité dépasse la fiction : un enfant de 8 ans, Paul Gignoux, fils d’un militant du Parti social français (PSF), est victime d’insultes et de jets de pierre entraînant sa mort dans les heures qui suivent. Ses agresseurs sont des gamins d’un quartier populaire qui voient en lui un « fasciste » et un « cagot » (catholique). L’incident intervient alors qu’il rentrait chez lui à vélo à la fin d’une tournée où il vendait des billets de tombola pour l’enseignement privé. Ses agresseurs sont élèves à l’école publique. Il y a dans cet épisode un condensé des antagonismes qui divisent la France des années 1930 et c’est bien ainsi que l’étudie Gilles Vergnon. 


États et sociétés durant la Première Guerre mondiale

Ouvrages | 24.09.2019 | Alain Chatriot

Dans la profusion des volumes qui ont accompagné la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, la question des « fronts intérieurs », du rôle des États et de l’évolution des sociétés n’a pas été beaucoup abordé en dehors de quelques approches pionnières. On peut donc se féliciter de la publication en 2018 de plusieurs actes de colloque sur cette thématique ainsi que d’un volume issu d’une habilitation à diriger des recherches qui éclaire un cas particulier, celui du ravitaillement de la France occupée.

  • Sylvain Bertschy, Philippe Salson (dir.), Les mises en guerre de l’État. 1914-1918 en perspective, Lyon, éditions de l’ENS, 2018, 362 p.
  • James Connolly, Emmanuel Debruyne, Élise Julien, Matthias Meirlaen (dir.), En territoire ennemi 1914-1949. Expériences d’occupation, transferts, héritages, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018, 231 p.
  • Laurent Dornel, Stéphane Le Bras (dir.), Les fronts intérieurs européens. L’arrière en guerre (1914-1920), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018, 369 p.
  • Clotilde Druelle-Korn, Food for Democracy ? Le ravitaillement de la France occupée (1914-1919) : Herbert Hoover, le Blocus, les Neutres et les Alliés, Bruxelles, Peter Lang, 2018, 387 p.

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  • ISSN 1954-3670